J. M. FIEY, O.P.
o
ASSYRIE CHRETIENNE
CONTRIBUTION A L’ETUDE DE L’HISTOIRE ET DE LA GfiOGRAPHIE
EGCLfiSIASTIQUES ET MONASTIQUES
DU NORD DE LTRAQ.
VOLUME II
IMPRIMERIE CATHOLIQUE
BEYROUTH
ex Itbns
53ett) fflarbutljo ILibrarv
nhono Edward C. Mathews Jr (
CORRIGENDA
(VOLUME I)
p. 9, n. 4
p. 31, 1. 7
p. 64 [26]
p. 95, § 3, 1. 3.
p. 95, § 3, 1. 7.
p. 100, n° 2, 1. 3
p. 108 avant [5J
p. 1 19, n. 1
p. 124, 1. 1
p. 169, fin § 3
p. 200, dern. 1.
p. 211, no [1], 1.5
p. 222, §2, 1.1
p. 232, dansle§ [3]
p. 235, §2, 1.3
p. 242, 1. 9
p. 242
p. 243, 1.3
p. 243, n. 2
p. 260, §4
An lieu de :
Lire :
Elie VII Elie VIII
supprimer la phrase : plusieurs manuscrits dc son couvcnt
font dc R. Hormizd un martyr.
SargIs (Serge) aj outer : Entre a Page de dix ans au
couvent de R. Bar ‘Eta l’annde meme de la mort de
celui-ci (611-612), il devint mdtropolite d’Adiabene
en 661 et dota son couvent d’origine de terres, de
vigncs et d’un moulin [Hist, of Bar Idta, II, I,
p. 256-257).
Elie VII Elie VIII
Kotsanes Qudsanes
au VIe-VIIe siecle au VIIIe siecle
ajouter : [4a] Mar Hudahwi, milieu du \TIIIe
siecle. Fait Joseph Hazzaya supdrieur de Margana
( L.C. , n° 126).
supprimer : au synode de Jean V bar Abgar (1000-101 1
supprimer tout le paragraphe commengant par :
Or, Yusif dtait n 6.
1907 1807
Makklha II Makkiha Ier
Iso‘yaw II Iso‘yaw Ier
Au VIIe siecle Au VIID siecle
supprimer: « Frere du patriarche Thdodose»... et
puis « mdtropolite... », jusqu’a la fin du paragraphe.
1830 1850
supprimer : la foret du monastere... jusqu’a B. ‘Aw d.
supprimer la note (7) avec rdfdrcnce a Bk. II, p. 673.
supprimer : aide par le supdrieur Paul.
supprimer : Bk. II, p. 648.
chammas pretre
ASSYRIE CHR ETIENNE
RECHERCHES
PUBLICS SOUS LA DIRECTION DE
L'INSTITUT DE LETTRES ORIENTALES DE BEYROUTH
Tome XXIII
J. M. FIEY, O.P.
ASSYRIE CHRETIENNE
CONTRIBUTION A L’fiTUDE DE L’HISTOIRE ET DE LA GfiOGRAPHIE
ECCLfiS I ASTI QUES ET MONASTIQUES
DU NORD DE L’lRAQ.
VOLUME II
IMPRIMERIE CATHOLIQUE
BEYROUTH
DANS LA MfiME COLLECTION
I. M. Chebli, Fakhreddine II Maan, prince du Liban (1572-1635).
II. A. Bogolioubsky, Notice sur les batailles livrees a Vennemi a partir du leT juin 1770.
III. A. N. Nader, Le systlme philosophique des Mu'tazila (premiers penseurs de V Islam).
IV. M. Tallon, Livre des Lettres (Girk T’/t’oc). Documents armeniens du Ve siecle.
V. H. Fleisch, L' Arabe classique. Esquisse d'une structure linguistique.
VI. A. Nader, Le Livre du triomphe et de la refutation d'Ibn al-Rawandi Vheretique , par
Abu al-Husayn al-Khayyat, le multazil.
VII. P. Nwyia, Les Lettres de direction spirituelle d'Ibn ‘ Abbdd de Ronda (ar-Rasail
as-sugra) .
VIII. F. Jabre, La notion de la mctrifa chez Ghazali.
IX. W. Kutsch, Tabit ibn Qurra's Arabische Gbersetzung der ’ApiQpnrjToo) ElaaycoY^
des Nikomachos von Gerasa.
X. A. Fattal, Le statut legal des non-musulmans en pays d' Islam.
XI. I. -A. Khalife, Le Sifa ’ -us-sa'il litahzlb-il-masa'il d'Ibn Haldun.
XII. J. M. Fiey, Mossoul chretienne.
XIII. W. Kutsch & S. Marrow, al-Farabi's Commentary on Aristotle's ITepC 'Eppnr)veia<;
(de interpretations) .
XIV. M. Bouyges & M. Allard, Essai de chronologie des oeuvres d'al-Ghazali.
XV. M. de Fenoyl, Le Sane tor al copte.
XVI. H. Fleisch, Traite de philologie arabe. Vol. I.
XVII. P. Nwyia, Ibn ‘ Abbdd de Ronda (1332-1390).
XVIII. A. Tamer & I. -A. Khalife, Le Kitdb al-haft wa-l-azillat d'al-Mufaddal ibn
‘ Umar al-Qafl.
XIX. Osman Yahya, Le Kitdb hatm al-awliya ’ d'al-Tirmidi.
XX. M. Allard & G. Troupeau, L'Epitre sur l' Unite et la Trinite} le Traite sur /’ in¬
tellect et le Fragment sur Vame de Muhyi al-Din al-Iffahani.
XXI. S. Abou, Enquetes sur les langues en usage au Liban.
XXII. J. M. Fiey, Assyrie chretienne. Vol. I.
XXIII. J. M. Fley, Assyrie chretienne. Vol. II.
XXIV. P. Khoury, Paul d’Antioche, eveque melkite de Sidon (XIIe s.).
XXV. J. J. Houben, Le Kitdb al-majmu ‘ fi'l-muhit bi'l-taklxf de ‘ Abd al-Jabbdr.
XXVI. S. de Beaurecueil, Khwddja ‘ Abdullah An$dri ( 1006-1089) .
XXVII. J. Mecerian, Expedition archeologique dans V Antiochene occidentale. L'Eglise
armeno -georgienae de Saint-Thomas.
A PARAlTRE
XXVIII. M. Allard, La doctrine des attributs divins dans VaParisme.
XXIX. W. Kutsch & Kh. Georr, Texte arabe du grand commentaire de la Physique
d'Aristote , par Abu ‘All b. as-Samh. Vol. I.
troisiEme partie
BA NUHADRA
XII
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
1. — Les avatars des dioceses de la plaine de Ninive
Ba Nuhadra! Nom prestigieux, qui faisait briller de fiertd les yeux
des chr^tiens de la grande figlise Syrienne Orientale au ddbut du
Ve siecle!
La vaste province fertile, couvrant toute cette entitd naturelle qu’est
la plaine de Ninive, dtait un des plus beaux fleurons de la couronne
de Mada'in.
Hdlas, encore un peu de temps, et elle sera lacdrde en plusieurs
lambeaux par un des plus tragiques ddchirements de l’histoire de la
chrdtientd orientale. Un peu plus encore, et rdparpillement s’accentuera,
pour se terminer par le quasi-andantissement.
C’est cette histoire dont je voudrais prdciser ici les contours. Selon
la methode habituellement suivie, les faits tres connus et bien dtablis ne
seront rappeles que rapidement, a titre de points de repere; par contre
on s’arretera sur un certain nombre de ddtails historiques et gdogra-
phiques dont la mise au point pourra, je Tespere, servir a d’autres
pour dessiner la grande fresque heroique et tragique de V histoire de
rfiglise d’lraq.
Rech. 23 — 21
322
ASSYRIE CHRETIENNE
A travers les avatars dcs dioceses de la plaine de Ninive, essayons
de suivre, etape par etape, l’ineluctable et navrant morcellement du
grand Ba Nuhadra (1).
La grande province
Le nom de Ba Nuhadra, ou Bet Nuhadran, vocalise aussi Bet Nu-
hadre (2), signifiait probablement «les Marches» (3), a cause de la
proximity de la province qu'il designait de la frontiere entre Perses
et Romains.
La denomination s’appliquait a une entite geographique bien deter¬
mine, a savoir la Plaine de Ninive, situee entre le desert mesopotamien
et la montagne kurde. Ses limites primitives etaient: a l’ouest, le Tigre,
qui la s^parait du Bet ‘Arabaye; au sud, le Grand Zab, dont l’autre
rive etait occupee par l’Adiabene. Au sud-est et a Test, en remontant
du sud au nord, le Hazir, puis le Gomel, la divisaient de Marga; du
nord-est au nord la plaine est bordee par Bare continu de la chaine
montagneuse connue aujourd’hui sous le nom de Gabal ‘Ain Sifni, al
Gabal al Abiad, et Gabal Behair. Cette chaine est appelee par les au¬
teurs anciens, «la montagne du Ba Nuhadra».
Dans sa partie sud-est, la plaine est striee de trois plissements de
moindre importance, a peu pres paralleles au Tigre, appeles aujourd’hui
les Monts de Ba‘slqa, de ‘Ain as Safra, et le Maqlub. Ce dernier est
le seul a atteindre environ mille metres.
Ces limites primitives sont attestees, par exemple, par les localisa¬
tions donnees par Iso‘dnah de Basrah, qui ecrit au IXe siecle mais reflete
une g^ographie plus ancienne. II dnumere quinze couvents du Ba
(1) Ce chapitre a deja paru dans la revue V Orient Syrien , de Paris (VI/ 1961,
p. 353-384). La decouverte ulterieure des Diptyques de Karamlaiss m’a amen£ a
reviser les listes episcopales qui le terminaient.
(2) Ref. in Barsauma, cit. p. 117-118, n° 21.
(3) Du pahlavi «nuhadar», «marquis». D’apres Pognon, Inscriptions Semitiques ,
p. 29-30. Markwart, dans Eransahr, interprete le nom par le persan Neu Hatra
(p. 22-23).
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
323
Nuhadra, echclonnds du Maqlub au nord de Zaho ( 1 ) . Les memos lim ites
sont confirmees par V Histoire de R. Bar ‘ Eta (2), lequel doit, au VIe
siecle, pour aller du B. ‘Arabayd a Marga, apres avoir passd le Tigre,
traverser «tout le Ba Nuhadra», et rien d’autre (3).
Si meme Ton ne compte pas dans le Ba Nuhadra la petite plaine
du Sindi, au nord et au sud du Habur, a Test de Zaho (4), la province
a encore 140 kilometres de long, de la gorge de Zaho au confluent du
Grand Zab et du Tigre, et une largeur moyenne de 40 kilometres en¬
viron, du Tigre au pied de la montagne (5).
L’histoire paldo-chrdtienne de la region est dvidemment un peu
brumeuse. D’apres le Liber Tunis (6), Addai, Tun des 70 disciples, vint
d’fidesse a Mossoul, envoyd en Orient par S. Thomas lui-meme. II y fut
suivi par son disciple Mari, en 30 apres l’Ascension. Plus loin on voit
qu’un certain Ahha se joignit a eux.
(1) Le plus septentrional est celui de R. Mar Atqen (n° 120 et 126).
(2) T. II, I, p. 191.
(3) L’enthousiasme dont nous avons vu Timoth^e I (780-823) faire preuve en
parlant du «vaste et fertile» Ba Nuhadra, faisant paraitre par comparaison la grande
Marga «dtriqude et resserr£e» (Lettre XXVIII, CSCO, 75/31, p. 103), ne peut se jus-
tifier qu’en reference a ce grand Ba Nuhadra du ddbut, et non au petit Ba Nuhadra
de son temps. De plus on remarquera que le Nuhadra des reves de Timoth6e a une
frontiere commune avec Marga, puisqu’un village demande a passer de l’un a l’autre.
La conjoncture ne peut se verifier qu’au B. Rustaqa dont on parlera plus loin.
(4) Budge, suivant Hoffmann (p. 209-216), lui donne comme extreme pointe
nord: Halmun, sur la rive gauche du Habur ( Bk . II, p. Ill, n. 2 et Hist, of Bar
Idta , II, I, p. 233, n.) ou naquit Sahdona (Bk. II, p. Ill, et L.C. , n° 128), a iden¬
tifier avec celui de Badger ( Nestorians , t. II, p. 394) et de Layard ( Nineveh , 1. 1, p. 224),
qui se trouve a environ 10 km. a l’O./S.O. d’AsIta, soit a une trentaine de kilometres
au N. de ‘Amadla.
(5) Les limites: Tigre, Habur, Tur ‘Abdln et Singar, donn^es par Chabot ( Syn .
Or., table, p. 669, avec r£f. a Hoffmann, 208-216 et Markwart, 22) suivi par DHGE ,
VI 1 1/1935, col. 1236, s.v. Beth Nuhadra , ne semblent pas toutes exactes, surtout les
deux dernieres.
(6) Mari, lat. p. 2.
324
ASSYRIE CHRETIENNE
De la meme tradition se fait l’Echo ‘AwdIso‘ de Nisibe (1), qui dit
que «la Perse et TAssyrie... jusqu’au pays de Gog et Magog, ont EtE
Evangelises par Aggai, le fabricant de soie, disciple de l’apotre Addai».
Rien d’Etonnant qu’une telle concentration apostolique ait assurE
Pevangelisation du pays des le premier siecle, du moins si Ton en croit
la legende.
Ge qui est sur, c’est que le diocese du Ba Nuhadra existait dEja,
peut-etre depuis longtemps, quand le synode de Seleucie, sous le catho-
licos Isaac, en 410, organisa l’Eglise Syrienne Orientale, et rangea ce
diocese parmi les suffragants d’Erbil (2). L’Eveque de ce temps, le
premier connu, s’appelait Isaac (3).
Ou se trouvait le centre administratif du Ba Nuhadra, siege normal
de son Eveque? Tres probablement a un point situe sur la Route du Roi,
et a distance a peu pres Egale des limites nord et sud de la province.
Si l’on se souvient que la grande route sassanide longeait a peu pres la
«montagne du Ba Nuhadra», le milieu du trajet se trouve presque exac-
tement au site appelE actuellement Tell Hisaf, a six kilometres d’Alqos.
Le nom ancien de la localite aurait etE Tell Has, et c’est justement la
que la lEgende situe le premier siege Episcopal. L’histoire de Daniel le
MEdecin (4) dans laquelle se trouve ce dEtail est une des plus invrai-
semblables (et ce n’est pas peu dire) du cycle hagiographique ; ne se
pourrait-il pas cependant qu’un dEtail authentique ait EtE gardE, celui
de la localisation du premier siege Episcopal du nord de l’lraq? Seule
la fouille du tell pourrait peut-etre rEpondre a la question.
(1) Epitome Can. Apost. (Mai, X, pars. I), p. 8.
(2) Syn. Or p. 272 et 617.
(3) La tradition chretienne appelle Zey‘a (moderne: Zeyia) le premier Eveque
de Ma‘alta, a qui l’eglise du lieu est encore dediee.
(4) Legende de Mar Daniel, en chaldeen dans A.M.S. , III, p. 481-510: en
arabe in Suhada ’, II, p. 175. Le nom de Miles donn6 au premier titulaire semble plus
sujet a caution.
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
325
Premiere division
Rapidement la presence d’un second centre se dessine a cotd du
premier. De prime abord, il semble que, malgrd la persdcution, les con¬
versions s’dtaient tellement multiplies qu’un seul dveque ne sufFisait plus
a administrer toute la province. Le premier dveque de Ninive, Ahudem-
meh, apparait en 554. Qu’il y ait bien eu des lors deux dveques diffd-
rents, Tun pour le Ba Nuhadra et l’autre pour Ninive, est dvident en
l’annde 585, ou Mar Gawsiso* de Ba Nuhadra signe les Actes du synode
dTs5‘yaw I (1) en meme temps que Mar Awa de Ninive.
Pourquoi Ninive fut-elle choisie comme centre d’un nouveau dio¬
cese? II semble qu’un groupement chrdtien se soit cristallisd sur Tun des
tells ddsertds de la vieille citd, peut-etre a cause de la presence, des le
IVe siecle (?), du couvent de Jonas. En meme temps, sur l’autre rive
du «fleuve paradisiaque», a l’endroit ou dtait jadis la «citadelle de l’autre
cotd» qui ddfendait Ninive vers l’ouest, le village de Naw Ardaslr se
ddveloppait et, vers 570, Iso‘yaw bar Qusrd y batissait k son tour un
monastere. Deja done avant la conquete musulmane qui consacrera la
suprdmatie de ce que les Arabes nommeront Mossoul (al Mawsil), s’es-
quissait le processus qui va rapprocher de l’axe du Tigre la vie de la
rdgion, ddveloppement dont Tun des efTets sera l’abandon de la Route
du Roi, sassanide et kurde, pour la route du Tigre, qui deviendra bientot
entierement arabe.
Quant aux territoires des deux dvechds qui se partageaient, au milieu
du VIe siecle, le grand Ba Nuhadra, la gdographie semble indiquer que
Ninive devait avoir sous sa juridiction le sud et Test, alors que du Ba
Nuhadra ddpendaient le nord et l’ouest, e’est-a-dire le petit Ba Nuhadra.
Faut-il, a Ninive et au Ba Nuhadra, ajouter un troisieme dvechd,
celui de Ma‘alta? Ma‘alta dtant situde pres de Dehok, dans la troude
du Cabal al Abiad qui mene vers kAmadIa, ne semble pas devoir etre
distingude du petit Ba Nuhadra, dont elle fait gdographiquement partie.
(1) Syn. Or., p. 423.
326
ASSYRIE CHRETIENNE
C’est d’ailleurs un fait certain que deux eveques de la fin du Xe siecle,
cAwdiso‘ (963) et Yahwalaha (jusque 995) seront appeles eveques de
Ma‘alta et du Ba Nuhadra. Meme quand le nom de Ma‘alta est employe
seul, il ne semble done pas qu’il designe un eveche distinct de celui de
Ba Nuhadra, du moins dans 1’acception desormais limitee du terme.
Cependant, il ne faut pas oublier qual existe un autre Ma‘alta,
celui-ci clairement jumele a Hnita dans la premiere moitie du VIIIe
siecle, ce qui le situe defmitivement en Adiabene du Nord, et done loin
du Ba Nuhadra. On a vu plus haut quels eveques pouvaient probable-
ment etre attribues a chacun des deux Ma‘alta. Si, comme on peut le
supposer, Yazdapnah de Ma‘alta en 554 est le meme que Ton retrouve
a Ninive en 576, cela ne peut etre qu’une «promotion» et indiquerait
que, des cette date, le diocese de Ninive dtait devenu plus important
que celui du Ba Nuhadra.
Inutile de rappeler ici que, avec la conquete arabe de 637, le centre
de gravite de la region de Ninive passera vite de l’autre cote du Tigre,
ou le couvent d’Isocyaw bar Qusrd hebergera bientot le nouvel eveche.
Je dis bien «eveche», et non pas «palais du metropolite», car, quoi qu’il
en soit des anachronismes de certains annalistes, tels que (Amr et Mari,
Mossoul est loin encore d’etre devenue metropole et c’est de l’Adiabene,
capitale Erbil, qu’elle dependra jusqu’au IXe siecle (1).
Mais nous avons parle jusqu’ici comme si la grande province etait
restee intacte jusqu’a ce debut du VIIe siecle que nous avons d^ja
effleurd, et comme si la prosperity et le developpement de sa chr^tient^,
alors nestorienne, n’avait connu aucune ombre.
Helas, il en etait tout autrement. En plus de la persecution sassa-
nide, vivace jusqu’a la fin du regime, et des graves problemes poses par
la propagation, surtout parmi les moines, de l’heresie messalienne,
(1) D’apres le P. Samuel Giamil {Gen. Rel. , p. 541, n. 2) le siege de Mossoul
aurait et 6 uni a celui d’Adiabene jusqu’au milieu du VIIe siecle. C’est sous Iso‘yaw III
qu’il aurait ete s6par6 (?).
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
327
l’figl ise du catholicos de l’Orient courait un plus grand danger. Peut-
etre meme la meilleure organisation de la lutte contre ce nouveau
danger fut-elle la cause principale de la creation du diocese de Ninive (1)
et du premier demembrement de la grande province.
Les «Orthodoxes»
On ne nous en avait encore rien dit, mais le danger devait etre
sdrieux pour que, en 484/485, le mdtropolite nestorien de Nisibe, le
sinistre Barsaume, commengat une sanglante randonnde a travers
l’Eglise de Perse. Si Ton en juge par les chiffres des victimes de la re¬
pression, l’hdrdsie (je parle de son point de vue) qu’il combattait par le
glaive sassanide, devait s’etre repandue ddja de fagon critique. On a
trouve exagdrd le chiffre de 7000 victimes donnd par Bar Hebraeus; mais
si Ton songe que le mdtropolite d’Adiabene lui-meme dtait incrimind, on
devine combien largement la reaction devait s’etre dtendue au petit
peuple.
Que le mdtropolite accusd se soit enfui vers le couvent de Kuhta,
au pied de Gabal Maqlub, oil il retrouve un personnage du nom de Bar
Sahda, dont la tradition jacobite fait un eveque de Ninive (?), indique
clairement que, des cette dpoque, les moines de la «Montagne des Mil-
liers» avaient deja ddsertd le camp nestorien, si du moins ils lui avaient
jamais appartenu. C’est un nouveau centre, plus tard monophysite, qui
s’esquisse dans le Ba Nuhadra.
Je dis bien, «plus tard monophysite», car a-t-on ddja le droit de
parler de monophysisme a propos de toutes les victimes de Barsaume?
L’heresie existait ddja et avait dtd condamnde a Chalcddoine en 451;
mais n’est-ce pas une simplification excessive, due aux auteurs jacobites
postdrieurs, de conclure que, par leur refus de l’hdrdsie nestorienne, ces
chretiens soient devenus du meme coup monophysites ?
(1) Comme ce sera, un siecle plus tard, la raison avoude de la crdation du
diocese de Hadita.
328
ASSYRIE CHRETIENNE
Quand, a la fin du Ve siecle, le propagandiste monophysite Simdon
de B. Arsam parcourra l’empire perse (1), beaucoup lui affirmeront
«etre etrangers a la foi nestorienne», mais ils ne disent pas qu’ils parta-
gent ses croyances monophysites. J’aurais done tendance a penser que
le mouvement auquel tenterent de mettre fin les dragonnades de Bar-
saume dtait en rdalitd le refus, par une large portion de l’figlise de Perse,
de l’hdrdsie nestorienne, enseignee par les anciens eleves de l’ficole
d’Edesse, devenus dveques en ce pays. Parmi les persdeutds de la fin du
Ve siecle, il y a d’authentiques monophysites, les repudiations du synode
d’Acace (2) le prouvent, mais il y a aussi de vrais «orthodoxes», dans
un sens plus exact que celui ou le mot est employ^ aujourd’hui par les
Jacobites. Que la reaction les ait fait glisser progressivement dans l’he-
rdsie contraire, peut-etre deja au temps de Simeon, et certainement au
temps de Jacques Baradde, cela ne fait pas de doute, mais il faudrait etre
prudent quant a la date ou Ton commence a parler de monophysisme
en Perse.
Officiellement, la reunion de «ceux de la region d’Ator», comme
dit Michel le Syrien, au patriarcat monophysite d’Antioche, n’aura lieu
qu’en 629 (3). La «sdparation» anterieure est attribute a la crainte des
Perses et a la difficult^ des voyages, qui les empechaient de monter au
siege patriarcal pour en recevoir la consecration episcopale ; mais en fait,
depuis 424, toute l’figlise de Perse dtait pratiquement independante et
avait oublie le chemin d’Antioche; ce n’est que bien apres leur refus
de communion avec Ctesiphon nestorien, en 484/485, que les centres
«orthodoxes» de Perse recommencerent a se tourner vers Antioche.
(1) B.O., II, p. 409-410.
(2) Cf. Syn. Or p. 302: «Personne ne doit oser introduire le melange, la com-
mixtion ou la confusion entre les diversites de ces deux natures. » — Le synode de
Joseph, en 554, aura une phrase du meme genre ( ibid ., p. 355). Il faudra attendre
Iso‘yaw I, en 585 ( ibid ., p. 396 et 454), pour trouver une condamnation nominale des
Eutych£ens.
(3) M.S., II, p. 414-417.
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
329
Pour le moment, en 486, le synode d’Acace consolide canonique-
ment les tristes gains de la repression (1). La constitution spdciale don-
nee a l’Adiabene est gendralis^e, et les dveques «fideles» la signent.
L’absence parmi ces souscriptions de la signature du mdtropolite d’Adia-
bene ne peut pas ne pas etre remarqude; on a vu qu’elle n’dtait pas
fortuite.
La reaction n’est pas dtouffde pour autant. Vers 540, done cinquante
ans plus tard, le foyer du Gabal Maqlub se ranime. D’apres la tradition
jacobite, le metropolite armenien Christophore, passant par la, aurait
trouve quelques moines «niches comme des colombes dans les anfrac-
tuosites du rocher» et aurait sacre Tun d’eux dveque. Le titre donne a
cet eveque, nomme Garmai, de «metropolite de Mar Matta, d’Ator et
de Ninive» semble un peu une anticipation. Du moins un «recit trouve
dans le couvent de Mar Matta» et reproduit par Michel le Syrien (2),
donne-t-il une liste d'dveques qui, s’ordonnant les uns les autres, vont
faire la soudure avec le debut du VIIe siecle.
Entre-temps, en 559, Jacques Baradee conferait a Ahudemmeh,
eveque de Takrlt, le titre de metropolite d’Orient. (On ne dit pas encore
maphrien.)
Cette nomination pose bien des questions, dont la moindre est de
savoir si vraiment le grand lutteur qui donna son nom a la secte jacobite
vint lui-meme dans l’empire perse (3), ou effectua de loin cette designa¬
tion? Mais surtout, comment se fait-il que Takrlt, la seule cite qui est
dite avoir ete assez puissante pour resister a Barsaume, ait du attendre
la venue de Jacques Baradee pour etre «convertie», et qu’elle ait du
(1) Je ne sais par quelle lugubre ironie un auteur chaldeen moderne ose parler
de «victoire des doctrines nestoriennes» ! ( al Kanlsat ul Kalddmya fi t tdrih , par A. S.
Shawriz, Mossoul, sans date (vers 1930), p. 26).
(2) M.S., II, p. 417 et B.H., Hist. Eccl. , II, col. 85. — Cp. les reserves du P.
Peeters a propos de Kares de Singar a la meme epoque, in La passion arabe de S. ‘ Abdul
Masih, in Anal. Boll., XLIV/1926, p. 284-285.
(3) Comme le voudrait par exemple la Chronique de Seert (II, 50) ou Mari (lat.
39) qui le fait s’enfuir de Takrlt, sous Acace (485-495).
330
ASSYRIE CHRETIENNE
patienter jusqu’en 559 pour avoir un eveque? Michel le Syrien dit clai-
rement (1) que, de l’expedition punitive de Barsaume a l’institution de
Garma'i a Mar Matta, done de 485 a 540, le siege de l’Orient demeura
«sans directions La communaute invaincue de Takrit n’avait-elle done
pas de chef? Et pourquoi n’en demanda-t-elle pas un a Christophore,
ou a Garma'i? II y a beaucoup de mystere autour de la naissance du
siege de Takrit, qui apparait dans l’histoirea une periode indument tar¬
dive, et est dofe immediatement d’un metropolite. La promotion eclair
d’Ahudemmeh est bien attribute par Jean d’Asie (2) a la brillante vic-
toire de l’eveque sur les Nestoriens, dans une conference contradictoire
tenue devant Chosroes I, mais la preeminence donnee au siege semble
indiquer plus qu’une preference de personne; ne marquerait-elle pas
aussi une certaine mefiance vis-a-vis des moins orthodoxes de Mar Matta ?
Les Jacobites
Mais revenons au Ba Nuhadra et a Ninive. La paix accord^e par
Chosroes I aux «orthodoxes», au milieu du VIe siecle, leur permit d’in-
tensifier leur propagande. Le Maqlub passe progressivement entre leurs
mains, et des 570 ils se sentent assez forts pour battre impunement plu-
sieurs fois le moine nestorien Iso‘yaw bar Qusrd et le forcer a quitter
les lieux.
C’est alors que semble apparaitre, a cote de Ninive, dont feveque
reside a Mar Matta, un deuxieme eveche «orthodoxe», qui s’appelle lui
aussi eveche du Ba Nuhadra (3). Le premier titulaire parait bien avoir
ete le fameux proselyte Zakai, moine de Mar Matta. C’est lui qui va
(1) M.S., III, p. 29.
(2) Cite par Nau, in Hist, de Mar Ahoudemmeh , p. 9.
(3) Feu le savant patriarche jacobite Mgr Barsaume mentionne un certain
Sulaiman, eveque «orthodoxe» du Ba Nuhadra des 424; malheureusement il ne donne
pas sa reference {Rev. Pair. Syr., III/1936, p. 195). II ne semble pas que le Grand Ba
Nuhadra jacobite ait the divise en Ninive (Mar Matta) et petit Bahadra avant Zakai,
car hauteur de la vie de Maru ta (p. 66) met non seulement Baqaq et Baiban en Ba
Nuhadra, mais aussi Bartelli.
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
331
conduire l’oflfensive jacobite qui bientot coupera en deux le grand Ba
Nuhadra nestorien, sans prdjuger des avances sdrieuses dans les districts
voisins, notamment Marga. Zakai aurait sidgd de 593 a 605 (1). Desor-
mais, et malgre les mesures de salut public ddcrdtees par le synode de
Sawrisoc, en 596, la partie etait deja perdue pour le camp nestorien:
la division de la chrdtientd d’Assyrie allait se consommer.
Le coup final fut dvidemment portd par la defection retentissante
du mddecin nestorien Gabriel de Singar qui, Henri VIII avant la lettre,
concevra d’un refus de divorce et d’une excommunication, une haine
mortelle pour l’Eglise qui ne s’etait pas plide aux caprices de ses passions.
On sait comment, usant de son influence toute puissante sur Chosroes II,
l’archiatre, rallid aux Jacobites, fera tout ce qui sera en son pouvoir pour
favoriser sa secte d’dlection et persdcuter ses anciens coreligionnaires.
La grande bataille se livra entre 609 et 628, c’est-a-dire de la mort du
catholicos Grdgoire I a celle de Chosroes Parvviz.
Au-dessus de la confusion de la melde, quelques grandes figures
nestoriennes Emergent, qui essaient de dominer la situation: c’est le co-
losse Yonadab, mdtropolite d’Adiabene, qui empechera les hdrdtiques de
prendre pied entre les deux Zab (il crdera specialement a cet effet le
diocese de Hadlta en 595) et essaiera meme, vers 612, d’arracher Mar
Matta aux seides du rendgat. C’est le jeune et brillant Isocyaw de Haz-
za (2), alors dveque de Ninive, qui refuse (provisoirement) une position
plus honorable car, dit-il, il ne peut abandonner la lutte qu’il mene pour
sauver son diocese des «ddmons qui se sont rebellds sur le Mont Alpap».
C’est le moine Bar ‘£ta, mort en 611 qui, de son couvent de Marga a
la pointe sud-est du Maqlub, fait frapper par la colere divine les villages
(1) En fait les atermoiements de Maruta pour accepter sa succession dureront
encore a l’arrivde des Romains en 627. Zakai avait du mourir vers 625 (Hist, de
Maruta , p. 72 s.).
(2) Litterae Isoyahb Pat., Ill , dd. R. Duval, CSCO , 1955, surtout n° 39, p. 65;
n° 44, p. 81; n° 13, p. 155; n° 17, p. 164; n° 50, p. 97; n° 24, p. 45; n° 43, p. 76; n°
48, p. 93.
332
ASSYRIE CHRETIENNE
transfuges. Ce sont tant d’autres, dont Thistoire a malheureusement
oublie les noms.
Helas! ni la diplomatic et les influences que fait jouer le m^tropolite,
ni les lettres d’adjuration qu’envoie l’eveque et les excommunications
qufll fulmine, ni les chatiments infliges par le thaumaturge, ne peuvent
arreter le raz de maree.
Les autorites civiles locales sont soudoyees par les deux partis a leur
tour, les soldats du roi interviennent pour Gabriel, et les gardes d’Adia-
bene pour Yonadab, les eleves des ecoles religieuses sont mobilises pour
bafouer et trainer de village en village un propagandiste trop audacieux,
le pauvre Nana, disciple de Zakai; rien n’y fait, la nouvelle doctrine
s’infiltre partout, meme dans les prisons sassanides ou les futurs martyrs
attendent la mort. A part quelques villages (B. Gurbaq, Karamlaiss, B.
Zawayd, B. Bore), tous les environs de Ninive deviennent jacobites. Les
gens de Bet Bar Telli et ceux de B. Daniel (Badana), gagnes au mono-
physisme, s’emparent du couvent de Mar Adona, avant meme la mort
de Bar ‘£ta; B. Hudaida (Qaraqos) voit un de ses «renegats», avant
615, p^netrer dans la cellule ou Mar Is5‘sawran est emprisonne, etreus-
sir, par ses arguments sp^cieux, a brouiller les idees du saint homme.
Quand la bataille de Ninive livrera la region aux Romains d’Hera-
clius, en 627, les Jacobites auront occupe tout le sud de la province du
Ba Nuhadra, en un vaste croissant partant, au sud, du couvent de Mar
Behnam; montant vers Qaraqos et Bartelli, faisant par le Maqlub sa
liaison avec leur nouveau diocese de Marga sur le Hazir et le Gomel,
s’incurvant ensuite vers la region de ‘Ain Sifni, passant a six kilometres
seulement au sud-est d’Alqos, a B. Bani (Baiban) ou ils avaient installe
une ecole, puis s’inflechissant vers fhorizontale, venant couper la route
moderne Mossoul-Zaho a B. Qoqi (Baqaq), oil ils avaient egalement une
ecole, a trois kilometres au sud de laquelle se trouvait le couvent de fun
de leurs stylites, Mar Miha’il (Dair Astun), et a sept kilometres au nord
duquel se trouvait le grand couvent-txole de Nardos (Dair Gundi),
bientot siege de leur eveque du Ba Nuhadra; rejoignant enfin le Tigre
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
333
au couvent de Samuel le Montagnard (au nord de ‘Arayr), en face du
couvent de «S. Serge sur le Mont Aride» (ad Dair al Mu'allaq, sur le
Gabal Butman) par ou se faisait la jonction avec le B. ‘Arabayd jacobite,
lui-meme prolongd vers l’ouest par le Gabal Singar, dgalement conquis.
U organisation du vainqueur
Le monophysisme victorieux pouvait desormais organiser le terrain
arrachd de haute lutte a l’enncmi. Cela ne tarda pas et, des 629, le
patriarche Athanase notifiait aux moines de Mar Matta (1): «Mar
Maruta a dtd ordonne pour Takrlt. Afin qu’il n’y ait qu’un seul chef
pour les dveques d’Ator, du B. ‘Arabayd et des differents lieux du
B. Parsayd... nous avons institue Mar Maruta de Takrit chef et directeur
general de tous les dveques sus-nommes, de leurs regions et de leurs pro¬
vinces, de maniere qu’il soit pour tous notre reprdsentant, notre lieute¬
nant et comme notre vicaire.»
Ainsi etait institud le premier catholicos, tete d’une lignee qui durera
jusqu’en 1859; ainsi dtait humilie pour la premiere fois l’eveque de Mar
Matta et de Ninive, reconnu cependant nominalement comme metro-
polite d’Ator (2). Ainsi commengait une rivalitd, qui ne cessera vdri-
tablement qu’a la fin du XIIIe siecle, entre les maphriens et les m^tro-
polites de Mar Matta, rivalitd qui se refidtera dans les alldgeances des
villages des environs du couvent et, a Mossoul meme, dans les querelles
de lutrin entre les Matteens et les dmigrds Takritains (3).
Ce qui nous intdresse plus directement ici c’est forganisation du
Ba Nuhadra jacobite, comprenant «tous les dveques de votre rdgion
d’Ator». En fait ce pluriel, dgalement attestd dans plusieurs autres textes,
semble couvrir deux choses: d’abord, de fallots personnages rdsidant
au couvent, ou dans les autres couvents de la diete, et dotds du titre
(1) M.S., II, p. 416.
(2) «L’dveque qui aura dtd rdgulierement dtabli pour votre couvent sera 1’ar-
cheveque et le m<§tropolite de tous les dveques de votre rdgion d’Ator. »
(3) Cf. Mossoul Chretienne. Sur Takrit voir Orient Syrien, VI 1 1/1963, p. 289-342.
334
ASSYRIE CHRETIENNE
d’eveques, sans dioceses bien determines (1), maisil recouvre certainement
aussi de vrais dioceses, dependant du metropolite de Mar Matta. Parmi
ceux-ci, seul le diocese de Ba Nuhadra est identifie. En 629, son eveque
s’appelait Daniel (2). Apres lui, quatre eveques seulement sont connus
qui portent le titre, le dernier date de 1284.
Comme nous l’avons fait pour le diocese nestorien, nous devons ici
nous poser la question: le diocese jacobite du Ba Nuhadra et celui de
Ma‘alta, mentionne par Bar Hebraeus (3), sont-ils a distinguer, ou
ne forment-ils qu’un seul et meme diocese? Je crois bien qu’il ne faut
pas les distinguer, et que Ma‘alta et Nuhadra ne sont que deux noms
interchangeables du meme diocese.
C’est d’abord la geographic qui parle: le secteur jacobite qui coupe
en son milieu le Ba Nuhadra nestorien comprend une partie du district
de Ma‘alta.
On verra que le siege de Feveque se trouvait pres de Faida (B. Ma-
lud ?). II eut done ete plus exact de donner au diocese jacobite le nom
de Ma‘alta; mais on comprend que les historiens, souvent un tantinet
chauvins, aient prefere employer le titre un peu pretentieux de Ba Nu¬
hadra, qui sonne comme un nom de victoire. C’en etait une en effet,
puisque les Jacobites avaient reussi a dechirer en deux la grande pro¬
vince antique.
De plus, on remarquera que seule la liste de Bar Hebraeus parle
de Ma‘alta, au troisieme rang des eveches soumis au catholicos. Les
autres listes paralleles et egalement posterieures, celles des auteurs nes-
toriens, l’anonyme de la Chronique de Seert (4) et les compilateurs du
(1) Par exemple en 752, F6veque Jean (liste de Mgr Barsaume, n° 9) assiste
au synode «d£plorable» de Telia et souscrit pour lui-meme et «pour les eveques Joseph,
Jean et Zacharie, de mon monastere» (Honigmann, cit. p. 102); ( Lisan , III/ 1 95 1 ,
p. 121); ( al LuHu\ cit. p. 317).
(2) Le Q., n° I; B,0., II, n° IX ( Dissertatio , p. 103) et p. 416 et 419.
(3) II, p. 123.
(4) II, p. 223.
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
335
Liber Tunis (1) mettent a ce meme rang le Ba Nuhadra. Bar Hebraeus,
qui ne veut rien oublier, fait un rappel du Ba Nuhadra au neuvieme
rang, quand il a fini la liste commune de huit noms. En fait, il semble
bien que nous ayons affaire a un doublet: ici aussi le Ba Nuhadra et
Ma‘alta sont identiques, et c’est pourquoi on ne connait au pretendu
diocese distinct de Ma‘alta aucun titulaire jacobite (2).
Le regroupement du vaincu
Quelle etait alors la situation territoriale du vaincu nestorien,
spolie et mutile? Le grand Ba Nuhadra a 6t6 dcarteld en trois parties,
isoldes les unes des autres.
La partie nord, qui ddsormais portera le titre ddchu, sera connue
des gdographes arabes sous la forme contractee de Bahudra ou Baha-
dra (3). Son dveche sera peut-etre a Ma‘alta de Dehok, dont il porte ega-
lement le nom. Sa frontiere sud est a peu pres formde par le plisscment
secondaire, oriente est-ouest, qui rejoint le Tigre en coupant la route
moderne Mossoul-Zaho au-dessous du village de Faida. Il semble cepen-
dant, d’apres la position en Ma'alta donnee a Ba ‘Adrd par le Synodicon
Orientale (4), qu’une poche situde au pied de la montagne et comprenant
quelques villages, dont Alqos, coupes de Ninive par le croissant jacobite,
ait 6te encore rattachde au diocese de Ma‘alta, dont la frontiere se trouve
ainsi reportee entre Ba £Adr6 et Berestek. Ce dernier village appartenait
au B. Rustaqa dont nous allons parler dans un instant.
Le district meridional, qui ne s’etend plus vers Test que jusqu’a
Karamlaiss, comprend Ninive et Mossoul, ou le patriarche Iso‘yaw III
(1) Mari, lat. p. 54.
(2) Le Q., O.C., II, col. 1587-1588, d’apres B.O. , II, n° IX ( Dissertatio , p. 91)
et p. 419. — Voir aussi les listes de M.S. (Ill, p. 450 s.). — Mgr Barsaume ne se pro¬
nonce pas contre l’identification; il dit seulement: «Ma‘alta: son £veque est mentionnd
pendant le dernier tiers du Ve siecle» ( Apergu , p. 195).
(3) R6f. dans Canard, Hamdanides , I, p. 114-115, avec reserve cependant sur
«al Mughita», qui est Ma‘alta du Zab et n’a rien a voir avec le Bahadra.
(4) B.O., III, I, p. 391, et III, II, p. 178.
336
ASSYRIE CHRETIENNE
pourra encore retarder la construction d’une dglise jacobite en 657/
658 (1) ; puis il remonte jusqu’a Tell Esqof, suivant la ligne des villages
encore aujourd’hui chaldeens, Tell Kaif, Batnaya, Baqofa et Tell Esqof.
Un troisieme lambeau s’est trouve isole derriere le Maqlub, a Test
de ‘Ain Sifni; c’est le district appeld B. Rustaqa qui, coupe de ses bases,
sera rattache administrativement a Marga.
L’eveche nestorien de Ma‘alta et de Bahadra continuera a avoir
des eveques au moins jusqu’au XIIIe siecle. Le dernier connu est
Malklso1 2 3 4, en 1266.
Le diocese de Ninive-Mossoul etait promis a un avenir plus brillant.
D’abord soumis au metropolite d’Erbil, il deviendra lui-meme metro-
pole entre 823 et 828, Erbil passant alors au rang de suffragant. Meme
quand Erbil, ayant regagne un peu de son ancienne splendeur, rede-
viendra metropole, entre 1176 et 1188, Mossoul gardera cependant son
titre, si bien que Ton aura deux metropoles nestoriennes pour le nord
de l’lraq.
Faut-il situer dans la region de Ninive le diocese nestorien de
Taimana, qui n’a pas encore dte localise? On le trouve mentionne a
trois reprises assez espacees. D’abord en 790, ou son eveque s’appelle
Moise (2), sans autre precision. La deuxieme mention est contenue
dans un manuscrit de la Bibliotheque Nationale de Paris (3) que l’abbe
F. Nau date des environs de 900. En fait il faut placer ce manuscrit avant
823-828, puisque le diocese de Ba Nuhadra y est encore soumis a Erbil.
On ne peut done savoir si le Jean de Taimana qui y est mentionnd avait
son diocese en Ba Nuhadra ou en Adiabene. Enfin, Taimana figure,
d’apres ‘Awdis5c de Nisibe (4), dans la liste des eveches soumis au me¬
tropolite d’Erbil, Hazza, Ator et Mossoul (?). Comme on estime d’ha-
bitude que cette liste reflete la situation telle qu’elle etait du temps de
(1) Cf. Mossoul Chretienne, s.v. Eglise «ad latrinas».
(2) Syn. Or., p. 608, n. 3.
(3) Notices des Mss. Syr., cit., ROC, 2e serie, VI/1911, p. 271-323.
(4) Cit£ in Syn. Or., p. 619.
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
337
1’auteur, on peut supposer que le diocese de Taimana existait encore
au XI Ve siecle.
Le meme nom se retrouve dans la ldgende du moine Miha’Il, «l’egal
des anges» (1). C’est dans «la terre de Taiman» que celui-ci batit son
couvent. Ce couvent existe toujours; le pays de Taiman est done situ£
sur la rive ouest du Tigre, immddiatement au nord de Mossoul. Quant
a son nom il peut vouloir dire simplement «le pays du Sud», peut-etre
par rapport au grand Ba Nuhadra, ou encore comporter une reference
a une tribu arabe, originaire du Ydmen (2) qui, comme plusieurs autres
venant de la meme rdgion, se serait installee dans le district.
Cependant, une variante du meme nom se retrouve un peu plus bas
sur l’autre rive, done cette fois en Ba Nuhadra: la premiere dtape des
caravanes se dirigeant de Mossoul vers le sud dtait la locality des Ban!
Taiman, a mi-route entre Mossoul et Hadita du Tigre (3), une dis¬
tance de sept parasanges la sdparant de chacune de ces deux villes. II
n’y a plus aujourd’hui de localite de ce nom. D’apres la distance on peut
l’identifier avec les ruines voisines du hameau actuel de Tuwagna (ou
Tuwagna). On voit la-bas, a cotd de la route de Guwair, a l’ouest, un
grand champ de decombres formant un carr6 d’a peu pres cinq cents
metres de cotd et offrant le meme aspect que les ruines des bourgs m 6-
didvaux de Guhaina, Dola‘iya, ou Balad. La localite a certainement
connu une prosp6rit£ supdrieure aux villages de pisd environnants,
car ici les maisons dtaient baties en pierres et en gass. Tuwagna se
trouve a mi-distance entre Mossoul et Guwair sur le Zab. II n’est pas
6tonnant que le nom arabe ancien ait disparu, car les peuplades les plus
(1) V.g. en arabe dans Suhadd’, p. 115.
(2) V.g. Bk. II, p. 656 et n. 3; id., Mai, X, p. 141. — La Pchitta porte «la
reine de Taiman» en Mt. XII, 42, pour notre «reine du Sud».
(3) Ibn Hurdadbah, al Masalik , £d. de Goeje, p. 67 et 163. Dans le texte
de la Geographia Nubiensis (6h non pagin^e, Rome 1592) Idrisi met le lieu a mi-
chemin entre Hadita et Takrit. Dans la Charta Rogeriana (1154) le nom est £crit en
longueur, a Test du Tigre, au sud de Ninive. Cf. Konrad Miller, Mappae Arabicae,
Stuttgart, 1926.
Rech. 23 — 22
338
ASSYRIE CHRETIENNE
diverses ont habits le district depuis le moyen age, notamment les Tur¬
comans, et Tun dcs villages voisins s’appelle «Qara Quyunli Sufli».
Si c’est ici qu’il faut placer le diocese de Taiman, il correspondrait,
comme son nom l’indique, a la partie sud du diocese de Ninive, qui
aurait alors eu un eveque special (?). Bordant le Tigre et la route arabe,
cette region etait tres prospere au IXe siecle, au moment oil Ton trouve
des ^veques de Taimana, mais Ton n’a aucun renseignement sur sa
chretiente.
De toutes fa^ons F appellation est tardive et implique peut-etre une
nuance de flatterie vis-a-vis des Arabes. Peut-etre n’est-elle qu’un doublet
qui cache un nom plus «chretien», Ninive par exemple? En effet, on ne
peut pas ne pas remarquer que le nom de Ninive ne figure pas dans les
listes ou P on rencontre Taimana; Ton ne possede malheureusement pas
de liste qui puisse servir de terme de comparaison avec la nomenclature
du Codex 354. Risquer une hypothese en la matiere serait done pre¬
mature.
La decheance de Mar Matt a
Le temps des luttes entre fractions chretiennes rivales est desormais
passe. Dans les brassages de populations qui se succedent au cours des
siecles (et dans quel siecle ce pays n’en a-t-il pas connu?) la chretiente
de plus en plus reduite oublie ses querelles fratricides. On ira meme
jusqu’a voir une eglise nestorienne se batir, en 767, a Takrit, la forteresse
jacobite, en echange bien sur d’autres bons procedes.
Ndanmoins, au coeur de V Eglise Syrienne Occidental, la rivalite
entre Takrit et Mar Matta, rivalite aussi ancienne que l’institution du
catholicos, va entrer dans sa derniere crise. Voyant Takrit amoindrie par
les vicissitudes des temps, et le diocese de Ninive florissant (1), le maph-
rien Ignace Lazare veut remanier son dparchie et se soumettre directe-
ment Ninive, qu’il doit par consequent enlever a l’eveque de Mar Matta.
(1) M.S., III, p. 307.
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
339
II choisit bien son moment: en 1152, le mdtropolite de Ninive est mort,
le maphrien refuse de lui designer un successeur. La solution dtait tres
flatteuse pour la ville de Mossoul, mais chargde de menaces pour le futur
eveque de Mar Matta; elle ne souriait guere non plus aux Takrltains,
qui craignaient que leur ville ne perdissc encore de son importance en
laissant partir son maphrien.
Takrlt eut deux fois gain de cause auprcs du patriarche Athanase,
mais Lazare tint bon et ne sacra toujours pas de mdtropolite pour le
siege vacant. Son obstination finit par l’emporter et le synode de 1155
sanctionna la reorganisation. C’dtait l’arret de mort de Takrlt, que les
maphriens auront quittde avant la fin du siecle; c’dtait aussi le debut
du ddclin de Mar Matta, soumis entierement ddsormais a la discretion
du maphrien.
II semble cependant que le patriarche, qui avait approuve a regret
la decision du maphrien, ait voulu donner comme un «prix de conso-
lation» a l’dveque de Mar Matta, spolid de sa juridiction sur Mossoul.
On est bien tentd de penser que ce fut des cette date que fut adjoint au
titre de Mar Matta celui d’Adherbaidjan. On recrdait ainsi un vieux
diocese historique datant de l’epoque de Maruta (1), mais bien dddord
depuis. Surtout on dloignait de Ninive le maitre dvince, remplacd dans
son couvent par un pale supdrieur. La situation dut engendrer quclque
rancune, et aussi quelque honte, car le premier dveque, Timothde, en
1166, se contente de signer «dveque d’Adherbaidjan)). II faudra attendre
1232, avec Sdvere Ya‘qub de Bartelli, pour que l’dveque du grand cou¬
vent ddchu ose signer de son titre complet «£veque de Mar Matta
(qui a ses yeux reste primordial) et d’Adherbaidjan» (2).
(1) Celui -ci avait crdd un diocese pour les Edessdniens ddportds par les Perses
en 609.
(2) Ceci resout le pseudo probleme pos6 par Honigmann ( Barsaurna , p. 98, n. 7)
a la suite de Baumstark (6^r. Lit.), p. 329. La confusion £tait n^e du catalogue de
Wright des Mss. de Cambridge (Add. 2887.37) qui mentionnait un dveque du couvent
de Mar Matta en Adherbaidjan. Ce couvent fantome a dd:ja ^td portd sur la carte,
excellente par ailleurs, de F. Van der Meer, des Eglises du royaurne des Perses , dans
340
ASSYRIE CHRETIENNE
Faut-il distinguer a cette epoque deux £vech£s jacobites, Tun
d’Adherbaidjan et l’autre de Tabriz (1)? II semble que non, et rien
dans la chronologie des eveques ne s’oppose a Identification. Cette
solution repondrait aussi a la question posee par Honigmann (2) : Ou
dtait le siege de l’eveque? II semble que l’on puisse repondre: a cette
epoque, il 6ts.it a Tabriz (3).
Le jumelage, un peu bancal, de Mar Matta et de Tabriz, semble
avoir dure jusqu’a la fin du XIIIe siecle, au moment ou un maphrien,
Barsaume, passera cinq ans a Tabriz et a Maraga, de 1293 a 1298, et
en profitera probablement pour rattacher directement le diocese a son
eparchie (4). D’ailleurs, les grands seigneurs de Mar Matta s’etaient
habitues a vivre a l’ombre du maphrien, et au role inferieur que cela
signifiait pour eux; le contemporain de Barsaume, l’eveque Iwanis de
Mar Matta, cohabita pacifiquement avec le maphrien; il se contenta de
cultiver son jardin et de batir quelques chambres, une tache qui deviendra
traditionnellement celle de ses successeurs (5).
Les dioceses recents
Le processus d’emiettement continuera encore dans la suite. Au
XVIe siecle, le celebre couvent de Mar Behnam devint a son tour le
V Atlas de V antiquite chretienne , ed. fr., Paris -Bruxelles 1960, carte n° 36. La table des
matieres du meme ouvrage (p. 196) est Sgalement a corriger, qui met «Mar Mattai'»
cette fois en Adiabene.
(1) Comme le voudrait le Lisdn al masriq , 1 1 1/ 1 950, p. 25, n. 6 et 7, qui parle
du diocese d’Adherbaidjan, dont le centre etait a Tabriz et dont «l’histoire a mentionn£
certains eveques», et du diocese de Tabriz, qui aurait et6 separe comme diocese special
peu avant le XIIIe siecle.
(2) P. 112, n. 3, oil il suggere Ardabil.
(3) Il semble qu’il y ait eu aussi un eveque a Urmi, pres du lac de Van, v.g.
Ignace, vers 1190 ( Lisdn , III/1951, p. 224). A la meme Epoque, le siege nestorien de
la meme region dependait egalement de l’Adiab^ne-Assyrie. Plus tard tout le monde
semble s’etre transports a Maraga.
(4) A ce moment l’Adherbaidjan dSpend du patriarcat jacobite de Sis (Honig¬
mann, p. 175, d’apres B.H., I, col. 793-797.
(5) Voir en appendice a ce chapitre la liste episcopale revisee du n° 17 au n° 21.
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
341
centre d’un diocese, appeld Diocese de Mar Behnam et de Qara-
qos (1). Le premier dveque en fut Iwanls Iso1 2 3 4 de Qaraqos, qui siegea de
1566 a 1576. On trouvera dans la prdcieuse histoire arabe du couvent,
dcrite par Mgr Ephrem Abdal (2), une liste de six noms d’dveques,
dont le dernier meurt en 1777.
Nous arrivons alors a la pdriode moderne, a laquelle appartient le
seul dveque catholique ayant portd le titre de Mar Behnam et Qaraqos,
Mgr Bisara Ahtal (Cyrille Behnam), sacr d en 1790.
Quand les Jacobites reprirent le couvent en 1798, ils y remirent un
Eveque, bien qu’on ne connaisse plus de noms. L’eveque anonyme de
1809 sera sacrd patriarche intrus par le maphrien Basile Bisara (3),
avant d’etre tud en 1818. On ne sait s’il avait etd remplacd a Mar Beh¬
nam, dont les moines furent dispersds en 1820.
II faudrait encore mentionner ici le diocese chaldden catholique de
Zaho, hdritier du petit Ba Niihadra et de Ma‘alta de Dehok. Ce diocese
eut peut-etre ddja des dveques catholiques des le XYIe siecle, mais ne
fut converti ddfinitivement qu’a la fin du XVIIIe siecle (4). II fut drigd
en diocese independant en 1850, et son premier dveque fut Mgr Em¬
manuel Asmar (1859-1875).
Ainsi se termine l’histoire des dioceses de la plaine de Ninive. On
pourrait dvidemment traiter le sujet comme une sdrie de remaniements
administratifs, se traduisant en statistiques et en listes dpiscopales. Je
crois qu’il est plus exact de le voir comme la dissection progressive d’un
etre vivant, et quand cet etre est cher, le coeur saigne a la pensde de son
malheur. Hdlas, cela aura dtd le tragique destin de ffiglise historique
d’lraq de ne pas connaitre des remaniements traduisant le ddveloppement
et la vie, mais des ddmembrements trahissant les divisions et la mort.
(1) Apergu , p. 198.
(2) Al Lu'lu' an nadid , Mossoul 1951, p. 94.
(3) Mgr Armalet, Les Catholicos d' Orient et les maphriens Jacobites , dans al Machriq
(Beyrouth) a partir de XXII/ 1924. Ici notice du maphrien n° 101.
(4) D’apres LEglise Chaldeenne Catholique , p. 70-72, par Mgr Tfinkdji, 1913
(et Ann. Pontiff 1914).
342
ASSYRIE CHRETIENNE
Le renouveau dont nous sommes temoins dans les Egiises Chal-
deenne et Syrienne Catholiques contemporaines, est en train de riparer
les effets seculaires de cette loi de disintegration ineluctable qui est celle
des sarments separes du cep. Pour aider a ce renouveau a ete organise
en 1961 le diocese chaldeen d’Alqos, comprenant les anciens districts de
Ba ‘ Adre et B. Rustaq. Le premier eveque en est S.E. Mgr Albahad Sana.
2. — Listes episcopales
N.B. : Les numeros n’indiquent pas forc^ment la succession immediate.
Eveques nestoriens du Ba Nuhadra et Ma‘alta
References :
Syn. Or., table p. 669.
Le Quien, O.C., II, col. 1221-1222.
D.H.G.E. , VIII/ 1 936, col. 1236, s.v. Beth Nuhadra. — Ce dernier
article, de M. le Chanoine A. Van Lantschoot, donne une liste qu’il n’y
a guere lieu de changer. Je me contente de la reproduire ici a peu pres
exactement.
[1] Isaac, en 410 (Syn. Or., p. 272 et 617).
[2] Salomon ou Samuel, en 497 (Syn. Or., p. 310, 311, 315)
(p. 621 Chabot note que la variante «parait imputable a l’inadvertance
des copistes »).
[2a] (?) Yazdepnah, 554 (le meme eveque de Ninive en 576?,
Syn. or., p. 366, 368).
[3] Gawsisoc, en 585 (Syn. Or., p. 423). II y a un eveque de
Ma‘alta du Zab au meme synode, et aussi un eveque de Ninive.
[4] Jean, en 605 (Syn. Or., p. 478). II y a un eveque de Macalta
du Zab au meme synode.
[4a] cAwd!so‘ (Histoire of ... R. Hormizd, p. 80) vers 640.
[5] Isaac (L.C., n° 139 et 140), fin du VIIe s.
[6] Nestorus, sacre en 790 (Syn. Or., p. 608, n. 3).
[7] BrihIso‘, debut du IXe siecle (cod. 354, B.N., Paris; R.O.C.,
1911, p. 271-323).
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
343
[8] £AwdIso£ bar ‘Aqre, ev. de Ma'alta et Nuhadra, 961-962/3
(Mari, lat. p. 88; B.O. , II, p. 442, 453; III, n, p. 769; Le Q., Nuhadra ,
n° 1; Vie de R. Tusif Busnaya, p. 28, 29, 55; D.H.G.E. , XIV/1960, col.
1274).
[9] Yahwalaha devient en 995 nfetropolite de Nisibe (Le Q. lui
donne le n° IV de Ma'alta; £lie de Nisibe, Op. Chron ., C.S.C.0 . 63*,
p. 107, l’appelle eveque de Nuhadra).
[10] Elie bar Sinaya, 1002-1008, devient alors metropolite de Ni¬
sibe, meurt en 1046? ( D.H.G.E ., XV/ 1961, col. 192-194, s.v. Elie de
Nisibe , n° 29, par A. Van Roey, avec references).
[10a] Yahwalaha (?) devient metropolite de Mossoul en 1062/
1063 (Mari, lat. p. 110; B.O. , II, p. 447; Le Q., n° V).
[11] Moi'se, en 1111 (]\4ari, lat. p. 129; Le C]L, J\uhadra , n® ii).
[12] X, en 1134 (Mari, lat. p. 131; Le Q., Nuhadra , n° III).
[13] Yahwalaha (?) avant 1190 ( B.O. , II, p. 453 et 487; Le Q.,
n° IV).
[14] SAWRisoc, avant 1222 ( B.O. , II, 453; III, n, p. 769; Le Q.,
n° V).
[15] Iso'yaw, en 1257 ( B.O. , II, p. 455; Le Q., n° VI). Mari lui
donne son titre arabe de Bahadra.
[16] Malkiso4, en 1265 ( B.O. , II, p. 456). Comme cAwdis5‘ de
Ma‘alta assiste avec lui au meme sacre (de Denha I), on peut penser
que ce dernier etait eveque de Ma£alta du Zab.
£veques nestoriens de Ninive/Mossoul (jusqu’a ce que la ville
devienne metropole, entre 823 et 828).
References :
Le Quien, O.C., II, Ninive, col. 1223-1226; Mossoul , col. 1216-1220.
Synodicon Orientale , p. 678.
Le manuscrit du Paradis d' Eden de Karamlaiss compte, dans ses
Diptyques, a la suite de la liste des metropolites d’Assyrie, une liste de
trente-cinq noms seulement, au debut de laquelle on reconnait des
eveques de Ninive.
344
ASSYRIE CHRETIENNE
Deux courtes series d’eveques, par ordre chronologique, apparais-
sent dans la liturgie nestorienne au deuxieme vendredi d’ete et le ven-
dredi suivant. Les manuscrits qui portent cette commdmoraison sont des
evangeliaires :
a) Le premier, de R. Hormizd, probablement date de 1074, est
actuellement au British Museum (cod. CCXLVI, Add. 17.923, Cat .
Wright, t. I, p. 182 s., n° 104 et 107).
b) Deux autres, du Patriarcat Chaldeen (cod. A.S. 13 et 14; Mgr
Bidawid, 124 et 125), dates du XIIe siecle.
c) Un quatrieme du British Museum, «selon l’usage de B. ‘Awe»,
date de 1206/7 (cod. CCXLVIII, Egerton 681, Cat . Wright, 1. 1, p. 190
s., n° 91 et 93).
d) Le cod. Berlin 14 (evangeliaire du XI Ve siecle) ne comporte que
la seule liste du 3e vendredi d’ete (fob 153 a, Cat. Sachau, I, p. 29).
Ici l’ordre est different, et on ajoute un Burz Iso‘ (?).
D’apres ces differentes sources, voici comment l’on peut peut-etre
reconstituer la liste des eveques nestoriens de Ninive-Mossoul, jusqu’a
ce que la ville devienne metropole, entre 823 et 828 semble-t-il. Les
numeros d’ordre correspondent a la liste des Diptyques de Karamlaiss.
Bar Sahde (?)
Faut-il retenir ce nom qui, d’apres les sources jacobites, serait celui
de Peveque de Ninive martyrise par Barsaume de Nisibe en 484/5, a
cause de ses tendances «orthodoxes»? Si la liste d’eveque de Ninive
fournie par les Diptyques de Karamlaiss est aussi exacte que ceile qu’ils
donnent des metropolites d’Assyrie, on ne peut s’empecher de remarquer
que le premier nom commun aux deux listes, celui d’Iso‘yaw, qui fut
d’abord dveque de Ninive puis metropolite d’Assyrie, tient le 24e rang
dans la liste d’Erbil, alors qu’il est le 6e de la s£rie de Ninive. Ceci semble
indiquer que la creation du siege de Ninive fut de beaucoup posterieure
a celle du siege d’Adiabene. II semble qu’il n’y ait pas eu d’eveques de
Ninive avant Ahudemmeh, c’est-a-dire vers le milieu du VIe siecle.
[i] Ahudemmeh (Evangeliaire, 2e vendredi d’dte) siegeait en 554
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
345
Syn. Or., p. 366). La plupart des manuscrits liturgiques r^petent deux
fois ce nom. Y eut-il deux eveques du meme nom fun apres l’autre, ou
a-t-on affaire seulement a un doublet reiter£, du a une faute de copiste?
Les Diptyques ne le mentionnent qu’une fois.
[2] Muse (Moise) (Lvangdliaire, 2e vendredi dYtd).
[3] Yazdpanah (Lvangeliaire, id.). Atteste en 576 (Syn. Or., p.
368). C’est probablement lYveque du jeune de Ninive, au temps du
patriarche fizdchiel, 570-581 ( B.O. , II, p. 413; Le Q., Ninive, n° III).
Cependant la tradition de Mossoul appelle l’eveque du jeune Mar Zdy‘a.
Yazdpanah peut avoir ete dveque de Ma‘alta en 554 (Syn. Or., p. 366).
Sur sapenible chute etsa penitence, cL Hist.of ... Bar Idta, II, i, p. 212-214.
[4] Mar Awa, en 585 (Syn. Or., p. 423, ou Ton voit ^galement
un £veque de Ma‘alta assister au meme synode). C’est probablement de
cet eveque que lYvangtdiaire de R. Hormizd datd de 1074 et celui de
1188 font la commdmoraison individuellement au 17 ddcembre. Ceci
expliquerait son absence des listes liturgiques collectives. Un temps
prisonnier des Grecs, Awa fut libdrd lors de la paix, a l’hiver 589-590.
Cf. Hist, of ... Bar Idta, II, i, p. 224.
[5] Mar! (ou Mara), mort avant 628 (Thomas de Marga, lib.
II, cp. 4; B.O. , II, p. 188, 420; III, i, p. 475; Le Q., Ninive, n° V;
fivangdliaire, 2e vendredi d’dtd). Cet dveque est le prdddcesseur dTsocyaw.
L’ordre de Le Quien est done a rdtablir: III, V, VI, IV, VII, etc.
[6] I§ocyaw, avant 628, avant 637 (fivangdliaire, 2e vendredi
dYt£; Th. de Marga, lib. II, cp. 4, 11, 12, etc.; B.O. , II, p. 188, 420;
III, i, p. 475; Mari, lat. p. 55; Budge, Bk. I, p. lxxxvi). ‘Amr (ar. p. 56)
le fait dveque de Ninive puis mdtropolite de Mossoul, ce qui est un ana-
chronisme double d’une erreur, car le siege de Mossoul n’apparait qu’a-
pres la conquete arabe et ne devient mdtropolitain que beaucoup plus
tard (Le Q., Ninive, n° VI; Mossoul, n° I). Voir aussi ses lettres, dont
la chronologie semble un peu bouleversde.
Georges de Kafra ne semble pas avoir en fait dveque de
Ninive, comme le voudrait ‘Amr (ar. p. 57) suivi par Assemani (B.O. ,
346
ASSYRIE CHRETIENNE
II, p. 421 et Le a. Mossoul, n° II) et certains modernes. Le texte, plus
serieux, de Thomas de Marga (. Bk . II, p. 179-186) montre que, s’il fut
bien a Ninive avec son maitre Is6‘yaw, il accompagna egalement celui-
ci a Erbil.
Mar ‘Emmeh n’est pas mentionne dans les Diplyques , peut-etre
parce qu’il avait une commemoraison speciale avec d’autres patriarches,
le troisieme dimanche de l’Annonciation (calendrier nestorien du Ma¬
labar). Avant d’etre patriarche, il etait sur le siege de Ninive au moment
de la conquete arabe (637) et jusqu’en 644 (ou 647 ?) (cf. Mari, lat.
p. 55; B.O. , II, p. 420; III, i, p. 615; Le Q,., Ninive , n° IV).
[7] SawrIso‘ ( Diptyques ).
[8] SembaiteH (Evangeliaire, 3e vendredi d’ete).
[9] KlilIs5‘ ( ibid .).
Le codex du Patriarcat Chaldeen A.S. 13 (Mgr Bidawid, n° 124)
ajoute ici Sawrlso4, range par les Diptyques au n° 7.
[10] Suhalalaha (Evangeliaire).
Italaha (?) n’est pas mentionne par les Diptyques. En realite, si
vraiment le correspondant a qui Severe Saboht ( f 667 ) envoie sa lettre
sur le Peri Hermeneias est un eveque de Ninive (comme le nomment
la plupart des manuscrits et comme le pense Baumstark, Syr. Lit., p. 246,
alors que Chabot en fait un «pretre de Mossoul», Lit. Syr., p. 83), c’est
probablement ici qu’il faudrait le placer.
Les trois eveques suivants ne figurent pas dans les Diptyques. Ce
sont :
[10a] Moise, qui assiste a la mort d’lso^aw, en 650 (ou 658)
( B.O. , II, p. 188, 420; III, i, p. 475; Le CL, Ninive, n« VII).
[10b] Isaac de Ninive, entre 658 et 680. Il siege six mois puis
abdique (cf. Chabot, Lit. Syr., p. 104). Le Quien le nomme n° II de
Ninive et le situe vers 500 (?) avec reference a B.O. , I, p. 207, alors que
la-meme, Assemani le mettait deja «apres» 500.
[10c] Simeon, probablement depuis 695, au retour de Hnaniso£
(cAmr, ar. p. 60; Bk. II, p. 236). Devient metropolite d’Erbil en 714
(Le Q,., Mossoul, n° III, anonyme).
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
347
[11] Ephrem (Bk. II, p. 237; B.O. , III, i, p. 478). Le Q. ( Ninive ,
n° VIII) en fait le successeur de Moise (?). En fait, il batit Teglise de
B. B5re, consacree par le metropolite Jean d’Adiabene, done entre 714
et 721.
[12] Narsai, cite uniquement par les Diptyques.
Maran ‘Emmeh (?). Le Q. ( Mossoul , n° IV) le fait dveque de Mos-
soul, avec reference a Thomas de Marga (lib. Ill, cp. 4), oil Ton voit
seulement (Bk. II, p. 312-313) que ce personnage devint mdtropolite
d’Erbil apres Ahha, done entre 754 et 773.
[13] Abraham, prdddeesseur dTso‘yaw de Marga, done mort entre
741 et 754 (Le CE, Ninive , n° IX). Les Diptyques intervertissent Pordre
d’Abraham et dTs5‘sawran, et omettent Iso‘yaw.
[13a] Iso‘yaw de Marga, saerd par Ahha, done entre 741 et 754.
Devint metropolite d’Ator en 780, a l’avenement de Timothde (Th. de M.,
lib. II, cp. 3; B.O. , III, i, p. 480; Le Q., Ninive , n° X; Mossoul , n° V).
[14] Iso4sawran Bar Mamai, seconde moitie du \TIIe siecle (Th.
de Marga, lib. VI, cp. 15; Bk. II, p. 648; B.O. , III, i, p. 300).
[15] Maran Zha, a qui Timothee dcrit, done avant 823 ( Epis -
tulae, C.S.C.O. , p. 96; Th. de M., lib. IV, cp. 18; B.O., II, p. 494-495;
Le Q,., Ninive , n° XII).
[16] Hnaniso4, nommd par Timothde ( Epistulae , C.S.C.O., p. 90).
Sous le patriarcat dTso4 bar Nun (823-828), le centre de rdparchie
d’Adiabene-Assyrie fut transfer^ a Mossoul. Que reprdsentent done les
19 noms qui restent encore apres les dveques de Ninive-Mossoul ? Pour
le meme laps de temps, e’est-a-dire jusqu’a la date de la reprise par
Mossoul seule du titre de metropole; entre 1 1 76 et 1 188, la liste d’Assyrie
comporte 16 noms (n° 36 a 51 inclus).
A-t-on dans les 19 numeros suivants les noms des dveques de Ninive-
Mossoul qui auraient sidge dans la meme ville que le mdtropolite d'Ator-
Adiabene? Peut-etre est-ce a ce moment que le batiment qui logera
plus tard le «patriarcat», pres de l’dglise de Meskinta, rempla^a ou
doubla la vieille residence episcopate de Mar Isa‘ya?
348
ASSYRIE CHRETIENNE
Ou bien les Diptyques se sont-ils contentes de mettre a la queue
leu leu des bribes de listes episcopates de differents sieges? Apres tout,
ccla n’est pas impossible, car le texte ne dit pas qu’il donne uniquement
les listes de Ninive, ou de quelque diocese determine, mais seulement
qu’il recommande a nos prieres des eveques «de notre pays».
Et d’ailleurs, comment cette liste fut-elle redigee? A part pour les
sieges privileges, pour lesquels l’auteur des Diptyques semble avoir dis¬
pose de listes traditionnelles, il dut faire comme nous et etudier son
Synodicon et son Liber Tunis. J’avoue done mon ignorance quant a la
localisation des noms des eveques suivants. Je les donne a la file, tels
qu’on les trouve dans les Diptyques , souhaitant qu’un confrere plus
heureux puisse dechiffrer ces hieroglyphes.
[17] Quriaqos
[18] Husalaha (Miserere Deus)
[19] HabbIwa
[20] Yohannan
[21] Maroos
[22] Iso£zha
[23] £AwdIso£
[24] Yohannan (l’edition de Qalaita met cet eveque immediate-
ment apres 20).
[25]
Abraham
[26]
Yohannan
[27]
Quriaqos
[28]
Guorguis
[29]
£Awdiso£
[30]
Makkiha
[31]
HnanIso£
•
[32]
Abraham
[33]
Nestorus
[34]
I so ‘yaw
[35]
Hnaniso£
*
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
349
Pour retrouver la suite des dveques de Mossoul, il faut se reporter,
dans les Diptyques , a la fin de la liste d’Assyrie. On trouve les noms des
mdtropolites de Mossoul seule. Comme le mdtropolite n’a plus ddsormais
de juridiction que sur la ville, il semble que l’dvechd local, s’il avait
subsists, ait dt d maintenant supprimd.
Sur les huit noms de mdtropolites que mentionnent encore les Dip¬
tyques , les trois premiers sont attestds par ailleurs.
(Les numeros d’ordre sont ceux de la liste des mdtropolites d’As¬
syrie dans les Diptyques :)
[52] Joseph, en 1188 et 1222 (‘Amr, ar. p. 116; B.O. , II, p. 453;
Le Q., n° 23). Mossoul aurait dtd separde d’Erbil apres TIttos (1176)
(cf. B.O., III, H, p. 721, et aussi Evangdliaire Patr. Chald., cod. A.S. 13,
Mgr Bidawid, n° 124).
[53] ‘Awdiso‘, en 1257 (‘Amr, ar. p. 120; B.O., II, p. 455; Le Q.,
n° 24). C’est pour lui que Yohannan ibn Zo‘bi ecrit le Tissu bien agence.
[54] 5im‘un, en 1265 et 1266 (‘Amr, ar. p. 121; B.O. , II, p. 455-
456; Le Q., n° 26).
[55] Gawriel
[56] GuiwarguIs
[57] HnanIso‘
[58] Abraham
[59] ElIya
Ici se terminent les listes des Diptyques , allant probablement j usque
vers 1364. Les renseignements postdrieurs a cette date sont trop frag-
mentaires pour fournir une liste suivie.
EvEQUES ET METROPOLITES «ORTHODOXES» PUIS JACOBITES DE MaR
Matta et Ninive-Mossoul
References :
B.O. , II (ou Dissertatio , ddition de 1730), n° IX, p. 99-100 et 102,
s.v. Mosul , ou Monasterium S. Matthaei.
Le Quien, O.C., II, col. 1559-1564, Ecclesia Mosul.
350
ASSYRIE CHRETIENNE
Feu Mgr Barsaume, patriarche jacobite, donne une liste de 38 noms,
du debut a 1935, dans Apercu sur V histoire de la communaute syrienne en Iraq ,
en arabe, dans la Revue Patriarcale Syrienne (Couvent de St-Marc, Jeru¬
salem), 1 1 1/ 1 936, p. 223-224, dont j’ai garde la numerotation.
Commentaire en arabe, anonyme, du en fait a S.E. Mgr Paulos
Behnam, alors archeveque syrien orthodoxe de Mossoul, sur les 21 pre¬
miers numeros de la liste precedente. Revue Lisdn al-Masriq , Mossoul,
11/1950, a partir de la p. 348).
En 1961, S.S. Mgr Ignace Ya‘qub III, patriarche syrien orthodoxe,
a repris ces listes et complete les details dans son histoire arabe du cou¬
vent de Mar Matta, intitulee Dafaqat at tlb. La liste generale, avec une
numerotation un peu difTerente de celle de Mgr Barsaume est donnee
p. 206-207; les details: p. 62-64 (n° 1-10), appendice p. 231-232 (n° 11,
12, 13), p. 73-74 14, 15, 16), p. 105-106 (n° 17-23), p. 119-128
(n° 24-37), p. 143-148 (n<> 38-41).
Renseignements disperses dans la grande histoire des catholicos nes-
toriens et des maphriens syriens (en arabe) de Mgr I. Armalet, dans
le Machriq , Beyrouth, a partir de 1924. Repris plus tard en ouvrage sous
le titre de Anba az-zaman. (Dans les listes je m’y refererai par le sigle A
suivi du numero du maphrien.)
Feu Mgr Paul Hindo s’est largement inspire de ce dernier travail
dans sa compilation rapide, Primats d' Orients ou Catholicos nestoriens et Ala -
phriens syriens, Rome, Sacree Congregation Orientale, Codification, 1936.
Ire serie: Eveques de Mar Matta et de Ninive-Mossoul:
[1] Bar Sohdo, eveque de Ninive (?), tue par Barsaume de Ni-
sibe en 484/485 (M.S., II, p. 417, 438-439; B.O. , II, p. 403; Diss .,
p. 100; Lisdn , 11/1950, p. 348-351; D.H.G.E. , VI/1932, col. 943).
[2] Garmai, 544 (M.S., II, p. 417; Hist. Eccl. , II, col. 85; B.O.,
II, p. 411; Le Q., n° I; Honigmann, p. 94).
[3] Tubana (d’apres B.H. Hist. Eccl., II, col. 102) ou Mari (d’apres
M.S., II, p. 417) — (B.O., II, p. 414; Diss., p. 100; s.v. Tobias; id. Le
n° II).
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
351
[4] [5] [6] Is6‘zha, Sohdo, Sim‘un (M.S., II, p. 417; Diss., p.
100; B.O., II, p. 414; Le Q., n« III, IV, V).
[7] Christophore, en 628/629 (M.S., II, p. 416-417; B.H. in
B.O. , II, p. 414; Diss., p. 100; Honigmann, p. 95; Lisan , 11/1950, p. 388-
390; Le Q., n« VI).
Moise, au temps de Mar ‘Emmeh (644-47 ou 647-50) ( Chron . An.
ad annum 846 pertinens , C.S.C.O. , vol. 4, t. 4, versio J. B. Ciiabot ( Chronica
Minora).
[8] Jean le Vieillard, 685 ( B.O. , II, p. 429-430; Diss., p. 100
et 162; Le Q,., n° VII; A., n° 39; B.H., II, col. 144; Mgr Barsaume,
Lit. Syr. (en arabe), 2e dd., p. 362-363; Lisan, 11/1950, p. 390-392).
L’intrus anonyme, sacre a la place du precedent (Le Q., n° VIII;
B.O. , II, p. 429-430 et 463).
L’intrus Bacchus, avant 750 (M.S., II, p. 508, 512).
[9] Jean II, 752 (M.S., II, p. 516; Lit. Syr., ar. p. 317; Lisan,
III/ 1 95 1 , p. 121; Honigmann, p. 102).
£lie, 6v. de Singar (et Mossoul?) present au synode de Mabbug
en 758 (Denys, p. 212-213; Honigmann, p. 102 et 162).
[10] Daniel, 817, a qui le titre de mtkropolite est confirm^ (et
non pas confdrd, comme dit Honigmann, p. 162) (M.S., III, p. 29, 32;
B.H., I, col. 343; B.O., II, p. 341-343; Le Q., n° IX; Lisan, III/ 1 95 1 ,
p. 121-124). Remarquer (M.S., III, p. 32 et 39) la mention des dveques
mattdens.
[11] Cyriaque, 834 (M.S., III, p. 85; B.O. , II, p. 347; Lisan,
III/ 1 95 1 , p. 124-125).
X, 872. Ordonne illdgitimement deux £vequcs ( B.O. , II, p. 439).
Moise bar Kipha, f 903, porte le titre de Mossoul, v.g. in ms. de
1539 (de Charfet, Cat. Armalet, p. 204); ( B.O. , II, p. 219; Honigmann,
p. 162).
Bar Nasiha, intrus vers 890 (B.H., II, col. 216; Le Q., n° XI; B.O.,
II, p. 440).
[12] Christophore II (Serge), 914 [Lisan, I II/ 1951, p. 126).
352
ASSYRIE CHRETIENNE
[13] Timothee Sogdi, 1075-1120 ( B.O. , II, p. 448-449; Le Q,.,
no XII; Lisdn , 111/1951, p. 221-222).
Zachee, intrus vers 1112 (B.H., II, col. 324; B.O. , II, p. 449; Le
a, n° XIII).
[14] Bar Kutela, 1142 (B.H., II, col. 324-326; Z?.0., II, p. 449;
Le Q., n° XIV; D.H.G.E. , VI/1932, col. 669, par le Chan. Van Lant-
schoot; Lisdn , III/ 1 95 1 , p. 222-223).
(1155: Fusion Mossoul-Takrit)
ip serie: Eveques de Mar Matta et Adherbaidjan
[15] X, 1153 {Lisdn, III/1951, p. 223) (?).
Timothee, «ev. d’Adherbaidjan» en 1166 (M.S., III, p. 480).
[16] SalIba, 1189-1212 {Lisdn, III/1951, p. 224).
[17] Severe Jacques Sabo, 1232-1241 {B.O., II, p. 237, 455;
Diss., p. 100; Lit. Syr., ar. p. 501-504; mss. Cambridge, Cat. Wright,
p. 425, Add. 1997 d. ; Baumstark, Syr. Lit., p. 311-312; Graf, p. 269;
etc. Lisdn, III/ 1 95 1 , p. 224-230).
[17a] Gregoire Jean, apres 1241, avant 1266. £v. de Mar Matta
et Adherbaidjan {Lit. Syr., ar. p. 505-506; Lisdn, III/ 1 95 1 , p. 338).
[17b] Jean (Denha, bar Hamza), 1266 {B.O., II, p. 231-233).
[17c] Severe (Josue), automne 1266 ( B.O. , II, p. 231-233).
[18] Ignace de Bartelli, 1269 {Lit. Syr., ar. p. 505; Lisdn, III/
1951, p. 338).
[19] Severe Is6‘ (Jita), 1269-1271/2 {Lisdn, III/1951, p. 340-341).
[19a] Basile, ev. de Tabriz, f 1271/2 (B.H., II, col. 443-445;
B.O., II, p. 253).
[19b] Severe, £v. de Mar Matta, Adherbaidjan, Tabriz, 1271/
2-1277 {B.O., II, p. 253; Lisdn, III/1951, p. 340-341, bloqu£ avec son
homonyme precedent).
[19c] Denys (Joseph), ev. de Tabriz, 1277-1290 (meme r£f., et
Hindo, p. 91, a propos de ses velleites d'union. Cependant, ne pas en
faire le successeur de Basile, en 1271).
Basile Ibrahim: Mgr Barsaume lui donne le n° 20, et Lisdn le fait
LE DEMEMBREMENT DU BA NUHADRA
353
singer de 1278 a 1290. Or, il dtait certainement dveque de B. Taksur et
B. Saida (cf. plus haut P explication de ce double titre) mais on ne dit
pas qu’il ait ete en plus dveque de Mar Matta et d’Adherbaidjan (B.H.,
II, col. 447; Lisan, III/1951, p. 341-342; Honigmann, p. 168).
[21] IwanIs, 1290 [Lisan, III/1951, p. 342).
Avec cet £veque se terminent les articles de Lisan. Dans la liste de
Mgr Barsaume il y a maintenant (entre 21 et 22) une lacune jusqu’a
1665. Le meme vide se retrouve dans les listes de Mgr Ignace Ya‘qub.
Le Quien donne pour cette periode deux noms, empruntes par l’in-
termediaire d’Assdmani au continuateur de Bar Hebraeus:
Georges, f 1495 ( B.O. , II, p. 462; Diss., p. 100; Le Q., n° XVI).
f/riENNE de Ba Sabrina, 1495 (mcmes references; Le Q., n° XVII).
Puis la liste desevequesde Mar Matta reprend aun°22 (pour Mgr Bar¬
saume, n° 24 pour Mgr Ignace Ya‘qub). Nos lecteurs pourront s’y rdfdrer.
fivEqUES JACOBITES DU BA NuHADRA ET DE Ma‘aLTA
References :
B.O., II, n° IX (ou Dissertatio , p. 103-104), s.v. Nuhadra.
Meme liste dans Le Quien, O.C., II, col. 1591-1592, et D.H.G.E. ,
VI II/ 1936, s.v. Beth Nuhadra.
Honigmann, Barsauma , cit. p. 117 (n° 21) et 118.
Mgr Barsaume, Apergu , cit. p. 195.
(Sulaiman, en 424 ? — Apergu).
[1] Zakai, 593-605 ( Apergu ).
[2] Daniel, 630 ( B.O. , II, et Diss., p. 103; II, p. 419; Le Q., n° 1).
[3] Jonas f 773 (Denys, trad. p. 59; B.O., II, p. Ill, 115; Diss.,
p. 103; Le Q., n° II).
[4] Jean, 1166 (M.S., III, p. 480; Honigmann, p. 117, n° 21).
[5] Athanase, 1265-1279 (B.H., II, col. 422, 450; B.O., II, p.
249-255; Diss., p. 103-104; Le Q., n° III).
[6] Jean Job, 1284 (B.H., II, col. 462; B.O., II, p. 260; Diss., p.
104; Le Q., n° IX; Apergu, p. 195).
Rech. 23 — 23
XIII
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
Apres cette etude du cadre historique et geographique general,
nous pouvons maintenant essayer de donner quelques details sur les loca-
lites et les monasteres dans lesquels ont vecu et ont lutte les acteurs des
drames que nous venons d’evoquer.
Nous etudierons d’abord les villages de Ninive, repartis pour plus
de clarte entre: villages encore chaldeens, villages encore syriens ou jaco-
bites, et villages anciennement chretiens. Quelques villages d’occupation
chretienne recente sont laisses en dehors comme n’ayant pas d’interet
pour 1’histoire chretienne ancienne.
Dans les chapitres suivants on etudiera les couvents de Ninive, puis
les villages chretiens d’hier et d’aujourd’hui du Bahadra et les couvents
de cette region. Notre investigation s’arretera au defile de Zaho, car la
vallee du Habur et les montagnes du nord sont hors de notre portee.
Ce travail etait deja redige quand parut le repertoire alphabetique
arabe de M. Guorguls ‘Awwad, directeur de la Bibliotheque du Musee
de l’lraq; le titre de cette etude a ete traduit par Historical and Geographical
Researches in the Region East of Mosul (1). En meme temps nous parvenait
Eouvrage arabe de S.S. Mgr Ignace Yacqub III, Patriarche des Syriens
Orthodoxes, intitule Dafaqat at tib , sur 1’ histoire du couvent de Mar
Matta (2). Je ne citerai ces travaux que lorsqu’ils m’auront apporte
quelque chose de nouveau.
(1) Sumer (Baghdad), XVII/1961, p. 43-99. Cite sous le sigle: Researches.
(2) Zahl6, 1961, 229 p. (sigle: Dafaqat).
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
355
1. — Tell Kaif
A tout seigneur, tout honneur! Tell Kaif, situd a quinze kilometres
au nord de Mossoul, est le plus grand village chaldden, totalisant environ
7307 habitants (1), sans compter les tres importantes colonies de Tell
Kaifiens de Bagdad, Basrah, Amara, Kut, al Ahwaz, etc., et les groupes
nombreux emigrds en Amerique, surtout a Detroit.
Ce village cn efTet se distingue par findustrioskd de ses habitants.
Pour faire vivre une famille que le labcur des champs (2) ne suffit pas
a nourrir, les jeunes gens n’hesitent pas a chercher du travail loin du
village. Non contents du gagne petit du colporteur rural, plusieurs sont
devenus propridtaires de super -markets aux E tats- Unis. A Bagdad, ils ont
pratiquement monopolisd Tindustrie hoteliere oil ils occupent tous les
degres de Techelle, du petit boy jusqu’au propridtaire millionnaire. A la
fin du siecle dernier les marins des vapeurs, tant turcs qu’anglais, faisant
le trajet entre Bagdad et Basrah, etaient recrutds dans ce village, oil il
n’y a pourtant pas une goutte d'eau; et ils s’acquittaient si bien de cette
tache qu'un Britannique leur rendait cet hommage (3) : «Ce sont des
hommes excellents, calmes, ordonnes, des travailleurs acharnds. Ils font
les epissures et les travaux de voilure aussi bien que des marins anglais. »
Rien d’dtonnant done qu’on leur trouve parfois une pointe de fiertd
nationale, si bien traduite dans ce colophon de 1812 (4), dcrit «in urbe
beata , benedicta , orthodoxa fide illustri, praedicatione Paulina valida, probis jus-
tis que plena , praeclaris et praestantibus abundant i, Tell Kaif , urbe Jonae prophetae».
Nous possddons sur l’histoire de Tell Kaif une brochure de 127 pages
(la langue arabe est volontiers prolixe), due a un journaliste Tell Kaifien
(1) Les chiffres de population sont ceux du recensement officiel de 1957. —
A Tell Kaif, le clerge a recensd 900 families chald^ennes en 1961.
(2) Le village tout entier appartenait jadis en waqf a la mosqu^e de NabI Gorgls
de Mossoul, cf. Muniat al Udaba\ de YasIn al ‘Omar! (1744), £d. Sa‘Id ad D£wah6I,
Mossoul, 1955, p. 139. — Rich, Residence , II, p. 104, le fait par erreur waqf de NabI
Yunis.
(3) Chermside, en 1883, citd dans Baghdad Gazetter, 1889/1915, p. 55.
(4) Cod. Rich 7151, au B.M., Cat. Rosen Forshall, 1838, n° VII.
356
ASSYRIE CHRETIENNE
de Bagdad, M. Yusif Gammo. La brochure est intitulee modestement:
Les Vestiges de Ninive , ou Histoire de Tell Kaif { 1); elle n’apporte guere
dYldments historiques, mais est precieuse pour la description des lieux
et des coutumes.
II ne semble pas que la penurie d’eau ait joue un role important
dans 1’exode des Tell Kaifiens. Avant qu’une pompe amene l’eau du
Tigre, en 1941, de nombreux puits et citernes avaient ete creuses. Le
plus grand est appele Blr Benno, il a une circonference de 500 pieds et
une profondeur de 50 couclees (2). Deux autres sont appeles hota (le
grand trou), Tun «le grand» et l’autre (3) «l’etroit»; ces trois citernes
sont situees au nord du Tell, a une distance d’environ 300 metres (4).
Malgre les dizaines de puits, le probleme de l’eau a quand meme
causd aux ediles de Tell Kaif une certaine preoccupation, dont on trouve
le reflet dans une legende yezidie sur l’origine de l’aqueduc de Gerwan:
Le «roi» de Tell Kaif avait une Rile, et cette Rile avait deux soupirants.
Pour les departager, le roi leur demanda de faire quelque chose de mer-
veilleux pour l’irrigation de sa ville. Le premier fit un grand aqueduc*
Le second, apres etre reste inactif, acheta, quelque temps avant le jour
du jugement, un grand nombre de pieces de toile, qu’il etendit sur le
desert. Le roi crut que c’etait un lac, et lui donna sa fille; celle-ci d’ail-
leurs prefdrait ce dernier, dit une variante, et aurait elle-meme suggere
la ruse (5).
Le village doit son nom chaldeen «Tell Kepe», ou «Bet Tell Kepe»,
(1) Bagdad 1937. Lui aussi consacre plusieurs pages a louer les qualities (ind£-
niables!) des habitants du village, avec quand meme un petit paragraphe sur leurs
defauts. Je le citerai dans ce chapitre sous le sigle: G. — Voir le compte rendu de ce
livre par Mgr Sayech dans An Nagm , IX/1937, p. 275-277.
(2) G., p. 19-20. L’eau semble etre partout a une profondeur de 32 a 33 coud^es.
(3) Celle-ci a ete bouchee recemment.
(4) Les legendes sur ces citernes ont et£ recueillies par Mgr Sayegh, Machriq ,
Beyrouth, 1923, p. 414-428.
(5) L6gende cit£e par Th. Jakobsen et S. Lloyd, dans Sennacherib’s Aqueduct at
Jerwan, The University of Chicago Oriental Institute Publications , vol. XXIV, 1935, p. 28.
LES VILLAGES CHALDliENS DE NINIVE
357
le tell des pierres (1), au grand tell archdologique qui lui servait jadis
de limite et aupres duquel les vieux quartiers sont batis (2). Ce tell,
haut de 60 pieds, recouvrirait «une citadelle dcs Assyriens» (3). D’ou
M. Gammo fait de Tell Kaif un faubourg de Ninive, le seul qui soit
reste habits ; si bien, dit hauteur, que Phistoire de Ninive devrait s’ap-
peler Phistoire de Tell Kaif, celle-ci en etant la seule heritiere legi¬
time (4).
Malhcureusement, le cimetiere du village occupe tout le tell, en
interdisant Pexploration aux archeologues (5), et le nom ancien de la
localite est inconnu.
La conspiration du silence se continue avec Xdnophon, qui semble
bien avoir livre bataille non loin de la (6) mais ne nomme pas les
«riches villages» ou Parm^e put se ravitailler.
(1) Cf. dans les auteurs, notamment Mgr Sayegii, cit . , et B£chir Francis et
Guorguis ‘Awwad, Notes historiques sur V origiiie des noms geographiques iraquiens, dans
Sumer , VI 1 1/1952, p. 258. Researches rejette a juste titre Interpretation de J. Bonomi
{Nineveh and its Palaces , Londres 1952, p. 96) en «colline de la jouissance».
(2) Le Catalogue des Mss. du B.M. de Rosen-Forshall meprend pour des noms
de quartiers ce qui est en realite des noms de families de Tell Kaif. Cf. table, s.v.
B. Phaloth, B. Shamo, B. Candu.
(3) Place, Ninive et VAssyrie , t. II, p. 165, s’etait content^ de dire: «L’emi-
nence artificielle est assez peu considerable)) (Sayegh, Nagm , IX, p. 275, encore trans¬
forme par Researches , p. 67, lui fait dire: Son tell est artificial !) «et comme elle est
occupee par le cimetiere, j’ai evite d’y creuser des tranchees. Je me suis borne a recueillir
les debris de poterie qu’on avait decouvert en crcusant des tombes.))
(4) G., p. 8.
(5) Seul un puits y a ete retrouve vers 1886, en creusant une tombe (art. de
Khouri Gibra’Il Quriaqoza dans la revue Nasrat al Ahad, Bagdad, X/1931, p. 640-645.
(6) Cf. Ainsworth, cite dans G., p. 14, et aussi YAnahasc , traduction et com-
mentaire militaire du colonel A. Boucher, Paris 1913, ch. IV, v. 13 s. — On peut
remarquer d’ailleurs que le nom de «Mespulai» donne a Ninive, nom qui vent dire
simplement «les ruines)), n’est pas tres edairant. Les remarques du P. Peeters {Recher-
ches d'histoire et de philologie orientales, t. I, p. 51) sur l’exactitude de la geographic de
Xenophon ont toujours leur valeur. — Ni le sens du nom «Mespulai», ni sa position
ne permettent d’y voir Mossoul.
358
ASSYRIE CI1RETIENNE
Mgr Sayegh (1) pla^ait la premiere mention de Tell Kaif au VIIe
siecle. En fait, elle se trouve dans un poeme attribuc a Is61 2 3 4 5yaw bar
Mqaddarn, metropolite d’Erbil au XVe siecle. Lc fait cite est un miracle
plus que douteux attribue bien tardivement a R. Hormizd, probablement
pour attirer a son couvent la bienveillance des maitres arabes (2). La
mention du village ou serait morl Saibln (ou Saiban), fils du conquerant
de Mossoul (en 637) ‘Ataba ibn Farqad lui-meme, pourrait tres bien
etre un anachronisme introduit par E auteur du poeme pour faire
«couleur locale».
Faute de precision sur les sources et sur Tevenement lui-meme, l’af-
firmation de Gammo (3) comme quoi il a trouve mention du village
dans «un poeme arameen conserve a la bibliotheque du couvent de
Notre-Dame a Alqos», et relatant le passage a Tell Kaif d’un moine
«chretien», en route d’Alqbs vers Mossoul, au IXe siecle, n’a guere plus
de valeur; Mgr Sayegh l’avait deja remarque.
Plus serieuse est la reference au village, simple allusion, contenue
dans V Histoire de Mossoul inedite du Qadi Abu Zakariya al Azdi, ecrite
en 749 (4).
Rich signale avoir achete a Tell Kaif un Nouveau Testament sur
parchemin qui aurait ete date de 601 des Grecs, soit 290 de notre ere (5).
En fait, cette affirmation peu probable est inverifiable, car le volume, «le
plus ancien qu’il ait jamais vu», ne figure pas dans la liste des livres que
(1) An Nagm , IX/1937, p. 276.
(2) Le procede est dans la meme ligne que les lettres de protection soi-disant
accordees par Mahomet aux chr^tiens de plusieurs villes, ou le camouflage de Mar
Behnam en Hidr.
(3) P. 15.
(4) Researches, p. 67 ; ms. chez Mgr Sayegh, copies chez MM. Sa‘Id ad Dewahgl
et G. ‘Awwad.
(5) Residence, II, p. 104. — II n’y a pas lieu de retenir le «plus ancien manuscrit
de Tell Kaif», date par Researches (p. 67 et n. 175) de 1076 G. soit 765 de notre £re,
avec r£f. au Catalogue de Berlin (cod. 67). Le recours au texte dudit catalogue montre
que, d’apres Sachau, le volume est en fait probablement de 1776 = 1465.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
359
la veuve de Rich legua au British Museum (1), ni dans le catalogue
des manuscrits du fonds Rich dresse par Rosen -Forshall.
II faut attendee 1508 pour retrouver mention de Tell Kaif, a foc-
casion de son pillage par les Mongols de Bar Yak (2). En 1562, il
se cache derriere le nom de Cheptian, dans la liste de ses dioceses que
£Awdiso£ IV Marun presente a Pie IV (3). Le patriarche fait de notre
village le siege d’un «metropolite», dont auraient ddpendu les «eveques»
d’Alqos et de Karamlaiss. II semble bien en eflet qu il y ait eu, a une
epoque indeterminee, un eveque dans chacun de ces villages chalddens.
La tradition en a garde confusement le souvenir, de meme que celui
du nombre de seize pretres qu’aurait compte le village a un certain
moment. De toutes fagons, Tell Kaif ne garda pas longtemps son titre
de metropole, et on ne connait le nom d’aucun de ses metropolites.
Vers 1585, le pretre Husaba de Tell Kaif est cite par feveque de
Sidon comme etant fun des personnages les plus «lettrds» de la nation
nestorienne (4).
En 1664, le clergd de Tell Kaif a a sa tete le pretre Yusif, ddcord
du titre de «docteur» (malpana), puis un autre pretre Yusif «qankaya»
(cure). Avec «le reste des pretres de Tell Kaif» ils font exdcuter a Alq5s,
par le pretre £Awdiso£, fils du pretre Hormizd, his du pretre Isra’il, un
Gazza qui existe encore (5).
Une lettre, dat^e du 2 janvier 1654 et dcrite par un Carme, le P.
Denys de la Couronne dYpines (6), explique ce que cache P expres¬
sion «le reste des pretres de Tell Kaif», et ce que le bon Pere considere
comme un «abus» criant: il y avait alors a Tell Kaif plus de cinquante
(1) Residence , II, p. 306-312, Appendix III.
(2) Terzi, Siria Sacra , cit. p. 31 1, et P. Samuel Giamil, Genuinae Relationes , p. 64.
(3) A. Scher, in J.A., XV/1910, p. 120-123, colophon de 1509.
(4) Genuinae , p. 122; Beltrami, L'Eglise Chaldeenne au siecle de /’ union, p. 87;
Mgr S. Bello, An Nagm , X/1938, p. 175.
(5) Bibliotheque de T.K., n° 10 (42 X 28 cm.).
(6) A Chronicle of the Carmelites in Persia , London, Eyre and Spottiswoode,
2 vol., 1939; ici vol. I, p. 391.
360
ASSYRIE CHRETIENNE
pretres, et certains dtaient tres pauvres. Du fait qu’il n’y avait pas de
difference de costume entre les laics et les pretres, plusieurs de ces derniers
auraient pu etre pris pour des «vachers».
Le P. Denys rencontra aussi le pretre Joseph, «homme de quelque
credit et reputation parmi eux», dont il essaya d’utiliser les bons senti¬
ments apparents vis-a-vis de bunion pour tenter d’y amener le pa-
triarche Elie IX Simon, alors refugie a Tell Kaif, apres les attaques
des Kurdes contre Alqos en 1653.
Ce pretre Yusif est probablement le meme que Yusif fils de Gamal
ad Din de Tell Kaif, qui figure dans les Litteratures Syriaques (1) pour
ses poemes religieux. Un manuscrit de notre bibliotheque contient quatre
pieces de lui, dont une mdebranuta , ou Economie, qui resume lfevangile
en 2832 vers de 8 syllabes repartis en 708 strophes (2). Cette piece
est datee de 1662.
Tell Kaif fut un des premiers villages nestoriens a revenir a l’unife
catholique et donna a la nation chaldeenne un ecrivain fecond, son second
patriarche: Joseph II. M. Gammo raconte d’une fagon touchante la
«vocation» de Sleiman Ma‘ruf, fils de tisserand (3). Ne a. Tell Kaif en
1667, chammas a 14 ans, pretre a 22 ans, eveque de Diarbekir a 24 ans,
patriarche a 28 ans, en 1695 (4), Joseph II semble avoir ete un homme
meticuleux. En arabe, sa petite dcriture, fine et serree, apprise aupres de
(1) Baumstark, Syr. Lit., p. 335, Pappelle Joseph Gemdani, avec reference a
une publication par Sachau, en 1896, dans les Comptes rendus des seances de VAcademie
des Sciences de Berlin.
(2) Recueil de complaintes, ms. de Mar Yaqo, date de 1879, Economie , p. 1 a 141,
et trois memre , p. 141 a 234; cp. Cod. 45 de Mardin {Cat. A. Scher). Texte dans
Die neu-aramaischen Handschriften der Koniglichen Bibliothek zu Berlin, par M. Lidzbarski,
vol. 1, Weimar 1896, p. 346-385. Traduction par Aramia Samir, ibid. vol. 2. 1897,
p. 283-316.
(3) P. 58.
(4) B.O., III, I, p. 603-608; cod. Cambridge, Cat. Wright, p. 857: Vie et
oeuvres de Joseph II par lui-meme; P. Goormaghtigh, Anal. S.O.P., 1895, p. 275; Mgr
Tfinkdji, cit. p. 11., et S. Giamil, Genuinae, p. 207-312.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
361
maitres musulmans, a la precision et la rdgularitd d’un texte imprimd (1).
II n’dtait pas aisement satisfait d’un travail, et la science dcs autres trouve
difficilement grace a sesyeux (2). Laou il se trouve a son aise, c’estquand
ilreleve les heresies contenues dans les livres liturgiques nestoriens et dans
les oeuvres de Warda, Hamls, etc. Les puristes dc la liturgie chalddenne
peuvent bien reprocher quelques exces a sa rdforme liturgique, et Assd-
mani, tout en avouant que son Speculum Tersum a opere des conversions
parmi les Nestoriens, a beau critiquer la logique de ses arguments,
cependant l’actif et savant «Joseph de Tell Kaif, qui devint plus tard
patriarche des Chalddens», le «docteur vdridique et philosophe spiri-
tuel», bien que mort en 1713, a 46 ans, laisse une oeuvre qui lui mdrite
une place dans la litterature syriaque. Son ouvrage le plus connu, le
Liber Magnetis, figure dans toutes les bibliotheques chalddennes; a elle
seule la bibliotheque de Notre-Dame des Moissons en possede sept
copies (3) !
II serait peut-etre un peu rapide de dire que tout le village dtait
converti a la mort de Joseph II, puisque Ton voit encore en 1717/1718
un pretre de Tell Kaif, nomme Kanun (4), venir a Jerusalem pour y
remettre en dtat les affaires de la communautd nestorienne. II en profi-
tera pour dresser le catalogue des manuscrits de fancien couvent nes-
torien de la ville (5).
(1) V.g. sa note dans l’dvang^liaire (Cod. Patr. Chald., n° 1210, Cat. Mgr
Bidawid) de Mar Ellya, qu’il fit rendre a ce couvent.
(2) Voir ses remarques a propos du vocabulaire arabe-syriaque-turc de Qas
Hidr (Cod. Mardin, 75, Cat. A. Scher) et la preface a la traduction de l’examen de
conscience en 1692, ou il critique la connaissance du chaldden de feu Ya‘qub Benjamin,
ancien eleve de Rome (ms. Dehok, n° 64 et 96).
(3) Cf. table du Cat. Vostf.. Le livre a £t6 £dit6 a Ernaculam, en Inde, en 1910.
— Ses autres titres incluent Le livre du miroir pur , Le livre de la lampe brillante , etc.
Cf. egalement Baumstark, Sir. Lit., p. 330 et n. 4. et G. Graf, Gesch. der Christ.
Arab. Lit., t. 4 (1951) p. 100-104.
(4) Le nom n’est pas rare a Tell Kaif. Un chammas Gabriel, fils de Kanun,
de la famille Kandu, achete un psautier pour ses fils Matta et Thomas (B.M. Cat.
R.F., p. 15, c. 1, cod. XII, Rich 7156).
(5) Edit£ par Rucker en 1931, cf. R.B. , 1932, p. 318.
362
ASSYRIE CHRETIENNE
Le 6 janvier 1719, plusicurs Tell Kaihens: les pretres Meho et
Ayyar (1), le chammas Hanna, et Ellya fils du pretre Thomas, signent
avec le pretre Heeler de Mossoul leur acte d’abjuration du nestoria-
nisme (2).
En 1 729, des gens de Tell Kaif signent la delegation constituant
Jacques fils de ‘Abdi, de Mardin, leur procureur a Constantinople pour
defendre les droits du patriarche chaldeen «orthodoxe» (Joseph III)
contre son emule le patriarche nestorien (3). En fin 1767 encore, Mgr
Ballyet ne denombre a Tell Kaif que 150 families catholiques, avec deux
pretres, sur un total de 500 families (4).
On ne sait quand se termina la conversion de Tell Kaif ; certaine-
ment avant la fin du XVIIIe siecle, puisqu’en 1820 Rich pouvait
ecrire (5) : «Depuis plus de vingt cinq ans il n’y a plus de Nestoriens
en de^a d’Amadia, et meme un peu au dela.»
Helas, les penibles evenements qui attristerent la nation chaldeenne
a la hn du patriarcat de Mgr Joseph VI Audo (1848-1878) eurent leurs
repercussions a Tell Kaif, oil le village connut plus de dix ans de divisions
et de troubles. Les partisans du patriarche etaient les plus nombreux;
ils avaient pour chefQas Quriaqos, de la famille Hanna al Hakim, pretre
de lVglise de Mar Quriaqos, et disposaient de toutes les eglises du village.
Les partisans de «la Bulle» en etaient rdduits a celebrer leurs offices
dans l’actuelle maison du sacristain, qui servit pendant un temps d’an-
nexe a fecole des Soeurs Dominicaines, et oil 42 fillettes perirent noyees
dans la tragique inondation du ler avril 1949 (6).
(1) Le pretre Ayyar fils de ‘Abdal figure encore dans un colophon de 1743
(Missel n° 63 de T.K.).
(2) Document cit£ par le P. Voste, Qas Kheder de Mossoul , Or. Chris. Per.,
X/1944, p. 77, n. 1.
(3) Genuinae, p. 345-346.
(4) In A Chronicle of the Carmelite in Persia , cit., vol. II, p. 1262.
(5) Residence , II, p. 104.
(6) Deux complaintes en soureth furent composees, Tune par le chammas
Yusif Rais d’Alqos, et l’autre par le chammas Potros Garmo de Tell Kaif. Cette
derniere a £t£ imprimee a Mossoul (Impr. Chald. an Nagm) en 1949.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
363
En revanche ils avaient pour chef le Khouri Potros Kattiila, litur-
giste fameux et le plus grand predicateur de tous les temps a Tell Kaif (1).
L’affaire n’avait cependant pas que des cotes tragiques, et Phumour
de Tell Kaif prouvait bien, dans les noms qu’il donnait aux deux frac¬
tions rivales, qu’ils avaient confiance en leur reconciliation finale. Les
«partisans de la Bulle» etaient appeles les Bollaye. Comme bolla est aussi
le nom donne a la panicule du roseau, l’autre parti fut appeld les Bar-
daye, le bardi etant la tige du roseau, qui sert a fabriquer les nattes.
Sur cette crise vint s’en greffer une nouvelle, heureusement de
courte durde. Joseph \T Audo avait sacre, le 25 juillet 1875, pour le
diocese de Zaho, le moine Quriaqos Goga, qui prit le nom de Georges.
En 1876-1877, cet eveque, ainsi que son collcgue de ‘Amadia, se
rebella contre Pautoritd patriarcale. II poussa foutrecuidance jusqu'a
venir s’installer dans le diocese meme du patriarche, dans son village
natal de Tell Kaif, ou il usurpa l’autoritd episcopate. En face de son
entetement dans la rebellion, le patriarche le suspendit, en meme temps
que cinq pretres de Tell Kaif, ses complices. Quand le rebelle, loin de
tenir compte des sanctions, pretendit meme s’arroger l’autoritd patriar¬
cale, le pauvre Joseph VI demanda faide du St-Siege (2).
Sur finjonction de Pie IX, les rdvoltds se soumirent bientot (3).
Bar Goga fut transfer^ a ‘Amadia en 1879, d'ou il demissionna en 1892.
L’annee suivante il devenait administrateur patriarcal du diocese de
Sena, en Perse, ou il mourut le 18 janvier 1911 (4).
Nous rencontrerons plus loin un autre Eveque de Sena, qui fera
egalement des sejours a Tell Kaif a peu pres vers la meme epoque. Ceci
(1) G., p. 55 et 59. — Le fol. 82 d’un ms. de Cambridge (Add. 2814, Cat.
Wright, p. 656) qui parlait des troubles de Tell Kaif en 1879, et d^crivait comment
«Tell Kaif a err£ et abandonne son pasteur 16gitime», a £td arrach6 du volume.
(2) Sa lettre du 20 avril 1877 (Gen. Rel., p. 431-432) donne les details de
l’affaire.
(3) Ibid., p. 431, n. 2.
(4) Tfinkdji, cit. p. 53, 67, 70 (avec photo p. 53).
364
ASSYRIE CHRETIENNE
a un peu brouill^ les traditions populaires a propos d’«al mutran as
Sinawi».
Quant a l’effervescence pour ou contre «la Bulle», il ne semble pas
que la mort de Mgr Audo y ait mis fin a Tell Kaif puisque, lors du pas¬
sage de Budge, le ler decembre 1890, le parti «nestorien» (c’est ainsi
quul les appelle) en profita pour lui confier une petition a 1’adresse du
Dr Benson, archeveque de Canterbury, demandant sa protection contre
les missionnaires «romains» et les Americains (1). Le Dr Benson regu
la supplique en mai 1891, mais ne semble pas y avoir donne suite.
Concernant l’histoire civile de Tell Kaif, une seule date est connue,
V
c'est celle de 1743, ou les Persans de Nadir Sah, incapables de prendre
Mossoul, se consolerent en pillant et brulant les villages environnants,
parmi lesquels celui-ci est expressement nomme (2).
Parmi les tres nombreux manuscrits copies dans ce village ou ayant
appartenu a Tune de ses eglises entre le XVIIe et le XXe siecle, et ac-
tuellement disperses dans les bibliotheques du monde, le plus ancien
(apres ceux deja cites) date de 1648 (3). Mais c’est probablement d’ici
que provient le tres precieux manuscrit de P Opus Chronologicum d’Elie
de Nisibe qui se trouve actuellement au British Museum (4). Je crois
que c’est a cet ouvrage que Rich fait allusion quand il note, a la date
(1) Sir E. A. Wallis Budge, By Nile and Tigris , 1920, t. II, p. 247.
(2) V.g. dans le poeme du Sayid Fathallah al Qadri, en appendice a l’edition
de Muniat al Udaba’, cit. p. 260.
(3) Researches d^nombre 33 mss. a N.-D. des Moissons, 5 a ‘Aqra, 4 a Kerkouk,
12 a Berlin, 7 a Cambridge, 3 a Paris, 2 a Leningrad. On pourrait probablement en
trouver d’autres, notamment au Vatican, oil le plus ancien semble dater de 1659 (Cod.
Vat. Syr., LXIV, Cat. Assemani, t. II, 1758).
(4) Cod. Rich 7197. D’apres Rosen Forshall il etait peut-etre autographe
(Cat. 1838, n° LVI). F. W. Brooks, qui avait partage cette opinion, n'ose plus l’a-
vancer par la suite (Pref. a trad., CSCO, 63*, p. IV). Dans sa traduction frangaise
contemporaine de l’^dition du CSCO ( Bibl . Hautes Etudes , Paris 1910), L. J. Delaporte
est de l’avis que, s’il n’est pas l’archetype, le volume du B.M. a du moins «ete ecrit
sous la direction du metropolite» par un de ses secretaires ( Chronographie de Alar Elie bar
Sinaya, Introduction , p. IV-V).
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
365
du 23 decembre 1820 (1): «On m’a apportd ce matin un tres vieux
manuscrit sur vdlin, en chaldden et en arabe, contenant dcs tables chro-
nologiques. Ils m’ont dit qu’ils ne voulaient pas vendre ce livre parce
qu’il etait ecrit de la main d’un saint... J’espere arriver a lcs convaincre
de s’en separer.» On se doute de quels moyens de persuasion Rich se
servit pour obtenir le volume, mais il serait interessant de savoir comment
celui-ci est arrive a Tell Kaif qui n’est pas nommd directement dans les
colophons posterieurs, mais a qui le rattachent les mentions de l’eglise
de Mar Quriaqos, du patriarche Joseph II et du pretre Ayyar.
II reste encore a l’eglise du Sacre-Coeur une bibliotheque d’environ
70 manuscrits, la plupart purement liturgiques, dont le plus ancien (2)
date de 1586 (3).
Dans la premiere moitid du XYIIIe siecle, un sacristain, le cham-
mas Yalda, et son fils, le pretre Gabriel, font effectuer pour leur dglise
de Mar Quriaqos plusieurs volumes, dont un livre d'Epitres dat 6 de
1723 (4), qui contient un colophon interessant sur les ravages commis
a Urmi par les Banu Pustadar (les Balbusnayd), et montre comment
le patriarche Elie XII Denha organisa le rachat des femmes et des lilies
qui avaient dtd enlevdes. Quant a la copie du Livre des Superieurs que
le meme pretre et son pere procurerent a leur dglise en 1738 (5), on y
(1) Narrative , II, p. 105.
(2) Evang&iaire n° 32 (23 X 36 cm.) £crit a Gazarta par le pr. ‘Ataya, fils du
pr. Farag Maqdassi, fils de ch. Marqos d’AlqoS, pour l’^glise de Mar Quriaqos de Tell
Kaif. Le meme copiste a encore a Tell Kaif un 6vangdliaire (n° 58) et un recueil d’Abu
Halim, dates de 1587 et 1590.
(3) Je dois a la permission du cur£, M. l’abb£ Raphael Kanuna, et a l’aide de
MM. les abb6s Thomas Hannuna et Lucien Gamll d’avoir pu d^pouiller cette
bibliotheque.
(4) N° 43 (35 X 31 cm.) ecrit a Alqos par le pr. Guorguls, fils du pr. Israel,
fils du pr. Hormizd, fils du pr. Israel.
(5) N° 42 (23 X 16 cm.) ecrit a Tell H£s, par un copiste inconnu. — On trouve
encore en 1751, Mariam, fille du pr. Daoud (Epistolier n° 29, 45 X 31 cm.), £crit a
Alqos pour le m^tropolite Iso‘yavv, fils du pr. Awraha, fils du pr. Husaba, frere du
patriarche Ellya; et en 1773, Elfeyi, fille de Yagmur de Tell Kaif (Epitres, n° 24, 37 x
366
assyrie chretienne
trouvc la mention de Tune de ces genereuses donatrices a qui les dglises
ont toujours ete si redevables. C’est «la croyante Sahzo, 611e de Gum‘a»,
qui couvrit la moitie des frais de l’ouvrage (1).
Les livres de Tell Kaifont ete l’objet d’une numerotation, sans ordre
determine, mise en chiffres arabes sur les etiquettes chaldeennes collees
au dos des volumes. L’auteur de ce travail, effectue aux environs de
1950, est le chammas Yusif Bogi.
De l’aveu meme du classihcateur, c’est tout a fait par hasard que
le numero 1 a ete donne au volume qui devait etre jadis le plus precieux
de la collection, un Gazza de 1744, qui devait contenir un colophon
historique sur les ravages effectues par les troupes de Nadir Sah, l’annee
precedente (2). On voudrait bien penser que ce fut par accident que
ces feuillets sont tombes du manuscrit. Les protagonistes du drame sont
connus par un missel de 1743 (3). Ce sont: le pretre Quriaqos, fils du
pretre ‘AwdIsoc, le pretre Ayyar, fils de ‘Abdal, et le chef et chammas
SimTm, fils du feu GunYa, mais on ignore le role qu’ils jouerent dans la
tragedie de la meme annee.
Un recueil de Turgame sur l’Evangile contient des pieces relative-
mont rares: maiamer de Narsai pour expliquer la messe et le bapteme,
explication des mysteres de Yohannan ibn Zo‘bi, etc. (4).
Enfin, des feuillets detaches appartiennent peut-etre a des volumes
plus anciens: un vieux Gazza, un hymnaire des Ba‘uta et autres occa¬
sions, un evangeliaire sur peau de gazelle, en partie brule, et meme un
lexique syrien. Seule une page d’un Livre des Centuries d’filie d’Anbar
est datee de 1699 et due au calame du pretre Yalda, fils du pretre Daniel,
d’Alqos.
26 cm., copie a Alqos par le pr. Homo, fils du pr. Hanna, fils du pr. Homo, fils du
pr. Daniel).
(1) A Chronicle of the Carmelites in Persia, cit. vol. I, p. 391.
(2) 31 X 20 cm.
(3) N° 63 (22 X 33 cm.), ecrit a Alqos par le pr. Hanna, fils du pr. Homo.
(4) N° 39 (16 X 22 cm.), sans debut ni fin (XVIIIe s. ?).
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
367
Combien y avait-il d’eglises a Tell Kaif? Les informations donnees
par les voyageurs du siecle dernier varient considdrablement. Rich (1)
vit, en 1820, sept egliscs en mines et une debout. V. Cuinet, en 1891 (2)
n’en signale que deux, et Sachau (3) cite nommdmcnt les dglises de
St-Cyriaque et de Notre-Dame. En 1923, Mgr S. Sayegh (4) men-
tionne cinq dglises anciennes et une grande neuve.
La plus cdlebre de ces dglises est dvidcmment celle de Mar Quriaqos.
A l’origine, cette dglise dtait petite et n’avait que 30 couddes de long sur
15 de large et 12 de liaut (5). Restaurde et agrandie vers 1851, la nou-
velle batisse ne dura pas 60 ans et fut ddtruite par ordre du patriarche
Emmanuel II Thomas. Sur les plans du Khouri ‘Abd ul Aliad Micmar
Basi de Mossoul, une construction ambitieuse fut commencde en 1912,
qui devait couter 200.000 roupies et ne se termina qu’apres 20 ans de
travail, seulement interrompu par la guerre. La nouvelle dglise avec ses
trois nefs et ses quarante colonnes dtait, le jour de sa consecration, le 8
septembre 1931 (6), la plus grande dTraq, avant que Qaraqos n’en
batisse une qui aurait quelques centimetres de plus en longueur.
La nouvelle dglise a etd mise sous le vocable du Sacre-Coeur. Ainsi
a ete rompue une tradition seculaire, dont se font l’echo tant de
manuscrits dcrits pour «le couvent de l’enfant S. Cyriaque» (7), «pres
du monastere du petit enfant Cyriaque» (8), «sous le toit du saint
monastere de S. Cyriaque, le petit enfant» (9) et «le martyr
(1) Cit. p. 103.
(2) La Turquie d’Asie , t. II, p. 819. II attribue a Tell Kaif 5.000 habitants.
(3) Reise in Syrien , p. 359, d’apres lequel le village contenait 700 maisons.
(4) Alachriq, cit. ou la population atteint 10.500 amcs.
(5) Apergu sur Vhistoire de la nouvelle eglise du Sacre-Coeur a Tell Kaif, par le Chore-
veque Gabriel Quriaqoza, dans Nasrat al Ahad (Bagdad), X/1931, p. 640-645.
(6) Ibid ., p. 665-668.
(7) Ms. de 1703 (cod. Vat. CLXXXV, Cat. Assemani, 1 1 1/1 759). On remar-
quera que les colophons parlent alternativement de couvent et d’^glise.
(8) Mss. de 1820, cod. Rich 7150, B.M., n° VI, Cat. Rosen Forsiiall.
(9) Ms. de 1816, ibid., 7149, n» V.
368
ASSYRIE CHRETIENNE
triomphant» (1), ou meme simplernent «a Tell Kaif, village de S.
Cyriaque le petit enfant et de sa mere Juliette» (2). S. Cyriaque ne
garde que le patronage de la nef nord de la grande eglise du Sacre-
Cceur.
Deux autres eglises occupent les autres cotes de la cour a droite de
laquelle se trouve la grande eglise moderne. C’est, en face de l’entree,
P eglise des SS. Pierre et Paul et, a gauche, celle de Ste Marie «lTm-
maculee». Cette derniere a ete egalement entierement rebatie et rien
ne subsiste de «l’ancienne» eglise du meme nom qui, selon la tradition,
dtait plus grande que le batiment actuel.
L’eglise des SS. Pierre et Paul, a trois nefs, longue de 40 couddes,
large de 20 et haute de 33, est aussi de restauration recente (1876). Elle
contient deux tableaux assez grossiers, mais quand meme interessants a
cause de la rarete de ce mode d’expression artistique dans notre
region (3). Le premier tableau, accroche dans le coin a droite, pres des
portes des autels, represente S. Etienne qu’on lapide. Sur la facade des
autels, a droite, se trouve un S. Jean-Baptiste aile et tenant a la main un
papier avec une inscription arabe (Isai'e XL, 3) et la date: 1889 (4).
Mar Yusif est le patron de l’autre eglise du village, eglise recente
construite en meme temps que celle du Sacre-Coeur, et dont les dimen¬
sions sont de 40 coudees de long, sur 10 de large et 20 de haut. Elle couta
2.000 qurus. Dans la cour se trouve le petit «mausolee» qui fournit
l’occasion de l’edification de l’dglise (5).
Mart Smuni, c’est-a-dire la Mere des Macchabees, possede un autel
sous une galerie, qu’on ne peut appeler ni eglise ni chapelle. Deux pierres
(1) Ms. de 1812, ibid., 7151, n° VII.
(2) Ms. de 1896, cod. 336, B.N. Paris, Cat. Nau (ROC, VI/1911, p. 271-323)
ou Cambridge, Add. 2822, Cat. Wright, p. 703, date de 1883.
(3) Mossoul Chretienne , p. 109.
(4) Une copie de V Hexameron, du moine Emmanuel du Couvent Sup^rieur,
est ecrite a peu pres a la meme epoque (1894) a l’eglise de Ste-Marie, Pierre et Paul,
et de St-Cyriaque. Cod. 6027 du Patriarcat Chaldeen, Cat. Mgr Bidawid.
(5) Pelerinage le 6e dimanche cle careme et le 19 mars.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
369
sculptdes de trois croix chacune sont encastrdes, Tune dans le mur de
gauche de la cour, 1’autre dans le devant de l’autel. Le sanctuaire serait
le plus ancien de Tell Kaif, et a donnd son nom a un quartier du
village (1).
En bordure du village, a fouest, un lieu de pelerinage dedie a
«Mar Yohannan» (S. Jean Baptiste?) a 6t 6 remplace par une grande
salle, ou I’ on a mis recemment un autel.
Hors du village, il y a toute une sdrie de «coupoles», ou se cdl d-
braient, jadis plus que de nos jours, les commemoraisons des saints pa¬
trons. On les appelle: Mar Daniel, a un kilometre au sud-ouest (2),
Bull Sada (3), ‘Arblni (4) a deux kilometres au nord-ouest, a gauche
du chemin entre Tell Kaif et Batnaya (5), et une seconde Mart Smu-
ni (6), a un kilometres vers Test, sur le chemin de Tell Yamta.
Ce dernier lieudit qui, comme son nom l’indique, comporte un tell
et une mare, est situe a trois quarts d’heure de marche de Tell Kaif, non
loin du cours d’eau appeH al Hosar (7). Sur la colline il y a quelques
vestiges de constructions, ou la ddcouverte d’une croix fit jadis penser
a certains que Ton se trouve en face des mines d’une eglise? Il y a la-
bas une source.
Le nom du village voisin, al Qa’im (8), en soureth Qaima, peut
(1) Pelerinage le 4e dimanche de careme et le ler mardi de mars.
(2) Probablement le m^decin; cf. A.M.S. , III, p. 481 et $uhada\ II, p. 175.
Pelerinage le 2e dimanche de Careme.
(3) Pour «Buhra Sahda», le martyr ain6, c’est-a-dire S. Etienne; pelerinage le
3e dimanche de Careme.
(4) C’est-a-dire les Quarante Martyrs (?)
(5) Une autre explication du nom serait fournie par un ensemble monastique
de 40 cellules avec puits et village voisin (G., p. 19).
(6) Chaque dimanche de careme connaissait une fete de ce genre, pour alleger
le poids du jeune. C’etait, dans l’ordre a partir du 2e dimanche: Daniel, Bull Sada,
Mart Smuni, Mar Awraha de Batnaya et Mar Yusif.
(7) Researches , p. 75.
(8) Note de M. G. ‘Awwad dans son Edition du Sabusti (p. 197, n. 2) avec
reference a Habib Zayat.
Rech. 23 — 24
370
ASSYRIE CHRETIENNE
dgalement faire penser au clocher d’un couvent ou a une tour de stylite.
Aujourd’hui, la localite est peuplee de Sabak (1).
On trouve encore les mines d’un autre village chretien a l’ouest du
hameau de Seif ad Din, lui-meme situd a 4 kilometres a l’ouest de Tell
Kaif. II s’agit de la locality dite Mar ‘Agla (ou Mar ‘Agl) oil les murs
de la grande eglise atteignent encore la taille d’un homme. On a trouve
dans ces mines un sceau en cuivre, ovale, et ne paraissant pas tres ancien.
II porte le nom du «Vieillard Simeon», et Ton s’en sert aujourd’hui
pour timbrer les cierges le jour de la fete de la Presentation (2).
La liste des personnalites chaldeennes, ecclesiastiques et civiles, ori¬
ginates de Tell Kaif, serait trop longue a dresser. On ne peut cependant
pas passer sous silence le nom du P. Samuel Giamil (1847-1917), superieur
general des moines chaldeens, historien fameux, restaurateur zele de la
bibliotheque du couvent de N.-D. des Moissons (3).
Parmi les dveques (4), la figure la plus pathetique est certainement
celle de SinTun Tektek Singari. Ancien moine de R. Hormizd, il avait
etd ordonne pretre sous le nom de Hieronymos, et envoyd a Sdna, en
Perse. Ses succes du debut lui valurent d’etre sacre eveque de cette ville
en 1853. Mais les malentendus ne tarderent pas a se faire jour et, bientot
lasse, le pauvre prelat abandonna son siege pour revenir a son couvent
en 1864. Ni les supplications de ses diocesains penitents, ni les menaces
du patriarche Joseph VI Audo ne purent faire revenir l’eveque sur sa
decision. Son insoumission lui valut d’etre reduit au rang extdrieur de
simple pretre et d’etre envoyd comme curd a Baqofa, ou il resta deux ans.
La restauration de la porte de l’autel de l’eglise de ce village, en 1868,
(1) Sur cette secte, cf. As Sabak de M. Ahmad Hamad as Sarraf, Bagdad 1954.
(2) G., p. 17. — L’usage de marquer des cierges de la Chandeleur d’un sceau
grav6 d’une croix, d’une image pieuse, ou simplement du nom «Sim‘un Sawa», a cours
dans beaucoup d’eglises chaldeennes, bien qu’il ne soit pas a proprement parler
liturgique.
(3) An Nagm, III/1931, p. 10-18.
(4) Dont G. donne la liste p. 59.
LES VILLACES CHALDEENS DE NINIVE
371
porte temoignage de son zele pour la maison de Dieu. Apres six ans
passes hors de son diocese (1), il finit par y retourner. Quand Page et
les infirmites, notamment la cdcitd qui le frappa en 1882, l’obligerent une
fois de plus a quitter son siege, cette fois avec la permission de son pa-
triarche, il revint en son couvent, puis a Tell Kaif, oil Ton se souvient
encore du vieil eveque «sinawi» qui disait son chapelet a longueur de
journdes, assis dans les aires et entourd de petits enfants qui priaient avec
lui. Apres de nouvelles pdrdgrinations, qui le menerent a Mossoul, puis
au couvent de Mar Cuorguls, c’est la qu il mourut, le 10 septembre
1885, apres trente-cinq ans d’un dpiscopat mouvementd. Sa imputation
de saintete s’est perpetude jusqu’a nos jours, et les habitants de Tell Kaif
conduisent encore leurs malades dormir sur sa tombe, dans l’eglise su-
pdrieure du couvent (2).
L’oncle de l’dveque Sim‘un est le celebre poete Thomas Tektek,
mort en 1860. Il s’appelle dgalement Thomas Singari, eu dgard au lieu
d’origine de sa famille, ou Thomas Tektek de Bdt Qasa. On a garde de
lui plusieurs poemes en chaldden vulgaire (soureth (3), dont quatre
sur la penitence, un sur les Peres du ddsert, un sur Adam et Eve, un sur
l’enfer et un sur le pillage d’Alqds en 1832 (4).
Parmi les femmes cdlebres originates de Tell Kaif, il faut citer la
podtesse Henna (ou Hand) an Nablya (la prophdtesse) (5). Bien que
ne sachant ni lire ni dcrire, «elle rdussit assez bien», au tdmoignage du
P. Rhdtord, qui s’y connaissait, et faisait «preuve destruction religieuse
(1) Sa presence est attestde a Tell Kaif en 1870, ou un grand Warda liturgique
(n° 44) est restaurd «de son temps».
(2) Un travail arabe inddit du chammas ‘Aziz Potros sur les dveques chalddens
m’a permis de debrouiller l’dcheveau compliqud de cette vie malheureuse et de cor-
riger ce que dit Mgr Tfinkdji, cit. p. 67.
(3) Cod. 333 de N.-D. des Moissons. Une collection de 7 pieces de cet auteur
se trouve dans le recueil manuscrit intituld Livre d'homelies , dcrit par le pr. Ishaq Gaddo
d’Alqos en 1899, et conservd dans sa famille a Karamlaiss.
(4) Cod. Berlin 121, fol. 45 a a 49 a; Cat. Sachau, I, p. 419.
(5) G., p. 62.
372
ASSYRIE CHRETIENNE
et d’originalite dans sa redactions Le fonds Mar Yaqo de notre biblio-
theque possede une copie de la durekta qu’elle composa sur le Oupta (ou
sun), un insecte qui ravagea les recoltes de Tell Kaif en 1911 (1).
Mais la personnalite la plus coloree est sans conteste la «princesse»
Tell Kaifienne, Marie Tlierese Asmar, «la plus celebre des femmes de
son temps» (2), emule de Semiramis, que l’Europe entiere appellera
<da princesse babylonienne». Nee a Tell Kaif en 1804 (elle-meme avoue
1806), elle comment ses voyages par un sejour a Beit ad Din, au Liban,
oil elle devint «premiere dame d’honneur» de la femme de l’Emir Be-
chir, ce qui lui permettra plus tard de se dire «fille adoptive » de ce
«grand prince du Liban ».
Deux des dossiers (3) de documents d’Inventaire, recueillis apres
sa mort par Me Ducloux, notaire a Paris, contiennent certains papiers
qui permettent de retracer une partie de la carriere de cette aventuriere,
le plus important de ces dossiers etant le Cote Cinquieme, qui contient
des «papiers relatifs a la famille de la princesse Asmar».
Passee en Europe, elle va d’abord a Rome. Nous pouvons la pren¬
dre en filature le 15 avril 1834, quand elle sort d’un couvent, malheu-
reusement non identifie, qui l’avait hebergee quelque temps, et dont la
Mere abbesse la gratifie d’un certificat attestant sa «sagesse» et sa
«vertu». Elle songe alors a entrer comme religieuse au monastere de
St-Laurent de Rome, et regoit a cet effet une dot de Gregoire XVI (23
nov. 1834). Elle commence des lors a batir sa personnalite d’emprunt
de l’avenir, elle est deja «une noble de Ninive, de nation chaldeenne,
d’une famille catholique des plus anciennes de ces pays... restee sans pa¬
rents par la desolation de la peste et privee de moyens de subsistance
d’apres la legislation turque». Ce qu’elle ne dit pas c’est que son pere
s’appelait simplement le pretre Potros Asmar.
(1) Recueil de complaintes, cahier II, p. 114 b.
(2) G., p. 62, 66.
(3) Cote 4 et 5, de 17 et 21 pieces, aux archives de la Mission Dominicaine
de Mossoul.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
373
Quand elle se rend a Livourne, en 1836, elle trouve moyen de se
faire recommander a feveque par le cardinal Mezzofondi, et commence
a collectionner les papiers a en-tete qui lui permettront de monter son
bluff colossal. Cependant elle n’est toujours alors que Marie Therese de
Ninive. On ne parle plus de couvent et cette «vertueuse dame de Ninive»
est, d’apres le cardinal, «rdsolue a se livrer entierement a Education
catholique des jeunes filles de l'Orient».
Le 9 janvier 1837, les chaldeens de Rome, le pretre Miha’il Agostln
Ufi et le Signor Thomas d'Alqos, obtiennent du cardinal Odescalchi,
vicaire general du pape, la permission de recueillir des fonds pour le
couvent de Rabban Hormizd, qui commen^ait a se relever de l’attaque
de 1832. Comme leurs occupations empechaient ces messieurs de faire
eux-memes la quete, c’est la «noble dame Marie Therese Asmar, niece
de farcheveque de Diarbekir», qu’ils deleguent a cet effet.
Elle est a Paris en avril 1838, et s’empresse de faire traduire en fran-
<^ais et legaliser sa collection de papiers. Mais c’est au moment de son
arrivde en Angleterre, en 1840, que la transformation s’opere. Elle se
pr^sente comme «la princesse babylonienne, fille de l'emir ‘Abdallah
d’Asmar». Tout le monde «en fait grand cas», elle est regue partout,
non seulement par S.M. la reine douairiere, qui lui attribue une gratifi¬
cation annuelle de 50 livres, mais aussi par de nombreuses personnes
«de la noblesse et du commun».
Elle fait dditer, en 1844 et 1845, ses Alemoires, en deux volumes de
760 pages, et ses Propheties et Lamentations , ou Une voix de /’ Orient. A foc-
casion de traductions et d’ddition de ces ouvrages, elle a maille apartir
avec les tribunaux britanniques. Jeremiah Campion et Augustus Goddes
Liancourt Eaccusent de ne pas leur avoir payd leur du, et ddnoncent sa
«basse ingratitude et son manque de bonne foi».
Ni les cris indignds de la bonne dame, ni toutes les personnalitds
qu’elle mit en mouvement (secretaire du British Museum, secretaire de
la Societe Asiatique, etc.) pour discuter la valeur des traductions, n’em-
pecherent la justice de Sa Majestd Victoria de la condamner au
374
ASSYRIE CHRETIENNE
payement des dettes et dcs frais de proces. II scmble qu’elle ait dte insol -
vable, car toutes ses possessions, vetements, livres et meme objets de
toilette, furent saisis, y compris des livres appartenant a l’ambassadeur de
France, au due de la Rochefoucauld, a la Church Missionary Society,
etc. Sa protestation outragee est signee «D’Asmar», et en arabe, Amira
Asmar. On etait alors en 1846.
Malade et probablement un peu defaite, la pauvre princesse dis-
parait pour quelque temps de la scene londonienne. Le consulat britan-
nique de Paris signale, le 9 janvier 1847, qu’elle vit dans cette ville.
Bientot elle est revenue en Angleterre, ou elle a repris sa place dans
la socidte. Le vicomte G. Palmerston lui ecrit de Carlton Garden, le 4
aout 1850: «Ma chere Amira, j’ai vu l’ambassadeur turc et j’ai eu une
longue conversation avec lui a votre sujet. II vous a reconnu pour la
fille du feu Emir ‘Abdallah Asmar, et pour fille adoptive de P£mir
Bechir, et il a done dit naturellement que vous aviez droit a la position
et au titre que vous reclamez...»
La meme annee, Marie Therese reclame un autre titre, et l’obtient.
Apres dix ans de sejour a Londres elle est naturalisee britannique, le
17 octobre 1850. Bien qu’une main anonyme ait fait remarquer au
crayon, au dos de la demande, qu’elle ne declarait pas son intention de
vouloir resider en Angleterre, la lettre du Baronet Sir George Grey
obtint la faveur demandee: «la princesse Marie Therese d’Assyrie»,
agee de 44 ans et celibataire, devient citoyenne britannique.
Y avait-il cependant encore quelques contestations et quelques
doutes sur sa noblesse? L’entreprenante dame ne se laisse pas abattre
et commence a rassembler ses lettres de creance. Quand on voit ces
pauvres papiers, on se demande comment une supercherie aussi grossiere
a pu rencontrer tant de credulite? Ils se bornent a trois lettres en arabe,
dument traduites en fran^ais et en anglais, et legalisees par toutes sortes
d’autorites, mais dont le nombre de cachets et de signatures ne peut
masquer le vide:
La premiere piece est dcrite a Londres le 7 aout 1851 et signee du
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
375
«cure Gabriel Dgdbara, de Damas, vicaire de l’archeveque de Seida».
Le pretre, ailleurs appele archidiacre, y certifie que la princesse Marie
Therese Asmar, est «d’une tres ancienne et illustre famille qui remonte
aux siecles les plus reculds... Sa famille a donnd a EEglise tous les pa-
triarches et les ecclesiastiques les plus distinguds. Son oncle est Mgr
Basile Asmar, archeveque de Diarbekir» (de 1828 a 1842).
La deuxieme lettre emane de «Georges Joseph Kiat (Hayat?),
chaldeen, secretaire et drogman du Patriarche Cyriaque (Syrien?)
d’Alep». II atteste que la famille de la princesse est, «selon la tradition,
issue de la race d’Abraham et du roi et prophete David, et la plus an¬
cienne et la plus noble famille d’Assyrie... dont le nom est v6n6r6 par
nous de pere en fils».
Le troisieme document a pour auteur un certain Joseph, pretre
maronite libanais, professeur de langues orientales et occidentals, an-
cien eleve de la Propagande. II y dit: «J’atteste et declare que la prin¬
cesse Marie Therese d’Assyrie est fille de Pdmir ‘Abdallah Asmar et fille
adoptive de Edmir Bechir, et proche parente de Kir Basile Asmar, arche¬
veque de Diarbekir.»
Un nommd «Joseph de Mossoul» declare simplement avoir pris
connaissance des attestations susdites, dont il affirme la verite, declarant
authentiques les signatures apposdes au bas. Fait a Londres, le 17 aout
1851.
Le traducteur a Londres (17 fevrier 1852) est John Shakespeare,
bibliothdcaire de la Royal Asiatic Society, et a Paris (12 mai 1853)
Desgranges aine, secretaire interprete de l'empereur.
On comprend qu’un certain D. McCarthy, demeurant a Paris, ait
pu dire, le 27 fdvrier 1853: «Madame. J’ai examind avec soin les docu¬
ments que vous m’avez envoy^s comme dmanant des autorites les plus
elevdes et les plus respectables. Je pense qu’ils dtablissent parfaitement
les droits au rang et a la position dans la soci£t£ que vous rdclamez...»
En hn 1852 -debut 1853, la princesse dtait en efTet passde en France,
ou elle ne perdit pas de temps avant de faire ldgaliser ses titres. Tous
376
ASSYRIE CHRETIENNE
les cachets dtaient apposes le 13 mai. Le 17 du meme mois, la citoyenne
britannique se fait delivrer par l’ambassadeur de Turquie pres de S.M.
l’Empereur des Frangais, M. Vely, un laisser-passer ottoman. «Madame
Marie Therese Asmar, princesse d’Assyrie», doit se rendre «en Suisse,
Italie et les Etats d’Autriche». II nous faut l’abandonner la, car nos
documents ne vont pas plus loin. Peut-etre pourra-t-on completer un
jour ce roman, si Ton retrouve les cotes suivantes de Ale Ducloux, no-
taire a Paris. Dans tous ses voyages, dit M. Gammo, elle porta la renom-
mee de Tell Kaif, «l’Athenes de la Alesopotamie».
Marie Therese Asmar mourut a Paris vers 1870, agee d’environ 64
ans. Elle leguait a son village natal une partie de sa fortune. Cet argent,
se montant a 5.500 qurus, servit a restaurer 1’eglise des SS. Pierre et
Paul, ou son corps embaume fut transports. L’eglise fut edihee en 1876
et, avec la permission du patriarche Joseph VI Audo, le village com-
pleta les depenses (1).
2. — Batnaya
A cinq kilometres au nord de Tell Kaif se trouve le village chal-
deen de Batnaya, dont la population atteint 3104 habitants. La plupart
de ceux-ci ont un type special, de peau et de cheveux clairs, qui pourrait
quelquefois les faire prendre pour des Europeens. Les yeux bleus n’y
sont pas rares, souvent un peu voiles par des restes de trachome et par
firritation produite par les poussieres de roseaux secs utilises pour la
confection des nattes. Ge travail etait en effet findustrie locale de Bat¬
naya et tous, grands et petits, y consacraient le temps libre laisse par les
travaux des champs. II n’y a pas tellement longtemps que les filles du
village n’acceptaient de venir a l’ecole que si elles pouvaient continuer
a tisser leurs nattes tout en ecoutant la le^on. Jadis, les roseaux etaient
recoltes dans le Hosar, qui passe a six kilometres a Test; la multiplication
des noria d’arrosage ayant amoindri le cours de la petite riviere, les
(1) Colophon de Hudra de Tell Kaif, n° 31, de 1678, et note du Choreveque
Narses Sayegiiian a Particle du JVasrat al ahad, cit£ plus haut.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NIN1VE
377
roseaux ont egalement diminud, et on doit les importer d’ailleurs, voire
meme d’au-dela de Kerkouk.
Le nom du village est explique de deux fa^ons par la tradition
locale. Soit B. Tetnaye, le «pays de ceux qui ont des taies», par allusion
aux maladies des yeux causdes par le travail des nattes; soit B. Tnana,
qui veut dire: le lieu du zele (1).
II semble que le nom ancien ait dte diffdrent. Au VIIe siecle on
Tappelait «le village des Medes» (Bdt Madayd), ce qui rejoint la tra¬
dition que le village ait dte peupld de «Ydzidis» jusqu’a sa conversion,
et explique aussi le type de ses habitants (2).
Le convertisseur du village fut le moine Abraham (Awraha) qui
etablit son couvent non loin de la, et y gagna le nom de Awraha d'Bet
Madayd, plus tard contractd en Abraham le Mede, d’ou il n'y aura
qu’un pas pour en faire un Kurde Babbek (3). Quant a ses dates, quel-
ques auteurs (4), suivant ‘Amr, Font placd sous Iso‘yaw I d'Arzun (582-
595), alors qu’en fait il dtait contemporain d’Iso‘yaw II (628-644/6).
D’autres confusions ont eu leur origine dans l’existence de plusieurs
localites du meme nom, dont Tune, appelee aussi Sarug, est cdlebre dans
l’histoire jacobite (5).
(1) Ges traditions m’ont ete communiqu^es notammcnt par M. FAbbe Hanna
‘Awdls, de ce village. — Gf. Researches , p. 51-52.
(2) B. Madaye est attest^ dans le titre d’une lettre inedite du catholicos Iso‘yaw II
(cf. Ortiz de Urbina, Pair. Syr., p. 137 avec references, et Synddos , ms. de N.-D. des
Moissons, cod. A.S., 90; Voste, GLXIX, p. 255-265) et dans L'histoire de B. Qoqa (p.
255). Il deviendra Ba Mazai dans ‘Amr (ar. p. 49) et meme Bamada, d’apres une
variante du meme (p. 129). Il ne faut pas confondre ce «village des Medes» avec la
grande «region des Medes» egalement appefee B. Madaye, l’ancienne Medie, c’est-a-
dire les environs de Hamadan, en Iran, ou il y avait un eveche nestorien. Gf. Or.,
table p. 669.
(3) Supposition (donnee comme telle) recueillie par Rich dans Residence , 1836,
t. II, p. 103 n.
(4) V.g. Mgr Sayegh, Machriq 1923, p. 420.
(5) Bien distingue par Mgr Sayegh, cit. Par contre Cuinet ( Turquie d'Asie, II,
p. 829) semble penser a Batnaya jacobite quand il dit que «en Pan 700 de Fere chre-
tienne, Batnaya avait un eveque. Cf. Honigmann, Pair. Jac., p. 145-146.
378
ASSYRIE CHRETIENNE
L’histoire de Batnaya, de sa conversion a nos jours, est inconnue.
Le village fut bride en meme temps que les localites environnantes par
les Persans de Nadir Sah en 1743. II etait deja, au moins en partie,
catholique a cette epoque puisque, des 1729, des gens de Batnaya s’unis-
sent aux «Ninivites» et aux habitants de Tell Kaif et d’Alqos pour nom-
mer un representant qui defendrait leurs interets a Constantinople, en
face du procureur du patriarche nestorien (1). En fin 1767, les 200 fa¬
milies du village etaient toutes catholiques, avec leur eglise (2).
Au XIXe siecle, le chiffre de la population semble avoir ete de
beaucoup inferieur a ce qu’il etait en 1961. Badger, en 1852, y denombre
60 families (3), ce qui correspond a peu pres au chiffre de 50 maisons
donne par Ainsworth en 1857 (4). L’abbe Martin monte jusqu’a 900
habitants en 1867 (5), ce qui fait au maximum le tiers de la population
actuelle.
L’eglise la plus ancienne de Batnaya semble etre cede de Mar Qu-
riaqos. J’ai pu encore la voir dans son etat primitif, avant qu’elle ne soit
detruite et reconstruite en 1944. L’ancienne eglise avait trois nefs. La
porte du maitre-autel avait ete restauree par le patriarche Audo. La
porte du baptistere, a double linteau, paraissait plus ancienne, peut-
etre datait-elle de la restauration de 1744, Le seuil de cette porte etait
constitue par une pierre, probablement tombale, ancienne, dont quel-
ques lettres seulement apparaissaient au-dessus du sol. Malgre ma
demande, appuyee par feu Mgr Katcho, la pierre et toutes les autres
furent mises en pieces lors de la demolition. La nef latdrale gauche,
opposee au baptistere, etait placee sous le vocable de Ste Barbara.
Un seul manuscrit de cette eglise, appeUe ici «couvent», nous est
(1) Gen. Rel., p. 345-346.
(2) In A Chronicle of the Carmelites in Persia , cit., vol. II, p. 1262.
(3) Nestorians, I, p. 174.
(4) A Personal Narrative of the Euphrates Expedition , vol. II, p. 536.
(5) Chaldee, cite par Researches.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
379
parvenu. II est date de 1474 et est conservd a la Bibliotheque patriar-
cale (1).
De Fautre cote de la meme cour, faisant pendant a Feglise de Mar
Quriaqos, se trouve Fdglise de la Ste Vierge, a une ncf, bade vers 1866.
Comme a Tell Kaif il y a aussi autour du village plusieurs lieux de
pelerinage. Deux se trouvent dans le cimetiere du village et sont dddids
respectivement a Ste Smuni et a S. Joseph. On a tentd d’agrandir la
«coupole» de ce dernier et de la remplacer par une eglise, qui serait
alors dediee a la Sainte Famille. Cette troisieme Eglise, commencde il
y a quelques decades, n'a pas encore ddpassd la hauteur des fondations.
On parle toujours de la completer.
3. — Baqofa
Baqofa est un petit village chaldeen situd a quclque trois kilometres
au nord-est de Batnaya. Son antiquite est attestde par la presence de
deux tells archeologiques, dont le plus grand est en partie occupe par
le cimetiere du village. Victor Place le prospecta, mais n’y trouva que
des debris de jarres (2). Il evita de fouiller le tumulus voisin, dit Tell
al Dahab, le tell de Tor, dont le nom prometteur avait attird Fattention
du pacha de Mossoul en 1842. D’autres ddcouvertes fortuites, mention-
ndes par Mgr Sayegh, comprennent plusieurs tombeaux, dont celui d’un
guerrier vetu d’une cuirasse de fer et armd d une epde et d’un poignard
incrustes d’or; la tombe contenait dgalement un cylindre-sceau en or
avec inscription cundiforme. On signale enfin un panneau sculpte reprd-
sentant un homme egorgeant un lion. La science n’a guere profitd de
ces ddcouvertes, et le nom ancien de Baqofa est inconnu.
Le nom chaldeen actuel derive de B. Qop£, le lieu boisd (3). Hdlas,
les bois et les forets ont depuis longtemps disparu !
(1) Cat. de Mgr Bidawid, n° 901. C’est une grammaire dT lie de Nisibe, £crite
ici par le pr. ‘Issa, fils d’Ishaq, de Hakkari.
(2) Ninive et I’Assyrie, t. II, 1870, p. 149.
(3) Mgr Sayegh dans le A fachriq, cit. ; dgalement Sumer , 1953, cit. p. 254 et
380
ASSYRIE CHRETIENNE
La locality est citde, dans la premiere moitid du VIIe siecle, parmi
les villages chrdtiens qui contribuerent a ferection du couvent de Rab-
ban Hormizd. Celui-ci, en retour, guerit leurs malades (1).
II parait que jadis la population etait melangee, chretiens et musul-
mans; ces derniers avaient deja fonde un autre village du meme nom,
a trois kilometres de la, des le XVI I Ie siecle, au temoignage de Yasin al
‘Omari (2), qui precise que les deux villages etaient, a cette epoque,
waqf de la mosquee de Nabi Yunis a Mossoul, sans que le nom du
donateur figure dans facte de donation.
En 1850, quand Badger le visita (3), le village comptait 20 families
avec un pretre et une eglise. Le nombre des habitants resta longtemps
assez bas, car le croup faisait perir 60% des enfants en bas age. En 1923,
Mgr Sayegh denombre 490 ames; ils etaient en 1961 de 70 a 80 families,
avec beaucoup d’emigres a Bagdad (4).
En plus de Hudahwi, le genereux donateur du VI Ie siecle qui en-
voya sept talents d’argent a R. Hormizd, on connait encore un copiste
originaire de Baqofa, le moine Stephane Marrogue, dont un «livre d’his-
toires», date de 1888, est conserve a Notre-Dame des Moissons (5).
L’eglise du village est dediee a Mar Gudrguis. Elle ne comporte
qu’une seule nef et vient d’etre restauree. Le cadre de la porte de l’autel
temoigne d’une restauration precedente, en octobre 1868. Le pauvre
eveque Sim‘un Tektek a laisse ce souvenir de sa relegation de deux ans
comme simple pretre de cette eglise. Avec lui les gens de Baq6fa contri¬
buerent a I* erection de la porte, oeuvre de Gorgis, fils de Saba Yusif,
et dont finscription fut gravee par un certain ‘Issa.
Researches , p. 56-57. — En 1937 ( Nagm , p. 277) Mgr Sayegh avait avance une autre
interpretation: le lieu du singe.
(1) The Histories of R. Hormizd the Persian..., Budge, 1902, t. II, I, p. 81 et 177s
et Bk. I, p. clxiii.
(2) Muniat al Udaba\ cit. p. 133.
(3) The Nestorians , II, p. 174.
(4) Le chiffre de 2211 du recensement de 1957 n’est certainement pas exact.
Le chiffre r6el est dans les environs de 400.
(5) Cat. Voste, co d. CGXVI.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
381
En face de la porte d’entree, a peu pres au-dessus des fonts baptis-
maux, se trouve une grande peinture sur toile du patron du lieu, de pro¬
venance europeenne et de style fin XIXe siecle.
Dans le cimetiere, sur le chemin qui conduit vers ‘Ain Sifni, on voit
la «coupole» de Ste-Smuni. Certains discnt qu’elle marque l’emplace-
ment d’une ancienne dglise.
Enfin, le «pretre de Baq6fa» figure d'une fa^on peu flatteuse dans
un dicton de Mossoul, connu des musulmans aussi bien que des chrdtiens.
Le malheureux homme (personne ne peut me dire mcme a quelle epoque
il vivait) ne devait pas beaucoup respecter la parole donnde, car aujour-
d’hui a Mossoul, quand quelqu’un fait une promesse dont on doute un
peu, on lui dit: «Ne faites pas comme le pretre de Baqofa!»
Originaire de Baqofa dtait l’dveque Ya'qub Manna (1867-1924),
auteur d’un Vocabulaire chaldeen-arabe de valeur (1).
4. — Tell Esqof
Tell Esqof, egalement chaldeen, est situe a 7 kilometres au nord
de Batnaya. II est plus grand que les deux precedents, comptant 5.705
habitants (2), et en est aussi tres different. La specialite du lieu est la
poterie; le tissage, qui y etait dgalement florissant, a evidemment beau-
coup souffert de la concurrence mdcanique. Mgr Sayegh mentionne aussi
Thabilete de beaucoup dans la guerison des piqures de scorpions et des
morsures de serpents.
Le nom du village vient du chaldeen: Tell Zqlpa, le tell eleve (3).
Le precieux livre de M. Gammo est moins heureux quand il s’essaie aux
etymologies. Il avait deja suggere Maison de Tanaya pour Batnaya,
(1) Mossoul, Imprimerie des Dominicains, 1900, 1 vol.: cf. Tfinkdji, p. 68.
(2) M. G. ‘Awwad en compte seulement 3.500. Badger en 1852 y ddnombrait
1 10 families, et l’abbe Martin, quinze ans plus tard, 1.800 ames. Gf. Researches , p. 64-65.
(3) Sumer , cit. 1952, p. 252, mentionne Egalement l’explication de Yaqut (Mu' gam,
I, 863 et Marasid, I, 268) reprise par Rich ( Residence , II, p. 101) en Tell al Usqof,
le tell de lYveque.
382
ASSYRIE CHRETIENNE
du nom «probable» ( ?) de son fondateur ou de son proprietaire, mainte-
nant il explique Tell Esqof par «Tell en forme de Croix (?) (1).
En fait, le monticule archeologique de Tell Esqof, plus haut que
celui de Baqofa, «se dresse a pic comme une falaise, au-dessus d’un petit
ruisseau qui coule au pied» (2). V. Place y donna quelques coups de
pioche, mais sans grand resultat. Le tell n’a pas dte explore depuis (3).
Le village fut pille par les Mongols de Bar Yak en 1508, en meme
temps que Tell Kaif, Alqos et R. Hormizd (4).
II est encore mentionne dans une 'onita attribute a Guorguls Warda
et commen^ant par: «En Pan 1 547 » (5). On y lit que, en novembre 1235,
des pillards tartares, apres avoir commis des depredations a Erbil,
massacre les moines de B. Qoqa et fait un carnage a Karamlaiss, vinrent
a Tell Esqof, «village grand et fort». Les habitants furent passes au fil
de l’epde ou emmenes en captivite. II n’y eut de salut pour personne,
et ceux qui furent epargnes par la tuerie moururent de faim. L’eglise
de St-Jacques Plntercis, dont c’est ici la premiere mention, fut elle-
meme «coupee en morceaux».
Au XVIIIe siecle le village etait a nouveau renomme pour la
richesse de ses habitants (6). II fut pille et brule par les soudards de Nadir
Sah en 1743 (7).
(1) Cit. p. 28. Mgr Sayegh ( Nagm , IX/1937, p. 277) avait d6ja critique cette
interpretation.
(2) Ninive et VAssyrie , t. II, p. 149-150.
(3) Rich ( Residence , II, p. 102) en rapporte deux lampes en verre trouv^es en
creusant une tombe. Corriger ici Researches (p. 64) qui dit que «les gens de Tell Esqof
creuserent une tombe dans ce tell et trouverent une sepulture contenant une pierre sur
laquelle etait ecrit le nom de Tell Esqof», alors que le texte dit seulement: «I1 n’y a
pas longtemps, en creusant ici une tombe dans le tell qui donna son nom au village,
on trouva des pierrcs a une grande profondeur.»
(4) A. Scher, J.A. , XV/1910, p. 120-123.
(5) Hilgenfeld, Ausgewdhlle, cit. p. 49-59 et ms. de 1899 du pretre Ishaq Gaddo
d’Alqos, dans sa famille a Karamlaiss, fol. 137-141.
(6) Muniat al Udaba\ p. 137.
(7) Ibid., Appendice, p. 260.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
383
Dans un lectionnaire de 1499 (1) Pdglise de St-Gcorges apparait
a cote de celle de St-Jacques PIntercis.
Quand j’ai visite ces eglises en 1943, Mar Guorguls avait gardd son
aspect ancien. Elle comptait trois ncfs, celle du centre dtant plus petite
que les autres. On n’y voyait aucune date. Une chaine pour attacher les
fous se trouvait dans la nef laterale droite, une des places traditionnelles
du martyrion (2). Cette vieille dglise a dte entierement demolie en 1955,
et la grande £glise moderne, hdias de type latin, qui doit la remplacer,
est encore en construction. Seule la chaine du martyrion a dte gardee
par une femme du village, qui espere bien la remettre en place dans la
nouvelle eglise.
A Mar Ya‘qub, Pancienne nef laterale gauche, dddiee a Mar Yo-
hannan (S. Jean-Baptiste) a fait place a une dglise neuve, accolde a la
vieille Mar Ya‘qub, qui a gardd la plus grande partie de son cachet
antique. Malheureusement Pancien baptistere est vide et une porte de
communications a 6t6 percde (6 horreur!) qui donne directement sur
le sanctuaire. Le B. Slota a et 6 transform^ en chambre et baptistere (!),
Parcade centrale seule etant restde ouverte sur une sorte d Hwan dans
lequel un autel a ete construit ( !) pour la messe en dtd. Helas, qui deplore
cet abandon de Pancienne liturgie?
Plusieurs tableaux anciens que j’y avais vus en 1943 ont disparu,
emmends a Mossoul pour «restauration». Parmi eux se trouvait un ta¬
bleau armdnien reprdsentant une Yierge assise de face, encadrde de
deux £veques.
Hors du village, au nord-ouest, des ruines d'une petite construc¬
tion portent le nom de Mar Sahdona. On n'y fait pas de pelerinage,
pas plus qu’a la petite coupole des Macchabdes (Bnd Smuni) situde vers
le sud, dans les aires (3). Au nord, pres du chemin d’Alqos, a peu
(1) B.M., cod. Rich 7174, Cat. Rosen Forsiiall, n° XXX.
(2) Sur Pincubation dans le martyrion, cf. Mossoul chretienne, p. 146-147.
(3) A lire un Hevameron de 1882 (cod. Berlin 61) on croirait que Pell Esqof
avait cinq «£glises» ou «couvents», des «SS. Georges, Jacques, Apnimaran, Sahdona
et Smuni avec ses enfants...» {Cat. Sachau, t. I, p. 216).
384
ASSYRIE CHRETIENNE
de distance de la sortie du village, se trouve le Puits des solitaires,
ou il y aurait eu un couvent (?).
Mais la ruine la plus importante est celle dite du couvent d’Ap-
nimaran, a Test du village, dont il est separe par un petit ruisseau.
Les decombres sont recouverts par le cimetiere du village, emigre du
tell, si bien que toutes les traces sont brouilUes. Seul un pan de mur
oriente nord-sud et portant des vestiges de voute du cote ouest, c’est-
a-dire clu cote du village, est dit avoir ete le mur separant Pautel de
l’eglise. Gomme il n’y a pas de place pour l’eglise entre ce mur et le
ruisseau, les gens disent que ce dernier a change de place et grignote
Peglise. Un puits au milieu du cimetiere confirme l’existence en ce lieu
d’une communaute de vivants, avant que le terrain ne soit devenu la
propriete des morts. Ceux-ci le gardent trop jalousement pour que des
fouilles puissent etre possibles. Le pelerinage du saint a lieu le lundi
apres le Dimanche apres Paques, le jour meme ou Batnaya fete Mar
Awraha, Dehok Mar ‘Awda, Nasseriya Mar £Awdiso‘, etc., bref chacun
son moine local, ce qui ne jette aucune lumiere sur leurs identites.
Une note de Mgr Addai Scher (1), qui signale les ruines de ce
couvent «pres de Tell Zqipa, village a 5 heures au nord-ouest de Mos-
soul», l’attribue a «Apnimaran, superieur du couvent de Za£faran»,
avec reference au Liber Castitatis , n° 94. En fait, tous les textes que j’ai
pu relever relatifs a Apnimaran le Grand, du B. Garmai, ne parlent de
lui que comme fondateur de Dair az ZaTaran. Nous verrons ces textes
quand nous parlerons de ce couvent, qui est bien connu; il n’est dit
nulle part qu’il ait fonde un autre couvent, a Tell Esqof ou ailleurs.
Il y eut probablement beaucoup de moines de ce nom. Le maitre
du precedent au couvent de B. £Aw 6 s’appelait egalement Apnimaran;
Thomas de Marga lui donne seulement le qualificatif de «de sainte me-
moire» (2). Si c’est lui (mais comment pourrait-on le prouver?) qui
(1) Chr. de Seert , II, p. 139, n. 3.
(2) Bk.ll, p. 121.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
385
fonda a Tell Esqof, notre couvent daterait de la premiere moitid du
VIIe siecle.
Un meilleur candidat pour le patronage du couvent serait peut-
etre ce R. Apnimaran de la premiere moitid du Xe siecle, qui apparait
dans rhistoire de R. Yusif Busnaya comme contemporain de R. Mu-
sd (1). Comme l’a deja remarqud Chabot, «la montagne de Gidron» ou
cet Apnimaran avait sa cellule ne devait pas etre loin du couvent de
R. Hormizd, puisque les freres de ce couvent venaient souvent se reunir
autour de lui. II y a en effet une chaine de collines paralleles a la mon¬
tagne au pied de laquelle se trouve Alqos, et qui sdpare ce dernier village
de Tell Esqof. Cette chaine est appelde actuellement Kind. II n'y a pas
d’objection a ce que Bar Kaldun ait pu Tappeler montagne, car les
auteurs anciens (et les Mossouliotes modernes, comme tous les gens des
plaines) appliquent ce nom a la plus legere ondulation, mais on n’a pas
de preuve que le nom ancien de ce plissement ait dtd Gidron.
Si Apnimaran de Gidron est le titulaire du couvent de Tell Esqof,
celui-ci fut fonde au milieu du Xe siecle, probablement sur la tombe de
Rabban. Cette date tardive expliquerait l’absence du couvent et de son
fondateur des textes anciens. En fait, nous devons avouer notre ignorance
tant sur la personne du fondateur que sur fhistoire du couvent (2),
sauf qu’Eduard Sachau vit naguere, «a fdglise de Tell Esqof» une ins¬
cription provenant de ce couvent, d’apres laquelle le couvent avait dte
construit (ce qui en chaldeen peut vouloir dire «reconstruit») en 1403, aux
frais des habitants de Tell Kaif(3). Cette inscription a disparu depuis.
Personne n’a jamais fait mention d’un couvent de religieuses a Tell
Esqof. Cependant Rich parle de religieuses, sortes de «benoitcs» vivant
a la maison, ici et a Alq5s, dans la premiere moitid du XIXe siecle (4).
(1) Citd p. 130 et note I de Chabot.
(2) Researches (p. 65) enjolive peut-etre un peu quand il dit que le couvent
etait «celebre dans l’histoire des Chald£ens»!
(3) Reise in Syrien und Mesopotamia (Leipzig 1893), p. 361 (= 1092 ?).
(4) Residence , II, p. 101.
Rech. 23 — 2$
386
ASSYRIE CHRETIENNE
Les calligraphes cle Tell Esqof meriteraient une place a cote des
dynasties fameuses d’Alqos. En 1558, c’est le pretre Sulaiman qui copie un
rituel des ordinations (1); en 1583, le chammas Abraham, fils de Bacba,
ecrit a R. Hormizd un exemplaire du Livre de la bonne conduite (2) ;
en 1688, le pretre Abraham, fils de Marisan de Tell Esqof, copie a
Piyoz un livre des Memr 6 du moine Mar Yohannan de Mossoul (3).
Encore un autre pretre Abraham, celui-ci fils de Marbena, est hauteur
de trois manuscrits conserves a Notre-Dame des Moissons et dates
respectivement de 1793, 1794 et 1796 (4).
Un dernier copiste du meme village, le moine Thomas, fils de Nisan,
moine de R. Hormizd, ecrit le Livre des splendeurs , de Bar Hebraeus,
en 1819 (5).
Cependant, fait curieux, les deux manuscrits destines a Tell Esqof
meme ont ete ecrits par des Grangers; le lectionnaire deja cite, de 1499,
est 1’ oeuvre du pretre Ellya, dit ‘Ala’ ad Din, fils de Fahr ad Din, sur-
nomme bar Sephaya, de Mossoul (6), et un recueil de Regies de la
confession , tirees des Synodes des Apotres, est ecrit a la demande du
pretre ‘Askar, his de ‘Abdes, de Tell Esqof, par ‘Awdis6‘ his de Hadaya
de Batnaya, en 1702 (7). La meme annee, le lectionnaire de 1499 est
restaure pour Teglise de St-Georges a Tell Esqof, dont on donne uneliste
de hdeles notoires.
(1) Cambridge, Add. 1988, Cat. Wright, p. 357.
(2) Bibliotheque de Kerkouk, Cat. Voste, cod. XL.
(3) Patr. Chald., Cat. Mgr Bidawid, cod. 6022.
(4) Cat. Voste, cod. CLI (Poeme sur la grandeur de la liturgie), CLXXVII
(Livre de la lampe brillante) et XLVI (Explication de l’Apocalypse).
(5) Cod. CCXCIV de N.-D. des Moissons, Cat. Voste. Trois autres manuscrits
du XIXe s. a Berlin (cod. 215, 216, 352, Cat. Sachau).
(6) «Par les soins du presbytre illustre, du pretre chaste, du legiste expert, qui
a droit au souvenir pour son soin des batiments des eglises, le pretre Tssa, fils du Bx.
d^funt le chef Hassan, dont la sollicitude etait grande a edifier des eglises, a faire ecrire
des livres et a enseigner aux eleves.»
(7) Vat. Syr., cod. 505; cf. Voste, Mss. syr. recemment acquis par la Bibl. Vat.,
Angelicum , VI/1929, p. 43-44 et La confession chez les Nestoriens, ibid., VII/1930, p. 17-26.
LES VILLAGES CIIALDEENS DE NINIVE
387
Tell Esqof ne peut rivaliser avec Alqos, ni meme avec Tell Kaif,
pour ses poetes. Cependant le chammas Tsona est hauteur de plusieurs
pieces, notamment d’une complainte contre les ivrognes, datde de 1 9 1 3 ( 1 )
ou il s'attaque a un vice qui, hdlas, n’est pas propre a ce village.
5. — Alqos
Le plus septentrional de la chaine des villages chalddens que nous
dtudions, Alqos, bourg d’environ 5.500 ames, est situd au pied de la
montagne, a 40 kilometres a vol d’oiseau au nord de Mossoul. Ici le
pantalon montagnard kurde supplante le zebun de la plaine, et la pierre
remplace la terre sdchde dans la construction des maisons et des
homines (2).
D’apres la tradition locale (3), le nom du village serait celui, a peine
ddformd, de son fondateur, un juif nommd Alqon, qui y fut ddportd par
les Assyriens. Des le temps du prophete Nahum cependant, le nom avait
ddja evolud en Alqos; il n’a pas changd depuis. D’autres tentent d'in-
terprdter le vocable par l’assyrien, «E1 qusti», Dieu est mon arc (4), ou
par l’hdbreu, dans le meme sens (5). La discussion reste ouverte (6).
On dit couramment qu’Alqos est «Tun des plus anciens villages
chrdtiens du nord de ITraq, puisqu’on le cite ddja dans la premiere
moitie du IVe siecle, dans la vie de Mar Mlha, disciple de Mar Awgin».
Mais justement, toute la question est de savoir quelle valeur on peut
donner a la ldgende de ce saint (7).
(1) Collection de complaintes , cahier I, rdunies par le P. Rh£tor£, k la bibliothdque
des Dominicains de Mossoul, fonds Mar Yaqo.
(2) M. G. ‘Awwad signale une bonne vue du village dans Olmstead, History of
Assyria, face a la p. 642.
(3) Recueillie par Mgr S. Sayegh, Machriq, cit. et Researches, p. 45-48.
(4) Sumer, p. 252.
(5) Dictionnaire de la Bible, du Dr G. Post, cit£ dans Sumer.
(6) M. G. ‘Awwad £carte avec raison Interpretation par le turc «oiseau rouge»
car le nom existait avant la p^riode turcomane.
(7) AMS, III, 410 (et introduction, p. vi, n° 2) et Suhada\ II, 184.
388
ASSYRIE CHRETIENNE
En fait, le texte est Tun des plus plats que nous possedions, pur
ramassis de cliches passe-partout, image d’Epinal du moine «primitif»
type, massivement arrime aux geants traditionnels du monachisme, mais
qui n’a pour lui-meme aucun trait ferme. Si la Place St-Sulpice faisait
une statue en platre du «moine mesopotamien», on ne saurait quel
attribut ajouter a Mlha pour le distingucr des autres. Vraiment, le sa-
cristain, au plus tot du XI Ve siecle (1) qui redigea ce factum manquait
totaleinent d’imagination. II faut dire a sa decharge que la matiere
«historique» sur laquelle il avait a travailler etait bien pietre, tout au
plus un nom dans les listes, liberalement revues et augmentees, des pre-
tendus disciples de Mar Awgin. Rendons-lui done justice: a travers tous
les poncifs accumules, le sacristain nous a rendu Mar Mlha de Nuhadra
tel qu’il Pavait re^u: un nom sans figure (2).
D’ailleurs, pourquoi tant se preoccuper de Mlha, puisque Alqos avait
6t6 evangelise avant son temps? Sa legende elle-meme ne dit-elle pas
qu’il reunit les pretres et le peuple du village? S’il y avait des pretres,
il y avait au moins une eglise, dit justement un historien moderne d’ Al¬
qos (3). Et les deductions continuent: cette eglise ne peut etre que celle
de St-Georges, puisque la tradition n’en mentionne pas d’autres. En
effet, dit-on, «lors de la demolition qui preceda la derniere restauration
de Peglise, en 1906, on trouva au-dessus de la porte de Pautel une
inscription chaldeenne difficile a lire a cause de l’anciennete de l’ecri-
ture: Reliques de S. Georges, le martyr. Puis apres differentes couches
protectrices, on trouva dans la magonnerie deux pierres superposees,
sculpt^es a Pexterieur de deux croix. Quand on les separa on v vit des
traces d’eclaboussures de sang,..» Et hauteur de conclure: «Si ces pierres
(1) Mgr A. Scher a deja remarque (Kaldu wa Atur, II, p. 37) que, d'apres la
legende elle-meme (AMS, III, p. 510-513), elle fut ecrite par ordre du patriarche
Sim‘un. Or les patriarchies de ce nom ont commence a sieger au XlVe s. Le meme
savant auteur (Aid., p. 38) souligne 1’identite parfaite de cette legende avec celle,
jacobite, de Benjamin, sauf pour le nom du couvent fonde.
(2) Sa fete se ctdebre le ler novembre.
(3) L’abb6 G. HannIna, dans an JVagm, 1932, p. 258-262.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NIN1VE
389
sont authentiques, elles nous font remonter au temps du martyre de
S. Georges, vers 290. »
Comme les pierres ont dte a nouveau scelldes dans la construction,
a droite de la porte de Pautel majeur, il est impossible de verifier le fait.
S’il etait dtabli qu’il v a vraiment des traces de sang humain sur les
pierres, beaucoup de questions se poseraient encore, lides a 1’ historicity
de S. Georges, sur laquelle, si je ne me trompe, les papes eux-memes sont
plutot reserves. Bref, pour ce qui est d’Alqos, on se trouve en face d’un
faisceau de traditions qui tendent a prouver 1’antiquitd de l’dtablissement
du christianisme dans la place, mais sont individuellement invdrifiables.
Alqos dmerge des brumes de la ldgende pour prendre sa place his-
torique de bastion de l’orthodoxie syrienne orientale au VIIe siecle, ou
il appuie de toutes ses forces la fondation du couvent de R. Hormizd,
et oil, Tun soutenant l’autre, le village et le saint opposent une digue
solide au ddferlement de la vague anti-ncstorienne.
Parmi les noms auxquels se rattachent des escarmouches de cette
pdriode, deux seulement peuvent etre identifies, celui du monastere
maudit de BezqIn (1), dont un jardin d’Alqos a gardd le nom, et celui
de l’ecole jacobite de B. Bani, deja menlionnd, et qui est a placer au
village actuellement yezidi de Baiban, a six kilometres au sud-est d’Al¬
qos. Disparus par contre les villages de Kezyon et de Harwa (2), dont
les habitants aiderent au pillage du couvent infame de BezqIn, ddtruit
par un tremblement de terre, aux prieres de R. Hormizd. Perdu aussi
le village d’ARSAM, dont le gouverneur de Mossoul chassa les habitants
herdtiques pour les remplacer par des croyants de la rdgion du Hazir.
Ce petit ddtail semble bien authentique et Concorde avcc ce que Ton
sait de la situation prdcaire des Nestoriens de ce dernier district a la
meme dpoque. I/eveque ‘AwdIso‘ de Ba Nuhadra viendra consacrer
l’dglise nestorienne du village recupere (3).
(1) Hist, of R. Hormizd (Budge, 1902), t. II, I, p. 80 et 1 14; Bk. I, p. clxi a clxiii.
(2) Hist, of R. Hormizd , t. II, I, p. 114.
(3) Ibid., p. 80 et 114.
390
ASSYRIE CHRETIENNE
On aura remarque la similitude de noms entre ce village et le siege
du fameux propagandiste et polemiste monophysite, E eveque 5im‘un de
B. Arsam, dont l’eveche est habituellement localise sur le Tigre, pres
de Seleucie (1).
Desormais, l’histoire du village sera intimement liee a celle du cou-
vent de R. Hormizd; ils partageront Phonneur d’etre le lieu de residence
des patriarches nestoriens de 1551 a 1804 (2). L’un d’eux, Elie XII
Denha, mourra de la peste qui ravagea le village en 1778.
Certains habitants d’Alqos semblent avoir suivi Sulaqa dans sa
conversion au catholicisme, au milieu du XVIe siecle. Le pretre poete
Israel l’Aine se convertit en 1611. En 1729, on voit des Alqochiens
signer la delegation d’un procureur qui rcpresentera les interets de
Joseph III et des «chaldeens orthodoxes» aupres dela Sublime Porte (3).
En fin 1767, Alq5s comptait 500 families, dont au moins 100 families
catholiques (4).
Alq5s fut-il siege episcopal a une certaine epoque? Si la restitution
proposee par le P. Samuel Giarnil a la liste de ‘Awdis6‘ IV Marun (5)
est exacte, le village, ainsi que Tell Kaif et Karamlaiss, aurait eu un
eveque en 1562. Or, Eon remarque qu’il y avait a 1a. meme date un
autre patriarche, Elie VI, de la premiere serie, qui habitait a R.
Elormizd, alors que ‘Awdisoc Marun, qui residait a Seert, est le premier
(1) B.O., II, p. 409; al Lu’lu’, 2e eel., p. 312; Le CL, O.C., II, col. 1573-1576;
etc. — Sim‘un devint eveque vers 503. Cf. Jean d’Asie, Lives of the Eastern Saints,
P.O., t. XVII, p. 138 s. ; voir aussi DHGE, X 1 1 1/ 1 935, col. 1228, s.v. Beth Arsam , par
G. Lf.venq.
(2) Cf. liste de S.E. le Card. Tisserant ( DTC , art. Nestorienne , Eglise) mise en
tableau par Mgr Hindo, Primats cT Orient, cit. p. 123-125. — Une etude inedite du
chammas ‘Aziz Potros intitulee Histoire des dioceses chaldeens (ms. chez M. G. ‘Ayvwad,
cf. Researches, p. 47, n. 24) donne comme dates extremes 1504 et 1778.
(3) Gen. Rcl., p. 345-346. — Le P. Giamil ecrit tantot Alcusc, tantot Alkusc.
(4) Lettres de Mgr Emmanuel Ballyet du 27 decembre 1767, dans A Chronicle
of the Carmelites in Persia, cit. vol. II, p. 1262.
(5) Le texte porte «Askus» {Gen. Rel., p. 64).
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
391
de cette malheureuse serie des successeurs de Sulaqa qui retournerent
au schisme. Essaya-t-il, lors du sdjour qu'il fit a Mossoul cette annee-
la (1), d’organiser une hierarchie qui lui donnerait des chances vis-a-vis
de son rival de R. Hormizd, et plus de poids pour s’assurer falliance de
Rome? II faudrait savoir en detail a quelle alldgeance s’etaient rallies
les villages chalddens pour pouvoir rdpondre a la question. De toutes
fagons cette hierarchie semble avoir ete ephdmere. On remarquera qu’en
1610 (2), quand Elie VIII, patriarche de R. Hormizd, donne la liste
de ses dioceses et egalement des dioceses de son collegue, Simon X de
Qudsanes, nos trois dioceses ne figurent ni dans Tune ni dans l’autre liste.
II semble qu’a ce moment la division territoriale entre les deux rivaux
ait eu des limites a peu pres fixes. Elie declare avoir sous sa juridiction
le pays allant «d,Amed a l’Assyrie, la Babylonie et Basrah», et gouverner
jusqu'a Erbil, le Hakkari et la Perse. Quant a 5im‘un, sa diete va de la
Perse a Gulamerk, de Seert a Amed. Les dicasteres romains appellent
les filie «patriarches de Babylone» et les Simon «patriarches des Assy-
riens Orientaux» (3).
Faire la chronique de la vie d’Alqos serait aussi rapporter les in-
nombrables pillages dont le village fut la victime. Le souvenir de quel-
ques-uns, ceux des siecles recents, a 6t6 garde, surtout dans les com-
plaintes et les colophons de manuscrits. En 1508, le «Mongol Bar Yak,
roi de Babylone» f Bagdad), e’est-a-dire en fait Murad, his de Ya‘qub,
dernier souverain turcoman du Mouton Blanc, vint attaquer Mossoul.
La ville, defendue par Bastam ibn Dugar, lui ayant resiste, fenvahisseur
se tourna vers la campagne. De B. Handwaye ou il campe, il envoie 500
cavaliers contre Alqos, qui rdsiste dgalemcnt. Alors Pennemi revient en
force. Les gens du village se refugient au couvent de R. Hormizd, qui
est bientot pris d’assaut. Le couvcnt est pilld et les femmes ddpouilldes;
un gargon et deux jeunes filles sont emmends en captivitd. Il y avait alors
(1) Il mentionne Mossoul comme siege de son patriarcat.
(2) Gen. Rel. , p. 110-114.
(3) Card. Tisserant, art. Nestorienne ( Eglise ), cit., col. 231.
392
ASSYRIE CHRETIENNE
a Alqos vingt-quatre pretres «erudits», dont le plus jeune etait Gabriel,
fils du pretre Husaba, qui raconte la chose dans le colophon d’un War da
de Eeglise de Mar Iso‘yaw a Mossoul, ecrit a Alqos en 1509 (1).
En 1740, c’est Bahram Pacha Bahdinan de ‘Amadia qui ravage la
contree (2) ; trois ans plus tard, Alqos subit le meme sort que les villages
voisins, aux mains des soudards de Nadir Sah. Comme le dit le chammas
de Qaraqos: «Ils pillerent Alqos, mais la plupart des habitants s’etaient
enfuis et refugies dans la montagne, au couvent de R. Hormizd. Les
Persans les atteignirent, fondirent sur eux comme des loups sur les
agneaux, comme des faucons sur les passereaux; ils tuerent les uns,
emmenerent les autres en captivite et leur firent subir toutes sortes
d’outrages qu’on ne saurait exposer et raconter» (3).
Dans la premiere moitie du XIXe siecle, trois fleaux s’abattirent
successivement sur le village. Ce fut d’abord la famine, puis, en fevrier
1828, eut lieu la peste d’Alqos, dont le souvenir est perpetue par une
complainte du pretre Isra’il le Jeune (4). On compta 700 morts, dont
27 pretres et 17 chammas. En 1832, Muhammad Pacha de Rawanduz,
dir Mir Kor, le prince borgne, s’approcha du village. A Htara, le 9 mars,
il avait tue un homme et enleve plusieurs femmes, mais les augures d’Al¬
qos ne voulurent pas croire au danger et persuaderent aux habitants de
ne pas fuir. Le 15 mars, le village etait cerne. 367 personnes, d’apres la
complainte du pretre Damianos, de Rabban Hormizd (5), ou 272,
(1) Publie par Mgr A. Scher, J.A., XV/1910, p. 120-123.
(2) Pontifical des ordinations, de 1568, cod. 341 de la Bibliotheque Patriarcale
Chaldeenne (Cat. Mgr Bidawid). Ge livre fut trois fois vole et rachete. Cf. An Nagm,
X, p. 3-4. Le copiste est le fameux pretre ‘Ataya de Gazarta, originaire d’Alqos ( Nagm ,
X, p. 175, n. I).
(3) D’apres le colophon de 1756 du chammas de QaraqSs, publie en fran^ais
par Pognon sous le titre de Chronique Syriaque relative au siege de Mossoul par les Persans ,
en 1743 , in Florilege Melchior de Vogue , Paris, Impr. Nat., 1909, p. 488-503.
(4) Dans Complaintes Someth , ms. cahier I (1913), de Mar Yaqo, n° V, p. 40-
63.
(5) En chaldeen, vers 1855, dans cod. Berlin 121 (Cat. Sachau, I, p. 418) et
dans Complaintes someth , ms. cit., cahier II, n° VI, p. 79-88. Une traduction arabe de
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
393
d’apres un colophon ajoutd a un volume de la Bibliotheque Patriar-
cale (1 ), furent tuees. Sept pretres pdrirent, dont l’eveque Mar Hnaniso* 1 2 3 4,
vicaire du siege patriarcal, assassind dans h eglise pendant roffice, et le
P. Gabriel Dambo, superieur des moines, assassind dans la montagne.
Quelques jours plus tard les Kurdes revinrent et, en emprisonnant les
gens dans l’^glise, en les frappant et en les menagant, leur extorquerent
ce qui avait echappd au premier pillage (2).
En 1842 encore, IsmaTl Bek, prince de ‘Amadla, pilla le village et
profana son eglise. Le dernier malheur qui se soit abattu sur la bourgade
semble etre la famine de «fannde de la lire», c’est-a-dire 1879. D’apres
une complainte due au pretre Ishaq Gaddo d'Alqos (3), les douze
pretres que comptait le village a ce moment-la ne suflisaient pas a
donner l’extreme onction aux mourants.
Mais l’histoire d’Alqos n’est pas toute entiere en catastrophes. II
faudrait passer en revue les fils dminents de ce village, et ils sont ldgion,
qui ont servi avec lustre Y Eglise Orientale (4). Parmi eux, les copistes
ont certainement la premiere place, si bien que le P. Yoste n'hdsite pas
a appeler Alqos «l’Imprimerie Nationale de la nation chaldeenne». Les
calligraphes les plus connus appartiennent a la famille Homo, qui forme
ce poeme, par Jeremie Samir de Mossoul (1882) figure dans le cod. 122 de Berlin,
fol. 19 b. (Cat. Saciiau, I, p. 421). Le meme sujet a dtd ^galement traits en soureth
par le chammas Thomas Sin6ari de Tell Kaif (cod. Berlin 121, fol. 45 a-49 b; Cat.
Sachau, I, p. 419).
(1) «Prieres du matin et du soir», de 1813, cod. 3619 du Patriarcat, Cat. Mgr
Bidawid. — La permission de queter pour le couvent, octroyde aux Chalddcns de Rome
par le cardinal Odescalchi, le 9 janvier 1837 ( Archives de la Mission Dominicaine de
Mossoul ), mentionne « 1 70 personnes des families les plus distingudes».
(2) Une complainte moderne en soureth a encore dtd composde, au ddbut de
ce siecle, par le pr. Yusif ‘Abaya. Elle est conservde notamment dans un ms. du
chammas Mattlka Haddad d’Alqos, ecrit en 1958.
(3) Dans un recueil de sa main, datd de 1899, conservd dans la famille de ce
pretre a Karamlaiss.
(4) Le dernier en date serait l'actuel patriarche chaldden de Babylone, S.B.
Mgr Paul II Cheikho, glorieusement regnant.
394
ASSYRIE CHRETIENNE
une dynastie de pretres et de chammas (1) ou les talents du scribe se
transmettent de pere en fils pendant le XVIIIe et le XIXe siecle. Leurs
oeuvres out rendu fameux le nom de leur village dans le monde entier.
Leur digne successeur, le dernier dcs grands copistes d’Alqos, est encore
en vie; c’est le venerable diacre Paulos Oasa qui, avant finvention du
prosaique microfilm, a fourni a f erudition orientaliste tant de copies
inestimables.
En poesie, chaldeenne et soureth, on a pu parler de l’Ecole d’Al¬
qos (2). Le choryphee en est le pretre Isra’il 1’Aine. Ne en 1541, il
avait 70 ans quand il se convertit au catholicisme, en 1611 (3). Apres
lui vient son neveu, le pretre Guorguis (4), puis les pretres Joseph et
Yalda. Au milieu du XYIIe siecle, on peut leur adjoindre le pretre
Isra’il le Jeune, dont on a deja vu les oeuvres.
Ajoutons encore un etrange personnage (5), le chammas Thomas
Marqos Maqdassi, d’Alqos, ancien eleve de la Propagande a partir de
1801, puis procureur laic des Chaldeens a Rome; les pretres de Tell
Kaif, Tell Esqof et Alq5s en 1815, puis lc P. Gabriel Dambo, en 1823,
(1) Cette famille meriterait une etude speciale. On en trouvera des elements
dans les tables des catalogues du P. Voste, notamment celui de «N.-D. des Semences»>
A- V V
Angelicum, 1929, table p. 138, s.v. Homo. L’un d’eux, Elie, fils de Gum‘a, fils de Sa‘y a,
fils du pr. Homo, fils du pr. Hanna, fils du pr. Homo, fils du pr. Daniel, commen^a
a l’age de 13 ans. Ses «legendes et vies des saints», ecrites en 1869, sont actuellement
a la B.N. de Paris (cod. 309, cf. Notices , ROC , VI/1911, p. 271-323, par F. Nau).
(2) Baumstark, Syr. Lit., p. 334-335, 359.
(3) Qiiatre de ses complaintes sont gardees dans un «recueil de complaintes»,
ms. de Mar Yaqo, du au calame du ch. ‘Awdlsof fils cFElIsaf fils de ‘Awdlsof de Mar
Yaq6, en 1879, a la demande du P. Louis (Roulland), o.p. — Dans la 2e piece, une
exhortation morale de 63 strophes et 378 vers (p. 266-284), datee de 1611 (st. 63) il
dit qu’il vecut 70 ans dans le peche (st. 26). la strophe 51 il dit: «Telle est la croyance
de notre religion a nous, Orientaux, la religion que nous avons re^ue veritable de ces
premiers apotres, et de cette religion la grace est descendue. Les Nestoriens Font
changee, mais nous nous l’avons pas changee.»
(4) f 1700, cf. Qardahi, Thesaurus , p. 130-135, et Hist, de Mossoul, II, p. 159.
(5) Etudie par S.E. Mgr Stephane Bello dans An Nagm, X/1938, p. 294-
296 et 319-320.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
395
demanderent son sacre Episcopal pour Alqds, afm de contrebalancer
l’autoritd abusive du mdtropolite dc Mossoul, Jean Hormizd. En fait, la
guerre turco-persane empecha le chammas de rentrer en son pays pour
y etre ordonne pretre, en 1818, et il retourna a Rome ou il semble avoir
termine sa vie, toujours simple chammas, apres 1839.
Plus pres de nous il faut citer un des nombreux mcmbres illustres
de la famille Audo, Mgr Thomas Audo (1855-1915), archeveque d’Ur-
mi et auteur du grand Dictionnaire de la langue chaldeenne en deux volumes,
entierement en chaldeen (1).
Eg Uses d' Alqos
Les noms des deux eglises anciennes du village ont deja ete men-
tionnes. Leur histoire a etd retrace par M. Fabbd G. Hannlna; nous
n’avons qu’a le suivre.
L’eglise de Mar Gu5rguIs serait la plus ancienne. Elle se compo-
sait jadis de trois nefs et d’un baptistere. Une de ses restaurations, au
dire d’une inscription conserve dans le B. Gazza, date de 1681. La
construction actuelle remonte a 1906.
Mar Miha aurait 6t6 fondde a la fin du IVe siecle. Le batiment
ancien comptait trois nefs. Une inscription situee au-dessus de la porte
du maitre-autel attribuait sa «construction» au patriarche Yahwalaha,
soit probablement Yahwalaha V (1578-1581), de la deuxieme serie
catholique.
C’est dans cette dglise que se refugia le P. Gabriel Dambo avant
son assassinat (1832). Son corps y rcposa pendant douze ans, avant sa
translation au couvent de R. Hormizd.
Le batiment actuel date de 1876. Une inscription, a droite de la
porte de Pautel, marque la place des reliqucs du titulaire, contenues
dans une grande jarre scellee dans la ma^onnerie. De V autre cotd de la
porte, une seconde inscription signale la presence dans le pilier gauche
(1) Impr. des Dominicains, Mossoul 1897. — Vie de l’auteur, cf. Tfinkdji,
p. 49.
396
ASSYRIE CHRETIENNE
des reliques du prophete Nahum l’Alqochien, dont nous parlerons bien-
tot. Ges reliques guerisscnt les petits enfants de la toux.
Une troisieme eglise est dediee a la Ste Vierge. D’apres l’inscription
qui entoure la porte de l’autel, elle fut bade pour la premiere fois en
1806, demolie en 1854 et reconstruite. Cette reconstruction meme ne
dura pas, car la hauteur etait disproportionnee a la solidite des fon-
dations. On la remplaga, en 1930, par un batiment de dimensions plus
modestes.
Mar Qardag, le prince martyr, a aussi a Alq5s un sanctuaire,
construit en 1936. Depuis 1934 le saint etait apparu a plusieurs personnes
du village, leur demandant de batir une chapelle en son nom. Par son
intercession fut enrayee Tepidemie de rougeole qui enlevait les petits
enfants, et de nombreuses guerisons miraculeuses furent signalees, surtout
dans les premiers temps. On n’en cornpta pas moins de quatre dans le
seul mois de fevrier 1937. Le pelerinage solennel du saint a lieu le dernier
vendredi d’ete, mais le sanctuaire est tres frequente par les malades de
toutes sortes et enrichi de leurs ex-votos.
Plusieurs petites chapelles votives entourent le village: Mar Zaddiqa,
pres de bureaux de Padministration locale; Mar Sim‘un (S. Pierre) dans
le cimetiere des etrangers; Mar Yusif, dans le cimetiere des enfants, sur
une colline au nord-ouest du village; Mart Smuni, sur le versant nord,
dont le pelerinage est ici le premier mardi de mai; Mar Yohannan (S.
Jean-Baptiste), au sud du village; et enhn Mar Sahdona, pres de la
Grotte de 1’eau (Guppa d’maya).
Mais tous ces sanctuaires n’egalent pas en cdebrite le tombeau
du prophete Nahum, oil jadis les Juifs venaient en pelerinage, meme
de l’exterieur de l’lraq, cinquante jours apres leur Paque. Avant de
l’etudier, remarquons que, selon la tradition (1), le prophete n’est
pas seul dans son tombeau. II y est en compagnie de sa soeur Sarah, une
des nombreuses Sarah accolees aux saints qui, pour completer leur
legende, ont besoin d’une socur.
(1) Recueillie par exemple par Cuinet, Turquie d'Asie , II, 829.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
397
Deux problemes differents se posent a propos de Nahum. D’abord,
le village d’Alqos dont il est originaire (Nall. 1.1) est-il le notre? Ensuite,
Nahum est-il aussi enterrd ici (1)?
A la premiere question il est difficile de repondre. Les ex^getes se
partagent en quatre opinions. Les uns, a la suite de S. Jdrome (2), pla-
cent Elcesi en Galilee. C’est, dit S. Jdrome, «un petit village, fournissant
a peine quelques ruines d’ancicns edifices, mais quand meme connu des
Juifs; mon guide me l’a montrG» C’est l’actuel el Kozah, pres d’el
Rameh.
D’autres ex^getes penchent plutot pour Qessiyeh, au sud-est de
Bait Djibrin, egalement en Palestine (3). Un troisieme groupe: Hitzig,
Knobel, suivis par nombres d’exegetes protestants (4), traduisent
Capharnahum par Kafar Nahum, le village de Nahum, dont l’ancien
nom aurait 6 Alqos... (?)
Un quatrieme groupe enfin, Knabenbauer, Layard, Budge, et la
plupart des assyriologues modernes, ne voient pas d’objection a admettre
que l’Alqos de la Bible puisse etre le notre. Cette these a ete rdsumee
par M. G. ‘Awwad dans un article du Nagm (5).
De quand date Identification ? Le Dictionnaire de la Bible la fait
remonter au XVIe siecle. C’est peu dire, puisque le Rabbin Benjamin
de Tudele, qui visita Mossoul vers 1173, dit que «Dans la ville d’Assur
(Mossoul) se voient les synagogues d’Abdias, de Jonas fils d’Amittai et
de Nahum l’Elcosden» (6). On va voir a propos du tombeau que Ton
peut encore remonter plus haut.
Le grand argument des auteurs qui soutiennent Identification est
de dire: pourquoi aller chercher un probldmatique village de Palestine,
(1) Je reprends ici les donn^es d’un article public dans le Bulletin du Seminaire
Syro-Chaldeen S. Jean a Mossoul , en 1943 (p. 83-86).
(2) Commentaire in Naum Propheta, P.L., t. 25, col. 1232.
(3) Sur toutes ces opinions, cf. D.B. , s.v. Elcesi , col. 1647-1648.
(4) Voir par exemple Palestine portrayed de Gentle-Cackett, p. 14.
(5) 1933, p. 403-407.
(6) Voyages anciens et modernes , Paris 1869, t. II, p. 188.
398
ASSYRIE CHRETIENNE
voire du Negeb, alors que, pres de Ninive a qui toute la prophdtie est
consacree, se trouve un village qui repond aux conditions voulues: nom
identique et antiquite. La tradition qui veut que le village ait etd fonde
par Alqon peut, selon la remarque de Mgr Saycgh, n’etre qu’une legende;
on peut discuter si les deportes juifs qui vinrent dans cette region y vin-
rent au temps de tel ou tel roi assyrien; reconnaissons du moins que
ridentification est loin d’etre impossible.
Mais si Nahum a pu fort bien naitre ici, s’ensuit-il qu’il y soit
enterre? Ici aussi, Ton n’a que des traditions chretiennes et juives pour
le dire. Encore le texte de Benjamin de Tudele ne parle-t-il pas explici-
tement d’un tombeau, mais d’une synagogue au nom du prophete.
Cependant de courtes notices sur les prophetes et les Apotres, mises
habituellement en appendice aux exemplaires manuscrits du Livre des
Prophetes (1), sont categoriques sur ce point: Nahum l’Alqochien, de
la tribu de Simdon..., est mort et enterre dans son pays. Or ces notices
disent reproduire l'enseignement des maitres du Couvent Superieur, pres
de Mossoul, ce qui peut nous faire remonter jusqu’au Xe siecle. Au
XVIe siecle encore la chose etait admise. Ainsi quand le patriarche
Sulaqa vint a Rome, parla-t-il a Andre Masius de ce monument «tres
celebre tant chez les Juifs que chez les chretiens », et Masius en ecrivit
a l’amiral hollandais Auger Busbeck (2). Ici aussi on pourrait certaine-
ment remonter plus haut.
La construction actuelle est recente. Elle venait d’etre restaurde
quand Layard la visita (3).
Contient-elle encore les ossements du prophete? Cuinet dit (4)
qu’en 1883 les chretiens les auraient derobes pendant la nuit et les au-
rait remplaces par des os d’ane ou de mouton. Nous avons vu que les
(1) Par exemple un ms. de 1306, copie par Abu Nasr, bar Salman, bar Salem,
du village de Ba Busna. Ce volume a ete achete par M. le professeur de Boer en mars
1962 pour la bibliotheque de l’Universite de Leyden.
(2) Sa lettre dans B.O. , I, p. 525.
(3) Nineveh and its Remains, 1849, t. I, p. 233.
(4) Turquie d’Asie, IT, p. 829.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NININE
399
vraies reliques, avec ou sans celles de Sarah, sont actuellement dans
l’eglise de Mar Mlha.
En rdalite, le vol des ossements est un fait beaucoup plus ancien.
D’apres la tradition d’Alqds, les chrdtiens auraient essayd d’obtenir par
proces la propriete du sanctuaire de Nahum. Ce serait lorsqu’ils auraient
vu l’inutilitd de leur tentative qu’ils auraient ddrobd les ossements. Les
Juifs a leur tour voulurent intenter un proces aux chrdtiens pour recou-
vrer leur bien, mais un de leurs sages leur aurait dit: A supposer que
nous gagnions ce proces, comment saurions-nous si les os que nous ren-
draient les chrdtiens seraient bien ceux du prophete? Si nous mettons
neuf oeufs dans notre four, et qu’un chrdtien vienne en mettre un dixieme,
nous ne pouvons pas les distinguer, et les dix deviennent impurs pour
nous.»
M. l’abbe Yusif ‘Abaya d’Alqos se souvient que, dans sa jeunesse,
il y a quelque soixante ans, il accompagna, avec quelques pretres d’Al¬
qos, un notable juif du nom de Ya‘qub Sema‘, de la famille preposee
a la garde du tombeau, dans une visite qu'il fit a l’dglise de Mar Mlha.
La niche contenant les ossements de Nahum portait alors, par prudence,
la seule inscription: Ici sont les reliques du prophete. Le notable juif
aurait dit: Pourquoi n’dcrivez-vous pas la vdritd? Nous savons bien que
vous avez les ossements du prophete Nahum. Si vous dcrivez son nom,
cela nous honorera aussi. — Ce qui fut fait. Actuellement on peut lire
sur la niche qui est a gauche de la porte de l’autel de l’dglise de Mar
Mlha: «Ici sont les reliques du prophete Nahum. »
Depuis quand les reliques sont-elles dans cette dglise? Assurdment
depuis la restauration de 1876. Certains prdtendent memc qu’en ce
temps-la on trouva, dcrit dans le platre au-dessus des reliques, la men¬
tion: «Du temps de Mar Aba, catholicos.» Si nous nous contentions du
deuxieme et dernier patriarche de ce nom, nous dcvrions ddja remonter
au VIIIe siecle! Ce serait peut-etre un peu loin, et Ton comprendrait
mal pourquoi les chretiens auraient cache leur larcin jusqu’a la fin du
XIXe siecle. La seule chose certaine c’est que, de temps immemorial,
400
ASSYRIE CHRETIENNE
il y avait a Alqos des families juives; l’histoire du proces le prouve. Quant
a la tradition concernant la tombe du prophete Nahum, il semble qu’on
puisse la faire remonter au Xe siecle. Il est difficile de dire si elle prit
naissance d’une fantaisie cxegetique d’un professeur du Couvent Supe-
rieur ou si elle a un fundamentum in re.
6. — Karamlaiss
Histoire generate
La serie des villages precedents nous a amenes jusqu’au pied de la
montagne du Ba Nuhadra, au nord de Mossoul. Nous devons mainte-
nant nous transporter a 25 kilometres a vol d’oiseau a l’est/sud-est de
la ville. La se trouve un village au nom mysterieux, de 2.100 habitants,
ou les Nestoriens purent se maintenir au milieu d’un district entierement
jacobite, ou meme des musulmans et des Armeniens habiterent et ou,
jusqu’a nos jours, une minorite jacobite (35 families) cohabite pacifi-
quement avec une majorite chaldeenne.
Le nom du village est ecrit en chaldeen, tant litteraire que vulgaire,
Karamles, et abrege en Karms (1), voire Garms (2). Plusieurs se sont
essayes a expliquer le nom, du moins sous sa forme arabe Karamlaiss.
Yaqut (3) y voit les deux mots arameens Karam let , ce qui voudrait dire:
«sans vigne». Ceci etait-il vrai au XIIIe siecle? On ne peut le savoir. En
tout cas, a l’heure actuelle, le raisin de Karamlaiss est abondant et celebre.
Jones, au contraire (4), y voit «la vigne de Lis», ou «sans honneur» ( ?). En
fait le nom de Kar-mes est assyrien, il signihe le village detruit ou les depots et
apparait deja dans les tablettes de Balawat (5). Deux tells archeologiques
voisinent le village; dans le plus grand (6) Layard, en 1840 (7), puis Place,
(1) V.g. le pretre Mhanna Karmsaya, dans le cod. 5 de Tell Kaif.
(2) Cod. 8 Mardin, Cat. A. Scher.
(3) Mu gam, t. IV, p. 267.
(4) JRAS, XV/ 1855, p. 374 b.
(5) Iraq, XXV (1963), p. 91-92 et index, p. 103.
(6) 190 m. de long sur 96 de large, mais seulement 7 ou 8 de haut; cf. Place,
JVinive et VAssyrie, t. II, p. 169.
(7) Nineveh and its Remains, 2e ed., 1849, vol. I, p. 52.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
401
decouvrirent une plateforme de briques assyriennes. Le plus petit, haut
de 20 metres et assez abrupt, a livre des briques d’un autre modele et
des murs en pierres equarries, que V. Place attribua aux Sassanides.
Je ne reviens pas sur l’identification proposde de Gaugameles avec
notre village, fixant pres de celui-ci le champ de la bataille dite d’Ar-
belles. Une meilleure dtude des textes, et surtout la localisation du pont
sur le Zab emprunte par les belligerants apres le combat, reporte le lieu
de la victoire d’ Alexandre beaucoup plus vers le nord (1).
Le village fut certainement christianise de bonne heure. En 562 ses
habitants aiderent a la construction du couvent de Bar ‘Lta (2), dans la
vie duquel il est appele «Karamlaiss le Grand». Fut-ce en echange de
cette aide, la legende ne le dit pas, mais le fondateur pr^dira plus tard
que le village gardera la foi nestorienne orthodoxe (3). Ceci est un peu
etonnant et meritait une prophdtie car, avant la conquete arabe, tous
les villages des alentours auront opte pour le monophysisme.
On ne doit done pas preter crdance a une tradition repandue dans
les milieux syriens, scion laquelle le village aurait ete entierement syrien
et ne serait devenu chaldeen qu’il y a «une centaine d'annees», les chal-
ddens etant «tous» (!) d’origine de ‘Ainkawa et de Koi Sangaq. II est
exact que le village a accueilli des refugies chalddens d’autres lieux, mais
il etait a l’origine, et est reste jusqu'a nos jours, chaldden.
Quant aux Syriens, une tradition opposde les fait venir «tous» de
Qaraqbs et de Bartelh. C’est possible, mais cela ne date pas d’hier, on
le verra bientot en parlant de la communautd jacobite de Karamlaiss.
Parmi les textes historiques, plus surs que les traditions, mais si
(1) Une tradition locale fait suivre la bataille par Darius (d’autres disent Alexan¬
dre) du haut du Tell al Ganem, qui se trouve presque a l’entr£e du village, a cot£ de
la route moderne qui le relie a la grand-route Mossoul-Erbil. M. I’abb6 Paulos Tammo
se souvient d’avoir, lorsqu'il 6tait enfant, entendu Hcrzfeld lui-meme s’enquerir de ce
tell et cr^er ainsi une tradition.
(2) Histories of... Bar Idta, II, I, p. 198, et Mgr Sayegh, An Nagm, YII/1935,
p. 4-10.
(3) Ibid., p. 240.
Rech. 23 — 26
402
ASSYRIE CIIRETIENNE
desesperement laconiques, ou la localite figure, ceux des auteurs arabes
Yaqut et al Mustawfi (1) en parlent comme d’un village «qui est
presque une ville», cdlebre par son grand souq, tres frdquent^ par les
marchands, au revenu annuel de 11.200 dinars. Ibn ‘Abd ul Haq
(|1338), auteur des Marasid , qui se contente habituellement de resumer
Yaqut, ajoute ici que ses habitants sont «tous chretiens» (2).
Karamlaiss eut evidemment sa part des malheurs communs a tous
les villages. En 1235, d’apres Bar Hebraeus (3), les Mongols venant
d’Erbil a Ninive camperent sur le canal de Karamlaiss, qui amene l’eau
de Targilla situee a 6 kilometres a Test/nord-est et qui est traverse par
la route moderne Mossoul-Erbil. Les habitants s’enfuirent a l’eglise que
les Mongols encerclerent. Deux nobles se placerent aux deux portes de
Teglise. L’un d’eux epargnait et laissait la liberte a ceux qui sortaient
par sa porte, l’autre passait au hi de Tepee les homines, femmes et enfants
qui passaient par la sienne.
Une version poetique de ce meme massacre (4) est attribute a
Warda (5), ce qui n’est pas impossible du point de vue chronologique.
Les faits sont les memes; Thistoire des portes n’y est pas aussi nette que
dans Bar Hebraeus et Ton pourrait croire qu’il s’agit, non des portes de
Teglise, mais de celles du village, car il y est question de porte de Test
et de porte du sud, ce qui ne s’explique guere pour une eglise, a moins
qu’il ne s’agisse, non de Tdglise meme, mais de sa cour extdrieure. De
toutes fagons, il n’y a pas de traces de murs autour du village, ni visibles
au sol, ni decelables par avion.
(1) Cit£s dans Le Strange, The Lands of the Eastern Caliphate , p. 90.
(2) III, 1161; cite dans G. ‘Awwad.
(3) Chronography, t. I, p. 402.
(4) Researches (p. 92-94) presentent les faits comme s’ils s’etaient produits deux
fois, en 1235 et 1236. En realite, il fallait retrancher 312, et non pas 311, a la date
grecque du texte chaldeen que nous allons citer, pour obtenir egalement 1235.
(5) Incipit: En Tan 1547..., in Hilgenfeld, Ausgewahlte , cit. p. 49-59, ici
strophe 15, et copie du pr. Ishaq Gaddo d’Alqos, datee de 1899, foi. 137-141, chez
ses parents a Karamlaiss. L’incipit est egalement cite dans Dahirat al Adhan, t. II, p. 5-6.
LES VILLAGES CIIALDEENS DE NINIVE
403
Du poeme chaldeen s’est inspirde une complainte cn soureth, com-
posee en 1930 par le prctre moine Thomas Hanna, de Karamlaiss, dont
on trouve des copies chez plusieurs habitants du village.
Au debut du XVIIIe siecle, le village avait retrouvd sa prospdritd,
et Yasln al ‘Omari vante a nouveau son souq riche en cdrdales (1).
Quelques anndes plus tard, en 1743, les troupes de Nadir Sah le ruine-
ront une fois de plus. On sait par le chammas de Qaraqos (2) que «les
Persans s’emparerent du pays tout entier jusqu’aux montagnes, et firent
du butin et des captifs dans les villages des chrdtiens et des musulmans.
Ils commencerent par les habitants de Karamlaiss; ils les pillerent et
prirent les gargons, les filles et les animaux domestiques.»
Plus tard, la tradition de Karamlaiss veut que le village ait ete
presque entierement abandonne par les chrdtiens «fanndc de la peste»,
et bientot occupy par les musulmans. Apres quoi (certains disent: peut-
etre vingt ans plus tard), les chrdtiens commencerent a revenir. Encore
ne rentrerent-ils pas tous, ce qui explique que Ton trouve des families
originaires de Karamlaiss dans les villages chalddens des environs. Ce
serait a ce moment-la que les Syriens de Bartelli et de Qaraqds auraient
commence a venir a Karamlaiss (?). Quant aux musulmans qui dtaient
venus s’y installer, ils durent le quitter au retour des propridtaires
antdrieurs.
Quelle est cette «annde de la peste»? On n'a hdlas que le choix
parmi la longue sdrie des calamitds qui frapperent sans repit ce pauvre
pays. Pour les villages chrdtiens, les pestes les plus cdlebres sont celle de
Piyoz, de Mossoul et de ‘Aqra (3) en 1737/8, et celle qui fit 4.000 vic-
times a Qaraqos (ce qui dquivaudrait a la moitid du village actuel) en
1773 (4).
(1) Muniat al Udaba\ p. 161.
(2) Colophon de 1756, traduction frangaise de Pognon, cit. p. 488-503.
(3) Recueil de chants , dits de Daoud Kdra, Mossoul 1896, p. 342.
(4) Plaque commemorative a l’eglise de Mar Guorguls a Qaraqos; cf. Mgr
Abdal, p. 232. Je suis retournd voir cette inscription pour m’assurer si elle ne men-
tionnait pas d’autres villages en meme temps que Qaraqos. H<9as!
404
ASSYRIE CHRETIENNE
Les renseignements recueillis par le Ires serieux et tres digne de
conliance chammas Matti Anisa, qui connait parfaitement l’histoire de
son village natal, montrent que la grande peste de Karamlaiss eut lieu
vers 1830. En fait, une lettre de Mgr Coupperie (1) permet de la situer
exacternent en 1828. A cette date, dit Teveque, «la famine, la guerre
civile et la peste surtout ont aneanti au moins la moitie de la population
chretienne de Mossoul et dans le Kurdistan». Pour ce qui est de Karam¬
laiss, 1’absence de tout manuscrit date des vingt annees suivant 1828
confirme la tradition de l’abandon total du village pendant cette periode.
Voyageurs
La situation de Karamlaiss sur la route appelee «ad Darb as Sul-
tani», le chemin du sultan (2), vaudra au village de nombreux visiteurs;
quelques-uns de ceux du XVXIIe et du XIXe siecle ont consigne par
ecrit leurs remarques sur le village et sur la route.
En effet, la plupart des voyageurs venant d’Erbil passaient le Grand
Zab a Zawa, puis le Hazir a Zahra Hatun, d’ou ils se dirigeaient vers
Karamlaiss (3). Les habitants modernes de Qaraqos parlent encore
d’un « Sopet sultana » qui passait a Test du couvent de Mqurtaya, a la
limite des terres de Qaraqos et de Bartelli, puis partait vers Mossoul en
passant par Basblta. On le retrouve apres Mossoul en direction de Tell
A‘far, par Dola£yia et Gonesiya, un peu a 1’ouest de la route moderne.
Un des premiers voyageurs modernes a donner une description de
Karamlaiss est Edward Ive’s de Tichfield, qui y arriva le 2 juillet 1 758(4) ;
(1) Datee du 29 aout 1828, citee dans les Missions Dominicaines, 1927, p. 36 s.
(2) Cf. la carte de Rich publi^e par Badger en 1852 ( Nestorians , II). Badger
lui-meme passa de Kelek a Zahra, puis Karamlaiss (carte, fin Nest., I). Binder, en
1887 ( An Kurdistan , en Mesopotamie et en Perse , carte p. 274) fait passer la route d’Erbil
par Karamlaiss. — Cf. remarque de Cuinet ( Turquie d'Asie , 11/1890, p. 795): «Sur
tout le parcours de cette route, appelee Derb Sultani, il n’y a de villages qu’a une
ou deux heures de distance, sur les cotes, il n’y en a pas sur la route. » Ceci s’applique
a la partie situee entre les deux Zab.
(3) R£f. in Researches , p. 94 n.
(4) A Voyage from England to India , in the Tear M DCCLIV, also a Journey from
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
405
les habitants lui parlerent surtout de la grave disette de l’annde pr dcd-
dente. Des pillages des soudards persans, quinze ans plus tot, l’auteur
n’a retenu que leur visite a l’dglise de Ste-Barbe, ou ils ddfoncerent
quelques murs a la recherche de trdsors cachds. Les renseignements don¬
nas par Ive's, a commencer par le nom du village, manquent de precision.
II semble surtout intdressd par Ste-Barbe, son histoire et son temple. Ce
qu’il ne dit pas, c’est qu’il acheta a cette dglise un lectionnaire, aujour-
cl’hui au British Museum (1).
Le P. Lanza (2), o.p., de Mossoul, vint a Karamlaiss en 1765, en
compagnie de membres de la famille de ‘Obaid Aga, branche des Gallli,
proprietaires du village. Les catholiques y avaient ddja restaurd l’dglise
de Ste Barbe, et le P. Lanza y dit la messe. On sait que Ste-Barbe de
Karamlaiss est la premiere dglise catholique d’lraq; en fait, des 1758,
Ive’s disait ddja, peut-etre avec un peu d’avance sur les faits, que les
pretres dtaient nommds par le patriarche chaldden.
Claudius James Rich vint dgalement a Karamlaiss en 1820 (3),
accompagnd du Sayid Muhammad, fils d’ Ahmad al Husaini (4). Ce
dernier publia aussi un rdcit de voyage en persan, ou il confond toujours
«Dair» et dglise, et de plus ddforme les noms. Ici il voit un couvent dit
«Dair Mar Raxin», probablement pour fdglise de Mar Guorguls.
Badger, en 1850, compte dans le village deux dglises, un pretre et
25 families nestoriennes (5). Le reste dtait devenu catholique. De cette
meme annde date une note manuscrite, rare en son genre. Alors qu’en
Persia to England by an Unusual Route , by Edward Ive’s Esq., London, Edward and Char¬
les Dilly, 1773, p. 318-320.
(1) Cod. CCXLVIII (Egerton 681) du Cat. Wright, 1870, p. 190, ou le nom
du village est dgalement a corriger.
(2) Memoires du P. Domenico Lanza , traduction de l’italien en arabe, par Mgr
Bidawid (2e £d., Mossoul 1953), p. 25-26.
(3) Narrative , 1836, t. II, p. 24.
(4) Itinerary of Al Munshi al Baghdady , 1822, traduit du persan en arabe par
M. ‘Abbas al ‘Azzawi, Ralila ..., Bagdad 1948, p. 78-79.
(5) Nestorians, II, p. 174.
406
ASSYRIE CHRETIENNE
general les copistes ont toujours a mentionner une annee de vie chere,
un inconnu souligne ici, avec un certain etonnement, les prix derisoires
auxquels sont descendus le ble, Forge, le beurre et la laine enl266 H. (1).
Histoire chretienne
Avant de parler des eglises il faut encore citer quelques details de
Fhistoire chretienne du village.
Un patriarche nestorien, Benha II, qui regna de 1332 a apres 1364,
transfera le siege patriarcal cFErbil a Karamlaiss, en attendant que son
successeur le transfere encore a Mossoul (2).
Le village fut-il, a une certaine epoque, siege episcopal? La tradi¬
tion, deja attestee par Ive’s au XVIIIe siecle, Faffirme. II semble que
Fon ait ici une reference a la hierarchie fantome creee par ‘Awdiso‘ IV
Martin en 1562, dont on a parle plus haut, et oil Feveque de Karamlaiss
apparait avec celui cFAlqos comme suffragant du metropolite de Tell
Kaif (3).
Un manuscrit conserve a Karamlaiss et signale par le P. Voste (4)
merite une mention speciale. C’est un evangeliaire date de 1295 et ecrit
par Feveque ‘AwdIso‘, a la demande du «pretre ‘Abdallah et des chefs
de la noble assemblee du beau village de Karamlaiss». En appendice le
(1) En arabe, en appendice a un Sapirut Duhare de 1679, ms. de Karamlaiss.
(2) Card. Tisserant, Nestorienne ( Eglise ), cit., et B.O., III, II, p. 629.
(3) Gen. Rel. , p. 64; c’est le fameux siege de «Chramleis» du DHGE , XII/1953,
col. 769. M. G. ‘Awwad ( Researches , p. 93) dans sa traduction libre de la notice
d’AssEMANi ( B.O. , III, II, p. 734) sur «Carmelisa, urbs in finibus Assyriae et Mediae»,
parlant de l’eveche fantome, «au temoignage de Abdjesu», rend la phrase par: «plus
tard, Karamlaiss devint eveche, et parmi ses eveques (on trouve) ‘AwdIso‘.»
(4) Le Museon , 1929, p. 168-176. L’auteur vit le ms. au village en 1926. —
Les scribes de Karamlaiss sont moins fameux que ceux d’Alqos. On pourrait citer
Hormizd, fils de ‘Abdallah, originaire de Karamlaiss, qui ecrivit en 1567 a Nahrawan
une Histoire de Mar Awgin (cod. 59 de Seert, Cat. A. Scher — Nahrawan est situee
en B. Zabda'i, a mi-route entre Zah5 et Geziret ibn ‘Omar). On trouve encore au
XIXe siecle, a R. Hormizd et a N.-D. des Moissons, des scribes moines originaires
de Karamlaiss (v.g. cod. CCLXIX et CG du Cat. Voste).
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
407
scribe ajoute un memra en l’honneur ciu patriarche Yahwalaha III,
egalement editd et traduit par le P. Vostd. LYveque ‘AwdIso‘ semble
bien etre ‘AwdIso‘ fils de Mas‘ud, du village de «Garms»que nous avons
rencontre sur le siege de Marga, Telia et Bar Bella en 1296.
L’evangeliaire de 1295 est le volume le plus ancien d une collection
de 62 manuscrits chaldeens (sans compter les livres utilises dans les
eglises) qui forment la bibliotheque de Karamlaiss, gardee a feglise de
la Ste-Vierge.
Deux autres manuscrits de cette bibliotheque meritent mention;
les deux proviennent de la region du B. Rustaqa et Sapat, c’est-a-dire
du district du B. Samesdin en Kurdistan central. Le premier est un
evangeliaire datd de 1742 et dcrit au village de B. Daiwe, par le pretre
Safar fils dTso‘. Le deuxieme volume, dat 6 de 1744, est un Warda in-
complet, egalement ecrit a Rustaqa. C’est dans ce livre que se trouve
la rarissime ‘ onita sur R. Hormizd attribute a Iso‘yaw bar Mqaddam,
qui contient le fameux passage oil Yohannan et Iso‘sawran fondent un
couvent, plus tard pris par Saih ‘Adi. Nous etudierons ce point dpineux
en son temps.
Le livre le plus important de la bibliotheque de Karamlaiss est une
copie du Paradis d'Eden de ‘Awdiso‘ de Nisibe. Le livre a 6t 6 dcrit a
Alqos en 1670 par le pretre Hadbsabba, fils du pretre Isra’Il, fils du
pretre Hormizd, fils du pretre Isra’Il, pour un certain Hwaga Iso‘, fils
dTbrahim, qui est peut-etre fancetre de la famille Ganlma. Bien que
ce Hwaga, qui habite alors Bagdad, soit dit originaire de Mossoul, on
soupQonne que son origine rdelle est Karamlaiss, tant les details propres
au village abondent dans la derniere partie du livre.
Celle-ci est consacrde a un Dio Pathin (1), c’est-a-dire aux Dip-
tyques, ou «livre des vivants et des morts», dont la liturgie chalddenne
actuelle n’a plus garde qu’un organe tdmoin. La liste qui figure ici va
(1) Le Dio Pathin occupe les fol. 141 a 144 du ms. — Ce livre fut achet6 plus
tard par Hoso, fils du ch. Mhanna, pour son fils le pr. Nlsan et pour ses enfants. Les
memes noms reviennent souvent dans les manuscrits de Karamlaiss.
408
ASSYRIE CHRETIENNE
d’Adam au XI Ve siecle; elle fournit quantite de details interessants sur
les hommes celebres et les sanctuaires de Karamlaiss. Mais surtout elle
contient deux listes d’eveques «de notre terre» ou il est facile de recon-
naitre des metropolites d’Assyrie puis des £veques de Ninive. Nous en
avons tire le plus grand profit en son temps. II est toujours citd sous le
nom de Diptyques de Karamlaiss.
Un petit fait divers edihant terminera la mosaique de l’histoire de
Karamlaiss chaldden. Au temps du patriarche Iso‘yaw V (1149-1175),
raconte ‘Amr (1), les Karamlaissiens etaient tombes dans la tiedeur et
ne respectaient plus le dimanche. Le Christ apparut done a un paysan
du village et lui enjoignit d’aller de sa part rappeler leur devoir a ses
concitoyens, leur donnant pour signe de l’authenticite de sa mission le
fait qu’il porterait a travers tout le village des charbons ardents dans sa
main nue. Ceci fut fait, et le messager eut meme la coquetterie de mettre
de l’encens sur les braises... ce qui evidemment convertit les villageois (2).
Recemment, un epilogue a ete ajoute a cette histoire: en fevrier
1956, un tract roneotype, publie par le clerge chaldeen de Mossoul dans
la serie «sermons du dimanche », avait reproduit V histoire ci-dessus pour
inciter les gens a observer le dimanche. Tout le monde lut le recit avec
interet, mais personne ne remarqua la reference au Livre de la Tour. Le
lendemain tout Mossoul parlait du miracle «qui venait de se produire
a Karamlaiss».
Emirs chretiens
On trouve a Karamlaiss des «dmirs» chretiens (3), dont on peut
penser qu’ils etaient eux-memes nestoriens puisqu’ils figurent dans les
Diptyques (4). Selon ce document les emirs Matta et Mas‘ud Bek
(1) Ed. ar. p. 107-109.
(2) On retrouvera le heros de cette histoire moine a Mar Eliya.
(3) Ce qui provoque l’etonnement de Cuinet (I, p. 830-831). Cette promotion
sociale des chefs de Karamlaiss semble correspondre a l’accroissement du village apres
la prise d’Erbil, et surtout au transfert du siege patriarcal.
(4) Mss. de Karamlaiss, Paradis d’Eden, d’EBEDjESUS de Nisibe.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
409
perirent de mort violente; un autre emir Matta, les emirs Hassan et
Nagm al Din moururent de leur belle mort. Tous dtaient enterres a
Karamlaiss; malheureusement leurs tombes sont perdues. Avec eux on
cite Naser ibn Ahrun, chef secretaire, bienfaiteur de fdglise. Tous ces
personnages se situent au XIVe siecle.
Ils sont dgalement cites, en connexion avec f histoire jacobite, dans
V Histoire Ecclesiastique de Bar Hebraeus. Ainsi, en 1317, femir Mas‘ud
fils de ‘Amr (1), maitre de Karamlaiss et «homme de bonne m£moire»,
honore le maphrien Gregoire Matta de Bartelli (2). En 1358, le patri-
arche jacobite Maged Ismael rend visite a la petite ville. Par mi les
notables qui le re^oivent on signale femur Naser ad Din, l'emir Matta,
et le notable Sultan Sah.
Quand plus tard des disputes se produisirent, c’est aupres de l’emir
Hassan, frere de femir Matta, que le patriarche sera accuse (3).
Deux ans apres, le clergd et le peuple de Karamlaiss, ainsi que le
patriarche nestorien Denha II, soutiennent la cause du maphrien intrus
Dioscore bar Qinaya, dveque de Damas, nommd par les moines de Mar
Matta (4). Cependant le pretre Jean, his de Denha, recteur de feglise
jacobite de Karamlaiss, refuse de le rencontrer tant qu’il ne sera pas
consacre par le patriarche. Et meme quand, cedant aux instances des
partisans de l’intrus, le patriarche Basile sacrera Dioscore en 1361, le
pretre Jean ne sera encore pas satisfait et le fera chasser de Bartelli, ou
il dtait venu habiter, par femir Hassan (5). En 1365 le maphrien legi¬
time, Athanase II Ibrahim pourra etre saerd. II viendra «puriher» les
(1) M. G. ‘Awwad le retrouve dans al Qal^asandI, Sabah al A‘sa , t. VII,
p. 285.
(2) Chr. Eccl., II, col. 500; ibid., B.O., II, p. 460. C’est probablement a lui que
fait allusion le P. Goormaghtigh, Anal. S.O.P., 1895, p. 275.
(8) Hist. Eccl., II, col. 508.
(4) B.O., II, p. 461.
(5) Hist. Eccl., II, col. 516. Le pseudo -maphrien sera bientot assassin^ a Bagdad,
son corps sera brule et jete dans le Tigre (Assemani dit: l’Euphrate!). Voir aussi
Dissertatio , p. 168, n° 43 et p. 169, n° 44; Armalet, n° 73.
410
ASSYRIE CHRETIENNE
licux souilles par les offices sacrileges de l’intrus, notamment le village
de Karamlaiss, d’ou l’emir Ba Yazld sordra a sa rencontre avec les
pretres et les diacres des Nestoriens et des Armeniens (1).
En 1369, c’est a Karamlaiss, et non pas a Mar Matta toujours plus
ou moins rebelie, que le maphrien consacrera le saint chreme. D’ailleurs
une nouvelle periode de troubles avait commence. C’est cette annee
meme que les Mongols de Mardan Sah pillerent Mar Matta, et proba-
blement aussi les villages environnants.
Une autre fois, le maphrien ne peut loger a Karamlaiss a cause des
troubles qu’y provoquait l’emir cle Singar, Plr Mama (2). Athanase alia
done a Erbil, oil l’eglise des Jacobites fut detruite pendant son maphria-
nat, en 1375. On a vu ailleurs comment la disintegration de Fempire
des Mongols fut fatale aux emirs chretiens qu’ils avaient entraines dans
leur sillage, et aux villages chretiens qui avaient, un peu trop ouverte-
ment, prohte de la conjoncture.
Revenons un instant aux Armeniens, que nous avons remarques
au passage en 1365. D’ou venaient-ils ? J’aurais tendance a y voir des
emigres d’Erbil, qui s’enfuirent de la ville apres la destruction de leur
eglise en 1310. II est probable que, liant leur sort a celui de leurs
compatriotes nestoriens, ils etaient venus a Karamlaiss quand Denha II
y transfera le siege patriarcal, done vers 1332. C’est probablement a
ces Armeniens qu’il faut attribuer la pierre sculptee a inscription arme-
nienne qui se trouve dans le martyrion de Mar Behnam, au couvent de
celui-ci, situe a 17 kilometres au sud de Karamlaiss. On ignore absolu-
ment ce qu’il advint de cette petite communaute apres 1364. II n’y a
plus d’ Armeniens actuellement a Karamlaiss.
Eglises
Parmi les eglises de Karamlaiss, citons d’abord Feglise jacobite,
aujourd’hui disparue, des Quarante Martyrs. C’est la que, avec la
(1) Hist. Eccl., II, col. 526.
(2) Hist. Eccl., II, col. 530.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NIN1VE
411
permission de Sultan Sah, le maphrien Athanase consacra le St-Chreme
en 1369 (1). Un manuscrit sans date, conserve a Pdglise de Tahira de
Qaraqos, provient de cette eglise (2) ; c’est un livre des offices de Careme,
demande par un pretre ‘Awdlsoh Le site de l’eglise des Quarante Martyrs
est en partie marque par un petit tell, alors que P autre partie a ete bou-
leversee pour Pincorporer a un jardin, tout pres du village, au sud-est.
Un colophon de 1911 (3) donne la liste complete des «dglises» de
Karamlaiss. En plus de P eglise jacobite ddja citde, il enumere les dglises
chaldeennes de la Ste-Vierge, du martyr Georges, de Mar Yohannan,
de Mar Yonan Panachorete, et de Ste-Barbe.
Quel est ce Mar Yonan a qui une eglise aurait dte dediee, et dont
meme le tombeau a disparu? C’est probablement le disciple de Bar ‘£ta,
originaire de Karamlaiss, qui ne put un jour traverser le Hazir pour
retourner a son couvent parce qu’un lion lui barrait le passage. On sait
comment la priere de son maitre le delivra (4). La date de Panachorete
est le milieu du VIe siecle. Son tombeau se trouvait la oil est actuelle-
ment l’ecole. II avait ete pendant un temps inclus dans le cimetiere
musulman sous le nom de «Daws ‘Ali», Pempreinte de ‘All.
Un cimetiere chrdtien, anterieur a la peste, y etait jadis attenant.
On y a retrouvd rdcemment une pierre tombale, lue par le chammas
Matti, qui est justement celle de ‘Abdul Masih, fils de Hanna, mort le
25 aout 1726, en souvenir de qui son pere Hanna, fils de ‘Abdallah, et
sa mere Han£, fille de Maqsud, ainsi que leurs parents Kanun, ‘Issa,
6um‘a, et son beau-frere Hormizd, ofifrirent a Peglise de la Ste-Yierge
un magnifique Hudra complet, encore en usage, termini en 1727 par
le pretre Yusif, fils du pretre Gudrguls, d’Alqos. Ce Hudra a sa place
en hdortologie chaldeenne.
(1) Aux sources citees plus haut il faut ajouter la courte notice sur cette Eglise,
par Mgr Paulos Behnam, dans Lisdn , cit. 1/1949, p. 37, n° 23.
(2) Cod. n° 1 1 de la liste de Mgr Abdal ( al Lu‘lu\ cit. p. 224) qui donne £ga-
lement en note quelques faits de l’histoire des Syriens de Karamlaiss.
(3) Cod. 524 du Patr. Chald., Cat. Mgr Bidawid.
(4) Histories of... R. Bar Idta , II, I, p. 284.
412
ASSYRIE CHRETIENNE
L'eglise de Ste-Barbara (Barbe), accolee au second tell, hors du
village, represente a la fois, d’apres la tradition locale, la prison et le
tombeau de la martyre, alors que la forteresse et le palais du roi, dont
son pere etait premier ministre, couronnait le monticule.
On ne sait quand cette eglise fut fondee. Elle avait ete depuis long-
temps abandonnee par les Nestoriens quand elle fut rebatie par les
catholiques, en 1764. Elle fut decoree en 1797 d'un linteau sculpte, sur-
montant la porte du martyrion, a gauche de l’autel. La pierre tombale
de Ste Yollne (Juliana), «epouse du Verbe», «soeur de Ste Barbe», et
martvrisde avec elle, fut egalement restauree a cette epoque. Au-dessus
de la grande porte de Tau tel se trouve une longue inscription liturgique,
souvenir d'une restauration recente. L' image grossiere de la patronne
du lieu, avec une croix sur son sein, signalee par Ive’s en 1758, a main-
tenant disparu. Le pelerinage de Ste Barbe a lieu ici le 4 decembre (1).
L’eglise de Mar Guorguis, actuellement abandonnee, represente
Lemplacement d'un couvent d’un disciple de Bar ‘Eta. Quand j’ai parle
de c.e dernier, en etudiant Marga, j’ai releve l’erreur de certains dans la
lecture du texte de ‘Arnr (2) ou il est dit: «Au temps d’Isocyaw I (581-595)
(1) References dans Peeters, Bibl. Hag. Or ., p. 33 et Vies des Saints des Benedic-
tins de Paris, t. XII/1956, p. 119-126. Ste Barbe est certainement une des saintes les
plus populaires dans le monde entier. II y avait, du Ve au XI I e s. un couvent syrien
a son nom dans la montagne d'Edesse (cf. Mgr Barsaume, Ludu\ 2e ed., p. 627). Chez
les Syriens Orientaux, Ste-Barbe etait jadis commemoree le quatrieme lundi apres
la resurrection. Son culte tomba en desuetude mais fut retabli par Joseph II en
1717. A Karamlaiss meme, bien que la sainte ne soit pas mentionnee dans les
Diptyques du XIYe siecle, sa fete etait deja celebree localement par les Nestoriens.
Un gazza de 1731 (ecrit a Alqos par le pr. Hanna, fils du pr. Homo, fils du pr.
Daniel) contient un office special de cette fete. Cet office aurait ete jadis en usage
dans la grande eglise de Kohe, a Seleucie-Ct&siphon, mais a ete compose par
Rabban Mari et Mar Emmanuel, tous deux r^cemment deced^s au temps de la
copie. II comprend l’hymne des Saintes Femmes, deja rencontr^e, avec ajout de
Ste-Barbe. Des 1707, Joseph II avait, de son cote, compost un office entierement
different, actuellement en usage dans le village. (Cp. N. D. Sem., cod. CLIX, 2)
— Au Liban, la «Barbara» du 4 decembre est Pequivalent de notre Carnaval.
(2) Ar. p. 49.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
413
vivait R. Bar ‘Eta, et R. Guorguls son disciple dont le couvent est a
Karamlaiss au pays de Mossoul.» C’est le couvent de R. Guorguls qui
est a Karamlaiss, et non celui de Bar ‘Eta, lcquel est en Marga.
De meme, certains auteurs ont confondu (1) ce Mar Guorguls,
disciple de Bar ‘Eta, avec un autre saint du meme nom, contemporain
de Bar ‘Eta et comme lui disciple de Mar Abraham. Ce fut cet homonyme
qui fonda deux couvents, Fun en Adiabene et l'autre en Marga.
L’dglise de Mar Gudrguls (le moine et non le martyr) est situee a
Fentrde du village, a gauche quand on vient de la grand-route d’Erbil.
La cour sert actuellement de cimetiere, mais un vieux puits au milieu
des tombes temoigne de son ancienne destination. Le batiment lui-meme,
qui tombe lentement en ruines, avait etd restaure en 1715, comme on
pourrait le deviner par limitation de porte atabeg a double linteau,
clairement de style Galili, qui reste son seul ornement.
C’est probablement cette eglise que Ive’s decrit en 1758 comme
dtant Feglise alors en usage, antique, a une nef et deux ailes. L'image
du crucifie qu’on lui a signalee dans le Saint des Saints, mais qu’il ne
put voir parce que la porte dtait fermee, s’est muee en un horrible St-
Georges (martyr !), odieusement «restaur£». Cependant, F auteur met
la sacristie a droite et le baptistere a gauche de Fautel principal. Ceci
n’est ni liturgique, ni exact; les traces de baptistere avec son «autel»
sont bien visibles a droite, et la chapelle de gauche est le B. Qaddlse,
ou martyrion.
II semble que ce soit aussi de cette Eglise que Rich parle en 1820,
quand il mentionne «une grande et vieille dglise, restaurde en 1690 (?)
et maintenant en ruines».
L’^glise de La Vierge, actuellement «nouvelle», a en fait renou-
velde sous le patriarche Joseph Audo (1848-1878). Elle se trouve au
milieu du village. C’est probablement d’elle que Ive’s voulait parler
quand il signalait «dans la ville, les restes d’une grande dglise».
(1) V.g. Researches , p. 92, qui donne dans la n. 442 la reference a l’homonyme
de la Chr. de Seert.
414
ASSYRIE CHRETIENNE
Dans cette eglise furent deposees, au temps clu patriarche Elie IV
Abbolyonan (1879-1894) les reliques decouvertes en 1879 au lieu dit
Bet Mariam, au nord de F eglise de Mar Gudrguis, tout pres de celle-
ci. CTest d’ellesque V. Cuinet parle quand il dit: «On a trouve, il y a dix
ans, dans une vieille eglise de Karamlaiss, vaste et bien bade, une petite
boite en bois recouverte de plaques en fer, et enduite de bitume, con-
tenant de precieuses reliques avec une inscription chaldeenne qui en
atteste l’authenticite et les attribue a St. Addee et a St. Iso4. Cette boite
contenait aussi une fiole remplie de sang» (1). En fait, les reliques sont
celles de fapotre Adda! et du martyr Iso'sawran d’Erbil (2). Mgr
Hanna Qorio, originaire de Karamlaiss, raconte (3) comment le pa¬
triarche Abbolyonan vint reconnaitre les reliques, accornpagne du consul
de France a Mossoul, Nicolas Siouffi. Celui-ci, a qui le patriarche rerffit
une particule des reliques, paya au nom de la France f drection de 1’autel
ou les reliques furent ddposdes.
Dans f eglise de la Vierge sont egalement conserves les manuscrits
de Karamlaiss, dont nous avons parle.
L’eglise moderne de Karamlaiss, en voie de finition, est sous le
vocable de fapotre Addai (d’autres disent: de la Vierge). Elle borde la
route a droite a f entree du village, faisant pendant a Mar Guorguis.
Enfin, Ive's mentionne «les ruines d’une grande eglise de S. Jean
f Evangeliste, a une certaine distance du village, vers le Sud». En fait,
a 200 metres dans cette direction se trouvent les ruines dites de «Rabban
Yohana». Personne ne sait qui est ce «Maitre Jean», dont le nom figure
ici prononce a la fagon des tribus des montagnes, les «Assyriens» mo-
dernes. D’apres les Diptyques de Karamlaiss , Yohana, vocalist comme ici,
(1) Turquie d'Asie, II, p. 830. — Mgr A. Scher cite egalement la decouverte
dans Suhada\ I, p. 12. Le livre est publie en 1900 et fauteur place la trouvaille «au
cours de ces dernieres ann£es».
(2) Peut-etre ces dernieres furent-elles amenees d'Erbil apres la destruction de
l’eglise du martyr qui s’y trouvait.
(3) JVagm, 1 1 1/1931, p. 291-297, avec le texte de l’inscription de l’autel.
LES VILLAGES CHALDEENS DE NINIVE
415
est un martyr (1) nomm£ apres Iso‘sawran d’Erbil, lui-meme martyrise
en 620. Plus loin, le meme document cite Mar Yohannan, martyr,
et son frere R. Yusif, parmi les personnages «enterres dans ce village»
et recommandes au memento de la messe. On devine en cux les hdros
obscurs de Tune des pdriodes les plus dures de la vie de Karamlaiss,
quand le village avait a lutter pour sa foi nestorienne, en meme temps
contre Penvahisseur monophysite et contre le persdcutcur sassanide.
II faudrait leur aj outer «les fils de Gregorios, martyrs », ainsi que
R. Sawa, dont on ne sait rien, sinon qu’ils reposent a Karamlaiss. Lcurs
sanctuaires ont disparu, ainsi que celui des Macchabees, «enterres dans
ce village ».
(1) L’edition de Qalaita l’appelle Yokania.
XIV
LES VILLAGES SYRIENS
ET JACOBITES DU DIOCESE DE NINIVE
1. — Bartelli
Pour tous les voyageurs qui ont fait en auto la route Erbil-Mossoul,
Bartelli (1) est bien connu. Ses grandes eglises neuves, surmontees de
croix bien voyantes, frappent tout de suite le regard. Et combien, qui
etaient passes par la, m’ont demande: Qu’est-ce done que ce village
chretien, a gauche de la route, 22 kilometres avant d’arriver a Mossoul?
C’est a cette question, des centaines de fois entendue, que je vais essayer
de repondre.
Bartelli est un bourg de 4266 habitants, tous syriens, mais pour un
tiers seulement catholiques. Bien que ruine au moins trois fois, comme
le souligne S.S. Mgr le Patriarche Syrien Orthodoxe (2), Bartelli s’est
beaucoup agrandi par l’appoint de refugies de Takrlt, Ba Sahraya,
Semmel, Qub, Basbita, Zangana, etc., et meme d’Assyriens venus des
montagnes du nord et de l’lran.
Le site du village etait certainement occupe des l’antiquite (3),
puisqu’on y trouve un tell qui n’a jamais ete explore. V. Place s’est con¬
tents de le mesurer (4). C’est ainsi que Ton sait, ce qui ne nous avance
(1) Le nom officiel moderne est Bartalla. On trouve aussi Batalli et Batalli. Cf.
table de Muniat al Udaba\ p. 330.
(2) Dafaqdt, p. 192.
(3) Dafaqdt affirme que Bartelli est mentionnee par des historiens dignes de foi,
au temps d 'Alexandre (p. 81, n. 1), mais helas ne cite pas ses sources.
(4) Ninive et V Assyrie , t. II, p. 170.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
417
guere, que «ce monticule est long de 42 metres, large de 34, avec une
hauteur de 9 metres».
Le nom meme du village a re^u plusieurs interpretations (1). La
plupart des dtymologistes le rendent par «le lieu de Pombre», done des
arbres, par changement du Z. en T. D’autres, avec Yaqut, y voient un
derive de l’aramden, Bet Rtolli, Tendroit ou l’on fabrique les poids d’un
Rotol; d’autres encore le font venir de Bar Talya, le fils du jeune enfant,
etc. (2). En rdalitd, des le VIe/VIIe siecle on trouve la locality de Bet
Bar Telli, ou Bdt Tarlai, «village connu sous la montagne» (3).
Ce village dtait jusque la nestorien; au temps de Gabriel de Singar,
avant la mort de Bar ‘£ta, done dans la premiere ddcade du VIIe siecle, il
fut entraind dans le monophysisme par les propagandistes venus du couvent
de Mar Matta, situd seulement a 15 kilometres au nord/nord-est.
Un des premiers actes d’orthodoxie des nouveaux convertis fut de
menacer un moine nestorien, Bar Sahde, qui vivait non loin de la, au
monastere de Mar Adona, avec un frere nommd Pinhas. Le pauvre moine
eut tellement peur qu’il s’enfuit a B. Rustaqa, un village du district
d’Ardod, mais oublia d'emporter les precieux livres de hermitage. R.
Bar ‘Eta renvoya Pinhas, plus mort que vif, les rdcupdrer a la faveur de
la nuit, en meme temps que le petit voile brodd du martyrion. Ce voile,
qui fut accroche au-dessus de la Croix, attira au monastere de Bar ‘Eta
toutes sortes de mesaventures; un «dthiopien» apparut dans le martyrion,
et des diableries variees se produisirent. Bar ‘Eta les exorcisa en faisant
bruler le voile, devenu lui aussi hdr^tique (4).
Qiiant au village, pour se fixer dans sa nouvelle foi, il s’dtablit bien-
tot une de ces ecoles de liturgie, imitdes de celles des Nestoriens, qui
(1) Sumer , 1952, cit. p. 256, et Researches , p. 56-59.
(2) Jones ( JRAS , XV/ 1855, p. 374 b) y voyait «la place de la rosde».
(3) Histories of... Bar Idta , t. II, I, p. 245, soulignd par Pognon, Inscr. Sem .,
p. 141. Le village de Beth Tela'i etait encore nestorien au temps de R. Cyprien (Bk II,
p. 604).
(4) Histories of... Bar Idta , t. II, I, p. 243.
Rech. 23 — 27
418
ASSYRIE CHRETIENNE
contribuerent tant a plaire aux gens «par les chants et par de douces
modulations». L 'Histoire de Maruta , qui parle de ces ecoles, appelle le
village Bet Tarlay (1).
La cellule maphrianale
II faut attendre le XIIe siecle pour que les contours de l’histoire du
bourg se precisent. Des notre premier contact avec eux, les gens de Bar-
telli se presentent avec les caracteres qu’ils ont gardes a travers les siecles,
prompts a prendre parti, serait-ce violemment, pour ce qu’ils croient
etre le droit, prompts aussi a se repentir et a regagner le camp de leur
foi traditionnelle, a laquelle ils se tiennent d’une fa^on opiniatre.
En 1112 ils se laissent entrainer par Timothee Sogdi, metropolite
de Mar Matta, a supprimer des Diptyques la mention du maphrien
Denys Mussa (2), qui avait le tort d’etre originaire de Magas au lieu
d’etre de Takrit. Quand le Sogdien mourra, probablement en 1120, les
Bartelliens contrits enverront line deputation au patriarche, qui pro-
cddera a une reconciliation generale.
On ne sait quel fut le role des gens de Bartelli dans la seconde affaire,
qui eclata pas longtemps apres la precedente, et ou Bar Kutela usa de
son amitie avec le Qadi de Mossoul pour obliger le meme maphrien,
Denys Mussa, a le sacrer eveque de Mar Matta (3). L’intrus devait
etre en bons termes avec le village, car il s’y reposait. Un soir oil il avait
trop bu, il tomba de la terrasse de la «grande eglise)) et se tua, encore
sous le coup de l’excommunication dont l’avait frappe le maphrien.
Ceci se passait en 1142.
Denys Mussa le rejoignit peu de temps apres dans la tombe. Son
(1) Histoire de Maruta , p. 66.
(2) Sur toute cette histoire voir B.H., II, col. 318-323; Armalet, Maph ., n° 62;
Lisdn, III/ 1 95 1 , p. 221-222; Diss., p. 165, n° 32; B.O., II, p. 448-449; Le Q.., Mos¬
soul, XII.
(3) Certains disent Bar Butela (cf. DHGE, VI/ 1932, col. 669, par M. le chan.
A. van Lantsciioot) ; Armalet, cit. donne Qutlu; cf. B.H., II, col. 324-326; B.O. ,
II, p. 449; Le Q., n° XIV; Lisdn, III/1951, p. 222-223.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
419
successeur, le maphrien Ignace Lazare (1143-1164), s’dtait fait une idde
assez claire des tendances des dveques de Mar Matta, et voulait les
remettre au pas. Bar Kutdla eut encore un successeur, dont on ignore le
nom, mais quand celui-ci mourut, en 1 152, le maphrien passa a Taction.
On a vu plus haut comment il ne ddsigna pas d’dvcque pour le couvent
avant 1155, avant d’avoir obtenu Tapprobation du synode et du pa-
triarche de retirer a Tdveque de Mar Matta sa juridiction sur Ninive.
Les Bartelliens avaient-ils mis trop d’ardeur a soutenir le couvent?
Toujours est-il que, lorsque le maphrien monta a Mar Matta pendant
Tinterregne, il passa a cotd du village sans s’arreter et se reposa a Teglise
de B. Kalita (1). Pour qui connait les usages de TOrient, ce geste ne
peut etre interprdt^ que comme une rcprimande. Les villageois durent
le comprendre et faire amende honorable, puisque le maphrien reviendra
chez eux en descendant, mais pas avant d’avoir visits B. Daniel et Qa-
raqos, situds beaucoup plus loin. Cette prime a la fiddlitd deviendra le
protocole normal des visites maphrianales.
A Bartelli domptd et pardonnd, Ignace Lazare fera agrandir le
temple de la «grande dglise». Il y batira la «cellule a laquelle on monte
par des escaliers a partir de la cour de Tdglise» (2). Ainsi Bartelli
deviendra-elle la «capitale de la region syrienne de Ninive» (3).
Sous Jean IV de Sarug (1 165-1 188), on n’entend pas parler de Bar¬
telli. Le village s’dtait un peu assagi, et fut d'aillcurs victime d’un raid
de Kurdes en 1171. Le couvent, dgalement pi\\6 a cette date, pansait
surtout les blessures morales de la spoliation (4) ; le maphrien etait
(1) B.H., II, col. 344. — Ce village a disparu.
(2) Cf. B.H., II, col. 338-346; Armalet, n° 63; Diss., p. 165-166, n° 33; B.O. ,
II, p. 450-451; M.S., III, p. 307-313, 478, 495.
(3) Dafaqat , p. 81.
(4) Cette situation instable encouragea certainement le saint ddsir de «resour-
cement» des moines de la region, dont on retrouve plusieurs en Egypte a F^poque.
V.g., en 1 180, le moine ‘Aziz, de Bet Bartelli est au monastere du Handaq (Cat. B.M.,
Wright, p. 257) et en 1209, Jean, reclus de Mar Matta, offre un manuscrit au couvent
de la Vierge Marie (ms. inconnu, n° MXXYII du B.M., Cat. Wright, p. 1198).
420
ASSYRIE CHRETIENNE
occupy par ses divergences avec le patriarche Michel a propos des
«Hassassins». Demissiormaire puis reinstalls, le maphrien semble avoir
ete en route vers Bartelli quand, a l’etape precedente, Qaraqos, il se tua
en tombant lui aussi de la terrasse de 1’eglise (1).
Gregoire Jacques, neveu du patriarche Michel le Grand, trouva a
son intronisation, en 1 189, une situation a nouveau troublee. Mar Matta
s’etait liguS avec Mossoul et Takrlt pour nommer anti-maphrien un de
ses moines, Karim, fils de Masih. Ce n’est qu’en 1192 que Gregoire put,
grace a la forte somme, mettre le prince de Mossoul de son cotS et dis¬
poser de l’intrus. II ne semble pas que Bartelli ait, cette fois, pris position
contre le maphrien legitime, puisque celui-ci viendra s’y installer et y
restera quinze ans (2), dans la «cellule maphrianale» qu’il avait bade
dans la grande eglise, «alors qu’auparavant le maphrien residait dans
une petite chambre a laquclle on accedait par un escalier a partir de
l’oratoire». II mourut dans un village du Mont Singar en 1215 (3).
A ce moment, Badr ad Din Lu’lrk a deja commence a Mossoul un
gouvernement, d’abord de fait puis en titre, qui durera soixante ans
(1199-1259), alors qu’a Erbil Muzaffar ad Din Kukburi a succede a
son pere en 1190, et regnera jusqu’en 1232. L’ambition commune aux
deux hommes ne pouvait qu’en faire des ennemis (4). Bartelli, situee a
25 kilometres du Grand Zab et a 15 kilometres du Hazir etait a portee
d’une force de frappe venant du territoire d’ Erbil, avant que Mossoul,
a 22 kilometres a l’ouest, n’ait le temps d’envoyer du secours (5).
Si, malgre cette situation precaire, le maphrien Ignace III Daoud
(1215-1222) voulut quand meme habiter la «cellule» de Bartelli, il en
(1) B.H., II, col. 359; M.S., III, p. 327, 479, 495; Honigmann, Barsauma, p.
117; Armalet, n° 64; Diss., p. 166, n° 34; B.O. , II, p. 452-453.
(2) Dafaqat dit: cinq ans (p. 81).
(3) M.S., III, p. 403, 481-482, 495; B.H., II, col. 381-388; Diss., p. 166-167,
n° 35; B.O., II, p. 453; Armalet, n° 65.
(4) On a vu ce passage dans l’histoire d’Erbil.
(5) Voir par exemple l’episode du jeune homme qui a la main coupee, Chro-
nogtraphy, t. I, p. 374.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
421
fut empeche par le chef SinTun, qui le chassa meme cle Ninive. Ceci ne
put se faire, dvidcmment, sans l’accord dc Lii’hV, dont la vdnalitd ap-
parait bicn dans cette affaire. II avait aidd le maphrien a se libdrer de sa
prison de Takrlt; mais, maintenant que ses coffres sont vides, le pauvre
prelat n’interesse plus l’usurpateur, qui n’hdsite pas a prendre le parti
de son adversaire. Tout ce qu’Ignace Daoud put faire fut de quitter le
pays. Quand il devint patriarche, en 1222, il excommunia le chef de
Bartelli. Celui-ci, tentant de jouer le double jeu entre Lu’lu’ et Muzaffar,
ecrira a ce dernier une lettre insidieuse a propos du premier. Sultan
Lu’lu’, averti, fit crucifier SinTun de Bartelli (1).
C’est probablement au temps d’lgnace III Daoud, vers 1219 (2),
dans la periode de troubles qui suivit la prise de pouvoir de l atabek
Naser ad Din Mahmud, que le Hatib des musulmans de Bartelli pro-
voqua (du moins de favis de fftdessdnien anonyme) une rixe entre ses
coreligionnaires et les chretiens du village. Batonne par ordre du chef
(peut-etre le fameux SinTun) le prddicateur vint a Mossoul oil, le ven-
dredi, il leva une troupe de fanatiques qui sortirent en tumulte de l’edi-
fice et voulurent aller attaquer Bartelli. Trouvant les portes de la ville
fermees devant eux par les autorites de la ville, ils tournerent leur fureur
vers l’eglise la plus proche, Mar Zdna, la grande £glise des Takritains,
qu’ils mirent a sac.
Le maphrien Denys Saliba II (1222-1231) passa ses huit premieres
anndes a Bartelli, oil il vdcut comme un moine et sa soeur comme une
nonne, dans la cellule maphrianale (3). Apres ces anndes de tranquillity,
(1) B.H., II, col. 390; Diss ., p. 167, n° 36; B.O. , II, p. 454; Armalet, n° 66.
(2) Et non pas en 1301 comme, je l’avais dit dans AIossoul Chretienne , p. 34.
En fait, la date de 1301 est incompatible avec celle du Chronicon civile et ecclesiasticurn
anonymi auctoris (£d. Rahmani, Charfet 1904) a qui le fait est emprunt£ (p. 373). Il n’y
a done plus d’objection (malgre ma note 2, cit.) a ce que le tombeau d’al Hallal ait
£te yrige, des la mort de celui-ci, en 1238, sur les ruines de l’eglise.
(3) Il ne verra jamais Takrlt. B.H., II, col. 404; Diss., p. 167, n° 37; B.O., II,
p. 454; Armalet, n° 67.
422
ASSYRIE CHRETIENNE
il partit au Tar ‘Abclin pour guerroycr contre les Kurdes, dont une
fleche lui ota la vie.
Son successeur, Jean bar MaViani, qui sera maphrien de 1232 a son
election au patriarcat en 1253, eut bien des difficultes a se faire admettre
dans son diocese. On ne sait rien de son sejour dans notre village (1).
A cette epoque vivait le plus illustre des fils de Bartelli, le savant
Mar Severe Ya‘qub bar Sabo, eveque de Mar Matta et cFAdherbaidjan
de 1232 a 1241, dont on trouve le nom dans toutes les Litteratures
Syriaques (2).
Du maphrien Ignace Sallba III (1253-1258) Bartelli vit peu de
choses. A l inverse de son prddecesseur, il fut accepte par les Mossouliotes,
mais cette fois ce fut Mar Matta qui lui ferma ses portes. Il passa la plus
grande partie de son temps a parcourir ses villages pour recueillir de
Fargent, afin de se concilier Finsatiable Lu’lu’, maitre de Mossoul. Au
bout d’un an et demi, degout£ de ce travail, il rentra a Alep (3).
A sa mort, la communaute jacobite resta six ans sans maphrien,
jusqu’en 1264. Mais en fait, on peut dire que, de 1254 a 1264, ce fut
pendant dix ans qu’elle n’eut pas de chef, et ces annees compterent parmi
les plus dures qu’ait connues la region de Ninive.
En 1259 en effet, Lu’lu’ dtait mort, et des bandes alternativement
arabes et mongoles devasterent la province (4). C’est k ce moment,
(1) Armalet, n° 68; Diss ., p. 167, n° 38; B.O. , II, p. 454; as Saldsil, p. 117 et
31-32, et Hindo, Primats , p. 88-89. Il envoya sa profession de foi a Innocent IV en
1247. Sur sa place dans la literature syriaque, cf. Mgr Barsaume, LaVIu\ p. 507-509.
(2) L’£tude la plus complete sur lui se trouve dans la Lit. Syr. arabe de Mgr
Barsaume, 2e ed., p. 501-504, repris dans Lisan , 1 1 1/ 1 95 1 , p. 224-230. — S’appuyant
sur Assemani ( B.O. , I, p. 585; II, p. 237, 455, 477 et Diss., p. 100) Le Quien ( O.C. ,
II, col. 1600, n° III, et liste de Mossoul, n° XV) en fait un6veque deTakrit. Cependant
il ne fut jamais maphrien. Voir aussi Baumstark, p. 311-312; Graf, p. 269; etc. La
correction de Sakko en Sabo est de Dafaqat.
(3) B.O., II, p. 455; Diss., p. 167-168, n° 39; Armalet, n° 69. — Il aurait eu
des tendances catholiques, cf. Hindo, Primats, p. 89-90.
(4) B.H., II, col. 422.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
423
au ttmoignage d’Abu Nasr de Bartelli, superieur de Mar Matta (1),
que Ton compta de nombreuses apostasies, meme parmi les pretres, les
chammas et les moines. «I1 ne resta pas une dglise qui n’ait dtd profanee
en At5r, Ninive, Rehobot et ses dtpendances, Ba Nuhadra et A1 Gazlra.»
A la Pentecote de 1260 se produisit la grande peur de Bartelli. I n
familier du defunt sultan, un certain Bar Yanis de Ba‘slqa, dtroba a
son nouveau maitre, le jeune Malik Saleh Isma‘Il, la lettre qu’il avait
re^ue de son frere, ‘Ala’ ad Din, l’incitant a quitter d’abord Mossoul,
pour venir la reconquerir ensuite sur les Mongols grace a l’aide syrienne
et dgyptienne. Saleh decouvrit le vol et envoya des messagers rtcuperer
la lettre. Bar Yunis les enivra et s’enfuit a Bartelli. La il invita le chef,
£Abdallah bar Hoso et les habitants a prendre la fuite, car le roi, disait-il,
allait tuer tous les chrttiens, puis gagner l’Pgypte. Tous les Bartelliens
qui le purent se refugierent a Erbil. Cependant, ce n'etait qu’une fausse
alerte, car Saleh avait encore plus peur; quand ses messagers revinrent
sans la lettre compromettante, il crut que Bar Yunis ttait parti alerter
les Mongols. Il prit son fils ‘Ala’ al Mulk et ses serviteurs et s’enfuit
en Syrie, en mai 1260 (2).
Pendant ce temps, un autre fils cdlebre de Bartelli dtait devenu
eveque de Mar Matta et d’Adherbaidjan; c’est Gregoire Yohannan, a
qui sont attributes certaines pieces liturgiques (3). Il fut sacrt apres
1241 et mourut avant 1269.
Mais nous voici arrives au plus fameux de tous les maphriens,
Grtgoire Abu 1 Farag bar Hebraeus, maphrien de 1264 a 1286, qui vtcut
surtout a Mar Matta, mais s’occupa aussi de Bartelli ou il transporta le
couvent de Mar Yohannan bar Nagart. On verra quand on parlera de
ce couvent comment les relations du maphrien lui valurent faide d’un
dtcorateur byzantin (4).
(1) Dafaqat , p. 96.
(2) B.H., Chr. Syr., 6d. Bedjan, p. 515-516; trad. Chronography, p. 440.
(3) Lu’lu p. 505-506; Lisan, III/1951, p. 338.
(4) Citer les sources sur B.H. 6quivaudrait a faire le catalogue d’une biblio-
424
ASSYRIE CHRETIENNE
L’oeuvre immense et variee du grand maphrien pourrait faire penser
qu’il jouit pendant de nombreuses annees du calme d’une bibliotheque
et du silence de sa cellule. En fait, lui-meme le note, «tous les ans, pen¬
dant fete, des pillards viennent de Syrie» (1). Pour la meme date, la
Chronique Synenne enregistre ireniquement: «En 1285, une poule de
Bartelli pondit un oeuf aussi gros qu’un oeuf d’autruche, et au Sabbat
de la Passion du Redempteur un autre en pondit un petit, qui avait un
col aussi mince, courbe, et long qu’un concombre.» Nous pouvons en
croire Bar Hebraeus, il i’avait vu lui-meme (2).
Du temps de Bar Hebraeus, en 1279, mourut a Bartelli Mar Atha-
nase, bar Summan, eveque du Ba Nuhadra. Son corps fut transports
a Mar Matta (3).
A Bar Hebraeus le Grand succeda son frere, qui fut son continua-
teur en tout. Maphrien en 1288, Gregoire Barsaume as Safi ne se laissera
convaincre de rejoindre son diocese qu’apres 1298. II mourra a Bartelli
en 1308 (4).
Apres une nouvelle vacance de neuf ans, le siege maphrianal est
pourvu d’un titulaire en 1317. C’est encore un homme de Bartelli qui
est choisi, le moine Matta, qui devient le maphrien Gregoire Matta
Hanno. Comme il avait des dettes, il ne put se lancer immediatement
dans les classiques tournees fastueuses des maphriens, qui rapportaient
bien, mais coutaient aussi de plus en plus, a cause des innombrables
cadeaux qu'il fallait offrir aux princes et principicules rencontres sur le
theque. Je me contente de citer celles moins connues en Occident: al UVliV al mantur ,
table, s.v. Ibn al ‘ Ibri , et surtout p. 510-536 et Lisan, III/1950, p. 5-38. — Sur Bar
Hebraeus «catholique», cf. Hindo, cit. p. 90-91.
(1) A la date de 1286 (B.H., II, col. 468).
(2) Chronography , p. 474. — A la liste des poules celebres de Bartelli il faudrait
ajouter cellc qui, en 1791/2, couva un petit coq qui avait quatre pattes et quatre ailes.
Cf. Cara'ib al Alar , de YasIm al ‘Omari, ed. Dr M. SaddIq al Galili, Mossoul 1940,
p. 34, aux evenements de 1206 H.
(3) B.H., II, col. 450; B.O., II, p. 255.
(4) B.O., II, p. 460; Diss., p. 168, n° 41; Armalet, n° 71; Honigmann, Bar -
sauma, p. 75; etc.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
425
chemin. Apres deux anndes sagement passees dans son village natal, le
prdlat entreprit, jusqu’a Tabriz, une fructueuse randonnde, qui le remit
a flot. Quand il rentra a Bartelli, ce fut par choix et non plus par neces¬
sity. A cote du nouveau maphrien on trouve, des les premiers jours de
son Election, le medecin ‘Abdallah bar ‘Abda, de Bartelli, qui le soignera
jusqu’a sa mort en 1345 (1).
Nous avons ddja rencontre l’intrus Bar Qinaya, qui se fit sacrer
maphrien par les moines de Mar Matta, puis par le patriarche de Mar-
clin en 1361. II logea a Bartelli au Couvent des Quarante Martyrs, d’ou
les fiddles le firent expulser par l’dmir Hassan de Karamlaiss (2). Plus
tard le maphrien legitime, Athanase Ibrahim II, viendra «purifier le
village», ou il sera re^u avec enthousiasme (3). Ce maphrien est le der¬
nier qui ait reside, du moins partiellement, a Bartelli. Il y vint apres son
sacre, en 1365, puis apres 1369, et y mourut en 1379 (4).
Ceci pose d'ailleurs un petit probleme: pourquoi les maphriens
changeaient-ils le lieu de leur rdsidence, et meme le lieu de leur sepul¬
ture? Pour le couvent de Mar Matta, cela faisait une humiliation de
plus, et pour le village ou le couvent oil ils elisaient domicile, un honneur
bien sur, mais aussi une charge. Les maphriens du XVe-XYIe siecle
semblent penser que les troupes sont mieux commanddes de Parriere, et
qu’il est inutile pour un chef de s’cxposer en premiere ligne. Jusqu’aux
anndes d’installation du rdgime turc, c’est de la retraite de Mar Behnam
que le primat d’Orient presidera aux destindes de son Lglise de plus
en plus diminude.
Cependant Qurillos Yusif III, fils de Nisan (1458), restera a Bar¬
telli, mais pour peu de temps. Il mourut a Homs en 1470 (5). C/est
(1) B.H., II, col. 500-504; B.O. , II, p. 460; Diss ., p. 168, n° 42. — Sur la lettre
que le pape lui envoya pour l’exhorter a Punion, cf. Goormaghtigii, Anal. S.O.P. ,
1895, p. 275; Cuinet, II, p. 850-831; as Saldsil , p. 117-118; Hindo, cit. p. 92-93.
(2) B.H., II, col. 510-516; B.O., II, p. 461.
(3) Ce maphrien ne figure pas dans le tableau de Mgr Hindo (p. 120).
(4) B.H., II, col. 523-533.
(5) Armalet, n° 77.
426
ASSYRIE CIIRETIENNE
peut-etre pourquoi Assemani, qui a perdu sa trace, ie fait mourir quel-
ques jours apres son sacre (1).
Qu’en est-il du maphrien Behnam al Hadli, sacre en 1404, puis
patriarche en 1412? Assemani (2) suivi par Le Quien (3) met son lieu
d’origine, Hadl, dans le district de Bartelli. Les textes nc disent pas cela:
Hadl se trouve au Tur ‘Abdln, a Fouest d’Azeh (4), ce qui explique
que le maphrien ait ete d’abord moine a Qartamln (5). En realite,
comme Fexplique Mgr Barsaume (6), le prelat appartenait a une
famille originaire de Bartelli, mais etait ne a Hadl. A la meme famille,
appelee Habbo Ganni, avaient appartenu le moine Abu Nasr (7),
superieur de Mar Matta et auteur de Hassdyat , mort vers 1290, et le
chammas Behnam, medecin et auteur (8), mort vers 1292. On verra
qu'il est probable que les deux freres jouercnt un role dans la restau-
ration de Feglise du couvent de Mar Behnam vers 1250.
Un autre patriarche sera encore de Bartelli par son origine lointaine,
bien qu’eleve a Mardln, Ignace Jean Sillah (1484-1494) (9). La tradi¬
tion des patriarches syriens originaires de Bartelli vient d’etre reprise
par S.S. Mgr Ignace Ya‘qitb III, patriarche Syrien Orthodoxe actuel.
Quant aux eveques sortis de ce village, citons les deux eveques de
Gazlra, Dioscore Gabriel, auteur de la vie de Bar Hebraeus et mort en
1300 (10), et Feveque ‘Abdallah, mort en 1326 (11).
(1) Diss., p. 169, n° 48; B.O., II, p. 385 et 462, suivi par son fidele Le Quien,
O.C., II, col. 1557, n° L.
(2) B.O., II, p. 384, 462, 465-467; Diss., p. 169, n° 45.
(3) O.C., II„ col. 1400.
(4) Armalet, n° 74.
(5) Le vicomte de Tarazi ( Salasil , p. 118), ne se prononce pas sur son lieu de
naissance. Le DHGE, s.v. Basile V (t. VI/ 1932, col. 1 146), renvoie a Particle Ignace IX ,
patriarche cT Antioche, a paraitre.
(6) Lulu\ cit. p. 554.
(7) Ibid., p. 539.
(8) Ibid., p. 540 et p. 169 n. 29.
(9) Mgr Abdal, Bartelli dans Vhistoire, in al LuliT an nadid, cit. p. 242.
(10) Mgr Barsaume, p. 541-542.
(11) Mgr Abdal, cit.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
427
Les auteurs de moindre importance et les copistes de Bartelli tien-
draient des pages de volume. La liste de copistes de Mgr Barsaume, par
exemple, est tres eloquente a ce sujet (1) et on pourrait encore y ajouter.
Le copiste le plus celebre est probablement lc moine de Mar Matta,
Mubarak ibn Daoud ibn Saliba ibn Ya‘qub, qui calligraphia et orna de
54 miniatures, en 1220, un evangdliaire qui appartenait a la bibliotheque
de 1’eglise de Tahira de Qaraqos avant d’etre offert au pape en 1948 par
Mgr Dallal. II est actuellement a la Bibliotheque Vaticane (2).
Mais le defile impressionnant de personnalit^s et la description des
escarmouches des maphriens nous ont laissd peu de temps pour parler
du bourg lui-meme.
Yaqut et al Mustawfi, repris par Yasin al ‘Omari (3), le ddcrivent
comme un village ancien, presque une ville, riche et commergant, au
revenu annuel de 20.000 dinars rouges. La majority des habitants sont
chretiens, bien que beaucoup de musulmans s’y soient installs et y aient
une mosquee (4). II y a aussi des «communaut£s d’adorateurs et d'as-
cetes». Quant a ses produits, ses laitues et ses legumes sont cites en pro-
verbe, tellement ils sont de premiere qualitd; son coton est renomme.
Helas, avant le temps de Yasin al 'Omari, les rdcoltes sont reduites
au bl 6 et a l’orge, tout le reste a disparu.
Une petite phrase du Muniat al Udaba ’ en dit long: «Maintenant,
dit-il, ses habitants sont chretiens. » On a vu plus haut la rixe de 1219
entre chretiens et musulmans, et sa consequence, le pillage de l’eglise de
Mar Zena a Mossoul. Ce que nous connaissons du fougueux chef Sim‘un
fait prdsumer sa reaction: il expulsa les musulmans de son village.
(1) Mgr Barsaume, p. 607 s.: n° 109, 113, 144, 146, 149, 151, 152, 160, (300),
s’etageant surtout de 1196 a 1328. Pour les m^decins cf. n° 48 et 49, p. 203.
(2) Mgr Abdal, p. 225, n. 1.
(3) Les deux premiers cites par Le Strange, The Lands, p. 90, le dernier in
Muniat al Udaba', p. 131.
(4) Researches, p. 58, localise cette mosquee au lieu dit «Musalla», a 200 m. au
S.-E. du village, sur le chemin de Karamlaiss.
428
ASSYRIE CHRETIENNE
Peut-etre cela explique-t-il aussi pourquoi Lu’lu’ ne fut pas mdcontent
de le faire cruciher, apres 1222.
Et l’histoire civile se termine par les pillages deja trop connus. En
1743, ce furent les troupes de Nadir Sah: «Ils firent de meme aux gens
de Bartelli, parmi lesquels ils tuerent beaucoup d’hommes, enleverent
beaucoup de gargons, de filles et de femmes, et a qui ils ne laisserent
rien» (1). Enfm, en 1789, Tsolo Bek, fils de Badag Bek, dmir yezidi
du Saihan, au cours de sa lutte contre le chef arabe des Tay, Muham¬
mad ibn Hassan, pilla encore Bartelli (2).
Eglises
II y a dans le village ou dans ses environs immediats huit lieux de
cultes anciens et modernes, soit deux couvents en mines, celui des
Ouarante Martyrs et celui de Yohannan bar Nagare (Jean, his des me-
nuisiers), et six eglises, dont deux ruinees: Mar Ahudemmeh et Sepna
Sede; une abandonnee: fancienne Mar Guorguis; une toute neuve: la
nouvelle Mar Guorguis des Syriens Catholiques, batie en 1934, sur
laquelle nous ne reviendrons pas; et enhn deux eglises anciennement
connues: Mart Mariam et Bne Smuni.
Quatre de ces lieux de culte ont ete nommes par feu le patriarche
Barsaume dans son Apergu sur Vhistoire de la nation syrienne en Iraq , en
1936 (3); cinq ont ete etudies par Mgr Paulos Behnam, dans la
revue Lisan al Masriq (4).
L’ancienne eglise cle Mar Guorguis, aujourddiui abandonnee,
echut aux catholiques lors du partage des eglises (5). Elle se compose
de trois nefs et s’ouvre lateralement sur une cour nord. Dans le coin
(1) D’apres le colophon du chammas de Qaraqos, trad. Pognon, p. 488-503.
(2) Researches , p. 59, d’apres Gara'ib , cit. p. 22 et al ‘Azzawi, Histoire des Tezidis ,
p. 121-122.
(3) Cit. p. 200.
(4) lre annee, n° 3-4 (dec. 47-janv. 48), p. 18-22 (n° 15, 16, 19) et n° 89-
(av.-mai 49), p. 45-47 (n° 9, 10).
(5) Mgr Naqqasa, ‘Inaya, p. 546.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
429
est de cette cour, dans l’alignement du sanctuaire, se trouve un mar-
tyrion ou Eon lit la date: 1850. Le batiment actuel n’est done pas tres
intdressant: il represente l’honnete dglise du XVIIIe-XIXe siecle, type
de transition entre l’tfglise moderne aux colonnes en ciment armd et aux
larges fenetres mdtalliques, et l’ancienne dglise traditionnelle et litur-
gique, l’eglise grange, mystdrieuse et recueillie.
D’apres Mgr Barsaume (1), il y aurait eu jadis a Bartelli un cou-
vent de St-Georges, qui etait encore debout en 1701. Probablement cette
eglise en marque-t-elle remplacement.
L’ Eglise de la Vierge (Mart Mariam) n'a rien d’intdressant non
plus dans son etat actuel. Elle est neuve, avec portes latdrales, et fut
terminde en 1890, au temps de l’dveque Qurillos Elias Qudso de Mar
Matta (2). Cependant Eexistence de cette dglise est attestde par les
manuscrits, au moins des le XYe siecle (3).
Les ruines de Sepna Sede (ddformation de Sittna Sayida, Notre
Maitresse la Dame ?), se voient encore a l’interieur du village. Malheu-
reusement la destruction a ete achevee en 1934 pour en retirer des pierres
pour la nouvelle eglise de St-Georges, et le plan n’est plus net. Evidem-
ment, toute inscription a disparu.
Mar Ahudemmeh est connue dans les textes sous le titre de «la
grande eglise», et e’est la que se trouvait la cellule maphrianale. On a
vu plus haut qu’Ignace Lazare (1143-1164) agrandit le temple, e’est-
a-dire Teglise des bdeles, et s’y batit une petite chambre a l'dtage. Gre-
goire Yacqub (1189-1215) transforma la chambre en appartement, oil
il habita quinze ans. C’est la que mourut Grdgoire Barsaume, frere de
Bar Hebraeus. C’est la que Gregoire Matta Hanno (1317-1345) se can-
tonna pendant ses deux annees d'impecuniosite et qu’il revint plus tard.
(1) Aper^u, p. 204, n° 25.
(2) f 1921, cf. Lisan , p. 47, n° 10.
(3) Cf. Mgr Barsaume, Lu'lu\ p. 124 s. Il y a quatre manuscrits anciens con¬
serves dans cette eglise: deux rituels des funerailles, dont le second special aux pretres,
du XVIe s. ; un rituel du mariage et du bapteme, et un Bet Gaz selon l’ordre de Takrlt
(l’autre ordre ^tant celui de Malatia et de Mesopotamie) dat£ de 1590.
430
ASSYRIE CHRETIENNE
ITapres Mgr Barsaume, Feglise aurait ete detruite peu de temps
apres (1). Cependant un chammas, dont la tombe fut retrouv^e en
1933, y fut encore enterre en 1336. Mais la decouverte sensationnelle
eut lieu en 1939, quand «une colonne de feu qui apparaissait certaines
nuits» designa un lieu oil Ton creusa: on y trouva les tombeaux de trois
eveques, malheureusement sans noms, dont les reliques ont ete trans¬
porters a Feglise de Ste-Smuni.
Bne Smuni, aux mains des Jacobites, est situee a cote de la grand-
route, vers Fextremite est du village, non loin du tell. C’est Tune des
deux eglises neuves que Ton voit de la route, F autre etant Mar Guorguls
des catholiques, a Fextremite opposee, du cote de Mossoul.
Cette eglise fut fondee apres la destruction de l’eglise de Mar Ahu-
demmeh, a une date inconnue. Restauree en 1807, elle fut demolie et
reconstruite en 1869, au temps de Feveque Qurillos Denha, de Mar
Matta. L’histoire de la derniere restauration est inscrite autour de la
porte royale. L’autel porte la date: 1922.
Le plan de Feglise est plus proche du plan liturgique traditionnel
que celui de la plupart des eglises aussi recemment restaurees. Le qos-
tromo existe, et aussi les portes de face, mais il manque encore beaucoup
de details, qu’il ne serait pas difficile d'ajouter, ainsi la celebration litur¬
gique y reprendrait-elle tout son sens.
Sur le mur de gauche, pres des entrees, se trouvent les deux niches
reliquaires des titulaires et de Bar Nagare, dont le couvent a etd detruit.
Plus bas dans le mur est scellee une dalle en marbre gris de Mossoul,
incruste de morceaux de marbre blanc, dont le motif central represente
une etoile a dix branches. On ne sait d'oii vient cette pierre, mais je ne
serais pas etonne qu’elle ait ete apportee de Mossoul, du grand cimetiere
princier anciennement situe pres de Feglise de Tahra des Jacobites.
La fete des patrons de cette eglise, les Macchabees et leur mere,
se celebre ici le 15 octobre, scion le calendrier syrien ancien (2).
(1) Lisdn, p. 18-19 (n° 15).
(2) G. ‘Ayvwad, ed. Sabusti, p. 228.
Parmi les textes peu connus sur ce sujet
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
431
On a transport^ a l’eglise des Bnd Smuni la grande cuve baptismale
de l’eglise du village, anciennement chrdtien, de Ba Sahra, datee de
1343 (1).
Le convent de bar Nagdre
Le titulaire est Jean, fils des menuisiers, rarement citd dans les m 6-
nologes Jacobites. II figure au martyrologe de R. Sallba au seizieme jour
apres Paques, a titre de «mdmoire» (2). Le P. Peeters, qui publie ce
document, ajoute en note, «martyr inconnu de nous, peut-etre une des
victimes de Barsaume de Nisibe». En effet, si le texte ne dit pas qu’il ait
ete martyr, et mentionne seulement son nom, sans aucun titre, Bar
Hebraeus parle du couvent de «ce martyr». Quant a ses Actes, je n’en
ai trouve trace dans aucune des bibliotheques auxquellcs j’ai eu acces.
Meme la bibliotheque du patriarcat jacobite n'en possede aucune ver¬
sion (3). Aveu plus grave, tous ceux qui ont ecrit sur le couvent sont
muets sur la vie du titulaire.
J’avais done extrait de l’office du saint, cdlebre ici quinze jours
apres Paques (4) ce qu’on peut savoir de sa legende, quand S.S. Mgr
Ignace III Ya‘qub voulut bien me signaler que sa vie existait quand
meme a Bartelli parmi les tresors de la famille Saka. Ayant obtenu ce
manuscrit (5), je pus constater qual n’en disait pas plus long que
hagiographique rebattu, signalons quelques pages de Mgr Hanna Dulabani, archc-
veque syrien orthodoxe de Mardin, Les grandes parmi les ( femmes ) celebres de la Bible
(Alep 1951), n° 21: Smuni la Macchabeenne , p. 98-102.
(1) Dafaqat, p. 191.
(2) D6ja cit6 par B.O. , II, p. 261, n° 1, au samedi in Albis; le P. Peeters
(Anal. Boll., XXVII/1908, p. 179 et n. 1) le met au 16 mars.
(3) Voir le tableau des Vies des Saints , in al LiVliV , 2e 6d., p. 660-666.
(4) Ms. n° 12 de Bartelli, Office des vendredis des pretres et des morts , et du martyr
Tdhannan bar Nagdre, fol. 1 a 46. Je remercie M. l’abb£ Gabriel Gabburi et M. Basile
Qozi d’avoir bien voulu recolter ces details dans PofFice.
(5) Livre de demandes (tahisfoto) et chants divers, en garshouni et syriaque, de
209 fol. (11 X 16 cm.) copie en 1914 par le chammas RafTo, fils de chammas Ya‘qub,
de la famille Saka de Bartelli, sur les livres de l’6glise de Ste Smuni. Le memro syriaque
432
ASSYRIE CHRETIENNE
l’office liturgique; au contraire, il cst plutot plus reserve. L’auteur
anonyme et non date commence par avouer qu’en verite, l’histoire
reelle dtant perdue, il a interroge les anciens du village pour recueillir
de leur bouche la tradition. Il en resulte que le saint etait un jeune
homme de Bartelli dont le pere, Mage adorateur du soleil, sculptait des
idoles de bois qu’il vendait. Ce devait etre la profession de la famille,
puisque Yohannan est appele «fils des menuisiers». Helas, le jeune
homme, converti au christianisme, ruinait le commerce paternel en
essayant de dissuader les clients eventuels d’acheter ces morceaux de
bois inertes auxquels il ne croyait plus. Colere du pere, devant lequel le
jeune homme s’enfuit. Rattrape, il est mis a mort par son pere lui-meme.
L’office ne peut evidemment se contenter de si peu de choses ;
le jeune homme est defere au tribunal du roi, ce qui donne lieu
aux developpements classiques des discussions de circonstance. Quant
aux supplices qu il doit subir: c’est d’abord la prison sans lumiere que
sa gloire illumine, ou il a les pieds cloues sur une piece de bois et les
mains enchainees et ou encore le Seigneur lui-meme le nourrit. Puis on
le fait marcher sur des lames coupantes, on le met sur un etau et sur un
charriot de fer, on le flagelle, on le lapide; et pendant tout ce temps il
prie pour ses bourreaux. Enfin, le roi lui fait couper la tete; son corps
est coupe en morceaux et brule.
Ni l’office ni le titre de la commemoraison ne donnent au saint
1’inevitable soeur des recite hagiographiques. Dans la legende cette sceur
porte le nom de Suzanne, et c’est ainsi egalement que l’appelle Mgr.
Barsaume daus son Aper^u souvent cite, publie en 1936 (1). La piete
populaire prefere cependant la nommer Sarah, comme l’a retabli le
savant patriarche dans les deux editions de son Histoire de la litterature
syriaque en arabe (2).
sur Yohannan bar Nagare occnpe du fob 192v. au fob 207v. Le R.P. Emmanuel
Pataq a bien voulu me traduire ce texte.
(1) P. 200 n. 26, suivi par Dafaqat, p. 81.
(2) lre ed. (1943), p. 434; 2e ed. (1956), p. 541.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
433
D’apres la legende. Yohannan et sa soeur furcnt tuds par leur pere
pres d’un petit tell qui se trouve au pied de la chaine de Ba/slqa, entre
les villages alors chretiens de Ba Agrd (1) et de B. Takllta (2). Gomme
le lieu du martyre etait plus proche du premier village, ce lut lui qui
requt le corps du martyr, alors que cclui de sa socur alia au second
village.
En 1282 (3), le village de Ba Agrd avait etd ddtruit, et les pelerins
qui se rendaient au sanctuaire dtaient molestds par les voleurs qui se
cachaient dans les ruines. Pour eviter la repetition de pareils ennuis, le
maphrien Bar Hebraeus decida de rebatir le temple a cote de Bartelli,
au nord-ouest, cette fois a titre de couvent. L’architecte fut le moine
Gibra’il, fils du pretre Yohannan, originaire du village, qui deviendra
bientot eveque de Gazlra de Qardu sous le nom de Dioscore (f 1300) (4).
C’est a lui que Ton doit un memro en partie intdgrd dans le texte de
Bartelli. II y decrit la ddcoration de l’dglise du nouveau temple, due a
un artiste amene de Constantinople par la mere d’ Argun, la princesse
Marie, fille de Michel Paldologue, que Bar Hebraeus appelle «Bina
Hatun» (5). On ne dit pas si les sujets dtaient traitds en mosaique ou
en fresque, mais ils figuraient toute l’economie du salut et, dit naivement
le bon moine architecte, Partiste « avait pris tontes les mesures aupara-
vant». Au centre de la coupole dominant l’autel on voyait le char
(1) Le nom est ecrit de diffdrentes fa^ons par les divers auteurs: Abbeloos et
Lamy vocalisent: Akre; Mgr Abdal: Akara; Mgr Armalet: ‘Akkara; Assemani, en
syriaque et en latin: B. Ebr£; d’ou l’abb6 Nau (Hist, de Marula , p. 89, n. 4) fait le rap¬
prochement avec le couvent des Soeurs de B. Ebr£, bati par Maruta et le gouverneur
de Takrit, Abraham bar ‘Iso‘, sous le titre de la Mere de Dieu, sur l’emplacemcnt d’un
temple d’idoles. En r£alit£, on voit d’apres le texte que ce couvent £tait dans les envi¬
rons de Takrit.
(2) Probablement le meme que le B. Kalita de B.H., Hist. Eccl., t. II,
col. 344.
(3) Repris par le ms. Saka.
(4) Cet architecte est £videmment cite par tous les auteurs, notamment par
Tarazi dans ‘ Asr us Surian ad dahabi, p. 61.
(5) Le nom devient d’Haskina dans le ms. Saka et Hasbina dans Lisan , Nov.-
B6c. 1948, n. 3-4, p. 21.
Rech. 23 — 28
434
ASSYRIE CHRETIENNE
d’Ezechiel entoure de chdrubins, sous lesquels etaient ranges les pro-
phetes. Les quatre pendentifs de la coupole logeaient, a la maniere
byzantine, les quatre evangelistes. Derriere Pautel siegeait la Vierge
Marie, entouree des Peres orthodoxes.
Le travail de construction et de decoration prit trois ans, de 1282
a 1285. Quand tout fut pret, on n’avait toujours pas retrouve les
reliques du titulaire dans le temple abandonn^. Ce fut le maphrien
qui re^ut revelation de leur position, apres un jeune spectaculaire sur
lequel Assemani est tres sceptique, qualifiant le tout de «fabula ad
excitandam populi religionem excogitata». Les reliques dument retrou-
vees a l’endroit indique par Bar Hebraeus et en sa presence, furent
transferees dans le nouveau temple, ou elles furent ensevelies en grande
pompe a cote de Pautel de droite. Mais auparavant le maphrien avait
voulu recompenser ceux qui avaient coopere a cette oeuvre magnifique,
notamment Parchitecte, qui re^ut une part des reliques. Avec les os de
Yohannan, on deposa des reliques des vieux moines de la Thebai'de,
reliques que Bar Hebraeus avait ramenees de son voyage en Occident.
On leur adjoignit encore des reliques des XL Martyrs Persans, que le
maphrien avait apportees de POrient. La date de la translation, 23
novembre, devint celle de la commemoraison, chaque annee, de ces
ascetes egyptiens et martyrs persans. Un grand banquet, dont fit les
frais Pemir Gamal ad din, qui est Nisan (1), clotura dignement ces
festivity. Un an plus tard, le maphrien mourait.
Un manuscrit conserve a Qaraqos (2) et du au calame de ‘Ab¬
dallah fils de Barsaume de Bartelli (f 1345), fut ecrit dans Peglise de
St-Jean fils des menuisiers, appelee «l,eglise des deux portes» on ne sait
pour quelle raison.
D’apres Mgr Barsaume, le couvent avait encore des moines en 1593.
(1) Get emir, inconnu par ailleurs, semble avoir reside a Bartelli, car il ne
figure pas dans les Diptyques de Karamlais. On aura remarque qu’a cote de son nom
arabe officiel, il portait aussi un nom chretien.
(2) Decrit par Mgr Abdal, p. 221-222, ms. de Tahira, n° 4.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
435
Quand il fut ddtruit, les reliques de Yohannan bar Nagard et de sa sceur
Sarah furent transporters a l’dglise de Ste-Smuni. Les ddcombres de ce
couvent sont de moins en moins visibles, dans le village meme de Bar¬
telli, au nord de la grand-route, tout a cot£ de celle-ci.
Le couvent des Quarante Martyrs
Avec les Quarante Martyrs Ton revient a Tun des lieux communs
de l’hagiographie, aux multiples legendes et aux sanctuaires innombra-
bles. Comme le dit sentencieusement Mgr Barsaume: «Ces Quarante
Martyrs sont mentionn^s dans le calendrier des saints !» (1).
L’origine de leur couvent a Bartelli est inconnue. La premiere men¬
tion en date de 1269, quand le pretre Yusif, fils de Harms, de Singar,
y copie un rituel des Rogations de Ninive, pour Fdglise de Mar Guorguls
a QaraqoS (2). L’intrus Bar Qinaya y rdsida en 1361.
Le couvent, qui fut ddtruit a une pdriode incertaine, peut-etre en
meme temps que Mar Ahudemmeh (3), se trouvait pres de l’ancienne
mare, au sud-ouest du village; on voit ses ruines a 200 metres de la
nouvelle Mar Guorguls, en direction de Basblta. Son pelerinage se c<51e-
bre encore le 9 mars.
Pour etre complet, mentionnons, entre Bartelli ct Karamlaiss, pres
du village actuellement Sabak, mais jadis chrdtien de BaSbIta (4), les
ruines dites de Mar Fidaros (Mar Thdodoros), dont les gens de Bartelli
cdldbraient la fete le premier samedi de Careme, en meme temps que
celle de S. Ephrem le Docteur Syrien. Cette date, que Ton retrouve dans
les mdnologes syriens (5), nous renseigne sur Fidentitd du titulaire, le
(1) Apergu , p. 200, n° 27.
(2) Mgr Abdal, p. 221, n° 3, et Mgr Barsaume, p. 609, n° 144. Ce mss. est
actuellement a l’dglise de l ahira a Qaraqos.
(3) D’apres Mgr Paulos Beiinam, Lis an, cit. p. 20, n° 16.
(4) Les Sabak , cit. p. 11, d’apres Mgr S. Sayegh, en donne le sens aram^en:
B. Swita, e’est-a-dire «le village pill^». D’autres y voient «le lieu plat».
(5) Nau, Martyrologes et menologes orientaux , I -XIII, cit., table p. 150. Une re-
marque marginale (p. 39) note que les Grecs en font memoire. — Peeters, R. Saliba
cit. p. 177; etc.
436
ASSYRIE CHRETIENNE
martyr Theodore (1) diversement connu comme le strateiate ou le
consent, et dit tantot d’Heraclee et tantot d’Amasea (2). Son culte
commenga en Thrace (a Euchaita, actuellement Tchorum, la ville de
Theodore) puis se repandit dans tout l’Orient (3), a 1’egal, dit le syna-
xaire grec, de celui de S. Georges, avec qui d’ailleurs il partage la qualite
de pourfendeur de dragon (4). Mgr Barsaume en signale une passion
syriaque qui le fait mourir en 363 (5), alors que les hagiographes mo-
dernes pencheraient plutot pour 319.
Sa memoire au premier samedi de Careme commemore un miracle
qu’il accomplit pendant cette semaine et dont les Grecs se souviennent,
si les Jacobites font oublie. C’est «la commemoraison du miracle du
ble bouilli que fit le grand parmi les martyrs» (6).
La scene se passe sous Julien l’Apostat, le traitre numero un du
magasin d’accessoires hagiographiques. Avec son imagination machia-
velique, cet empereur felon tente tous les moyens pour obliger ses anciens
correligionnaires a enfreindre leur loi. En la premiere semaine du careme
de 361, le tyran fait enlever du marche tout ce que les chretiens pour-
raient manger, et fait mettre a leur place des viandes de sacrifices, espe-
rant bien ainsi les forcer a rompre leur jeune. C’est alors que Theodore
apparait au patriarche Eudoxios et lui enseigne comment ravitailler les
chrdtiens : il leur fera manger du ble bouilli ! Confusion du persecuteur
et triomphe de la foi! Moralite, dit Mgr. ‘Assaf, qui veut jeuner ne
doit reculer devant aucune difficulty.
(1) Cf. Synaxaire de Constantinople , ed. Delaiiaye, p. 469, et Synaxaire (en arabe)
de V Eglise Grecque Catholique , par P Archimandrite Michel ‘Assaf (Harlssa, Liban,
1947 s., t. 6-7, p. 38-40) au 17 fevrier.
(2) Vies des Saints (Benedictins de Paris), t. II, fevrier (1936), p. 150-153 et
t. XI, novembre (1954), p. 280.
(3) Cf. Peeters, Bibl. Hag. Or., s.v. Theodorus Orientalis , Stratelates, Tiro, Orien¬
tals, Orientals et Stratelates, p. 255-258.
(4) Cf. H. Delehaye, Les legendes grecques des saints militaires , Paris 1909, p. 11-
40 et 127-201 (Appendices I a V, textes grecs).
(5) Lu'lu', cit. p. 180 et 662.
(6) Synaxaire Grec, cit. t. XIII, p. 7-8.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
437
En d’autres temps, on aurait dleve une statue a ce Parmentier
oriental, Finventeur du burgul , plat national du nord de Flraq (1).
Nos ancetres — que Dieu nous rende leur simplicity — lui dddierent des
eglises (2). Le «miracle du burgul » n’est plus connu que de nom dans
le petit peuple chr^tien; heureusement d’ailleurs, car souvent les mdna-
geres, lassees des fastidieux preparatifs que demandent les delicieux
derives du burgul (notamment le kubbi) sYcrient: «Je maudis le pere
de celui qui a invent^ le burgul! » Elies auraicnt certainement des scru-
pules si elles savaient sur qui retombent leurs imprecations.
Bibliotheque de Bartelli
Nous avons rencontre ici ou la des livres dcrits a Bartelli. Ceux qui
se trouvent actuellemcnt en la possession de la communautd syrienne
orthodoxe du village ont 6t6 signales par Mgr Barsaume. Les manuscrits
qui forment la collection des Syriens Catholiques sont conservds a Fdglise
de Mar Gudrguis (3).
Cette bibliotheque comprend une soixantaine de volumes, presque
tous liturgiques, datant pour la plupart du XIXe siecle. La perle de la
collection serait probablement une copie, datde de 1565, des Memrd de
Jean de Dara (4), ecrite par le moine Behnam, fils du pretre ‘Issa, du
quartier du Qal‘a a Mossoul. Une explication du Livre Saint, en gar-
shuni, datee de 1759 (5), contient un savourcux colophon en arabe
vulgaire de Mossoul, dcrit par le chammas Matti, fils du Maqdassi Yusif,
(1) A. Socin donnc la recette de preparation comme echantillon d’arabe
parie de Mossoul, dans Der Arabische dialekt von Mosul und Alar din , £DMG, XXXVI/
1882, p. 20-21.
(2) II y en avait egalement une autre a Mossoul, dite aussi Eglise de la Croix,
ou Eglise des Takritains; cf. Mossoul Chretienne , p. 28 s.
(3) Je remercie M. l’abbe Gabriel Gabburi qui m’a aide a faire l’inventaire
de ces livres, avec la permission du cure, M. l’abbe Quriaqos Lallo.
(4) Cf. Baumstark, Syr. Lit., s.v. M. Iwannis v. Dara , p. 277: Barsaume, Lu’liV,
p. 426-428. L’original de ce livre est peut-etre l’exemplaire plus ancien qui se trouve
a l’archeveche syrien orthodoxe de Mossoul; signaie par le meme, p. 427, n. 2.
(5) No 3.
438
ASSYRIE CHRETIENNE
sur les malhcurs des annees 1756-1758. Secheresses, sauterelles, pillages
des Albu Hamad, ne cessent que pour laisser place au grand froid; le
Tigre lui-mcme est geld, et on marche dessus pendant 21 jours. La fa¬
mine qui en resulte n’est allegee que par la multiplication des oeufs de
cailles, dont on se nourrit pendant deux mois, et par la croissance extra¬
ordinaire des chardons et des siliques. On fait meme du pain avec des
graines de chardon. La derniere annee est la pire; beaucoup meurent
de faim, on en arrive a vendre les enfants pour un qurus ou meme moins.
Malgrd une chute de grelons dont certains atteignent la taille d’un oeuf
de poule, les circonstances redeviennent normales, et les champs pro-
duisent cinq pour un.
L’annde 1791 est encore une annee de cherte, si Ton en croit un
Gazo (1) ecrit par un certain Ishaq de la famille Razqallah; et 1879
connait egalement une famine et la vie chere a Mossoul, Erbil et Ker-
kouk, d’apres un recueil de lectures et d’anaphores (2).
On remarquera dans les colophons de ces livres la frequence du
titre de Maqdassi, qui temoigne de la popularity du pelerinage a Jeru¬
salem au XI Xe siecle. Ainsi, un recueil d’anaphores date de 1858 (3)
est ecrit par le chammas maqdassi Thomas, fils du maqdassi Muse et
de la maqdassia S <5de, de Qaraqos, pour le pretre Potros de Bartelli.
Tel est, je crois, a peu pres tout ce que Ton sait de l’histoire de «ce
village chrytien, pas longtemps avant d’arriver a Mossoul, oil Ton voit
de grandes eglises neuves», ce village qui fut si intimement lie a Phistoire
de l’Eglise Syrienne, et lui donna plusieurs de ses gloires.
II nous suffira maintenant de nous deplacer de dix kilometres vers
le sud pour trouver un autre village, egalement syrien, mais entierement
different a tous les points de vue, que les liens les plus forts unissaient
aTakrit et a ses maphriens, alors que Bartelli s’etait toujours tourny vers
Mar Matta, dont il soutenait la lutte contre Takrlt. Gcla aura yte pour
(1) Sans numyro.
(2) Ibid .
(3) N° 1/1.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
439
Bartelli une pietre consolation que de voir les maphriens, fuyant Takrlt
ddchristianisde, venir chercher refuge en leur village qui avait et 6, dans
les siecles prdcydents, un des bastions de l’opposition.
2. — Qaraqos
De I’histoire de Qaraqos, comme du contact avec le village d’au-
jourd’hui, une impression tres forte se ddgage, faite a la fois de simplicity,
de solidity, de fidyiite a la religion. Presque spontanyment, le compliment
que le Christ profyrait a l’dgard de Nathanael vient a l’esprit. A travers
les fastes et les malheures des siecles, on trouvera toujours les Qaraqo-
chiens inebranlablement attachys a leur Eglise Syrienne; apres tout, ne
sont-ils pas les heritiers de ces Takrltains qui lui avaient gagny et gardy
son «orthodoxie» farouche?
«Alors que la proclamation, dans les Diptyques , du nom du maph-
rien avait quelquefois yty supprimee dans la region de Ninive, sous fin-
fluence des mytropolites de Mar Matta, dit Bar Hebraeus (1), Qaraqo§,
du debut jusqu'a la fin, ne se separa jamais de la communion du maph-
rien.» Quand les Alattdens firent emprisonner le maphrien, ce fut en
grande partie grace a fargent de Qaraqos qu’il fut rachete. Et lorsque
la paix fut rytablie entre les rebelles et le prelat, «ce fut une grande joie
pour ses amis de Qaraqos ».
Ce qui ytait vrai au debut du XIIe siecle, le restera au milieu du
XIIIe, quand les bons Samaritains des maphriens aideront celui de leur
temps a recueillir fargent dont il a besoin pour se gagncr, dans sa lutte
contre les rebelles de Alar Alatta (2), les faveurs du maitre de Mossoul.
Aussi ne doit-on pas s’etonner que, supreme marque de confiance, le
maphrien ait une mule lui appartenant, en pension permanente a Qara¬
qos (3). On a vu aussi que, selon la coutume, le maphrien descendant
(1) II, col. 319-322.
(2) II, col. 1424 et Armalet, 69.
(3) II, col. 324. — Quand Bar Kutela accusera le maphrien de ne pas lui avoir
donne la mule a laquelle il avait droit, le juge de Mossoul fera prendre la mule du
maphrien a Qaraqos.
440
ASSYRIE CHRETIENNE
de Mar Matta rendait visite a Qaraqos avant de se rendre a Bartelli (1).
L’histoire du village et de ses eglises est facile a etudier, car Ton
dispose d’un guide precieux en la personne de Mgr Ephrem ‘Abdal,
supdrieur de Mar Behnam, qui a consacre a son village natal 22 pages
denses de son histoire du couvent (2).
Le village
Qaraqos est presque une petite ville, puisqu’il compte 7.251 habi¬
tants (presque autant que Tell Kaif), sur lesquels 850 feux, soit plus de
6.000 ames, sont catholiques.
Le nom actuel est turc. Qarah Q5s veut dire «l’oiseau noir». Ce
nom serait apparu au XVe siecle, lors de la conquete ottomane (3).
Mais, jusqu'a nos jours, le village s’appelle en soureth, langue des chre-
tiens, Bagdede. Quant a l’origine de ce dernier nom, certains y voient
une deformation de Tarameen Bet DIta, le village du milan noir, ce qui
rejoindrait le nom turc (4) ; mais la plupart l’interpretent en Ba Hu-
daida, du persan «maison des dieux», denomination qui lui aurait ete
conferee par les Sassanides et que les legendes tardives vont essayer de
justifier. Herzfeld suggerait une autre origine persane, Hadadad, don
de Dieu (5), mais personne ne semble avoir retenu cette opinion. Dans
Assemani (6) le nom est devenu «Beit Cudida».
C’est sous le nom de Bahdaida que la locality figure dans Yaqut
et dans Ibn cAbd il Haq (7), qui n’en disent pas grand-chose, sinon
que c’etait «un village ancien, presque une ville ». II est devenu Qaraqos
(1) Cf. B.H., II, col. 344 et B.O. , II, p. 451. — Le protocole des visites maph-
rianales, figeant dans le droit ce qui s'etait passe pour Ignace Lazare en 1 153, est bien
resume dans Dafaqat , p. 79-80.
(2) En arabe, Mossoul 1951, p. 214-236.
(3) Sumer 1952, cit. p. 272 et Researches , p. 90-91.
(4) An jVagm, 11/1930, p. 42, reponse de Mgr Sayegh.
(5) Reise, II, p. 312.
(6) Suivi bien sur par Le Quien, et aussi par Cuinet, II, p. 829.
(7) Mu1 2 3 4 5 6 7 gam, I, 458 et Marasid, p. 1 15, cites par Mgr Abdal, p. 219, et Sumer, etc.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
441
pour Yasin al ‘Omari (1) qui y situe un relai de la poste ottomane, a
une dtape de Mossoul. Pour nous, il sera aussi toujours Qaraqos, meme
si l’emploi du nom peut comporter, avant le XVe siecle, un anachronisme.
Le lecteur voudra bien nous la pardonner, a cause de la simplification.
Quelle que soit Torigine lointaine de Qaraqos, en qui certains veu-
lent voir le Resen de la Bible (2), la tradition locale, s’appuyant sur
«un manuscrit syriaque ancien», retarde sa christianisation jusqu’au
VIIe siecle, date a laquelle le village aurait dt d converti par Jean de
Dailam. Or, ce manuscrit «ancien» ne date que de 1636 (3), et je crois
avoir suffisamment prouve ailleurs (4) que Jean de Dailam ne fit aucune
fondation dans la region. J’ai encore pu, depuis la publication de mon
etude sur le sujet, consulter le manuscrit de Birmingham de la vie de
Jean de Dailam (5) ; on y trouve bien les exagdrations et la ldgende
«inepte fabulosa» que qualifiait ddja le P. Peeters, mais sans aucune des
attaches locales surajoutdes et des distorsions de noms geographiques qui
permettent de transporter de 2000 kilometres le theatre des exploits
du thaumaturge.
D'ailleurs, pourquoi torturer Ehistoire pour obtenir un patronage
honorable, puisque nous sommes surs maintenant que Qaraqos dtait
deja chretien avant qu'il soit «dvangelise» par Jean de Dailam. II l'dtait
ddja si bien qu’on le voit changer de secte vers 615 et passer du nesto-
rianisme au monophysisme (6). II fournit meme a sa nouvelle religion
un prosdlyte dangereux nomine Sawur. En effet ce dernier convertit
(1) Muniat al Udaba\ p. 160 (f 1744).
(2) Oppert, Expedition en Mesopotamie, I, p. 309, cite par Mgr Abdal. — Depuis
le colonel Rawlinson, en 1851, on penche plutot pour chercher Resen a Sdllamlyaj
cf. s.v. Researches , p. 85-87 et note 295.
(3) Ms. garshuni de Mar Behnam, lacuneux au ddbut et a la fin, mais signe
(fol. 135) par le pretre Ibrahim, fils de Mas‘ud, fils de Barsaume, fils d’Ishaq, du
pays d’as Sawr, du village de Qaluq.
(4) Proche-Orient Chretien (Jerusalem), X/1960, p. 195-211.
(5) Ms. Mingana 543.
(6) Researches ne trouve «rien qui merite d’etre cit6 avant le XI Ie s.».
442
ASSYRIE CHRETIENNE
«les moines d’un certain couvent nestorien» (si seulemcnt l’auteur avait
dit lequel!) qui deja passait pour etre favorable «au monophysisme, puis
se declara ouvertement partisan de Sawur». Ce fut ce propagandiste qui
poussa l’audace jusqu’a aller trouver dans son cachot le confesseur
Iso‘sawran, et «le bienheureux, qui n’entendait rien aux discours theo-
logiques, l’ecouta avec interet». On devine que la meme mdsaventure
dut arriver a beaucoup, qui n’eurent pas toujours des disciples pour leur
«expliquer le sens des paroles de Sawur».
Mais comme ce point bouscule fhistoire regue de Qaraqos, je dois
expliquer sur quels arguments je base ma conclusion. La clef se trouve
dans V Histoire du Martyr Isrfsawran , par Iso‘yaw III, editee en chal-
deen et resumee en frangais par J. B. Chabot (1). On y voit apparaitre
«fapostat de B. Hudaida dont il a ete question plus haut». Or, plus
haut, on a parle successivement de deux apostats. L’un, Mihrkust, a ete
cite au chapitre XVI comme ayant embrasse le magisme. Ce ne peut
etre lui qui est vise ici, puisqudl est originaire de la region de Marga,
et B. Hudaida ne peut absolument et a aucune epoque etre considere
comme appartenant a Marga. C’est done le deuxieme apostat auquel il
est fait allusion, le «partisan de Severe, nomme Sawur», avec qui nous
avons fait connaissance au chapitre XVII. Si cet individu, B. Hudaidien
jacobite, est appele «apostat», c’est qu’avant de clevenir monophysite il
avait pratique la religion de l’auteur, le nestorianisme. On se souvenait
encore de cette apostasie, et 1’homme etait encore en vie au moment ou
Isocsawran etait en prison depuis dix ans, e’est-a-dire en 615. Il n’y a
done aucun doute que fapostasie de B. Hudaida etait recente, et pro-
bablement encore en cours a cette date.
Ceci d’ailleurs concorde parfaitement avec tout ce que nous savons
du grand glissement de terrain qui se produisit au debut du VI Ie siecle
dans la region de Ninive. B. Hudaida, comme la plupart des villages des
environs, etait d’abord nestorien; il devint monophysite au debut du
VIIe siecle, et Jean de Dailam n’y a jamais mis les pieds.
(1) Archives des Missions Scientifiques et Litter aires, VII/1897, p. 499.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
443
II faudrait avoir dcs renseignements prdcis sur le peuplement de la
region au VIIe siecle pour savoir si vraiment les habitants primitifs de
Qaraqos Staient, comme on le dit, aramSens. En tout cas des apports
de sang nouveau eurent lieu au XIe et XIIe siecle, au moment ou des
dmigres de Takrlt vinrent se fixer au village. Les families de Takrit sont
encore connues (1). Un de leurs membres, un Habas, signait encore en
1888 un manuscrit de Sarfet, «le pretre Ya‘qub... de la ville de Takrlt,
habitant au village de Hudaida» (2), et e’est encore langage courant
a Qaraqos de parler de «nos cousins de Takrlt». Cependant je ne com-
prends pas le mot de Yaqut (3) disant que «la plupart» des habitants
de Qaraqos etaient chrdtiens. On n’a gardd nulle part le tdmoignage de
la prdsence dans le village d’une minoritd non chrdtienne (4).
On ne sait vraiment que peu de choses de fhistoire du village.
Plusieurs maphriens y vdcurent et y moururent, dont Jean IV de Sarug
(1 165-1 188), qui tomba de la terrasse de fdglise ou il dormait la nuit (5)
et dont le corps fut transports a Mar Matta, et Dioscore Behnam II
(1415-1417) (6) qui fut enterrS a Mar Behnam. Nous verrons le cas des
autres quand nous parlerons des tombes de la vieille Sglise d’at Tahira.
En 1171 les gens de B. Hudaida participerent, avec ceux de Bartelli
et des autres villages chrStiens, a la defense du couvent de Mar Matta
contre un raid de Kurdes (7). Peut-etre y a-t-il une relation de cause
a effet entre ce raid et le dSpart vers Jerusalem d'un moine de Mar
Matta, originaire de Qaraqos et nomme Isa‘ya, scribe fameux (8).
(1) Mgr Abdal en nomme quelques-uns, p. 215, n. 3.
(2) Cat. Armalet, p. 133; cp. Add. 2019 de Cambridge, Cat. Wright, p. 582,
Scrit en 1452.
(3) Mu1 2 3 4 5 6 7 8 gam, I, p. 458; Marasid , I, p. 148.
(4) Comme le pretend W. Hende, Voyage up the Persian Gulf, London 1818,
p. 215, cite par Researches , p. 90, n. 316.
(5) M.S., III, p. 402; B.H., II, col. 374.
(6) Armalet, n° 75; Abdal, p. 77, 161, 217.
(7) Ms. de Mar Behnam, cite par Abdal, p. 218, n. 4.
(8) Barsaume, p. 488.
444
ASSYRIE CHRETIENNE
Un peu plus tard, on retrouve deux freres originaires de ce village,
R. Bakos et R. Sargis, fils de Matta, fils de Moise, fils dTsaie, moines
au convent de la Mere de Dieu dans la montagne d’Edesse, puis au
couvent du meme nom en Thebaide. La carriere de scribe de Bakos a
ete etudiee par M. fabbe J. Leroy (1), elle s’etaie sur les annees 1229-
1250/1. A cette derniere date, son frere Sargis etait ddja mort.
Le village eut evidemment sa part de pillages et de massacres. II
re^ut la visite des Kurdes en 1261, et ceile des Mongols au temps meme
de Bar Hebraeus, qui pourtant ne semble pas mentionner le fait; on
parlera de ces deux evenements a propos des couvents qui subirent leurs
ravages. En 1288, douze jeunes gens de B. Hudaida furent tues sur la
route de Mossoul, au cours d’une bataille entre Turcs et Mongols (2).
Un seul nom de «prince» de Qaraqos a ete garde, c’est Nur ad Din,
qui figure, en 1364, parmi les «orientaux» qui demandent au patriarche
un maphrien (3), et qui re^oit plus tard ce maphrien, quand il visite
son village.
On ne sait rien de l’histoire du village aux XVe, XVIe et XVIIe
siecles. Tout au plus quelques manuscrits y sont-ils copies, que nous
retrouverons dans leurs eglises respectives, et un Matta de B. Hudaida
apparait-il comme moine en Egypte, au couvcnt de Ste Marie Mere
de Dieu, en 1585 (4).
On entend a nouveau parler de Qaraqos, tragiquement, quand il
est pille par les soldats de Nadir Sah en 1743. Plusieurs recits du pillage
(1) Dans Orient Syrien , VII/1962, p. 103-120. — Il y aurait eu pres d’Edesse
deux couvents de la Mere de Dieu, l’un dit «dcs solitaires» (cf. Anonymi Auctoris Chro-
nicon, ad A.D. 1234 pertinens , C'SCO , v. Chabot, n° 12, p. 142), et l’autre «des etrangers»
(ibid., p. Ill), reunissant les moines non-edesseniens, d’apres l’abbe Leroy. Ce n’est pas
impossible, car il y avait jadis a Edesse un «couvent des Orientaux» (J. d’Ephese,
Lives , cit. p. 566), cependant on ne peut oublier que le mot «etranger», comme celui
de «solitairc» est souvent synonyme de moine. Si l’on a appel£ un couvent «le couvent
des solitaires», on a pu aussi bien appeler lc meme «le couvent des ^trangers».
(2) Chronography, t. I, p. 477.
(3) B.H., II, col. 520.
(4) Ms. du B.M., Cat. Wright, p. 1146.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
445
nous sont parvenus. Le plus celebre a etd dcrit par le chammas Habas
ibn Gum^, copiste de huit manuscrits de la bibliotheque de Qaraqos,
sans compter ceux qui sont disperses a travers le moride (1).
D’apres ces recits, les habitants du village, qui compte alors vingt
pretres et cent vingt chammas, s’enfuirent a Mossoul, a 1 'invitation de
Hussain Pacha, emportant ce qu'ils avaient de plus precieux. Quatre-
vingts hommes seulement resterent au village. Le lendemain de l’As-
somption les Persans arriverent, depouillerent les hommes de leurs vete-
ments, mais n’en tuerent qu’un seul, et pillerent le village et ses dglises (2).
Quand les Persans furent partis et le siege de Mossoul levd, les habi¬
tants revinrent et sous la conduite dnergique de Kards, dveque de Mar
Behnam, releverent les ruines. Une des sdquelles du siege devait avoir
les consequences les plus lourdes pour Qaraqos, les entrainant dans de
couteux proces qui sont a peine terminus: pour rdcompenser Hussain
Pacha al Gallli de ses services pendant la defense de Mossoul, le sultan
Mahmud Ier «lui accorda la libre propriety d'un grand village appeld
Qaraqos » (3).
Le retour au catholicisme devait commencer pas longtemps apres
^e milieu du XVIIIe siecle. Vers 1761 les Syriens Catholiques obtiennent
la permission d’elever un autel dans le B. Sohde de Ldglise de Mar
Guorguls; puis on leur cdda l’eglise toute entiere de St-Jacques l'lntercis,
qui £tait en ruines (4). En 1837 eut lieu le partage des dglises, tel qu'il
est encore actuellement (5). Selon Mgr Abdal, la population du village
(1) Ms. ddcrit in Abdal, p. 223, n° 8; id., Barsaume, p. 137, n° 58. Sa tra¬
duction fran^aise par Pognon a deja 6te citee. — Le P. Lanza (qui arriva a Mossoul
en 1754) donne un resume, inedit, des ev^nements dans sa Compendiosa Relazwne Istorica.
(2) Les debuts de cette guerre avaient 6te racont^s par le meme chammas, en
1737, dans le ms. n° 7 de Qaraqos (Abdal, p. 222-223). Le malheureux croyait s’en
etre tire avec une periode de cherts, et se r^jouissait de la paix conclue entre les deux
sultans en 1736!
(3) N. Siouffi, Inscr. de Mossoul , ms. texte fran^ais, p. 37 (1881).
(4) Abdal, p. 235.
(5) Mgr Naqqasa, ' Inaya, p. 546. — Je note ici, ne pereat, une hvpothese sur
la lettre n° 12 contenue dans le ms. syr., Add. 10.967 du B.M. {Cat. Rosen Forsiiall,
446
ASSYRIE CHRETIENNE
compte aujourd’hui 1300 families syriennes catholiques et une minorite
jacobite.
Ajoutons pour terminer que les vicissitudes eternelles de la vie des
campagnes ont affecte Qaraqos comme les autres villages: de nombreuses
families font quitte pour sdnstaller dans les villes. En 1934 on estimait
a cent le total des families qui avaient deja emigre a Bagdad.
Eglises de Qaraqos
II y a, a l’interieur du village, huit eglises: cinq aux mains des catho¬
liques et trois des jacobites (1). Les dglises jacobites ont dte thudiees par
Mgr Paulos Behnam en 1949 (2); Mgr E. Abdal a fait une dtude d’en-
semble dans laquelle il a reuni la plupart des textes de base (3).
Les deux Tahira
La premiere eglise, celle qui frappe le visiteur qui arrive de Mossoul
par Bartelli et Karamlaiss, celle que remarque de loin le passager des
Iraqi Airways qui, allant de Mossoul a Kerkouk, passe quelque part au-
dessus de Mar Behnam, est l’eglise nouvelle d’at Tahira, lTmmaculee.
Commencee en 1932 et inauguree en 1948, cette eglise est la plus grande
d’lraq. Elle a 54 metres de long sur 24 de large. Sa construction s’eleve
comme un temoignage de la foi de ce peuple, hommes, femmes et enfants,
qui y travailla de ses mains, et de la douce tenacite de l’archeveque
syrien catholique de Mossoul en ce temps -la, Mgr Cyrille Georges Dallal,
de pieuse mdmoire (f 1951).
S’ouvrant sur la meme cour interieure se trouve l’ancienne at Ta-
• •
hira. Cette eglise, qui a trois nefs et trois autels, se presentait encore en
cod. LXVI). Cette lettre accompagne l’envoi fait par «Matta, fils de Hadaya» a
«l’eveque des Syriens de Mossoul, ‘Abdul ‘Azlz», de la dime de deux ans. D’apres les
noms, cette lettre me semble provenir de Qaraqos et peut etre dat6e des environs de
1811 (cp. avec le cod. garshuni I du meme catalogue). An debut du XIXe siecle, les
Jacobites de Qaraqos payaient une dime annuelle de 50 qurus d’argent a leur eveque.
(1) Mgr Barsaume en donne une liste dans Aperfu, cit. p. 200.
(2) Lisan , cit., 1/1949, p. 38 s.
(3) Abdal, p. 228-234.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
447
1961, sauf quelques details, telle qu’elle avait dtd restaurde en 1745, par
l’eveque Kares, apres qu’elle eut dtd briilde lors de l’incursion persane.
La relique la plus ancienne semble etre sa cuve baptismale hexagonale,
couverte d’inscriptions liturgiques, et qui se trouve contre le mur de
droite, en haut de la partie de l’dglise rdservde aux femmes. Le cotd qui
regarde les portes prdsente une croix sculptee et un petit personnage en
relief assez grossier et assez indistinct, peut-etre un moine nimbd? Le
panneau voisin, en allant vers les autels, porte la date de 1832 de fere
grecque, soit 1521. L’auteur de l’inscription est un certain «Yohannan
du couvent».
Une date plus ancienne se trouvait, il y a quelques annees encore,
dans la chambre dcs tombeaux. Malheureusement le mur qui separait
cette salle de la chapelle voisine a dt d abattu, et les pierres tombales
qu'il portait ont disparu. Je regrette de n’avoir pas notd les ddtails en
son temps, je sais seulement que Tune des tombes dtait celle d’un pretre
mort en 616 de l’Hdgire, soit 1219 de notre ere.
Sur le mur de droite de cette chapelle, la premiere pierre tombale
en allant vers l’autel est celle du maphrien Basile ‘Aziz; elle est datde
de 1798 des Grecs, 1487. Pognon (1) avait ddja releve cette inscription,
et aussi la contradiction qu’elle prdsente avec le texte de Bar Hebraeus,
lequel dit bien que ce maphrien mourut ici, mais fut enterrd a Mar
Behnam (2). En fait, sa tombe est a Qaraqos, et n’a jamais dtd men-
tionnde au couvent (3).
Une autre tombe signalde par Pognon a son inscription a peu pres
a hauteur d’homme, en face des portes de la chapelle, sur la saillie de
l’arcade oil jadis se trouvait le mur. C’est celle du maphrien Basile, mort
en 1819 des Grecs, soit 1508 de notre ere. Bien que Pognon n’ait pas
(1) Pognon, Inscr. Sem., p. 130-131.
(2) B.H., I, col. 834; II, col. 546; suivi par B.O., II, p. 462; Diss., p. 169,
49; Le Q., II, col. 1557; Armalet, n° 78; DHGE , VI/1932, col. 1146-1147, s.v.
Basile VII; Abdal, p. 78 et 229.
(3) Liste des tombes dans Abdal, p. 161-162.
448
ASSYRIE CHRETIENNE
identifie ce personnage, 1’on a affaire a Basile Ibrahim, qui devint
maphrien en 1496 (1), et habita un certain temps a Mar Behnam. La
date de sa mort, 1508, etait connue (2), sauf de quelques auteurs (3)
qui la mettaient par erreur en 1527. Les historiens des maphriens auront
a combler (ne serait-cc que par le mot: vacance) le vide ainsi cree dans
leurs listes de 1508 a 1528.
Nous avons vu que c’est de la terrasse de cette eglise qu’etait tombe,
en 1188, le maphrien Jean IV; il en mourut et son corps fut transports
a Mar Behnam (4).
D'apres un «manuscrit ancien» de Mar Behnam (5), tous les tre-
sors de at Tahira furent pilles en 1508.
En 1743, quand les habitants evacuerent le village devant les
troupes de Nadir Sah, ils entreposerent dans cette eglise les portes des
maisons et tout ce qu’ils n’avaient pu emporter a la ville. Cette accumu¬
lation de bois etait trop tentante pour les Persans qui y mirent le feu,
incendiant en meme temps Feglise et les livres qui y restaient (6).
Heureusement cependant, les precieux manuscrits de Feglise avaient pu
etre mis en lieu sur, et une soixantaine out survecu, que Mgr Abdal
recense sous le titre de «la bibliotheque de Qaraqos» (7). Le volume
le plus connu en est certainement celui de Foffice des fetes de la Ste
Vierge, de 1746, qui decrit la derniere tentative persane contre Mossoul
et les ravages des assaillants dans les villages.
Ap res la tourmente, Feglise d’at Tahira fut la seconde de Qaraqos
a etre «conservee et restauree» par Feveque Kares.
Le cadre de sa porte exterieure porte la date d'une restauration tres
(1) Armalet, n° 80; B.O., II, p. 462; Diss., p. 170, n° 51.
(2) Ref. in Abdal, p. 87, n. 5.
(3) Armalet, n° 80, suivi par table Hindo.
(4) Deux mss. ecrits de la main de ce prelat sont mentionnes par Abdal,
p. 222, n« 5.
(5) Cite sans autre reference par Abdal, p. 229, n. 2.
(6) Recit du chammas Habas, trad. Pognon, p. 502.
(7) Cit. p. 220-226.
Pl. B. Qaraqos, baptistere de 1'eglise d'al-Tahira (1521)
Pl. C. Qaraqos, sculpture de Peglise
des Bne Smuni (1148 ?).
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
449
limitee: 1925. Cette porte a remplacd celle qui fut tdmoin, je devrais
dire qui fut prise a tdmoin, de l’achat d’un manuscrit de 1705 des
Ethiques de Bar Hebraeus, actuellement au British Museum (1).
Un vol dont fut victime feglise d’as Sayida a Qaraqos est relate
dans le colophon d’un volume des offices d’avant Noel, datd de 1863 (2).
Les portes du sanctuaire, meme celles de fautel, furent emportdes, ainsi
que toutes les images, ornements liturgiques et vases sacrds.
Tout recemment des fenetres ont et 6 percdes, les portes remplacdes,
finterieur replatrd et peint. C’est une dglise neuve de plus qui a remplacd
une ancienne.
Bne Smuni
Smuni et ses fils les Macchabees sont parmi les saints les plus popu¬
lates de la region. Comme patrons d’eglises, ils ne cedent le pas qu’a
S. Georges, et on a pu denombrer seize dglises a leur nom en Iraq, rien
que pour les catholiques (3).
La petite eglise qui leur est consacrde ici est aux mains des Jacobites.
Elle se trouve sur un tell, au sud du village, et son plan — avec portes
de face — prouve son antiquite.
La porte sculptee de fautel, malheureusement aujourd’hui ddfigurde
par plusieurs couches epaisses de peinture bariolee, est certainement le
monument le plus inffiressant de Qaraqos.
Le personnage, jadis central, du linteau, a dte ddcrit par Miss G.
Bell (4) qui en a donne un sketch rapide. C’est une figure feminine,
assise a la tailleur, les mains etendues latdralement, entre deux lions
symdtriques.
Mais ce que personne ne decrit (comment le pourrait-on ?) ce sont
(1) Cod. LV (Rich 7196), Cat. Rosen Forshall, 1838.
(2) Bibliotheque catholique de Bartelli, n° 3/2.
(3) Bull, du Seminaire Syro-Chaldeen S. Jean a Mossoul , 1942, p. 159 (P. Omez).
(4) Qui appelle l'eglise Mar Shim‘un; cf. Arnurath to Amurath, 1911, p. 264 et
fig. 175. Cp. avec le personnage de Bab at Tillism dc Bagdad, assis entre deux serpents
a gueule ouverte (Preusser, cit. pi. 16).
Rech. 23 — 29
450
ASSYRIE CHRETIENNE
les petits personnages des montants de la porte, tous identiques. Ils sont
imberbes et ont les yeux modestement baisses. Un diademe a trois petales
les couronne, et un voile leur tombe de chaque cote de la tete, jusqu’aux
epaules. Leur main droite, repliee sur le milieu de la poitrine, laisse
(autant qu’on peut s’en rendre compte) findex etendu comme dans un
geste d’enseignement. La main gauche, qui retombe negligemment sur
le giron, tient une espece d’dventail pendant, constitue par cinq fuseaux
de longueurs inegales. Ajoutez a cela la petite juppe un peu bouffante
s’arretant au mollet, et les deux petits pieds poteUs sagement align^s,
tous les deux tournes vers la gauche, sur le bas du cadre, et vous aurez
les plus ravissants petits Macchabees du monde.
Le decor floral des autres medallions est typique des entrelacs ab-
bassides, ici sur pierre, ailleurs sur brique.
Une inscription strangudlie donne la date de cette piece interessante,
mais les lectures proposees varient du VIIIe au XVIIIe siecle. Heureu-
sement Ton possede une piece a peu pres identique, qui semble bien
etre l’oeuvre du mcme artiste; c’est le mikrdb trouve a Gu’ Kummet, a
trois quarts de mille au sud-est de Singar, et qui est garde actuellement
au Musee de Bagdad (1). Or ce dernier monument est datd avec
certitude de 1148. Nous pouvons done situer la porte de Qaraqbs au
temps du maphrien Ignace Lazare (1143-1164) et peut-etre meme
l’attribuer a sa generosity. Lui qui avait bati une eglise a Bartelli
rebelle, devait bien une porte a Bahdaida fidele.
Les amateurs de folklore trouveront dans la meme eglise de quoi
yveiller leur curiosity. Depuis avant 1911, chaque annye, a la fete de
Ste Smuni, e’est-a-dire le 15 octobre oriental, se reproduit le «miracle»
du defile en ombres chinoises, sur le haut du mur intyrieur de feglise,
de toute la famille martyre. Comme le dit une touriste: «Les femmes
qui vculent des enfants ou ont quelque autre souhait a formuler, lancent
(1) Gf. Gerald Reitlinger, Medieval Antiquities West of Mosul, in Iraq, V/1938,
part. 2, p. 151 et pi. XXIV, fig. 14-15; pi. XXV, fig. 16-17. Reproduit egalement
dans al Mawsil fil ‘ ahd il Atabiki , par M. Sa‘Id ad Dewah6i, Bagdad 1958, fig. 40.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
451
leurs mouchoirs vers les ombres saintes. Si leurs voeux sont agrdds, les
mouchoirs restent accroches au mur» (1). D’autres personnes m’ont
affirmd avoir vu le kaleidoscope sacrd au cours de visites privies. Je ne
Pai jamais vu moi-meme.
On ignore tout de Phistoire de cette dglise, a part ce que nous en
chuchote la porte ouvragde. Un manuscrit a <5t e copid, en 1728, dans
«Peglise de Mart Smuni, ses sept fils et fddazar leur ma!tre» (2).
Mar Zena
Le titulaire est un moine jacobite du VIIe siecle. Cependant il faut
feuilleter beaucoup de martyrologes et de mdnologes, de recueils de vies
de saints et de catalogues de manuscrits, avant d’en trouver une trace.
Sur les treize mdnologes publids par Nau, seul le dernier, un feuillet d’une
liste sans date attribute a Jacques d'Ldesse ( ?), mentionne au 22 novem-
bre, «Mar Zdna», sans commentaire (3).
A la meme date, le calendrier arabe pour le diocese syrien catho-
lique de Mossoul, publid en 1877, est un peu plus explicite: «A Ator,
Zena et sa sceur Sarah. Ils dtaient enfants des rois d’Ator, puis vinrent
au Christ. C’est pour cela qu'ils furent mis a mort.»
Mgr Barsaume signale que sa bibliotheque patriarcale possede un
texte arabe, «revu et augments apres Pan 1 000 », de la legende de «Zdna,
dveque de Ba Rimman, syrien, martyr, et sa sceur Sarah, en 629» (4).
Le savant patriarche donne un rdsumd de ce texte prdcieux, bien que
tardif, dans une r^ponse a une question de M. G. ‘Awvvad, publide par
ce dernier en appendice a son Sabusti (5).
J’ai pu dgalement lire la ldgende telle qu’elle se trouve dans un
(1) Mrs. E. S. Drower, Peacock Angel , London, Murray, 1941, p. 66. L’auteur
y a vu «le roi martyr, sa femme Mariam et leurs sept enfants» (?).
(2) Ms. de l’dglise de Mar Guorguls de Qaraqos; cf. Abdal, p. 227, n° 4.
(3) P.O. , t. X/ 1912, p. 132 (cod. Vat. Borg. Syr. 124).
(4) Al Lu'lu ’, cit., 2e £d., p. 188, note 1, n° 5.
(5) Appendice n° 27, p. 293.
452
ASSYRIE CHRETIENNE
manuscrit sans date dc Bartelli (1), mais qui semble bien du XIXe
siecle. Elle y occupe les pages 123 recto a 138 verso.
Plus discrete que le «Kalendar», la legende n’avoue pas tout de
suite l’origine royale du heros, dont la soeur s’appelle inevitablement
Sarah, selon la meilleure tradition.
Gependant, le lieu d’origine du saint fait difficulte. D’apres Mgr
Barsaume, il est de «Horsabad», c’est-a-dire al Bawazlg et Ba Rimman;
d’apres le manuscrit Gallo, il est ne a «Ator de Hadqabad, qui est
Bawazlg, au village de Tell as Sultan». Faute de pouvoir retrouver Tell
as Sultan, on remarque cependant que les deux textes tournent autour
de Bawazlg. Peut-etre se trouve-t-on en face de deux corruptions
differentes du nom de Narsibad (2), une des localites jacobites du Ba
Rimman, c’est-a-dire de la zone nord-ouest de la province du B. Gar-
mai, en dessous du Petit Zab et a Test du Tigre, en face de Takrit.
C’est en effet comme une partie du cycle de Takrit que la legende
se presente, et c’est dans la mouvance de Takrit que le culte du saint se
propage. En plus de 1’eglise de Mar Zena de Qaraqos, dont la parente
avec Takrit apparait de toutes parts, c’est parmi les eglises des Takrltains
a Mossoul que Ton trouve une autre Mar Zena (3). Fait curieux ce¬
pendant, et malgre ce qu’en dit Ugo Monneret de Villard (4), le saint
(1) Ce ms., mesurant 22 cm. 5 X 16,5 et comprenant 24 cahiers de 8 fol.
chacun, appartena t au chammas syrien othodoxe Saba Ishaq Hannuna, de la fa-
mille Sabti Gallo, qui mourut vers 1914/1915. Les quatres derniers feuillets, dont le
colophon, manquent; la seule datation possible est fournie par le colophon qui finit
l’histoire: «termin6 au milieu du careme, le 30 mars».
(2) Evech£ jacobite, dont deux titulaires sont connus, §arbel vers 780 et Ellya
en 834 ( Apergu , p. 197). — EIonigmann lui a consacre une longue notice (Lc Convent
de Barsauma , p. 161-162) sans remarquer que sa relation parait evidente avec Hagla,
qui est sur la route arabe. Mgr Armalet Eavait deja dit: Narsabad est un des villages
de Takrit (Armalet, n° 44); nous pouvons ajouter: sur l’autre rive du Tigre.
(3) Cf. Mossoul Chretienne , p. 33-34.
(4) Il libra della peregrinazione nelle parti d'Oriente , di f rate Ricoldo da Monte Croce ,
Rome 1948, p. 74. D’apres Bar Hebraeus, auquel se refere l’auteur, l’eglise de S.
«Z<hion» (?) dont il parle est 1'eglise Mar Zena des Takrltains, a Mossoul.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
453
n’avait pas de sanctuaire a Takrlt meme, probablement a cause de la
proximite de son sanctuaire principal au Ba Rirnman.
Si Pon passe sous silence les dragons occis et les rois gudris, les his-
toires de goudron, de mercure et d’un commerce profitable, ou les cara-
vanes du saint sont gardecs a distance par son radar surnaturel, il reste
que Zena aurait etd nommd dveque du Ba Rirnman par le «catholicos
de POrient» (1) Samuel (614-624), et que lui et sa socur auraicnt
fondd des couvents que nous retrouverons ailleurs. Zdna serait mort
martyr, au jour annivcrsaire de la mort (naturelle) de sa soeur, mais
de nombreuses anndes apres elle.
On ignore la date de construction de Pdglise de Mar Zdna a Oara-
qos. Elle dtait depuis longtemps abandonnee et en ruines quand le moine
Bakos de Qaraqos, supericur du couvent de Mar Behnam, la rebatit
avec Paide de ses concitoyens, en 1589, par les soins du maphrien Basile
Pilate (2). Elle venait d’etre restauree a nouveau en 1738, quand la
tempete de 1743 la ruina une fois de plus. L’dveque Kards la recons-
truisit en 1744.
Quand j’en 6s le plan en 1944, la voute de la nef centrale dtait
ecroulee. En plus de deux tombes anciennes, de 1754 et 1770, a droite
et a gauche de Pextrdmitd est de la petite nef droite, on remarquait dans
cette eglise une particularity curieuse: la porte royale n’dtait pas au milieu
de son mur, a dgale distance des deux murs lateraux de la nef centrale.
L’autel est logd dans une abside hemisphdrique ddpassant vers Pextdrieur.
Le travail de son mur de briques, cotd rue, reprdsente un arrangement
dcs materiaux en motifs rappelant les minarets des mosqudes d’dpoque
Galilie, ses contemporains, a Mossoul. Les portes sont siscs latdralement,
selon le plan tardif qui prdvalait ddja au X\ II Ie siecle, et s’ouvrent sur
une cour dans laquelle est situd un puits «miraculeux».
(1) Cette expression provient dc la version ancicnne de l’histoire; a partir
du XIIe s. on aurait dit «maphrien».
(2) Colophon d’un ms. citd par Mgr Barsaume (p. 170, n° 52) et par Mgr
Abdal, p. 234.
454
ASSYRIE CHRETIENNE
S. Jacques l’Intercis et S. Andre
L’eglise actuelle est entieremcnt moderne quant au plan et la cons¬
truction, et n’a rien garde de Teglise ancienne. Elle se trouve dans la
partie nord du village, et sa cour avec les dependances loge lYcole des
filles, dirigee par les Soeurs Dominicaines.
On suppose que Teglise est ancienne, mais on n’en a aucune preuve.
Le plus ancien manuscrit lui ayant appartenu date de 1712 (1). LYglise
y apparait sous le double patronage ancien des Saints Andre et Jacques.
Ruinde avec les autres eglises en 1743, elle fut egalement rebatie
en 1744 (2).
Cette dglise a une valeur speciale pour les catholiques, dont elle fut
le premier temple entieremcnt concede a leur usage, vers 1770 (3).
S. Jean
Tout le monde est d’accord que c’est un Mar Yohannan qui est
le patron de cette eglise, une des plus grandes du village et situee a l’ouest
de l’agglomeration, mais de quel Jean s’agit-il? Mgr Abdal a releve
l’appellation, encore actuellement employee, de S. Jean Baptiste, dans
un manuscrit de 1757, alors qu’un evangeliaire de 1748 1’appelle S. Jean
l’Evangeliste.
Cependant le nom le plus ancien est encore different; on le trouve
dans plusieurs manuscrits, et la tradition est forte qui l’affirme: cette
Eglise est celle de l’ancien couvent de Mar Yohannan Biisnaya (4), ou,
selon la prononciation occidentale: Yohanon Busnoyo.
Qui etait ce personnage et quancl fonda-t-il son couvent? Recueils
de vies de saints, menologes et calendriers sont desesperement et abso-
lument muets sur ce point. En attendant la trouvaille, toujours possible,
(1) A. Scher, Notice sur les Mss. Syr. du M usee Borgia (aujourd’hui a la Vati-
cane), J.A lle serie, V/1915, p. 487-536, cod. 97.
(2) Mgr Abdal, p. 231, cite un ms. de 1750 qui l’appelle «couvent de S. Andr^».
(3) Ibid., citant <‘Indyal ar Rahman, p. 219-220.
(4) Abdal, p. 232.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
455
du texte rdvdlateur, tout ce qu’on peut dire, d’apres le nom du saint,
c’est qu’il dtait originaire du district de Ba Busna, illustrd par le moine
(nestorien celui-la) du Xe siecle, appcld R. Yusif Busnaya. Dans la vie
de ce dernier, dcrite par son disciple Jean bar Kaldun, on voit que le
village de B. ‘Edrd, l’actuel Ba ‘Adrd, a 15 kilometres a Test d’Alqds,
ou dtait ne R. Yusif, se trouvait dans le district de Ba Busna. L’auteur
dit meme que, dans ce village, «on ne trouvait aucun mdlange des
tdnebres de l’erreur qui produit le mcnsonge au sujet de Dieu» (1).
C’est done, Chabot l’a remarque et on le sait par ailleurs, que les
Jacobites «dtaient alors nombreux dans les environs».
Cette situation, vraie au Xe siecle, l’dtait dd:ja depuis le d£but du
VIIe siecle. Notre hdros est done de la region jacobite situde entre Alqos
et ‘Ain Sifni.
II est peu probable que ce soit un martyr, car le district nYtait pas
encore monophysite a 1’ere des persecutions: c’est done probablement
un moine, qui vint fonder ici un couvent.
Ces deductions sont confirmees par l’existence, dans deux dvange-
liaires jacobites du British Museum, d’une commemoraison de «Mar
Yohannan, au couvent du Busnaya» (2). Le fait que les deux volumes
appartiennent-au fonds Rich semble indiquer qu'ils proviennent de notre
region, bien que le collectionneur lui-meme n’ait rien dit de leur ori-
gine (3). La date du premier manuscrit, dcrit sous le patriarche Jean
X\rI et le maphrien Ignace David, done entre 1215 et 1220, temoigne
du culte du saint a cette epoque.
Je puis ajouter quelques lignes a Thistoire du couvent, mais
(1) Trad. Chabot, 1900, p. 11.
(2) La date de la commemoraison n’est pas indiqu^e. — Cod. XXVI {Cat.
Rosen Forshall, p. 42), Rich 7170, fol. 249-250; et cod. XXVIII {id., p. 48), Rich
7172, fol. 168-170.
(3) Residence , t. II, p. 308, app. III. — On peut remarquer 6galement que le
deuxieme £vangeliaire comporte la commemoraison de Mar Thdodoros (fol. 171) dont
on a vu le sanctuaire entre Bartelli et Basblta.
456
ASSYRIE CHRETIENNE
auparavant il faut dire un mot rapide de la fin de Ehistoire de l’dgli -
se, en observant bien les dates, qui vont nous servir dans un instant.
En 1893, le batiment de lYglise, qui mena^ait ruine, fut d^moli
completement. La reconstruction tarda. Quand le cholera, qui avait
delate a Qaraqos en 1905, put etre arrete, on attribua ce miracle a Ein-
tercession de Mar Yohannan, et la reconstruction de son eglise fut
achevee en 1909 (1).
Ces dates, 1893-1909, permettent d’identifier Eeglise comme etant
celle ou Pognon trouva la tres importante inscription a laquelle il donne
le numero 74 (2). Pognon la vit «jadis» dans «une eglise qui tombait
en ruines bien qu’elle ne fut pas tres ancienne». A quelle annde s’applique
ce «jadis»? Probablement a une date anterieure a 1892, puisque c’est
avant cette annee que le consul general vint pour la premiere fois a
Mar Behnam (3), qui est a 15 kilometres de Qaraqos. Puis il ajoute:
«Cette eglise elle-meme a etd demolie tout recemment», ce que Eon peut
reculer au plus tard jusqu’a la date de publication du livre, c’est-a-dire
1907. Ajoutons que, d’apres le texte (Pognon Eavait deja devin£), Eeglise
semble etre un ancien couvent (4).
Quelle est done Eeglise de Qaraqos, ancienne dglise de couvent,
menacant ruine vers 1892 et en fait demolie avant 1907, sinon Mar
Yohannan? On peut done considerer que e’est d'ici que provient Eins-
cription, et que les renseignements qu’elie fournit s’appliquent au cou¬
vent de Mar Yohannan al Busni.
Mais laissons-en la lecture a Pognon lui-meme: «Voici la cause de
Eetablissement de ce tombeau (5) : il arriva que les Tartares survinrent
(1) Il n’y a pas dans l’eglise d’inscription commemorant cette restauration. Les
dates sont obtenues par recoupement de traditions locales.
(2) Inscr. Sem p. 129-131 et pi. XXX.
(3) Il publia deja les inscriptions dans le J.A. de 1892 (n° 3, p. 140) et y fit
sa «derniere» visite (p. 132, et n. 2) en 1893.
(4) On ne peut malheureusement pas savoir d’apres l’inscription meme si le
couvent £tait d^di6 a un saint ou a une sainte, car le mot est en abreviation!
(5) On pourrait aussi traduire «sanctuaire».
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
457
avec une grande colere pour faire une breche dans le mur du couvent
et piller tout ce qui s’y trouvait. Mais lorsqu’ils eurent percd le mur, ils
trouverent les os du saint; ils se calmerent et, au lieu d’etre des loups, ils
devinrent des agneaux; au lieu d’etre des perturbateurs et des ravisseurs,
ils devinrent des hommes pacifiques et gracieux. Ils ne firent de mal et
ne causerent de prejudice a personne. Ceci cut lieu grace a Tintervention
divine et aux prieres du saint. Que ses prieres soient avec nous. Amen.
— Ces dvdnements eurent lieu au temps de Mar Gregoire, Tillustre
primat de l’Orient.»
Comme Pa ddja remarque le savant Pognon, le maphrien dont il
est question ne peut etre que Bar Hebraeus lui-meme, ce qui place
l’incident entre 1264 et 1286.
Qu’est devenue cette inscription? Lors de la demolition de l’dglise,
ajoute Pognon, «elle fut confide a un pretre du village». Apres de longues
recherches dans les families des pretres de cette epoque, la premiere
partie de la pierre vient d’etre retrouvee a Mar Yohannan meme, rd-
employde comme dalle dans le pavage de Yiwan situd a cotd de l’extrd-
mitd est de la galerie extdrieure de l’dglise, et dans lequel se trouve
l’escalier montant a l’appartement occupe par l'eveque lors de ses visites
a Qaraqos.
Le deuxieme et dernier texte qui peut concerner le couvent de
Yohannan Busnaya se trouve dans le colophon d’un manuscrit de Bar¬
telli (1). Ce livre fut copid par le moine Guorguls, fils de Husaba de
Qaraqos, a la demande du pretre Husaba, fils de Hanna, de Bartelli.
II a dte ecrit en 1578 «au couvent de Mar Yohanon, le grand parmi les
elus et l’honorable parmi les saints». Comme Qaraqos, patrie du copiste,
et Bartelli, lieu de destination du volume, ont tous deux un couvent de
S. Jean, on pourrait hesiter pour savoir si le couvent mentionnd en 1578
est celui de Yohannan bar Nagard a Bartelli, ou cclui dont on parle
(1) Offices du Careme et des XL Martyrs, a l'dglise syrienne catholique de
Bartelli, n° 5/4. Le colophon final manque, celui-ci se trouve au fol. 386 v.
458
ASSYRIE CHRETIENNE
ici (1). Je crois qu’il s’agit de ce dernier, car Bar Nagare aurait cer-
tainement ete dote de son titre de martyr. On peut done peut-etre
conclure que le convent de Busnaya existait encore, et avait encore au
moins un moine, a la fm du XVI e siecle. On a vu que le nom du vrai
patron de Peglise etait deja oublie au milieu du XVIIIe siecle.
Mar Guorguis
L’dglise de St-Georges (2), situee au sud-est du village, sur le
chemin de Mar Behnam, daterait, d’apres Mgr Paulos Behnam, du VIe
siecle. L’auteur ne dit pas d’ou il tient cette date.
L’eglise entre dans Pliistoire en 1270 grace a un recueil des prieres
des Rogations, conserve a Qaraqos. Sa derniere restauration date
de 1866.
Cette eglisc est la seule de Qaraqos a avoir un B. Sohdd a droite
du Saint des Saints. Elle peut s’enorgueillir d’avoir contenu le premier
autel catholique du village (vers 1768) et aussi montrer deux plaques
commemoratives qui ont leur importance clans Phistoire locale: Pune
relate la peste de Qaraqos en 1773, qui enleva 4.000 personnes, dont
52 pretres et chammas (3) ; P autre rappelle le creusement du puits
du village en 1739, aux frais du couvent de Mar Behnam et sous Pim-
pulsion du genie tutelaire, Peveque Iwanis Kares.
Saints Sarkis et Bakos
D’apres la legende fabuleuse de Jean de Dailam cette eglise aurait
ete la premiere batie a Qaraqos. En fait, e’est probablement une des
premieres eglises «jacobites» de Pendroit, le culte du megalomartyr
(1) On pourrait egalement attribuer ce volume au couvent de Jean de Dailam
(Mqurtaya), justement restaure a cette £poque.
(2) Pour les deux eglises qui restent, je me contente de suivre Mgr Abdal
(p. 232 et 233), qui donne pratiquement les memes details que Mgr Paulos Behnam
(Lisdn, cit.) .
(3) Un dossier des Archives de la S.C. de la Propagande, contenant des Scritture
non riferite (cote. S.N.R., VIII), comprend (p. 228) des Alemoires sur la peste a Bagdad
et Bassora, en 1773. On y trouverait peut-etre des details int^ressants sur nos villages.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
459
Serge et de son compagnon Bacchus ayant et6 pratiquement monopolise
par les monophysites dans la seconde moiti£ du YIe siecle (1).
La premiere mention historique de cette ^glise est fournie tardive-
ment par un manuscrit liturgique de 1582 (2). La croyance que ce
temple est le plus ancien de Qaraqos lui valut d’etre restaurd le premier
apres l’invasion persane, immddiatement avant Mar Ya‘qub et Mar
Zdna, egalement remises en dtat en 1744.
La grande inscription commemorative de cet dvdnement, conservee
sur les portes de l’dglise, est entierement a la gloire d’un seul homme,
a peine cache, par une humility de convention, derriere «le peuple
Hudaidien». Cet homme c’est l'dveque Ivvanls Kards, de la famille
Yagmiir, de Qaraqos, «pasteur du couvent de Mar Behnam» et «chef
du village». C’est comme un chef en effet que l’impdrieux Kares se com-
porte; c’est lui qui donne l'ordre aux habitants, «petits et grands», d’em-
porter leurs provisions et de se rdfugier a Mossoul. On ne peut nier sa
clairvoyance et son esprit de decision, et les services qu’il a rendu a Qa¬
raqos sont immenses. Ce que les inscriptions officiellcs ou les colophons
louangeurs ne disent pas, mais ce que Ton devinera bientot a propos du
couvent de Mqurtaya, c’est que ce dictateur avait la main lourde et
ne pardonnait pas l’opposition.
Kards le Terrible est enterr£ a Mar Behnam. II dtait «sorti du monde
terrestre et s’etait transport^ dans le monde spirituel» (est-ce un aveu?)
le 20 avril 1747 (3). Paix a ses cendres!
Une inscription placde a gauche de la porte d’entr^e de l’dglise
rappelle une restauration partielle, dont la galerie extdrieure, due a
Mariam, femme du choreveque Yalda, en 1843. Une fois de plus on
remarquera le role des donatrices, et aussi la pdriodicitd de cent ans qui
est a peu pres la norme pour la restauration des dglises.
(1) Cf. mon article Les Saints Serge del’ Iraq, in An. Boll., LXXIX/1961 , p. 102-114.
(2) Abdal, p. 233.
(3) Sa pierre tombale, Abdal, p. 161-162.
460
ASSYRIE CHRETIENNE
Preusser donne une illustration de cette eglise (1). C’est la seule
eglise syrienne d’lraq qui ait conserve un embryon de him (2).
Autour du village
A environ 1 km. 500 au sud du village, on trouve une grande
grotte composee de plusieurs chambres taillees dans le poudingue. La
voute de la charnbre centrale s’est effondree rdcemment. Le lieu est
connu sous le nom de Monastere de Mar Quriaqos. Tout le village
en celebre la fete le dimanche avant les Rameaux.
L’existence du monastere est attestee pour la premiere fois dans un
manuscrit liturgique copie pour son eglise, au temps du maphrien
Basile Habib (3) en 1658. II est encore cite en 1728 (4).
Un autre lieu dit, pres de Oaraqos, est appele Be Smuni d-§TETA,
c’est-a-dire: les Macchabees de la plaine, pour le distinguer du sanc-
tuaire du meme nom dans le village. C’est un espace non laboure, sans
aucune trace de construction. Seule une crainte superstitieuse le protege
jusqu’ici (bien qudnsensiblement il diminue) des empietements des
champs qui 1’entourent.
Le probleme du Couvent de Religieuses de Qaraqds, detruit par
les Kurdes vers 1261 (5), sera etudie en meme temps que Mqurtaya.
II y aurait encore beaucoup de petits details a citer a p repos de
(1) Nordmesopotamische Baudenkmaler , Leipzig 1911, pi. 21, p. 13.
(2) Mossoul Chretienne , p. 96-97.
(3) B.M., cod. XXXVI, Rich 7180, Cat. Rosen Forshall, p. 58. — Si la lec¬
ture de ce texte est exacte, elle pose un nouveau petit probleme aux historiens des
maphriens. Ceux-ci en effet donnent habituellement comme titulaire en 1658 Basile
‘Abd ul Maslh (1655-1662), ( Diss ., p. 170, d’apres un pontifical syr. jac. de la Vaticane;
Armalet, n° 90; Hindo, p. 122). II y a plus tard un Basile Habib II (1665-1674 ou
86) (Armalet, n° 91; Hindo, id.) contemporain d’un maphrien Gorgis de Mossoul.
II semble done que, en 1658, au moment ou Basile ‘Abd ul Maslh etait maphrien du
Tur ‘Abd In, il y avait a Mossoul un maphrien nomme Basile Habib. Serait-ce le meme
qui deviendra maphrien unique en 1665? Cela est une autre question.
(4) Abdal, p. 227, n° 4, ms. de Qaraqos.
(5) Chronograph y, I, p. 441.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
461
Qaraqds et de ses homines celebres, notamment des copistes, qui sont
legion (1), de ses moines, dont quelques-uns maintiennent la tradition
takritaine de se retirer en Egypte (2), de ses dveques, surtout ceux du
siege de Mar Behnam et Qaraqos, du XVIe au XVIIIe siecle, dont
au moins cinq connus sont originaircs du village (3).
Qaraqos a meme produit un maphrien, Basile Yalda, qui alia au
Malabar s’occuper des affaires de la communautd syrienne, et y mourut.
3. — Ba‘sIqa
A 21 kilometres au nord-est de Mossoul, a 11 kilometres du nord/
nord-ouest de Bartelli, au pied d’une chaine d’une quinzaine de kilo¬
metres de long, ne depassant jamais 600 metres de haut, et qui porte
son nom (4), se trouve un tres curieux village appeld Ba‘slqa, Ba‘slqa
ou encore Bahslqa. Ce chef-lieu de canton a une population totale de
2566 habitants, dont 1517 sont ydzidis, 258 musulmans et 791 chrdtiens.
Parmi ces derniers, les trois cinquiemes sont jacobites (5), et le reste
syriens catholiques.
Autre particularity, les chretiens ne parlent pas le soureth, c’est-a-
dire le syriaque vulgaire, comme les habitants des villages que Ton vient
d’etudier, mais uniquement l’arabe. Encore leur arabe est-il tmiailld de
constructions de phrases et de mots que Ton ne trouve pas a Mossoul et
qu’ils attribuent a leur origine takritaine lointaine (6).
(1) Quelques noms dans Abdal, p. 220.
(2) On sait que les deserts et les montagnes de Mdsopotamie et du Kurdistan
etaient quelquefois appeles «le second Sq£t£». En plus de Bakos cit£ plus haut, voir
l’exemple du moine Jean de Hdaida (Abdal, p. 225, avec r^fdrence a un ms. du
B.M., n. 2).
(3) Apergu, et Abdal, p. 79-85.
(4) Researches , p. 69.
(5) 80 families, d’apres S.S. le patriarche actuel.
(6) J’ai toujours aime le nom qu’ils donnent au bousier: qazi bazi. Quant a la
motocyclette, ils l'appellent «fot fot». Je reconnais cependant qu’il est difficile d’at-
tribuer la paternity de ce dernier mot aux ancetres takritains.
462
ASSYRIE CURE TIE NNE
Ici comme ailleurs, de nombreux Isidore de Seville, anciens et mo-
dernes, so sont essaves a fournir des etymologies du nom du village. La
plus communement reyue v voir un derive de Earameen «Bet ‘Asiqa»,
la demeure de Eoppresseur (1). Encore faut-il remarquer que le nom
interprets est le nom moderne dans son dernier degre de corruption. Ln
essai d'interpretation du on desN nom ancien semblerait plus logique.
Ce n'est pas la premiere fois que nous remarquons le cas: on se precipite
sur une prononciation desesperement deformee et on vaticine doctorale-
ment que le nom veut dire ceei ou cela. En fait, aussi bien ici qu'a
Bartelli, Karamlaiss, etc., le nom ancien pouvait bien etre fort different
du nom actuellement en cours, et la plupart des etymologies avancees
perdent ainsi leur valeur.
La localite actuellement appelee B.Vsiqa est anterieure a l'ere chre-
tienne et Eon voit a cote du village un grand tell, le plus important de
la region apres Quyungik de Xinive. D'apres V. Place, c'est un qua-
drdatere haut de 18 metres, sur 422 metres de long et 316 de large v2).
L n sondage ne revela au consul archeologue qu'une montagne de briques
crues. sur la destination de laquelle il resta embarrass^. Layard fut plus
heureux et ses homines purent mettre a jour des fragments de sculptures
avec inscriptions, des poteries entieres et des briques estampillees v3 .
Entre 1930 et 1933 le tell, appele Tell Billa, fut fouille par E. A.
Speiser et C. Bache, en meme temps que Tepe Gawra. Le nom ancien
du site put etre etabli comme etant Sibanlpa 4).
Quant au village actuel, le rapprochement effectue par S.S. Mgr
Ignace \a‘qub [5 avec le B. Sahaq, village de Xinive, des textes Syria-
ques, >emble pertinent (6 . L ne ecole jacobite celebre v fut fondee vers
(1 Sumrr, 1952. p. 254 et Researches, p. 52-54.
(2 . \ Luce et FAssyrie, II, p. 168.
1 3 .Vineceh and its Remains, 2e ed. 1849, vol. I. p. 52.
\4 Notice et bibliographie dans Researches, p. 65.
5 Dafaqat , p. 192.
La graphie Bahslqa >erait done plus exacte: elle a ete interpretee en B. Hslqe,
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
463
630 par le maitre Sabroi, du village non localise de Ramtaslr. Sabroi,
qui introduisit l’etude «scientifique» de la langue syrienne dans les dcoles
d’Orient, a sa place dans la littdrature syriaque (1). Son dcole aurait
comptd jusqu’a 300 eleves, dont ses deux fils et successeurs, Ramlso* 1 2 3 4 5 et
Gibra’Il, et son gendre Sawriso4. Un de ses descendants sera le cdlebre
pretre moine David Paulos, de la famille de Rabban, c’est-a-dire de
Sabroi, vers 780.
Ba4slqa apparait dans les sources arabes en 892 (2), quand le
prince de Diarbekir, accompagne des Banu Saiban, y descend au cours
d’une expedition armee.
Au debut du XIIIe siecle, Ba'siqa est une «petite ville». Un cours
d’eau y actionne de nombreux moulins et arrose les jardins ou les olives,
les dattes et les oranges croissent en abondance. II y a aussi un grand mar-
che ou Qaisariya couvert, ou Ton vend surtout des tftofTes, et d’excellents
bains. La mosquee du Vendredi possede un beau minaret, bien que la
majorite de la population soit alors chretienne (3). Aujourd'hui, ks
musulmans n’ont plus qu'une petite mosquee construite en 1853/4.
L’emplacement de l’ancienne mosquee a minaret s’appelle encore Arc!
al Minara, et se trouve au nord du village, pres du moulin (4).
Par ailleurs, il n’est plus exact que la majorite de la population soit
chretienne. Le nombre des Yezidis l’emporte maintenant sur celui des
chretiens, probablement depuis qu’ils furcnt spolids de leurs autres vil¬
lages a la fin du XIXe siecle. Les coupoles pittoresques de leurs temples
ponctuent de cones blancs le vert sombre des oliveraies. Le plus celebre de
ces temples est celui de Saih Muhammad ar Radani, ou se tient tous les ans,
le premier vendredi d’avril selon Pancien comput, la fete desTawafa (5).
le lieu des calomnies, par Jones ( JRAS , XV/1855, p. 374 b) ou en B. Sahq£, lieu des
sinistres ( Researches , p. 52, avec r6f.).
(1) Mgr Barsaume, cit. p. 59, 90, 238, 358, 623; Apergu, p. 203-206.
(2) Al Kamil , VII, 315, cit£ par Researches.
(3) Yaqut, cit., et Le Strange, The Lands of the Eastern Caliphate , p. 90.
(4) Muniat al Udaba\ p. 133, n. 2.
(5) Le texte est deja mentionn£ par YasIn al ‘Omari, ibid., p. 134 et n. 1.
464
ASSYRIE CHRETIENNE
Une remarque curieuse s’impose a propos du texte de Yaqut citd
plus haut. II y est question de dattes et d’oranges qui croissent a Ba‘slqa
cn abondance (1). Si ce detail est exact, cela veut dire que ce n’est que
tout recemment que le climat du nord de l’lraq a change. On comprend
que «le jardin des grands palmiers» de Ninive (2), les «forets pleines
de betes feroces» du sud de Mossoul (3), et toutes les autres forets, de
B. ‘Aw 6 et d’ailleurs, aient eu le temps de disparaitre des environs de
Mossoul depuis le IVe ou meme le VIIIe siecle; mais ici c’est en 600
ans que la limite de murissement des dattes a recule de 200 kilometres
vers le sud (4).
La seule culture qui reste a Ba‘slqa et aux autres villages qui
bordent la montagnc, est celle de Eolivier. Jadis, son huile et son savon
etaient reputes (5) ; leur production n’ayant jamais 6t e industrialisee,
ils n’ont pu resister a la concurrence et ont pratiquement disparu du
marche. Seules les olives sont maintenant vendues directement.
D'apres Maqdassi, cite par Le Strange (6), Ba£siqa etait connu
pour posseder une plante guerissant le scrofule et les hemorro'ides. Pour
ces dernieres, la pharmacopee locale mentionne le Hanzal, sorte de colo-
quinte acide qui agit comme cautere. L’enflure est combattue par le
Gurezi et le Gever. Je laisse aux botanistes kurdisants le soin de les
identifier.
(1) De meme YAquT parlera de palmiers a Sellamlya, sur le Tigre, au sud de
Ninive. Cf. Alu'gam, III, 113; Marasid , II, 726.
(2) Entre Ninive et Mossoul, probablement entre le Tigre et le Hosar. II semble
que ce soit ce dernier cours d’eau et non le Tigre que R. Bar Qusre traversa sur son
manteau pour aller de Ninive jusqu’au jardin. Cf. Chr. de Seert, II, p. 107 et 108;
Denys de Tell Mahre, trad. Chabot, 1895, p. 71.
(3) Chr. de Seert , II, p. 445.
(4) On pourrait placer ce changement de temperature entre le XIIIe et le
XVII I e siecle, puisqu’a cette epoque les palmiers de jadis avaient deja disparu de
Sellamlya ( Muniat al Udaba\ p. 151).
(5) Comment on la fabriquait? Cf. A Century of Exploration at Nineveh, par
Thomson et Hutchinson, Londres 1929, p. 141.
(6) Eastern Caliphate , p. 90.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
465
Le nom du village apparait encore dans la Chronique Syriaque de
Bar Hebraeus (1), a propos de l’un de ses habitants musulmans, le
fameux Bar Yunis, qui ddroba la lettre de Malik Saleh Isma‘Il et causa
la grande peur de Bartelli en 1260. C’est ici que hauteur donne ce qui
est en son temps le nom syriaque du village, B. ‘Asiqa. Quant a Bar
Yunis, son nom complet etait Sams ad Din Muhammad, fils de Yunis;
hdmir mongol Sandagu le fit gouverneur de Mossoul (2).
La cohabitation pacifique a Ba‘siqa des chretiens et des Yezidis a
fourni a un pretre du village l’occasion d’etudicr ces derniers. Ce pretre
s’appelait Ishaq, fils de Yusif. Son nom figure dans hinscription de res-
tauration de la vieille eglise de Tahira des Syriens Catholiqucs en 1857.
L’ouvrage de Oas Ishaq, recueil de racontars plus que travail scien-
tifique, est date de 1874. II se compose de trois parties:
a) une note sur l’origine du Saih ‘Adi, comment il s’installa la oil
est actuellement son temple, et comment le Saih ‘Abdul Qader (al Gai-
lani) venu de Bagdad pour le combattre, fut convaincu par une vision
que lui et ses hommes feraient mieux de rentrer chez eux;
b ) une note sur le Sigar, qui est Singar, et comment les Chaldeens
de cette montagne devinrent ydzidis apres que le patriarche Elie X
Marawgin eut refuse de remplacer leur metropolite;
c) une sdrie de questions et reponses prdtendant ddcrire la religion
des Yezidis.
Ce factum se trouvait a la bibliotheque du couvent de N.-D. des
Moissons (cod. 144) quand Mgr Addai Scher en dressa le catalogue en
1902. II ne figure plus au catalogue du P. Vost^ en 1928 (3). II semble
qu’il ait 6t6 empruntd par Mgr Jdrdmie Timothde Maqdassi, moine
de R. Hormizd, pui;: dveque de Zaho de 1892 a 1929, et soit ensuite
passe a ses hdritiers, actuellement a Bagdad. Bien que hauteur ait
(1) Ed. Bedjan, p. 515-516.
(2) Hawdd.it , p. 347.
(3) Cf. table de concordance, p. 126.
Rech. 23 — 30
466
ASSYRIE CHRETIENNE
compose son ouvrage en arabe, seule langue parlde a Ba/siqa, l’exem-
plaire cle Mgr Timothde etait ddja en soureth d’Alqds (1).
La premiere partie, tres courte, n’a pas encore 6te publiee (a ma
connaissance) et ne merite pas de l’etre. La deuxieme fut copide par
Pognon et publiee par Nau (2). Quant a la troisieme partie, elle a ete
publiee en 1900 a Rome par le P. Samuel Giamil, en chaldden (et non
plus en soureth) avec une traduction italienne, sous le titre de Monte
Singar. Alors que l’auteur y etait donne dans la traduction comme «un
sacerdote cattolico orientale», on l’appelait dans le titre chaldeen: le
pretre Ishaq, du village de Bartelli (?), au pays de Ninive (3). Une
traduction de cette troisieme partie, de l’original arabe en soureth, fut
effectuee en 1887, a Deh5k, par le pretre Ablahad, a la demande du P.
Dominique Bonvoisin, o.p. L’original en subsiste dans notre bibliotheque.
Un autre pretre de Bacsiqa s’est essaye a la poesie, en arabe bien sur.
C’est Yusif Marrogue (f 1926) a qui Ton doit une hymne de 75 strophes
a la louange de Mar Behnam (4).
Eglises de Ba^slqa
Au debut de la conversion d’une partie du village au catholicisme,
les dglises ne furent pas partagees, mais on garda la proportion: deux tiers
de chaque dglise pour les Jacobites et un tiers pour les catholiques (5).
Actuellement les Jacobites ont la propriete de Tune des dglises anciennes,
Mart Smuni, alors que les catholiques sont en possession de la vieille
at Tahira. Une nouvelle dglise du meme nom, a une seule nef, a ete
construite par les catholiques en 1923.
(1) Le chammas Mattlka Haddad en a fait une copie en 1958 (fol. 38v.-74r.).
(2) ROC , XX/1918, p. 110 s. ( Recueil de textes et documents sur les Tezidis).
(3) Le Catalogue de la Bibliotheque Universitaire et Regionale de Strasbourg {Cat. gen.
des mss. des bibl. publiques de France, Departements, t. XLYII (Paris 1923), p. 725-729)
signale au n° 4124 une Histoire des Tezidis.
(4) Signalee par Mgr Abdal, p. 40, qui l’avait publiee en 1949 (Hay at al Ami-
rain, p. 56-62).
(5) Mgr Naqqasa, ‘Indy at, p. 546.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
467
L’eglise cle Mart Smuni date (1), dans son dtat actuel, de sa res-
tauration par Mgr Qudso, dveque de Mar Matta et du diocese, en
1890 (2). L’inscription situde au-dessus de la porte royale mentionne
un don fait, en 1893, au pretre Ablahad. Le tombeau de ce dernier se
trouve a droite de la porte rdservde aux femmes. La toute petite porte
dans le coin sud-ouest aurait dtd la porte primitive, quand la cour de
l’eglise se trouvait au sud de celle-ci, et non au nord comme maintenant.
L’dglise d’AT Tahira al QadIma, actuellement inutilisde, est une
petite eglise a deux nefs, de quatorze metres de long. L’inscription situde
sur la facade de l’autcl, a droite de la porte royale, commdmore sa
«fondation» au temps du patriarche Ignace Antoine Samhdri (1852-
1864) par les soins de la Delegation Apostolique et des notables catho-
liques du village, en 1857.
De l’ancienne eglise de Mar GuorguIs, une de celles qui fut jadis
partagde entre Jacobites et catholiques, il ne reste qu’un petit lieu de
pelerinage, surmonte d’une coupole. Autour de ce mazar , qui appar-
tient aux Jacobites, on voit de nombreuses traces de murs.
Dans les collines au pied desquelles est situd Ba‘siqa, a Test du
village, au lieu dit «la citadelle» (al QaPa) on voit quelques grottes, des
citernes, des rochers creusds en carrd (peut-etre d’anciens pressoirs ?),
de petits monticules probablement artificiels, et des traces de ma^on-
nerie. Bien qu'il se trouve toujours quelqu'un pour vous dire d’un air
inspird que tout ceci reprdsente les restes d’un ancien couvent, l'ordon-
nance gdnerale n’a rien de concluant. Pas plus d’ailleurs que celle des
ruines situdes sur le sommet de la montagne et appeldes Qasr Rast (le
chateau droit) (3). Plus prometteur est le nom de la vallde appelde
(1) Cf. Mgr Barsaume, Aper$u , p. 200, et Sabusti , p. 226, n. 4.
(2) Lisan, cit., 1/1949, p. 47, n° 11.
(3) Researches , p. 91, signale pres de Ba‘slqa (d’aprds Mu'garn , IV, p. Ill) un
village disparu de Qasr Ruyyan, oil se trouvait le tombeau du Saih ‘Abdallah ibn al
Hassan ibn al Mutni, connu sous lenomd'Ibn al Haddad, mais, comme le remarque
M. G. ‘Awwad, la source de Qasr Rast n’aurait pu suffire a un village.
468
ASSYRIE CHRETIENNE
«Galli Rabana», ou Val des moincs; malheureusement la tradition ne
va pas au-dela du 110m.
4. — Bahzani
Bahzani est situe au pied de la meme chaine basse que Ba‘slqa, a
1 km. 5 au nord-ouest de ce dernier. Les caracteristiques de Tun peu-
vent a peu prds s’appliquer a F autre: memes oliveraies, mcmes temples
ydzidis, meme population melangee. Ici le total atteint 2637 ames, dont
450 chretiens, presque tous Jacobites.
Le nom est nettement aramden. F. Jones (1) avait deja propose
l’etymologie «Bdt Haziana», le lieu de la rdvelation. C’est, dit le voya-
geur anglais, une residence de «voyants» jusqu’a nos jours.
En se basant sur une vague ressemblance de noms, Mgr Bar-
saume (2) risque la conjecture qu’on pourrait peut-etre y voir le site du
couvent de Blzanlta ou Barsaume de Nisibe massacra 90 moines
en 484/485.
Moins heureuse dtait la supposition de Mgr S. Sayegh (3) qui avait
voulu y reconnaitre le Barzane de V Histoire de Bar c Eta , dont les habi¬
tants aiderent ce dernier a batir son couvent en 562. Ceci est double-
ment contredit par les textes car, meme si Ton pouvait prouver que le
site actuellement regarde comrne etant celui du Couvent de Bar c£ta
est le site original (ce qui est impossible, on Fa vu, puisqu’il doit etre
en Marga) il reste que Barzane etait situd a l’est du couvent (4), alors
que Bahzani est franchement a l’ouest du pretendu couvent, et a fortiori
de Marga.
Les auteurs arabes semblent silencieux sur Bahzani, dont le nom
n’apparait pas dans Yaqiit. Cependant cet auteur y fait peut-etre une
breve allusion, rclevee par M. G. ‘Awwad, a la suite de Muhammad
(1) JRAS , XV/ 1855, p. 374 b.; suivi par Sumer, cit. p. 253.
(2) Apergu, p. 204, n° 24; suivi par Lisan, 11/1950, p. 350, n. 2, ce dernier voca¬
lise: Blzanlta.
(3) An Nagm , VII/1935, p. 4-10.
(4) Histories. .. of Bar Idta , p. 214.
VILLAGES SYRIENS ET JACOBITES
469
Amin al ‘Omari (j* 1788). Ni le mot de Yaqut ni la phrase du Minhal
al Awlia ’ n’ajoutent rien a notre connaissance du village au XIIIe ou
au XVIII* siecle (1).
Du point de vue chrdtien, Bahzani n'offre qu’un vide a rhistorien.
Son unique dglise, jacobite, de Mar Guorguis, a die rebatie en 1884 et
restaurde en 1949 (2). Elle ne prdsente rien d’intdressant.
Des grottes situdes au-dessus de la source du village sont appeldes
Dair al Banat, le Couvcnt des Vierges; on n’en sait pas plus, et rien ne
permet Fidentification de ce couvent.
5. — Magara et Merge
Magara et Mergd sont deux petits villages jacobites voisins, situds
au pied du couvent de Mar Matta, et qui lui appartiennent en awqaf.
Au recensement de 1957, Magara comptait 109 habitants, et Mergd 281,
tous jacobites.
L’dglise de Mergd est sous le patronage de Mar Zakai et desservie
par un pretre; celle de Magara a pour patron l’Apotre S. Jacques (3).
L’histoire des deux villages est intimement U6c a celle du couvent
qui les surplombe. Ils en partagerent les heurs et malheurs, mais n’eurent
jamais l’honneur de voir leurs noms figurer dans son histoire.
Vers 1863 cependant, quand des renforts venus de Ba‘siqa et de
Bahzani empecherent le hors-la-loi ‘All Diz et sa bande de s’emparer
du couvent de Mar Matta, les bandits se vengerent en briilant le pauvre
Mergd. ‘All Diz pdrit bientot a Hazna, pres de Bartelli, dans une ren¬
contre avec les forces de l’ordre, et sa bande se dispersa (4).
(1) Researches , p. 49-50; l’ouvrage de Muhammad Amin al ‘Omar!, Minhal al
Awlia ’ est in&iit, plusieurs copies en existent, a Mossoul et ailleurs.
(2) Lisdn, 1/1949, p. 47, n<> 12.
(3) Dafaqat , p. 17.
(4) Dafaqat , p. 130.
XV
VILLAGES ANCIENNEMENT CHRETIENS
DE NINIVE
La nature meme des choses divisera ce chapitre en trois sections:
1. — Les villages anciennement chretiens identifies, avec plus ou
moins de certitude, avec tel ou tel village, aujourd’hui sabak ou ydzidi,
et oil Ton a peut-etre trouve des vestiges chretiens.
2. — Les villages anciennement chretiens dont parlent les textes,
qui les localisent dans la plaine de Ninive, mais qui n’ont pas encore ete
identifies.
3. — Les villages au nom nettement arameen ou chretien, mais sur
l’identification desquels les chroniques et les traditions sont muettes.
Ce chapitre sera forcement schematique et plus court que les autres.
1. — Villages localises
Suivons 1’ordre geographique, partant de F extreme nord du dis¬
trict de Ninive, la oil la montagne du Ba Nuhadra lance vers le Tigre
une chaine de collines, qui separent la plaine de Ninive de la plaine du
Bahadra. Le village de Fai'da est l’endroit oil ces collines coupent la
route moderne Mossoul-Zaho, a 40 kilometres au nord-ouest de Mos-
soul, et a 6 kilometres a Test du Tigre. On retrouvera ce village plus
tard a propos de Dair Gundi.
B. Qoqi
A sept kilometres au sud de Fai'da, egalement sur la grand-route,
se trouve le village de Baqa^, oil Ton peut reconnaitre Fancien B. Qoqi
VILLAGES ANCIENNEMENT CHRETIENS
471
(ou B. Qlql), siege d’une des dcoles dtablies au VIIe siecle par les fiddles
jacobites, a rimitation des Nestoriens (1). On a vu en dtudiant le couvent
de B. Qoqa comment il fallait distinguer les deux sites.
B. Bore
En BabIra, a six kilometres au sud de Baqaq, a Fouest de la grand-
route, on peut, faute de mieux, risquer de reconnaitre le site de B. Bo¬
re (2). Si Identification est exacte, on serait ici a F extreme pointe nord
de la region restde nestorienne, immddiatement en dessous du croissant
jacobite. On sait de B. B5rd que c’dtait un des villages de Ninive dont
Bar ‘Eta avait prddit, au YIe siecle, qu’il resterait nestorien (3).
On le retrouve au ddbut du YIIIe siecle, quand ses habitants ba-
tissent une magnifique dglise. Leur dveque, Ephrem, ancien moine de
B. ‘Awd, demande a Mar Yohannan, metropolite d’Adiabene, de venir
consacrer le nouveau temple (4). A la fin du mcme siecle, le patriarche
Timothee (780-823) recommande a son correspondant Sargis de ne pas
vendre un champ situd dans ce village et appartenant au couvent de
«notre pere Abraham, F Interpreter dont Sargis dtait docteur (5). On
sait qu’il faut identifier ce couvent avec celui de Mar Gabriel et Abra¬
ham, le Couvent Supdrieur de Mossoul.
La derniere mention de B. Bord date de 1224, quand un exemplaire
des lois sur les heritages est copid par le chammas Abraham, fils du chef
Mansur, fils de Joseph, du village de B. Bord (6).
Babuza
Biboz, a sept kilometres a Fouest/sud-ouest d'Alqos, peut entrer
en competition avec Bozan (ou Bozal), a quatre kilometres a Test du
(1) Hist, de Maruta par Denha, 6d. Nau, cit. p. G6; Apergu, p. 205-206.
(2) M.G. ‘Awwad ( Researches , p. 62) partage cette opinion.
(3) Histories... of Bar Idta, II, I, p. 240.
(4) Bk. II, p. 237.
(5) Lettre XVII, dd. Braun, CSCO , p. 78 et 81.
(6) Cod. Seert 91, Cat. A. Scher, p. 68.
472
ASSYRIE CHRETIENNE
meme lieu, pour etre fancien Babuza, cite dans la vie de R. Yusif Bus-
naya au Xe siecle. En etait originaire le misereux anonyme qui faillit
mourir de peur parce qu’il avait dgorge deux chevreaux sauvages au
lieu d’un, contrairement a l’ordre de R. Yohannan de Hlapta (1), et
aussi ie sacristain R. Gabriel, moine de R. Hormizd (2).
Rich confirme que Bozan a ete chretien (3). D’apres le voyageur
anglais, ce serait maintenant la principale metropole des Ydzidis, ou Ton
transporterait leurs corps de toutes parts. Encore auiourd’hui le Nouvel
An yezidi y est l’occasion de grandes festivites. Le R.P. Bois voit ici,
probablement a juste titre, le lieu d’origine de Tun des disciples de Saih
‘Adi, le saih Qa’id al Buzi (4), ce qui semble indiquer que Babuza
dtait ddja musulmane a la fin du XI Ie siecle.
L’eglise de B5zai etait sous le patronage des XL Martyrs. M. G.
‘Awwad dit avoir vu pres du village, dans les ruines d’un edicule qui
couvrait une source, deux pierres portant une inscription chaldeenne
qu’il n’a pas lue.
B. Bani
Quant a Baiban, a sept kilometres au sud-est d’Alqos, il y a de
fortes probabilites pour que ce soit l’ancien B. Bani, ou une ecole jacobite
florissait au VIIe siecle, en meme temps que celle de B. Qoql. On ignore
a quel saint etait dediee l’dglise de B. Bani. Si Ton croit a la perennite
des patronages a travers les changements de religion, il y a lieu de penser
que cYtait Mar Guorguls. En effet le temple yezidi du village est encore
actuellement dedie a un personnage nomme Sahswar (1’ombre du roi)
que les habitants identifient au Hiclr ou a S. Georges.
(1) Vie, p. 98.
(2) Ibid., p. 150.
(3) Residence, II, p. 69.
(4) Les Yezidis, in Machriq, 1961, p. 230, n. 101; par ailleurs on ne peut dire
que R. Yusif Busnaya soit originaire de Bc5zan {ibid., p. 127 et n. 1 0 1 , ainsi que Researches,
p. 61). R. Yusif etait de Ba ‘Adre ( Vie, p. 11).
VILLAGES ANCIENNEMENT CHRETIENS
473
PlYOZ
Voici maintenant un village mieux connu, bien que son histoire
presente quelques problemes, le village de Piyoz. Le nom est quelquefois
donnd comme Piyos, mais cette graphic est rdcente. Les plus anciens
manuscrits portent la premiere, et le P. Rhdtord, qui s'y connaissait, la
preferait. D’ailleurs le «s» et le «z» sont pratiquement interchangeables.
Combien ne rencontre-t-on pas de Quriaqoz, et combien de vieux de
Mossoul ne parlent-ils pas jusqu’aujourd’hui de «hindaza»?
Piyoz done, situ6 a 19 kilometres a Test d’Alqos, en direction de
‘Ain Sifni, dtait chretien jusqu’a il y a quelques anndes. Ses habitants
primitifs l’ont maintenant evacud, et des Ydzidis leur ont succedd.
Mais est-il exact de dire que les Chaldeens ou Nestoriens qui occu-
paient le village il y a quelques anndes etaient ses habitants primitifs?
II semble que non. Gdographiquemcnt, le village est situd dans une zone
qui passa au monophysisme au ddbut du YIIe siecle. En fait, la premiere
fois qu’on le rencontre, Piyoz est nettement jacobite. Un volume conte-
nant la seconde partie des offices du Careme, conserve a Udglise de Tahira
de Qaraqos et signale par Mgr ‘Abdal (1) a dtd dcrit par le pretre
Simcun de Takrlt, Bartellien par election, serviteur de feglise des Takrl-
tains (2), pour l’dglise sainte de Mart Smuni et de ses sept fils, martyrs
victorieux, qui se trouve au village de Piyoz. Mgr Barsaume date le
copiste, grace a deux autres manuscrits de sa plume, de 1246 et 1280.
On ne sait comment le village, jacobite au XIIIe siecle, se retrouve
nestorien au XVIIIe siecle. Cependant, le fait est bien attest^ par la
presence du pretre Sawmo. Celui-ci qui, d’apres Mingana, mourut
en 1742, est hauteur d’augmentations au Discours AccoupU de Bar
Hebraeus (3), d’une traduction de farabe en chaldden de V explication
(1) Mgr Abdal a bien voulu recopier pour moi le passage de ses notes sur ce
volume, ce qui complete ce qui est dit dans son ouvrage, p. 221.
(2) On voit par un autre manuscrit du meme copiste, de 1246, qu’il s’agit ici
de l’eglise des Takritains a Mossoul ( Mossoul Chretienne, p. 29).
(3) Cod. CCCX et CCCXII de N.-D. des Moissons, Cat. Vost£.
474
ASSYRIE CHRETIENNE
de V Apocalypse de Menochius, auparavant traduite du latin en arabe
par Pierre d’Alep (1), et surtout d’une complainte en soureth sur la
peste de son village, en 1738 (2).
D’apres cette piece, encore actuellement «tres goutde dans le pays»,
la peste commenga a ‘Aqra, passa par Mossoul oil elle fit 40.000 victimes,
et arriva le 20 aout a Piyoz, ou elle causa la mort de 340 personnes, dont
un pretre nomme Ismael.
L’eglise de la periode nestorienne a gard£ sa patronne du temps des
Jacobites: Ste Smuni. Son nom se retrouve dans un «Kaskul» de 1851 (3)
ecrit au village de Bedwil. A ce moment, d’apres Badger (4), Piyoz
comptait vingt families, et son eglise etait desservie par un pretre.
Le dernier manuscrit provenant du village etait un evangdliaire,
naguere conserve a l’eveche de ‘Amadla, et qui avait ete ecrit a Gazarta
de Qardu (5), en 1590, par le chammas Hindi, fils d’Ablahad Maq-
dassi, fils de Tomane, de Gazarta, pour l’eglise de Mar ‘Awda a B. Kola
(1) Ibid., cod. XIX et XL VI; Aqra cod. XII.
(2) Differents manuscrits, dont Cambridge Add. 2814, Cat. Wright, p. 652.
Cette piece a ete publiee dans le Livre de cantiques spirituels, par les Dominicains de
Mossoul (lre ed. 1896, p. 342-390; 2e ed. 1954, p. 361-409). On sait que ce livre a ete
mis par erreur sous le nom de Daoud Kora, alors que le veritable auteur de la plupart
des pieces etait le P. Jacques Rhetore, o.p., surnomme Ya‘qub Nuhraya (Jacques
l’etranger). Celui-ci a recueilli dans ses cahiers inedits (a la bibliotheque des Domini¬
cains, Mossoul) un texte de Gawar meilleur et plus complet ( Complaintes soureth , 1/1910),
de 247 strophes, dont il publia les 25 strophes historiques, avec traduction fran^aise,
dans sa Grammaire de la langue soureth, Mossoul 1912, p. 255-260. Les 118 premieres
strophes sont les preliminaires, sur les causes morales du fleau. Le pretre Isra’Il le
Jeune, d’Alqos, s’en inspirera et en copiera meme quelques strophes dans sa com¬
plainte sur la peste d’Alqos, 90 ans plus tard. Des Cantiques et poesies diverses sur des sujets
religieux, en langue soureth, du P. Rhetore, ont ete publies par les Dominicains de
Mossoul en 1914.
(3) Cod. CXXIV de N.-D. des Moissons, Cat. Voste.
(4) JVestorians, II, p. 174 (autres mentions, v.g. Add. 2022, p. 600, et Add.
2812, p. 643 du Cat. Wright, Cambridge).
(5) Les dates donnees sont: grec, 1902; H. 999; A.D. 1518. La derniere est
inexacte. On peut, grace aux deux autres, restituer 1590. — L’eveque de Gazarta a
cette epoque s’appelait Mar Gawriel.
VILLAGES ANGIENNEMENT CHRETIENS
475
(Kald), et restaurd, vers 1884, par le pretre Yaqo bar Sawmo du village
de Piyoz.
En 1939 le village comptait 30 chalddens et 50 nestoriens, sans
pretres, et une trentaine de Ydzidis.
B. ‘Edrai
Le village appeld aujourd’hui Ba ‘Adrd peut presenter des quartiers
de noblesse encore plus anciens. Actuellement centre des Ydzidis du
Saihan et residence de leur emir (1), avec une population d’environ
500 habitants, la localite est situde a 16 kilometres a Test d’Alqbs, et
a 9 kilometres a Pouest/nord-ouest de ‘Ain Sifni. Le nom est dcrit
habituellement en chaldden B. ‘Edrai, de ‘ edra , la source: c’est le village
des sources (2).
Son nom apparait dans l’histoire quand le triste Barsaume lui-
meme, mdtropolite de Nisibe, «vint de son vivant au village de B. ‘Edrai,
dans le pays de Ba Niihadra, aupres du venerable et saint pere des peres,
Mar Acacios, catholicos» (3). Ceci se passait en aout 485, et le but de
la rencontre etait la reconciliation entre les deux prdlats, le premier
desavouant le synode irrdgulier de B. Lapat qu’il avait rduni. Plus tard,
les Peres du synode de Bawai, en 497, admettront «lYcrit qui fut com¬
mence a B. ‘Edrai, en la deuxieme annde de Balas, et achev£ au B.
Aramayd», c’est-a-dire le synode d’Acace (484-486) (4).
(1) Muniat al Udaba\ p. 136.
(2) Si on l’accentue Wra, le nom devient «le pays des poutres» (Mgr Sayegh,
an JVagm , IX/1937, p. 277 et Researches , p. 52), peut-etre par reference aux peupliers
qui servent de poutres aux terrasses. — Le P. S. Giamil {Gen. Rel. , p. 80, n. 1) traduit:
domus adjutorii. — Budge s’est trompd dans sa table du Book of Governors , en mettant
plusieurs references sous B. ‘Ecjre ou B. ‘Edrai, alors que le village auquel ces references
renvoient est B. Edre (sans ‘ ain ), le lieu des aires. Seide la ref. au t. I, p. clx, se rap-
porte a notre village, encore n’est-elle pas tiree de Thomas de Marga, qui n’a pas
Poccasion de le mentionner.
(3) Syn. Or., p. 308; et lettre de Sim‘un de B. Arsam dans B.O., III, I, p. 391
et III, II, p. 178.
(4) Apres avoir opine pour 1’unicite du synode, Chabot (6y«. Or., Annotations
16°, 17°, 18°, p. 613) penche pour en admettre deux differents.
476
ASSYRIE CHRETIENNE
Le texte clit bien «au Ba Nuhadra». Bien que cette region ait eccl£-
siastiquement depcndu, a cette epoque, de FAdiabene, ce n’est qu’au
sens tres large que 1’on peut dire avec Ghabot (1) que «la presente
resolution fut prise dans l’Adiabene», comme ailleurs Barsaume dit que
le catholicos vint en Adiabene (2). En fait le texte est clair, il s’agit de
«la constitution que nous avons etablie dans (c’est-a-dire pour) l’Adia-
dene», au sens ecclesiastique et non geographique, et que le synode
generalise a toute TEglise Syrienne Orientale.
Ouant au choix de B. ‘Edrai comme lieu de la reconciliation, heias
^phemere, on le comprend quand on se rappelle que la Route du Roi,
allant de Nisibe a Ctesiphon, passait par la.
Au Ve siecle B. ‘Edrai n’etait pas plus important qu’aujourd’hui.
Cfetait, le texte le precise bien, «un village». Malgre cela la montagne
voisine en tire quelquefois son nom. Quand R. Hormizd y fonde son
couvent, les sources situent celui-ci tantot par rapport a Alqos, qui est
tout pres, tantot «dans la montagne de B. ‘Edrai», avec peut-etre pre¬
ference pour ce dernier nom dans les sources plus anciennes. La parite
entre Alqos et B. ‘Edrai semble etre atteinte au IXe siecle, dans le Liber
Castitatis , donnant ainsi une idee du changement de proportion dans
rimportance relative des deux villages (3).
Au Xe siecle, on retrouve la localite comme lieu d’origine du fa-
meux moine nestorien Yusif Busnaya: «I1 etait du pays fameux de B.
‘Edrai. Ba ‘Adra est le nom d’un village connu et celebre du pays qui
s’appelle, dans son ensemble, Ba Busna» (4). La suite du texte montre
(1) Syn. Or., p. 300, n. 2; le canon auquel il se refere est le canon 1 (p. 301
et 302).
(2) Lettre n° 1, Syn. Or., p. 531.
(3) Histories... of R. Hormizd..., II, I, p. 77 et Bk. I, p. clx. — L.C. porte B. ‘Edrai
au n° 89 et Alqos au n° 91. — Chr. de Seert , II, 596, «dans la montagne du Ba Nuhadra,
pres d’un village appeld Alq5s». — Mss. nombreux, dont celui meme du Synodicon,
cf. p. 11. — Pour la geographic des trois chaines se succ^dant de Test a Fouest:
Montagne de ‘Ain Sifni, de Ba ‘Adr£ ou d’Alqos, et Dahkan, cf. Researches, p. 69 et
70, s.v. Gahal Bet t Adre et Cabal Dahkan.
(4) Vie de R. Yusif Busnaya, p. 11; R. Yusif avait sa commemoraison dans la
VILLAGES ANCIENNEMENT CHRETIENS
477
que le village, bien qu’entourd de centres gagnds au monophysisme
depuis le d^but du VIIe siecle, dtait restd lui-meme entierement nesto-
rien, «on n’y trouvait aucun melange des tdnebres de l erreur que produit
le mensonge au sujet de Dieu».
Le texte arabe du Synodicon reflete la gdographie du YIIIe-Xe
siecle quand il place ‘Edri sur le territoire de Ma'altaya (1). On voit
done que, apres le remaniement administratif du VIIIe siecle, la fron-
tiere entre le dernier district a Touest de Marga, le B. Rustaqa, et le
premier district a Test de Ma‘alta, le Ba Busna, se trouvait entre B.
‘Edrai et Berestek.
Le nom de Ba‘adra (quelquefois dpeld Ba‘adar) resta employ^ par
les gdographes arabes pour designer le district voisin du village; on se
rappelle que pour eux le Ba Nuhadra, ou plutot le Bahadra, ne reprd-
sente plus que la partie nord de la grande province. Ba‘adra est un des
districts de Mossoul dans al Kamil , Surat al Ard et Muniat al Udaba ’ (2).
On peut done reconstituer ainsi la courbe de vie du village: apres
avoir eu son temps de celdbrit^ au Ve siecle, il se maintient dans la
tradition nestorienne, malgr£ la mar^e «h£rdtique» qui l’entourait;
cependant, son importance avait diminu£ avec celle de la route en bor-
dure de laquelle il se trouvait, et la montagne qui le dominait dtait de
moins en moins appelee de son nom. Il vivotait encore au Xe siecle.
On ne sait quand et comment les chrdtiens l’abandonnerent; probable-
ment au moment de la poussde des Kurdes prd-y^zidis, partisans de
Saih ‘Adi, au XIIe-XIIIe siecle.
liturgie nestorienne le 6e dimanche d’et6 (cf. Hudra de 1607, Add. 1981, Cambridge).
Il £tait moine au couvent de Mar Abraham le Penitent, a cot£ de B. Sayyar£, pres du
village de Piramus-Zawlta, non loin du village de Tdna, dans la region de ‘Amadla.
(1) B.O. , III, I, p. 391 et III, II, p. 178.
(2) Cit. p. 33, 202, 203; le Dair al kalab y £tait situe ( ibid ., p. 148). — Ne pas
confondre avec l’ancien Bfdadar, aujourd’hui Ba‘adra ‘Arab, un peu au nord de la
pointe sud-est du Cabal ‘Ain as Safra ( ibid ., p. 135-136).
478
ASSYRIE CIIRETIENNE
B. GuRBAQ
Bagarbu‘a, ou Abu Garbu‘ (1), est un village sabak a majority
Baigwan (2) situe a cinq kilometres au sud/sud-est de Ba/slqa. Mgr
Sayegh l’a identifie (3), a raison semble-t-il, au B. Gurbaq qui joua
un role important dans la vie de Bar ‘Eta (4), au VIe-VIIe siecle. Ce
bourg du «pays de Ninive», rcmarquable par sa construction, est un de
ceux dont le moine visionnaire prddit qu’ils resteraient nestoriens.
La mort du fondateur fut l’occasion d’un petit drame, qui faillit
causer une rixe entre moines et villageois. Geux-ci en effet reclamaient
les dix parts des reliques auxquelles ils avaient droit. Heureusement, leur
cure, le pretre ‘AwdIso‘, se montra plus raisonnable et put convaincre
ses gens de prendre seulement «une benediction » du saint homme dd-
funt. Cette benediction prit la forme d’un doigt que 1’on coupa au corps,
et les habitants de B. Gurbaq s’en retournerent chez eux deposer solen-
nellement la relique dans leur eglise, desormais dediee a Bar ‘Eta.
C’est encore a leur clemande, et notamment selon les desirs de leurs
pretres moines Sim‘un et Yohannan, joints au pretre ‘AwdIso‘, que fut
ecrite la vie metrique simplifide de Bar ‘Eta que nous possedons, et qui
resume un document plus prolixe malheureusement perdu.
B. Zawaye
Bazawaya, actuellement sabak avec une minority Baigwan (5),
est egalement connu par la vie de Bar ‘Eta (6). II y figure sous son nom
ancien de B. Zawaye, le village des Zabiens (7). Cette localite, situee a un
kilometre au nord de la route moderne Mossoul-Erbil, a cinq kilometres
(1) D’apres Jones ( JRAS , XV/1855, p. 374 b) le nom vient du syriaque B.
Garba, et veut dire «le lieu du lepreux».
(2) As Sabak , p. 93, 95, 228.
(3) An Nagm , VI 1/1935, p. 4-10 et as Sabak , p. 10, 93, 228.
(4) Histories... of Bar Idta, II, I, p. 164, 217, 224, 230, 240, 265, 299.
(5) As Sabak, p. 10, 93, 95.
(6) Cit. p. 240 et 283.
(7) Jones {JRAS, XV/1855, p. 374 b) Tinterpr^tait «place of glorv».
VILLAGES ANCIENNEMENT CHRETIENS
479
a l'ouest de rembranchement de cette route avec celle de ‘Aqra,
vit sa fidelity a la foi nestorienne prddite par le fondateur. Elle prouva
la veritd de la prediction, du vivant du saint, qui leur envoya une croix.
Celle-ci, ddposee dans leur dglise, les protdgea plus tard de la contagion
herdtique.
Basbita
Ce village, situe pres de Bartelli, a dtd mentionnd a propos de son
sanctuaire de Mar Fidaros.
Mgr Paulos Behnam a recueilli (1) la tradition consignee par le
pretre Ya‘qub Sako (2) reproduisant un manuscrit de 1220. Une note
de cette date, due au pretre Mahbub, mentionne que les chrdtiens jaco-
bites quitterent le village et emigrerent a Bartelli a cette dpoque. Ger-
taines families chalddennes d’Alqos se souvienncnt encore en etre
originaires.
Le nom de Ba Swlta signifierait «le lieu de la captivitd» (3) ou
«le village pilld» (4). La locality compte aujourd'hui 600 habitants
sabak. Leur simplicity est passde en proverbe a Mossoul (5).
A trois minutes de marche a Touest du village se trouve un petit
tell surmontd d’un mausolde. Celui-ci est connu comme le tombeau de
Layl Fattah, qui serait une «fille de roi».
Ba Sahraye
Basahra ou Basahra (6), a sept kilometres au nord/nord-est de
Bartelli, au pied de la montagne dite «Gabal al ‘Ain as safrab> (7),
(1) Lisdn, 1/1949, n° 5, p. 38-39.
(2) Copie de 1903 du «Livre de Fame, de la resurrection et des anges», de
Bar Kipha, sur Fexemplaire de 1220 du pretre Mahbub de Basbita, donn^ par ce
dernier au maphrien Denys en 1226.
(3) Jones, JRAS , XV/ 1855, p. 374 b.
(4) As Sabak, p. 11, 93, 95, 228.
(5) Researches , p. 50-51.
(6) M. Ahmad Hamad as Sarraf epelle le nom avec un sin. Mgr Barsaume
et ses disciples, ainsi que M. G. ‘Avvwad, mettent un sad.
(7) Researches , p. 70.
480
ASSYRIE CIIRETIENNE
c’est-a-dire presque en dessous du couvent de Mar Daniel l’anachorete,
est l’ancien village jacobite de Ba Sahraya (1). Quelques pages de son
histoire, les dernieres, sont connues grace a Bar Hebraeus (2), et ont
dte reprises par plusieurs auteurs (3).
Cette histoire, qui finira tragiquement comme celle de la plupart
des villages de Ninive, commence par une de ces disputes qui sont le
signe de la bonne entente d’une famille, et dont fourmille Thistoire des
maphriens. Au debut du XI Ie siecle, sous l’influence de Timothee le
Sogdien, mdtropolite de Mar Matta, les habitants de Ba Sahra suppri-
merent de leurs Diptyques la mention du nom du maphrien Denys
Moise, qui avait ete sacre en 1112. D’autres villages jacobites, on l’a vu,
furent egalement entraines dans la brouille. A la mort du rebelle, le
village envoya une deputation au patriarche qui, bien sur, pardonna.
Desormais, la delegation des «Orientaux» qui ira demander au
patriarche de bien vouloir leur nommer un maphrien, comprendra tou-
jours un ou des representants de ce village. Le fait est atteste en 1164 et
en 1364. A cette derniere date on cite parmi les delegues le pretre Ishaq
de Ba Sahraya.
L’attaque de Mar Matta par les Kurdes, en 1171, donna foccasion
aux villageois de manifester leur loyalisme en participant a la defense
du couvent. Leur role y fut si important que, pour les recompense^ on
leur accorda certains privileges: leurs enfants seraient baptises avant les
autres au baptistere du couvent, et leurs pretres et chammas auraient
droit de se tenir debout au milieu du qostromo , pendant la cerdmonie
(1) Jones {JR AS, XV/ 1855, p. 374 b) interprcte le nom comme «le lieu du
bouclier»; Budge ( Chronography , I, p. 374) «le lieu des mendiants»; l’ouvrage as Sabak
(p. 228, n° 6) Fexplique de la meme fa^on, puis (p. 93) comme «le lieu du barrage,
ou du rempart». Researches (p. 51) «le lieu des proprietaires de chateaux».
(2) B.H., II, col. 319-322, 358, 364, 520; Chronography , p. 374, 441.
(3) Dont Mgr Paulos Behnam, in Lisan, 1/1949, n° 5, p. 36-37 et Mgr Abdal,
p. 219, n. 2; Mgr Ignace Ya‘qub en parle a plusieurs reprises: Dafaqat, p. 79, 87,
94, 179, 191.
VILLAGES ANGIENNEMENT CHRETIENS
481
de consecration du St-Chreme, alors que ceux de Qaraqos et de Bartelli
se relaieraient aux gud nord et sud.
De cette belle dpoque (1177) date un manuscrit du Nouveau Tes¬
tament, en syriaque et arabe, conserve aujourd’hui a Mar Matta (1),
et ecrit par Marbena, fils de Joseph, fils de Malkis, fils de Thomas, du
village de B. Sahraye (2).
Au debut du XIIIe siecle les choses commencerent a se gater. La
lutte entre le maitre de Mossoul, Lu'lCf, et celui d’Erbil, Muzaffar ad
Din, amenerent dans la region pillards et deserteurs. En 1219, les soldats
d’Erbil enleverent une jeune femme de Ba Sahra. Les gens du village
se battirent pour la reprendre, et y reussirent. Par vengeance, les soldats
trouverent un pretexte pour accuser les villageois aupres de Muzaffar,
qui ddpecha contre eux une expedition punitive. L'dglise de Mar Hadb-
sabba ou les habitants s’etaient retranches fut emportee d’assaut: 300
hommes furent tues.
Malgre cet avertissement severe, le village essaya de survivre. En
1224 le desservant de feglise est le pretre Daniel, fils de Yusif, fils de
Sarkis. II copie un rituel de la preparation de 1’huile pour le St-Chreme,
pour un pretre de la famille Habbo Ganni de Bartelli (3).
La mort de Lu’lu’ est l’occasion de nouveaux troubles. Devant la
menace constituee par les mercenaires de Malik Saleh Isma‘Il et tous les
autres bandits de races diverses qui rodent dans la campagne, une partie
des gens du village decident de fuir. Ils se rdfugient d’abord au sommet
de la petite montagne qui domine leur village, au «Couvent des Bousiers»
de Mar Daniel. Mais il leur faut bientot trouver un autre lieu de refuge,
car les provisions s’epuiscnt. Ils essaient alors de traverser le Zab pour
(1) Cf. P. Voste, Angelicum , IV/ 1927, p. 166-167.
(2) Le norn est donn£ differemment (peut-etre a la suite de coquilles typogra-
phiques) par Mgr Paulos Behnam (cit. p. 37), suivi par Mgr Ignace Ya‘qub (p. 179)
comme etant «Chammas Mardebna ( ?), fils de Yusif, fils de Mar Kiz ( ?), etc. — Quant
a Mgr Barsaume (cit. p. 206) il mentionne pour cette date, et pour 1223, parmi les
copistes: n° 101, le pretre Daniel, fils de Yusif, de Ba Sahra.
(3) Cat. Mgr Armalet, p. 71-72, n° 9.
Rech. 23 — 31
482
ASSYRIE CHRETIENNE
aller vers Erbil. Malheureusement, depuis 1219, leur reputation dtait
faite de ce cote. Kutlu Bek sort a leur rencontre, et les considerant
comme des espions de Pennemi, les massacre tous sur le Zab. Ceci se
passait en 1261.
Probablement d’autres groupes tenterent-ils l’exode, et avec plus
de succes, allant se joindre aux refugies jacobites des environs d’Erbil,
a qui un eveque fut donnd en 1277.
En 1289, au moment ou femir chretien Mas‘ud de Birqawt, gou-
verneur de Mossoul, est mis a mort, son frere, Sahab ad Din, put s’enfuir
et se refugia quelques jours a Ba Sahra. Apres son depart les ennemis
de Mas‘ud, lances a sa poursuite, vinrent interroger les habitants, dont
un certain Diibais, peut-etre le chef du village, qui jura ne pas P avoir
vu. Un jeune homme ayant avoue sous les coups, Dubais fut emmend
a Mossoul et execute. La populace lapida son cadavre.
En 1343, les fonts baptismaux de Peglise furent renouvelds. La nou-
velle cuve, monolithe, a la forme d’un prisme octogonal regulier sur
base carree de 93 centimetres de cote. Chaque cote du prisme a 39 cen¬
timetres de large. La cuve et sa base ont une hauteur exterieure de 97
cm. Le bassin a immersion a 68 cm. de diametre et 58 cm. de profondeur.
Les cotes sont ornes de croix assez frustes et d’une inscription liturgique,
la meme que celle de Qaraqos. Puis est ajoute le nom du maphrien,
Grdgoire Matta Hanno, de Bartelli, et la date: 1654 des Grecs.
La derniere mention de Ba Sahra chretien date, on fa vu, de 1364;
on ne sait quand et comment le village fut deserte par ses habitants
primitifs. Mgr Ignace Ya‘qub suggere que ce fut vers le XYIIIe siecle.
La plupart des emigres vinrent a Bartelli, et leurs descendants se sou-
viennent encore de leur origine.
Je ne vois pas de raison d’identifier Basahra avec le Ba Safra de
Yaqut, comme on fa suggere (1). Le village de Ba Safra existe «a Test
de Mossoul », et est bien «au pied de la montagne». On fa deja rencontre
au nord du district de Birta.
(1) Researches, p. 51, qui cite Mu1 gam, I, p. 471 et Marasid, I, p. 154.
VILLAGES ANCIENNEMENT CHRETIENS
483
B. Daniel
Badana est le nom de deux villages sabak (1) modernes. L’un est
appele «le grand», et se trouve a 9 kilometres a Test de Qaraqos; l’autre,
«le nouveau», est situd a 3 kilometres au nord du premier. Le nom
ancien est certainement B. Daniel, et on ne peut s’empecher d’y recon-
naitre le «village connu sous la montagne» de YHistoire de Bar ‘ Eta (2).
II devint jacobite au temps de Gabriel de Singar, dans la premiere ddcade
du VIIe siecle. Gependant on ne voit pas tres bien comment le texte de
la meme histoire (3), parlant d’une gudrison de moutons au profit du
tres riche «prince» Denha, situe en Marga son village de B. Daniel.
II semble probable que Ton peut reconnaitre dans le Grand Badana
moderne le B. Daniel Infdrieur de Bar Hebraeus. Cet auteur donne quel-
ques details sur l’histoire du village du XIIe au XI Ve siecle (4). Mais
ou faut-il placer le B. Daniel superieur? Mgr Paulos Behnam le met «en
haut de la montagne de Mar Daniel». En fait, je ne connais guere de
villages sur le sommet aride des montagnes, et aucune trace d’une
agglomeration ne subsiste en haut de celle-ci.
Depuis le temps du maphrien Ignace Lazare, en 1153, B. Daniel
avait le privilege de recevoir la visite des primats jacobites, a leur des-
cente de Mar Matta, avant qu’ils ne se rendent a Qaraqos et a Bartelli.
Un autre privilege du village dtait celui d’offrir une mule au nouveau
maphrien (5).
En 1184 (550 H.) eut lieu a Targilla (6), c’est-a-dire a 4
(1) As Sabak, p. 94.
(2) II, I, p. 245-246; Budge transcrit le nom du village comme «Beth Daniel
Rapya», alors que ce dernier mot est simplement Fadjectif rpeyya, qui veut dire
«faibles» et s’applique au substantif «habitants» pour dire que les habitants des deux
villages dtaient faibles (dans la foi), ce qui explique leur apostasie.
(3) P. 273.
(4) B.H., II, col. 344, 378, 422, 504, 508, 520. Certains de ces textes ont £td
cites par Mgr Paulos Behnam, in Lisan, 1/1949, n° 5, p. 37-38.
(5) Egalement cite dans Dafaqat, p. 79, n° 2.
(6) D’apres Muniat al Udaba\ p. 137. — Targilla a des sources importantes,
484
ASSYRIE CHRETIENNE
kilometres an nord du Nouveau Badana, une bataille entre les soldats de
‘Izz ad Din Mas‘ud, fils de Mawdud, fils de Zengui, fils d’Aq Sonqor,
et les soldats de Yusif ‘All Kiitsuk, seigneur d’Erbil. Ces derniers rempor-
terent la victoire; on devine aisement que les villages voisins en subirent
le contrecoup.
Ba Daniel inferieur donna au moins un eveque a l'Eglise Syrienne.
C’est Basile Matta, fils d'Iso‘, eveque de Bagdad vers 1189. II fut un
des conciliateurs entre Matteens et Takrltains au debut du regne de
Sallba, dveque de Mar Matta (1).
Quant k B. Daniel Superieur, il semble avoir ete la patrie du moine
Behnam de Mar Matta, sacre eveque jacobite du Ba Niihadra par le
maphrien Gregoire Abu 1 Farag Bar Hebraeus en 1265, puisque e’est
dans feglise de ce village que le maphrien proceda au sacre.
Au milieu du XI Ye siecle (avant 1345 et apres 1364) on trouve
plusieurs mentions du «prince» Mas‘ud de B. Daniel superieur et du
pretre Jean, fils du pretre Denha, de ce village. Ils agissent soit comme
mediateurs entre le patriarche et le maphrien, soit pour demander au
patriarche de bien vouloir nommer un maphrien, a la mort du precedent.
Ni fun ni fautre des deux B. Daniel chretiens n'est mentionne apres 1364.
B. Gabbare
Revenant maintenant tout pres de Ninive, sur le Tigre, nous trou-
vons un dernier village chretien, celui-ci completement disparu, mais
localise a peu pres precisement (2), B. Gabbare, le village des geants,
ou des braves.
Le village etait d’abord nestorien. On le rencontre pour la premiere
certaines sulfureuses: cf. Mu gam, II, p. 375. — Mgr Sayegh a explique le nom par
Tarameen «Tur Galla», la montagne de l'herbe, cf. as Sabah, p. 1 1 et 93; Jones (JRAS,
XV/ 1855, p. 374 b) avait suggere Tell Gella, «la colline des hauts paturages». — Dans
Researches, p. 63-64, il faut corriger Zain ad Din en ‘Izz ad Din. — On ignore si le vil¬
lage a une histoire chretienne.
(1) Egalement cite par Lisan, 1 1 1/1951, p. 224.
(2) Par M. Sa‘Id ad DewahgI, dans Muniat al Udaba\ p. 136, n. 1.
VILLAGES ANGIENNEMENT CHRETIENS
485
fois (1) a la fin du VIIe siecle, comme lieu d’origine du patriarche
Iso‘ bar Nun. Le texte de ‘Amr qui le mentionne (2) le donne comme
situe a cote du Tigre, entre le mur de Ninive et Mossoul. En effet, le
Tigre, au moment de la ruine de Ninive en 612 avant J.-C., longeait le
mur de la capitale assyrienne, dont sa crue accdldra la chute en ouvrant
des breches dans les remparts. Au cours des siecles, il s’est ddplacd latd-
ralement sur un axe nord-ouest/sud-est. Au maximum de son ddpla-
cement, dans sa situation actuelle, il est arretd par la colline que sur-
monte Mossoul et a ainsi termind, il n’y a guere qu’une cinquantaine
d’anndes, un glissement de cotd d'environ deux kilometres. G’est dans
cet intervalle, entre les murs de Ninive et ceux de Mossoul, qu’il faudra
chercher B. Gabbard.
Yaqut fut le dernier a voir le village, pendant son sdjour a Mossoul
en 1220 (3). Dans son Mu1 2 3 4 5 gam al Buldan (4), il le decrit comme «un
village a Test de Mossoul, a environ un mille, grand et prospere, avec
un marchd». Jadis la riviere Hosar (5) y passait sous un pont qui sub-
sistait jusqu'aux jours de hauteur, et sa mosqude etait bade sur les arches
de ce pont. Yaqut Tavait vue plusieurs fois.
Il appert de ce texte que le village dtait en partie musulman au
debut du XIIIe siecle. Quant aux habitants chrdtiens, ils dtaient devenus
(1) La Vie de Mar Miha'il (v.g. in Suhadd\ II, p. 122) le donne comme lieu
d’origine de Nisan, qankaya du couvent au moment de sa fondation. On verra que la
redaction de cette vie est tres tardive, et le nom a pu etre introduit pour nc pas laisser
un detail non prCcisC, comme e’est souvent le cas dans ce genre de rCcits.
(2) ‘Amr, ar. p. 66; Suhada\ II, p. 122; de meme le texte d’ABu ZakarIya al
Azdi, cite par M. Dewaii&I, aux £venements de 765, l’appelle «villagc sur le Tigre,
pres de Mossoul». Deux fois Gismondi a laiss£ dans sa traduction (lat. p. 59 et 66)
le mot sur (faussement orthographic sur ) qui veut dir «mur».
(3) M. Dewah6I a relevC (Sumer, 1954, p. 5, n. 26) que Yaqut visita Mossoul
en 1216, puis y sCjourna plus d’un an en 1220.
(4) II, 23 et IV, 490; identifiC a B. Fahari, ibid., Ill, p. 24. — Le livre a CtC
ecrit vers 1225, mais les notes sur lesquelles travaillait l’auteur Ctaient, au moins dans
ce cas, de 1220.
(5) Son nom assyrien Ctait dCja Hosr; actuellement on dit quclquefois Hosar.
cf. Researches , p. 75.
486
ASSYRIE CHRETIENNE
jacobites, au temoignage d’un colophon de 1220 (1), qui appelle la
locality «un village de croyants». Ge texte a gardd le r^cit de la mine de
B. Gabbare, ou probablement chretiens et musulmans perirent ensemble.
Cette annee-la, les chefs des Yezidis revokes contre ‘Imad ad Din
Zengui (2) prince de Singar, vinrent, sous le commandement de Badr
ad Din, attaquer le bourg. Tous les hommes furent tues, les femmes et
les enfants enleves, ce fut la destruction complete.
Rien que ce petit fait prouverait l’astuce politique de Badr ad Din
Lu’lu’. Deja plusieurs fois assasssin, il s’allie ici a un revoke contre un
cousin de son maitre (Naslr ad Din Mahmud, que le ruse maire du palais
laissera en titre jusqu’en 1233) pour se libdrer du danger cree par une
agglomeration faisant face a Mossoul de l’autre cote du Tigre et pouvant
etre utilisee comme tete de pont contre la ville par ses ennemis d’Erbil,
qui avaient probablement des accointanc.es dans la place. II dut etre
facile d’accuser les habitants de felonie. On comprend aussi pourquoi
Lu’lu’ ne laissa pas Ba Gabbare se relever.
Ses mines doivent etre cherchees sur un des anciens lieux de con¬
fluence de Hosar et du Tigre, quelque part entre Ninive et Mossoul.
Qu’elles n’aient pas encore ete retrouvees s’explique probablement par
le fait qu’elles sont ensevelies sous les limons de 700 crues du Tigre (3).
2. — Villages non localises
Ge paragraphe recueille les villages «du pays de Ninive» dont les
(1) Cite par Mgr Paulos Befinam, Lisan , 1/1949, n° 5, p. 38-39. Cependant
on ne peut s’accorder avec l’auteur qui (p. 39, n. 2) place le village «probablement
dans les environs de Basblta et Bartelli». — Mgr Barsaume, Lu’lu’, 2e £d., p. 622, dit
plus exactement: «village mine au mieu du XIIIe siecle, a Pest de Mossoul, sur le
Hosar ».
(2) II s’agit de ‘Imad ad Din Sah in Sah, atabek de Singar, un descendant de
Qasim ad Dawla Aq Sonqor par Pinterm^diaire du grand ‘Imad ad Din Zengui Ier,
atabek de Mossoul (1127), et d’Alep (1128). mort 1146.
(3) Les localisations proposees jusqu’ici ne sont pas satisfaisantes, car aucune
n’est «entre le mur de Ninive et Mossoul». Les voir dans Researches , p. 48-49 (Mgr
S. Sayegh: Yaramga; A. as Sufi: al Gila). D’autres proposent Armusiya, qui est
^galement du mauvais cot^ de Ninive.
VILLAGES ANCIENNEMENT CHRETIENS
487
noms sont mentionnes dans l’histoire chretienne a une epoque ou une
autre, mais que Ton ne peut pas situer sur la carte a un point prCcis.
B. Siunaye, d’apres la biographie de Bar ‘Eta (1), ou B. Samina,
d’apres le Liber Castitatis (2), est donne commc le pays d’origine de R.
Yozadaq, moine du couvent de Bar ‘Eta, puis fondateur en Qardu, au
debut du VIIe siecle.
II faut probablement Fidentifier au Ba Sumnaya de Yaqut (3), qui
produisit quelques cCICbrites musulmanes au XIIe siecle. II avait dCja
disparu au XYIIIe siecle, puisque Yasln al ‘Omari n'en parle plus. On
ne sait oil il se trouvait (4).
Quelque part a Test de Mossoul, sur la route d’Erbil, dans une
region accidentee, se trouvait le lieu dit B. Tartar de Ninive, ou se pro¬
duisit, vers 775, un miracle Cclatant. Le mCtropolite d'Adiabene, Maran
‘Emmeh d’Awah (5), etait venu, malgre son grand age, faire une collecte
a Mossoul au profit des victimes de la sdcheresse de la parti centrale de
son eparchie. A son retour avec F argent, des voleurs FCpierent de Mossoul
a B. Tartar de Ninive, puis Fattendirent «dans un creux de la montagne».
C’Ctait compter sans les pouvoirs de thaumaturge du vieux prdlat. Ef-
frayes par les etincelles qui sortaient de son turban, les pauvres brigands
ne purent que demander pardon au saint, et sollicker de lui une aumone,
pour qu’ils n’aient pas tout a fait perdu leur peine.
Quelques points de Fhistoire de B. Taksur (orthographic par d’au-
tres: B. Taksbar) (6) sont connus. En 1275 un combat furieux opposa
pillards et gens du village; les premiers eurent dix des leurs tuCs, mais le
village y perdit cinq hommes, et sept jeunes filles et trois jeunes gens
furent enleves (7). Ceci dCcida probablement l’exode des villageois;
(1) Ed. Budge, cit. II, I, p. 256 et note.
(2) N° 91 (aussi n° 15, 89, 92, 95).
(3) Mu1 2 3 4 5 6 7 gam, II, p. 39.
(4) Researches , p. 51.
(5) Bk. I, p. 335 s.
(6) Apergu , p. 201.
(7) Chronograph y, I, p. 453.
488
ASSYRIE CHRETIENNE
nous les avons retrouves pres d’Erbil, a B. Sayyade, ou en 1277 un eveque
leur fut donntk Celui-ci ajouta au titre de son siege celui du lieu d’ori-
gine de ses diocdsains, B. Taksur, desormais in partibus.
Quant a la situation du village, il n’y a pas de doute qu’il etait en
Ninive, d’apres Bar Hebraeus lui-meme (1), et c’est pourquoi nous le
retrouvons ici. Une lointaine ressemblance de nom pourrait suggerer
Factuel Taq Resso, a la pointe nord-ouest du Maqlub, comme site
possible de B. Taksur; cependant, dans sa forme actuelle, le nom du
village a un sens obvie: Fare de Rasld.
On n’a guere plus de lumieres sur la position de B. Gurba (a ne pas
confondre avec B. Gurbaq), pays d’origine du proselite jacobite Nana,
disciple de Zaka'i, au temps de Gabriel de Singar (2). La seule chose
que Fon sache, est que le village etait situe sur le Tigre. Or, les deux
seuls points ou le district jacobite de Ninive atteignait le Tigre etaient,
soit la region sud, a Fouest de Mar Behnam, sur laquelle on n’a aucune
indication textuelle, ou la region a Fouest de Baqaq, en direction de
Balad. A priori, Gurba serait plutot a chercher dans les environs de
Hirbat Saleh.
w • •
Quant aux villages jacobites du Ba Nfihadra «dans lesquels les
fideles dtablirent des ecoles», a limitation des Nestoriens, la Vie de Maruta
en donne une liste (3). Sur cinq £coles mentionnees, on a pu en iden¬
tifier trois: B. Qoqi (Baqaq), Bet Bar Terlai (Bartelli) et B. Bani (Baiban).
SuRZAq, lieu de la quatrieme ecole et pays d’origine de Maruta de
Takrlt (4), est donne par l’histoire du premier metropolite (629) comme
situe non loin du monastere de Mar Samuel, lequel est «eleve sur une
hauteur, sur la rive du Tigre, en face du monastere de Mar Sargis, qui
est pres de Balad». Ce dernier monastere est bien connu, et j’ai pu re-
trouver aussi le couvent de Mar Samuel le Montagnard. C’est done sur
(1) Et non pas «dans les environs d’Erbil», comme le dit Mgr Barsaume.
(2) Histories... of Bar Idta, II, I, p. 241.
(3) Cit. p. 66 ( Apergu , p. 205-206).
(4) Id., p. 63; B.H., II, col. 111.
VILLAGES ANCIENNEMENT CHRETIENS
489
la rive est du Tigre, dans la rdgion autour de Cabal Taira, qui fait
face au Mont Butman, qu’il faudra rechercher Surzaq. Le nom ne figure
sur aucune carte et il n’dvoque rien aux oreilles dcs habitants actuels
du district.
La derniere dcole jacobite de la fin du VIe siecle-ddbut du VIIe
siecle, est celle de Tell Salma, la colline de l’arbre (1). On peut con-
jecturer par le contexte qu’elle se trouvait dans la meme region que
Surzaq et B. Bani.
Deux autres villages chretiens non localises sont Harda, «pres de
Mossoul», patrie de ldveque d’Adiabene Ibrahim fils de Slemun, qui
aurait sidgd vers 150-165 (?) (2), et Gariciia (?) une «ville du diocese
de Mossoul» oil, d'apres Assdmani, un des manuscrits de la Bibliotheque
Vaticane aurait etd copid (3) en 1477; la lecture devrait etre vdrifiee.
Je ne dis rien ici de l'eveche du XIe-XIIIe siecle d’al Badia (le
pays des Bedouins) ou al Barriya (le desert). Cette appellation ne peut
s’appliquer qu’a la partie restee nestoricnne de la Mdsopotamie, a fouest
du Tigre et de Mossoul, en allant plutot vers le sud; ce district ne fait
pas du tout partie du Ba Nuhadra (4).
3. — Villages a noms chretiens
II resterait a faire une liste (mais pourrait-elle jamais etre com¬
plete?) de tous les lieux-dits dont le nom a une consonance nettement
chrdtienne. I Is sont ldgion, et Thistoire est ddsespdrdment muette a leur
endroit.
Ddja, en appendice a une confdrence sur la Topographie de Ninive,
faite le 2 juillet 1853 devant la «Royal Asiatic Society » (5), le Com¬
mander Felix Jones avait dressd une liste impressionnante de noms qu’on
(1) Arbuste sauvage a baies aigres rouges on jaunes, tres connu dans la mon-
tagne kurde.
(2) Chr. d’Erbil, p. 87 ; et Armalet, Catholicos , cit. ; Machriq , XXII 1924, p. i 82 s.
(3) Cod. CLXXXVI, Cat. Assemani, 1 1 1/1759.
(4) Cf. DHGE, VI/ 1932, col. 142, s.v. Badia , par M. le chan. Van Lantschoot,
et ibid., s.v. Beth Dial, VI 1 1/1935, col. 1230, par G. Levenq.
(5) Et publics dans son Journal, JRAS, XV/ 1855, p. 297-374.
490
ASSYRIE CHRETIENNE
pouvait interpreter par le syriaque (1). Sans rcvenir sur ceux deja ren¬
contres, on peut leur ajouter, d’apres cette nomenclature:
— Bazgira (Bet Zegira), le lieu de la reprobation.
— Barlma (Bet Rama), place cheminence (2).
— Baibuh (Bet Funaya) (?), le lieu de repos. Mgr Sayegh, cite par
M. Ahmad as Sarraf, dans son livre sur les Sabak, dira: le lieu des pleurs.
— Basalim (Bet Salim), le lieu de paix.
Mgr S. Sayegh avait fourni encore a hauteur de houvrage sur les
Sabak plusieurs interpretations (3), parmi lesquelles:
— BaSviza (B. ‘Uzaya), le pays de la force, ou (Ba ‘Ezzi), prairie
de chevres.
— Babnit, Babnita, sur le Tigre, d’un nom de poisson.
— Ba‘uta, le lieu de la tromperie, ou de la s^veritth
— Slihan, de Sliha, les Apotres.
M. Guorguls ‘Awwad, dans son repertoire si precieux, ajoute enfin
plusieurs noms:
— Ba Fahari (4), le lieu des potiers, qui est peut-etre le village
actuel de Qiz Fahri, sur le Tigre a onze kilometres au sud de Mossoul.
Le nom peut etre aussi bien chaldeen qu’arabe; en tout cas le village
etait d^ja musulman en 765.
— Ba Kalba (5), le lieu du chien, nom d’une plantation situee a
4 milles au sud d’Alqos, dans les collines dites al Knud.
— Al Basatlia (6), le pays des voleurs, a cote du couvent de Mar
Behnam.
— Baisan (7), le lieu du silence, dans le canton de Tell Kaif, etc.,
etc. Les cartes livrent encore: Qa’im, Usqof, et tant chautres. Et meme
(1) Appendix , f, apres p. 374.
(2) Ibid., Researches, p. 50.
(3) As Sabak, p. 11, 93, 228, 229.
(4) Researches, p. 55.
(5) Ibid., p. 57.
(6) Ibid., p. 59-60.
(7) Ibid., p. 61.
VILLAGES ANCIENNEMENT CHRETIENS
491
quand le nom n’a pas Fair aramden, de vagues traditions parlent de
traces d’eglises; ainsi a Gaif, tout a fait au sud du Ba-Nuhadra, pres du
confluent du Zab et du Tigre.
Un autre nom avait attird mon attention, c’est celui de Darhayl,
une localite situde sur le Tigre, a 7 kilometres a fouest de Baqaq, done
normalement a Fextreme pointe nord-ouest du croissant jacobite. Une
reconnaissance sur place me mit en presence d’un village arabe avec un
tell pas tres eleve, mais cependant trop haut pour recouvrir un couvent.
A Fextreme rigueur il pourrait cacher une dglise ; seules des fouilles en
trancheraient.
En aval, a Fest du village, une grande zone de ruines, entourdes
d’un mur continu de 60 metres de long, est appeUe actuellement Zahra
Hatun. II n’y a pas non plus d’dvidence que nous ayons affaire a un
ancien couvent. L’ensemble du site iFoffre done rien de saillant du point
de vue archeologie chrdtienne. Du point de vue pittoresque, notons en
passant, sur Fautre rive du Tigre, en face de Darhayl, une curieuse
colline conique surmontee d’un mazar entourd de quelques arbres. On
y venere Bilal al Habasi, muezzin de Mahomet.
XVI
COUVENTS NESTORIENS
ET CEIALDEENS DE NINIVE
Nous allons voir maintenant les couvents qui se trouvent, en ruines
ou encore debout, dans la region de Ninive, c’est-a-dire dans le sud du
Ba Nuhadra, du Grand Zab a l’arete de Faida. Ces couvents peuvent
etre divises en: couvents nestoriens et chaldeens, et couvents syriens
(catholiques ou orthodoxes). Je leur adjoindrai un chapitre sur les cou¬
vents de l’autre rive, c’est-a-dire a l’ouest du Tigre, autour de Mossoul.
A proprement parler, ce dernier district ne fait g^ographiquement pas
partie du Ba Nuhadra, cependant les auteurs anciens l’y aggregent, et
ne font commencer le B. ‘Arabaye que plus haut, entre Mossoul et Balad.
Certains couvents accoles a des villages, ou meme actuellement
inclus dans l’agglomeration, ont cleja ete etudies avec ces villages, par
exemple: Mar Guorguis de Karamlaiss, Mar Yohannan et Mar Quriaqos
de Qaraqos, Yohannan bar Nagare et les XL Martyrs de Bartelli, Apni
Maran de Tell Esqof, etc. II n’est pas besoin de les revoir.
1. — Le pseudo Bar ‘Eta
On a examine a propos de Marga le cas tres curieux du couvent de
R. Bar ‘Eta et du couvent de sa soeur, Hana Iso‘, qui etait sous le vocable
de la martyre Febronia. La localisation traditionnelle de ces deux cou¬
vents dans les environs de Karamlaiss est recente et sans fondement. II
reste que les ruines situees entre Targilla et Hassan Sami sont bien celles
de couvents, mais on ne sait de quel saint.
Ces ruines ne peuvent etre non plus celles du couvent de Mar
Miha’il de Tar‘Il, qu’une ressemblance de nom avait induit Chabot,
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
493
dans son Histoire de Tahwalaha III , a placer a Targilla. On a vu, en
parlant de l’Adiabene, qu’il faut chercher Tar‘Il pres de Kafar ‘Uzail,
au sud d’Erbil.
II y avait, dans ce petit coin sud-est du Ba Nuhadra plusieurs cou-
vents qui n’ont pas encore etd localises. Le couvent de Mar Adona,
abandonne par les Nestoriens au ddbut du VIIe siecle, sous les menaces
des «rendgats» de Bartelli et de B. Daniel, pourrait etre Tune de ces
ruines. Cependant les ruines ditcs de Bar ‘Eta me semblent trop vastes
et trop rdcentes pour cela.
A part Tepisode de son abandon, puis de la recuperation des livres
et du voile du martyrion, episode relate plus haut a propos de Bartelli,
on ne connait rien du couvent d’Adona. Le fondateur en est probable-
ment un moine, cite parmi les fondateurs de couvents du Ba Nuhadra,
au jour de leur commemoraison par les Nestoriens, le cinquieme vendredi
des semaines de Moise (1). II n’est pas mentionne par Iso‘dnah, qui ne
connait qirun seul Adona (2), le metropolite d'Elam, martyr sous Sapor.
L’ aspect exterieur des ruines dites de Bar ‘Eta coinciderait mieux
avec celui d’un couvent plus recemment abandonne. Un couvent ja-
cobite avait plus de chances de se maintenir dans ce secteur qu’un
couvent nestorien, qui aurait ete entierement encercie, et on imagine
assez bien le grignotement des voisins envahissants, avan^ant pied a pied
a travers le Hazir, pour n’etre arrete qu’a Bartelli et Karamlaiss.
L’identification des ruines attribuees au couvent de Bar ‘Eta doit
done etre remise a plus tard, quand le texte reveiateur sera trouvd
quelque part, qui jettera de la lumiere sur ce petit mystere.
2. — Le couvent de Jonas
Nous rapprochant maintenant de Mossoul, nous trouvons, sur la
rive opposee a la ville moderne, les tells de Tancienne Ninive. Parmi
ceux-ci, le plus grand, vers le nord, cotoyd par le Hosar, est appele Tell
(1) Lectionnaire nestorien du B.M. {Cat. Wright, Add. 17.923), fol. 159 a.
(2) L.C., n° 1 14.
494
ASSYRIE CHRETIENNE
Quyungiq, cle Koi Ingik, le village des Ingik (1). L’autre grand tell
est surmontd d’une mosqude dont il porte le nom: NabI Yunis. C’est la
que le peuple de Mossoul v^nere le tombeau du prophete Jonas (2).
Le titulaire
Le prophete Jonas, «Fhomme an poisson» comme Pappelle le Coran ,
est en grande veneration en Islam. N’attribue-t-on pas a Mahomet lui-
meme une profonde estime pour Yunis ibn Mattai, estime passee a la
posterite dans ce hadlt celebre: «Que personne ne se permette de dire
que je suis superieur a Yunis. »
La colline de Ninive, pres de celle ou Jonas precha la penitence
(Tell at Tawba) (3) etait destinee a un avenir mouvemente: palais et
temples assyriens, temple du feu des Persans, monastere chretien, mos-
quee fameuse, se succederent sur sa surface minuscule, resume et sym-
bole des avatars de l’ancienne Assyrie toute entiere. Sans pretendre
retracer ici tout le detail de l’histoire de la sainte colline, je voudrais
essayer de jeter quelques jalons, de mettre de fordre dans quelques dates,
et surtout de poser la question: qui est enterr^ a NabI Yunis?
Jonas revint mourir a son village natal de Geth Hepher en Pales¬
tine (IV, Reg. XIV, 25), telle etait du moins Popinion traditionnelle
ancienne des exegetes avant que des theories modernes plus radicales
aient mis en doute, sinon Pexistence du prophete, du moins ses rapports
avec Ninive. La tradition musulmane palestinienne, acceptee par les
chretiens de Nazareth, est ferme a ce sujet (4). Geth serait Pactuel el
Meshed, petit village situe au sud-est de Seffarieh et non loin de Kafar
(1) Les Ingik, ou Ingik, ^taient une tribu turcomane. Cf. Researches , p. 66,
avec references.
(2) Je reprends ici la substance de plusieurs articles parus dans le Bulletin du
Seminaire Syro-Chaldeen de Mossoul: Mossoul , pays des prophetes. § 6, 1943, p. 86-114; Le
mystere de la source de Jonas , 1945, p. 91-96; et Nabi Tunis et Hnaniso\ 1955, p. 80-82.
(3) Le petit «tell at tawba» proprement dit a malheureusement 6t£ nivele pour
les travaux d’urbanisme.
(4) D.B., art. Geth Hepher, col. 228; cp. avec R.B. , 1923, p. 95.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
495
Kenna. Deja du temps de S. Jerome on y montrait le tombeau de Jonas,
bien que S. Jerome lui-meme ne l’ait pas vu (1). Le pseudo-Epiphane
et le pseudo-Dorothee partagent la meme opinion et prdcisent qu’il fut
enterr£ dans le tombeau d’un juge C^ndzden (ou fils de Cdndz ?). Dom
Galmet identifie meme ce juge (2) avec Othoniel, juge d lsrael (Juges,
III, 9). Actuellement une mosqude a succddd au beau monastere que
Nassiri Khosrau visita au ddbut du XIe siecle (3) et le tombeau de Jonas
y est montrd dans un ddicule sou terrain. Les exdgetes modernes, ceux du
moins qui croient a fhistoricite du prophete, s'accordent a reconnaitre
que, dans la mesure ou Ton peut acqu^rir de ces choses une certitude,
les possibility sont pour le tombeau de Palestine.
N^anmoins les V^nitiens croient possdder le corps de Jonas dans
leur dglise de St-Apollinaire. On en voit aussi des reliques a Nocera, dans
l’ancien royaume de Naples, et a fabbaye du Mont Cassin ou I’on montre
une de ses cotes (4).
Mossoul fait pietre figure a cot6 de son rival palestinien, puisqu’il
faudra attendre jusqu’au XIYe siecle, on va le voir, pour «ddcouvrir»
le tombeau de Jonas, ce qui met fort en doute fauthenticitd dudit tom¬
beau. Cela n’dtonne pas Wigram: «Apres tout, dit-il (5), dtant donne
que la prophdtie de Jonas n'a pas ete rdalisde avant la mort du prophete,
le sommet du tell qui couvre les ruines de la cit£ est peut-etre le seul
point au monde ou il est tout a fait impossible qu’il soit enterr£.» II est
juste d’ajouter que la majority des savants musulmans de Mossoul a cesse
de croire a cette localisation, bien que le petit peuple ignorant de la ville
et du village de Nabi Yunis n’ait aucun doute a ce sujet.
(1) S. Jerome, Prologue in Ionan, P.L. , XXV, col. 119, § 389.
(2) In Ionan Prolegomenon ; Migne, Scripturae sacrae cursus , t. XX, col. 814-816.
(3) Sefer Namah , ed. Ch. Schefer, Paris, Leroux, 1881.
(4) D.B. de Migne, t. II, col. 1976 s. (Dom Calmet).
(5) Cradle , p. 85.
496
ASSYRIE CHRETIENNE
Le site archeologique
La place etant trop sainte pour avoir permis des fouilles completes,
on ignore a peu pres tout des monuments que la colline cache dans son
sein. En 1853 cependant, un habitant du village ayant creusd la cave
de sa maison au pied des fondations de la mosquee, rencontra la tete d’un
taureau aile. Victor Place, alors consul a Mossoul, essaya d’obtenir de
plus amples recherches, mais se heurta a la mauvaise volonte du gou-
verneur de Mossoul, Hilmi Pacha, qui se reserva de fouiller pour son
propre compte et, ayant amene une escouade de formats, deblaya deux
splendides taureaux ailes de 19 pieds de haut environ, ainsi que quelques
chambres formees de dalles portant des legendes cuneiformes (1).
Rassam raconte que, quelques annees auparavant, en creusant les
fondations du minaret, on avait mis a jour un large reservoir creuse dans
le roc, dans lequel on avait trouve un trone de bronze, recouvert de figures
animales et humaines. Ce trone, mis en pieces, fut partage entre les
personnages officiels.
D'autres fouilles subreptices revelerent la presence, a l’interieur du
tell, de palais batis par Sennacherib, Assarhaddon et Assurbanipal (2).
En 1928, M. Ahmad as Sufi, faisant visiter la mosquee actuelle a
des membres de flnstitut Oriental de fUniversite de Chicago, occupes
aux fouilles de Khorsabad, ces specialistes lui dirent que la mosquee
etait probablement situee sur un temple assyrien (3).
Enfin, en 1954, des travaux d’urbanisme donnerent a la Direction
Generale des Antiquites d’lraq foccasion tant attendue de fouiller le
tell, d’une fagon malheureusement encore trop peripherique. Alors que
le cote nord de la route Mossoul-Erbil livra un petit temple avec une
statue d’Hermes (4), la bordure du tell principal de Nabi Yunis, de
(1) Jones, Topography of Nineveh , 1855, p. 327.
(2) S. Lloyd, Nineveh and Khorsabad , 1942, p. 5.
(3) A. as Sufi, cit. p. 28.
(4) Sumer , X/1954, p. 280-283. Decouverte d'une statue a Ninive (en ar.), par M.
Muhammad ‘AlI Mustapha. Cette statue et une table d’offrandes assyrienne sur-
Pl. I). La mosquee du prophete Jonas a Ninive.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
497
l* 1 2 3 4 5 autre cote de la route, livra une entree de palais que Ton attribua a
Assarhaddon, et des statues dgypticnnes du pharaon nubien Taharqa
et de la deesse Anuqet (1). Comme ces statues ont dtd probablement
amendes la comme butin de guerre, on peut penser que le tell renferme
les magasins royaux. S’il dquivaut, comme le pcnsent les archdologues,
au Fort Salmanasar de Nimrud, on peut s'attendre a y trouver aussi le
quartier general de Larmde assyrienne, avec les palais des gendraux et
les temples militaires.
Ninive chretienne
Que se passa-t-il apres la chute de Ninive, en 612 avant J.-C.? Ce
qui restait des habitants de la ville se regrouperent-ils a NabI Yunis?
L 'Iraq Directory l’affirme, sans indiquer ses sources (2). La tradition
musulmane moderne explique la fumde qui couvre les murs d’un passage
inclus dans la mosqude en disant que c’dtait la le temple du feu, au
temps des Persans (3). Ce qu’il y a de certain, c’est que, tres tot dans
notre ere, une petite citd chrdtienne de Ninive se ddveloppera sur la
colline, autour du couvent de Jonas qui aurait dtd fondd au IVe siecle (4).
Quel fut le fondateur de ce couvent? I/histoire n’a pas gardd son
nom. Mgr Coupperie, Deldgud Apostolique qui s'intdressa a ces choses,
le nomme S. Aonds et le fait disciple de S. Antoine l’dgyptien; mais le
prdlat non plus ne cite pas ses sources (5).
chargde d’une inscription grecque (au musde de Mossoul) sont les premieres traces de
la pdriode hellenistique de l’histoire de Ninive.
(1) Sumer, X/1954, p. 290-292, en ar. (avec trad. angl. p. 110-111), Decouverte
du palais , fig. 1, plan de la porte. Lecture des hi<5roglyphes, meme numdro, p. 193-195
(trad. ar. p. 293-294), et XI/1955, p. 111-116 et 129-132; trad. ar. p. 149-153.
(2) Iraq Directory , 1936.
(3) Tradition de Mossoul, recueillie par le Dr Daoud T§alabi.
(4) Cette date n’est basde sur aucun texte, mais seulement sur la tradition;
cp. Mgr S. Sayegh, Hist, de Mossoul , 1 1 1/1956, p. 88-93.
(5) Annales de la Propagation de la Foi, III, p. 126; IV, p. 45 (1830). — Proba¬
blement le prelat fait-il allusion au texte de Sozomene (Hist. Eccl., P.G. , t. 67, col.
1393), ou d’ailleurs Aones n’est pas le disciple d’Antoine, mais bien son dmule.
Rech. 23 — 32
498
ASSYRIE CHRETIENNE
L'histoire de ce couvent n’a pas ete ecrite, et les sources ne nous
donnent que des renseignements trop fragmentaires pour permettre une
reconstitution complete. De plus, le danger de confusion nous guette.
En plus du couvent de Jonas a Ninive, il y a un Dair Yunis pres de Damas,
dont parle, par exemple, Ibn Fadlallah al ‘Omari dans ses Masalek (1).
Un autre Dair Yunis se trouve dans le sud de l’lraq, pres d’Anbar. C’est
probablement de ce dernier que ‘Amr parle (2) quand il dit que le
patriarche Mari consacra Ibrahim ibn al ‘Adi, moine de Mar Yonan,
eveque de Hlra. En effet, le patriarche en question regna de 987 a 999,
a une epoque ou notre couvent n’existait vraisemblablement plus.
Nous avons vu plus haut les grandes lignes de fhistoire du siege
episcopal de Ninive et enumerd ses titulaires nestoriens. Le couvent de
Jonas semble avoir dte le siege de Feveche de ce diocese (3), jusqu’a ce
que la ville nouvelle de l’autre cote du Tigre, Mossoul, prenne le pas
sur fancienne capitale assyrienne.
Au nom de Ninive reste attachde finstitution des «Rogations de
Ninive», creees par Sawrlso', metropolite du B. Garmai, a F occasion
d’une epidemie de peste, vers le milieu du VIIe siecle (4). L'institution
d’autres Rogations, dites de Mar Zei‘a, actuellement abandonnees, est
dgalement en relation avec une peste, celle-ci a Ninive, qui aurait eu
lieu au temps du patriarche Ezechiel (567/70-581). On aura remarque
que Zei‘a ne figure pas dans la liste des eveques de Ninive; celui qui
siegeait a cette epoque etait probablement Yazdepnah (5).
(1) P. 346-347.
(2) P. 95.
(3) Etait-ce l’^glise de la citadelle que «batit» Mar Aba vers 585 ? Hist,
of... Bar Idta, II, I, p. 261.
(4) Cf. Chr. de Seert, II, p. 313. On fait la commemoraison de Sawrlso1 2 3 4 5 le jeudi
suivant immediatement les Rogations de Ninive. Le jeune lui-meme a lieu 20 jours
avant le Careme, du lundi au mercredi (note 3 de Mgr A. Scher, ibid.). Sur Sawrlso4
cf. L.C., n° 93; Un nuovo testo , p. 30; etc.
(5) Cf. ‘Amr, p. 43 et Mari, notice d’Ez^chiel. — Le «Hudra» chaldeen semble
£tre d’accord avec ‘Amr en pla$ant les premieres Rogations au temps des Perses. Cf.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
499
Alors que Ninive nestorienne eut un dveque a partir de 554 (Ahu-
demmeh), Ninive jacobite clependait de Garmai de Mar Matta depuis
544. Ce n’est probablement que lorsque son action «orthodoxe» se fit
sentir jusqu'a Ninive que les Nestoriens y ddciderent la formation d’un
evechd. A Ninive comme ailleurs, les monophysites se renforcerent, au
ddbut du YIIe siecle, par la crdation d'une dcole. Celle-ci atteignit son
apogde, et eut jusqu'a 318 dleves, au temps du maitre l’Anba Daoud ibn
Paulos, de la famille du maitre (Rabban) Sabroi, vers le milieu du
IXe siecle (1).
Mais revenons au couvent nestorien que Ton trouve, a la fin du
VIIe siecle, meld a des dvdnements importants.
Hnanlso c le Boiteux
Le patriarche Hnanlso4 Ier, dit PAncien, ou le Boiteux, est une des
figures les plus pathetiques de fhistoire de TEglise Syrienne Orientale.
Son regne, qui couvre les dernieres anndes du VI Ie siecle, fut un des plus
agites de tous les patriarcats, et Dieu sait pourtant qu’il y en eut de
dramatiques.
Tout alia bien, apparemment, jusqu’au jour ou ‘Abd ill Malik ibn
Marwan, le calife omeyyade (685-705) vint dans la terre de Senaar, ou
le patriarche vint le saluer. Une rdponse hardie du fougueux catholicos
le fait condamner a avoir la langue coupde. Puis, sa peine ayant dtd
commuee, il lui est cependant interdit de paraitre devant le calife.
Un intrigant, Jean de Dasen, dveque de Nisibe, aussi nommd Jean
le ldpreux, en profite pour se pousser aux honneurs, se fait donner le
A. Scher, cit. n. 2; r£f. a Breviarium Chaldalcum , pars I, p. 161, 6d. Bedjan, qui a sup-
prim£ le nom de SawrIso‘ qui existe dans les manuscrits. — Sur les Ba‘uta, voir aussi:
B. H., II, col. 97; B.O. , II, p. 304-305, 426-427; III, I, p. 435. Cit£ dans Syn. Or p.
370, n. 2; Mgr Coupperie, Atumles, cit. 1830, p. 41; VVigram, The Assyrian Church ,
p. 213; et surtout deux articles, Pun du Machriq (IX, p. 171) par Mgr Giianima et le
P. Louis Cheikho, et l’autre du JVagm (1/1929, p. 77 et 125) par le chor^veque Yusif
Kado: cp. J. Mateos, Lelya Sapra, p. 6, 147-149, 486.
(1) Mgr Barsaume, Apergu , p. 205-206; Lu'lu\ p. 405-410.
500
ASSYRIE CHRETIENNE
diplome de patriarche et fait jeter en prison le pauvre Hnanisoc. Relache
apres quelques jours, le patriarche dechu est envoye en relegation a un
couvent de la montagne, sous la garde de deux moines du parti de l’in-
trus. Sur la route, ces cnergumenes precipitent leur captif du haut des
rochers dans une caverne, et l’y laissent pour mort. Des bergers le recueil-
lent et le soignent (1), mais une de ses jambes, ou peut-etre les deux,
£tait cassde. Entre-temps, Jean le lepreux vint a mourir et Hnanlso1 2 3 4 5 put
reprendre son poste. II mourut au couvent de Jonas sept ans apres son
exil, c’est-a-dire en 701, et y fut enterre (2). On verra plus tard quelles
consolations posthumes devait recevoir son pauvre corps.
Hnanlso4 mort et enterrd, Ninive et son couvent continuent leur
vie, tantot calme, tantot troublee. En 750, au pied du mont, se livre la
grande bataille qui transfere le califat des Omeyyades aux Abbassides,
et les nouveaux maitres apprdcient comme les anciens les charmes du
«vin chr£tien». Mar Yonan est desormais fameux, avec tant d’autres
couvents; le chant des moines y alterne avec les strophes bachiques
d’Abi Sas (3), et les simandres servent a tour de role a appeler a la
priere et a rythmer les plaisirs des puissants musulmans.
Quelle vie religieuse pouvait subsister dans les couvents, surtout
ceux si pres des villes, dans de telles conditions? Toujours est-il que les
moines continuent a peupler Mar Yonan; le patriarche Timothde
(j* 823) en attend des messagers (4) et le tribut (5); et le patriarche
(1) II aurait dit aux bergers qui le retrouverent: «Je suis Hnanlso4 le catholicos,
que l’envie a jete dans cette fosse pour y perir» ( Vie de R. T. Busnaya , p. 230). La mon¬
tagne ou se passa 1’incident est le Samagan de Yaqut (III, p. 390), pres du Tabaristan,
en persan Bamian. Samargan d’apres Mari, p. 56.
(2) Elie de Nisibe, Opus. Chronol. , CSCO , 63*, p. 31; B.H., II, col. 135; B.O. ,
II, p. 42, 421, 424; III, I, p. 154; Bk. I, p. civ; Chabot, Lit. Syr ., p. 103.
(3) Resume de Sachau, Excursus sur le n° 20 , p. 36; ed. ‘Awwad, p. 116-117.
Ge poete vivait vers 838 {ibid., p. 116, n. 1).
(4) Lettre XVIII a Serge, trad. Braun, CSCO, p. 84, 1. 27.
(5) Lettre VIII a Serge, id., p. 58, 1. 33. — La titulature de cette lettre «A
Serge metropolite d’Elam» ne semble pas s’accorder avec une partie du contenu. La
lettre se compose de deux parties: la premiere est speculative et intemporelle; elle peut
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
501
Serge (860-872) renouvelle la construction de son temple, apres la mort
de Mutawakkil (1).
Mais d£ja la colline sacrde avait de nouveaux hotes, des ascetes
musulmans dont nous entendons parler pour la premiere fois a F occasion
de la mort de Tun d’entre eux en 799 (2). Les ascetes et la saintetd du
lieu attirerent les visiteurs, et les visiteurs demanderent une construction.
Ce fut le calife abbasside al Mu‘tadid billah (892-901) qui la batit. En
face d’elle se trouvait, dit son contemporain al Ya‘qubi, le masgad de
la penitence, ou viennent les pelerins pour la priere... a la veille des
vendredis» (3).
Cependant le couvent existe toujours puisque, en 932, le Hamdanide
al Hussain ibn ‘Abdallah rdgnant sur Mossoul, les juifs introduisirent
fun des leurs dans lYglise, qu il souilla. La nouvelle en parvint a Ibn
Hamdan qui rassembla les Juifs de Mossoul et leur fit payer une lourde
avoir et6 adressee a Serge aussi bien pendant sa premiere periode, pendant qu’il 6tait
docteur au Couvent Sup^rieur de Mossoul (appele des deux noms, de son fondateur:
Mar Gabriel, et de Mar Abraham bar Dasandad, qui avait 6t£ auparavant, a l’ecole
de Sos, le professeur de Timoth^e et de Serge). Cette partie de la lettre peut aussi
avoir £t£ adressee a Serge pendant sa seconde periode, quand Timoth^e l’avait cr££
m^tropolite d’Elam. Mais la seconde partie (trad. p. 58, a partir de 1. 9) n’a de sens
que si Serge est encore a Mossoul. Timoth^e lui recommande de prendre soin de
lYcole et le charge d’un certain nombre de missions qui ne peuvent se comprendre
que dans cette conjoncture (par exemple quand il parle du metropolite, probablement
Nestorus d’Erbil) ou quand il mentionne des noms qui se trouvent tous dans le nord de
l’lraq: le B. Bgas, le «couvent de Notre Pere Abraham», c.-a-d. le Couvent Sup^rieur
de Mossoul, le couvent de Mar Yonan dont nous parlons ici, et m£me le couvent de
QT, en qui Ton peut voir le couvent de B. Qaita sur la riviere de Dehok. Le probleme
soulev^ ici depasse le present travail, car si un titre de lettre est douteux, c’est toute
la titulature et done tout le classement des lettres de Timoth^e qui est remis en ques¬
tion. La seconde partie de la lettre pourrait etre dat£e si Ton savait en octobre de
quelle ann£e quel calife a donn6 4000 zuz<§ a Timoth6e avant de descendre a Basrah.
On connait la descente de Harun ar Rasid a Basrah, en route pour le ‘omra, en 795
(Tabari, Annales , III, p. 638) mais n’y eut-il pas d’autres califes qui sont all£s a Basrah
pendant que Serge etait docteur a Mossoul, e’est-a-dire entre 780 et 794/5?
(1) ‘Amr, p. 73.
(2) Cf. Hist, de Mossoul , inddit, d’ABu ZakarIa al Azdi, cit£ par Sumer , 1954.
Cet article (p. 11-17) a 6t£ public apres les miens, que l’auteur ignorait d’ailleurs.
(3) Kitdb al Buldan, vers 890, cit6 par A. as Sufi.
502
ASSYRIE CHRETIENNE
amende (1). C’est la derniere fois que nous entendons parler du cou-
vent. Quand sera-t-il absorbe par les batiments de la mosquee? Proba-
blement en ce dixieme siecle; mais on ne peut dire exactement a quelle
date les ossements de Hnanlso1 2 3 4 5 6 commencerent a reposer en terre
musulmane.
Le couvent de Mar Yonan a vdcu. Avant de lui dire adieu, remar-
quons cependant que, si les voyageurs parlent de ce qu’ils verront desor-
mais, c’est-a-dire une mosquee, les auteurs arabes de recueils geogra-
phiques ou d’anthologies de poetes continueront a parler du couvent, en
copiant simplement leurs devanciers sans se demander si le couvent
existe toujours, ou en gardant son nom comme rubrique des poemes qui
y
y ont ete composes. G’est ainsi que le Sabusti, ecrivant en Egypte vers
Pan 1000 son Livre des Convents , parle encore de Dair Yunis ibn Matta,
qu’il n’a probablement jamais vu (2).
Yaqut, au mot Dair Tunis (3), reproduit sans les critiquer cer¬
tains renseignements qui ressemblent fort a ceux du Sabusti, alors qu’au
mot Ninive (4) il se contente de dire: «C’est le village de Jonas, fils
de Matta, a Mossoul», sans plus parler du couvent. De meme Safi ad
Din (mort en 1338), auteur des Marasid (5), ne garde plus que le nom
de Dair Yunis, sans autre indication.
Un mas gad
Puis on continue a parler du masgad. Mas‘udi, dans Les Prairies
d' Or (6) dit: «De nos jours, fan 332 (943 de notre ere)... hors de la
(1) Sabusti , ed. ‘Awwad, p. 116.
(2) II le localise d’ailleurs au-dessus de la source de Jonas (?) et a deux para-
sanges de Mossoul (?). Cf. ad Diyarat , p. 115, et Researches, p. 84-85. On verra ailleurs
le meme Sabusti localiser entre Mossoul et Balad le couvent des bousiers, qui est en
r^alite a Test de Mossoul.
(3) Mid gam, IV, p. 185.
(4) T. VIII, p. 368.
(5) Ed. Juynboll, Leyden 1852, t. I, p. 443.
(6) Texte et trad. fr. de Barbier de Maynard, Paris, Impr. Nat., 1877,
t. II, p. 92.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
503
ville, se dresse une eminence sur laquelle se trouve un oratoire... qui est
le rendez-vous d'un grand nombre de dEvots et de fideles.» Cette Emi¬
nence est-elle le petit Tell Tawba (1), au-dessous du grand tell, la oil
est actuellement le boulevard dEbouchant sur la route d’Erbil? II ne
semble pas que nos auteurs aient gardE la rigueur des termes, et on ne
peut savoir si le premier Masgad at tawba a d’abord EtE sur la petite
colline disparue avant de prendre la place du couvent sur la grande, ou
sal a EtE, des le dEbut, a cotE du couvent, sur le grand tell.
D’apres Maqdassi (2), ce serait Naser ad Dawla qui, en 985, au-
rait construit cet oratoire. Mais on sait qu’en arabe on parle souvent de
«construire» quand il ne s’agit que de «restaurer», et la pEriode de cent
ans environ qui nous sEpare des constructions du Mu‘tadid (qui serait
bien le batisseur du masgad ?) justifie une restauration. Le Maqdassi
mentionne Egalement autour du masgad des maisons pour les pelerins.
Ces maisons seraient a attribuer a Gamila, fille de Naser ad Dawla, si
nous en croyons Ahsan at taqdslm. Remarquons aussi que, des ce moment,
alors qu'il n’est pas encore question du tombeau de Jonas, mais seule-
ment de «la mosquEe de la pEnitence», «on prEtend que sept visites faites
les veilles des vendredis a ce masgad valent un pelerinage a la Mecque».
De nos jours encore, le jeudi est jour d’affluence a NabI Yunis.
D’oii vient 1'intEret portE par Gamlla, fille de Naser ad Dawla, a
la colline de la pEnitence? On sait que la fin du Hamdanide fut tragi -
que (3). Naser s’Etant brouillE avec son fils Abu Taglib, fut emprisonnE
par celui-ci et mourut dans les fers deux ans plus tard. Son corps fut
transportE a Mossoul. Un passage de Bar Hebraeus (4) prEcise: «Son
corps fut apportE a la colline de la pEnitence, qui est en face de
(1) On possede maintenant sur le Tell at Tawba la notice de Researches , p. 66,
ou Ton retrouvera de nombreuses references.
(2) Ahsan at taqasim fi ma'rifat at aqdllrn, B.G.A. , Leyden 1877, t. Ill, p. 139.
(3) Huart, Hist, des Arabes , t. I, p. 328.
(4) Chronography , t. I, p. 172; Mgr S. Sayegh, Hist, de Mossoul , t. I, p. 115.
504
ASSYRIE CHRETIENNE
Mossoul, et enterre la, et tous ses enfants marcherent pieds-nus de-
vant sa biere.» Ceci se passait en 968 (1).
Puis les voyageurs se succedent qui visitent NabI Yunis; tous par-
lent du masgad sans rien dire du couvent, qui a done probablement
disparu, sans mentionner non plus le tombeau de Jonas, qui n’a pas
encore apparu. En 1184, Ibn Gubair (2) signale la meme grande cons¬
truction dont parlait le Maqdassi, oil Ton penetre par une seule porte:
«Au milieu, il y a une maison sur laquelle est tendu un rideau et dont
la porte est toute incrustee de pierreries. C’est l’endroit ou s’est arrete
Jonas. Quant au mihrab de cette maison, on dit que c’dtait la maison ou
Jonas priait.» On retrouve la meme description dans Ibn Batuta (3).
Mais entre ces deux voyageurs arabes un missionnaire dominicain
etait aussi passe par la, vers 1290, au temps du Khan Mongol Argun (4).
Son silence sur le couvent est definitif, puisque, parlant de Ninive, il ne
le mentionne pas, alors qu’il mentionne d’autres couvents. Le ribdt et
son masgad ne Font pas interesse puisqu’il dit seulement: «On me mon-
tra la colline sur laquelle se tint Jonas, et la source dont il buvait et qui
pour cela s’appelle aujourd’hui «source de Jonas». Quant a la ville
(Ninive) elle est toute entiere en ruines; des restes de murailles et des
fortifications sont encore debout. La ville s’est reconstruite de l’autre
cotd du fleuve et a nom Mossoul. »
Ainsi done nous pouvons resumer, en combinant nos donndes avec
celles de M. Sa‘Id ad Dewahgi (5) : Alors qu’en 932 on trouve la
(1) Sur quelques personnages enterr^s au cimetiere de Tell at Tawba, cf. Sumer,
cit. p. 3, n. 6. — Remarquer le parallelisme entre le r£cit de B.H. et celui d’lBN al
N/'
AjIr (cit6 par M. A. as Sufi) a propos de l’emir ‘oqailide Ibrahim al Garrahi.
(2) Texte de Wright, r£vis£ par de Goeje, Leyden 1907, p. 234 s.
(3) Cite par M. A. as Sufi.
(4) P. Mandonnet, R.B., 1893, p. 44, 182, 584; U. Monneret de Villard,
La vita... di fr. Ricoldo..., O.C.P., X/1944, p. 250-255, reprise presque textuellement
dans II libro della peregrinazione... di Fra. Ricoldo..., Rome 1948, p. 68-72.
(5) L’erudit directeur du musee de Mossoul a repris plusieurs fois le sujet en
resume, par exemple dans son ed. de Muniat al Ubada ’ (1955), App. 11, p. 220-222.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
505
derniere mention du couvent, le petit mas gad primitif du Tell at Tawba,
ou de Yunis, devient Ribat et des maisons sont construites autour par
par Gamila, fille de Naser ad Dawla. C’est peut-etre a ce moment-la
que les nouvelles constructions englobent le couvent. On parle alors de
mashad , mais personne encore n’a mentionnd de tombeau. J’avais un
peu dmu quand j’avais lu dans Le Strange ( The Lands of the Eastern
Caliphate) (1), qu’Ibn Hawqal, qui visita Mossoul en 939, aurait parle
du «Tell de Ninive, ou le prophete Jonas dtait enterr<5.» J ai pu me r
rer au texte arabe (2), et faire controler en son temps ma traduction
par le celebre P. Anastase: Ibn Hawqal parle seulement du peuple de
Ninive, «a qui Dieu a envoye le prophete Jonas».
Une Emotion encore plus forte me fut donnee rdcemment quand,
des la premiere notice du pr^cieux repertoire historico-g^ographique de
M. G. ‘Awwad (3) je lus sous le titre: Ibbian: «Ancien village qui se
trouvait dans le district de Ninive, pres de Nabi Yunis», et ceci en refe¬
rence a un texte de Yaqut (4): «village pres du tombeau de Jonas, fils
de Matta; sur lui soit la paix!» II ne faut pas sYtonner que M. G.
‘Awwad ne trouve «pas de trace» de ce village aujourd’hui, car du mo¬
ment ou Yaqut parle du «tombeau» du prophete Jonas, il ne peut s'agir
du lieu que nous connaissons de nos jours comme tel a Ninive, car ce
tombeau-la n’avait pas encore 6t6 «invent£». Shi favait Yaqut lui-
meme Paurait certainement mentionnd quand il a parld longuement de
Tell Tawba. Or, a cet endroit il n'est toujours question que d’un
mashad (5). S’il y avait eu un tombeau de Jonas a Nabi Yunis, al Harawi,
qui justement donne un guide des lieux de pelerinage , et est a peu
et dans son edition commence du Recueil des Inscriptions de la ville de Mossoul , de Nicolas
Siouffi (1956), p. 161, n. 1). — Dans ce dernier ouvrage, les inscriptions de la mosqu^e
figurent p. 161-165 et 198-199.
(1) Cambridge Geographical Series , 1930, p. 87.
(2) Nouvelle edition de Leyden, Krammers, 1938, p. 214.
(3) Souvent cite dans Researches , in Sumer, XVI 1/1961, p. 44.
(4) Mu' gam, I, p. 100; Marasid, I, p. 19.
(5) Yaqut est cit£ par l’auteur lui-meme, p. 66, s.v. Tell Tawba.
506
ASSYRIE CHRETIENNE
pres contemporain de Yaqut, en aurait certainement parle. Tout ce
qu’il a vu a Tell Tawba c’est la source de Jonas et, lui aussi, un mashad
tres vdnere (1).
A1 Harawi mentionne deux lieux qui se disputent le tombeau de
Jonas: Halhul, en Palestine (2), et an Nuhai'l, pres de Kufa en Iraq (3).
Je n’ai pas trouvd de traces de ce second tombeau dans Yaqut; le
seul tombeau de Jonas dont il parle est celui de Halhul (4). C’est done
entre Jerusalem et Hebron qu’il faut chercher Ibbian, et Yaqut n’a pas
parle d’un «tombeau» du prophete a Ninive.
En 1306 encore, et cette fois dans une source chretienne, une notice
sur le prophete Jonas «selon Tenseignement des Docteurs du Couvent
Superieur» (de Mossoul) fait revenir Jonas au pays de Srlda pour y
mourir. II y est enterre dans la grotte de Qenez, loin dh\t6r (5).
Pour avoir la derniere limite avant la decouverte du tombeau a
Tell Tawba, on peut reculer jusqu’a al Mustawfi, en 1340. Dans le
Nuzhat al Qulub cet auteur ne parle toujours que du «temple» du pro¬
phete Jonas (6).
Ou Von retrouve Hnanisdi 2 3
En l’annee 1349 se produisit un evenement qui devait changer le
cours de l’histoire de la colline de la penitence: on retrouva le corps de
Hnaniso4 5 6 7 le boiteux.
‘Amr raconte ainsi cet evenement dont il fut le temoin oculaire (7) :
(1) Ed. J. Sourdel Thomine, texte ar. p. 70; trad. fr. p. 156 (Damas 1953 et
1957).
(2) Iiarawi , fr. p. 70.
(3) Ibid., fr. p. 179 et n. 6; ar. p. 78-79.
(4) Mu' gam, III, p. 222.
(5) Ms. des Prophetes de 1306, ecrit par Abu Nasr de Ba Busna; actuellement
au Peshitta Institute de Leyden. Vetus Testamentum , 13 (1963) p. 260-264. — «Qainan»
dans Book of the Bee, p. 70-7 1 .
(6) Cite in Description of Persia and Mesopotamia in 1340 A.D., par Le Strange,
JRAS, avril 1902, p. 266.
(7) ‘Amr, ar. p. 59.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
507
«Hnaniso< demeura jusqu’a sa mort au couvent de Yonan. II y fut en-
terre et Ton mit son corps dans un cercueil de platane. 650 ans apres, on
ouvrit le tombeau dans lequel se trouvait le cercueil, et son corps apparut
avec l’aspect d’un homme endormi. De nombreuses gens de Mossoul
allerent le voir, et nous l’avons vu de nos propres yeux avec l’ensemble
des assistants, et jusqu’a maintenant tous ceux qui veulent le voir et en
etre benis peuvent le faire. Quant a celui qui douterait, qu'il aille le voir
et qu’il croie.»
Ainsi done, l’un des compilateurs du Livre de la Tour a vu ce corps
extraordinairement conserve. Oil et dans quelles circonstances avait-il
dte retrouv^? Qu’est-il devenu dans la suite? Si le corps n'a pas dte
detruit, ii y a tout lieu de croire que sa preservation miraculeuse des
650 premieres annees a continue jusqu'a nos jours. Nous pourrions done
contempler les traits du pauvre patriarche, reposant, comme endormi,
dans son cercueil de platane...
Maintenant qu’un corps a ete trouve, il ne faudra pas attendre long-
temps (1) pour rencontrer des preuves de sa prompte metamorphose
en Jonas lui-meme, car qui done pouvait etre enterre la, sinon le pro-
phete ?
Notre premier temoin viendra d’Europe. On sait que de nombreux
Franciscains et Dominicains, Legats des Souverains Pontifes aupres des
princes mongols, passerent par Mossoul a la fin du XIIIe siecle et au
cours du XI Ve. Parmi eux, le Frere Giovanni de Marignolli, Francis -
cain de Florence, fit divers voyages en Orient entre 1338 et 1353 (2).
Venant de Bagdad et se rendant a Alep, il passa par Mossoul et Ninive.
II ddcrit ainsi ce qu’il a vu: «Le troisieme fleuve s’appelle le Tigre; il
longe l’Assyrie et descend a cote de Ninive la ties grande, ville qu’il faut
(1) Il faudrait rectifier en consequence la date de Papparition du tombeau
dans VE.I., s.v. Ninawa.
(2) Ses voyages ont ete publics par le P. Gobulovitch, o.f.m., dans sa Biblioteca
Bio-Bibliografica della Terra Santa. Les textes qui nous interessent sont dans les t. II
(1913), p. 473 s., et IV (1923), p. 267-276. La chronologie et son itineraire, t. IV,
p. 271-296, 299 s. Le passage ici cite: p. 276.
508
ASSYRIE CHRETIENNE
trois jours pour traverser. Jonas lui fut envoys pour y precher, et son
sepulcre est la-bas. J’y suis alle, et je suis reste quatorze jours dans les
villes environnantes, faites de la cite detruite. On y trouve les fruits les
meilleurs, surtout des grenades d’une taille et d’une douceur admirable,
et tous les fruits de fltalie. En face de Ninive se trouve une cite batie
de ses mines et qui a nom Monsol. »
Jean de Marignolli est formel: le tombeau de «Jonas» se trouve a
Ninive. Restait a verifier la date exacte de son passage a Mossoul. Ses
voyages durerent, on fa vu, de 1338 a 1353. S’il etait passd a Mossoul
avant 1349, toute ma these Gait ruinee. Or, mille fois grace a Dieu, le
P. Gobulovitch, dans sa chronologie de Marignolli, situe son passage a
Mossoul en 1351-52, soit deux ou trois ans apres la decouverte du corps
de Hnanlsoh
Apres ce premier t^moignage de la metamorphose de HnanIsoc en
NabI Yunis les sources et les auteurs continuent a parler du «tombeau»
du prophete. On la retrouve treize ans plus tard dans le texte de dona¬
tion du batisseur de la mosquee, Galal ad Din Ibrahim al Hatani (1),
en 1365. Desormais aussi le mashad s’est mue en mosquee cathedrale.
Mais la consecration officielle la plus haute de la saintete de la
mosquee, grace au tombeau recemment decouvert, lui est conferee par
les largesses inattendues de fun des tyrans les plus sanguinaires de
hhistoire.
Timour , V autre boiteux
Cinquante ans a peine apres que Hnaniso‘ eut ete trouble dans son
sommeil, la guerre est a nouveau aux portes de Ninive. En 1393, Taimur
Leng, notre Tamerlan, precede par la terreur qu’inspire sa ferocity,
(1) Le texte original se trouve a Stamboul, une copie existe a Mossoul, chez
Tadministrateur des Awqaf de la mosquee. Cf. Sumer , cit. p. 7 et n. 34. Une bonne
reproduction de la pierre commemorative de cette construction, pierre qui sert actuel-
lement de Mihrab principal, est donnee par le meme auteur dans la revue Ahl an naft ,
juillet 1956, p. 46.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
509
s’avance contre Mossoul. II nous faut ici dcouter les deux historiens con-
temporains de Timour, son ddtracteur, Ahmad ibn ‘Arab Sah, de Damas
(1388-1450) et son apologiste persan Mawlana Saraf ad Din, de Yezd.
‘Arab Sah merite bien la critique severe qu'en fait von Hammer (1)
qui l’appelle «le prdtentieux syrien qui commence chaque chapitre par
une injure a Timour, qui n’a de but que le mensonge, et qui choisit et
place ses mots suivant les exigences de fharmonie de sa prose artistement
travaillee». Dans son livre ‘ Agaib al maqdur fi ahbar Taimilr (2), le Da-
masquin dit seulement: «Alors Mossoul attira sa cupiditd. II la ruina au
moyen des escadrons noirs, puis, apres favoir pillde, il la donna a Hussain
Bek, fils de Hussain. » II n’est pas question de NabI Yunis.
‘Ali de Yezd, au contraire, ne parle pas des atrocitds commises a
Mossoul, mais seulement des largesses de son hdros (3). Timour visita
«les prophetes Corgis et Yunis» et donna a chacun de leurs sanctuaires
10.000 «dinar kapeki». Une traduction frangaise de ce meme Zafar
Nameh , traduction due a Petit de la Croix et citde par von Hammer (4)
fournit un texte different: «Alors Timour donna 20.000 kopecks pour
dlever deux domes au-dessus des tombeaux du prophete Jonas et de S.
Sergius, qu’il visita en pelerin, distribuant de riches aumones aux
pauvres.»
M. le Dr Mustapha Guvvad a bien voulu me communiquer deux
autres textes d’auteurs arabes postdrieurs, textes qu’il avait copids sur
des manuscrits de la Bibliotheque Nationale de Paris. Les deux textes
(1) Histoire de l' Empire Ottoman , trad. fr. dc Dochez, 1844, t. I, p. 140.
(2) Edition arabe et traduction latine avec notes, sous le titre de Ahmedis Arab-
siadae vitae et rerum gestarum Timuri , par Samuel Henricus Manger. Franequerraej
Guillelmus Coulon, 1772, ici t. II, p. 169; une traduction anglaise abrdgde a £te publi6e
en 1936 par J. H. Sanders (London, Luzac) sous le titre de Tamerlane. Elle n’apporte
rien de nouveau pour le point qui nous int^resse.
(3) Zafar Ndmah, £d. persane publiee a Calcutta, 1887, Bibliotheca Indica , t. I,
p. 661.
(4) Op. cit., t. I, p. 122; Touvrage mentionn6 aurait pour titre Histoire de Timour
Bek , et le passage cite s’y trouve liv. 3, cb. 35, p. 262.
510
ASSYRIE CHRETIENNE
mentionnent seulement la ruse et la cruaute cle Timour, et sa politique
vis-a-vis de Mossoul, sans parler de ses largesses aux sanctuaires des
prophetes; ce sont le Dur al Maknun de Yasin al ‘Omari, et V Inba' al
gumr bi anba al ‘ aim de Ibn Haggar. Ges deux textes sont done dans la
descendance dTbn ‘Arab Sail. D’autres auteurs arabes au contraire
suivent ‘All de Yezd; ainsi le Kitdb al Intisdr bil Awlda al ahiar (1) dit
que «en 790, lorsque Timour vint a Mossoul, il donna a Naser ad Din
‘Ubaidallah abu 1 Mahmud, alors naqib et administrateur de ladite
mosqude (Nabi Yunis) 10.000 kapka saruhia (N. Siouffi traduit: mon-
naie d’or egale au toman) pour la restauration de cet immeuble.»
Si les textes historiques se contentent de dire que Tamerlan recon-
nut par ses largesses la saintete du tombeau de Jonas, les traditions
mossouliotes vont plus loin et imaginent le tete-a-tete du despote et du
prophete. La version chretienne de cette tradition m’a ete contde jadis
par feu Mgr S. Katcho: quand les soldats de Timour vinrent vers le
village de Nabi Yunis pour s’en emparer et le mettre a feu et a sang,
selon leur habitude, une delegation des villageois vint au-devant d’eux
et leur dit: si vous n’avez pas pitie de nous en consideration de nous-
memes, ayez du moins pitie de nous en consideration du saint qui pro¬
tege notre village. Et ils raconterent merveille de fhabitant miraculeu-
sement conserve d’un tombeau plusieurs fois centenaire. Les hommes de
Timour se firent ouvrir le tombeau et, ayant constate de leurs yeux la
veracite des dires des gens de Nabi Yunis, les laisserent en paix et se
joignirent a eux pour v^nerer leur saint.
Feu le Dr Daoud al Tsalabi me narra une variante de la meme
histoire: les soldats auraient repondu aux recits merveilleux: «Si c’est
vraiment un saint, qu’on ouvre son tombeau et qu’il rende aveugle le
premier qui le regardera.» La realisation du fait sauva les habitants et
consacra le triomphe de leur prophete.
(1) Attribue a Yusif ibn al mulla ‘Abd, al GalTli al Kurdi, et termine en
1798. Cite par N. Siouffi, Inscr. de Mossoul , cit., copie photographique de Bagdad,
t. Ill, notes, p. 157.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
511
Avec la clef du Livre de la Tour il est facile de deviner quel dtait en
rdalite le prophete merveilleusement conserve dont parlent les traditions.
Cinquante ans seulement sdparent en effet la ddcouverte du corps de
Hanls6‘ de la venue de Timour, et la tradition chrdtienne de Mossoul
est unanime a ce sujet: ce n’est pas Jonas qui est enterrd sur la colline
de la penitence, c'est «un patriarche nestorien». Le P. Lanza, au XVIIIe
siecle, avait ddja consign^ fidentification et citd le Livre de la 'lour fl).
Felix Jones la recueille a son tour (2), suivi de Badger (3).
Que le lieu oil se trouve le tombeau de «Jonas» soit bien le site de
Pancien couvent, ne semble done pas faire de difficult^. Le texte arabe
de ‘Amr (4) est formel: le couvent etait situd «pres du mur occidental
de Ninive, face aux portes orientales de Mossoul; le Tigre sdpare les
deux villes.» Les auteurs musulmans eux-memes, qui ne doutent pas que
le tombeau soit bien celui de Jonas, sont d’accord cependant que la
mosqude est batie sur l’ancien couvent. Ainsi Yusif al Kurdi s’entend-il
avec Muhammad Amin al Hatlb al ‘Omari, auteur du Minhal al AwlicC
(f 1788), pour dire: «le prophete Jonas est enterre dans le village de
Ninive, dans une dglise qui est au centre de la montagne sur laquelle
est le village. Sa place etait connue avant PIslam. On dit que Timour
batit une mosqude sur Pdglise. Dieu est plus savant !» (5). De meme
Yasln al ‘Omari, dans Muniat al Udaba ' (6).
Ce en quoi ces auteurs peuvent nous induire en erreur e'est quand
ils disent que la place (qui a Pair d'etre la place du tombeau) dtait
connue avant PIslam. C’est la-dessus que M. Sa‘Id ad Ddwahgi, qui s’est
tres bien rendu compte que la ddcouverte du tombeau ne date que du
VIIIe siecle de Ph^gire, se base pour soulever quelques objections contre
Pidentification du couvent et de la mosqude.
(1) Trad. ar. de Mgr Bidawid, 2e ^d., Mossoul 1953, p. 24 et 25.
(2) Topography of Nineveh , p. 327, n. 1.
(3) The Nestorians, p. 407, n.
(4) P. 59.
(5) D’abord cite par le Dr D. Tsalabi, Mss. de Afossoul , p. 13.
(6) Ed. Sa‘Id ad Dewah6I, p. 92-94.
512
ASSYRIE CHRETIENNE
L’auteur a exprime son opinion pour la premiere fois lors de la
parution de la traduction arabe des voyages de Tavernier, par MM. G.
‘Awwad et Basir Francis (1). La revue ar Rdbila (2) ouvrit ses colon-
nes a la critique et a la reponse. Non convaincu par la discussion,
M. Ddwahgi reprenait la meme position dans son article de Sumer (3).
L’auteur admet que le couvent et la mosqude soient sur le meme
tell (4), mais sans se recouvrir.
On peut cependant invoquer pour l’identification le fait que la
mosqude actuelle n’est pas orientee vers la qibla normale, mais bien vers
l’Orient comme l’etait toute £glise ancienne; au point que la pierre
d’al Hatani qui sert de mihrab a du etre scellee de travers par rapport
au mur du fond pour donner l’orientation correcte, et que les files de
priants se rangent en diagonale par rapport au rectangle de la salle.
II semble bien que ce soient les murs de l’eglise qui aient servi de fon-
dations a la mosquee.
Un coup d’oeil au plan de la mosquee, dresse par M. Muhammad
‘All Mustapha de la direction gdnerale des Antiquites d’lraq, en 1954 (5),
permet de distinguer une architecture compliquee, qui ddcele tout
de suite les reconditionnements successifs de batiments anciens et mal
adaptes a leur usage actuel. La chambre du sarcophage semble marquer
la place de l’ancien sanctuaire, a F extremity est. Elle est prolongee vers
l’ouest par l’ancien temple des fideles, de 1 1 metres de long sur 6 de
large, se terminant dans le coin oil se trouve aujourd’hui le mihrab.
Des piliers ont ete ajoutes pour soutenir la coupole; ils coupent l’^glise
en son milieu dans son axe longitudinal.
La deuxieme salle de priere, celle ou se trouve le minbar , a pris
la place de Fancienne cour laterale, qui se trouvait au sud de Feglise.
(1) Al ‘Iraq fil qarn it tasi‘ i 2 3 4 5asar\ App. 9, p. 143.
(2) Bagdad, 1/1945, p. 452-454.
(3) 1954, p. 9.
(4) Mossoul sous les Omeyades, Sumer , 1951, p. 232, n° 4.
(5) Reproduit en appendice de l’article de Sumer (1954), apres p. 17.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
513
Les trois voutes qui s’alignent contre le mur est, dans le prolongement
du «sanctuaire», semblent avoir etd substitutes au B. Slota.
Evidemment fargument definitif, qui dluciderait le probleme, serait
de trouver un acces au tombeau lui-meme. J’ai plusieurs fois explort
les caves et les alentours de la mosqute; de tous cotds d'tnormes murs
barrent la route vers le caveau, qui est d’ailleurs assez profond par rap¬
port au niveau du sol actuel. II faudra attendre une restauration com¬
plete de la mosqute pour avoir une chance de rtgler la question.
Jones I’esptrait dtja en 1852. Rassam avait achetd le plus de mai-
sons possible autour de la mosqute afin de s’en servir comme base de
ses fouilles. Le premier a dte dt^u dans son espoir, le second a vu son
projet dvente et a du battre en retraite. N’dtait peut-etre pas beaucoup
plus utopiste ce «savant» de Louvain qui, apres la Grande Guerre,
suggdrait de creuser, en partant de Mossoul, un tunnel qui irait jusque
sous la mosquee, et offrait meme 100 francs pour couvrir les premiers
frais.
Pourra-t-on jamais, comme l'esperait encore Jones, prouver au
petit peuple que le prophete Jonas n’est pas et ne peut pas etre enterre
la? Je crois, comme je fai dit en commengant, que la plupart des savants
musulmans de Mossoul sont eux-memes persuades de ce fait; mais qui
entreprendra de detruire la croyance des petites gens du tell? Evidem¬
ment la science y gagnerait, mais la legende y perdrait. Un mystere de
plus aurait disparu de la face de ce monde, et ce serait peut-etre
dommage.
Avant de voir d’autres identifications propostes, soulignons que,
apres le XIVe siecle, tous les voyageurs parleront du tombeau du pro¬
phete Jonas. En 1553 famiral turc Sidi ar Rais le visita (1). Tavernier
aussi, au dtbut du XVIIIe siecle, signale «la mosqute ou est le sdpulcre
de Jonas, selon la tradition des Turcs» (2). Et nous rejoignons ainsi
(1) Travels and Adventures of the Turkish Admiral Sidi al Reis , London, Luzac,
1899, p. 6.
(2) Voyages de Tavernier , ed. de 1712, Ribou, Paris, t. I, p. 242.
Rech. 23 — 33
514
ASSYRIE CHRETIENNE
les nombreux voyageurs des siecles posterieurs, dont le temoignage est
unanime. Des lors, 1’authenticite du tombeau est entree dans la croyance
populaire.
Ceci d’ailleurs n’arretera pas les pillards. Quand Nadir Sah viendra
assieger Mossoul en 1743, il plantera ses bannieres sur le tell et y aura
meme, d’apres certains auteurs (1), son quartier general. (D’autres
auteurs placent ce Q.G. a Yaramga.) En tout cas: «les soldats de Nadir
Sah entrerent dans le temple de Nabi Yunis. Ils s’emparerent des tapis
et meme des nattes, et de tout ce qu’il y avait sur le catafalque et sur le
tombeau venerable» (2). «Apres le depart des Persans, le Hag Hussain
Pacha al Galili envoya a la mosquee du prophete des tapis ordinaires
et des tapis precieux, et meme des nattes. II fit pour les quatre coins du
catafalque et du tombeau des grenades d’argent et un rideau, et il le
decora de tapis, mieux qu’il n’etait auparavant.»
Selon une legende recueillie par Rich (3), Jonas s’etait revele pro-
tecteur de la cite en apparaissant aux cotes de Nabi Gorgis pour disperser
les hordes d’envahisseurs. D’autres traditions rapportent d’autres appa¬
ritions; j’en ai traits a propos de l’eglise de Tahra des Chaldeens a
Mossoul.
Identifications fantaisistes
Wigram (4) entend vraisemblablement parler de Hnanis6c, bien
qu’il parle de «Jean le boiteux, un patriarche du XIIIe siecle», et il ne
peut s’empecher d’exercer sa verve sur ce pauvre homme qui «regoit
(1) Von Hammer, III, p. 503.
(2) Ad Dur al Maknun, cit. Gracieusement communique par M. le Dr Mus-
TAPHA GuWAD.
(3) Residence, t. II, p. 46. Le texte parle de l’apparition de Jonas, de Matti,
et de S. Georges. Je crois plutot que Ton a du parler a Rich de Jonas fils de Matti,
parce qu’aucune tradition de l'apparition de Mar Matta ne subsiste, meme chez les
Jacobites.
(4) Cradle , cit. p. 85.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
515
maintenant une petite compensation pour une vie dure, dans les hon-
neurs posthumes d’un prophete hdbreu et d’un saint musulman».
Mgr Coupperie (1) croit plutot que e’est le prdsumd fondateur du
couvent, S. Aones, qui serait enterrd la-bas. Felix Jones (2) pense que
NabI Yunis recouvre peut-etre quelque chose de plus respectable qu’une
tombe de Jonas (!). II est pret a y voir le tombeau de Ninus. Ce serait
alors le mausolde lionord sous le titre de «Busta Nini» dans Ovide et
d’autres auteurs. Enfin, supreme fantaisie, un jeune ingdnieur musulman
qui accompagnait Mehemet Pacha lors de sa campagne de 1834 (3),
dit ce qui suit dans son journal: «On dit que le prophete Jonas y est
entenfe. Peut-etre cette tradition s’applique-t-elle seulement au supd-
rieur, nommd Jonas, d’un couvent armenien qui a 6t6 fondd dans cet
endroit.» On voit comment la plupart des identifications se rattachent
de plus ou moins pres a la tradition dominante, en faveur de Hnanisoh
Mais n’avons-nous pas oublid de parler du couvent et de sa vie
religieuse et intellectuelle? En rdalite on n’en sait a peu pres rien. Quand
un auteur moderne (4) veut parler de la bibliotheque du couvent de
Mar Yonan, il ne trouve a y mettre que les ouvrages composes par
Hnanlso* et dont parlent les Literatures Syriaques , et aussi un livre
d’astronomie et d’astrologie appeld Kitab al Hassa , qui fut trouvd a une
date inconnue «au couvent de Ninive, chez Matios, fils de l’intendant
de l’eveque». On n est d’ailleurs pas sur que le «couvent de Ninive»
d^signe celui dont nous parlons.
Faute de pouvoir prdciser l’histoire du couvent, nous devons nous
rabattre sur quelques points de detail, tradition et folklore concernant
les lieux environnant le couvent. Ces lieux ne figurent pas dans les
(1) Annates , cit.
(2) Topography , p. 327 et p. 349, n. 2.
(3) Journal Tune campagne au service de Mehemet Pacha , dans les Relations de Voyages
en Orient , d’AuciiER Eloi.
(4) Cf. G. ‘Awwad, Ancient Libraries of Iraq (en ar.), Bagdad 1947, p. 88-89
avec references sur les deux copies d’Alep.
516
ASSYR1E CHRETIENNE
sources chretiennes, mais il n’y a pas de doute que les musulmans re9u-
rent ces traditions des chretiens; elles existaient certainement du temps
du convent. C’est sous ce pretexte que, apres la seche enumeration de
dates et de textes a laquelle m'a oblige l’histoire de NabI Yunis, je reviens
un peu a la fantaisie du folklore local.
Autres souvenirs de Jonas
Ou ie poisson rejeta-t-il Jonas? Encore une question que devait se
poser tres sdrieusement la petite exegese. Le dictionnaire de la Bible de
Migne (1) enumere toutes les solutions que re^ut cette devinette: entre
Beyrouth et Tripoli, disent les uns; sur les cotes de Cilicie, a deux lieues
au nord d’Alexandrette, disent les autres. Ouelques-uns enseignent que
le poisson conduisit Jonas j usque dans le Pont Euxin, d’autres dans la
Mer Rouge, d’autres dans le Golfe Persique, d’autres enfin sur la rive
du Tigre, pres de Ninive, «ce qui n’a nulle apparence de verite», opine
Dom Galmet.
Mgr Coupperie, qui est ici un bon temoin, dit avoir vu a NabI
Yunis une grosse pierre plate de granit ( ?) rouge. Les habitants lui dirent:
«C’est ici, sur cette pierre, que Jonas fut rejete par le poisson qui l’avait
avald, et depuis ce temps -la cette pierre a la vertu de guerir les rhuma-
tismes. II suffit d’y faire toucher le membre malade, et Ton se trouve
mieux a Pinstant.» Personne a Mossoul ne semble savoir ou se trouve
cette pierre, et les rhumatisants essaient de trouver d’autres remedes.
En fait ce ne serait pas a Ninive, mais a Kabak, ou Kerra (?) que,
d’apres Niehbur (2) eut lieu la reddition. Dans ce village, situe a Test
du Tigre et au nord de Mossoul, «le petit peuple de Mossoul pretend
bien savoir que Jonas a ete jete sur le rivage, et que c’est de la que la
baleine est si fort montee, du Golfe Persique dans le Tigre».
Mais le site le plus celebre en relation avec Jonas est la source de
(1) Col. 1075.
(2) Voyages en Arable , Amsterdam 1780, t. II, p. 299; peut-etre veut-il dire
«Balad». Cf. plus loin.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
517
Jonas. Le premier a la mentionner semble etre le Mas‘udl (1). A1 Maq-
dassi (2) signale ses proprietes curatives et assure que, de son temps,
une mosqu^e se trouvait tout a cote, c’est-a-dire a une demi-lieue du
tell principal. Sabusti en parle ^galement; ainsi que Fra Ricoldo qui
vit, en 1290, la «source ou buvait Jonas». Ibn Batuta la vit aussi en
1325 (3).
Cette source, qui se cache dans le flanc extdrieur du deuxieme
rempart estde Ninive, a une cinquantaine de metres a gauche de la route
qui va vers Erbil, se presente comme un bassin a moitid enfoui sous la
colline de conglomerat qui soutenait le mur bordant le fossd, du cotd
intdrieur. Elle est en partie recouverte par une voute en pierres tailldes
et appareilldes. M. Dunand, qui visita les lieux avec moi en 1955, datait
F arcade de l’epoque romaine.
Un escalier, lui-meme recouvert d’une voute plus grossiere, permet
de descendre a la source, et meme les troupeaux peuvent y boire. Avant
Fage des automobiles les caravanes y f'aisaient halte pour s'y ddsaltdrer
avant d’entrer a Mossoul, et le gouvernement ottoman y faisait, dit-on,
jeter du sel tous les ans pour empecher l'eau de se corrompre.
Le bassin est, actuellement encore, connu sous le nom turc de
Damlamaga, et ainsi mentionnd par Jones (4), qui interprete ce nom
comme une corruption de Damlamaka, terme qui s’appliquerait a l’eau
suintant goutte a goutte. «La tradition, dit Jones, a confdrd a ses eaux,
qui sont pures et salubres, des propridtds curatives, qui ont sans doute,
dans ce singulier pays, dtd transmises d’age en age; et la grotte qui
prdcede le bassin, supportde par ses humbles piliers et son arche d’exd-
cution nette et de vdndrable apparence, le revetiraient aussi des honneurs
de l’age, s’il ne suffisait pour cela de la singuliere coutume antique de
planter des clous dans les crevasses des pierres. »
(1) Les prairies d'or , t. II, p. 92.
(2) Cit. et egalement rapport^ par Le Strange.
(3) Voyages d’Ibn Batoutah , 61 Defremery, t. II, p. 137.
(4) Topography of Nineveh , p. 328.
518
ASSYRIE CHRETIENNE
Ces fameux clous! Ils vont causer pas mal d’hallucinations (comme
dirait le bon Assemani) aux voyageurs plus ou moins archeologues, sur-
tout si en plus ils connaissent bien la Bible. Jones lui-meme cite l’Eccle-
siaste(l): «La cheville s’enfonce entre deux pierres, ainsi le pech£
pdnetre entre la vente et l’achat.» Ainsi done, alors que Layard s’etait
contente de dater l’arche de Tepoque grecque ou romaine, Jones la
rapporte a une periode plus ancienne, peut-etre pre-assyrienne. En
tout cas elle daterait d’une epoque ou «la magonnerie des arches etait
si defectueuse dans la science des clefs de voute, que le procede de semer
des clous de fer etait necessaire pour unir de fagon ferme les blocs qui
forment l’arche. Si cela n'etait pas vrai, on trouverait les clous dans les
crevasses importantes seulement et non, comme e’est le cas, plantes sur
toute la couche.» Ce dernier detail n’est pas tout a fait exact, car, en
realite, les clous, s' ils sont bien plantes sur toute la couche, sans distinc¬
tion de grande ou de petite crevasse, ne sont cependant plantes qu’aux
endroits accessibles et par consequent pas immediatement au-dessus de
1’eau a plus d’une longueur de bras, ce qui semble indiquer que les clous
sont venus apres la voute, puisque la voute elle-meme passe forcement
au-dessus de l’eau. II semble done qu’il faille chercher aux clous une
autre interpretation que la n^cessite architecturale.
Oil l’observation de Jones est encore en defaut, e’est quand il rejette
rinterpretation de Rich, qui pourtant s’etait beaucoup plus approche
de ce qui semble la verite. Rich, en effet (2), regarde les clous comme
des reliques sacrees, «expression des benefices derives des vertus de beau.
Mais pourquoi, se demande-t-il, le coeur de la nymphe de ce lieu doit-
il etre gagne par le marteau et l’offrande votive d’un clou, nous avons
encore a l’apprendre.»
Ce contre quoi Jones s'insurge: «Si cette pratique etait moderne,
comme le suggere Rich, repond-il, on trouverait des clous de toutes les
(1) XXVII, 3.
(2) Kurdistan and Nineveh , II, p. 34.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
519
dpoques encastres dans la magonnerie.» Le malheur est que, effective-
ment, on en trouve. A cote des clous anciens, grossierement forges a la
main, on trouve de mignons clous modernes, fabriquds je ne sais oil a
la machine, et il n’est pas difficile d’en trouver de presque neufs. Cette
voute constitue un unique musee du clou, qui n’attend que l’dtude d’un
specialiste. En attendant une these sur «le clou a travers les ages»,
remarquons que, si la «nymphe» continue a recevoir son offrande de
clous votifs, la voute moderne continuera a sdcrouler sous les coups de
marteau des pelerins, comme elle a ddja commence a le faire, au lieu
d’en etre consolidee.
En fin de compte, clou et marteau n’ont rien de votif et sont pure-
ment accidentels. C'est d’ailleurs dommage, car le clou est un vieil
instrument de magie. On pourrait faire appel a la pratique de la trans¬
fixion dans les cavernes prehistoriques de France et d'Espagne, ou Ton
trouve des bisons transperces (1), et descendre a travers l’histoire des
sorciers jusqu’au colossal Hindenburg en bois ou a «f Aigle de Champagne»
que les Allemands pergaient de clous, vdritablement votifs ceux-la, pen¬
dant la premiere guerre mondiale. On pourrait mentionner les clous
thdrapeutiques que Ton plante, jusqu'a nos jours, a la mosquee Nahnanla
dans le Suq as Sagir de Mossoul, et qui sont, parait-il, un remede sou-
verain contre les maux de tete. II fallait envisager cette hypothese, trop
classique en matiere d’envoutement pour pouvoir d^lib^rement etre
laissee de cote sans examen, mais ici, a la fontaine de Jonas, le clou n'a
aucune importance, ce n’est qu’un substitut pour quelque chose qui
manque; ce qui manque c’est un arbre sacrd.
En effet, pour que le «lieu de culte» soit parfait, il faudrait que
nous trouvions la triade classique: la source, le tombeau ou Edifice votif,
et l’arbre. L’edifice votif existait jadis pres de la source «ou buvait Jonas»;
en 985 le Maqdassi vit la petite mosquee que nous attendions, mais que
malheureusement il est le seul a mentionner.
(1) G. Goury, Origine et Evolution de rhomme, p. 326 (Paris, Picard, 1927).
520
ASSYRIE CHRETIENNE
Si Ton n’a pas de trace d arbre sacre proprement dit, on trouve
cependant, grace au Maqdassi, le sagarat al yaqtin , les plants de
courge, associes dans la legende musulmane a fhistoire de Jonas. En
effet, quand Jonas fut rejete du ventre de la baleine, il vit qu’il etait nu.
II se fit done une ceinture de feuilles de courges.
A part les courges, qui disparurent probablement avec le dernier sa-
cristain de la petite mosquee, on ne signale done pas de veritable arbre sacr6
pres de la source de Jonas. C’est ce qui, a mon avis, explique les clous.
En effet, si vous regardez la voute de la source de plus pres, vous
remarquerez que des centaines de petits morceaux de chiffon en pendent,
certains noues autour des clous, certains transperces par les clous pour
etre mieux fixes. Et pourquoi done les clous, sinon pour remplacer les
branches de farbre sacre auxquelles on lie habituellement les chiffons
propitiatoires.
Tous les voyageurs en Orient ont note ces arbres sacres, si nombreux
dans la region de Mossoul. Seul a cote d’une source, ou appartenant a
un bosquet sacre, farbre merveilleux porte mille chiffons multicolores
noues a ses branches. C’est un chene souvent, mais toute autre essence
peut aussi bien convenir, et l’on vient de toute la region, Yezidis, Kurdes,
Arabes musulmans et meme chretiens, pour y faire son pelerinage. Sou¬
vent un jour de l’annee est consacrd a la fete du saint personnage dont
il porte le nom ; peut-etre meme les chretiens viennent-ils y faire un sera et y
reciter le Rosaire car, sans se meler a la superstition des auires sectes, on
ne veut pas se priver des benefices curatifs que farbre peut apporter.
A ma connaissance le releve de ces arbres n’a pas encore ete fait
completement pour le nord de f Iraq et les quelques renseignements que
j’ai pu recueillir jusqu'ici ne couvrent que les petits districts yezidi de
Ba‘slqa et kurde de Saqlawa. Une liste impressionnante des arbres et
fontaines sacres de Palestine a £te dressee par Lewis Bayles Paton, qui
en donne quelques photos (1). Roger Lescot, dans son livre sur les
(1) Survivals of Primitive Religion in Modern Palestine , in The Annual of the American
School of Oriental Research in Jerusalem , t. I, 1919-1920, p. 51-65.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
521
Ydzidis (1), donne dgalement des listes de Zjyaret du ftabal Sam‘an en
Syrie et du Gabal Singar en Iraq, avec illustrations. Ce sont les deux
seules etudes d’ensemble que je connaisse, il y en a sans doute plusieurs
autres.
Ces differents auteurs soulignent unanimement que le lieu sacrd est
habituellement d’origine tres ancienne et que son titulaire actuel n’est
que le reprdsentant deldgue de la religion dtablie, rendant ainsi legitime
la frdquentation du lieu. Le cas le plus frappant serait celui de la source
d’Afka, au Liban, ancienne source d'Adonis, actuellement dddide a la
Sainte Yierge (2). Une meme origine pourrait sans doute etre retrouvde
pour beaucoup de nos sources sacrdes dffraq, et probablement la plupart
de nos arbres tabous sont-ils les derniers temoins des Bois Sacrds qui
jadis ne devaient pas etre rares dans le pays.
Mais ce que personne, meme ceux qui le pratiquent, ffexplique
clairement, c'est le pourquoi de l’accrochage des chiffons. Certains y
voient des ex-votos des personnes exaucees. A Afka par exemple, la femme
qui a obtenu un enfant apres sa visite a la source, envoie un morceau
de la layette du bebe a accrocher au vieux figuier en signe de recon¬
naissance. D'autres pensent que le chiffon, qui est alors laissd au cours
de la visite de demande, reste la pour rappeler au saint personnage le
souvenir de l’impdtrant. D’autres enfin croient que le malade laisse
avec le chiffon sa maladie, sa fievre par exemple.
A certains endroits, le chiffon ne sufht pas et Ton doit en¬
core s’acquitter d’un autre rite. A Bfdslqa, par exemple, au sanc-
tuaire de «Melik Mairan», spdcialiste de la gudrison des venues, on
jette en plus dans l’eau de la source un morceau de paille envelop-
p6 dans un chiffon, et quand tout est pourri, la verrue est gudrie (3).
(1) Enquete sur les Yezidis de Syrie et du Djebel Sind jar, in Memoires de Vlnstitut
frangais de Damas, t. V, Beyrouth 1938; cf. Annexe , III, p. 244 s.
(2) Capt. Quintin Hogg, m.p., in Geographical Magazine , March 1943, p. 559.
(3) Notons en passant qu’une thdorie m^dicale moderne ne voit dans l’appa-
rition des verrues que le resultat d’un processus psychologique non encore expliqu^,
522
ASSYRIE CHRETIENNE
En Tunisie du Nord (1), si quelqu’un de la famille est devore par la
fievre, on accroche a l’arbre sacre un morceau de Phabit du malade
en disant: «Je place en toi ma confiance; si tu m’enleves la fievre,
j’enleverai le noeud d’etoffe.» Et, apres avoir enumdrd ses malheurs, on
ajoute: «Voici que je Pai accroche a toi.»
En resume, les rites sont extremement variables d’un endroit a un
autre; il arrive meme, surtout clans le cas des «pelerinages» chrdtiens,
que les chiffons soient completement supprimes. A la tombe du «Pere
Poldo» (le P. Leopoldo Soldini, o.p.) a Zaho, les parents amenent avec
Penfant malade une galette de pain, un oignon et un peu de sel, qu’ils
laisseront en offrande au «saint», ainsi qu’une gargoulette d’eau qui
servira a laver le malade et que Ton cassera sur la tombe apres Popera-
tion. («Casser» le mal?)
CP est done dans Paccomplissement de tel ou tel rite precis que reside
la condition sine qua non de la gudrison. Ceci s’explique tres bien en psy-
chotherapie et, pourquoi pas, le Bon Dieu peut se contenter de ces
manifestations de foi naive pour exercer sa misericorde. C’ est a cause de
ces differences dans les rites, tous efficaces, que je ne veux pas chercher
de sens trop profond a Pemploi des chiffons en tant que chiffons. On
pourrait sans doute ici encore faire appel aux rites traditionnels de la
magie la plus noire, ou un objet quelconque ayant appartenu a la per-
sonne que Pon veut envouter (cheveux, rognures d’ongles, morceaux de
vetement) sufht a representer la personne toute entiere. Ce serait, je crois,
exagerer Pimportance de nos chiffons que de les elever a la dignite de
substituts magiques. Retenons seulement qu’il y a un rite a accomplir,
chiffon a accrocher ou autre, et le resultat cherche est assure.
Le cas de la source de Jonas est done clair: puisqu’il n’y a pas d’arbre
done tous les remedes sont bons. Dans ma ville natale la personne d^sirant se debar-
rasser d’une verrue devait d’abord appliquer sur l’endroit atteint un sou trou6, puis
jeter le sou dans le benitier de Teglise. La personne qui prenait le sou prenait aussi
la verrue.
(1) Ibla (Tunis), XI 1 1/ 1 950, n° 52, p. 392, art. de P. Dornier.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
523
aux branches duquel on puisse accrocher les chiffons, on les attache par
un clou aux voutes de la source. Les chiffons un peu anciens ont disparu,
pourris par les intempdries, les clous tdmoins restent.
On pourrait se demander si jadis les chiffons ndtaient pas nouds
aux tiges des courges ou aux grilles des fenetres de la petite mosqude;
cela n’est pas du tout impossible, fanciennetd des clous d’aspect le plus
vdndrable serait ainsi tres rdduite, puisqu’ils ne seraient venus la qu’apres
le Xe siecle, au grand maximum... Ici encore le dernier mot sera aux
specialistes en clous.
Quelques enigmes
Pour terminer le cycle de Jonas, je rdunis sous ce titre trois textes
un peu mystdrieux que je ne puis placer ailleurs. Le plus ancien de ces
textes a pour auteur le voyageur juif Benjamin de Tudele, qui vint a
Mossoul vers 1173. «Dans la ville d’Assur (Ator = Mossoul), dit-il, se
voient les synagogues d’Abdias, de Jonas fils d’Amittai, et de Nahum
fElcosden». Cette derniere est bien connue, sinon «dans la ville » meme
de Mossoul, du moins a Alqos, on sait que les auteurs anciens ne s’em-
barrassaient pas de trop de prdcision. La premiere est probablement la
synagogue d'Elias, dont j’ai parle ailleurs. La deuxieme, la synagogue
de Jonas est inconnue aujourd’hui. Y eut-il a cotd du couvent de Mar
Yonan, ou a Mossoul, une synagogue placde sous le vocable du pro-
phete? Je n’en ai pas trouvd d'autre trace.
Le deuxieme texte est tird du Kitdb az Ziywat d’al Harawi (1).
On y lit: «Dans la ville de Balat, que Ton appelle encore Balad, la source
de Yunis ibn Matta, ou fon dit que le poisson le rejeta ( balatahu )
apres favoir avald a Ninive.» Cette dtymologie du nom de Balat sera
reprise par Yaqut (2). Je me suis enquis de la source a Eski-Mossoul;
personne la-bas n'avait jamais entendu un tel nom.
(1) Editd en arabe en 1953, puis traduit en fran^ais en 1957, par Mine Janine
Sourdel Thomine (Inst. Fr. de Damas), ici t. II, p. 151.
(2) Ibid., t. I, p. 715, citd par Mme Sourdel.
524
ASSYRIE CHRETIENNE
Enfin voici le troisieme texte, qui m'a longtemps d^concerte. II se
trouve dans un joli petit Elzevir latin intitule Persia seu Regni Persici
Status (1). Dans un extrait du voyage d’un Anglais, Robert Covert, «des
Indes en Perse et dans les diverses provinces de ce pays», voyage effectud
en 1609, on lit: A «Nussebavv» (en fait: Nisibe) (2) «on veut que le
propliete Jonas ait preche. Son image taillee dans la pierre (bien que
tres deformde) y est conservee par les chretiens. »
3. — Mar Guorguis
Depassant Mossoul par Test, en empruntant la route de Zaho (qui,
longeant le mur ouest de Ninive, suit l’ancien lit du Tigre au temps de
la capitale assyrienne) nous remontons vers le nord pendant environ
dix kilometres. Nous apercevons alors, a 800 metres a droite de la route,
le couvent chaldeen de Mar Guorguis, juche sur un tell artificiel non
explore et non identifie.
La tradition chaldeenne est unanime, ce couvent fut d’abord une
eglise de village, puis le village ayant disparu ou s’etant deplace, L eglise
resta isolee, mais fut conservee a titre de couvent. Actuellement le village,
qui concerve son nom ancien de BacwIra (3) est situe plus a l’ouest, plus
pres du lit actuel clu Tigre. Aujourdmui le village est musulman, mais
peut-etre le village chretien s'etait-il deja rapproche de beau, abandon-
nant son ancienne eglise, qui probablement d’ailleurs £tait devenue
(1) Lugd. Batav. ex officina Elzeviriana, anno 1633, p. 291.
(2) Les noms de lieux sont tellement d^formes dans ce texte qu’il me fut
longtemps tres difficile de reconstituer son itineraire. En fait, le 31 octobre, Covert
6tait a Ra’s uB Ain (Russelee), puis il fait un detour vers le sud-est sur la route de
Mossoul. Le compte des lieues est ici un peu confus; il est difficile de dire si le voyageur
parvint a Mossoul, ce qu’il ne dit pas expressement, ou si la description qu’il en donne
est emprunffie a d’autres. Il remonte alors vers Nisibe (Nussebavv) et de la a Mardin
(Hamadainem), qui est bien a 23 lieues de Nisibe. Il decrit Mardin: «Une vieille cit6
des Armeniens, mais d6ja presque ruinee par les Turcs. On y voit de nombreux monu¬
ments de l’antiquite, qui temoignent de l’ancienne noblesse de la vielle.» La fin de
son voyage le ramene a Alep par Urfa (Ulfavven) et Bir6gik (Bir sur l’Euphrate).
(3) B. ‘Awire, le village de ceux qui ont traverse (le Tigre). — Jones ( JRAS ,
XV/1855, p. 374 b) dit: la place du gue.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
525
trop grande pour lui. Une hutte en briques de terre seche, semblable
a leurs maisons, dut leur suffrre.
Et cependant la localitd avait eu son heure de gloire. Un de ses
pretres, ancien moine du Couvent Supdrieur de Mossoul, ou il avait ete
l’eleve d’Ibn Naslha, ne devait-il pas devenir eveque de Ma'alta, puis
patriarche en 963, sous le nom de ‘Awdlso1 2 3 4 5 Ier (1).
Puis on n'entend plus parler du village jusqu’au XVIe siecle. En
1549 le pretre ‘AwdIso‘, fils de Sultan Sah, fils de Garib Sah, fils du chef
Zain ad Dawla, de Ba‘wlra, fait copier par le pretre £>im‘un, fils de
Smuni, de Mossoul, un evangdliaire actuellement a la bibliotheque du
Patriarcat Chaldeen (2). A la mort du pretre ‘Awdisoc, sa fille Anasmus
hdrite du volume, qu’elle vend a un certain Hormizd fils de Miha’il.
Les peregrinations de ce livre nous entrainent a Mardin en 1704. II y
resta jusqu'en 1898.
Done, au milieu du XYIe siecle, le village est toujours la. G’est par
erreur que M. G. ‘Awwad trouve le couvent dans la Statistique Inedite
a la date de 1318 (3). L’annde 1408, que ce factum met a la fin de sa
notice sur Mossoul (4), n’est qu'une fantaisie de plus a relever au passif
du document, dontj’ai deja dit le peu de valeur historique (5): il n’y avait
pas de patriarche Yahwalaha a cette date, et il est tout a fait inutile de
se fatiguer a corriger ce chiffre en 1318, comme fa fait fdditeur.
Comme il se trouvera toujours de bonnes ames pour prendre la
defense de f auteur inconnu de la Statistique, j’ai relevd les noms des onze
soi-disant patriarclies qu’il prend la peine de dater. Les dates ne sont
exactes que pour deux, ou peut-etre trois, d’entre eux. Tous les autres
(1) Mari, ar. p. 99, lat. p. 88; B.O., III, I, p. 200. Le texte arabe orthographic
le nom «£glise d’al Bawarl» et la place «a Mossoul », e’est-a-dire dans le district de
Mossoul. C’est Ass^mani, suivi par Gismondi, qui £crit «in urbe Mosul».
(2) Cat. Mgr Bidawid, n° 129.
(3) Researches , p. 83-84.
(4) Texte ar. p. 18; fr. p. 16.
(5) Anal. Boll., 82 (1964), p. 218. Cf. Graf, Gesch. Christ. Ar. Lit., t. IV, p. 95.
526
ASSYRIE CHRETIENNE
ont ete distribuds absolument au petit bonheur (1). C’est dire ce que
vaient ies chiffres avances par le meme. L’avertissement de l’editeur,
dans sa preface, me semble beaucoup trop bienveillant vis-a-vis de
son auteur.
II ne semble pas que le couvent ait encore fait son apparition en
1607. La precieuse liste, plusieurs fois citee, presentee par les legats chal-
deens a Paul V, mentionne bien deux «Giorgi», mais je ne crois pas que
ce soit celui dont nous parlons. En effet, les bons moines qui preparerent
la liste, en reponse aux questions de Rome, suivirent visiblement fordre
geographique. On les voit partir du Mont Izla, du couvent de Mar
Eugene, pour descendre dans les environs de Seert (couvent de Jacques
le Reclus, n° 6), puis dans les environs de Gazlra (Yohannan Nahlaya,
n° 7 et sq.). Aux n° 12 et 13 on est encore en B. Zabdal et Qardu avec
les couvents de Jean de Kamul et de Jean fEgvptien, dont on sait par
ailleurs qu’ils existaient encore a cette epoque (2). Le «Giorgi» du n° 14
semble bien etre le couvent de RomanTva. «Cratos» (3) peut ressembler
a Quriaqos, patron du couvent de Zargel pres de Diarbekir. Avec
le n° 17 on s’approche de l’lraq, ou meme on y entre. La liste
fappelle «Betkanania». Si Y on remarque que le traducteur confond
souvent les «k» et les «h», c’est un couvent de Hnania nestorien qu’il
nous faut rechercher. On en signale un dans la plaine du sud du Gudi
appelee Desta Selepe, au nord de Zaho, encore en Turquie, a Pouest
(1) L'idee de mettre les patriarchies avec leurs dates lui prend a partir du ch. V,
§21. II la poursuit vertueusement jusqu’a VII. 12. Puis, apres une tentative (en VIII. 1)
de mettre Timothee en 610, il se lasse et ne donne plus que des noms sans dates (sauf
X.2). Voici ses patriarchies dates, les dates £tant de notre ere (cf. 1.1 et IV. 1): 1380,
Yahwalaha (VII.6); 1380, Denha Subha (VII. 13); 1400, Ya‘qub (V.22); 1408, Yah-
walaha (VI. 1); 1480, Elie Os‘ana (VII. 1.5); 1550, Sulaqa (V.21); 1551, Simon
(VIII), Denha (X.2); 1570, Hormizd (V.23) ; 1610, Makkiha Suhaya (VI.6); 1615,
Davdd Suri (VL7); 1680, Denha Qatula (VI. 8) (= Simon XIII Denha ?).
(2) V.g. Chr. de Seert , 29 et 30.
(3) P. 514 le meme traducteur ecrit «Crat£» pour les Kurdes. Serait-ce ici
Qardu? Ou encore serait-ce Mar Yaqo, qui semble avoir existe a cette Epoque?
GOUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
527
du Hlzel, et peut-etre un autre en Iraq dans les environs de Dehok.
Puis on redescend en terrain connu avec Daniel le mddecin de Dair
Gundi, R. Hormizd d’Alqos, Awraha «le Mede» de Batnaya, Miha’Il
et Eliya cles environs de Mossoul et Bar ‘Eta de Marga. Si le n° 25 est
vraiment Brih Is6‘, comme le suggere le P. S. Giamil, je ne le connais
pas; en tout cas avec le 26, Tahmazgard, nous avons ddpassd les environs
de Mossoul pour arriver a Kerkouk, et continuer ensuite vers le sud.
Ce n’est qu’au n° 29 qu’on rencontre le second «Giorgi», qui est done
un couvent du sud de Plraq.
A titre de comparaison, le rapport d’Elie VIII a Paul V (1) est
tout a fait concluant. En 1610 il n’y a que quatre couvents «actifs» dans
la region d’Ator et de Ninive: ceux d'Elie, de Michel et d’ Abraham,
«qui font des aumones aux pauvres», et celui de R. Hormizd ou habite
le patriarche.
La premiere mention du «couvent de Mar Guorguls, pres de Mos-
soul», apparait dans un manuscrit de 1691, qui se trouve encore au
monastere (2). En 1710 encore, un Livre de la cause des Psaumes est
offert par de pieuses femmes, probablement de Tell Kaif, au «couvent
de St-Georges, a Ba‘wlrd» (3). De meme aussi en 1744, un recueil d’a-
naphores (4).
Et cependant, entre ces dates, en 1704 et 1712, on trouve deux
volumes, fun des prieres d’Abu Halim (5), l’autre des Rogations de
Ninive (6), qui sont, le premier offert, le second restaurd et relid pour
(1) Gen. Rel., p. 109.
(2) Livre des Centuries , N.-D. des Moissons, cod. CCCXXI, Cat. Vost£.
(3) N.-D. des Moissons, cod. XXXV, Cat. Vost£. — Les bienfaitrices se retrou-
vent partout dans leur role kernel. A Hatun et sa mere Settd, fille du pr£tre Eliya, qui
apparaissent ici, il faudrait ajouter leurs soeurs Yzdiya, fille de Safar, d’Alqos, qui
offrit un Hudra a lYglise du couvent de R. Hormizd en 1728, et Kandd, fille du prdtre
Yalda, qui dota le meme couvent d’un recueil de memre de Ba‘uta en 1756, et tant
d’autres pieuses femmes, bienfaitrices des £glises et des couvents.
(4) B.N. Paris, Cat. Nau (ROC, 1911), cod. 310.
(5) Patriarcat Chaldeen, Cat. Mgr Bidawid, cod. 3117.
(6) Ibid., cod. 3122.
528
ASSYRIE CHRETIENNE
«l’dglise de St-Georges a Ba‘wlra». Une fois de plus la confusion cons-
tante de la part des copistes entre «couvent» et «eglise» nous rend le
travail impossible. Tout ce que Ton peut dire, et c’est bien pietre, c’est
qu’entre le milieu du XYIe siecle et celui du XVIIIe siecle, le village
avait abandonne son eglise, qui etait devenue couvent.
Que representait le couvent a cette epoque? Les recherches faites
par le P. Goormaghtigh pour ecrire l’histoire de la Mission Dominicaine
de Mossoul, le montrent comme «entoure» d’un mur eleve. L’eglise
occupait le centre du monastere, qui etait garde par un diacre nestorien,
lequel vivait, ainsi que sa famille, des aumones faites au monastere» (1).
Si Yhistoire de la Mission s'interesse au couvent c’est que, en 1753, un
des premiers missionnaires italiens, le P. Domenico Codeleoncini, y avait
ete inhume. Le Pere etait mort a Alqos dans la maison d’un artisan pau-
vre, catholique en secret, nomme Husaba. Les Nestoriens d’Alqos refu-
serent de le laisser enterrer dans leur village, et le chammas de Mar
Guorguls en aurait fait autant, n’eut ete l’ordre du gouverneur de Mos¬
soul, protecteur des Peres. Le corps fut done enterre dans P eglise, en
face de la porte majeure. On grava sur sa tombe: «Ossa R.P. Dominici
Codeleoncini, Ord. Praed., Miss. Apost.»
La tombe existait encore en fin 1820, quand Rich visita le cou¬
vent (2), mais elle avait disparu quand le P. Goormaghtigh ecrivit son
histoire. Nous verrons bientot quand dut avoir lieu cette disparition.
Entre-temps, en 1778, de pieuses Tell Kefiennes continuaient la
tradition d’offrir des livres, ici un recueil de memre d’lsaac de Ninive,
ecrit a Alqos pour «l’eglise du couvent de Mar Guorguls, dans le village
de BaSvIra, sur le Tigre» (3).
Une inscription conservee jusqu’a nos jours et placee sur le mur
(1) Analecta S.O.P. , 1896, p. 408.
(2) Residence , t. II, p. 59.
(3) Au Patr. Chald., Cat. Mgr Bidawid, cod. 6016. — Vers la meme epoque
un exemplaire du Paradis de Palladius appartenait egalement au couvent. II emi-
grera a R. Hormizd en 1840 et est actuellement a la B.N. {Cat. Nau, n° 317).
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
529
extdrieur dc l’eglise, a gauche de la porte d’entrde, relate comment, en
1843, le patriarche Nicolas Zeica a restaurd ce couvent de Ba'wira:
«J’y ai change F aspect de l’autel et des deux qanke» , dit-il. (Test proba-
blement au cours de ces travaux que disparut la tombe du Dominicain.
J. P. Fletcher, qui visita le couvent a cette dpoque (1), note «a
Fextrdmitd ouest de l’eglise, une sorte de galerie, faisant face a l’autel,
dans laquelle il y avait deux pupitres semblables a ceux qui, dans la
plupart des eglises orientales, sont places dans le choeur». Cela veut dire
que les deux pupitres du bema (c’est probablement cela que veut signifier
le patriarche par: les deux qanke) avaient dtd enlevds du milieu de
l’eglise, ou ils se trouvaient jadis, et reldguds au fond de la nef. Le stade
suivant, aujourd’hui achevd, sera de les faire disparaitre completement.
Le bema de Mar Guorguls, dans sa pdriode de relegation au fond de
Feglise, devait ressembler a fdtat actuel du bema de Tahra a Mos-
soul (2), qui semble bien avoir dtd mis dans ce piteux dtat par le
meme patriarche.
En 1850, Badger trouva le couvent garde par «un moine soli-
taire» (3).
Quand la Delegation Apostolique chercha un local pour y etablir
un seminaire, le Synode des eveques chaldeens de R. Hormizd, en 1853,
offrit Mar Gubrguls. Mgr Planchet l’accepta (4) et commenqa a l'adap-
ter et a fagrandir. En 1855 les travaux etaient termines, mais les difh-
cultes de toutes sortes retarderent Fouverture du seminaire projete. La
Delegation rendit les batiments au patriarche Audo en 1863.
Plus tard, le couvent continua a vivoter. II est mentionne dans
plusieurs manuscrits de Tell Kaif (5). Un recueil d’exercices de lecture
(1) Notes from Nineveh , Lea and Blanchard, Philadelphia, 1850, p. 150.
(2) Mossoul Chretienne , p. 78 et 134.
(3) The Nestorians, t. I, p. 103.
(4) Hisloire des Conciles (Paris-Letouzey), t. XI, Conciles des Orientaux Catholiques,
IIe partie (1952), p. 557, par Charles de Clercq.
(5) V.g. Add. 2814 et 2822 de Cambridge (Cat. Wright, p. 656 et 703), dates
de 1879 et 1883.
Rech. 23 — 34
530
ASSYRIE CHRETIENNE
chalddenne intitule Fleur des connaissances y fut encore dcrit en 1882 (1).
Enfin, e’est dans un manuscrit de Mar Guorguis, datd de 1884 (2), que
se trouve le colophon relatant la tradition de Mossoul sur les origines
apostoliques du christianisme de la ville et la decouverte du pressoir de
l’hote de S. Pierre.
On a vu plus haut que e’est a Mar Guorguis, en 1885, que passa
ses derniers jours le «saint» eveque aveugle de Sena, Mgr SinTun Tektek
Singari. Son tombeau dans l’eglise superieure du couvent est encore
souvent visits par des malades en quete de guerison. L’incubation y
est pratiqude.
Apres la grande restauration de 1853-1855, le couvent en a connu
^videmment d’autres. Une inscription arabe, dans le mur exterieur de
l’eglise, a droite de la porte, commemore celle de 1930.
L’eglise de Mar Guorguis, du moins celle du haut car il y a une
chapelle recente en bas, a ete trop remanide pour avoir beaucoup con¬
serve de son aspect primitif. Seule une chaine de fous rappelle l’efficacite
de l’ancien martyrion.
Un grand tableau de la fin du XIXe siecle represente S. Georges
a cheval sauvant la fille du roi, lequel surveille la scene du haut des
tours de sa capitale. Ge tableau est inspire de celui de Mar Isa‘ya de
Mossoul, que j’ai etudie en son lieu, et provient d’un art (?) proche de
celui des toiles du meme genre deja rencontrees a Tell Kaif, Batnaya
et Tell Esqof.
Mentionnons pour terminer une cuve de pierre qui se trouvait jadis
dans la cuisine et dont les sculptures, nettement Galllies (fin XVHIe-
XIXe s.) disaient l’age, alors que dans Tinscription qui mentionnait sa
facture pour «le couvent de Mar GuorguIs» le sculpteur ignorant ou
distrait donnait une annde d’Alexandre ou V Alap avait remplac^ le
Beth , reculant ainsi la date de mille ans. Un precedent superieur avait
(1) N.-D. des Moissons, cod. CCC, Cat. Voste.
(2) B.N., Cat. Nau, cod. 315.
COUVENTS NESTORIENS ET CIIALDEENS
531
fait faire des photos «d’art» de cette «antiquitd», son successeur Fa
reldguee au poulailler, oil elle acheve de se ddsagrdger.
4. — Mar Awraha de B. Madaye
Le titulaire est le convertisseur de Batnaya, ddja rencontrd (1), qui
vivait sous Iso‘yaw II (628-644/6). On Fappelle Abraham de B. ‘Aw 6
si Ton tient compte du couvent dont il est issu, et Abraham de B. Ma-
dayd (2), ou en rdsumd Abraham le Mede, si Foil considere le lieu ou il
fonda son couvent. Il n'est £videmment pas dit que lui-meme ait 6t 6
Mede. Sa commemoraison est faite, dans les centres liturgiques nestoriens
locaux en liaison avec Alqos et R. Hormizd, le lundi apres Quasimodo(3).
Sa ldgende, incluse dans celle de R. Hormizd (4), le fait vivre
d’abord 13 ans a B. ‘Awe, d'oii son premier nom. Puis il habite une cel¬
lule non loin du couvent de Bar ‘Eta, ou R. Hormizd peut le prendre
comme confident de ses projets de fuite nocturne. Il Faccompagne en
effet, et apres six ou sept ans passes au couvent de Rdsa, sur le Mont
Maqlub, Fassechement de la source les oblige a quitter les lieux. Alors
que leurs compagnons vont dans d’autres directions, Abraham et R.
Hormizd se dirigent vers B. ‘Edrai, ou ils trouvent un petit cours d’eau,
pres duquel ils s’installent. Cependant, trois jours plus tard, Fordre de
Dieu envoie Abraham a Ninive, oil il fonde son couvent.
C’est peut-etre a lui que le patriarche Iso‘yaw de Gdala adresse sa
lettre inedite «sur la maniere dont on doit confesser la personne du
(1) Aux textes cites a propos de Batnaya il faut ajouter la rcmarqne que le texte
de ‘Amr (ar. p. 69) en plus de son inexactitude, est incomplet. La «variante» cit^e
par Fediteur (p. 129) comme se trouvant dans le cod. Vat. est en fait indispensable
a la comprehension du texte.
(2) Qu’il ne faut evidemment pas confondre avec son homonyme, ^v^quc du
diocese de B. Madaye en 486; cf. Or., p. 299 et n. 3.
(3) V.g. Hudra de Mar Yaqo et Sios, de 1661 et 1705; de Karamlaiss, 1727; etc.
(4) Et publiee avec elle, d'apres un ms. de N.-D. des Moissons, par Budge,
dans la preface du Bk. I, p. clix-clx, en 1893, puis in extenso en 1902 dans Histories
of... R. Hormizd , t. II, I, p. 65-69.
532
ASSYRIE CHRETIENNE
Christ» (1). Le fait qu’il l appelle «Mar» ne veut pas forcement dire,
on le sait, qu’il soit eveque.
Apres la fondation du couvent, son histoire s’estompe. Le couvent
lui-meme «fut prospere et habitd par de nombreux moines», dit un
auteur moderne (2); en fait on n’est certain que d’une chose, c’est que
le couvent survecut, on ne sait jusqu’a quand et avec combien de moines.
II faut attendre le debut du XVIIe siecle pour le retrouver dans
les rapports presentes au pape Paul V par le patriarche Elie VIII, en
1607 et 1610 (3). II fut restaure au milieu du siecle par les soins du
pretre Hormizd, fds de Nur ad Din de Batnaya, superieur du couvent (4).
En 1652 un breviaire, encore actuellement a Batnaya, fut oflfert par
la communaute de Simcun as Safa, a Mossoul, au couvent de Mar Aw¬
raha le Mede (5). Un peu plus tard, en 1683, un evangeliaire, conserve
aujourd’hui au patriarcat, fut egalement copie a Alqos pour le couvent.
Reciproquement, en 1680, le pretre Hormizd, fils du pretre Sawriso1 2 3 4 5 6,
fds d’Asad, de Tell Kaif, se fait copier a Mar Awraha, par le chammas
Awraha, un rituel de mariage aujourd’hui conserve dans la collection
de Tell Kaif. Alors qu’au debut du siecle, Elie VIII avait range le cou¬
vent parmi ceux qui etaient encore habites, la presence ici d’un chammas
(laic) semble indiquer qu’il n’y avait plus alors que des gardiens.
En 1719 le superieur ctait le pretre cAbdo. II fut un des premiers
convertis au catholicisme et signa son abjuration en meme temps que
Qas Hedr de Mossoul, le 6 janvier (6). Le journal de l’ancetre de la
famille de Thomas Tammo de Mossoul raconte comment fut effectuee
cette conversion. Ayant re^u le supdrieur cliez lui, Tammo qui etait
deja catholique lui annonga mystdrieusement qu’un ami allait venir le
(1) Synhados de N.-D. des Moissons, p. 255-265 (cod. Voste, CLXIX).
(2) Mgr Sayegh, in Machriq, 1923, p. 414-428.
(3) Gen . ReL, p. 108-115; p. 517, n° 21.
(4) Cf. article de Mgr E. Rassam, dans an Nagm, 1/1929, p. 421-422; Visite
pastorale du patriarche Tusif Emmanuel : I) Couvent de Mar Awraham.
(5) Renseignements communiques par M. Pabb£ Potros Mussa, de Batnaya.
(6) P. Voste, Qas Kheder de Mossoul , in O.C.P. , X/1944, p. 77, Doct. n° 1.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
533
voir, et le laissa seul dans une chambre, le soir, avec une bougie et un
livre. Pour tromper Pattente de «rami», le supdrieur lut le livre, qui
prdsentait le catholicisme. II finit sa lecture et fut convaincu, mais Parni
n’dtait toujours pas venu. Quand il s’enquit aupres de son hote, lui
annon^ant en meme temps sa conversion, celui-ci lui dit avec un sourirc:
«Mais si, PAmi est venu, vous l’avez trouvd a travers votre lecture. »
Le couvent fut saccagd par Nadir Sah en 1743, et ce qui pouvait
lui rester de moines disparut. Le batiment dtait en mines quand, vers
1870, certaines families chrdtiennes de Mossoul, s’enluyant devant «Pair
jaune», s’y rdfugicrent.
Le patriarche Elie ‘Abbolyonan (1879-1894) entreprit sa restau-
ration, qu’il confia au chordveque ‘Abdulahad MPmarbasi, mais les tra-
vaux s’arreterent a la mort du patriarche. Le Pape Benoit XV finan^a
la reprise de Poeuvre, pour abriter une dcole que le patriarche Emmanuel
projetait. Quand cette dcole ne fut pas ouverte, le patriarche dlut le
couvent comme residence d’dtd. II a servi plusieurs fois aux vacances
des sdminaristes. Actuellement, les batiments du couvent sont entretenus,
mais vides de moines. L’dglise est entierement rdcente et n’offre done
pas d’intdret particulier.
Le pelerinage de Mar Avvraha «lc Mede» est cdldbrd de nos jours
le cinquieme dimanche de Careme.
5. — Rabban Hormizd le Persan
Le couvent de R. Hormizd le Persan, situd dans la montagne au
nord-est d’AlqoS, a environ deux kilometres du village, est certainement
un des sites les plus pittoresques de la rdgion. Nid d’aigle accrochd au
flanc d’une montagne aride, sa beautd sauvage a attird Pattention dcs
dessinateurs et des photographes; on en trouve un bon nombre de re¬
productions, plus ou moins exactes, dans les auteurs (1).
(1) V.g. Badger (1852), Nestorians, I, 102; G. L. Bell, Amiirath (1911), frontis-
pice; Preusser, Nordmesop. Bauden. (1911), pi. 25-28; P. Louis Ciieikho, Machriq (XV/
1912, p. 857); H. C. Luke, Mosul and its Minorities (1925), p. 106; E. A. Wallis Budge,
534
ASSYRIE CHRETIENNE
Quant aux descriptions, les enumerer serait faire le catalogue des
orientalistes, petits ct grands, qui ont paye a ce site unique l’hommage
qu’il mdrite, et que seul Mar Matta peut lui disputer. Mentionnons
seulement la derniere description (et Tune des plus alertes) donnee par
M. fabbe Jules Leroy en 1958 (1). II est certain que tous les batiments,
qui semblent en equilibre sur les blocs de roclier, que les citernes et les
cellules creusees dans la montagne, le refectoire lui-meme, de 50 m* 1 2 3 4 5 de
surface, entierement cisele avec ses colonnes, ses bancs, ses armoires et
ses fenetres dans la pierre vive (2), le tout relie par un reseau d’escaliers
virevoltants et pirouettants, forme un spectacle inoubliable.
Le fondateur et la fondation
Budge (3) a deja repondu a Rich (4) qui pla^ait la fondation du
couvent au IVe siecle. En realite, R. Hormizd etait un compagnon
d’ Abraham de B. Madaye et de toute une pleiade de fondateurs bien
connus. Geci le place sans aucun doute, et tous les auteurs sont mainte-
nant d’accord sur cette date, au temps du patriarche Isocyaw II (628-
644/47), soit dans les environs immediats de la conquete musulmane.
La seule difficulty que rencontre cette date est la mention, dans la
Vie traditionnelle (5), du catholicos Tomarsa, qui serait venu consacrer
le monastere. Gomme fa justement remarque Budge, le seul Tomarsa
connu vivait a la fin du IVe siecle (et c’est pourquoi Rich pla^ait a cette
epoque la fondation du couvent). Probablement le pretendu catholicos
n’est-il qu’un eveque, peut-etre celui du Ba Nuhadra; nous verrons que
ce n’est pas la le seul detail interpole ou deforme qui se soit glisse dans
The Monks of Kublai Khan (1928), p. 8; Mgr S. Sayegh, Hist, de Mossoul, III (1956),
p. 139; etc.
(1) Moines et Monasleres du Proche-Orient, Paris, Horizons de France, p. 218-221.
(2) Researches (p. 77-79) lui donne 40 m. sur 20, et 15 m. de haut. — Le couvent
de Mar Matta a quelque chose de semblable, mais on ne peut dire lequel a imite l’autre.
(3) Bk. I, p. clxx.
(4) Residence , IT, p. 93.
(5) Ed. Budge, p. 125; de mcme dans les 'oniata inedites des Warda. Le couvent
en garde un rccueil de 1723.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
535
la legende du saint, personne ne s’etonnera d’y trouver les enjolivcments
inherents a ce genre litteraire.
La vie du titulaire est connue par de nombreuses sources, qui ont
ete utilisees par de multiples auteurs (1). Les textes de base comprennent
deux biographies, plusieurs notices, et des hymnes plus ou moins longues.
Les deux biographies, probablement relativement rdcentes (au plus
tot du XVIe siecle) seraient a critiquer en detail par qui voudrait faire
de Thagiographie scientifique. Ce sont:
a) La biographie en prose, encore inddite, attribute a Simon, dis¬
ciple de Yozadaq (2). D’apres Mgr Adda! Scher, cet auteur serait
Simon de Kaskar (?).
b) La biographie en vers, due au moine de R. Hormizd Sargis bar
Wahle, ou Serge d’Adherbaidjan (XYIe s. ?) et publide par Budge en
resume dans la preface du Book of Governors (1893) puis in extenso a Berlin
(1894) dans les 2e et 3e parties des Semitistiche Studien , et enfin a Londres
(1902) sous le titre de Metrical Homely of R. Hormizd' s Life , dans The
Histories of Rabban Hormizd the Persian and Rabban Bar Idta, en trois
volumes (3).
(1) V.g. Mgr S. Sayegii, dans Machriq , 1923, p. 835-845 et an Nagrn , 1/1929,
p. 217-219. Le T.R.P. DadTso‘ Kehoi, dans an Nur, Bagdad, 1 1 1/ 1 952, p. 55-58,
109-112, 159-162, 220-223, 251-254, 312-316, 349-353, 409-411, 458-460; M. G.
‘Awwad, Un ancien monument de V Iraq : le couvent de R. Hormizd pres de Mossoul , impr.
An Nagm, Mossoul 1934, 96 p.; et autres sources rdcentes cities dans la bibliographic
du meme. Appendice 2 a son edition d'as Sdbusti, p. 209, 211, n° 1 et 3, 2 13, n° 1, etc.
(2) Mss. v.g. a N.-D. des Moissons, cod. 196, Cat. Voste, ms. de 1866, et ibid.,
cod. 210, n° 3; sa longueur est exactement la meme que celle du texte cit6 a la suite.
Autres mss. cf. Chr. de Seert, II, 797, note 1 de A. Scher, et Baumstark (p. 205 et n. 3
et 4) qui ne semble pas avoir distingu^ ce texte du suivant.
(3) T. II, I, preface p. xii-xxi, Vie de R. Hormizd ; xxi-xxiii, description du
couvent; p. 3, n. 2, autres sources; p. 13, ddbut de la traduction. Sur l’auteur, cf.
Baumstark, Syr. Lit., p. 330-331.
536
ASSYRIE CHRETIENNE
c) Des notices breves sont donnees, parmi les auteurs anciens, par
Iso‘dnah de Basrah (1), la Chronique de Seert (2) et (Amr (3).
d) Une ‘onita longue, attribute a Isd‘yaw bar Mqaddam, inedite,
n’a ete conservee que dans un manuscrit relativement ancien, le War da
de Karamlaiss de 1745, deja signale par Siouffi (4). II nous faudra
etudier de pres cette ‘onita quand nous parlerons du sanctuaire yezidi
de Saih ‘Adi.
e) Enfin plusieurs ‘onitci courtes, que Ton trouve un peu partout et
qui demanderaient un classement et une etude comparative qui sort des
limites de ce travail, etant donnd leur peu d'interet historique. On en
trouve une, sans nom d’auteur dans la plupart des Warda (5). Une
autre est attribute a Emmanuel, metropolite du B. Garma'i (f 1080).
Cette biographie poetique a ete publide a Rome en 1875 (6) et Hoff¬
mann en donne une traduction (7). Baumstark h^site s’il faut consi-
derer cette piece comme memra ou ‘onita (8). Cardahi (9) publie
^galement un poeme sur le meme sujet, attribue a Adam de ‘Aqra. Le
nom d’un autre auteur possible serait encore a retenir; c’est ‘Ataya bar
Ateli, pretre de Gazlra vers 1522-1562, a qui un codex de Seert attri-
buait «trois longues hymnes sur S. Eugene et ses disciples, et sur R.
(1) L.C. , n« 89.
(2) II, p. 595.
(3) Ar. p. 55.
(4) VIIIe serie, V/1885, p. 82, Notice sur le Cheikh Adi et la secte des Tezidis.
— D’apres Baumstark (Syr. Lit., p. 330, n. 2) il en existe une copie de 1881 a Berlin
(cod. 75/26*, Cat. Sachau, p. 222). Mgr Sayegh en signalait une a N.-D. des Moissons.
Je n’ai jamais pu la retrouver.
(5) V.g. le Warda «complet» de N.-D. des Moissons (Cat. Voste, cod. CLXVII,
p. 62), p. 291, ou dans celui de R. Hormizd date de 1723.
(6) Par G. Cardahi, Liber Thesauri de arte poetica Syrorum necnon de eorurn poetarum
vitis et carminibus , p. 142-145.
(7) Ausziige, p. 19-21.
(8) Syr. Lit., p. 288 et n. 12 et 13; Sachau, Cat. Beilin, p. 238-239.
(9) P. 102; Resume par Hoffmann, p. 180.
GOUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
537
Hormizd» (1). Ce manuscrit a disparu avec la bibliotheque de Seert,
et on n’a meme pas Pincipit de cette c onita pour la comparer aux autres.
Les sources traditionnelles s’accordent pour dire que R. Hormizd
dtait Persan, n6 au Khuzistan (B. Huzayd) (2) au nord du Golfe Per-
sique. Le classique (3) pelerinage a Jerusalem l’amena a Mossoul, ou il
rencontra trois moines qui le cldtournerent de sa route et le firent partir
avec eux vers Test, en Marga, au couvent de Bar ‘Eta. Devenu moine
en ce couvent, Hormizd le Persan passe les anndes de regie au service
du couvent et s'essaie deja a l'aire des miracles. Apres sept anndes de
service il entre en cellule, ou il restera 32 ans (4).
Alors, pour une raison qui n'est pas tres claire mais ne devait guere
etre approuvde de Pautorite puisque Popdration projetde dut s'efFectuer
de nuit, Hormizd se joint a un essaim qui gagne le couvent de Resa,
Pactuel Mor Abrohom, sur le Mont Maqlub. Le petit groupe se com-
posait de R. Yozadaq (5) avec son serviteur R. Sim‘un, R. Hormizd
avec son disciple Abraham de B. ‘Awd, Jean le Persan, Iso‘sawran et
Abba Adona. Ils resterent six ou sept ans aupres du couvent de Rdsa.
Au bout de ce temps, la source ayant diminud de debit, Yozadaq
dut disperser ses compagnons. Lui-meme, avec Adona et 5im‘un, se ren-
dit a la montagne de Qardu; Iso‘sawran et Jean le Persan resterent sur
(1) Cat. A. Scher, cod. 55, n° LXIX.
(2) Machriq dit Chiraz, qui est plutot dans le Fars.
(3) Mais Pdtait-il tellement au VIIe siecle? Je me demande si l’on n’a pas
affaire ici a un anachronisme, qui remplace la vraie raison, ignorde ou cachde de son
voyage vers le nord.
(4) La Chr. de Seert (II, 275-278), le fait rester 20 ans a B. ‘Awd (ce que corrige
Mgr A. Scher), puis le fait ordonner pretre, apres la fondation de son couvent, par
Iso‘yaw, «metropolite de Mossoul». Il faudrait dire «d’Adiabene».
(5) Il n’entre pas dans mon sujet d’dtudier R. Yozadaq, sur lequel le L.C.
(n° 15, 89, 91, 92, 95) nous documente suffisamment. Sa commdmoraison avait lieu
le 4e vendredi de Moise, d’aprds un dvangeliaire du XI Ie s. du Patr. Chald. (cod.
A.S. 14; Mgr Bidawid 125). Si Pon remarque que, seuls parmi les moines, Yozadaq
et R. Hormizd sont commemords dans ce ms., on peut supposer qu il fut copid pour
le couvent de R. Hormizd.
538
ASSYRIE CHRETIENNE
place; Hormizd et Abraham gagnerent la montagne de B. ‘Edrai. Son
disciple etant bientot parti pour fonder son couvent de Batnaya, Hormizd
resta seul dans sa grotte, pres d'Alqos.
Des lors, les miracles succedent aux miracles, meles aux escarmouches
avec les Jacobites de Bezqin, Arsam et Mar Matta, ou il serait meme
alle deterrer une idole. Un de ces miracles aurait ete la guerison —
d’autres disent meme la resurrection — du fils du gouverneur musulman
de Mossoul, ‘Uqba. Ce personnage ne peut etre comme le voudrait
Budge (1), ‘Uqba ibn Muhammad al Haza‘i, qui fut gouverneur de
Mossoul en 886, mais pourrait etre ‘Ataba ibn Farqad as Salmi, nomme
gouverneur des la conquete en 17 H. (637) (2). Ce serait ‘Uqba (ou
‘Ataba) qui aurait aide Hormizd a construire son couvent, done vers 640.
Meme si la date est possible, bien qu'un peu tardive, car elle sup-
poserait que R. Hormizd resta plusieurs annees dans la montagne avant
de fonder son couvent, cette trop belle histoire pourrait bien avoir ete
ajoutee dans la suite a la legende pour encourager les maitres de fheure
a se montrer aussi bienveillants que ne havait ete 1 efatih. Le stratageme
eut moins de succes que le maquillage de Mar Behnam en Hidr, et ne
sernble pas avoir impressionne les pillards successifs; ce n'est pourtant
pas la faute des panegyristes qui, pour faire bonne mesure, ajoutent encore
plus loin un autre «gouverneur» nomme ‘All, avec finvite a peine de-
guisee d’y voir rien moins que le calife ‘All ibn abl Taleb, qui regna
en 656.
En plus de son activite de taumathurge, encore attestee actuellement
par des guerisons, surtout de fous, on attribuait a R. Hormizd une activate
litteraire. L'ancien brevdaire le donnait comme hauteur d'un madras qui
figure a hoffice de la commemoraison d'«un personnage», le 7e vendredi
de hEpiphanie.
R. Hormizd mourut a hage de 90 ans, 25 ans apres la fondation de
(1) Histories , p. 97, n. 1.
(2) Muniat al Udaba\ app. 1, p. 201.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
539
son couvent, qui avait alors une centaine de moines. Sa commdmoraison
figure a deux dates, le troisieme lundi de la Resurrection et le 15 aout.
Le fait que R. Hormizd, moine nestorien, porte le titre de «saint»
meme dans les documents romains, depuis fapprobation officielle des
moines chaldeens (1) jusqu’a nos jours (2), vient probablement de la
confusion du fondateur (3) avec son homonyme, «martyr perso-chal-
dden sous Verarane II (?) en 467» (4).
Au Malabar, un jdsuite suggdra au pape, vers 1577, comme un des
moyens d’attirer a funitd le metropolite d’Angamald, de concdder a
l’eglise que Ton venait d’driger au nom de St. R. Hormizd, findulgence
pleniere pour les visiteurs aux deux jours «ou se cdlebre la fete du saint».
Je ne sais si ce fut en rdponse a cette supplique, mais le synode de Diam-
per, en 1599, fit changer le patronage de la cathddrale du nom de
«Hormisdas, abbe, compagnon de Nestorius», en celui de son homonyme
martyr du Ve siecle (5). On remarquera que dans son calendrier
(1) En 1845, cf. Gen. Rel. , p. 82-83 n.
(2) A.A.S., 22-25 sept. 1961, p. 583, ou la congregation est appel^e des «An-
tonins de Saint Hormisdas».
(3) R. Hormizd est appel£ sahda dans plusieurs mss. Citons, parmi ceux de
son propre couvent, un Epistolier de 1722, un recueil de prieres de 1736, une Bible
de 1819, un gazza de 1844 etc. On sait que le mot sahda veut dire exactement temoin,
il s’applique done aussi bien aux confesseurs qu’aux martyrs.
(4) Joseph Goriel, Elementa linguae Chaldaicae , Rome 1860, p. 156.
(5) II semble que R. Hormizd ait 6t£ tres populaire au Malabar, ou son culte
avait subsist^ «universaliter» apres meme la suppression des livres liturgiques des noms
de Nestorius et de ses principaux acolytes, et le synode de Diamper ne consacre pas
moins de trois d^crets a extirper cette devotion. A la fin de la messe, on interdit au
pretre de souhaiter aux fideles: «Que R. Hormizd, dont vous etres les disciples, vous
protege des maux!» (J. F. Raulin, Historia Ecclesiae Malaharicae cum Synodo Diamperitano,
Rome 1745, Actio III, Decret. IX, § XLIV, p. 89-90, et Mansi, Amplissima Collectio
Concil., vol. 35 B, 1902, col. 1 190). Le decret le retirant comme patron de la cath^drale
d’Angamali (Decret. X, § XLV : Raulin, p. 91-92; Mansi, col. 1192; B.O., III, II,
p. 384; Hist, des Conciles , t. XI, Conciles des Orientaux Catholiques , par Ch. de Clercq,
lre partie (Letouzey, 1949), p. 50, et supprimant ses fetes, pr^voit aussi la suppression
de la nercha ou repas solennel de fete (Raulin, p. 513, «Syllabus vocum exotica-
rum», et p. 226, n. b) en son honneur. La troisieme decision (Decret. XIV, §LVII:
540
ASSYRIE CHRETIENNE
nestorien expurgd (1), Mgr Addai Scher met au 3e lundi de Paques, au
lieu de R. Hormizd, le martyr Adorhormizd, ce qui a pour fondement
certains manuscrits nestoriens, tels que le Hudra de Karamlaiss de
1727 (2).
Apres la mort d’Hormizd, «son corps fut depose dans le martyrion
bati par lui». Cette derniere phrase oil Fon reconnait les formules du
Liber Castitatis , si elle est plus qu’un «cliche» traditionnel, ne peut de
toutes fa^ons viser le tombeau actuel, qui est sous Pautel, dans Feglise
a lui dediee. En effet, feu Mgr Katcho fait remarquer (3) que le cou-
vent primitif etait situe «du cotd oriental de la vallee, et Fdglise et le
chemin conduisant au couvent etaient derriere la grotte se trouvant au
milieu de la vallee dite des mahatre , parce que le cimetiere des etrangers
s’y trouvait anciennement. La porte du couvent etait derriere Peglise,
du cote de POrient; on en voit des traces jusqu’a nos jours, et on Pappelle
la «porte ancienne». Un tremblement de terre fit tomber de gros blocs;
Ton transporta done la cellule a Poccident, on ouvrit une nouvelle porte
et un nouveau chemin devant le cimetiere des Strangers et devant le
mur de Peglise. L’eglise est ainsi a cinquante pieds du couvent. »
Les cellules dans le roc, dont une quarantaine subsistent, sont dis-
s^minees autour du couvent, celles des reclus plutot vers le haut,
avec leurs petits jardins. On accede a Pune d’elles par un escalier de
40 marches, d’autres sont a flanc de coteau, et le seul moyen d’y acceder
Raulin, p. 100-101; Mansi, col. 1200-1201) range parmi les livres bannis et a bruler
la legende de R. Hormizd «cui nomen sancti falso tribuatur», parce qu’eile contient
des «commentitia miracula», et que «recensentur postremo ea quae Catholici (sic)
in Hormisdam egerunt, ad frangendam illius contumaciam, quae omnia, in justis per-
secutionibus, quas ipse in comprobationem veritatis suae sectae passus fuit, false an-
numerantur.»
(1) Suhadd\ II, p. 433, n° 21.
(2) Voir la protestation de Nimrud Rassam a Budge (Hist, of R. Hormizd ,
II, I, p. xxvm). Sur Adorhormizd, cf. BHO , p. 7 (qui le met plutot en 447,
en suivant Bedjan, AMS , II, p. 565-583) et $uhadd\ II, p. 357-365.
(3) An Nagm, 11/1930, p. 122-130, sous le titre Gabriel Dambo , 1808-1832 , § I,
Le couvent de R. Hormizd et le monachisme chaldeen.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
541
actuellement est par une cordc pendant du haut de la falaise Les cinq
chambres qui surmontent le refectoire et Viwan a moitid creusd dans le
roc qui les couronne datent du temps de l’Abbd Samuel Giamil. On ne
sait qui a bati l’dglise et le couvent actuel; les inscriptions tdmoignent de
restaurations partielles, dont la plus ancienne date du XVe siecle (1).
Histoire du couvent
Si nous reprenons maintenant les grandes lignes de fhistoire du
couvent, il nous faut sauter du milieu du VIIe siecle au milieu du IXe
pour trouver nos premiers renseignements. C’est a cette dpoque, deux
cents ans apres la mort de R. Hormizd, que se produisit la guerison
d’un aveugle, ce qui valut au fondateur une seconde commdmoraison
dans la liturgie nestorienne (2), le ler septembre, et une nouvelle ‘ onita ,
qui figure dans les Warda , pour cette circonstance.
Un peu plus tard, c’est brusquement toute une pdriode qui est mise
en lumiere, par le texte prdcieux, deja plusieurs fois cite, que Chabot
a publie sous le titre d 'Histoire de Rabban Toussef Bousnaya , par Jean bar
Kaldun. Rabban Yusif passa a R. Hormizd la premiere partie de sa car-
riere monastique (3), ce qui nous donne une idee precise de la vie du
couvent a cette dpoque; de plus, la presentation de R. Yohannan de
Hlapta et de quelques-uns de ses disciples (4) fait connaitre plusieurs
des maitres de ce temps
De la «famille» Busnaya meme, quatre freres prirent l’habit a R.
Hormizd: faind Yusif et le cadet Gabriel, puis les deux plus jeunes,
Siihalmaran et Brihlso. Leur mere meme, ‘Amruna, finit par venir ha-
biter avec eux. Le maitre de R. Yusif a R. Hormizd fut Maran Zha,
«fameux pour ses manieres de combattre les ennemis qui se rencontrent
dans la voie du monachisme»; puis, quand Maran Zha mourut a 150
(1) Voste, Les inscriptions de R. Hormezd et de N.-D. des Sentences , Le Museor ,
Louvain 1930, t. XLIII.
(2) Calendrier d’Urmi 1894, du Malabar 1956, etc.
(3) Cit. p. 17-41.
(4) Cit. p. 96-115.
542
ASSYRIE CHRETIENNE
ans, ce fut R. Isoc de Kumatd, jadis disciple de R. Yohannan a R. Hor-
mizd. Meme pendant ses annees de cellule, R. Yusif Busnaya ira deux
fois par an voir son maitre, pour lors descendu au couvent d’Apnimaran,
au nord du Ba Nuhadra. En route, il recherchera aussi les lumieres de
R. 5uhalIso‘, un autre disciple de Yohannan qui, a la mort de celui-ci,
s’etait retire au couvent de Mar Iso'yaw, actuellement appele de Mar
Yaqo.
Quand ses directeurs lui conseillerent de poursuivre ses etudes, il
aura comme professeur au couvent de R. Hormizd, R. Sargis, ex-docteur
du couvent de Mar Gabriel a Mossoul (1), et son disciple Slemun.
A la mort de R. Sargis, R. Yusif viendra souvent a Mossoul, au Couvent
Superieur, prendre les enseignements de R. ‘AwdIsoc Gawun.
On ne peut savoir exactement combien d’annees R. Yusif Busnaya
resta a R Hormizd. Aux quatre ans qu'il passa au «coenobium», il faut
ajouter les douze ans de cellule, avec, entre deux, les annees d’etudes.
Il mourra, beaucoup plus tard, au couvent de B. Sayyare, le 4 septembre
979. On peut done placer son sejour a R. Hormizd dans la premiere
moitie du Xe siecle
De cette periode datent aussi deux autres disciples de Mar Yohan¬
nan de Hlapta, R. Yonan et Is5‘ bar Nun; puis le «vieillard laborieux
et vertueux» Malklso4 (2), qui avait ete disciple de R. Yusif; et enfin
R. Gabriel de Babuza (3) qui re^ut la tonsure a R. Hormizd et y
accomplit son temps de vie commune, apres quoi il alia a B. Sayyar^
ou il fut bientot sacristain pour le reste de ses jours. Il devait mourir,
35 ans plus tard, en 981, ce qui fixe son sejour a R. Hormizd de 941
a 945.
(1) Ce Serge ne peut evidemment etre confondu avec son homonyme et titu-
laire de la meme chaire, qui fut le condisciple, ami et correspondant de Timothee, et
plus tard metropolite d’Elam. Ce dernier est d’un siecle anterieur au R. Serge qui
vint a R. Hormizd.
(2) P. 130.
(3) P. 150.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
543
Non loin du couvent, dans la montagne de Gidron, habitait aussi
Mar Apni Maran, que les freres de R. Hormizd allaient consulter (1).
R. Yusif etait ddja a B. Sayyard quand il eut une vision prddisant
les pires calamites, qui cependant lui seraient dpargndes a lui person-
nellement, et se produiraient quatre ans plus tard. En effet plusieurs fois
ddja les princes Hamdanides de Mossoul avaient refusd le tribut (ou
avaient tente de le faire) aux puissants emirs Buyides qui couvraient de
leur ombre les faibles califes de Bagdad. Ces tergiversations avaient amend
plusieurs expeditions punitives sur Mossoul et environs, notamment en
958 et 964. Apres la mort de R. Yusif, le prince Hamdanide de Mossoul,
Abu Taglib, qui ne manquait ni d’ambition ni de decision (il avait jadis
emprisonnd son pere, Naser ad Dawla, en 965, et avait pris pour epouse
— une dpouse agde de trois ans! — la fille d un Buyide, Bohtiyar, en
970), Abu Taglib done pensa que, avec son beau-pere, il pourrait rdsister
au terrible ‘Adud ad Dawla Abu Suga‘ Fanna Hosraw. Le 24 mai 978,
a la bataille du Qasr al gass de Samarra’ (le frere de Jean bar Kaldun
assistait a ce «combat des rois») (2) les coalises furent vaincus, Bohtiyar
tud, et Abu Taglib, en fuite, ddpossddd de ses dtats (3).
C’est alors que se rdalisa la prediction de R. Yusif, que lui-meme
ne vecut pas assez longtemps pour voir (4). Les armdes conqudrantes
et aussi, en l’absence du prince dtabli, les Kurdes, surtout les Hakkari,
«ddvasterent villages, couvents et monasteres; les Freres qui s'y trouvaient
furent dispersds en tous lieux.» Ceci se produisit a B. Sayyard et dans
tout le Dasen, ou 5000 personnes furent massaerdes, mais aussi a R.
Flormizd, bien que R. Yusif n’eut jamais acceptd de donner a l’avance
le detail des «accidents qui arriveraient» au couvent. A lui s’applique
(1) P. 130
(2) P. 54-60.
(3) E.I., nouvelle ed. fr., t. I, p. 217-219, s.v. ‘ Adud ad Dawla , par H. Bowen.
(4) «Un an et quatre mois plus tard», d’apres le texte. La date de la bataille
(a laquelle Chabot ne semble pas avoir fait attention) confirme son £tablissement de
la date de la mort de R. Yusif le 4 septembre 979.
544
ASSYRIE CHRETIENNE
egalement la «devastation des monasteres et des eglises, et la dispersion
des freres et des fideles». Puis, R. Yusif le predit, «quand le chatiment
sera accompli, il sera habite de nouveau ».
Etait-ce un des nouveaux habitants, ou un moine de la dispersion
de 979 980? Toujours est-il que nous retrouvons un moine de R. Hor-
mizd, en 987 (1), mais dans un role moins glorieux. Celui-ci en effet,
nomme Sidani, derobe les voiles et un encensoir d'argent des eglises de
Bagdad, et les cache a ‘Okbara. Le patriarche Mari II laissa son chati¬
ment a la vengeance du Christ; moins d’une annee plus tard le mise¬
rable avait la main coupee.
En 1012, Elie, moine de R. Hormizd est candidat malheureux au
patriarcat, en face de Jean bar Nazuk (2).
Au debut du XIIIe siecle, on trouve le premier copiste connu du
couvent, le pretre moine Daniel, a qui Ton doit un evangeliaire de
1208 (3) et un Nouveau Testament de 1211 (4). La bibliotheque de
Seert possedait un autre Nouveau Testament de 1222, dont on ne peut
savoir s’il etait de la meme main. On sait seulement qu’il avait ete ecrit
a R. Hormizd (5).
Et la vie du couvent continue, manifestee seulement par la presence
de quelques moines de R. Hormizd a fenterrement du patriarche Saw-
ris6‘, en 1256 (6). De nouvelles crises se produisirent probablement en
1261, au temps de la revolte anti-mongole, puis en 1393 et 1401, au mo¬
ment des invasions de Tamerlan. En cette derniere occasion le couvent
aurait ete pille et les moines disperses. Nous avons vu en parlant d’Alqos
qu’il fut saccage a nouveau en 1508 par les troupes de Bar Yak.
(1) Mari, lat. p. 97.
(2) Id., p. 100.
(3) Ex. de Diarbekir, actuellement au Patr. Chald., cf. Cat. Mgr Bidawid,
n° 5 de Diarbekir.
(4) Ibid., n° 10.
(5) Cat. A. Scher, cod. 14.
(6) ‘Amr, ar. p. 118.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
545
Au milieu du XVIe siecle, avec le moine Jean Sulaqa, c’est de R.
Hormizd que part le premier mouvement de reunion a Rome qui dut
aboutir. Sulaqa fut prdconise premier patriarche des Chalddens le 9 avril
1553. La suite du recit est bien connue et appartient a fhistoire gdndrale
de la nation chaldeenne. A la fin du XVIe siecle, R. Hormizd aurait
comptd pres de 70 moines (1).
Puis les mentions disperses reprennent, dans un manuscrit de
1583 (2) et dans les listes de couvents de 1607 (3) et de 1610. Le
couvent est alors residence patriarcale et f agitation bigarree de sa popu¬
lation de 200 personnes, les allies et venues de plus de 1000 visiteurs
venus pour traiter leurs affaires frappent l’imagination de deux moi¬
nes pelerins, venus a pied de Lhassa, qui visitent R. Hormizd en 1606 et
vont raconter a Rome leur dmerveillement (4).
Mais hdlas, ce sont surtout les catastrophes qu’enregistrent les chro-
niques. Apres les attaques des Kurdes, en 1653, qui forcerent le patri¬
arche Elie IX Simon a se refugier a Tell Kaif (5), ce fut le mur nord
qui fut ddtruit par un tremblement de terre et la tempete en 1666. II
fut reconstruit l'annee suivante par le pretre Isra’il (6). Mgr Katcho
identifierait volontiers celui-ci a Isra’il Raba, c’est-a-dire «l’Ancien»,
ecrivain et orateur fameux, le plus celebre du groupe dit «fecole d:Al-
qos». Mais cet auteur (7) dtait n 6, nous l’avons vu, en 1541; il aurait
done du avoir 126 ans au moment oil il reconstruisit le mur?
En 1714, le patriarche Elie XI Marawgin doit quitter son siege du
(1) Renseignement communiqud au P. Thomas deJesus, o.c.d., par les Chal-
d^ens de Rome, cf. De unione schismaticorum... procuranda , in Migne, Theologiae Cursus
completus, t. V, col. 542.
(2) Cod. XL de Kerkouk, Cat. Voste, p. 96.
(3) Rapport a Paul V, Gen. Rel., p. 517, n° 20 et p. 108-115.
(4) Gen. Rel., p. 105.
(5) A Chronicle of the Carmelites in Persia , cit., vol. I, p. 391.
(6) Inscription de restauration publi^e la meme ann£e par Mgr Katcho (an
Nagm) et le P. Voste ( Museon ).
(7) Baumstark, Syr. Lit., p. 334-335, 359.
Rech. 23 — 35
546
ASSYRIE CHRETIENNE
couvent a cause des troubles de la region de ‘Amadia. II se transfere
momentanement a Tell Kaif, ce qui vaudra au Hudra execute pour
Hardes, qui se trouve encore aujourd’hui dans Teglise de R. Hormizd,
d'etre ecrit a Tell Kaif par un pretre d’Alqos qui avait suivi le patriarche.
On ne sait si les moines evacuerent le couvent pour la meme raison.
Au temps du superieur Gabriel, en 1722, le couvent compte plus
de 60 moines (1).
Un nouvel exode des moines se produisit en 1727, a la suite des
attaques de Yunis Aga. Ils se rdfugient a l’eglise de Mar Miha a Alqos,
ou fun d’eux copie un Hudra (2).
En 1743 enfin, les soldats de Nadir Sah detruisirent completement
le couvent, qui resta en ruines pendant 65 ans.
Nous arrivons maintenant a la periode glorieuse de la restauration
par l'Abbe Gabriel Dambo, en 1808. Cette epoque dtant bien connue,
je me contente de renvoyer aux sources (3).
Le 19 decembre 1820, quand Rich le visita, le couvent avait retrou-
ve environ 50 moines (4). Mais helas, en 1832, lors du raid de l’infame
«Pacha borgne» de Rawanduz contre Alqos, les ravages des bandits
s’etendirent jusqu'au monastere, et le restaurateur fut tue avec deux
de ses moines (5).
Une fois de plus, les survivants revinrent a leurs cellules, malgre
les attaques repetees des Kurdes. La plus importante, en avril 1842, se
(1) Ms. Explication des lectures de S. Paul, ecrit au couvent de R. Hormizd, par
le moine Yoanis, fils du chammas Potros, fils du feu Kamuna, de la famille Kattula
(de Tell Kaif).
(2) A la bibl. de R. Hormizd; le colophon final manque.
(3) Cf. Histoire de G. Dambo, par le P. Louis So‘aya de Mardin, avec trad. fr.
de M. Briere, R.O.C., XV/1910, p. 410-424; XVI/1911, p. 113-127, 249-254, 346-
355; articles de Ya‘qub Sarkis dans an jXagm, 1931, n° 2; 1932, n° 5; 1937, n° 4;
la these de Mgr Stephane Bello, La fondation de la congregation des moines de S. Hormisdas
et Vhistoire de V Eglise chaldeenne dans la premiere moitie du XIX e siecle, Rome, Inst. Pont.
Or., 1939.
(4) Residence, II, p. 88 s.
(5) Voste, Cat., p. 70, n. 1.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
547
termina par le pillage du couvent par Isma‘il Pacha, prince de ‘Amadla.
Les livres furent ddchirds (1) et bruits, les moines enfermds dans une
cellule (2) et tortures, puis le superieur et douze des religieux furent
traines derriere les troupes (3). Apres plusieurs mois de tortures, le
supdrieur et un autre moine, le pretre Moise, moururent dans les prisons
de ‘Amadla. Les autres purent regagner le couvent. Quand Badger y
vint, fannee suivante, les moines dtaient au nombre de 39 (4).
1850 vit un des raids kurdes les plus catastrophiques. Non seulement
le couvent connut les vexations habituelles: livres ddchirds pour en
bourrer des cartouches, dglise souillee, moines saisis et battus, etc. (5),
mais les manuscrits precieux eux-memes, au nombre de plus de mille,
qui avaient dtd mis «en suretd» dans un petit batiment au bas de la
vallde, furent emportds par les torrents, en fdvrier suivant (6).
Ces avanies rditdrdes amenerent les moines a construire un autre
couvent, au pied de la montagne, plus pres du village d’Alqos ou ils
pouvaient s’enfuir en cas d’alerte. L'achevement, en 1858, du nouveau
couvent de Notre-Dame des Moissons, causa la diminution d’importance
du couvent «d’en haut». Quand Sachau monta a R. Hormizd, dans
l’hiver de 1879-1880, il n’y restait que 16 moines (7); le nombre dtait
tombd a cinq ou six quand Budge y passa la nuit, le 30 novembre
1890 (8). II y en a a peu pres autant actuellement.
La vieille dglise du couvent est dddide a la Trinitd. Elle est pr^cieuse
par les tombes qu’elle renferme. La tombe du fondateur est d^corde, a
(1) Inscription sur une Bible de 1820, d£chir£e en 1842 (bibl. R. Hormizd).
(2) Inscription sur la porte de la cellule.
(3) Parmi eux se trouvait le P. EliSa‘, cf. DHGE, XV/1961, col. 163, s.v. Elisee,
par Mgr. Emmanuel Kerim Dally.
(4) Nestorians , I, p. 102.
(5) D’apres P. Fletcher, qui vint au couvent peu de temps apres, cf. Notes
from Nineveh , p. 135.
(6) Recit du pretre Yohannan, supdrieur du couvent, a Budge. Cf. The Monks
of Kublai Khan , London 1928.
(7) Reise in Mesop ., p. 365 s.
(8) Bk. I, p. clxix.
548
ASSYRIE CHRETIENNE
gauche, d’un personnage sculpte, dont la facture grossiere rappelle la
figure de certains bdtyles (1). Les tombes du P. Gabriel Dambo, as-
sassine en 1832, et de son successeur le P. Hanna, mort dans les cachots
de la citadelle de ‘Amadia en 1842, sont la pour rappeler les ^preuves
de generations de moines, alors que les tombes des patriarches nestoriens
d’Alqos, dont les dates s’echelonnent du XVe au debut du XIXe
sieclc (2), rappcllent les gloires de PEglise Syrienne Orientale.
L’eglise nouvelle, a deux etages dedies Tun aux archanges Michel
et Gabriel, F autre aux Quatre Evangelistes, fut achevee en 1820, a la
periode heroique de la restauration. L'eglise inferieure contient le tom-
beau de Mgr Lion, Delegue Apostolique, mort au couvent alors qu’il
y faisait sa retraite en 1883.
Les restes de la grande bibliotheque de R. Hormizd ont ete trans-
portes au couvent de la plaine, ou nous les retrouverons bientot. II ne
reste plus a R. Hormizd qu’une quarantaine de manuscrits, dont je dois
au T.R.P. Mansur Mamo, superieur du couvent, et a ses moines d’avoir
pu faire Finventaire. Ges volumes sont surtout des livres liturgiques. II
y a aussi des livres de piete du siecle dernier, la majorite en arabe. Le
plus ancien manuscrit actuellement a R. Hormizd est un evangeliaire
de 1685, ecrit pour le village de Basefre. Le plus touchant est peut-etre
la Bible de 1820, ddchiree par les soldats d’Isma‘11 Pacha. Ici se verifie
le dicton arabe: «Ton meilleur ami, c'est le livre.» Les livres du couvent
de R. Hormizd ont partage les joies et les peines des moines, en veri-
tables amis.
6. — Notre-Dame des Moissons
Le «Dair as Sayida», couvent de Notre-Dame, est en fait sous le
patronage special de Notre-Dame, protectrice des Moissons (3), fetee
par FLglisc chakRenne le 15 mai.
(1) Cf. R.B. , 1934, p. 583.
(2) Voste, Inscriptions, cit. p. 283-298. Inscr. n° 25 a 32.
(3) Lc titre a souvent tradnit «N.-D. des Semcnces». En reality le 15 mai
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
549
La partie la plus ancienne du couvent, le cloitre intdrieur reservd
aux moines, fut achevde en 1858, grace a la munificence du Saint-Siege,
Mgr Planchet dtant Ddldgud Apostolique et le P. Ellsa‘ supdrieur gdnd-
ral. L’dglise est de la meme dpoque et renferme des tombes cheres aux
Chaldeens. La plus ancienne est celle du P. Ellsa‘, disciple de Gabriel
Dambo, batisseur du couvent et historien de la restauration, qui mourut
en 1875 (1).
Le patriarche Joseph VI Audo est dgalement enterrd ici, «le fameux
Mar Yawsep! Que la Sainte Eglise pleure amerement, multipliant les
lamentations sur ce saint chef de notre nation !», dit son dpitaphe (2).
II fut patriarche de 1847 a 1878; on mentionne des gudrisons opdrdes sur
son tombeau.
A ses cotds repose le P. Samuel Giamil, supdrieur gdndral pendant
27 ans, decdde en 1917 (3), grand constructeur et savant orientaliste,
auteur distingue et chercheur infatigable de textes syriaques. C’est a lui
que Ton doit la magnihque bibliotheque chaldeenne, de renommde
mondiale, de Notre-Dame des Moissons. Cette bibliotheque a succddd
a celle de R. Hormizd et recueilli ce qui en avait survdcu aux pillages
de 1832, 1842 (147 volumes lacerds) et a la catastrophe de 1851. En 1902
la bibliotheque contenait ddja 153 volumes (4). En 1926-1927, apres le
supdriorat du P. S. Giamil, le P. Vostd put en recenser 330 (5).
est la date de la moisson. Le mot de «moissons» est prdfdrable au mot «semences»
car il ddsigne aussi bien les moissons sur pied que Facte meme de la rdcolte. Le P. Voste
lui-meme ( Inscr p. 299) dit: «ou mieux: des Moissons», mais n’a pas jugd opportun
de changer le nom courant, d^ja employ^ par Mgr A. Scher, consacrant meme ce nom
par ses publications.
(1) Voste, Inscr., n° 40, p. 305-307.
(2) Ibid., n° 41, p. 307-308.
(3) Ibid., n« 42, p. 308-311.
(4) Notice sur les AIss. de N.D. des Semences, par Mgr A. Scher, extrait du J.A.,
1906, mai-juin, p. 479-512 et juillet-aout, p. 56-82: tird a part meme annde.
(5) Catalogue de la bibliotheque syro -chaldeenne du couvent de N.D. des Semences, par le
P. Voste, extrait de V Angelicum 1928, tird a part 1929. — Resumd de Fhistoire de cette
550
ASSYRIE CHRETIENNE
7. — Environs d’Alqos
II y aurait encore plusieurs couvents dans les environs d’Alqos. A
Test, en direction de ‘Ain Sifni, c’est-a-dire probablement sur le parcours
de la Route du Roi, entre les villages de Bozan (a 4 km.) et Horazan
(a 8 km.), mais plus pres de ce dernier, apres une montee de 45 minutes
dans la montagne, on trouve le couvent de religieuses appele actuelle-
ment Dair bi QIma, ou Bet Qiyama (de Bnat Qiyama, les filles du pacte).
D’un cotd de la vallee se trouve une grotte avec une source; au sommet
du versant qui lui fait face sont les restes du couvent. La zone de ruines
couvre une superficie d’environ 100 metres sur 70. Certains pans de murs
ont encore un metre et plus. Des arbres respectes par les Ydzidis temoi-
gnent de la saintete du lieu (1). C’est probablement a ce couvent que
Rich fait allusion en parlant de Bozan (2).
A Bet Mariam, a deux heures de marche a Test d’Alqos, qui sert
de paturage d’ete (zoma) aux Assyriens, il y a encore une source dans
la montagne et une petite dglise. Mais surtout, il y a deux grottes, dont
Tune comporte trois salles successives (3).
NaserIya est un petit village a 4 km. au sud-ouest de Ba ‘Adre,
oil il n’y a aujourd’hui que trois families chaldeennes. On dit que son
eglise, encore debout, serait celle d’un ancien couvent. Elle est dediee
a Mar ‘AwdIso‘, peut-etre le meme moine inconnu qui est le patron du
couvent de Nerem-Gunduk en Sapespa, deja etudid en Marga. Le pele-
rinage a lieu dans les deux localites le meme jour, le lundi de Quasimodo.
A cinq kilometres a l’ouest d’Alqos se trouve le petit village de
Bhandawai, anciennement B. Handawaya (4). Son eglise de Mar
bibliotheque dans Haza'in al kutub al qadlma fil ‘Iraq, par M. G. ‘Awwad, Bagdad 1948,
p. 94-97.
(1) Dossier Dir. Gen. Antiques d'lraq, n° 765/35; la substance en a ete publiee
dans Researches , p. 77.
(2) Residence , II, p. 69.
(3) Dossier 768/35; id ., Researches, p. 61.
(4) Researches, p. 60-61, s.v. Bhandawa; p. 85, s.v. Rubai Bhanddwa ; et p. 94,
s.v. Galli Bhandawa .
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
551
Gudrguis, dont on possede un evangdliaire de 1 722 ( 1 ) , couterait trop cher
a rdparer aux 25 ou 30 families chalddennes qui y liabitent, et elle a 6t6
remplacee par une modeste chapelle. C’est a vingt minutes de la que se
trouve le bas-relief assyrien dit de Sero Malakta (2). Au-dessus de
cette sculpture, dans la montagne, quelques grottes tdmoignent d’une
habitation monastique.
Par ailleurs, j’ai cherchd en vain jusqu’ici le Couvent Neuf qui
donna son nom au village de Paira-hedata, mentionnd au Xe siecle
dans l’histoire du couvent de R. Hormizd (3). Ce village dtait chrdtien
nestorien, mais ses habitants dtaient arabes. Un de ceux-ci vexait beau-
coup les moines et les cdnobites qui passaient par la. Quand il eut un
fils et l’apporta au couvent pour le faire baptiser, un «tres illustre moine»
maudit le pauvre innocent qui n’en pouvait mais!, et il mourut sur le
champ. Get avertissement severe fut compris par le pere qui se repentit.
Il eut trois autres fils; tous furent baptises a R. Hormizd.
8. — Les trois couvents de Daniel le Medecin et le couvent de
Mar Miles
Dair Gundi est le nom d’un petit village qui se trouve a quelques
kilometres a l’ouest de Faida, a gauche de la route qui va de Mossoul
a Zaho, done a F extreme nord de la partie infdrieure de la plaine
de Ninive.
Au sud du village on voit les ruines de deux couvents. Un petit
couvent d’environ 35 metres de cot<5, aux murs de gass a peu pres rasds
au sol et au plan tres indistinct, se trouve sur une hauteur dominant le
village au sud-ouest. Plus bas en descendant vers Test, vers les ruines
des moulins qu’actionnait le petit cours d’eau, en direction de la route
(1) A N.-D. des Moissons (cod. Vost£ XXV; A.S. 19) £crit a Alqos a la demande
du pr. Kanun, fils du pr. Matta, de B. Handawaya.
(2) Dossier Dir. G6n. Antiq. Iraq, n° 766/35; article de M. Akram Sukri, in
Sumer, X/ 1954, p. 92-93; Researches , p. 89.
(3) Hist, de R. T. Busnaya , p. 101-102.
552
ASSYRIE CHRETIENNE
de Mossoul, se trouve un plus grand couvent aux traits encore plus
vagues. Une telle proximite de deux ruines suggere un monastere
d’hommes et un couvent de femmes. Rien dans les textes ne permet
d’appuyer une telle supposition.
Pour les huit families «assyriennes» qui, depuis 1945, partagent le
village avec les Kurdes, le titulaire des deux couvents est Mar Daniel
de Sqdtd (Thdbaide), dont un livre de sera, copid par le chammas Pauios
Qasa sur un manuscrit du couvent d’Alqds, leur donne la legende.
N’ayant pu voir ce manuscrit, j’ai eu assez de mal a identifier ce
Daniel parmi tous les autres. Un Daniel de Thebaide, abbe egyptien
du VIe siecle (1) etant ecarte, il reste surtout Mar Daniel, le medecin
egyptien, que la legende fait venir dans les parages. Cette legende a ete
editee en chaldeen par le P. Bedjan (2) d'apres un manuscrit de Berlin
de 1881 (3), corrige sur celui de Paris (4) date de 1705. Une version
arabe en a 6t6 donnee par Mgr A. Scher (5). L’originai d’Alqos, sur
lequel fut faite la copie de Dair Gundi, peut etre, d’apres le catalogue
du P. Voste, soit le cod. 211, Histoire de Mar Daniel le medecin , qui est dit
etre «ancien», soit le cod. 213 n° 14, ou 217 n° 6, respectivement de
1868 et 1891, ou Mar Miles et Hes Malka apparaissent aux cotes de
Mar Daniel.
Ce medecin egyptien est, on s’y attendait, un disciple de Mar
Eugene (6). C’est peut-etre lui que fetent les Jacobites au ler novem-
bre (7). Dans le Martyrologe de R. Saliba , il ne figure pas a cette date,
mais on retrouve au 14 decembre la paire Daniel-Miles, martyrs
vers 424; les notres sont plus habituellement dates du IVe siecle.
(1) B.H.O., p. 56-57, et Bk. I, p. cliii, fete le 2 juillet chez les Jacobites, cf.
Martyrologe de R. Saliba.
(2) AMS, III, p. 481-510, et introduction, p. vn, n° 6.
(3) Sachau, 222.
(4) B.N. 295 (Chabot, J.A., 1896, p. 240).
(5) Suhada\ II, p. 175.
(6) Baumstark, Syr. Lit., p. 236.
(7) Nau, Martyrologes syriaques, p. 65.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
553
Mais que dit la ldgende? Apres avoir, comme il se doit, amend son
hdros d’Egypte, du couvent de S. Pacome a celui de S. Eugene, done
au Mont Izla, le texte lui fait accompagner Mar Miha’il a Hesna ‘Eh-
raya. Cette compagnie ne nous rassure guere, car la ldgende de l’Angd-
lique Miha’il, on le verra bientot, est tres tardive. Apres 10 ans passds
avec Miha’il, Daniel vient au Ba Nuhadra et s’installe dans une grotte
en bordure du ruisseau de Ma‘alta (la «riviere» de Dehok), en face du
village de B. Qaita. II y restera 22 ans, malgrd le grand froid (?) et les
betes sauvages.
A Test du ruisseau se trouvait la ville (?) de Tell Hes (1). Celle-ci
est connue, e’est actuellement le village de Tell Hisaf, au nord de la
montagne de Bhandawai. Dans cette ville habitait un fonctionnaire
nomme Hes, «gouverneur depuis le Grand Zab jusqu'a l’Armdnie» (2).
Ce Hes rencontre Daniel, qui guerit sa fille (3). Tout le monde est con-
verti par le miracle. Le gouverneur batit une dglise dans sa ville et un
couvent pour son bienfaiteur, pres de la grotte de celui-ci.
Mais puisque Tell Hes est capitale, elle a droit a un dveque. On
va le demander a l’dveque de B. Lapat. On s’etonne de voir les habitants
de Tell Hes aller chercher si loin (en fait en Susiane) quelqu’un qui leur
donne un dveque, alors qu’il devait y avoir un mdtropolite assez proche,
a Erbil ou Hazza? L'auteur de la l^gende se serait-il laissd entrainer au
rapprochement par la similitude du nom qu'il va donner au nouvel
£veque, Miles, avec celui du cdlebre martyr du B. Huzayd vers 424 (4) ?
(1) Ou Tell Has; le nom peut venir du chald^en hassa, la passion?
(2) Cette expression rappelle la terminologie employee a propos de Mar Qardag,
autre rapprochement qui eveille notre mdfiance. Cf. Peeters, Passionnaire d.' Adiabene,
p. 299.
(3) Encore un cliche trop connu! L’auteur de la l^gende de Mar Miha’il ra-
conte le meme fait avec seulement transposition de noms (Suhadd\ II, p. 114): «un
grand du pays, gouverneur d'un des endroits, entendit parler de Miha’il.. .» II a une
fille l^preuse, guerison, conversion generate. La demoiselle devient religicuse, et son
pere lui construit un couvent pres de Ma‘alta.
(4) Sur Miles de Suse, voir notamment B.H.O. , p. 169 et Chabot, Syn. Or.,
p. 289, n. 3.
554
ASSYRIE GHRETiENNE
Ou le nom de B. Lapat n’a-t-il ete amend que pour son petit effet ar-
chaique? Cependant, on ne peut oublier que, justement a cette dpoque,
la lointaine Suse disputait la primaute a la plus proche Seleucie. II peut
n’y avoir ici qu'une simple coincidence, mais il se peut aussi, et la situa¬
tion de Tell Hes sur la Route du Roi peut renforcer la possibility, que
Ton se trouve en face de quelques vestiges d’un texte tres ancien, noyds
dans une legende tardive apres avoir dte mille et mille fois ddformes
par les hagiographes ultdrieurs.
Bref, Mar Miles est designe comme premier eveque du Ba Nuhadra,
et c’est lui qui consacre Peglise. L’histoire se termine pour Daniel, qui
meurt de sa belle mort et est enterre dans son couvent. Hes est martyrisd
et inhume dans son eglise. Les Mages prennent aussi Mar Milds et le
lapident (1).
La lecture de ce recit laisse a la fois un sentiment d’oppression et
aussi d’incertitude. Oppression, a cause du fatras d’invraisemblances et
de cliches accumules, qui ne peut que nous rappeler la mise en garde
du P. Peeters (2): «le lecteur qui n’aurait jamais penetre dans Phagio-
graphie syriaque se tiendra pour averti qu’en cette region tourmentee
le paysage est sans charme et Phorizon sans surprise. » Mais aussi incer¬
titude: si cependant quelques details etaient authentiques, quel dom-
mage ce serait de les manquer!
Par ailleurs, le site des couvents dits de Mar Daniel que nous avons
sous les yeux ne correspond pas a la description de la legende: le couvent
devait etre sur la rive sud de la riviere de Dehok. La legende nous
trompe-t-elle et faut-il opter pour son rejet, comme nous y invite la
date tardive des manuscrits qui nous fournissent les textes et la parentd
inquidtante avec Phistoire de Mar Miha’il?
Les elements archeologiques fourniraient-ils quelque lueur? L’etat
des ruines semble indiquer que le grand couvent du bas, a Dair Gundi,
(1) La commemoraison de Mar Mll6s de Tell Hes a lieu, dans la liturgie nes-
torienne, le 3 juin (cf. calendriers d’Urmi 1894, du Malabar 1956, etc.).
(2) Vie de Rabboula, in Recherches d'Hist. et de Philologie Or., cit. p. 140.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
555
a dt d abandonnd a un temps plus reculd que le petit couvent du haut.
Celui-ci semble bien etre le couvent de Daniel le mddecin qui figure (et
la place concorderait avec l’ordre gdographique de la liste) parmi les
couvents dnumdres a Paul V par les ldgats chalddens de 1607 (1). Mais
alors, le couvent de Mar Daniel a-t-il dtd ddplacd? Ge cas ne serait pas
le seul.
Avant de suggdrer une solution, examinons ce que revele l’autre
terme du binome, le cotd Tell Hes.
Les mines du couvent de Mar Miles existent toujours (2), a
1 km. 400 a Pest du village de Tell Hisaf. II en reste notamment un grand
iwan avec une croix sculptde de 80 cm. sur 60, et une rosace a pdtales
helicoidales, pouvant remonter au plus tot au XI Ve siecle.
En tant qu’dglise du village, Mar Mllds de Tell Hes figure dans
plusieurs manuscrits. Un Gazza actuellement a Tell Kaiffut dcrit a Alqos,
en 1688, pour cette dglise par le chammas Homo, fils du pretre Daniel,
fils du pretre Ellya. Le village a alors deux pretres, Yalda et Gamal ad
Din, son chef s’appelle Sabo, et fun des notables est le croyant ‘Abdallah
fils de Ddso.
Un recueil de Vies de Saints , actuellement a Cambridge (3), est
copid pour la meme dglise en 1687. En 1738, un calligraphe anonyme
travaille dans Peglise de Mar Mllds a un exemplaire du Livre des Supe-
rieurs, destind a Tell Kaif (4).
On ne sait quand Tell Hes cessa d’etre chrdtien. Des «Assyricns»
y habiterent a nouveau quelque temps apres la guerre de 1914-1918.
Rien done ici n’dclaire le cas de Mar Daniel-Dair Gundi.
A ce stade de mes rdflexions j’eus a me rendre au village de Ba
Hetma. Ce hameau, dont le nom est absent des chroniques et ne peut
meme pas recevoir une interprdtation convaincante, est situd plus au
(1) Gen. Rel., p. 517, n° 19.
(2) D6crites dans le dossier 913/35 de la Dir. Gdn. Antiq. Iraq.
(3) Add. 2020, Cat. Wright, p. 587.
(4) Cod. T. Kaif, n° 42.
556
ASSYRIE CHRETIENNE
nord, a 6 kilometres au sud-ouest du pont d’Aloka, ou la route Mossoul-
Zaho traverse la riviere de Dehok. Au cours de la conversation avec les
habitants du village (des gens d’AsIta recemment etablis la), ils me dirent
que, eux aussi, au temoignage des chretiens des environs, avaient leur
lieu-dit appele Mar Daniel. Ce devait etre sa «maison d’habitation» (?)
puisque son couvent dtait a Dair Gundi.
Une reconnaissance sur les lieux (sous une pluie battante) me mon-
tra des traces de murs au sol, temoignant de l’antiquite de l’abandon
du site. Or, ce qui est frappant, c’est que ce troisieme couvent de Mar
Daniel est bien situe sur la rive sud de la riviere de Dehok, comme il
est dit dans sa ldgende.
Des lors tout s’eclaire: le couvent ancien de Mar Daniel le medecin
est bien situe au nord du village moderne de Ba Hetma. Ce village n’est
pas mentionne dans les textes car il n’existait pas a cette epoque; le
village le plus proche du couvent se trouvait de F autre cote de la riviere,
au nord, et s’appelait B. Qaita; il a aujourd’hui disparu. Probablement
appelait-on egalement le couvent de Mar Daniel, couvent de B. Qaita,
comme on appelle N.-D. des Moissons, «le couvent d’Alqos».
Ne sait-on rien de Fhistoire du couvent de Mar Daniel de B. Qaita?
Je serais tres tente d’y voir le couvent de Qata dont le patriarche Timothee
le Grand parle dans ses lettres (1). Entre les deux orthographes il n’y
a qu’un ya chaldeen, qui est une toute petite lettre!
Timothee y envoie son ami Serge, alors maitre de doctrine au
Couvent Superieur de Mossoul, pour en demenager toutes les choses
precieuses, probablement en vue de Y abandon des batiments. Il lui dit:
«Va trouver le superieur du couvent de Qata et envoie-nous par Tinter-
mediaire d’un homme fidele et integre tout le vestiaire, le mobilier et
les livres qui sont chez eux. Je lui ai ecrit qu’il me les envoie. Envoie-
(1) Lettre VIII a Serge, trad. CS'CO, p. 58; recension de Mgr Bidawid, p. 21.
Braun ne le vocalise pas, l’ecrivant seulement QT’ et Mgr Bidawid: Qata.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
557
nous aussi le baton qu’il a chez lui. Fais une liste detaillee de tout ce
que tu trouveras, j’en ai moi-meme ddja rinvcntaire.»
Si les pierres du couvent de Mar Daniel pouvaient parler, elles nous
diraient si c’est vraiment depuis la fin du YIIIe siecle que le couvent
a ete abandonne; tout ce qu’on peut leur faire dire, c’est que cet abandon
date d'il y a tres longtemps.
Quand des Nestoriens se reinstallerent a 8 kilometres au sud/sud-
est, a une dpoque inconnue, mais probablement lors de la paix de la
fin du XVe siecle (1), ils trouverent dans ce nouveau lieu, appele Dair
Gundi, les ruines de deux couvents inconnus d’eux, un grand en bas
et un petit en haut; ils rebatirent ce dernier et lui donnerent le nom de
couvent de Mar Daniel le mddecin, que Ton trouve recens£ en 1607.
L’on a done deux sites successifs pour le couvent de Mar Daniel; l ancien
site, sur la riviere, occupe jusqu’au YIIIe siecle, et le nouveau, sur la
colline de Dair Gundi, repris peut-etre au XYe siecle, existant certaine-
ment au debut du XYIIIe, abandonne et retomb£ en ruines pas long-
temps apres, peut-etre en 1743. Cette deuxieme construction etait de
peu de consequence, et tres proche d un village, il n'en resta vite que
peu de chose.
(1) D’apres le colophon d’un rituel nestorien de Mossoul, au B.M. (Cat. R.F.,
p. 56, c. 1, cod. XXXIII), dat£ de 1484: alors «l’Eglise £tait en paix, les couvents
et les Freres jouissaient de la liberty, les monasteres ruines 6taient restaur^s, les degr^s
des pretres et des levites se multipliaient, et les fideles ^taient benis par la mediation
de Fabondant en dominium, de l’orn6 de victoire et d’empire, Jacques, roi de Medie,
de Perse, d’Armenie, de Babel, de TEuphrate et du Tigre.» M. le professeur J. Richard,
de l’Universite de Dijon a bien voulu attirer mon attention sur ce prince Ya‘qub, qui
etait en fait le second successeur et fils du grand Uzun Hassan, lequel avait £tendu la
domination des Aq Quyunlu (les Turcomans du Mouton Blanc) jusqu’a Bagdad, le
Golfe Persique et meme H£rat, et dont la capitale 6tait Tabriz. Sous l’heureux regne
de Ya‘qub leur empire £tait a son apogee, et les puissances occidentalcs, surtout Venise
et le Pape, recherchaient leur alliance contre les Ottomans, ce qui avait certainement
une bonne influence sur leur politique int^rieure vis-a-vis des chretiens. Ya‘qub r^gna
de 1478 a 1490. Cf. V. Minorski, in E.I., nouvelle Edition fran^aise, 1/1960, p. 320-
322, s.v. ak Koyunlu.
558
ASSYRIE CHRETIENNE
Reste le probleme des deux couvents primitifs de Dair Gundi, celui
du haut et celui du bas, ce dernier laissd en ruines.
Le nom de «Dair Gundi» ne peut guere aider a Identification.
Bien sur, en arabe, Dair Gundi peut vouloir dire «le couvent (du) sol-
dat», mais ceci est peu probable. Les habitants modernes tentent de
fexpliquer par le soureth gundaya , le «beau» couvent, mais le mot n’existe
pas en chaldeen classique.
La seule solution qui me semble possible peut etre fournie par la
gdographie. Nous sommes en effet ici en plein district jacobite. L’histoire
jacobite n’aurait-elle pas quelque chose a suggerer a propos de ces deux
couvents situds Tun au-dessus de l’autre? II faudra essayer de r^pondre
a cette question quand on parlera des couvents syriens.
Quelques details encore, relatifs aux couvents de Mar Daniel; la
source de Mar Daniel, voisine de Dair Gundi, a ^videmment des pro-
prietes thdrapeutiques, transportees avec le couvent. Les rhumatisants
s’y baignent, de preference le dimanche matin avant le lever du soleil.
Les petits escargots trouves pres de la source sont emmenes comme
souvenirs, presque comme reliques.
A cote de Ba Hetma, se trouve le village actuellement ydzidi de
Rabbe Biya. On peut voir dans ce nom une deformation de Rabban
Bawai (1), mais on ne peut rien dire de ce personnage.
9. — En face de Balad
L’etude de la ville de Balad, actuellement Eski-Mossoul, depend
d’un chapitre sur le B. ‘Arabaye iraquien (2), et sort des limites du present
travail. Neanmoins le secteur qui lui fait face, sur la rive est du Tigre,
dans la grande boucle du fleuve presque sous-tendue par la route Mos-
soul-Zaho, fait partie du Ba Nuhadra.
Exactement en face de l’ancienne Balad, sur la rive Est, se trouve
(1) On a vu les Buya de ‘Ainkawa, en Adiabene.
(2) Cf. Orient Syrien , 9 (1964), p. 189-232.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
559
un grand Tell appeld Tell Ngega. Sur son sommet on voit de nom-
breuses mines, les plus r^centes ne semblent pas etre celles d’une dglise.
Le village de Wana est dgalement situd sur la berge du Tigre, a 2
kilometres plus au nord. Le norn, sous sa forme Awana, est ancien (1).
II ne faut pas le confondre avec Awana de Tirhan, en B. Garmai, au
sud de Takrit, patrie d’origine de Sawrlso* de B. Qoqa, de Bar Bahlul,
auteur du dictionnaire, et de plusieurs autres; ni non plus avec Awdna
d’Adiabene, a 18 kilometres a Test de Guwair-Natpar.
Dans le village moderne de Wana, au sud, pres de la derniere mai-
son, on trouve des vestiges de fondations assez dpaisses. Ici non plus,
on ne peut conclure de leur origine. D’autres vestiges sont signals sur
le Tell al Midan, a Test de Wana.
Les arch^ologues auraient plus a tirer des bases de murs en gros
blocs qui se trouvent au sommet du Gabal Taira, un peu plus au nord,
a cotd d’un grand chene £videmment respectd comme sacre. II ne semble
pas que ce soient des vestiges chnTiens.
Plusieurs couvents sont localises par les textes dans les environs de
Balad. Pour les Nestoriens, deux sont certainement situds sur la rive est.
Je crois avoir localise le premier, le Couvent de Mar SallIta.
Salllta est un des plus connus parmi les disciples de Mar Eu¬
gene (2). Les Chalddens le fetaient le 10 aout et les Syriens le 15 juin (3).
La vie de ce «coenobiarque en Zabdicene» (4) au IVe siecle a pu-
bliee par Bedjan, en chald^en (5), puis traduite en arabe par Mgr
(1) II n’est pas exact, comme le voudrait Budge ( Bk . II, p. 233, n. 5), que cette
locality ait marqu£ la limite de la province eccl6siastique du Ba Nuhadra.
(2) L.C. , n° 1 et 5.
(3) On le trouve aussi au 3 aout et au 15 novembre (Nau, Menologes, p. 83, 128;
R. Sallba , p. 167). A ce propos le P. Peeters (n. 13) le distingue d’un autre Salllta,
martyr (cf. B. O., Ill, II, p. 867-868, oil Assemani releve la confusion de ‘Amr). Celui
du 15 novembre semble bien etre le notre, puisque sa sp£cialit£ est les bubons et la
peste. On voit d’apres sa Lgende que ce fut la un de ses premiers miracles a Nisibe.
(4) BHO, p. 227.
(5) AMS , I, p. 424-465.
560
ASSYRIE CHRETIENNE
A. Seller (1), d’apres deux manuscrits: Fun d’Ardlsai pres d’Urmi
et F autre de Koi Sangaq.
L’^minent traducteur avait deja dmis quelques doutes sur la vdracitd
de la legende (2), doutes provoques par les anachronismes et les incon¬
sequences habituelles a ce genre de litterature. Ge que nous retenons ici
e’est que le couvent de notre saint, couvent encore connu par Mgr
A. Scher, se trouvait dans la montagne de So (Saba du texte) dans le
Bohtan, a deux jours de marche au sud-est de Seert, sur la rive est du
Tigre, en face de Fendroit oil la riviere Bohtan se jette dans le Tigre
au village de Mawlli (texte: Bamawlle) entre Diarbdkir et Gazira (3).
C’est la que se trouvait la grotte du saint, e’est la qu’il fut enterre. Ce
lieu se trouve au B. Zabdai.
Pourquoi done parler de Salllta a propos de Wana, qui se trouve
a quelque 200 kilometres en aval ?
C’est que la Chronique de Seert (4) ne suit Fhistoire traditionnelle
que jusqu’avant Fepisode de la mort et, au lieu de faire rendre par
Salllta une visite a son compagnon malade, elle dit: «puis il se rendit
a Balad pour recevoir la benediction de quelques saints. Mais il y mou-
rut et fut enterre dans une caverne (5), connue sous le nom d’Awena,
en face de Balad, a Fendroit appele al Douair, et situ£ dans une foret.
L’on construisit sur sa tombe un grand couvent. »
En termes clairs, cette variante veut dire: il y avait, pres d’Awana,
a Douair, au XIe siecle un «grand couvent» qui se r^clamait de Mar
Salllta et pretendait bien possdder sa tombe.
J’avais depuis longtemps etc fascine par le nom d’un village situd
a 4 kilometres au sud-est de Wana, cgalement sur le Tigre, et qui s’ap-
pelle Dairamtuta. La contraction, dans des bouches etrangeres, de Dair
(1) Suhadd\ II, p. 132-143.
(2) Ibid., preface, p. v.
(3) Repris dans Chr. de Seert , I, p. 147, n. 2.
(4) I, p. 147 ct 193.
(5) Le texte arabe porte al ma(ata, que A.S. corrige en al magara.
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
561
Mar Sallita ne semblait-elle pas dvidente? Quand je pus me rendre sur
les lieux je constatais que le processus de deformation continuait encore,
et que ddja certains des habitants du pays pronongaient Gudramtiita.
Mais le nom le plus utilise localement est celui de Dere, ou al Dair,
selon que Ton parle kurde ou arabe, et en qui Ton peut voir le Douair
de la Chronique.
Quant au couvent lui-meme, il est au nord du village, a quelque
deux kilometres. II n’y a plus aucune construction au-dessus du sol, mais
seulement un grand champ de ruines informes ayant peut-etre 200 metres
de cote, ce qui represente vraiment un «grand» couvent. Les paysans
hesitent a labourer cet espace et Tappellent «al dair», en le distinguant
tres bien du village.
A part le texte de la Chronique de Seert , on ne sait rien du grand
couvent de Mar Salllta.
La question se presente de fagon contraire pour le Couvent de
R. Yusif; ici Thistoire est connue, mais la localisation est incertaine.
Nous avons ddja rencontre R. Yusif de Saharzur comme superieur
de B. ‘Awe; sa faiblesse vis-a-vis des novices encouragea ceux-ci a chasser
a coups de pierres le patriarche Sllwa Zha (714-728), qui voulait mettre
la main sur l’evangdliaire precieux du couvent; le fait, on s’en souvient,
avait coutd sa charge au superieur. Nous l’avons rencontre egalement a
Bar ‘Eta, ou sa meme faiblesse ne parvint pas a arreter les menees de
l’intendant Ayyas. Comme celui-ci ne recula pas meme devant l’assas-
sinat, R. Yusif prefera s’enfuir (1). Ceci fut l’occasion de la fondation
du couvent dont nous parlons maintenant, car il «vint au desert de la rive
du Tigre, au voisinage de Balad» et fonda dans les environs de Wana.
On voit d’apres d’autres textes que le couvent de R. Yusif etait «en
face» de celui de Alar Pdti5n (2). Heias, ce dernier couvent n’est pas
(1) L.C., n° 111 et Bk. II, p. 227-234, d’apres sa vie (perdue) £crite par Mar
Atqen, du monastere de Mar Apni Maran.
(2) Puisque Mar Quriaqos qui y est alle prier, traverse le Tigre (en marchant
Rech. 23 — 36
562
ASSYRIE CHRETIENNE
encore localisd, et on ne sait meme pas s’il faut maintenir, apres Budge,
son identification avec le Dair al Sayyatln, ou Couvent des Diables (1).
Le couvent fut fonde vers le milieu du VIIIe siecle. II eut comme
supdrieur, pendant un certain temps, l’Abba Iso‘, originaire d’Awana
de Tirhan (2), qui venait du monastere d’Apnimaran et y retourna.
Dans la seconde moitie du siecle, le Bx. Maran ‘Emmeh, futur su-
perieur de B. Qoqa, y recut la tonsure et y accomplit son temps de vie
commune (3).
Au debut du Xe siecle, un de ses moines dtait Tancien orfevre ‘Omar,
de Balad (4), qui deviendra patriarche sous le nom d’Emmanuel Ier
(937-960). Selon la tradition, il conferera le privilege de l’exemption a
son couvent d’origine (5).
De la fin du siecle datent les deux seuls manuscrits en provenance
de ce monastere qui nous soient parvenus; ce qui est curieux c’est que
ces deux volumes ont exactement la meme description: contenant le
Nouveau Testament, ecrits par le meme Sllwa Zha, a la meme date de
894. L’un est a la Bibliotheque Nationale de Paris (6), l’autre etait a
la bibliotheque de Seert (7).
sur l’eau) avec le futur 6veque jacobite de Balad, pour aller au couvent de Mar Yusif
{Bk. II, p. 463).
(1) Yaqut (cite dans Bk. II, p. 233, n. 5); Masalek, p. 302; Muniat al Udaba\
p. 145; H. Zayat, Les couvents , p. 15, 18, 27, 33, 42, 75, 104, 105.
(2) L.C., n° 1 12.
(3) B. Qoqa, p. 258.
(4) Mari, lat. p. 84; ‘Amr ar. p. 87-90, lat. 51-53.
(5) Constitution de ‘Awdiso* 1 2 3 4 5 6 7, dans ‘Awdiso4 de Nisibe, Coll. Can. Synod., tract.
VII, cap. VI, in B.O. , III, I, 343-344 et Mai, X, p. 133.
(6) Cat. Nau ( Notices , ROC, 1911), cod. 342.
(7) Cat. A. Scher (1905), cod. 7. — Vu les dates des deux catalogues, il ne
peut s’agir du meme manuscrit, car la bibliotheque de Seert etait encore intacte avant
1911. On remarquera une petite anomalie dans la localisation de Mgr A. Scher. «Le
couvent de R. Yusif, situ£ vis-a-vis de la ville de Balad et du village de Awana.» Pro-
bablement le mot «pres» est-il tomb6 a l’impression avant «du village)). D’apres le
catalogue de Nau, le ms. de la B.N. dit simplement: «en face de Balad)).
COUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS
563
Au cours du Xe siecle meurt au couvent de R. Yusif, le fameux
R. Suhallso*, «ocean de direction» qui, au temps ou il dtait au couvent
de R. Iso'yaw, dtait le conseiller de R. Yusif Busnaya (1). C’est ici
qu’arriva a Suhallso1 2 3 4 5 6, le grand directeur qui ne sut pas se diriger lui-
meme, l’humiliante mdsaventure que Ton contera en son temps.
Si les sources chretiennes sont desormais silencieuses a propos du
couvent, les sources arabes les relaicnt, et le vin de «Dair Abl Yusif»
continuera a etre fameux pendant plusieurs siecles.
Le poete mossouliote SarrI ar Rafa’ (f 972/3;, auteur d’un Livre
des Convents malheureusement perdu, a cdldbrd dans ses vers les coupoles
et les murs, peints en rouge, du couvent, ainsi que les haires et les ton¬
sures de ses moines. Mais ce qui est plus curieux, c’est qudl parle aussi
de religieuses, habitant un couvent de mcme nom. C’est la seule mention
que Ton ait de ce Dair Yusif de religieuses (2).
Bien que le Sabusti ne parle pas du monastere, Yaqut (3) le cite,
assez laconiquement : «En amont de Mossoul et en aval de Balad, a un
parasange de cette derniere ville. C’est un grand couvent, ou il y a des
moines riches. Il est sur la rive du Tigre, sur le trajet des caravanes.»
Cette derniere phrase ne doit pas nous induire en erreur, le couvent est
sur la rive orientale du Tigre, et Test done pas sur la grand-route des
caravanes Mossoul-Nisibe, qui passait par Balad, mais sur la route allant
de Mossoul vers le nord (4), e’est-a-dire aussi route assyrienne de
Nisibe, venant de Ninive et traversant le Tigre au gud de Balad (5).
Ibn Fadlallah al ‘Omari (6) ne se contente pas de citer une pod-
sie du Haled!, qui y alia plusieurs fois s’y enivrer avec «un seerdtaire
(1) Vie de R. Y. Busnaya , p. 113.
(2) Citd par H. Zayat, Convents, p. 15, 27, 75, 104 et 105. Le Diwan d’as
SarrI, citd par H. Zayat d’apres le ms. de Paris, a dtd dditd au Caire en 1936.
(3) Mu‘gam , t. IV, p. 121.
(4) Bk. II, p. 233, n. 5, avec rdf.
(5) Cf. carte XV de Topographic historique de la Syrie antique et medievale , par
R. Dussaud (Paris 1927); sur le gud, cf. texte p. 501.
(6) Masdlek, p. 302-303, en partie citd par H. Zayat, p. 18, 33 et 42.
564
ASSYRIE CHRETIENNE
de fun de nos princes» (au IVe s. H.), mais il le decrit tel qu’il Y a vu
lui-meme, dans la premiere moitie du XIVe siecle. C’etait alors un site
enchanteur, ou les oliviers, les cypres et les myrthes croissaient parmi les
plantes odoriferantes et les narcisses. Son eglise dtait une belle construc¬
tion, ornde a l’interieur d’icones aclmirables. Ses moines poss^daient des
richesses et des troupeaux. Son vin etait tres repute, et tous les jours une
caravane venait en acheter. Les «bons vivants» y venaient en excursion
avec leurs tambourins, leurs luths «et tous leurs amusements». Evidem-
ment le couvent etait trop loin de Mossoul (environ 45 km.) pour qu’on
puisse y venir pour la journee; hauteur y resta trois jours.
Au debut du XVIIIe siecle, Yasin al ‘Omari reprend presque mot
a mot la notice de Yaqut. II ne fait qu’en supprimer tout ce qui indiquait
la vie, les moines et leurs richesses, et le passage des caravanes. Le cou¬
vent est maintenant mort, et pour Yasin deja «du temps ancien» (1).
Aujourd’hui les habitants d’Eski Mossoul ont oublie jusqu’a son
nom; il faut dire aussi qu’ils ont egalement oublie les noms des sanc-
tuaires musulmans dont s’enorgueillissait fancienne Balad et auxquels
al Harawi vint en pelerinage (2).
(1) Muniat al Udaba p. 145.
(2) Cit. p. 151.
XVII
LES COUVENTS SYRIENS DE NIN1VE
1. — Mar Behnam
Quand on aborde fdtude du couvent de Mar Behnam, on sait qu’on
ne pourra tout dire. La matiere est trop abondante et a fait l’objet de
nombreuses Etudes, surtout de la part de celui qui est supdrieur du cou¬
vent depuis de si nombreuses anndes et qui a tant fait pour sa maison,
Mgr Ephrem ‘Abdal. En plus de plaquettes artistement dditdes (1),
donnant en plusieurs langues une dtude rdsumde de fhistoire du couvent
et de ses magnifiques sculptures, finfatigable batisseur, administrateur,
guide, dducateur, auteur, a publid en 1949 une Vie des deux grands princes ,
Behnam et sa sceur Sarah , martyrs (2), et surtout, en 1951, sa grande Histoire
du couvent de Mar Behnam , que nous avons ddja si souvent rencontrde
et dont nous avons tird le plus grand profit (3).
Mar Behnam commence l’dtude des couvents syriens parce qu’il est
situd a l’extreme pointe sud du Ba Nuhadra, a 35 kilometres au sud-
est de Mossoul. II a fallu une ldgende merveilleuse pour maintenir en
vie un sanctuaire si dloignd de tout; c’est cet dloignement qui gardera
son histoire en dehors de la turbulence de Mar Matta et de Ninive,
c’est cette ldgende qui rdunira dans son temple un trdsor d’art que les
(1) Beyrouth, 1954, Bagdad 1964.
(2) Mossoul, 66 pages, en arabe.
(3) Kitdb at Lulu an nadld f l tank Dair Mar Behnam as safrid, Mossoul, 255 p.;
ce livre est toujours citd sous le sigle: Abdal. — Je ne mentionne pas les nombreuses
cartes postales, images, brochures de pidte, etc. qui propagent partout le culte du saint
et la connaissance des tresors artistiques de son temple.
566
ASSYRIE CHRETIENNE
siecles ont accumule et, ce qui est plus admirable encore, respecte.
L’etude de Mar Behnam se divise done tout naturellement en trois
tableaux: une legende, une histoire, un tresor.
Une legende
La legende de Mar Behnam (1) est une des plus parfaites qui soient
parmi les «histoires de sacristains». Tout y est explique, et le visiteur
s’en va content, ayant oublie les fatigues du pelerinage.
Le fonds historique semble se resumer en quelques maigres faits
dont la pidtd populaire ne pouvait se contenter: un homme a ete marty¬
rise ici, il s’appelait Behnam. C’est tout ce que l’histoire historique peut
affirmer avec certitude du titulaire de cette magnifique eglise. Un «culte
immemorial fixe le lieu du martyre aupres de la «fosse» que Ton venere
encore. Tout au plus, en regardant d’un peu plus pres le nom du martyr,
peut-on y reconnaitre un nom persan, qui veut dire «de bon nom» (2)
(1) Texte syriaque dans AMS, II, p. 397-442; arabe: Suhada ’, I, p. 291-306.
Mgr Ignace Rahmani a donne un resume arabe et une traduction frangaise de cette
legende dans le premier de ses articles sur le couvent, dans Documents d’ Orient {= al
Atar as sarqiya, revue du patriarcat syrien catholique) , II 1/1928, fevrier, arabe p. 37-44,
frangais p. 8-14; en anglais, resume de M. l’abbe Jean Rahmani, St. Behnam... and His
Monastery, Harlssa 1929. — Litterature abondante, cf. s.v. Behnam et Sara, art. de M.
le Chanoine Van Lantschoot, in DHGE, VII/1934, col. 477. Et les oeuvres de Mgr
Abdal pr^cedemment citees.
(2) Un mois persan porte le nom de Bahnam, un des six Amschaspands de l’an-
cienne religion persane. — La liste des martyrs de Kerkouk (AMS, II, p. 287; B.O. ,
I, p. 189, qui traduit «puer c!ericus») mentionne parmi les victimes de la persecution
d’ArdasIr, fils de Sapor, alors vice-roi d’Adiabene, et futur Ardaslr II (379-383), un
enfant voue (fils du pacte) du nom de Vahunam, lapide a Gazzak (il ne semble pas
qu’il faille retenir la correction de Bedjan en Ganzak, car cette ville, actuellement
Tabriz, en Adherbaidjan, est trop loin de Kerkouk et de l'Adiabene, et peut difficile-
ment, mcme a cette epoque, etre appelee un village) par des femmes nobles de Ker¬
kouk, chretiennes de nom, contraintes par le roi. Ce Vahunam figurait au Synaxaire
grec le 20 novembre, avec ses compagnons Jean, Sapor, etc., victimes de la meme
persecution (cf. Acta Sanctorum, nov., t. IV, p. 427-428, et Vies des Saints , de Dom
Baudot et des Benedictins de Paris, t. XI, novembre 1954, p. 671-672). Le P. Peeters
( Passionnaire d’Adiabene, p. 265, n. 1) pense que «le souvenir de ce jeune martyr semble
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
567
et ce n’est pas trop risquer de dire que ce martyr vivait a Pdpoque
sassanide. La date du IVe siecle donnee comme sienne est possible,
mais le Ve et le VIe le seraient egalement.
Pour le reste, non seulement la critique interne du rdcit, mais encore
l’histoire civile et religieuse nous mettent en garde contre trop de crd-
dulite. Jean, eveque syrien de Mardin (1125-1165), qui avait lui-meme
restaure tant de couvents, ne dit-il pas que les Actes des saints en l’hon-
neur desquels ces sanctuaires ont batis sont malheureusement pour
la plupart perdus. Et il donne comme exemple, justement, «le tres
cdlebre Mar Behnam qui, aujourd'hui comme au temps des Apotres,
fait des miracles et des prodiges pour ceux qui viennent a lui avec foi,
et sur lequel cependant on n'a pas d’histoire, mais seulement une tra¬
dition orale, augmentee et diminude au grd du narrateur» (1).
Ce ne sont done pas les orientalistes, et a leur tete Baumstark (2),
avoir fourni le theme de la passion epique des SS. Behnam et Sara». Cette opinion
est reprise par les Benedictins de Paris, et citee, sans se prononcer, par M. Van Lant-
schoot ( DHGE , VII/1934, col. 477). En fait, je me demande si ce Vahunam ne serait
pas le patron du grand couvent situ£ a trois quarts d’heure de marche de Koi Sangaq,
a la limite nord-est de l’Adiabene ( $uhada\ I, p. 305, note de Mgr A. Scher), visits
et fete chaque annee par les gens de Koi et d’Armuta. Ne serait-ce pas plus normal
que ce saint de la tradition chald^enne soit le patron du couvent, plutot que notre
Behnam, si lie a la tradition syrienne? C’est un phdnomene courant que l’on prenne
la legende d’un saint pour compenser la perte de la ldgende d'un autre.
(1) B.O., II, p. 222, texte syriaque p. 223, d’apres une copie de 1560; cit6 (un
peu deforme) par Parry, Six Months in a Syrian Monastery , Londres 1895, p. 109, note.
— Mgr A. Scher ( Kaldu wa Atiir , II, p. 93) 6numere un certain nombre de contra¬
dictions et d’anachronismes de la legende, mais n’est-il pas trop g£n6reux quand il
dit: «I1 semble que l’ecrivain... ait v£cu apres le VIe siecle. » Que cet £crivain ait
telescope deux personnages (Matta et Zakai) Fun du IVe siecle et 1’ autre du VI Ie,
semble indiquer qu'il v^cut en effet (longtemps) «apres le VIe siecle». On relevera
des details (v.g. le role de Mar Abraham) qui ne sont compr^hensibles qu’apr£s le
Xe siecle. Comme disait Jean de Mardin, chaque siecle a ajout^ et retranch£ a son gr6.
(2) Mgr Barsaume, p. 596, troisieme r^ponse aux orientalistes. L’auteur s’in-
digne et monte sur ses grands chevaux, mais sans rien prouver en retour. On pourrait
discuter aussi l’affirmation de Feminent auteur que ce sont les Syriens qui ont invent^
la critique historique.
568
ASSYRIE CHRETIENNE
qui ont mis en doute l’historicitd de la ldgende de Mar Behnam (et non
pas 1’historicitd de Mar Behnam) mais bien les Orientaux eux-memes.
Le fait est, et Baumstark n’a fait que le relever (1), que les premiers
textes que Ton possede de la legende sont trop eloignes des faits qu’ils
rapportent pour pretendre a une valeur historique serieuse. D’ailleurs
les papes eux-memes ont reconnu le peu de valeur de legendes similaires,
pourtant fort repandues (2).
Des le debut, la legende se classe delibdrement dans le genre «prince
charmant» (3) car, bien sur, si Ton ne peut etre saint quand on n’est
ni moine ni martyr, on ne peut etre un martyr interessant si Ton n’est
pas roi, ou au moins fils de roi ou gouverneur. Behnam se contentera
d’etre his de roi. Quel sera son pere? Les ruines voisines de la capitale
assyrienne de Nimrud (Kaleh) vont immediatement fournir un roi:
Sennacherib, roi de Nimrud. On ne s’occupe pas de savoir si le dernier
Sennacherib vivait, au bas mot, mille ans avant son pretendu his, ni
comment un «roi» du IVe siecle pouvait avoir un nom assyrien, on fait
de Sennacherib, pere de Behnam, un «roi historique».
Le malheur est qu’on ne possede sur ce personnage qu’une seule
source, tres tardive, et qui (cercle vicieux) s'inspire elle-meme de la
legende. Ce document, la Chronique d'un moine edessenien anonyme
du XIIe-XIIIe siecle (4), ne se contente pas de citer la legende, elle
(1) Syr. Lit., p. 192 et n. 4.
(2) Au lieu de toutes ces discussions steriles et qui engendrent des ressentiments,
ne serait-il pas plus simple de dire de Mar Behnam, comme le d^cret De libris recipients
(attribue au pape Gelase, 495) dit de S. Georges, qu’il etait un de ceux «dont les noms
sont en juste veneration parmi les hommes, alors que leurs actions sont connues de
Dieu seul» (cite in Eastern Churches Quartely, 1938, p. 36-37).
(3) J’en ai releve plusieurs a propos de Mar Qardag.
(4) Editee par Mgr Rahmani (t. I, 1904) et Chabot avec l’aide de Mgr Bar-
saume (t. II, 1916); louee par ce dernier (avec deja quelques reserves) dans Lu,lu\
2e ed., p. 500-501. — L’auteur avait accompagn£ le maphrien Gregoire Ya‘qub dans
son eparchie en 1 190, et etait venu en contact avec la legende a ce moment-la, s?il ne
la connaissait pas auparavant.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
569
n’hdsite pas, dans une pretendue lettre dejulien l’Apostat a S. Basile (1),
a substituer le nom de Sennacherib a celui de Sapor. Inddpendamment
du fait que certains auteurs syriens modernes continuent a accepter cette
lettre comme authentique, alors que depuis longtemps plus personne n’y
croit (2), la substitution de nom apparait clairement si Ton se rapporte
au texte grec (3), qui a au moins l’avantage de se baser sur des versions
plus anciennes que la Chronique du Rahawi al maghul (4).
Meme si ce Sennacherib sassanide avait existe, ou aurait-il eu sa
capitale? Est-on tellement sur qu’une ville ait subsiste jusqu’au IVe
siecle de notre ere sur les ruines de Kaleh ? Les archeologues de la
British School of Archaeology qui fouillent depuis 1949 le site dit Tell
de Nimrud, sont categoriques sur ce point: il n’y a plus eu d’occupation
de tell apres le deuxieme siecle avant jesus-Christ (5). Si ces archeo¬
logues s’attendaient a trouver quelque chose d’interessant, comme le
palais de notre Sennacherib, dans les couches superieures du tell, corres-
pondant au niveau sassanide, ils ne les defonceraient pas au bulldozer
pour arriver plus vite aux niveaux producteurs, et la Direction Generale
des Antiquites d’lraq ne les y autoriserait pas.
(1) Publi6e en syriaque dans P Edition du Rahawi par Mgr Rahmani (p. 90-92)
et traduite en arabe par Mgr Armalet (qui la pr^sente comme «inconnue et citde
par personne avant cet historien» ?) dans Documents d'Orient III/1928, p. 136-138.
(2) Cf. £d. critique de Bidez et Cumont, Imp. Caesaris Flavi Claudiii Iuliani
epistidae..., Paris, Les belles lettres, 1922, p. 282-284, ou la lettre est pr£c6d£e de cette
note: «Spurias esse has litteras nullus est hodie qui negat, et iam Byzantino aevo,
scholiasta anonymus hos agnovit.» Gf. P.G., XXXII, p. 341, n. ; id., Garnier (en 1725)
dans sa vie de S. Basile (ch. VIII, § I, in P.G. , XXIX, p. 32) et d’autres {id., p. 269,
note c).
(3) P.G., XXXII, col. 343-344, lettre XL, «I1 me faut, le plus tot possible,
venir en Perse et ^eraser Sapor, ce neveu de Darius, (ou : de la race de Darius) jusqu’a
ce qu’il devienne mon vassal et mon tributaire.» Le nom de Sapor se retrouve aussi
dans le titre donn£ plus tard a la lettre, et qui confirme le texte.
(4) Cf. P.G. , XXXII, col. 66.
(5) Cf. : Nimrud 1957: The Hellenistic Settlement, par David et Joan Oates,
Iraq, XX/ 1958, p. 136.
570
ASSYRIE CIIRETIENNE
Les auteurs modernes pour qui la legende est parole d’Evangile
prennent beaucoup de peine pour expliquer comment Kaleh-Nimrud
s’appelle Ator dans la legende. En fait, une etude de femploi du nom
dans la litterature syriaque, fournit deux acceptions du vocable: comme
province ecclesiastique, Ator est tout le pays au nord du Grand Zab,
voire meme du Petit Zab. On verra plus loin que c’est dans ce sens
qu'en parle finscription de Baidu. Comme ville, Ator designe Mos-
soul (1). C’est dans ce sens que le mot est employe dans la legende de Mar
Z6na, par exemple. Dire que la legende de Mar Behnam a voulu appli-
quer le meme nom aux ruines de Kaleh est fournir un argument de plus
en faveur de sa composition tardive, car cette nouvelle acception du mot
ne semble pas se retrouver ailleurs avant le XIII6 siecle.
Si Ton tient absolument a placer le lieu de naissance (en fait in-
connu) de Behnam, non loin du lieu (bien fixe) de son martyre, pourrait-
on le chercher a Nimrud, le minuscule village a qui le grand tell a donne
son nom (2) ? On y trouve une petite eminence et des traces d’un
village precedemment plus grand. Ce village lui-meme etait relativement
recent car, d’apres Layard (3), avant 1840, le village, jadis plus pres
du tell, avait suivi le Tigre dans son deplacement vers l’ouest, pour
faciliter le ravitaillement en eau. Le nouveau village, a un mille du tell,
etait lui-meme en ruines quand Layard y arriva (4).
Que ce soit dans son site ancien ou dans son site nouveau, il
ne semble pas que Ton puisse identifier ce Nimrud avec le lieu dont
etait originaire Yusif Hazzaya. La-bas c’etait une «ville», avec un
mur et des portes (5), qui put resister aux troupes arabes de ‘Omar II
(1) Lexique de Bar Bahlul (Xe s.), ed. R. Duval, t. I, col. 322, plus les autres
auteurs cites dans Payne Smith, Thesaurus , t. I, col. 420-421.
(2) On remarquera cependant que les Arabes du temps des premieres
fouilles appelaient ce tell «ar rasm».
(3) Nineveh, II, p. 88.
(4) Nineveh , II, p. 26.
(5) L.C. , n° 126.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
571
(717-720) (1) et dtait meme assez importante pour avoir un «chef de
Mages». Les localites du nom de Nimrud sont nombreuses (2), et on ne
voit pas tres bien ou peut se trouver uneville persane qu’un prince arabe
rencontre en allant en guerre contre les Turcs au debut du VIIIe siecle.
Quelle que soit la ville de Nimrud du Liber Castitatis (3), ce ne
peut etre la Nimriid-Ator du prdtendu Sennachdrib, car, scion la meil-
leure tradition hagiographique, «toute la ville» avait du se convertir
avec son roi au IVe siecle, et il ne pouvait pas y rester des Mages en force
au debut du YIIe. Decidement, celui qui voudrait defendre l’historicitd
de la ldgende de Behnam devrait expliquer trop dhnvraisemblances et
d’anachronismes.
Mais reprenons le fil du recit. Si Behnam est lefilsd’un roisassanide,
il est done paien, et il faut qu’il se convertisse. Les «motifs de credibilite»
des ldgendes syriaques sont pratiquement rdduits a un seul: le miracle.
Pas de miracle, pas de conversion. Il nous faut done un miracle.
A trois quarts d’heure de marche du couvent, au nord-est, se
trouve une mare d'eau a la surface de laquelle viennent crever des
bulles d’hydrogene sulfure et de gaz hydrocarbure. Cette eau lai-
teuse a des propridtds naturelles de gudrison de certaines maladies de
peau (4) . Comme fexistence de cette source n’a pas encore dtd expliquee,
(1) Le texte porte ‘Omar b. al Hattab, mais doit certainement etre corrigd
car Yusif Hazzaya vivait au VIIIe s. Il 6tait contemporain de Quriaqos de Dura,
dveque de Balad (ca. 760) et fut excommuni£ par Timoth£e Ier en 790, date a
laquelle son futur biographc, Nestorus, devint £veque du Ba Nuhadra. Corriger aussi
ce que j’ai dit au vol. I, p. 124 en haut, avec amende honorable a ‘Amr. Si en effct
Yusif Hazzaya est a retarder jusqu’au YIIIe s., il n’y a plus de raison de ne pas
placer BohtIso‘, fondateur de Margana, en 714-728.
(2) La renommee de Nimrud comme grand constructeur lui a fait attribuer
plusieurs mines importantes, jusqu’en Egypte et en Lybie. Au hasard citons encore:
Tell Nimrud pres de Bagdad, le Nimrud Dag pres d’Edesse et Birs Nimrud.
(3) La mention de l’Arabe de Singar qui acheta le jeune esclave Yusif ne peut
ajouter aucune lumiere, car on ne sait ou il fut vendu par ceux qui l’avaient capture,
ni ou l’Arabe vint l’acheter.
(4) Elle est aussi ^minemment toxique. Au moins deux hommes qui y sont tomb^s
572
ASSYRIE CHRETIENNE
et que le visiteur curieux veut qu’on lui explique tout, c.’est la que va
se produire le miracle: quelqu’un va avoir une maladie de peau; pour
faire bonne mesure, ce sera la lepre; et il sera gudri par miracle, grace
a la «source». Mais qui aura la lepre? Nous voici a court de person-
nages; ce ne peut etre Sennacherib, qui devra etre endurci jusqu’au
bout, ni Mar Behnam; un prince charmant n’a pas la lepre. II faut done
trouver quelqu’un suffisamment proche du prince pour que sa guerison
le convertisse, mais dont pourtant la valeur humaine n’atteigne pas la
sienne. Ce sera la sceur (1) de Behnam, Sarah. L’hagiographie nous
presente souvent, sur le moclele de la femme-soeur d’Abraham, Sarah,
ce personnage feminin d’importance secondaire accompagnant le
heros principal des legendes. Nous en avons deja rencontre plusieurs,
egalement nominees Sarah (2). Sarah, soeur de Behnam, aura done la
lepre. Qui sera mieux indique pour Ten guerir (au moins dans l’optique
du XIIe-XIIIe siecle) que le vieux moine Matta? La distance a par-
courir, quarante kilometres a vol d’oiseau, pourrait etre un obstacle
pour Matta, qui est vieux (ne l’appelle-t-on pas Saih Matti?). Mais
Behnam est jeune et il est prince. II possede un cheval. Quoi de plus
simple pour lui que d’aller a la chasse de ce cote? Je crois meme que la
legende complete mentionne un cerf, analogue a celui de S. Hubert (3).
Quoi qu’il en soit, le prince et l’anachorete se rencontrent. Dialogue.
s’y sont noy£s. L’un etait moine de Mar Behnam et s’appelait Ya‘qub, fils de Daoud
Maqdassi Ilo, de Mossoul. Il se noya le 10 juillet 1910 et est enterre sous la galerie
de la facade (Abdal, p. 142). Du point de vue chimique, cette source a ete decrite
par C.P. Nicolesco, in Gisements petroliferes de Vlrak, Paris 1933, p. 109-110.
(1) Si un homme n’a que des filles, on dit qu’il n’a pas d’enfants!
(2) L’hagiographie occidentale n’a pas exploite la veine Sarah. Le martyro-
loge romain ne possede que deux Sarah, toutes deux orientales: le prototype, Sarai,
la princesse, origine des rois (Gen. XVII, 16), let^e le 9 octobre, et une religieuse de
Thebaide. Pour l’hagiographie orientale, un palmares provisoire comprendrait deux
noms de l’Ancien Testament, la «soeur» d’Abraham et celle de Nahum, et trois noms
syriens occidentaux: les soeurs de Zena, Yohanon bar Nagare, et Behnam.
(3) Sur le binome cerf-saint, cf. Christianity and Islam under the Sultans , par F.W.
Hasluck, 2 vol, Oxford, Clarendon, 1929; t. II, p. 460-461.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
573
Tentative de conversion. Refus. «Je veux un miracle; ma soeur a la
lepre», etc. Desormais tous les personnages ont leur role et le scenario
est esquisse; il reste la realisation: miracle, conversion, bapteme; cer¬
tains diront meme que la source, desormais appeRe ‘Ain Sarah, jaillit
pour la circonstance.
Colere du pere. Massacre: Behnam, Sarah, «et leurs XL compa-
gnons» (?) (1) sont martyrises par Sennacherib courrouce (2). Avant
de mourir, Behnam prie Dieu d’accepter son sacrifice et de lui remettre
ses peches, mais aussi «d’accorder a tous ceux qui visiteront leurs tombes
les graces qu’ils demanderaient».
On ne peut evidemment pas en rester sur cette fin glorieuse mais
triste. Les martyrs doivent avoir leur revanche, qui sera la conversion
de leur pere. Mais on ne peut aller trop vite. La scene est alors tenue
par un nouveau personnage, la mere de Behnam, la reine, que Ton
appellera necessairement Sirin, en souvenir du type des reines chr£-
tiennes d’Orient, la fameuse dpouse de Chosroes II, moins anachronique
que Sennacherib. D’ailleurs, son nom ne veut-il pas dire «la douce»?
Sirin pleure, c’est la son role principal. Pour pouvoir venir pleurer plus
a son aise au tombeau de ses enfants elle fait creuser un tunnel, de 7
km. de long, entre son palais et le martyrion dlev£ sur la «fosse» du
(1) J’ai relu avec attention toutes les inscriptions de l’^glise et du tombeau,
telles qu’elles sont rapport6es par Mgr Abdal, a seule fin d’y trouver une mention
des 40 compagnons. Je n'en ai pas trouve une seule. L’histoire n’a rien pour appuyer
l’assertion de la legende que eux aussi doivent etre la. — Ces «quarante compagnons»
seraient a ajouter aux listes ddja longues de Quarante de toutes sortes (v.g. Hasluck,
cit., t. II, p. 391-402).
(2) Le folklore a gard6 le menu du dernier repas mang£ par la petite troupe
alors qu’ils £taient en fuite devant les solidats de Sennacherib. On l’appelle encore
«le brouet de Mar Behnam» et on le confectionne le jour de sa fete. II consiste en
un melange de pois chiches, feves, anis, grains de bl6, raisins secs, et autres «graines»
bouillies a beau. Des «hasisi» du meme genre sont confectionn^es par les musulmans,
sunnites et chiites, a l’occasion de leurs fetes. Evidemment, on leur donne alors des
interpretations difT6rentes.
574
ASSYRIE CHRETIENNE
martyre (1). Enfin, elle convertit son mari, exorcist par Mar Matta,
afin que tous soient reunis dans la gloire.
N’oublions pas les sequelles. Sennacherib repentant batit un cou-
vent a Matta. Sirin construit, sur le meme Mont Alpap, un autre couvent
pour Abraham, sous prieur de Zakai successeur de Matta ( ?) au lieu
dit Kuhiata (2), et surtout elle eleve le mausolee de la «fosse» oil les
reliques de ses enfants, recouvrees par miracle, sont deposdes (3).
(1) Tout le monde, tant les chretiens qui vivent dans la mouvance du monas-
tere, que les Arabes des environs de Nimrud, croit dur comme fer a F existence de ce
tunnel, et la trouvaille du moindre trou est saluee comme la d^couverte de Fentr^e
du tunnel. J’ai toujours ete tres sceptique sur ce point, et les archeologues qui fouillent
a Nimrud partagent mon incredulite. D’ailleurs, pourquoi y aurait-il un tunnel s’il
n'y a pas de palais? S’il y a un «fundamentum in re» a cette tradition, peut-etre vau-
drait-il mieux chercher un tunnel entre le tombeau et l’eglise actuelle?
(2) On verra que le couvent de Mar Abraham etait encore aux mains des
Nestoriens jusqu’au Xe siecle; cette partie de la legende n’est done pas anterieure
a ce siecle.
(3) Cod DCCCLX (Add. 12. 174) du B.M. date 1197, cat. Wright, p. 1135.
— II faudrait etudier aussi la place de Mar Behnam au sanctoral copte, le 14 Kiahk
(10 dec.), cf. Sunaxarium copte , trad. Wustenfeld (Gotha 1879), p. 181; Calendrier de
VEglise Copte d' Alexandrie, complement au Kalendrium Alanuale , de JVilles, ROC , 1898,
tire a part, p. 24; Sanctoral Copte, de M. de Fenoyl (coll. Recherches, t. XV, Beyrouth
1960, p. 99). L’editeur du Synaxarium Alexandrinum (texte arabe, CSCO , vol. A9/Ar. 5,
1909, p. 158-160, et trad. lat. CSCO, 78/Ar. 12, 1922, p. 231-233, par J. Forget) ne
s’y reconnait pas toujours, v.g. dans la note latine p. 231, n. 2, ou dans la table latine
ou il bloque sous le nom de Mattheaus le notre et un homonyme qui apparait au t. I?
p. 189-192. On remarquera que, dans ce texte, Sarah est atteinte d’616phantiasis (ar. :
al gudatn) et que la hn de Fhistoire est assez ecourtee (trad, lat., p. 233) : le roi et la
reine, convertis, se contentent d’eriger sur la tombe de leurs enfants un grand monas-
tere, ou Matta vient aussitot habiter. Cependant l’^diteur a ajout£ en appendice au
texte arabe (t. I, p. 332, 1. 6) et insure dans la traduction latine (t. I, p. 225, 1. 26) un
fragment deplace, tire des Mss. B.N. Ar. 4869 et 4870, qu’il n’identifie pas avec notre
histoire, dont e’est en realite la fin: Comme condition a la guerison de son mari, et sur
l’ordre de Zakka, successeur de Matta, la reine construit une eglise au nom des martyrs
(au pluriel et non au duel) et un couvent pour les moines. Dans ce couvent il y a une
crypte souterraine (d’ou son nom de Dair al Qabu) et un lit et une chaine pour l’incu-
bation; dans cette crypte les corps sont deposes sur des lits de pierres precieuses. Puis
vient Fhistoire du grand marchand venu de FOrient dont le serviteur est gueri. Le saint
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
575
Un autre enjolivement de la ldgende sera le rapprochement, ineluc¬
table, entre Mar Behnam et S. Georges. La date et la raison derniere
de ce rapprochement sont inconnues, mais Ton voit les deux saints
symdtriquement sculptds sur le linteau de la porte royale. Behnam et
Georges ne se distinguent que par le diable et le dragon qu'ils terrassent
respectivement.
Enfin, consecration ultime qui lui vaudra le respect des non-
chretiens, Behnam est identifie au Hidr, comme S. Georges lui-
meme (1). Pour les pelerins musulmans et yezidis qui viennent a Mar
Behnam, c’est le tombeau du Hidr, «pere de Muhammad» qu’ils viennent
visiter. Le couvent est connu officiellement (et ainsi est-il inscrit sur les
cartes) sous le nom de «Couvent du Hidr».
On sait que le nom de Hidr ne s’applique pas a proprement parler
a une personne, mais a une fonction (2). Est Hiclr tout dieu, genie,
lui apparait et lui ordonne de batir une belle 6glise, ce qui lui tiendra lieu de peleri-
nage a Jerusalem. Comme la foule des pelerins manquaient d’eau, la martyr revela
l’existence d’une source dans le couvent meme (?). Le texte latin se termine p. 226,
1. 28. — D’apres le precieux fichier Troupeau (inedit) des Mss. arabes chretiens de la
B.N., l’histoire du martyre de Behnam et de sa sceur Sara, version copte, se trouve dans
les cod. ar. 4775, fol. 101v.-150v., et 4878, fol. 2r.-43v. On la retrouve aussi dans les
Mss. ethiopiens du B.M., Or. 689, n° 31, 686, n° 29, 687-688, n° 34 (A. Wright, A
Catalogue of the Ethiopic Mss. in the B.M. , p. 160-161, 167, 169). — Le Synaxaire ethiopien
n’ayant pas encore ete completement public, il faut se contenter de la notice qui appa¬
rait dans 1 ’Edition de Guidi ( P.O. , t. IX, F. 4, p. 471-472) au 4 Nahas6 (10 aout) :
«En ce jour aussi mourut Abba Matthieu. Ce saint demeura au d6sert, en 6tant revetu
d’un cilice en poil de mouton. Lui-meme lit croire au Christ (Gloire a Lui!) Marmeh¬
nam et Sara, qu’il purifia de sa lepre... Salut a Matthieu, qui demeura longtemps au
desert, au point d’etre revetu de poil, comme un mouton! Alin de faire voir sa saintet£
et ses miracles glorieux, il lava par l’eau du bapteme le corps sordide de Marmehnam,
et par la il purifia de la lepre le corps de Sara.» Dans la table de S. Gr£baut (id., p. 689)
Sara devient la femme de Marmehnam.
(1) Sur St. Georges-Hidr, cf. P.L. Cheikho, dans Machriq 1903, p. 385-399;
H. Lammens, Au pays des Nosairis , ROC , 1899, p. 587; F.W. Hasluck, cit., p. 319-
336, etc.
(2) Je reprends ici quelques donn^es d’un article public dans le Bulletin du
576
ASSYRIE CHRETIENNE
imam , prophete ou saint que I on invoque pour la ftxondite (1). Selon
les localites, on Fidentifiera avec le patron du lieu, si ce patron est invo-
qu 6 specialement a Tintention d'obtenir une rdcolte abondante, de
nombreux petits dans les troupeaux, ou un enfant au foyer.
Mar Behnam se place ainsi dans la lignde des grands achetypes du
genre: le Tammouz des Babyloniens, TOsiris des Egyptiens, V Adonis
grec et meme la Hidra d’Ascalon.
A Mossoul il y avait, jusqu’en 1951, une tres ancienne synagogue
que Ton disait remonter au temps de la deuxieme destruction du temple
(70 ap. J.-C.). Sous cette synagogue on montrait une grotte qui aurait
e habitee par le prophete Elie. Ainsi rejoignons-nous un des plus grands
parmi les Hidr, celui qui fit «reverdir» la terre apres la grande seche-
resse (2). Mais les Hidr locaux eclipsent un peu le grand, et Mossoul
ne connait pas les ceremonies en fhonneur d'Elie qui se deroulent ailleurs,
au Carmel par exemple (3). Les musulmans de Mossoul venerent le
Hidr dans la Mosquee Rouge (al Ahmar), situee sur le bord du
Tigre (4) dans le «faubourg des vaches». Le prophete est cense habiter
entre le minbar et le mihrdb (5).
A Mossoul aussi, comme dans tout TOrient, on identifie le Hidr
Seminaire... de Mossoul , cit. mai-juin 1943, p. 59-62; utilise par M. J.P.G. Finch pour
sa note du JRCAS , 1946, XXXIII/II, p. 236-238.
(1) Le mot pourrait ici se traduire: celui qui fait reverdir, le Verdoyant. Sous
un autre aspect, celui de son immortalite, le Hidr serait le «toujours vert», cf. notes
de Mrs. Rich (t. I, p. 51, 52, 52) a son edition du livre de son mari C.J. Rich, Resi¬
dence in Koordistan , 1836.
(2) I Reg. XVIII, 45.
(3) P. Jaussen, dans R.B., 1924, p. 249 s.
(4) II ne saurait etre question de donner ici une bibliographic du Hidr mu-
sulman. On en trouvera les elements dans les Etudes Carmelitaines , Elie le prophete,
t. II, Desclee 1956, p. 256-290. On remarquera que, a Mossoul comme ailleurs, le
sanctuaire du saint est situe au bord du fleuve; cependant le fait d’etre au milieu du
desert ne semble pas avoir joue contre Tidentification avec Mar Behnam.
(5) Ahmad as-Sufi, Les antiquites arabes de Mossoul , en arabe, p. 51; Sa‘Id ad
DewahgI, La mosquee de Mugahid a Mossoul, Sumer, XI/ 1955, n° 2, p. 4 et n. 16.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
577
avec «le prophete Georges», dont la mosqude est tres frdquentde par les
femmes qui ont quelque chose a demander au Hidr (1). Qui d’ailleurs
dtait le «prophete» Georges? Les chrdtiens voient en lui, selon la tra¬
dition vivace bien qu’apocryphe, un ofhcier romain martyrise en 303
pour avoir dechire l’edit de persecution affichd par Diocldtien a la porte
de son palais de Nicomddie (2). Quand a la tradition musulmane, elle
fait de Georges, tantot un riche marchand palestinien du IIIe siecle,
tantot un general martyrisd au cours d’une rdvolte a Mossoul meme,
tantot enfin un contemporain des derniers Apotres de £Issa, fils de
Mariam.
Le culte de Mar Behnam en sa qualite de Hidr valait, et vaut encore
au couvent de nombreuses visites. II n’y a pas tellement longtemps qu’une
pointe de superstition se melait aux supplications des femmes envers le
saint. Leurs devotions faites a la tombe du martyr, les orantes venaient
s’assurer de Teffet de leurs prieres en langant leur mouchoir ou un autre
objet leger vers le grand bas-relief en platre reprdsentant Mar Behnam
a cheval et situe a gauche de la porte royale de l eglise. Si fobjet ^tait
arrets sur le dos ou sur la croupe de l’animal, c’etait un gage sur que
les prieres seraient exausdes. Ce signe infaillible se produisait d'ailleurs
quasi toujours, grace a un semis de clous enfonc^s dans le bas-relief. Les
clous magiques ont £te enleves recemment (3). La pratique d'un tel
rite de divination du rdsultat de la priere n'dtait pas special a Mar
Behnam. Encore actuellement, les pelerins qui vont a Zavvlta, dans la
Sapna, demander un enfant au tombeau de Saih Piramus essaient de
faire tomber un caillou entre les deux branches d’une fronde pos^e a
terre; s’ils y reussissent, ils seront exaucds. Wigram raconte (4) comment
(1) Sur cette mosquee cf. As-SufI, cit., p. 17; Y. ‘Abbolyonan, al-Bilad , 2 d^c.
1935; Daoud al-Tsalabi, Manuscrits de Mossoul , p. 203, n° 44; Sa‘Id ad Dewah6i,
Al-Mawsil fil ‘ ahd il atabeki , 1958, p. 164-165.
(2) P.L. Cheikho, Machriq , 1903, p. 385-399.
(3) V. Cuinet, Turquie d’Asie , t. II, p. 832.
(4) Cradle , p. 307.
Rech. 23 — 37
578
ASSYRIE CHRETIENNE
les fideles de Mar ‘Awdiso4, au pays de Tal, etaient assures de voir
leurs prieres (toujours a la meme intention) exaucees, s’ils parvenaient
facilement a traverser un tunnel etroit. Et hauteur donne meme un
parallele dans «raiguille» de S. Wilfrid a Ripon.
Quelle fut la raison de V identification de Mar Behnam avec le
Hidr? Jones (1) pense que le nom de «Hidr Elias» est un «nom de
guerre» donne au saint par le clerge local pour lui gagner les sympathies
des musulmans. La salle du tombeau porte une inscription en vieux turc
disant: «Que la paix du Hidr Elias, l’elu de Dieu, repose sur Ilhan,
ses grands et ses dames» (2). Chose curieuse, dans cette inscription le
Hidr est appele Hidr Elias; cela fait une sorte de nom compose aux deux
elements inseparables, que Ton applique comme une epithete a Mar
Behnam. On pourrait faire la meme remarque a propos du nom du
village arabe qui fait face au couvent: on Tappelle «Hidr Elias». Ici
aussi le prototype est associe au nom generique.
Quant a la date de la mutation, je crois qu’on peut la fixer a la
construction du tombeau, en 1300. En effet, un texte sur Baidu, que
Ton etudiera plus loin, et qui date de 1295, ne fait que parler du «saint».
On aurait deja mentionne sa qualite de Hidr si Ton avait presente au
Han le patron du couvent sous ce titre. II ne faudrait pas beaucoup
d’imagination pour penser que ce fut fentreprenant «moine Ya‘qub»
qui, encourage par son succes aupres du «roi victorieux», voulut encore af-
fermir sa position en donnant a Mar Behnam une raison sociale «deposee».
Notons aussi que sa nouvelle sp^cialitd de Hidr a remplacd pour
Mar Behnam une autre ligne de miracles. Jadis, au temoignage de
Yaqut (1225) et de Qazwini (1283) c’etait pour etre gueri de Tepilepsie
que Ton visitait le Dair al gub (3). La chaine du martyrion rappelle
1’incubation qui s’y pratiquait.
(1) Jones, Topography of Nineveh , p. 370.
(2) J.A., 1892, 8e serie, t. XX, p. 291-292, par Halevy; Pognon, Insc. Sem.,
n° 79; Rahmani, Documents d' Orient, juin 1928-fevrier 1929.
(3) YAqut, IV, 120, cit^ par H. Zayat, p. 388; QazwinI, Kitab atar al-bilad
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
579
Une histoire
Le culte d’un tel saint, «jeune et sympathique, et toujours pret a
exaucer ceux qui Pinvoquent avec foi» (1) devait dvidemment se rd-
pandre dans tout POrient. Mgr Abdal (2) compte onze dglises a son
nom, en Turquie, en Syrie, au Liban, en Egypte et en Ethiopie, tant
chez les Chalddens (3) que chez les Coptes (4) et les Grecs. La plus
ancienne de ces dglises est celle de Tripoli, fondde en 961 (5). Deux
nefs d’eglises et un autel lui sont encore consacrds, ainsi que quatre
couvents, reliques de la diaspora syrienne (6).
Le plus cdlebre de ces couvents est dvidemment celui dont nous
parlons, citd dans les sources syriaques sous le nom de «B. Gubba», le
Couvent de la Fosse (7). C’est Phistoire de ce couvent qu’il faut
wa ahbar al-ibad , dd. Wustenfeld, 1848, p. 247; le texte est reproduit par YasIn al
‘Omar! ( Muniat al Udaba\ p. 147) (1744) ce qui ne veut pas dire qu’au XVII Ie siecle
le saint n’avait pas encore change de spdcialitd.
(1) J. Rahmani, cit., p. 3; il est vrai que les miracles opdrds au nom de Mar
Behnam continuent. L’autoritd de feu Mgr Dallal en garantit un recent (id., p. 26-28)
et meme le sceptique Jean de Mardin ne les niait pas ( B.O . II, p. 220). — Voir une
homdlie sur ces miracles, par I’Anba Matthieu dans le Ms. Ar. 153 de la Bibliotheque
Nationale, fol. 250v.-253v. (fichier Troupeau, inddit, a la B.N.).
(2) Cit., p. 44-51.
(3) Qui le fetent comme les Syriens (Nau, p. 68; R. Saliba , p. 170, etc.) le 10
ddcembre, cf. A. Scher, en appendice a Suhada\ II, p. 420. II a disparu du calendrier
de 1910 (dd. arabe).
(4) Egalement le 10 ddc., cf. DHGE.
(5) B.H., Chronography , dd. syriaque, p. 184; Documents d'Orienl , 1928; B.O. ,
II, p. 378; etc.
(6) Je n’ai jamais vu citd nulle part le tableau assez rdcent de la cathddrale
jacobite de Mardin, ou la toile est divisde en deux: d’un cotd on voit les 40 martyrs de
Sdbaste, et de l’autre les 40 compagnons de Behnam.
(7) Cette localisation semble faire doute pour Socin, citd par le P. Peeters
(R. Saliba , p. 170, n. 4) qui met ici: <deurs ossements dtaient conservds», au passd,
comme il parlera plus tard du monastere «ou Ton prdtend conserver leurs ossements»
(Anal. Boll. 1925, p. 265, n. 1). Je crois qu’on ne peut mettre en doute que les ossements
aient etd ici, il est dvidemment plus difficile de savoir s’iis y sont encore.
580
ASSYRIE CHRETIENNE
maintenant etudier, laissant pour le paragraphe suivant Phistoire de
Peglise et du tombeau.
Quand et par qui fut construit le couvent? D’apres la legende, ce
fut par un riche marchand persan, nomme Isaac, qui conduisait a Jeru¬
salem un serviteur malade. Le «voyage a Jdrusalem» fait tellement partie
de la litterature hagiographique, qu’il faudra bien un jour etudier son
histoire pour TOrient, comme on fa fait pour TOccident (1). On a
souvent Pimpression, par exemple dans les histoires de R. Hormizd, de
Jean de Dailam, de Saih ‘Adi, que le pelerinage a Jerusalem intervient
comme un moyen commode d’expliquer la presence d’un personnage
en dehors de son lien normal, alors que, selon d'autres versions plus
veridiques et plus anciennes du meme evenement, on voit qu’il avait
quitte son lieu pour de toutes autres raisons que les ecrivains tardifs ne
comprenaient plus. II est done oiseux de se demander sous quel roi sas-
sanide les circonstances politiques rendaient possible un tel voyage.
Que ce soit en route pour Jerusalem ou pour n’importe oil, il est
certain que quelqu’un (pourquoi ne Pappellerait-on pas Isaac ?) passa
par la et construisit un couvent. Cependant le nom de «couvent» peut
donner lieu a confusion. Mar Behnam n’a pas ete fonde comme couvent,
et ne l’a guere ete au cours de son histoire. II serait plus exact, la legende
meme est d’accord la-dessus, de le considerer comme une hotellerie pour
les pelerins, a la direction de laquelle quelques moines sont preposes.
Ce qui est premier ici e’est un lieu de culte, un martyrion, un sanctuaire;
les moines viennent en second. D’ou fimportance que prendra l’eglise
au cours des siecles, alors que le «couvent» ne se developpera que tout
recemment, et justement quand il n’y aura plus de moines.
De meme il est inutile cPessayer de tirer de la legende des details
(1) V.g. R.B. 1955, p. 516, note, et la traduction fran9aise de Le voyage a Jeru¬
salem au XVe siecle, par H.F.M. Prescott (Arthaud, 1959); et surtout les problemes
d ’histoire sociale pos6s et la methodologie suggeree par E.R. Labande, dans Recherches
sur les pHerins dans V Europe des X Ie et XI Ie ( Cahiers de Civilisation Medievale, Universite de
Poitiers, 1/1958, p. 156-169 et 339-347).
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
581
soi-disant historiques, par exemple que Sirin 6ta.it encore en vie, pour
fixer la date de la premiere construction. Tout ce qu’on peut dire c’est
que, normalement, si P on avait attendu longtemps apres la mort du
martyr pour ddifier le sanctuaire et l’hotellerie, ils n'auraient probable-
ment jamais et 6 construits. Si done, comme on le dit, Mar Behnam fut
martyrisd dans la seconde moitie du IVe siecle, la fondation du couvent
a prdcedd les grands schismes christologiques du Ve siecle, et meme
l’autonomie de Madain par rapport a Antioche. On a vu qu’il est dif¬
ficile de se faire une idde juste de cette pdriode, parce que les sources
ult^rieures ont projetd sur elle une optique d’apres le schisme, et ont
incorpore notre saint au cycle de Matta, revendiqud par les Monophysites.
Quant a la position du couvent «a un jet de pierre du tombeau»,
on l’explique par une apparition et un ordre cdleste. Peut-etre; mais ne
serait-il pas plus simple de dire que fhagiographie se trouvant en face
d’une question de pelerin: pourquoi le couvent n’est-il pas a cote du
tombeau?, dut bien y trouver une reponse. Qui prouve en effet que
l’eglise et le couvent aient toujours dte la oil ils sont actuellement, et
oil fauteur de la ldgende, disons du Xe siecle pour etre gdndreux, les
trouva construits?
Ce n’est pas Phabitude des Syriens de batir un martyrion a un jet
de pierre de son eglise, surtout quand la configuration du terrain ne
permet pas de les englober tous deux dans une meme enceinte protec-
trice; car, ne Poublions pas, nous sommes au milieu de la steppe, loin
de toute agglomeration importante qui pourrait offrir une sdcuritd
sufRsante.
Oil dtaient batis les martyria syriens? Ce ne sont pas les sources
qui manquent pour nous le dire (1). Le type polygonal auquel on a
affaire ici, et dont c’est le seul specimen en Iraq, dtait quelquefois indd-
pendant, mais le plus souvent accole a une basilique ou a son chevet.
(1) Cf. J. Lassus, Sanctuaires chretiens de Syrie, 1947, p. 101-160, 167-183; plans
de Peter Marx, dans Hindo, Fonti, 1943, p. 21.
582
ASSYRIE CHRETIENNE
Or actuellement le tombeau est accole au tell, exactement au nord-est.
Ne pourrait-on pas penser que tell represente, entre autres choses, Feglise
primitive, a cote de laquelle, et au niveau de laquelle, le martyrion
serait construit?
II y a plusieurs raisons qui semblent militer en faveur de cette opi¬
nion. D’abord, le tell est correctement oriente ouest-est, et le martyrion
est plus pres de la fin est de la colline artificielle.
Ensuite, il n’y a rien dans Feglise actuelle qui soit anterieur a la
restauration de 1164 (1). Je sais bien que cet argument de silence est
le plus faible, mais il s’ajoute aux autres.
Enfin et surtout, le consul archeologue V. Place (2) decouvrit dans
le tell des briques sassanides. Cela n’exclut pas que les niveaux inferieurs
remontent aux temps prehistoriques (3), mais les tells purement pre-
historiques sont moins eleves, celui-ci a connu plusieurs cycles ulterieurs
d’habitat.
Une tranchee partant du tombeau et coupant a travers le tell per-
mettrait de resoudre le probleme. Si mon hypothese s’averait exacte,
on retrouverait alors la plus vieille eglise d’lraq qui ait subsiste, ante-
rieure a celles mises a jour par les fouilles de Hira et de Ctesiphon.
Laissant Fetude de Fhistoire des reliques pour le moment oil Fon
parlera du tombeau, essayons maintenant de voir ce que Fon peut savoir
de Fhistoire du couvent.
Si Mar Behnam fut, des le debut, comme le veut la legende, un
satellite de Mar Matta, on peut penser qu’il suivit le grand couvent
dans son refus du nestorianisme et connut, des la fin du Ve siecle, les
luttes fratricides qui ensanglanterent le Mont des Milliers. Si au con-
traire la connexion est artificielle et posterieure, on peut supposer que
(1) Nous sommes loin de la «little pearl of Assyro- Persian style» d'un certain
auteur!
(2) Ninive et V Assyrie , II, p. 171.
(3) Une reconnaissance de la Direction Generale des Antiquit^s de Bagdad
a trouve de la c^ramique «prehistorique», cf. Sumer , 1949, p. 320.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
583
le couvent suivit les fluctuations de la region dans laquelle il se trouvait
et, a Timitation de Qaraqos voisin, passa au monophysisme au ddbut du
VIIe siecle. Ceci, bien sur, en supposant que le couvent ait eu une exis¬
tence continue du IVe siecle au XIIe. Si lhypothese de l’dglise du tell
dtait verifiee, cela indiquerait plutot que la construction sassanide pri¬
mitive fut abandonnee et tomba en ruines. L'insdcuritd des temps dans
ce desert isole causera plusieurs fois la rdpdtition de ce processus, et il ne
resterait rien de l’dglise actuelle elle-meme si le genial Ya‘qub n’avait
eu l’idee de baptiser son titulaire Hidr.
Les decombres que Ton trouve partout autour du couvent, et la
couche de debris qui sert de soubasscment a sa cour intdrieure semblent
indiquer plusieurs occupations successives, mais il faudrait pouvoir ex¬
plorer toutes ces ruines et les dater avant de risquer une hypothese. Au
maximum, le couvent a pu rester abandonne jusqu'au IXe/Xe siecle,
au moment ou un renouveau chretien g^ndral comment a rcmettre
debout les batiments et a fixer les ldgendes.
En fait, le couvent ne reapparait dans l’histoire que par une tombe
qui s’y ouvre en 1139 (1). Il s'agit de Kasrun d’Edesse, pretre moine,
calligraphe et miniaturiste celebre. Avant de devenir aveugle et de finir
ses jours a Mar Behnam, il avait dcrit, a Maraga d'Adherbaidjan un
ouvrage encore conserve a Ninive au temps de Bar Hebraeus. Ce qui est
admirable, c’est que ce livre est toujours ici, a la bibliotheque patriarcale
chalddenne (2). C’est un recueil de commentaires patristiques des
psaumes, une sorte de Catena Patrum , qu'il dcrivit en 1127, «lorsque
la religion chretienne dtait en train de s’dteindre, faute d’huile».
Passant sur la restauration «de l’autel» en 1164, que nous dtudie-
rons de pres quand nous parlerons du temple, nous rencontrons ensuite,
en suivant Mgr Abdal, la mention de Yaqut (1225) et du Qazwini
(1) B.H., II, col. 330; B.O., II, p. 449; Mgr Barsaume, p. 39.
(2) Cat. Mgr Bidawid, cod. 211. Le livre £tait encore en mains syriennes en
1587 quand il fut relie; il devint ensuite la «propriete des moines chalddens hormiz-
diens».
584
ASSYRIE CHRETIENNE
(1275). C’est que nous sommes arrives au XIIIe siecle, le siecle d’or de
Mossoul et de Mar Behnam. Ses moines vont et viennent jusqu’en
Egypte, et la reputation de thaumaturge du patron de l’eglise est main-
tenant bien etablie.
Le siecle s’acheve sur une grande victoire pour Mar Behnam. Le
superieur du temps l’a commemoree par une inscription de 33 lignes,
gravee en bas du mur de Feglise, a l’interieur, derriere le gros pilier
sud-ouest actuel. Cette inscription a ete reproduite par tous les au¬
teurs, je la cite en suivant a peu pres la traduction de Pognon (1).
«En Tan 1606 des Grecs (1295), le roi vainqueur Han Baidu vint
au-dessous (du pays) d’Ator, la ville du saint Mar Behnam (2). II le
prit et y commit des massacres. II alia a Mossoul, mais n'y entra pas.
Ensuite, il se rendit a Erbil et laissa derriere lui des chefs qui pillerent
les pays et les couvents. Les chefs envoyerent (des hommes) au Grand
Couvent (Mar Matta ?), ils prirent les mules du moulin, ainsi que beau-
coup d’argent et d’or. L’un d’eux vint au couvent de la Fosse (Mar
Behnam), ouvrit les portes et entra. II mit la main sur les vases sacres,
les voiles et tout le reste. II s’en empara, et il ne resta plus dans le
choeur (3) que l’^vangile et le coffret (des reliques) du saint: Dieu avait
(1) Inscr. Sent., n° 76, p. 235 et 136; Mgr Rahmani, qui donne une bonne ver¬
sion dans Documents d' Orients, 1 1 1/1928, p. 197, n. 1, en avait d’abord (id., 11/1927,
ar. et syr. p. 201-203, fr. p. 60) fourni une moins bonne qu’il attribuait alors a un
evang^liaire de Mar Behnam lu par Pognon.
(2) Ce que prit Baidu n’est pas une ville, qui serait au feminin, mais un district;
d’ailleurs Mossoul est mentionn^e plus loin. Le texte veut dire que Baidu, montant du
sud par la route du Tigre, passa d’abord pres de Nimrud, appelee ici Ator la ville de
Mar Behnam, puis se dirigea vers Mossoul, avant de redescendre a Erbil. Le tell de
Nimrud est egalement appel6 Atur (ou Aqur) par Yaqut, cite par Researches, p. 44.
Cette acception du terme est tardive (ici XIIIe s.)
(3) Il faut bien dire «dans le choeur» et non pas «sur l’autel» comme le fait
deja Mgr Rahmani ( Documents d’ Orient, 1 1 1/1928, juin, fr., p. 15). En effet le syriaque
Madebho veut bien dire Fautel (bien qu’on dise aussi volontiers: tronos) mais signifie
Egalement le «saint des saints», le «choeur» de lYglise; cf. dans ce sens les inscriptions
ext^rieures de la porte royale.
GOUVENTS SYRIENS DE NINIVE
585
aveugld leurs yeux. Rabban Ya‘qub alia aupres du roi victorieux et fit
restituer au couvent tout ce qu’ il avait pris. Le Han fit meme au saint un
present qu’il prit sur sa propre fortune et offrit ses hommages au saint,
et le roi fut affiige.»
La fin de finscription peut etre interprdtde diffdremment, mais le
sens principal reste le meme: profitant des sentiments pro-chrdtiens du
roi, le sup^rieur Ya£qub se fit tout rendre, et il consigna le fait sur le
mur pour ddcourager par un si bel exemple d’autres pillards dventuels.
Nous avons vu que, cinq ans apres, les moines (probablement le meme
Ya‘qub) devaient avoir fidde gtmiale qui sauvera leur eglise dans les
siecles a venir, ils consacrerent Mar Behnam Hi dr.
Le XIVe siecle tout entier se passe dans le silence. Apres le gros
effort fourni au siecle precedent, le couvent semble se reposer. Pas un
seul nom de moine, pas un seul manuscrit, pas une seule inscription de
ce siecle (1).
Au siecle mort succedent le XVe et le XYIe, ou le couvent partage
de pres la vie, tres ralentie, de Y Eglise syrienne, puisque plusieurs
maphriens y demeurent de temps en temps et y sont enterrds. La cha-
pelle des sepultures n’a garde qu’une seule pierre tombale de maphrien:
celle de Dioscore Behnam, qui «est sorti de ce monde de douleur et s’est
rendu au paradis de joie en Pan 1728 des Grecs (1417) le 21 de juillet,
le mois des vents et des chaleurs empoisonndes» (2).
Trois autres maphriens habiterent Mar Behnam: le premier, Basile
Barsaume (1422-1455) y fut enterr£ (3). Quant au second, Basile ‘Aziz
(1471-1487), nous avons ddja relevd en parlant de Qaraqos ferreur de
(1) Ceci est d’aillcurs un ph^nomene general: les sculptures musulmanes du
siecle sont rares a Mossoul par rapport aux sculptures «atabek» ; pour les manuscrits
syriaques, Mgr Barsaume en recense 49 pour le XI Ie s., et 51 pour le XIIIe, mais 23
seulement pour le XI Ve, qui pourtant sont plus proches de nous et ont eu moins de
chances de destruction. La lecture de catalogues de mss. chalddens donne la meme
impression. Cp. Vetus Testamentum , 13 (1963), p. 260, n. 3.
(2) Pognon, Inscr., n° 74.
(3) B.H., II, col. 541.
586
ASSYRIE CHRETIENNE
Bar Hcbraeus (E qui fenterre «a Mar Behnam, a cote du precedent^
alors que Pognon a retrouve sa tombe a l’eglise de Tahira de Qaraqos,
ou elle est encore. Le troisieme maphrien nommement mentionne comme
ayant habite le couvent est Basile Ibrahim III 1496-1508E Mgr Abdal
pense que les maphriens continuerent a habiter Mar Behnam jusqu'a
la fin du XYIe-debut du XYIIe siecle.
C'est de Mar Behnam. appele ici de son titre complet, le monastere
du Hidr al ahdar dans la region de Mossoul, que le maphrien Basile
Pilate envoya, en fin 1579-debut 1580, une lettre a Gregoire XIII,
imitee par douze metropolites (2). II ne semble pas cependant que tous
ces personnages se soient reunis en concile a Mar Behnam (3), car
certaines lettres sont envoyees de lieux differents, par exemple le couvent
de St-Elie dans la province du metropolite du St-Sepulcre, ou a des dates
legerement differentes, decembre 1579 ou fevrier 1580.
Dans ces lettres, le maphrien et les metropolites jacobites s'excusent
aupres du pape de ne pouvoir aller eux-memes, a cause de «la difficulte
des temps», presenter leurs respects au siege paternel de Rome. Sans
cela, ils se seraient immediatement mis en route, fut-ce a pied, pour
aller lui baiser les pieds et jurer entre ses mains leur obeissance. En
attendant de pouvoir le faire, ils nomment le pretre Leonard Abel et
le chammas ;Abd an Xur 4' comme leurs procureurs aupres du pape.
On sait que le patriarche Ignace David Sah, qui regnait a cette
epoque 1576-1591 ", ne suivra pas son frere et predecesseur, Ignace
Xa;matallah, dans bunion avec Rome, malgre les efforts du delegue
(1) B.H., II, col. 548.
(2) Resume latin dans G. Levi Della Vida, Documenti intomo alle relazioni
delle Chiese Orientali con la S. Scde durante il Pontificato di Gregorio XIII, 1848. Coll. Studi
e Testi, CXLIII, p. 85-88. n° 10.
(3) Hoxigmanx Barsaurna, p. 176 parle d’une «reunion d'eveques jacobites»,
et confond le couvent d'Elie avec celui du Hidr table p. 192'.
4 Xeveu de l’autre maphrien, Ellya mentionne en 1583 et 1589^ et done
contemporain de Basile Pilate Diss., p. 170. sans n°, et B.O., II, p. 300). ‘Abd an Xur
devdendra pretre a Rome (Arnl\let, maphrien, n° 85 >.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
587
du pape, le meme Leonard Abel, devenu entre-temps eveque titulaire
de Sidon (1), qui quittera Rome en 1583 et passera quatre ans en Orient.
Le deldgu£ rencontrera Basile Pilate et le louera (2) mais ne pourra
obtenir de lui un acte formel d’union. II faudra attendre le milieu du
XVIIe siecle, 80 ans plus tard, pour que bunion se realise.
On a dit un mot au ddbut de cette section du siege episcopal qui
se forma au couvent vers le milieu du XVIIe siecle, et dura jusqu’a la
fin du XVIIIe. Trois de ses dveques sont enterrds a Mar Behnam, dont
le fougueux Kares (3). Les activity de ce dernier, centrdes sur Qaraqos
plus que sur le couvent, et la visite du P. Lanza, en 1765, oil il ne men-
tionne pas d’^veque, prouvent que ces prdlats rdsidaient le plus souvent
au grand village qui formait leur diocese. Mar Behnam leur servait de
titre vdndrable, et de lieu de sepulture.
Tant les manuscrits que les voyageurs du XYIIIe siecle donnent
une id£e de fdtat lamentable de ce «titre» Episcopal. En 1731, a cote
de l’eveque Kards, superieur du couvent, on trouve deux pretres, Sallba
et Iso‘ Zakko (de Qaraqos) et fintendant ‘Abdo, fils de Pacha. Quant
aux moines, on ne connait pas leur nombre. Le copiste d'un manuscrit
de Semmel (4) thait le moine R. Guorguls, fils de Gum‘a, fils de ‘Abd
ul Masih.
Un manuscrit de 1745 (5) mentionne quatre moines, en comptant
un ddfunt, en plus des serviteurs du couvent. Vingt ans plus tard, le
P. Lanza (6) y rencontre «deux ou trois moines».
Cette vie fantomatique cessera, a part quelques soubresauts, a la
fin du XVI I Ie siecle, lorsque Qaraqos deviendra catholique, alors que
(1) Sur ce personnage voir Particle Abel {Leonard) du DHGE, 1/1912, col. 70-71,
avec ref., par U. Rouzies.
(2) Thomas de Jesus, p. 386, cit6 par Honigmann, p. 180.
(3) Abdal, p. 161-162.
(4) Rituel de bapteme... de l’^glise de Semmel, actuellement a Qaraqos (Cat.
inedit des Mss. de Qaraqos, par Mgr Abdal).
(5) Abdal, p. 85.
(6) Ms. italien p. 293-297; trad. Mgr Bidawid, 2e £d., 1953, p. 28.
588
ASSYRIE CHRET1ENNE
la petite communaute de Mar Behnam restera jacobite. Quand le supd-
rieur Hindi Z6ra quittera le couvent, en 1782, les Ydzidis viendront y
habiter (1). Us en seront chasses en 1784, et le superieur l’occupera a
nouveau, pendant trois mois, puis fabandonnera pour se faire catho-
lique (2); et les Yezidis reviendront.
Mais les catholiques s’interessaient a Mar Behnam. Quand le pa-
triarche Michel Garwe sacra eveque, le 21 decembre 1790, le pretre
Bisara Ahtal, sous le nom de Cyrille Behnam, il lui donna le titre de
«Mar Behnam et Qaraqos, pour tous les Syriens habitant la Gazira
et l’lraq, de Gazira de Qardu a Basrah», et a plusieurs reprises le pa-
triarche recommanda a feveque de prendre soin du couvent. On y mit
alors une garde de trois Qaraqochiens, et les pretres du village venaient
chacun leur tour y passer une semaine. Quelques reparations furent
faites en 1794.
En 1798 arriva a Mossoul le patriarche jacobite Matta Ta‘lab, muni
d’un firman etablissant son droit de propriete sur le couvent, dont il fit
expulser les catholiques. Une petite colonie de moines de Mar Matta
y fut etablie et la vie religieuse reprit, attirant bientot quelques novices
dont plusieurs deviendront plus tard eveques et patriarches, tant chez
les Jacobites que chez les Catholiques (3).
Ceci dura jusqu’en 1819, quand un nouveau pillage provoqua la
dispersion des moines; ils n’y sont pas revenus depuis. La mort du cou¬
vent fut consacree par le raid de d^m^nagement des vases sacres et des
livres, organise par le maphrien Basile Ellya, fils de Hindi Karmo de
Mossoul, ex-superieur de Mar Behnam. Les manuscrits furent emmenes
a Dair az ZaTaran, pres de Mardln. Comme le catalogue de cette biblio-
theque n’a pas ete publie, on ignore combien de manuscrits de Mar
Behnam se trouvent la-bas.
(1) Abdal, p. 85 s. — Ceci t^moigne de rextension des Yezidis a cette £poque.
(2) Il deviendra patriarche syrien sous le nom d’Ignace Simon Hindi (18 14-
1818).
(3) Mgr Rahmani, Documents d'Orient , III/1928, p. 228.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
589
En 1839 le couvent passa definitivement aux Catholiques et, dit
Mgr Barsaume, «devint vide» (1). Le mot «devint» est peut-etre un
peu inexact; en tout cas, le couvent «resta» vide, et aucune congregation
religieuse syrienne d’hommes n’a encore rdussi a se constituer.
Les voyageurs et les orientalistes ne cesserent pourtant pas de lianter
ses ruines et d’admirer les sculptures, miraculeusement prdservdes de
l’dglise et du martyrion. Badger en 1844 y trouva quelques Kurdes (2).
Place, en 1852, le vit abandonnd. Pognon, en 1893, le decrivit comme
«des masures peu anciennes et pourtant tombant en ruines, dispersees
autour d’une cour centrale». Son seul habitant etait alors un gardien.
Le patriarche Rahmani commenqa sa restauration en 1901. Les
deques de Mossoul continuerent a s’y intdresser, notamment Mgr Dallal,
qui fit a cet effet une tournde de quetes en Europe et en Amerique. Mais
surtout Mgr Dallal nomma comme supdrieur du couvent, en 1934, celui
qui est maintenant Mgr Abdal, dont les travaux de construction et d’eru-
dition (3) ont rendu a Mar Behnam une celebrite digne du joyau dont
il reste maintenant a parler.
Un tresor
II sortirait du cadre de cette etude de donner une description de-
taillee des sculptures de Teglise de Mar Behnam. Inddpendamment de
l’oeuvre de Mgr Abdal, des vues et des plans de Tdglise apparaissent
un peu partout. Le plan le plus ancien semble etre celui de Badger
(1844) (4). Quant aux descriptions, la plus enthousiaste, mise a juste
(1) Cit., p. 627.
(2) Le meme Badger y revient en 1850, ou il note que le couvent £tait devenu
«syrian papal».
(3) Il faudrait signaler aussi le soin qu’il a pris d’y reconstituer une biblio-
theque, dont il a dresse un inventaire public (p. 124-125) et un catalogue in^dit.
(4) JVestorians , I, p. 95; cf. aussi, Pognon, /riser. Sem., 1907; Conrad Preusser,
Nordmesopotamische Baudenkmaller , Leipzig 1911, p. 3 a 13, et pi. 1 a 16, 18 a 20; H.C.
Luke, Mosul and its Minorities, Londres 1925, p. 112, tombe, 116, vue g£n£rale; Ugo
Monneret de Villard, Le chiese della Mesopotamia, Rome 1940, fig. 85, 88, 89, 91,
590
ASSYRIE CHRETIENNE
titre en exergue du petit guide illustrd frangais, est peut-etre celle de
Pognon ( 1 ) : «L,eglise de Mar Behnam est probablement la plus belle des
anciennes eglises orientales qu’il m’a et 6 donne de voir. Les chambranles
et les linteaux de la plupart des portes, les murs eux-memes en certains
endroits, sont ornes de moulures, d’arabesques et descriptions en relief,
en magnifiques caracteres stranguelo, et je ne crois pas qu’il existe en
Orient un aussi beau monument arabe du XIIe ou du XIIIe siecle.»
Cette derniere phrase pose la grande question, que nous allons
essayer de resoudre. Grace a la lecture des inscriptions, que fournit Mgr
Abdal (2), et grace a une splendide collection de photos du couvent et
de monuments contemporains, que la Direction Generale des Antiquites
d'lraq a bien voulu me donner, le travail se trouve simplifie.
La date de la construction primitive, ici ou sur le tell, par Isaac le
Persan ou par qui que ce soit, etant helas impossible a fixer avant que
des fouilles soient effectuees, c’est la date des sculptures que nous avons
sous les yeux que nous devons essayer de preciser.
Pognon, le premier, accrddita la date de 1164. Une restauration a
cette date est commemoree par une plaque encore sceltee dans le mur,
a droite du maitre-autel (3). Cette inscription donne l’annee grecque
1475. Comme cette annee se termine le 30 septembre 1 164, et que la mort
du maphrien Ignace Lazare, egalement mentionnee dans l’inscription,
survint le 15 juin 1164, Pognon situe a juste titre les travaux entre le
11 juin et le 30 septembre 1 164, et il ajoute: «Je suis porte a croire que
l’eglise a ete en grande partie rebatie a cette epoque.» Miss G. Bell cite
cette opinion sans la critiquer (4).
Mgr S. Sayegh, Histoire de Mossoul , III, 1956, p. 108-118, reproduction face, p. 108,
110, 112. Voute ‘Awn ad Din, p. 159.
(1) Cit., p. 133.
(2) Je ne saurais trop souligner que sans le travail du superieur de Mar Behnam
cette etude aurait ete impossible.
(3) Pognon, Inscr. Sem., n° 75, p. 134-135; Abdal, p. 157.
(4) Amurath, p. 262, n. 1.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
591
Herzfeld (1) aura beau signaler Fair de parentd entre nos sculp¬
tures et celles du temps de FAtabek Lu’lu’ (1233-1259), les auteurs pos-
terieurs citeront Herzfeld, mais continueront a dater les sculptures de
1164, sans se demander si en cent ans Tart de Mossoul n'avait pas un
peu dvolue (2) ? Mgr Abdal accepte dgalement la datation de Pognon,
ajoutant meme d'ingdnieuses remarques sur les noms des artistes et des
donateurs, pour suggdrer que la restauration fut foeuvre de Takrl-
tains (3).
Comme le probleme mdrite d'etre serrd de pres, reproduisons
d’abord, sans commentaire, tout.es les inscriptions qui donnent des
noms d’artistes ou de donateurs de cette dpoque.
Pour commencer, la plaque (inddpendante) de 1164:
«A dtd restaurd et achevd cet autel, par les soins des moines, Joseph,
pretre de nom, et de Abl Fadl (4) et Gibra’Il, les deux chammas, et
du frere Hassan, en Tan 1475 des Grecs et 559 de FHdgire, au temps
de... etc.»
Puis les inscriptions incorporees aux portes:
1° Sur la fagade extdrieure, courant d’une porte a Fautre:
«Ont exdcutd les portes de ce lieu de priere, Abu Salem et son frere
Ibrahim, par les soins des deux moines Tssa et Fadlallah, les deux
pretres; de Abl Nasr et Behnam, les deux chammas; et de Thomas et
Mahbub...» (5).
2° Sur la meme facade, a la fin de Finscription supdrieure de la
porte nord (celle de S. Pierre et S. Paul) :
«(Euvre et contribution de la femme de Muqaddar» (6).
(1) Archdologische Reise, II, p. 245, 247, 265, 266, 268, 277.
(2) Ugo Monneret de Villard, cit., p. 81 ; Hist, de Mossoul , 1 1 1/1956, p. 113;
Abb£ J. Leroy, Moines et Monasteres , cit., p. 233-243; etc.
(3) Abdal, note p. 70.
(4) Mgr Rahmani, cit., p. 196, avait mis Abu 1 Fadl.
(5) Abdal, p. 147; Mgr Rahmani, (p. 193) avait traduit inexactement : «cette
porte», au singulier.
(6) Abdal, p. 146.
592
ASSYRIE CHRETIENNE
3° Autour de la porte royale:
«Ont execute cette porte Abu Salem et Ibrahim, par les soins de
leurs compagnons les moines» (1).
Enfin, des incriptions en creux, dans les portes deja terminees:
4° Sur les deux chambranles de la porte du cimetiere des eveques:
«Cette porte a ete assemblee avec l’aide du chammas Abi Nasr,
fils du feu Halaf, et grace a son argent (2).
5° Dans le mur, perpendiculairement et en creux, a gauche du
chambranle de la porte de la chapelle du baptistere:
«A contribue a l’erection de cette porte, Bahiya, femme du ddfunt
Muqaddar» (3).
Comme fa justement remarque Mgr Abdal, tout cet ensemble dut
etre termine avant 1295, puisque e’est dans le mur de pierres qui joint
ces portes que le moine Ya‘qub inscrivit son succes aupres de Baidu.
Une premiere remarque s’impose: aucun des noms de la plaque de
1164 ne revient dans les autres inscriptions. On s’en douterait en voyant
le style des sculptures, elles ne peuvent etre de 1164! D’ailleurs, l’ins-
cription ne le dit-elle pas clairement; ce qui fut restaure pendant fete
de cette annee, et un ete suffit au travail, e’est «l’autel». On a vu plus
haut que cela peut vouloir dire l’autel lui-meme, ou plus probablement
le «choeur» avec la voute et Pautel. Les inscriptions qui vont venir disent
bien qu’elles represented un «renouvellement et embellissement» (4),
et que telle autre porte a ete «renouvelee, construite et decoree» (5).
Ceci est vrai par rapport a 1164, a quoi le reste est posterieur.
Toutes les inscriptions, sauf la premiere de 1164, forment un en¬
semble ou Ton distingue les noms des artistes, qui «exdcutent»; ceux des
donateurs laics, qui «collaborent, s’associent, participent» aux frais
(1) Abdal, p. 155.
(2) Abdal, p. 161.
(3) Abdal, p. 152.
(4) Porte du tombeau des eveques, Abdal, p. 190.
(5) Porte du saint des saints, Abdal, p. 155.
Pl. E. Couvent de Mar Beiinam, la porte des deux baptemes (vers 1250)
Pl. F. Gouvent df. Mar Behnam
Mar Behnam en costume de eroise (vers 1164).
COUVENTS SYRIENS DE NINJVE
593
direction; et ceux des instigateurs, pretres ou moines, «par les soins»
desquels 1’ oeuvre fut entreprise et terminde. La meme expression se re-
trouve d’ailleurs dans les colophons de manuscrits.
On verra bientot que le mot «oeuvre» de untel, est souvent a dis-
tinguer de «travail» de untel. Au premier sens, tel bienfaiteur «fait» une
oeuvre d’art, comme Cdsar «fit» un pont dans fexemple de notre vieille
grammaire latine. Ce que «fait» tout ce groupe, ce sont «les portes»,
c’est-a-dire tout l’ensemble architectural de la facade et des portes
intdrieures, tout le tour de l’dglise.
Les artistes sont deux freres, Abu Salem et Ibrahim, deux fois men-
tionnds dans cet ordre. II semble qu'ils aient dt d eux-memes moines,
puisque Tinscription de la porte royale nomine les moines «leurs com-
pagnons». Les deux freres signent l’ensemble de la fagade extdrieure et,
a l’intdrieur, la porte royale seulement. Leur travail est d’ailleurs inegal
et plus ou moins fignole; peut-etre finfluence des dldments sur les portes
exterieures a-t-elle effacd les traits les plus fins pour ne laisser que les plus
frustes, peut-etre Ibrahim exdcuta-t-il seul certaines pieces, et etait-il
moins habile qu’Abu Salem? Je laisse aux specialistes le soin de proposer
des hypotheses.
Deux des bienfaiteurs jouent chacun un role spdcial. En plus de leur
participation financiere au travail de fenstunble, ils aident a l’drection
de deux portes, ou les noms d’Abu Salem et d’lbrahlm ne figurent pas,
et ou les noms de ces donateurs sont inscrits en creux, et comme apres
coup. Le travail est done contemporain, puisque les memes mdcenes sont
mentionnes des deux cotes, mais les artistes sont-ils les memes? A cotd
du travail des deux freres, travail probablement exdcutd sur place, dtant
donne son importance, n’a-t-on pas aussi foeuvre d'un (ou peut-etre de
deux) artistes anonymes, oeuvre incorporde dans l’enscmble, par la vo-
lonte des protecteurs du convent, apres avoir dtd exdcutde a Mossoul. Les
expressions memes semblent indiquer que ce fut le montage, l’assem-
blage, l’erection qui ici fut faite a Mar Behnam.
Car apres tout, si Abu Salem et son frere sont de bons dleves, le
Rech. 23 — 38
594
ASSYRIE CHRETIENNE
sculpteur de la Porte de Baptistere est un maitre. L’etude de cette
porte va bientot nous reserver bien des surprises, mais pouvons-nous
cPabord essayer de la dater?
Les monuments de lYpoque ont ete disperses, plusieurs ont 6t 6
transposes au Musee de Bagdad. Et meme si les pieces sont resffies a
Mossoul, il est difficile de courir de Pune a Pautre pour comparer les
rosaces ou les palmettes. Heureusement, la Direction Gen^rale des Anti-
quites en a tir 6 d’excellentes photos, qui nous permettent de faire le
travail en chambre, avec un bon eclairage et une bonne loupe, ce que
nos devanciers ne pouvaient pas faire. Etalant done les photos sur notre
table, nous sommes arretes immediatement par une ressemblance frap-
pante entre la porte du baptistere et celle d’un mausolee de Mossoul, le
Maqam de PImam ‘Awn ad Din ( Mcizar Ibn al Hassan).
La composition est exactement la meme: une large inscription sur-
montant le tout, puis une frise de palmettes. Les memes palmettes,
presque en fleurs de lys, se retrouvent sur la porte de Peglise et sur celle
de la mosquee alors que, dans Peglise meme, celles des autres portes sont
differentes. Puis vient la frise etroite contenant Pinscription qui encadre
la porte en haut et sur les cotes. En dessous s'alignent les medaillons,
formes dans la porte chretienne, par les corps de serpents entrelaces.
Evidemment la porte musulmane est aniconique, et les tetes de serpents
s’y transforment en fleurons stylises, tels qu’on les retrouve dans tous les
monuments de Mossoul a cette epoque, et meme dans la brique taill^e
du mausolee de PImam Yahia abu 1 Qasim. Les petites rosaces, ner-
veuses, a huit petales et bouton central, sont les memes, et placees de la
meme fa^on entre les medaillons. A Pinterieur de ceux-ci, la porte de
lYglise montre de petits personnages, ou entrelace des croix au dessin
floral; mais la ou il n’y a pas de croix, dans les deux medaillons symd-
triques du bas des montants par exemple, la similitude de Pentrelacs est
evidente avec celui de Pautre porte.
Il y a bien sur quelques petites differences, l artiste etant trop grand
pour se copier servilement, mais le style est le meme, la «maniere»
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
595
est la meme, ces deux monuments sont jumeaux, et done con-
temporains.
Or la porte de ‘Awn ad Din est dat£e (1), elle fut exdcutde en
1248 (646 H.).
Mais laissons, pour le moment, la porte du baptistere, et voyons si
nous pouvons dater le reste.
L’ordonnance de la niche centrale de la FAgADE, flanqude de
deux petites niches (2), a son parallele dans la mihrdb du masgad dit
de la main de PImam ‘All (Panjah ‘All), actuellement au Musde de
Bagdad. La, la niche centrale, formant le mihrdb , descend jusqu’au sol;
les niches laterales abritent les empreintes de la paume de PImam et
du sabot de son cheval. Ce monument date de 1287 (3). Cependant,
la fagade de Mar Behnam est moins poliede, elle semble une dbau
che en comparaison de ce chef-d’oeuvre; probablement lui est-elle
anterieure.
II semble done clair que les sculptures de Mar Behnam ne datent
pas de la restauration de 1164, mais probablement du milieu du XIIIe
siecle. Mgr Abdal a tres pertinemment remarqud (4) que le travail
de la porte de la chapelle de la Ste Yierge n'Sait pas terming. Cela
peut venir (e’est arrivd en d’autres lieux) de Pepuisement des fonds
(1) Cf. N. Siouffi, Inscriptions de Mossoul, ed. arabe de M. Sa‘id ad Dewah6I
(Mossou!, 1956), p. 99 et n. 1 ; et Repertoire chronologique d' epigraphie arabe , t. XI, n° 4289.
— On peut relever aussi une ressemblance, bien que plus lointaine, avec une porte
de PImam al Bahir, datS de 1290, mais cette seconde porte est plus «sophistiquS»,
comme diraient les Anglais. Cf. Mossoul au temps des Atabeks, par M. Sa‘Id ad Dewah6I
(Mossoul 1958), fig. 36 et texte p. 129; Muniat al Udaba ’, ed. du meme, p. 107-108;
Inscriptions de AIossoul , id ., p. 146 et 194. Cette piece a 6t6 transports a Bagdad.
(2) Faites pour recevoir le «kaouk» ou coiffure de l’Seque officiant (?), dit
la brochure St. Behnam and His Monastery , p. 21.
(3) Siouffi (Inscr., p. 148-150) avait lu 808 H. (1405) alors que le Naqlb men¬
tions serait mort en 1399 (note de l’editeur, p. 149). En fait, le Repertoire d' epigraphie
arabe (t. XIII, n° 4888) restitue la veritable date, 686 H. Le style des sculptures disait
tout de suite qu’elles ne pouvaient etre du XIVe-XVe siecle.
(4) P. 162.
596
ASSYRIE CHRETIENNE
consacres a l’ouvrage; mais ne peut-on pas imaginer que l’oeuvre fut inter-
rompue par les troubles qui eclaterent en 1261, quand Malik Saleh
Isma‘Il, fils de Lu’lu’, se revolta contre les Mongols? Ce fut alors un
sauve-qui-peut general et beaucoup d’artistes chretiens emigrerent de
Mossoul; on peut suivre les orfevres en Egypte et jusqu’a Venise. Si les
sculpteurs travaillaient encore en ville (les chretiens ayant ete relayes par
leurs eleves musulmans, comme pour les cuivres incrustes) personne ne
se risquait plus hors de la ville. Nous pouvons done placer le travail entre
1250 et 1261.
Mais un autre probleme se pose: le maitre de la porte du baptistere
est-il Abu Salem? Alignons d’abord les arguments pour et contre:
Videtur quod non: le style de cette porte est plus vigoureux, l’art est
plus consomme, la maniere plus aisee que dans les autres portes. Les
palmettes sont differentes, et elle est la seule a posseder des rosaces.
Mar Belinam y est barbu, et ailleurs imberbe.
Et surtout, le nom d’Abu Salem n’est pas inscrit sur la porte. Alors
que, sur la facade, il avait ecrit avoir fait «ces portes», ici, sur la porte
royale voisine, il dit avoir execute «cette porte».
Sed contra: toutes les portes sont liees par une seule inscription; le
texte du Credo, qui commence autour de la porte du baptistere et se
poursuit autour des autres, . fait vraiment partie de la decoration de
la porte.
Et aussi, e’est la meme donatrice, Bahiya, qui a contribue a la deco¬
ration de la fagade exterieure, oeuvre d’Abu Salem, et a l’erection de
cette porte. On se demande pourquoi, ici, son nom a ete inscrit apres
coup, en creux, a cote de la porte; mais il reste que e’est la meme «femme
de Muqaddar». Que Ton precise ici que Muqaddar est defunt semble
ne rien devoir apporter a la chronologie, car l’aurait-on nommee toute
seule, dans la premiere inscription, si son mari avait ete encore vivant?
Peut-etre la solution du probleme est-elle fournie par un detail
insolite que nous offre la porte du baptistere dans son etat actuel: alors
que toutes les figures de tous les medaillons sont en excellent dtat de
GOUVENTS SYRIENS DE NINIVE
597
conservation, le mddaillon central, au-dessous du lion a tete carrde, a dtd
efface au burin. Le travail a dtd fait soigneusement, et le cadre n’a pas
dtd dbrdchd. Ce n’est pas a coups de pierres que Ton a pu obtenir un tel
resultat, et la sculpture n’est pas a portde de la main. On n’a pas affaire
a un iconoclaste, car les autres figures ont dtd respectdes. La sculpture
effacde n’etait pas une croix (1), car il y en a une, intacte, juste au-
dessous. Ce n’etait pas non plus un diable, dont les squatters ydzidis
auraient pu s’offenser; ils en ont laissd plusieurs qui dtaient a leur portde,
et d’ailleurs il est probable qu’ils n’ont pas idee de notre representa¬
tion traditionnelle du demon, puisqu’ils evitent meme de le nommer.
Je ne vois done qu’une explication au contenu efface du medaillon
central: il devait donner le nom de l’auteur. Dans la meilleure tradition,
qui s’est perpetuee depuis les rois assyriens jusqu’aux copistes modernes,
on effaga sa signature quand on integra son travail dans un ensemble
signe par d’autres.
Si, comme je le pense, l'auteur de cet encadrement est le meme que
celui de la porte de ‘Awn ad Din, il faut le placer vers 1248, date a
laquelle il sculpte la porte du mausoiee musulman. Par ailleurs, pour
que Ton ait ose effacer son nom, le sculpteur devait etre mort. L’ensem-
ble scuptural de Mar Behnam fut done drigd apres 1248.
Je crois que nous ne serons pas loin de !a rdalitd si nous reconstituons
ainsi la sequence des faits: Bahlya demande a l’anonyme de lui exd-
cuter une sdrie de portes sculptdes pour Mar Behnam. Le travail est
commencd, avec le texte de finscription commune, par la porte du bap-
tistere. Mais l’anonyme ne vas pas plus loin; il meurt vers 1250, et est
remplacd par Abu Salem et son frere, qui acceptent d’intdgrer a leur
travail la porte de leur prdddeesseur, mais a condition que son nom soit
effacd. Comme le nom de Bahlya, qui lui etait joint, disparait par la mc-
(1) Dans le Jinteau de feglise de Mar Huddni, a Mossoul ( Mossoul Chre-
tienne, fig. 1 1) le motif central a dgalement dtd effacd, mais ici les circonstances dtaient
diffdrentes, et il est possible que g’ait dte une croix.
598
ASSYRIE CHRETIENNE
me occasion, on Tincise dans le chambranle. Le travail d’ensemble est
presque termine, quand il est interrompu par les evenements de 1260.
Restent deux petits problemes souleves par cette restauration de
1250-1260: d'abord, conserva-t-elle le plan primitif de Peglise, ou le
bouleversa-t-elle ? Pognon avait deja remarque la phrase inserde
par Bar Hebraeus dans la notice necrologique de Kasrun, mort en 1 139.
II fut, dit-il, enterre «devant la porte meridionale de la nef». Or, il n’y
a plus actuellement de porte sud donnant acces a la nef; la porte du
baptistere, ou celle qui est a cote de Tinscription de Baidu, en ont pris la
place. D’ou Pognon suppose que jadis Teglise etait entouree de galeries,
selon le plan syrien primitif encore visible, par exemple, au couvent de
Qartamin, et que le bouleversement que nous venons de dater transforma
ces galeries en chapelles laterales. Cette hypothese est tres plausible.
Le deuxieme probleme est le suivant: les restaurateurs etaient-ils
des Takrltains? Mgr Abdal le pense (1) parce que leurs noms etaient
arabes, et que leur technique ressemble a celle de la glyptique de Sa-
marra’. En fait, un seul nom «arabe» d’artiste est connu, c’est «Abu
Salem», dont le frere s’appelait d’ailleurs prosaiquement Ibrahim. Parmi
les noms des autres personnages, on trouve un chammas Abu Fadl en
1164, a cote du frere Hassan; un pretre Fadlallah, un chammas Abu
Nasr, et un certain Mahbub en 1250; en meme temps que, des deux
cotes, des moines et des laics a noms chretiens traditionnels: ‘Issa, Beh-
nam, Thomas, Gibra’Il.
Si I’on examine des listes de noms de cette epoque, par exemple
les listes de copistes dressdes par Mgr Barsaume, on rencontre: au XIIe
siecle, parmi 36 noms, un Abu Farag, d’Amed; au XIIIe siecle, sur 40
noms, on trouve un Abu 1 Farag de Ba Sabrina, un Abu 1 Hassan du
Segestan, et un Abu 1 Hassan de Mardin. Il semble done difficile de
conclure que tous ceux qui portaient des noms arabes venaient de Takrlt;
sinon il faudrait dire que Bar Hebraeus etait takrltain, puisquhl s’appe-
lait aussi Abu 1 Farag. La verite semble etre qu’il y eut, au XIIIe siecle,
(1) P. 70, n. 1.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
599
une vague de popularity pour les noms arabes parmi les chretiens d’lraq;
nous avons assiste a une nouvelle vague de la meme mode ces dernieres
annees.
D’ailleurs, arabes ou autres, deux noms accolds attirent notre atten¬
tion: ce sont ceux des chammas Abu Nasr et Behnam. Une paire fameuse,
de memes noms, est connue: ce sont les freres Habbo Ganni de Bartelli,
dont le second, medecin et ecrivain, restera chammas, tandis que le pre¬
mier deviendra supdrieur de Mar Matta en 1260 (1). II n’y a aucun
inconvenient que lui aussi ait 6t6 chammas en 1250, et je ne serais pas
etonne que les deux freres aient joue un role dans la restauration de Mar
Behnam. Ils en auraient certainement fait autant a Mar Matta si les
circonstances n’avaient pas alors tragiquement change.
Mais revenons a la porte du baptistere. La chapelle a laquelle elle
conduit, situee dans le coin sud-est de feglise, est appeiee actuellement
«chapelle de Ste Sarah». La raison semble en etre que l’un des motifs
du linteau representerait le bapteme de Sarah par Mar Matta; du moins
le croit-on generalement (2). En fait, quand on regarde le motif avec
attention (ou avec une forte loupe pour examiner une bonne photo)
on se rend compte que le personnage que Ton baptise est entierement
nu et a tres nettement une barbe. Miss Bell et Herzfeld, qui ignoraient
Interpretation citee, y avaient vu spontanement le bapteme du Christ
dans le Jourdain (3). Le costume du baptiseur, un moine encapu-
chonne (4), fait plutot penser que ce qui est rcprescnte ici est le bapteme
de Behnam.
Une inscription en creux, gravee verticalement a l’interieur des
montants, a droite et a gauche, fournit la clef de interpretation. II y
(1) B.H., d’apres Mgr Barsaume, p. 539, n. 1. — Une confirmation de notre
these serait donnee si Ton pouvait prouver que son pere s’appellait Halaf.
(2) Mgr Rahmani, cit., p. 198; J. Rahmani, p. 24; Abdal, p. 152; Leroy,
p. 240; etc.
(3) Amurath, p. 263, n. 2 et Reise, p. 247.
(4) II semble bien que son capuchon ait meme deux pointes?
600
ASSYRIE CHRETIENNE
est dit (1): «Le martyr S. Behnam a grandi entre deux baptemes; il
s'est baigne dans beau, mais cela ne lui a pas suffi, il a fait plus, et s’est
aussi baigne dans son sang; et quand son corps fut couvert du sang de
son cou, et que FEglise le vit et apprit ses actions, elle commenga a se
demander: qui est done celui-ci, a fhabit teint de sang?» (2).
Si ce texte confirme notre interpretation du mddaillon de gauche,
le bapteme de Behnam, ne livre-t-il pas aussi la clef du mddaillon syme-
trique de droite? Pour les tenants de Tinterprdtation traditionnelle, Ton
a ici Behnam «monte sur un coursier et poursuivant un cerf». Au lieu
de cela nous voyons a la loupe un personnage assis en amazone, dont
on pourrait presque dire qu’il trone en majeste. Miss Bell et Herzfeld?
qui voyageaient avec des jumelles cornme on le faisait en ce temps -la,
avaient tout de suite appeld la scene: Tentrde a Jerusalem, le jour des
Rameaux (3). Mais si Ton regarde plus attentivement on voit, sous
Pencolure du cheval, quelque chose que Ton a pu prendre pour une
gazelle, mais qui est en realite un petit personnage en marche, brandis-
sant de sa main droite levee Tepee (ou le baton) avec laquelle il vient
mettre a mort un Behnam transfigure, en contemplation de Dieu (4),
et tenant deja en main le Livre de Vie (5). Sous le ventre du cheval
(1) Abdal, p. 252.
(2) Ce magnifique petit tableau represente aussi deux poissons dans les eaux,
a droite et a gauche des jambes de Mar Behnam. Mais la legende ne dit-elle pas que
le bapteme eut lieu a ‘Ain Sara (Abdal, p. 183) ? Or, celle-ci est plus chargee de sels
que la Mer Morte, et ses gaz deltreres ont suffoque un moine en 1910, comment Beh¬
nam put-il y etre immerge?
(3) Il faut avouer que les oreilles de la monture sont un peu grandes et pour-
raient faire croire que Pon a affaire a un ane. Abu Salem faisait quand meme mieux
que l’anonyme ses oreilles de chevaux (cf. linteau de la porte royale).
(4) Cf. A. Grabar, A lartyrium, II, p. 42.
(5) Alors que son tmule occidental avait rapidement monopolist la palme
a laquelle auraient normalement eu droit tous les justes (Apoc. VII, 9), le martyr
oriental prefere la couronne comme embleme iconographique (A. Grabar, A lartyrium,
t. II, p. 38-104; Dom H. Leclercq,, in Diet. d'Arch. Chret. et de Liturgie, X/1932, col.
2491-2494, s.v. Martyr, § XL VI). D’ou les couronnes, souvent de vtritables cuves, que
GOUVENTS SYRIENS DE NINIVE
601
on voit encore un second bourreau, accroupi comme un gardien de but
attendant le ballon, et dont les deux genoux, la tete, et un bras plid
apparaissent nettement.
La porte n’est done pas la porte de Sarah, mais la porte des deux
baptemes. Elle s’ouvre aujourd’hui sur la chapelle du baptistere. Jadis,
on le voit d’apres le plan de Badger (1844) la cuve baptismale dtait a
a droite de l’autel central, dans le choeur; il y avait aussi une autre cuve
dans Fantichambre du martyrion.
Le cadre de la porte des deux baptemes presente les figures de six
moines, trois a droite et trois a gauche. Les deux moines infdrieurs droits
ont leurs noms incises (peut-etre posterieurement) dans le cadre qui les
entoure. Ce sont, au milieu Mar Daniel, et en bas (probablement) Mar
Sohdo; ce sont des moines jacobites, ce qui est en harmonie avec la
legende. II est probable que les autres sont Mar Matta, Zaka'i, Abraham,
et un inconnu, peut-etre Mar Eugene dont Matta est censd etre le
deux petits anges ont de la peine a soutenir au-dessus de leurs tetes, comme ici dans
le stuc voisin. Mais un autre insigne medieval du martyr oriental est le rouleau ferm6
tenu en main. M. l’abbe Leroy veut bien m’en signaler deux exemples dans les ma-
nuscrits enlumines, repr^sentant les XL martyrs de Sdbaste (Tun est reproduit dans
Moines et monaster es, fig. 52). A Mar Behnam, sur la « porte des deux baptemes »,
le saint tient en main un rouleau, alors que sur la porte royale un ravissant petit ange,
les jambes en Fair, survole le col de son cheval et lui apporte le livre. Malheureusement
Abu Salem n’explique pas ses sculptures, sans quoi il nous dirait pourquoi il n’en a pas
confer^ a S. Georges, et aussi peut-etre ce que S. Georges vient faire la.
Je presume que le rouleau repr£sente le Livre de Vie, car les autres sens classiques
du rouleau (cf. F. Cumont, Recherches sur le symbolisme funeraire des Romains , Paris 1942,
p. 27, 290, n. 2, 306, et add. 300) repr&entant la Sagesse, puis le Salut (id., p. 478
et n. 4) ne semblent pas convenir a un martyr. Le Livre des Vivants au contraire, oil
son nom est d^sormais inscrit, est un theme emprunt£ a la Bible et d^veloppd dans
les Apocryphes (cf. Hastings, Diet, of the Bible , Extra volume, 1904, col. 293 b. — Cp.
Cumont, cit. note 5, p. 478) qui aura grand succes dans la liturgie syrienne (Dom
R.H. Connolly, The Book of Life, in The Journal of Theological Studies, XIII/1912,
p. 580-594). Cependant, les pieces iconographiques sont trop rares et la periode de
leur apparition trop limit^e pour permettre plus qu’urie hypothese.
602
ASSYRIE CHRETIENNE
disciple (1). Tous sont representes avec un livre dans la main gauche et
une croix dans la main droite. Les vetements des deux figures superieures
sont plus simples, ceux des quatre personnages infifrieurs sont amples et
savamment drapes, un peu a la maniere des coules des Benedictins.
Une autre question que nous ont fait oublier les tresors de 1250 est
celle-ci: ne resterait-il rien de la restauration du choeur en 1164?
Je crois que si. Scellee dans le mur, a 1 m. 25 du sol, dans le choeur,
a droite de la petite porte qui conduit aux tombeaux des dveques, se
trouve une petite pierre de 30 centimetres sur 22. Sa sculpture est d’une
technique assez pietre. Point de relief saisissant aux registres savamment
etages. On a plutot affaire a un dessin grave qu’a une sculpture, mais
si le sculpteur etait novice, le dessinateur etait un maitre.
L’equilibre general du dessin est parfait. Mar Behnam est repre¬
sente a cheval. Un vide sous le bras qui tient la lance a ete delicatement
comble par les deux bouts entrelaces de l’echarpe, s’envolant legerement
vers l’arriere, presque horizontalement. Un autre vide devant les pattes
de derriere du cheval a ete occupe par la grosse queue du diable, remon¬
tant verticalement. La masse de la croupe, qui aurait menace d’etre
trop sombre, a ete allegee par un tapis de selle en peau de leopard, dont
les taches rompent la monotonie; le procede est bien connu des
miniaturistes.
Quant au diablotin noiraud et anguleux, piteusement etendu sur
le dos en dessous du cheval, le dessinateur n’a pu le rendre horrible, et
on se prendrait presque a regretter la posture humiliee dans laquelle son
sujet voulait qu’il le place.
Mais ce qui me semble plus interessant encore, c’est le delicieux
melange de caracteres orientaux et occidentaux, qui font de cette sculp¬
ture une piece unique dans l’iconographie du nord de l’lraq.
Oriental, le cheval au cou tres long et mince, presque droit, termine
(1) Mgr Rahmani (cit. p. 198) avait lane 6 la tradition d’y voir Antoine,
Pacome, Macaire, etc. ; je ne sais sur quoi il se basait.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
603
par une toute petite tete, hors de proportion avec la croupe et avec la
tete du personnage. Nous avons la une des caracteristiques des chevaux
arabes de race pure, tels qu’on les retrouve dans les miniatures de 1’ecole
de Bagdad et dans les miniatures persanes de l’dpoque timouride.
Orientales aussi, les boucles d’oreilles, telles qu’en portaient il n’y a
pas encore si longtemps les hommes de Qaraqos. Ici, pour bien montrer
que le heros est chretien, les boucles ont dtd faites de deux lourdes croix.
Orientaux enfin les larges yeux, presque en amande, tout proches
de ceux des lions a tete carrde qui deviendront si populaires dans les
sculptures du XIIIe siecle.
Et cependant, le personnage de Mar Behnam n’a pas dte traite
entierement selon le canon oriental. L’artiste a voulu montrer que nous
avons sous les yeux un prince chrdtien, il l’a done represented sous les
traits d’un chevalier croisd. La coiffure, sauf le bouton central ajoute
par fantaisie, se rapproche fort des tortils des barons francs, les chaussures
font penser aux souliers a la poulaine de nos chevaliers, et la robe retombe
toute droite comme une lourde cotte de maille.
L’auteur anonyme avait-il done vu des chevaliers croisds? La pro¬
fusion des croix dans son oeuvre prouve qu'il dtait chrdtien; il est done
peu probable qu'il ait participd a Tune des contre-croisades sarrasines.
Des chevaliers chretiens dtaient-ils alors venus a Mossoul ? Michel le
Syrien dit qu’en 1094 Beaudoin d’Edesse et Josselin de Courtenay furent
amends prisonniers a Mossoul, ou le sultan Abu Mansur Gawall les re^ut
avec courtoisie. Il alia meme jusqu’a remettre leur rangon, ce qui amena
en 1108 l’alliance de Josselin, devenu Josselin d’Edesse, avec le prince
musulman, et par consequent des dchanges d'ambassades que notre
artiste put rencontrer.
Mais surtout, en 1162 le gouverneur de Mossoul, Gamal ad Din,
chargea le maphrien Ignace Lazare de ndgocier avec le roi d'lbdrie le
rachat de prisonniers arabes. Les pourparlers ayant dtd couronnes de
succes, le maphrien rentra a Mossoul avec un ambassadeur ibere, «des
croix fixdes au haut des lances», au milieu de la joie gdndrale. Je serais
604
ASSYRIE CHRETIENNE
fort tentd de croire que c’est dans cet episode que notre artiste a trouve
son inspiration pour la croix qui termine la hampe de la lance de Mar
Behnam. Ceci nous rapprocherait singulierement de la restauration
de 1164.
Un detail de cette petite sculpture va faire son chemin a travers les
autres representations de Mar Behnam et meme de S. Georges que Ton
trouve soit sur la porte royale, soit dans le grand relief en stuc qui avoi-
sine cette porte, un peu a gauche; c’est Techarpe gracile qui vole au
vent derriere le cavalier.
Parlerons-nous du stuc qui vient d’etre mentionne? On en a dit
beaucoup de mal. Pognon aurait souhaite qu’on le detruisit (1). La
verite est que peut-etre le travail patit de son voisinage avec des oeuvres
de maitres, alors que lui-meme est a peine passable. Peut-etre en vou-
lons-nous surtout a son auteur d’avoir etd trop ambitieux, de s’etre risque
en dehors d’un domaine qu’il connaissait bien (2). II savait certai-
nement ciseler le platre, les decorations de la couronne le prouvent, mais
il etait moins a son aise dans le modeiage. II y a longtemps que l’art de
Mossoul avait perdu le sens du volume libre (les dernieres statues datent
des Parthes) et le relief qu’on trouve maintenant n’est qu’un demi-relief,
toujours prudemment arrime a la pierre mere, comme un bernard Ter¬
mite a sa coquille. Peu de stucs de Mossoul ont survecu, mais ce qui en
reste, oiseaux ou petits personnages, dans les ruines du palais de Lii’lu’
(Qara Sarai), prouve que les artistes de Mossoul savaient travailler,
quand ils restaient dans le plat. Ge qu’on a demande a hauteur de notre
stuc, et Ton a probablement du insister pour Tobtenir, c’est qu’il se risque
en volumes; il ne l’a fait qu'avec hesitation, pour la tete du cheval, par
exemple, qui est censee etre de face, retournee vers le diable. Avouons
(1) Pognon, p. 133; pour Pabbe Leroy, a cote des sculptures ces reliefs
«rendent une note baroque et paraissent fades».
(2) On a la meme impression avec les miniaturistes d’Alqos du XVIIe s.,
maitres du dessin geometrique, mais terriblement gauches dans la figuration.
COUVENTS SYRIENS DE NIN1VE
605
que le resultat aurait pu etre pire. Peut-etre memc une restauration
scientifique rdserverait-elle d’agreables surprises.
De quand date ce relief et celui (hdlas, tout d^figure) de Sarah, qui
lui fait face? On manque de point de comparaison pour pouvoir juger,
car une telle oeuvre est unique en son genre. Elle est certainement pos-
t^rieure a 1164, puisqu'elle reprend le motif ddsormais stereotype du
cache-nez au vent. Pognon a fait remarquer qu’une inscription de 1550
l’avoisine. Ceci localise les deux stucs entre le XIIe siecle et le XYIe.
On pense habituellement qu’ils sont du XVe, ceci sans raisons bien defi-
nies. Mais ne pourrait-on pas penser qu’ils datent de 1 250, en meme temps
que les sculptures au milieu desquelles ils s’incorporent (1). Car si
meme on pouvait prouver qu'il y avait jadis a cet endroit une petite
porte conduisant directement de l’dglise a la «sacristie», on pourrait
toujours repondre que cette porte fut bouchee en 1250.
L’artiste qui a fait le bas-relief de Behnam s’appelait le chammas
«Hormiz» (un Nestorien ?), fils du pretre Hairallah, aux frais d’Abl 1
Fath, fils d’Abl 1 Barakat, connu sous le nom d’lbn Toma (2). Un
certain Abu 1 Fadl dit aussi y avoir travailld (3). Autour du stuc de
Sarah on peut dechiffrer la fin d'une inscription (4): «... son frere et
sa mere. Au temps de Abi 1 Fadl, Sa‘Id, Mansur. Que Dieu ait pitie
de leurs enfants.»
La ou le travail du stuc atteint une perfection rarement dgalee, c’est
dans la coupole voisine, celle de la chapelle de la Ste Vierge (5). Et
cependant, je connais une coupole qui lui est encore supdrieure, bien
qu’elle soit en tres mauvais etat. C’est celle du mausolde abandonne dit
(1) La presence de la langue arabe dans les inscriptions des stucs n’est pas
un signe de difference d’^poque, car la porte sud de la facade comporte ^galement
une inscription arabe.
(2) Abdal, p. 158-159.
(3) Abdal, p. 159.
(4) Abdal, p. 160.
(5) II y avait une autre coupole de meme style dans la chapelle dite de Mar
Matta (reproduction, Abdal, p. 150 b), elle s’est £croulee en 1913.
606
ASSYRIE CIIRETIENNE
de «W£lada», a Tentree de Singar. La technique est sensiblement la
meme, mais Welada a elimine les masses de remplissage des coins de
Alar Behnam en faisant partir sa voute d’un octogone au lieu d’un carre.
A Wdlada aussi les decorations des ecoin^ons (carrds, losanges et etoiles)
sont beaucoup plus dedicates et plus proches des gracieux delids que Ton
trouve sur la brique abbasside, par exemple au mausolee de Yahia abi 1
Qasim a Mossoul, ou au «Palais Abbasside» de Bagdad.
Ugo Monneret de Yillard (1) a compare les coupoles de Mar
Behnam avec quelques autres. II serait interessant d’etudier comment la
difference de materiau, brique ou platre, a amene des techniques di-
verses, le platre se pretant mieux aux lignes courbes continues, alors que
la brique postulait les petits plans successifs qui trouvent leur meilleure
mise en valeur dans le nid d’abeille, dont on a tant de beaux exemples
a Mossoul. La semi-coupole du monument funeraire de la Fosse, piece
tardive et d’imitation, combine dans la pierre (done sans plus de raison
fonctionnelle, mais uniquement a titre de decoration) les nervures du
platre et les nids d'abeille de la brique. Mais attention, dire le mot
«imitation» est deja nous prononcer: la coupole serait anterieure a 1300.
Ce que Ton sait de l’insecurite apres 1260 nous pousse a la faire contem-
poraine des portes et des sculptures; le stuc de S. Behnam et celui de
Sarah resteraient-ils done tout seuls pour le XVe siecle?
Les auteurs de la coupole sont connus, ils s’appelaient ‘Issa an Nat-
tafa et Mihanl (2). Je crois qu’on peut les dater du milieu du XIIIe
siecle.
II y aurait encore beaucoup a dire sur l’eglise et ses sculptures, son
plan ancien et sa disposition moderne, etc., mais il faut passer au tom-
beau. Le monument funeraire lui-meme, adosse au mur est, est lamen¬
table quand on le compare a la sculpture de lYglise. Les nervures
manquent de nerf, les rosaces sont demultipliees et plates, la piece sent
la copie et Timitation, sans inspiration et sans art.
(1) Le Chiese della Mesopotamia , p. 82-86, fig. 85, 88, 89, 90.
(2) Abdal, p. 163; les inscriptions sont tantot en syriaque, tantot en arabe.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
607
La lecture des inscriptions confirme cette impression pdnible; ce
tombeau date de 1300 (1). Le bienfaiteur qui lc lit driger s’appelle
Mas‘ud, fils de Ya‘qub, fils de Mubarak, fils de Nazik, de Bartelli. II
ne trouva pour l’executer qu’un dquarisseur de pierres nommd Mas‘ud,
fils de Yusif, et pour graver les inscriptions qu’un orfevre nommd Taimur.
Le petit martyrion a recueilli toutes sortes de debris descriptions
et de morceaux de sculptures, qui ont dtd pieusement scellds dans ses
murs. La piece la plus intdressante de ce musde lapidaire est la croix
armenienne, dont nous avons deja parld a propos de Karamlaiss. W.
Bachmann reproduit une pierre assez semblable se trouvant au lac de
Van, et qui est la-bas une pierre tombale (2). L’inscription armenienne
de Mar Behnam n’a jamais dtd lue defaqon satisfaisante, et la pierre reste
non dat de. Probablement remonte-t-elle au XIVe siecle.
Mais le grand probleme de Mar Behnam reste celui des reliques.
II est inutile de scruter la ldgende et de se scandaliser de ce que Senna¬
cherib ait bati un monastere a Mar Matta avant de construire un tom¬
beau a ses enfants, ou meme d’essayer d’expliquer le mot gub par la
ldgende, alors que c’est probablement la ldgende qui a tente d'expliquer
le mot, comme tout le reste. Tout ce qu'on pent tirer du texte c’est qu’au
moment de sa rddaction, il y avait ddja deux batiments, a un jet de pierre
Tun de l’autre. L’un, appeld «la fosse», dtait censd avoir contenu, dans
son mur est, en face de la fosse (la oil est actuellement le monument
fundraire) les deux monuments, en marbre, que Sirin avait fait driger a
ses enfants (3). L’autre batiment dtait «le temple», rdputd construit
par Isaac le Persan, et pres de 1'autel duquel les reliques avaient dtd
transportdes. La restauration de 1250 ne changea pas fordre des choses,
(1) Pognon, cit. ; Mgr Rahmani, ar. p. 225-228, fr. 17-19; Abdal, p. 175.
(2) Kirchen und moscheen in Armenien und Kurdistan , Leipzig 1913, pi. 40 a dr.,
pierre tombale d’Achtamar.
(3) Abdal, p. 171; le texte publid par Mgr Rahmani (fr. p. 12) est clair:
«Les deux monuments restent jusqu’ici attenants a la muraille de Test, en face de
la fosse. »
608
ASSYRIE CHRETIENNE
et les pillards de Baidu, en 1295, furent aveugles par Dieu afin qu’ils ne
voient pas le «coffret» des reliques, qui se trouvait encore dans l’eglise.
Mgr Abdal suppose qu’elles furent transporters au nouveau tombeau,
«en grande pompe» (1) en 1300.
Pourquoi les moines coururent-ils le risque de sortir de l’enceinte
de leur couvent ce qu’ils avaient de plus precieux? Etaient-ils done tel-
lement convaincus de la protection du Hidr? La legende de Mar Beh¬
nam et l’histoire de sa tombe n’ont pas fini de poser des questions.
Avant de quitter le tombeau il faut citer un texte curieux. Le P.
Lanza, qui en est l’auteur, est ici tres sujet a caution, puisqu’il ne parle
meme pas de Mar Behnam, et prend tous les cavaliers sculptes de son
eglise pour des SS. Georges. II recueillit a propos du tombeau une etrange
tradition, que probablement il comprit mal, quand il vint au «Hidr
Elias» en 1765. «D’apres 1’opinion de certains d’entre eux, dit-il, un
certain marchand construisit cela a son retour de l’Xnde et voulut y etre
enterre» (?).
Que se passa-t-il apres le XIIIe siecle? Il semble que la presence
des maphriens au couvent ait souligne le besoin de restaurer un peu
l’eglise, laissee a elle-meme depuis deux cents ans. Une inscription ver¬
tical de onze lignes, dessinee a la peinture rouge en dessous du grand
stuc, voulait nous dire ce que ses auteurs etaient venus faire au couvent
en 1550. Malheureusement les fins de lignes sont effacees, et nous n’avons
plus qu’une petite moitie de texte:
1 — En l’annee 1861 des Grecs, vint...
2 — au monastere de la fosse du martyr du saint elu Mar Behnam...
3 — fils de Yusif, les bien connus, de la tribu...
4 — et aussi le cote nord du couvent... nombreuses de 1’inte-
rieur... et nous sommes restes de...
5 — le deuxieme apres Paques...
6 — il n’y a pas (en elle) d’eau...
(1) P. 75.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
609
7 — et il y avait parmi eux...
8 — ils allaient...
9 — et ils apportaient Feau...
10 — (deux mots, peut-etre: comme Isaie) alors le Seigneur...
11 — et il plut et les eaux augmenterent...
Le fait que Finscription soit faite a la peinture rouge, la meme que
celle du bas-relief qui est au-dessus, semble indiquer que ce sont des
peintres qui vinrent au couvent, le deuxieme (dimanche) apres Paques
1550. La secheresse ne leur permit pas de rdaliser tout de suite leur pro¬
gramme de travail, incluant le cotd nord du couvent (la coupole ?) et
de nombreuses choses a Fintdrieur (dont les stucs ?). Ce ne fut qu’apres
le retour de la pluie que les braves ouvriers purent commencer leur tra¬
vail, et celdbrerent leur delivrance par cette inscription. J’ai suivi presque
entierement pour la traduire le dechiffrement donnd par Mgr Abdal (1).
Pour quoi faut-il que Fhistoire des batiments se termine par une
note tres prosa'ique? Cent ans plus tard (c’est le rythme normal des res-
taurations) en 1660, R. Yalda (2), avec R. Guorguls et le reste des
freres, fit a nouveau des reparations a Feglise. Il le dit dans une inscrip¬
tion conservee sous la galerie, «et puis, termine-t-il laconiquement, j’ai
eu 1000 qurus de dettes!».
2. — Mqurtaya
Quittant Mar Behnam nous remontons vers le nord jusqifa Qara-
qos, puis de la vers Bartelli, par la route directe ancienne. Aussitot apres
avoir depasse Qaraqos, a moins de deux kilometres du village, a droite
de la route, se voient les mines du couvent de Mqurtaya, consacrd a
Jean de Dailam.
D’apres les versions locales de la Idgende de ce saint de la fin du
VIIe siecle (3), Jean de Dailam prit le bateau «sur la mer» jusqifa ce
(1) P. 159.
(2) P. 141-142. Mgr Abdal suggere que ce sup^rieur est peut-etre le futur
maphrien Behnam Yalda.
(3) Que j’ai etudi£ dans Proche Orient Chretien (Peres Blancs, Jerusalem), 1960,
p. 195-211 : le principal de Fhistoire de Mqurtaya £tait ddja contenu dans cet article.
Rech. 23 — 39
610
ASSYRIE CHRETIENNE
qu’il arrive en vue de la montagne de Mam, en face de laquelle le navire
s’arreta de lui-meme, bien que ses voiles aient gonfldes par le vent.
Cette montagne de Mam, on nous le dit plus tard, est celle a cote de
laquelle est bati le couvent de Mqurtaya que Jean va fonder (1).
Allez sur les lieux, et vous serez peut-etre un peu etonne de voir
que la «montagne» a au maximum dix metres de hauteur. Cette tau-
piniere est probablement un tout petit tell artificiel (2), qu’il doit etre
difficile d’apercevoir de la voie d’eau la plus proche, la petite riviere
Hazir, distante au minimum d’environ 13 kilometres. A supposer meme
que le bateau (qui devait etre assez grand, puisqu’il ne pourra pas s’ap-
procher du rivage et qu’on mettra une barque a l’eau pour descendre
Jean) ait pu remonter le Tigre jusqu'au confluent du Grand Zab, on
se demande comment il a pu remonter sur 30 kilometres le Grand Zab,
qui n’est pas navigable, puis sur 20 kilometres le Hazir, qui Test encore
moins ?
On est de plus en plus sur de se trouver en pleine fantaisie quand,
debarquant en vue de Mam, Jean trouve sur son chemin la ville d’Arhan,
deformation patente d’Argan (Arradjan du Fars), subitement deplacee
de 2000 kilometres!
Tous ces tours de passe-passe etant reussis, c’est maintenant un jeu
d’enfant pour notre heros de pourfendre le terrible Yai, idole du grand
arbre, puis de batir une eglise aux Qaraqochiens meduses et convertis,
et enfin d’elever le couvent de Mqurtaya sur la «montagne» meme du
ddmon vaincu.
(1) On aura deja remarqu^ que c’^tait par un proc£d6 semblable que le tombeau
de Salllta etait venu en face de Balad. C’est un cas de greffe h£t£rogene et parasite
pour satisfaire des besoins purement locaux.
(2) V. Place ( JVinive et VAssyrie, t. II, p. 170, § 10) dit avoir fouille «le» tell de
Qaraqos, a la demande expresse de l’Academie des Inscriptions et Belles Lettres. Bien
qu’il y ait pratiqu^ des tranchees profondes, il n’y trouva rien. II s’agit probablement
du second tell de Qaraqos, celui de Bne Smuni. On voit encore des traces de fouilles
au sommet de Mqurtaya, mais l’abondance des tessons et des debris de briques fait
plutot penser a un tell archeologique.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
611
Ajoutez pour preciser que le couvent est bien le «couvent des Sy-
riens» (1) et le saint pourra dgrener encore quelques fondations et quel-
ques miracles subsidiaires, le compilateur de la ldgende aura tout mis
en place pour retomber sur ses pieds a la fin de l’histoire et faire mourir
son personnage, suivant la tradition ancienne, au «couvent des Syriens»,
maintenant identify a Mqurtaya.
Mais si nous admettons que la venue de Jean de Dailam a Qaraqos
est de la pure affabulation, la question de lidentitd du fondateur de
Mqurtaya est rdouverte par le fait mcme. Tout au plus peut-on concdder
que le couvent ait dte placd sous le patronage de Jean de Dailam. Cette
attribution a pu etre faite postthieurement, et la date de la fondation
ainsi que le nom du fondateur restent inconnus.
Rien de moins certain non plus que fidentification de Mqurtaya
avec le «couvent de religieuses» ou, d’apres Bar Hdbraeus, les Kurdes
firent un massacre fameux en 1261 (2). Comme on ne sait ni ou etait le
couvent des Sceurs, ni ce qif etait Mqurtaya a cette dpoque, on ne peut
additionner deux inconnues pour en faire une affirmation.
Le couvent de Mqurtaya entre ddfinitivement dans l’histoire en
1563, date a laquelle il est «construit et restaure» (il existait done ddja au-
paravant) sous le vocable etabli de Jean le Dailamite (3). Les manuscrits
(1) Les «Persans» et les «Syriens» auraient voulu cdldbrer 1’ofFice, chacun
dans leur langue, pr^tendant chacun etre les plus anciens. Enfin, les Syriens Pempor-
terent, d’ou le nom du couvent. Ceci s’explique dans le Fars, ou les «Persans» sont
chez eux, et ou les « Syriens » sont une minority, importante parmi les chr^tiens, de
d6port£s d’Amed. — Certains manuscrits locaux d’IS6‘dnah portent «la patrie des
Syriens», au lieu de <de couvent des Syriens». Les versions non-locales de la m£me
l^gende (v.g. le cod. Mingana 543, a Birmingham) ont la meme histoire de discussion
entre Syriens et Persans, mais tout se passe dans les environs d’Arradjan. Les authen-
tiques couvents «des Syriens» et «des persans» qui se trouvaient la-bas ^taient s6-
par^s par un fleuve.
(2) Histoire Syrienne Civile , p. 516; on a vu que, d’apres d’autres, ce serait la grotte
dite de Mar Quriaqos qui aurait ^td le couvent des Soeurs.
(3) Pognon prit, en 1891, un estampage de l’inscription de restauration, dis-
parue depuis. Cf. Inscr. Sem., n° 72, p. 126 et pi. XXIX. La phrase de Researches sur
cette inscription (p. 84) devrait etre mise au pass£.
612
ASSYRIE CHRETIENNE
de 1567 et 1575 signales par Mgr Abdal (1) prouvent que la cons¬
truction relevee fut a nouveau pourvue de livres liturgiques. Par contre,
nous n’avons aucun indice que le couvent ait ete habite, et s’il Pa ete,
nous ne savons si c’dtait par des moines ou par des soeurs. Le «moine»
Yusif et sa soeur, la «religieuse» Sayida, seront les deux donateurs du
manuscrit de 1575, mais on ne dit pas si Pun ou Pautre a habite le
couvent. Sayida pouvait tres bien etre une «benoite» individuelle a
la maison.
Les batiments actuels, en mines, peuvent etre entierement dates
par leurs sculptures galilies du debut du XVIIIe siecle. La cour ouest,
sur laquelle s’ouvraient probablement les anciennes portes de Peglise,
n’a pas ete reconstruite. Seule la cour sud, cour du couvent, lui-meme,
a dte rebatie a cause de la citerne qui en occupe le milieu (2).
On peut lire Phistoire de cette derniere restauration a travers les
colophons des manuscrits dont Mgr Abdal donne la nomenclature (3).
En voici les peripeties.
En 1718, une petite communaute de «moines» et de «novices» fait
exdcuter pour le couvent les manuscrits liturgiques necessaires. Le pre¬
mier nom de la liste des nouveaux habitants est le moine Isafya. Puis
le travail des copistes continue et, dans le manuscrit de 1723, Isa‘ya est
maintenant qualifie de superieur du couvent. Mention respectueuse est
faite du tout-puissant et ombrageux eveque Iwanis Kares, superieur de
Mar Behnam, couvent d’ou peut-etre provenaient les moines, par ailleurs
originaires de Qaraqos.
La bibliotheque liturgique du monastere fait de nouvelles acquisi¬
tions en 1730 et 1735. Mais deja une note garshuni ajoutee a ce dernier
(1) Cit p. 240.
(2) Visile par Preusser ( Nordmesopotamische Baudenkmaller , cit., 1911, p. 14 et
pi. 21-22); et par Miss Bell ( Amurath , 1911, p. 265). Seuls les fonts baptismaux sem-
blent plus anciens.
(3) Cit p. 240-241. — Voir dans Nasrat al ahad, Bagdad, XV/1926, une escar-
mouche sur I’interpretation du nom de Mqurtaya ou Nqurtaya, entre M. Ibrahim
‘Isso (p. 569-573) et le choreveque Behnam Denha (p. 635-638).
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
613
livre fait prdsager la catastrophe finale. La petite fraternity a osd braver
Kares en recevant un de leurs cousins, le moine Yohannan fils d’Eliya,
persecute et chassy par le despotique metropolite. II leur fera payer
leur audace.
L’occasion de cette vengeance lui sera fournie par rarrivde a Qara-
qds des Persans de Nadir Sail, le jour de TAssomption 1743. II n’y a pas
de doute qu’ils ddvasterent le couvent en meme temps que le village;
cependant, dans la description ddtaillde que le scribe Habas, fils du cham-
mas Gum‘a, consacre a ces dv^nements (1), le nom de Mqurtaya est
soigneusement passe sous silence. Cf est que l’ombre redoutable de «notre
pere sublime et bienheureux» le metropolite Kards plane sur le copiste.
Ce «pere venery» sera «a la tete des travailleurs» pour la restauration
de plusieurs eglises de Qaraqos. Le couvent de Mqurtaya sera, ddlibd-
rement, laisse en ruines.
3. — Les deux Dair Sarah
Voici maintenant une nouvelle Sarah, dont nous avons rencontrd
le frere Mar Zena a propos de son eglise a Qaraqos.
D'apres le manuscrit Gallo, de Bartelli, qui raconte la vie de son
frere, Sarah etait dvidemment de sang royal. Devenue chnhienne a
Pexemple de son frere, apres une lutte contre un dragon, elle vint au
pays d’Ator. Elle trouva, a coty d’un grand tell, une grotte dans laquelle
elle vycut en recluse pendant quarante ans, au point qu’elle ne vit jamais
le fleuve pres duquel se trouvait sa retraite. Mar Ishaq fEgyptien (dit
Ishaq al Qalali) fut tymoin de ses vertus. Elle ne se nourrissait que
d’aliments apportys tous les jours du ciel.
Quand elle fut bien vieille et malade, son frere Zyna, devenu yveque,
revint lui rendre visite. Elle lui demanda de lui batir un couvent sur le
tell. II ne semble pas que le frere ait accydy a sa demande; d’autrcs s’en
(1) Tr. Pognon, cit. p. 488-503. Les fantaisies parues en arabe apres la redac¬
tion de mon texte, sous le nom de Histoire de Qaraqos ne changent rien a ce qui
precede.
614
ASSYRIE CHRETIENNE
chargeraient. Pour lui dormer le temps de rdaliser ses projets, Zena se
contente de la guerir de sa maladie et de lui accorder encore trois ans
de vie.
Alors le roi d'Ator tomba malade. Quel etait ce roi? La legende a
la pudeur de ne pas le nommer. S’il fallait lui trouver une date, il fau-
drait se souvenir que Zena est cense etre devenu £veque sous le m^tro-
polite de Takrlt Samuel (614-624) et que Sarah partit alors en Meso-
potamie, oil elle resta 40 ans recluse. Nous serions done maintenant entre
654 et 664. Le «roi» de Mossoul ne peut etre qu’un gouverneur musul-
man; mais ceci n’a pas d’importance, les historiens ne sont pas admis
a dire leur mot a propos des legendes.
Le roi done tomba malade. Sur l’ordre de Sarah, il alia a la source
et fut gu£ri. Conversation, presentations, Sarah lui montre son propre
nom dans le Gotha et lui demande de lui batir un couvent; «Enchante,
chere princesse», repond le roi.
Le couvent bati par le roi d’Ator pour sa pairesse la fille des rois
de... Tell as Sultan, est une merveille d’art et d’architecture. De nom-
breux moines (pas des religieuses) viennent y habiter.
Quand les trois ans de r^pit se terminent, Z£na revient a temps
pour enterrer sa soeur dans le couvent bati par le roi.
De nombreuses annees plus tard, «les chefs du pays suggererent au
sultan de faire (e’est-a-dire: de transfdrer) le couvent de la vertueuse
Sarah pres des moulins qui avaient ete construits sur la riviere qui coule
a l’Orient du couvent et qui est appelee Hazir. Ceci pour que les gens
puissent plus facilement rendre visite a son couvent, au moins une fois
par mois ou, pour ceux qui habitent plus pres, une fois par semaine, tous
les samedis, et qu’ils lui offrent la farine pour la messe et l’argent pour
l’huile. Ainsi fut fait.»
Ce dernier texte n’est pas extremement clair, et farabe en est tres
cahotique. Les denominations locales semblent cependant corroborer le
dernier paragraphe de cette histoire.
Il y a un premier lieu dit «Dair Sarah», sur la rive nord du Zab
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
615
(le fleuve que la sainte ne vit jamais, bien qu’il passat a cotd de sa cellule)
entre la route de Guvvair et le village d’Abzaq, dans les environs du
hameau de Hamra, au lieu appeld par certains «Dair al Bint». Un vil¬
lage voisin s’appelle «Mutran» (le metropolite), peut-etre en souvenir
de Zdna.
Quant au second Dair Sarah, il est situd sur le bord du Hazir, sur
la rive ouest, au Sud du village de Zahra Hatun, presque en face du
village de Tell Aswad, pres du hameau de Nagaflya. Le lieu est appeld
actuellement Ddsara (1); on y voit encore les traces d’un petit couvent,
ayant environ 50 metres de cotd, au-dessus d’une petite source qui prend
naissance presque au bord de la riviere.
Sarah, recluse, et son frere Zdna, dveque et martyr, enfants des rois
d’Ator, dtaient fetds par TEglise syrienne le 22 novembre. Le calendrier
de Mgr Benni (2) a fair de dire que Sarah fut dgalement martyre;
notre manuscrit n’est pas de cet avis.
4. — Le couvent des bousiers
0
Dressant une liste des trente merveilles du monde, un volume de
Charfet (3) donne le seizieme rang au «couvent des bousiers». Ce cou¬
vent avait aussi un nom de saint, mais les auteurs arabes lui prdfdraient
son surnom pittoresque rappelant un miracle qui, parait-il, se produisait
chaque annde aux jours de la fete du titulaire, le 20 octobre et les jours
suivants. Ces jours-la, les murs, plafonds et planchers du couvent se
noircissaient de nudes de ces coldopteres utiles, dont ne ne rencontrait
jamais un seul specimen pendant le reste de fannde (4). Tous les auteurs
(1) Certains expliquent le non par le kurde: les deux collines.
(2) Mossoul, 1877. — Dans le calendrier syrien de 1887 (Mossoul) ils ont dis-
paru pour faire place a «Cecile, martyre romaine».
(3) Cat. Armalet, n° 16/2, p. 480. — Ce texte semble etre le meme que celui
contenu dans le Cod. Ar. 312 de la B.N. (fol. 59r.-68r.) oil on lui intercale un morceau
de la legend e d’Alexandre, retra9ant ses luttes avec le roi de l’lnde, et ou tour a tour
Aristote, Platon, Diogene et quelques autres viennent dire un petit mot.
(4) Les sources sont r£sum£es dans les articles de Mgr Paulos Behnam, Dair
Mar Daniel an nasikfi Nainiwa , Lisan I, 1949, n° 5, p. 33-40 et n° 6, p. 63-64, et de M.G.
616
ASSYRIE CHRETIENNE
musulmans rapportent l’histoire Fun apres P autre (1). Yasin al ‘Omari,
qui etait sur place, ajoute: «Et les chretiens prennent la baraka de ces
bousiers, certains allant meme jusqu’a en avaler. II en est ainsi jusqu’a
nos jours» (2). On dit que le miracle continue a se produire, et Mgr
Paulos Behnam, qui a vu ces insectes les decrit comme «noirs et mi-
gnons» (3). On m’assure aussi que certaines personnes continuent a en
avaler.
Le couvent des bousiers est situe sur le sommet (670 m.) de la mon-
tagne appelee aujourd’hui Gabal al ‘Ain as safra’, le mont de la source
jaune. Au pied du versant est, en dessous du couvent, se trouve un vil¬
lage encore appele «Usqof» (eveque).
Dans les sources chretiennes le couvent est connu sous le nom du
moine Mar Daniel. Celui-ci est un satellite de Mar Matta, fugitif avec
lui d’Amed, au milieu du IVe siecle, et qui partagea les tribulations de
son maitre jusqu’a ce que chacun d’eux s’etablisse sur deux montagnes
voisines, alors qu’un autre de leurs compagnons, Abraham, se fixait sur
l’autre versant du Maqlub. Ceci d’apres une legende manuscrite se trou-
vant a Mar Matta et recensee par Mgr Paulos Behnam, puis par Mgr
Ignace Ya‘qub (4). Le couvent aurait done dte fonde a la fin du IVe,
debut du Ve siecle.
Cette legende est en fait une des ramifications de la tradition jaco-
bite unifiee, qui ignore deliberement les siecles de lutte, pour prendre la
situation telle qu’elle etait au temps de sa redaction, apres meme la dis-
parition du couvent nestorien de Mar Abraham, done apres le XIe siecle.
‘Awwad, dans son ed. de Sabusti , 1931, p. 195 avec notes 5, 6, 7, et appendice 25,
p. 260-262, ou il utilise une note de Mgr Barsaume.
(1) Ainsi YAquT, cite par Mgr Rahmani ( Documents d’ Orient, II 1/1928, ar. p. 37,
n. 1) et Al-QazwIn! (1275), Atar al-Bilad, ed. Wustenfeld, 1848, p. 247.
(2) Muniat al-Udaba\ 1744, p. 130 et 147.
(3) N’en croyant pas leurs yeux, Abbeloos et Lamy (B.H., II, col. 498) ont
prudemment appeld le couvent «Habshushitarum» ! et pourtant, en syriaque, le
bousier s’appelle «Habsusta».
(4) Dafaqdt , p. 23-24.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
617
Nous en avons touche un mot a propos de Mar Behnam, nous reverrons
la question en detail a propos de la Montagne des Milliers, et surtout
de l’histoire de Mar Matta.
II y a dvidemment plusieurs couvents sous le nom de plusieurs Daniel.
Le plus fameux est celui situ£ au-dessous de Mardin (1) et mentionne
par Jean de Mardin (1125-1165) parmi les 60 couvents qu’il a rebatis.
Les plus anciens renseignements historiques sur le couvent des bou-
siers semblent provenir du Sarri ar Rafa’ (m. 792), plagid par les deux
Haledi. Le vin du couvent ne devait pas etre fameux, car la seule poesie
qui soit restee liee a son nom est une complainte sur un «frere» mort,
que se repetaicnt encore a la fin du Xe siecle les femmes des Banu ‘Uruwa.
Le manque d’interet suscitd par le couvent se traduit par une grande
imprecision des auteurs, et mcme des inexactitudes. Le SabustI, par
exemple, le voit «grand et plein de moines» ( ?) et le place «entre
Mossoul et Balad», alors qu’il est en fait a Test de Mossoul et que
Balad est au nord-ouest (2).
Yaqut (3) est plus exact quand, vers 1225, il le decrit comme «un
petit couvent, que n'habitent pas plus de deux moines». S.S. Mgr
Ignace III Ya‘qub (4) s’dleve contre cette assertion. Les faits que Ton
va bientot citer, prouvent, dit-il, quhl dtait «vaste et solide» puisqu'il va
servir de refuge a tout un village. Ceci est vrai, et peut infirmer le mot
de Yaqut que le couvent dtait «petit»; mais rien ne prouve que la deu-
xieme partie de la phrase de Yaqut soit inexacte, il y a, helas, encore
aujourd’hui, des couvents «vastes et solides» qui abritent meme moins
de deux moines.
(1) Armalet, Machriq, XI 1/1909, p. 760-770. — Le P. Levencq, dans son
article Beria ( DHGE , \ 1 1 1/1935, col. 486-487) suppose que le village de Bdria, en
fait jacobite et situe au dessous du couvent de Mar Daniel, done dans la region de
Mardin, est le meme que l’6vech6 de Barriyya, lcquel est en r£alis£ nestorien.
(2) Les sources, surtout arabes, ont 6t6 de nouveau recens^es dans Researches ,
p. 76-77, s.v. Dair al-hanafis.
(3) Mu‘gam , IV, 137; voir aussi Canard, Hamdanides , I, p. 121 et n. 98.
(4) Dafaqat, p. 24.
618
ASSYRIE CHRETIENNE
C’est au couvent que chercherent un refuge provisoire les fuyards
de Ba Sahra et des villages environnants, dont l’exode vers Erbil devait
se terminer tragiquement, en 1261. A la fin du siecle, c’est a Mar Daniel
que les delegues de Bar Wahib vinrent trouver le maphrien Gregoire
Barsaume Bar Hebraeus, qui y habita quelque temps (1).
Geci est la derniere fois oil Ton entende parler du couvent. Quand
Yasln al ‘Omari le ddcrit, au XVXIIe siecle, il n’y mentionne plus de
moines.
Les ruines du couvent de Mar Daniel, quelquefois appele «le cou¬
vent superieur», pour le distinguer d’un second du meme nom au pied
de la montagne, se voient encore sur le sommet, entourees des terrains
d^pierres par les moines pour leurs cultures. II n’y a evidemment pas de
source la-haut, mais j’y ai reconnu deux citernes exterieures, toutes deux
a l’ouest, l’une creusee dans le roc et l’autre bade.
Encore plus a l’ouest, en suivant la Crete de la montagne, au creux
d’un petit vallonnement, on voit au sol les fondations d’un batiment de
6 m. sur 6,50, en grosses pierres alignees. Tant la situation que la facture
rappelle un batiment aussi mystdrieux, probablement ant^rieur au cou¬
vent actuel, que nous trouverons a Mar Yaq5 et qu’on appelle la-bas
«le tombeau du lion».
Les restes du couvent proprement dit, situes au plus haut point du
mont, forment un carre presque regulier d’environ 34 metres de cote.
L’eglise minuscule (large de 5 m., longue de 10 m., dont 4 m. pour le
choeur et 6,50 pour lYglise elle-meme) se distingue encore au milieu du
mur est. Elle s’ouvre, a l’ouest, sur une cour centrale, carree, de 9 m.
de cotd, au milieu de laquelle se voit la citerne interieure effondree. Le
reste du batiment est trop indistinct pour pouvoir etre decrit. L’entree
principale semble s’etre trouvee sur la facade exterieure ouest. L’aspect
general est sensiblement le meme (en plus petit) que celui du Dair al
Mu£allaq, sur le haut du Mont Butman: couvent de sommet, entierement
(1) B.H., II, col. 497.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
619
en gass , rebati probablement au XIIIe siecle, abandonnd au XVe ou au
XVIe. Quand Mgr Rahmani visita les ruines en 1896, il y vit encore
une inscription au nom du saint (1). Cette inscription a 6t6 depuis
recouverte par de nouveaux effondrements.
Le couvent est actuellement accessible par une route qui fait le tour
de la montagne et atteint presque le sommet, par la face est. Quand
j’y suis mont£ pour la premiere fois, j’ignorais l’existence de cette route
et ai escaladd la face ouest. Ceci rn’a donnd l’occasion de passer par le
village de Bii Zgertan.
J’ai recueilli la-bas une curieuse tradition, qui devrait plaire aux
collectionneurs de passages secrets: il y aurait eu jadis un kahriz
(aqueduc souterrrain) qui allait du couvent jusqu’a Karamlaiss, distant
de 8 kilometres au sud. Ce qu’on ne dit pas, c’est d’ou venait l’eau,
puisque les moines eux-memes avaient du se creuser des citernes.
Mais j ’ai remarqud aussi dans cette conversation une chose curieuse:
en parlant du couvent, les habitants musulmans de la region n’emploient
pas les mots «couvent» ou «bousiers», ils Tappellent al 4 asig , ce qui
en prononciation bddouine veut dire «famant» ( al 4 asiq ). Serait-ce une
reminiscence de la tombe du Xe siecle? Et celle-ci ne serait-elle pas ce
monument en grosses pierres que nous n'avions pu identifier? Les rela¬
tions de bon voisinage que la complainte souhaitait entre la tombe et le
couvent sont maintenant des relations entre deux tombes, aussi mortes
Tune que l’autre.
A la pointe nord-ouest de la montagne, a son pied non loin de la
Source Jaune, se trouvent les restes du couvent inferieur de Mar
Daniel. D’apres Mgr Barsaume (2), ce couvent aurait rdserv^ aux
religieuses.
L’ensemble se prdsente comme un tas de ruines informes, couvrant
un rectangle d’environ 39 metres de cot6 sur 26,50, ou fidglise semble
(1) Convent de Alar Matta..., p. 3.
(2) Apergu , cit., p. 202, n° 4, repris par Researches , p. 83.
620
ASSYRIE CHRETIENNE
avoir et£ comme au couvent superieur, au milieu du mur est, et la porte
dans le mur ouest, c’est-a-dire vers la route qui, contournant la source
et la montagne, va de Bartelli vers Usqof. On voit ies restes d’une citerne
a cote du coin nord-est des constructions.
On ne sait rien de l’histoire de ce couvent inferieur. La tradition
locale fappelle Mar Gabbola.
5. — Le couvent de la colonne
Si Ton suit la route moderne qui, de Mossoul, va vers Zaho, on
rencontre, a environ 40 kilometres de Mossoul et a moins de deux kilo¬
metres a Test de la grand-route, le village yezidi de Terbaspi (le tom-
beau blanc), dont le nom officiel, depuis le temps des Ottomans, est
Dair Astun.
Alleche par ce nom, qui me rappelait le fameux Monastere des
Colonnes (Daira d’Estona) de Raqqa-Gallinice (1) et qui promettait
peut-etre un stylite, je decidais un jour d’y aller voir.
Sans trop savoir au fond s’il y avait quelque chose ou non, je me
montrais plein cl’assurance en abordant les gens du village et leur deman-
dais ou se trouvaient «les ruines»? On m’indiqua une direction. A un
quart d’heure de marche du village, vers le nord, nous trouvames les
ruines. Mon opinion etait deja faite a leur sujet quand un peu dansis-
tance fit avouer aux bergers yezidis qui se trouvaient la, a cote de la
petite source, avec leurs moutons et leurs chevres, que nous avions bien
affaire a un couvent.
A vrai dire, il n’en reste pas grand-chose, et les decombres sont tres
indistincts. L’eglise cependant est assez nette, ses murs emergent encore
des ddbris d’environ un metre. Elle a trois nefs. La nefcentrale a quelque
dix metres de long sur 4,50 de large, les nefs laterales en ont trois. Les
dependances du cote est, saint des saints, bet qadise et sacristie ou bap-
tistere ( ?) ont la largeur des nefs et trois metres de profondeur.
Les restes du couvent proprement dit entourent feglise de tous
(1) Cf. Honigmann, Barsauma , p. 53 et 119, n° 26.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
621
cotds, sauf a Test, ce qui confirme l’idde que sa position gdographique
nous avait deja donnee, l’eglise dtait syrienne. Les gens du pays n’ayant
pas souvenir qu’on ait trouve des colonnes dans les ruines, d’ou venait
le nom? Au lieu de «couvent des colonnes», ne serait-il pas plutot le
«couvent de la colonne», et ne faudrait-il pas chercher du cotd des sty-
lites? Ici aussi c’est dans un couvent syrien qu’on a le plus de chances
d’en trouver.
Seul un deblaiement des ruines de la cour qui doit faire face aux
portes de l’eglise permettrait de rdpondre a la question. Je suis convaincu
qu’on retrouverait au milieu de cette cour (comme on le voit dans les
couvents du Tur ‘Abdin) la base de la tour de stylite qui donna son
nom au couvent.
Avant d’essayer de fidentifier, jetons un coup d’oeil autour de nous.
Au-dessous de l’dglise, a Test et vers le sud sont alignds cinq muriers
apparemment anciens, respects par les Y^zidis. Ils sont separds en deux
groupes, de deux et trois arbres respectivemcnt, par un bassin ancien
alimente par une source (1).
Recherchons maintenant les stylites jacobites qui vdcurent dans
notre region. L’un d’entre eux semble tout a fait convenir, c’est Mar
Miha’il, le soldat de Ninive. Son histoire est incluse dans la legcnde
de son maitre Mar Ahha (2).
Le petit prologue historique, apparemment bien document^, par
lequel debute le recit, s’ouvre sur un gros plan du «roi» Marqiana,
(1) Dans les collines, a Test (al-Kand) il y a un lieu-dit Kafar Mano. Dair Astun
est enregistre a la direction gen^rale des Antiquit^s, dossier 779/35.
(2) Le texte de l’histoire de Mar Ahha se trouve dans le cod. Vat. XXXVII
{cat. S.E. Assemani, t. II, p. 249) oil il vient au 15e rang parmi d’autres textes. Une
copie en a et£ faite par le P. Samuel Giamil en 1903. Elle se trouve dans le cod. 219
de N.-D. des Moissons [cat. Vosye, p. 87, n° 3) et occupe du fol. 73 r. au fol 106 r. Je
dois a l’amabilite du Rme P. Ablahad Haddad, d’avoir pu le faire photographier.
M. l’abb£ Ya‘qub Seller, maintenant pretre chaldeen, a bien voulu me le traduire. —
Il ne faut pas confondre cet Ahha avec son homonyme, l’^gyptien, dont le couvent est
mentionn^, par exemple, dans B.O., I, p. 537.
622
ASSYRIE CHRETIENNE
repugnant a souhait. Non content d’accumuler toutes les hdrdsies, celui-
ci se rend encore coupable d’une felonie: il manque a la parole donnde
et rompt la treve de cent ans naguere sign^e entre Sapor et le gdndral
Jovinien, chef de l’armee de Julien PApostat. Selon cette entente, Nisibe
devait appartenir aux Perses pendant un siecle. Mais le traitre Mar-
cianus n’attendit pas la fin de la treve, et alors que 72 ans seulement
s’en etaient ecoules, il envoya une grande arm^e s’emparer de Nisibe et
de la region environnante. Quand le roi Chosroes en fut informe, il
depecha contre Marcianus le chef de son armee, Nabun, qui monta vers
Nisibe avec une force importante. Les Romains ne purent resister et
s’enfuirent, poursuivis par les Perses, jusqu’a Harran. C’est a cette
occasion qu'un jeune homme de 19 ans, etudiant ecclesiastique a Res
‘Aina, tomba entre les mains des Perses. Il se nommait Ahha.
Ainsi parle la legende. D’apres la grande histoire, la paix a laquelle
il est fait allusion est en fait celle qui fut signee en 562 entre Justinien
et Chosroes I Anosirwan. Cette paix devait durer 50 ans (1). Elle fut
rompue dix ans plus tard, en 572, par Justin II, qui envoya son neveu
le patrice (et non pas le roi) Marcien attaquer Nisibe. Le siege aurait
peut-etre abouti, apres Paques 573, si Pordre de destitution du patrice,
accuse de complot contre la surete de l’Etat, n’etait arrive entre-temps.
Les Romains laisses sans chef s’enfuirent et furent poursuivis par les
Perses, que le roi Chosroes I en personne etait venu renforcer. Un
marzban, nornme Adarmahan (le Nabun de la legende), avec 6000
cuirassiers et les auxiliaires arabes lakhmides, se distingua dans la pour-
suite, pillant villes et villages jusque dans la region d’Antioche, et faisant
de nombreux captifs, dont Ahha (2).
Ahha est done bien localise dans la seconde moitie du VIe siecle
(1) Je ne puis mieux faire que de renvoyer au magistral ouvrage du P. Paul
Goubert, s.j., Byzance et 1' Islam, t. I, Paris 1951, oil les evenements ici effleur^s sont
clairement exposes p. 63-70, avec indication des sources, p. 62.
(2) Voir aussi Chrnn. An. ad an. 1234 pert., versio. !° pars. Chabot (1937),
C.S.C.O., n» 109/%. 56 § 68 et 69, p. 162.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
623
et la premiere moitid du VIIe (1). Comme il vdcut, d’apres la ldgende,
jusqu’a Page de 105 ans, c’est vers 661 qu’il faut placer la date de sa
mort (2).
Ahha captif dchoit en partage a un soldat originaire de Ninive.
Celui-ci lui rdvele bientot qu’il est chrdtien. C’dtait en fait un crypto-
chretien, car il participait au culte ofliciel des troupes. Quoiqu’en pensent
les moralistes, il avait tournd la difficult^ en cachant une croix dans son
casque. Comme il le posait devant lui pendant les cdrdmonies religieuses,
c’dtait en fait la croix qu’il adorait. Quant au nom de ce soldat, on le
donne des le ddbut comme dtant Miha’il; il est Evident qu’il devait etre
connu dans son escadron sous un nom moins nettement chrdtien.
Miha’il presente bientot son jeune esclave a l’officier de recrutement
(au roi, dit la ldgende) et Ahha se voit octroyer armes, cheval et mulet,
ainsi que son brevet de soldat et sa prime d’incorporation.
La ldgende s’etend sur la vie double de ces etranges mercenaires
persans, soudards pendant le jour, et passant les nuits en priere, couverts
de cendres et de cilices. On se demande comment le secret de leur religion
put etre gardd, puisqu’ils ne passaient pas devant une dglise ou un cou-
vent sans les visiter, et distribuaient toute leur solde en aumones; enfin,
le manege se poursuivit pendant 18 ans.
Un jour, ennuyds quand meme de «servir deux maitres», ils obtien-
nent une indication providentielle quc le temps est venu pour eux de
partir vers l’occident, ou une place leur est preparee. Sellant leurs mon-
tures et endossant leurs uniformes, ils quittent (on ne dit pas avec quelle
(1) Ahha avait sa fete au calendrier jacobite le 25 Janvier (Nau, Menologes ,
p. 71 et 94). A cette date le martyrologe de R. Saliba (6L Peeters, p. 174) porte: «Acha,
solitarius, qui ad nos detulit fragmentum Ligni Crucis.» On voit d’apres la legende
qu’il amena cette relique de Constantinople. D’apres Michel le Syrien (II, p. 285)
ce fut l’empereur Justin II qui, en la 5e ann6e de son regne (573) fit venir a Constanti¬
nople la moitie de la parcelle de la Croix qui se trouvait a Apam£e. Le partage dont
Ahha fut un des bendficiaires dut avoir lieu apres 595.
(2) Et non pas en 556, comme le disait Assemani. — Le P. Peeters (R. Saliba ,
p. 168, n. 10) avait dte plus prudent, se contentant de dire: «saeculo VI floruisse dicitur»
624
ASSYRIE CHRETIENNE
permission) le pays des Perses, et se dirigent vers Nisibe. En route, la
guerison miraculeuse d’un enfant muet, Huwara, fils de Theodoros, les
revele au monde et decide de leur changement de vie ext^rieure. Le
matin suivant, ils ne revetent plus leurs habits militaires, mais apparais-
sent vetus comme des chretiens, avec et y compris la ceinture (1).
On devine la suite logique. On ne parle ni de prise d’habit ni de
noviciat, un premier couvent va etre construit. II est situe a un mille
de Telia d’Arios, le village de Theodoros, pres d’une riviere appelee
Qsar et sur un tell nomme Telia Torqiya. L’enfant Huwara (2) en devient
le premier disciple, et aussi le pretre Yaqo, qui n’etait pas marie. Bientot
la communaute compte 20 freres.
Nous ne pouvons suivre les peripeties de l’histoire de Ahha, seul
Miha’il nous interesse ici. Celui-ci resta cinq ans au couvent de Mar
Ahha, puis il eut le mal du pays et revint aux alentours de Ninive, oil
il se batit un couvent. Si les dur^es des periodes fournies par la legende
sont a peu pres exactes, il faut done ajouter a 575 les 18 ans passes dans
Tarmee et les 5 ans au couvent: cela nous mene vers 598. On a vu que
la conjoncture historique de ces dernieres annees du VIe siecle etait tout
a fait favorable a la fondation d’un couvent jacobite dans les environs
de Ninive.
Dans son couvent, Miha’il se construisit une colonne, sur laquelle
«il s’assit» jusqu’a sa mort, dont on ne donne pas la date.
Tout ceci Concorde tres bien avec ce que nous pouvons deviner de
Dair Astun, le couvent de la colonne, situe pres de Ninive en district
(1) La ceinture, plus tard impos<§e aux chretiens comme signe distinctif, etait
en fait en usage chez eux des avant Y Islam. Gf. H. Zayat, Signes distinctif s des chretiens
et des juifs en Islam (en arabe), Machriq, 1949; tire a part, 1950, p. 41-42.
(2) Celui-ci est fete par les Jacobites le 22 novembre ( R . Saliba , cit. p. 168)
il succedera plus tard a Mar Ahha comme superieur du couvent «superieur» de Bn6
El. Mais il est, je crois, inexact de dire {ibid., n. 10) que ces deux couvents voisins etaient
«prope Niniven» ; il faut les chercher dans les environs de Nisibe. Le texte de S.E.
Assemani, resumant la legende peut en effet preter a confusion, alors que, selon la
legende elle-meme, il n’y a pas d’erreur possible.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
625
syrien, et qui cherche un titulaire. Je propose done qu’on y reconnaisse
le couvent de Mar Miha’Il, le soldat stylite.
L’dtat de destruction des batiments semble indiquer les alentours
du XIIIe siecle comme date de sa disparition. Le reste de son histoire
est entierement inconnu.
6. — Mar Samuel le montagnard
On lit dans la Vie de Maruta (1) : «I1 y avait, non loin de leur village
de Surzaq, un saint monastere, nommd de Mar Samuel le montagnard,
elevd sur une hauteur, sur la rive du Tigre, en face du monastere de
Mar Sargis, qui est pres de Balad.» Les parents du jeune Maruta le
«donnerent» done a ce monastere «pour etre dlevd et instruit dans les
lettres divines des son enfance... II y avait dans ce couvent 40 moines,
hommes saints, excellents, et exereds dans les divins labeurs, soucieux de
la perfection a ce point qu’ils ne laissaient entrer aucune femme dans
leur monastere, ne semaient pas, et dtaient sustentds par la charitd des
fideles.»
Bien que ce couvent ait entierement disparu et que personne ne
semble en avoir entendu parler, il est rare qu’un texte soit si prdcis dans
sa localisation. Tout ce que nous avons a faire est de trouver (ce qui
n’est pas facile) une photo par avion de la rdgion a Test du Tigre, en
face du Couvent Suspendu appeld ici couvent de S. Serge, et de chercher
a la loupe tous les tas de pierres ou toutes les lignes qui pourraient etre
revelateurs. Puis, apres s’etre fait une idde des deux ou trois sites possibles,
car il est difficile de distinguer sur une photo adrienne un tas de pierres
artificiel d’un tas de pierres naturel, il faut aller voir sur place.
C’est ce qui fut fait. Le couvent de Samuel le montagnard, ou dtudia
Maruta enfant (done au ddbut du \TIe s.), se trouve sur la rive gauche
du Tigre, au nord du petit hameau de ‘Arayr (qui n’est pas marqud sur
les cartes) au sud-est du couvent de S. Serge, au sud-ouest du village
de la rive droite appeld Dawlat al Gamar. A quelques dizaines de metres
(1) Histoire de Marouta, par Denha, P.O. , III, p. 74; 6d. Nau.
Rech. 23 — 40
626
ASSYRIE CHRETIENNE
sur sa gauche (a Pouest) se trouve un tell archeologique, petit mais eleve
et en forme de cone.
Que reste-t-il du couvent? Uniquement des rangees de pierres au
ras du sol et des traces de quai sur la berge du Tigre.
On peut conjecturer que le couvent, tel qu’il etait au moment de
son abandon, probablement ancien, est reprdsente par le carre ouest,
aux murs de gass continus, sortant du sol de quelques centimetres. Ce
carre a environ 35 metres de cote. Par la porte, qui n’est pas tout a fait
au milieu du mur ouest, on entre dans la cour, apres avoir traverse un
vestibule flanque de deux chambres de chaque cote. La cour et le ves¬
tibule occupent a peu pres la moitie de la longueur, et Peglise le reste.
Elle est au fond de la cour, avec, evidemment, ses portes sur la facade
ouest, comme dans toutes les eglises syriennes anciennes. Cette eglise
a 6 metres de large. Le chceur a la meme largeur, sur 3,80 de profondeur.
A droite et a gauche de la cour de P eglise se trouvent les batiments con-
ventuels. Le coenobium est a droite de celui qui entre (done au sud)
et se compose de deux rangees de cellules de largeur inegale (4 m. pour
les cellules cote cour-nord, et 5 m. pour celles le long du mur exterieur
sud) separdes par un corridor est/ouest de 3,50 de large.
Au nord du couvent, e’est-a-dire entre celui-ci et le bord de la
falaise-quai qui surplombe le Tigre, on peut distinguer des traces de
batiments plus anciens, et peut-etre plus importants. Ces vestiges sont.
a peine visibles.
A Pest, au chevet de Peglise, des batiments informes subsistent,
probablement plus r^cents que le couvent. On peut y reconnaitre une
construction d’environ 17 m. de long sur 6 de large, flanqu^e d’une
galerie de 3 m. de large sur sa face nord, puis deux longues lignes paral¬
lels de chambres (cellules ou maisons d’un village posterieur?) encadrant
une espece de grande cour centrale, dont aucune trace de cloture ne
subsiste du cote est. A part le petit couvent de Pest, il est difficile de
fournir une interpretation cogente de ces ruines.
En resume, le couvent est localise et identifie, mais on ne sait rien
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
627
de son histoire. On ignore meme qui est son fondateur. Tout au plus
peut-on risquer une hypothese, qui d’ailleurs ne menera pas loin.
On rencontre un moine Samuel, vers 485, que Barsaume de Nisibe
aurait bien voulu ajouter a son tableau de chasse des «orthodoxes» (1).
Ce Samuel avait sa grotte pres du village de B. Murdani. D’apres le
texte, on voit que la locality se trouvait en Ba Nuhadra. Barsaume vient
du Mont Alpap (considdrd comme dtant en Marga, au temps de hauteur,
Michel le Syrien) et pdnetre en Ba Nuhadra. II veut «monter» a la
cellule de l'anachorete pour l’assassiner, mais sa monture, nouvelle
anesse de Balaam, refuse de le transporter plus loin. II «descend» done
a Ba ‘Adrd. Les verbes «monter» et «descendre» indiquent que Samuel
habitait la montagne (d'oii son nom de montagnard ?), une montagne
qui se trouvait quelque part a l est, entre le Maqlub et Ba ‘Adrd, e’est-
a-dire au bord de la montagne de ‘Ain Sifni, ou au ddbut de celle
d’Alqos.
Le nom de B. Murdani se retrouve dans les sources arabes a propos
d’un personnage du ddbut du XIIe siecle. Ceci donne a Yaqut l’occa-
sion (2) de placer Bamardana dans le district de Ninive, ce qui corrobore
ce qui vient d’etre dit de Ba Murdani. La localisation de M. Ahmad as
Sufi (3) a Dubardan ne parait guere probable. Dubardan est au pied
de la pointe sud-est du Maqlub; pour «monter» a la cellule de Samuel,
Barsaume devrait remonter sur le Maqlub lui-meme, a Test de Mar
Matta dont il vient de descendre. Ceci ne semble guere conforme au texte.
De toutes fa^ons, meme si Ton pouvait localiser Ba Murdani, il ne
s’ensuivrait pas que son Samuel soit le notre.
(1) M.S., II, p. 439.
(2) Mu' gam, I, p. 481, et autres sources dans Researches, p. 57. — M.G. ‘Awwad
precise de ne pas le confondre avec Bamarnd, pres de ‘Amadla.
(3) Hutat al-Mawfil, II, p. 105.
628
ASSYRIE CHRETIENNE
7. — Dair Nardos
Ce couvent est connu par le meme texte (1) que celui de Samuel
le montagnard, et appartient au meme cycle de Maruta, done au debut
du VIIe siecle. C’estlaque, ayant fini ses ecoles, le futur mdtropolite se fit
moine. Le couvent est appele «le saint et divin monastere de Nardos»,
et plusieurs raisons sont donnees pour prouver qu’il dtait (remarquons
le passe) «plus cdlebre, plus renomme, et plus edifiant que tous les saints
monasteres de cette rdgion».
Ges raisons de celebrite sont: d’abord, «son anciennetd, sa reputa¬
tion et son detachement des biens temporels». La premiere qualite seule
retiendra notre attention. Elle signifie que le couvent avait ete fonde
avant le schisme, puis avait opte pour «l’orthodoxie» avant 485.
La deuxieme raison confirme cette opinion: «puis, a cause du grand
renom de l’illustre athlete, operateur de guerisons et de miracles, le saint
Mar Lazare, qui y avait temoigne dans une excellente confession, et avait
montre une force egale, dans la persecution atroce que suscita alors
contre les fideles l’impie Barsaume deNisibe, lorsqu’il s’efforga a l’aide
de mauvaises pratiques et du pouvoir qu’il avait regu du roi Piroz, la
27e annee de son regne, d’introduire dans le pays des Perses la doctrine
des deux natures, e’est-a-dire des anthropolatres.»
Ceci aussi est clair: le couvent de Nardos avait refuse le nestoria-
nisme et son superieur (ou fun de ses moines) nomm£ Lazare, avait
pay£ son audace de sa vie, lors des dragonnades de 484/5 (2).
La troisieme raison reprend une partie de la premiere: «a cause de
la conduite sublime et divine des saints moines de ce monastere... qui
s’effor^aient de se devancer et de se surpasser fun fautre en perfection. »
Les points de suspension que j’ai mis au milieu de la phrase representent
une incise que j’isole et que je cite maintenant: «ils etaient au nombre
(1) Histoire de Marouta, p. 67-69.
(2) Ce Lazare est commemor£ le 3 ao&t par les Syriens Occidentaux. Cf.
Martyrologe de R. Saliba, p. 190 et n. 7 ; Nau, Martyrologes , p. 83, 123, 131.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
629
de 70. » Et hauteur de Yhistoire de Maruta de citer les supdrieurs de ce
temps, morts depuis: «Leurs chefs et leurs directeurs les plus remar-
quables dtaient le Bx. Gawsi, alors supdrieur, et rexcellent Mar Meskdna,
hommes saints et thaumaturges, durant leur vie et apres leur mort.»
Puis, pour nous faire juger l’arbre a ses fruits, ou, comme il dit,
«afin d’essayer de vous montrer les lions par leurs griffes», et «pour vous
etre agrdable», hauteur entreprend de nous raconter quelques-uns de
ces miracles qu’ils ont accomplis et qu’il a recueillis lui-meme «lorsque
j’etais dans ce pays du Ba Nuhadra».
La premiere histoire nous donne de prdcieux renseignements topo-
graphiques. Elle commence: «Quand les habitants du village de B.
Malud, sur le territoire duquel est situe le monastere de Nardos, virent
au-dessus de ce monastere un enclos (on y a depuis construit un monas¬
tere) qui convenait pour une vigne, ils le desirerent et commencerent
justement a y planter une vigne. » Evidemment Mar Meskdna eut vite
fait de faire sdcher la vigne usurpatrice. Mais ce qui nous intdresse, c’est
de lire que cette vigne dtait situee «au-dessus» du monastere, et on dira
plus loin que Meskdna «y monta». Nous sommes done en pays vallonnd;
il y a un village, B. Malud, pas loin, et un second monastere plus dlevd
fondd avant la rddaction par Denha de la vie de Maruta, c'est-a-dire
pendant la premiere moitid du VIIe siecle.
Apres quelques considdrations sur les vertus de son hdros l’auteur
le montre nommd «maitre, docteur et interprete des Livres» du couvent,
mais surtout «attachd et adjoint a Sa Saintetd Mar Zakai, dveque du
pays, qui demeurait dans ce monastere». Nardos dtait done siege dpis-
copal du Ba Nuhadra jacobite.
Plus tard, alors que Maruta sera parti queter plus de science dans
les monasteres lointains du pays des Romains, Zakai vint a mourir ( 1)
et les fideles du Ba Nuhadra demanderent Maruta pour dveque. Apres
de longs atermoiements, il finit par accepter en principe, mais vint
d’abord «au saint et patriarcal monastere» de Mar Matta. Sa tournde
(1) P. 72.
630
ASSYRIE CHRETIENNE
de rdformes, grandes et petites, le conduit jusqu’a la cour de Chosroes
(ou il interdit la communicatio in sacris avec les Nestoriens au monastere
de Sirin), et ceci nous amene jusqu’a l’arrivde d’Heraclius, en 627. A
cette date Maruta est toujours en tournee, et le Ba Nuhadra attend
toujours son eveque.
Deux ans plus tard il etait nommd au «gouvernemcnt de toute la
region orientale», ce fut le premier mdtropolite qui montat «sur le siege
apostolique et patriarcal» (?) de Takrlt, en 629. On ajouta alors une
lettre k son nom, car auparavant il s’appelait Marut (1), ce qui donne
a son biographe l’occasion d’une belle envolee sur la comparaison avec
Abraham.
Redescendant sur terre, nous voudrions bien localiser Dair Nardos
et son «couvent d’en haut», nous voudrions bien savoir ou etait B. Malud.
Mgr Barsaume, qui resume les donnees de la vie de Maruta (2), affirme
sans commentaire qu'il etait situe «a Dehok». Sur place, personne n’en
a souvenir. Probablement le savant patriarche a-t-il voulu dire «dans
la rdgion de Deh5k», mais ou? Deux couvents et un village ne clevraient
pas pouvoir s’evanouir aussi facilement.
Une ressemblance lointaine de nom pcut attirer l’attention sur
Hirbat Garnus, qui se trouve sur la rive est du Tigre, a 4 kilometres
au sud de Wana, et par consequent a 12 kilometres au sud-ouest du
couvent de Mar Samuel, en face du village de Hassunlya. Mais il semble
peu probable que le siege de 1’eveche ait ete dans une position si peri-
pherique, et aussi pres du Couvent Suspendu, ou l’eveque jacobite
du B. ‘Arabaye residait (3). Il est vrai que la Route Royale de
(1) P. 93. — La conquete romaine facilita certainement Porganisation de l’Eglise
Syrienne monophysite en Orient. Un des elements (nous en avons vus d’autres) du
choix de Takrlt comme centre etait peut-etre aussi la presence dans cette ville du gou-
verneur romain du nord de Tlraq.
(2) Apergu , p. 203, n° 13.
(3) Le B. ‘Arabaye jacobite avait un Eveque a partir de 559 (Aper^u, p. 194),
et un eveque de Balad est connu en 834 ( Apergu , p. 197). En fait, le siege fut souvent
jumel6 a d’autres. Cf. Orient Syrien, IX (1964), p. 188-232.
GOUVENTS SYRIENS DE NINIVE
631
Darius devait passer non loin de la, mais on comprendrait mal pourquoi
le petit Mariit serait d’abord all 6 au couvent de Samuel, plus £loign£ de
son lieu d’origine et moins cdlebre, s’il avait eu Nardos — Garnus — a
portae de la main. Je n’ai pu aller a Hirbat Garnus, mais, d’apres la
description qu’on rn’en a faite, les ruines qui s’y trouvent ne ressemblent
pas a celle d’un couvent.
Tout bien pesd, j’inclinerais de plus en plus a identifier les deux
couvents de Nardos avec les deux couvents de Dair Gundi. Ici en efTet,
nous avons deux couvents situds Fun au-dessus de Fautre, un grand en
bas et un plus petit (celui de la vigne) en haut. Le village voisin le plus
important est Factuel Faida, dont le nom arabe peut tres bien cacher
B. Malud. La position de Dair Gundi conviendrait tres bien pour Nardos,
tant parce que le village est assez central pour devenir le siege de Fdve-
que du Ba Nuhadra jacobite, que par sa proximitd de la Route
du Roi.
L’histoire gdndrale s’organiserait done comme ceci: comme Kuhta
et Mar Matta, Nardos refuse le nestorianisme, et Barsaume y massacre
Lazare en 484/5. Quand les circonstances lui permettent de se recons-
tituer, probablement vers 540, en meme temps que Mar Matta, le cou¬
vent se developpe et devient meme, a la fin du siecle, residence de Feveque
du Ba Nuhadra, le grand propagandiste Zakai. Son dcole est c^lebre et
Maruta y £tudie, puis y enseigne. A ce moment, ddbut du \TIe siecle,
un second monastere, plus petit, est bati au-dessus du premier, dans la
vigne des intrus.
Pendant tout ce temps, le couvent de Mar Daniel le mddecin, situd
plus au nord, sur le bord de la riviere de Dehok, est restd nestorien. II
disparait au IXe siecle, ddmdnag<5 par Timothde. Les deux couvents
jacobites de Nardos-Dair Gundi disparaissent dgalemcnt, en meme temps
que Feveclie du Ba Nuhadra, vers la fin du XIIIe siecle, peut-etre du
fait de Favance ydzidie.
Plus tard, vers le XVe siecle, de nouveaux occupants nestoriens ha-
bitent le village; ils reconstruisent Fun des deux couvents jacobites, le
632
ASSYRIE CHRETIENNE
petit du haut, et lui donnent le nom du couvent disparu de Mar Daniel.
Ce nouveau Mar Daniel figure dans les listes de 1607.
C’est ainsi que quatre couvents, deux nestoriens et deux jacobites,
nous ont laisse en face de trois ruines.
8. — Dair Saba
Les sources chretiennes sont muettes sur ce couvent, dont le titulaire
ne peut etre identifie. En effet, l’arabe saba correspond au chald^en
saw a, qui peut etre aussi bien un nom propre qu’un titre: «vieillard».
Ce titre est donne a tous les moines respectables, quel que soit leur age,
comme le titre de Saih en arabe.
Quant aux sources musulmanes, la plus ancienne est la po£sie d’Abu
Firas (mort en 967/8) qui le compte parmi les lieux de plaisir de sa
jeunesse (1). Malheureusement, il n’en donne pas la localisation precise.
Le seul detail qudl donne, est qu’il y avait des cellules autour du couvent,
ce qui n’a rien d’extraordinaire.
Le texte de Yaqut (2), qui ne parle de Dair Saba que comme
d’un «village de Mossoul», semble indiquer que le couvent avait disparu,
au XIIIe siecle, pour faire place a un village. Ibn Fadlallah al ‘Omari,
au siecle suivant, n’en parle plus.
Quant a Yasin al ‘Omari (1744) il se contente (3) de lui accoler la
mention «ancien», ce qui, dans son langage, veut dire qu’il n’existait
plus, alors qu’une localite ou un couvent encore habite figure dans cet
auteur comme ‘ dmer .
Le seul indice qui me fasse ranger Dair Saba dans cette section,
c’est-a-dire au sud de Fai'da, est la supposition qu’Abu Firas n’allait pas
prendre du bon temps en des lieux qui etaient a plus d’une etape de
Mossoul, condition qui se realise pour les deux autres couvents qu’il
mentionne, Mar Matta et Dair as Sayyatin.
(1) Ed. Dahan, Beyrouth, 1944, p. 222.
(2) Mu'gam , II, p. 144.
(3) Muniat al-Udaba’, p. 145.
COUVENTS SYRIENS DE NINIVE
633
Un Mar Sawa martyr est titulaire d’une dglise a Bidaro, a l’ouest
de Zaho, et d’une autre a Taqya’, aujourd’hui en Turquie, a Test du
Tigre, a environ dix kilometres au nord du Habur. Ces deux locality
sont trop dloignees de Mossoul pour avoir £t£ le theatre des distractions
du poete du Xe siecle.
XVIII
LES COUVENTS DE LA RIVE DROITE
A quelle province ecclesiastique appartenaient les alentours imme-
diats de Mossoul, sur la rive ouest du Tigre? Geographiquement, on
ne peut dire qu’ils fassent partie du Ba Nuhadra, et cependant ils ne
dependaient pas encore du B. ‘Arabayd, et done de Nisibe, dont le
premier eveche au nord de Mossoul est Balad-Eski Mossoul.
Quant a la partie au sud de la ville, elle ne comprend qu’une mince
frange habitee le long du fleuve, et on ne sait combien il pouvait
y avoir la de chretiens, surtout apres le VIIe siecle. On ne commence a
avoir de renseignements precis que, plus au sud, pour les alentours du
Cabal Makhul, ou Ton rencontre un district jacobite, en relation avec
le diocese d’as Sin et Ba Rimma, mais on ne sait que tres peu de choses
de l’histoire de la bande riveraine qui fait face a l’Adiabene.
L ' Histoire de Bar ‘ Eta appelle la region autour de Mossoul-Ator,
«le grand desert au-dela du Tigre, le fleuve paradisiaque» (1).
Comme les deux couvents dTsocyaw bar Qusre et de Mar Gabriel
et Abraham bar Dasandad (ad Dair al Ada), maintenant englobes dans
la ville, ont ete etudi^s avec Mossoul Chretienne , il nous reste six
couvents a examiner. Trois sont situes au sud de la ville: Dair Ba ‘Arba,
Dair al Gayyara et Mar Eliya, et trois au nord: Mar Miha’il, le couvent
des Soeurs du Wadi Hlaila et le petit couvent de Malki Sawa.
( 1 ) Il n’y a pas lieu de mettre les deux points du pluriel et de traduire avec Budge
Hist, of Bar Idta, II, I, p. 186) le Tigre «des ‘Ednaye» comme si ces derniers etaient
une tribu ou une race. Quant aux dimensions de ce desert, elles sont assez fantaisistes
dans la note 1 de la meme page.
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
635
1. — Dair Ba ‘Arba
La position du couvent de Ba ‘Arba (1) est assez precise. En mettant
cote a cote diffdrents textes de gdographes arabes, Yaqut (2), Ibn Fadl-
allah al ‘Omari (3), et Yasln al ‘Omari (4), on peut le localiser quelque
part en aval de Hammam al ‘Alii (5) et en amont du confluent le Tigre
avec le Grand Zab, dans la bande de 20 kilometres de long qui suit
le Tigre a l’ouest.
Les lies boisdes mentionndes par les auteurs comme faisant face au
couvent sont toujours la. Les lions en avaient a peine disparu au XI Ve
siecle.
La mention la plus ancienne du couvent est due au Saizami, et
raconte la visite que lui fit Saif ad Dawla, le Hamdanide, au Xe siecle.
Mais le couvent n'etait pas seulement cdlebre pour son vin, qui
inspira le luthier du prince, ou pour son hotellerie, ouverte a tous les
voyageurs; ses constructions surtout etaient admirables. Les murs de son
dglise s'elevaient, dit-on, a une hauteur de pres de cent couddes, sans
aucun autre batiment autour pour les dtayer. Comme tous les couvents,
Ba ‘Arba possddait des terrains de culture; mais alors que Yaqut au
XIIIe siecle y voit encore de nombreux moines, en plus des paysans qui
travaillaient ses champs, les Masalek, au siecle suivant, ne parlent plus
des moines, ce qui est peut-etre une indication que le couvent devait
etre a peu pres vide a cette dpoque.
Chez les chretiens, disent les auteurs arabes, le couvent dtait en
(1) Le nom est egalement employe par Abu ZakarIya al Azdi pour designer
un district du ressort de Mossoul, probablement le B. ‘Arabayd, cf. Muniat al-Udaba\
appendice 2, p. 202.
(2) Mu1 2 3 4 5 gam, IV, p. 125.
(3) Masalek , p. 300-301 ; voir aussi Canard, Hamdanides , t. I, n° 1 15 et H. Zayat,
Couvents , p. 14, 30, 59.
(4) Muniat al-Udaba\ p. 147.
(5) Masalek : «il est situd en amont de Dair Ba ‘Arba», a propos de Dair al
Gayyara, p. 301.
636
ASSYRIE CHRE1IENNE
grande vendration, parce qu’il possedait des tombeaux tres honords.
Pour identifier ces tombeaux, il faudrait savoir quel etait le nom chretien
du couvent, et a quelle secte il appartenait. Malheureusement on ne peut
repondre avec, certitude a aucune de ces deux questions.
Peut-etre cependant peut-on faire le rapprochement avec le couvent
de Ba ‘ArbTn (le lieu des brebis) «au nouveau superieur et aux freres»
duquel le patriarche Iso‘yaw III ecrivit (1). Quelle fut foccasion de
cette lettre? Il semble que les moines de Ba ‘Arbln aient dcrit au pa¬
triarche pour lui dire comment ils avaient d:happe a un grand malheur,
probablement moral, et qui avait peut-etre cause le changement de
supdrieur. Les progres du Messalianisme, ou les leurres de la propagande
jacobite ravageaient alors, en ce milieu du VIIe siecle, les monasteres
nestoriens, et causaient assez cfennuis au patriarche. Pour cette fois le
couvent y avait echappe; le patriarche les exhorte maintenant a regrou¬
per ceux des moines dont la crise avait cause la dispersion et a vivre
dans la charite et fobeissance sous la houlette cf Abraham, le nouveau
supdrieur.
Il y a bien des chances, etant donne le secteur geographique ou se
trouvait le couvent, qu’il soit passe plus tard au monophysisme, et que
ce soit dans un couvent jacobite que la vie se soit prolongee jusqu’au
XIIIe siecle.
L’examen des ruines, avec la position de feglise aux hauts murs,
permettrait de decider de cette derniere question, mais il faudrait d’abord
retrouver le couvent. Les circonstances ont empechd la necessaire recon¬
naissance sur le terrain qui seule aboutirait a une localisation exacte.
Il semble qu’il faille f identifier avec les ruines elites Hirbat Munayra,
(1) Lettre VI du temps de son patriarcat (647/50-657/8), cf. B.O., III, I, p. 143;
Liber Epistularum , 6d. R. Duval, CSCO, vol. 11, p. 235. La traduction du titre par
R. Duval (trad. p. 170) semble inexacte, alors qu’Assemani semble avoir raison: ce
n’est pas le couvent qui est neuf, mais le superieur. Ceci detruit le rapprochement des
deux Abraham, archimandrites (table trad., p. 209). Le destinataire de la lettre XV
du metropolite ne peut etre le meme que celui de la lettre \ I du patriarche, puisque
ce dernier vient d’etre nomm£ supdrieur, alors que l’autre l'etait deja.
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
637
pres du village de ce nom a 8 km. de Hammam al ‘Alii, non loin du
village de Hwais (1).
2. — Le couvent du goudron
L’histoire de Zdna, dveque syrien du Ba Rimma et martyr, est ddja
connue. Nous avons rencontrd ce personnage quand il a dtd question
de son dglise a Qaraqos, et des deux couvents de sa soeur, Sarah, sur le
Zab et sur le Hazir.
Zdna lui-meme fonda un couvent, on l’appelle Dair al Gayyara.
Le nom de Gayyara est familier aux voyageurs qui arrivent par le train
de Bagdad a Mossoul, une gare est ainsi appelde. Comme le nom le
laisserait deviner, on y trouve du goudron ( qar , gar), et une raffinerie
moderne a meme tente de l’exploiter.
Cependant, ce n’est pas de ce Gayyara qu'il s’agit ici, mais d'une
autre «source de goudron » (‘Ain al qar, ‘Ain Qira) qui se trouve plus
en amont, dgalement sur le Tigre et pres de la ligne de chemin de fer,
a environ 25 kilometres au sud/sud-est de Mossoul; la petite ville mo¬
derne qui se trouve la a pour nom Hammam al ‘Alii, ou en langue
vulgaire Hammam ‘All (2).
La, Zena rencontra un dragon de quarante coudees de long qu'il
pdtrifia sur place, et une source apparut, produisant du goudron et du
mercure (3). Un couvent y sera bati qui aura 73 autels, avec tout un
personnel de docteurs, pretres, etc. Puis, apres le martyre du hdros (vers
640, dit Mgr Barsaume) (4), une autre source jaillit, celle-ci de mercure
(1) Le nom veut dire en arabe «les maisons», mais ne pourrait-il pas aussi 6tre
une deformation du chald^en «Hwisa», le reclus?; sur Hirbat Munayra cf. Dir.
G£n. Antiq. Iraq, dossier 193/35. La poterie va jusqu’au XIVe s.
(2) References aux g^ographes arabes dans Canard, Hamdanides , I, p. 127,
et n° 114.
(3) II y a une autre « source de mercure » (‘Ain az zl’baq) pr£s de Mar Eliya,
ou nous la verrons bientot. Le mercure des fegendes flotte sur l’eau!
(4) Lettre en appendice a lfed. de Sabusti , cit., p. 263.
638
ASSYRIE CHRETIENNE
pur. Le roi persecuteur, frappe de pelade et gueri a la source (1), met
le corps du saint sur le tell, et batit un nouveau couvent avec baptistere
et sept autels. Le roi lui-meme y est baptise avec 5900 personnes. Quand
il rentre a Ator sa capitale, il fait briser les idoles et convertit toute la
ville, sous peine de decapitation.
De tout ce fatras anachronique, car nous sommes en principe au
debut de la periode musulmane, on peut quand meme retenir que le
couvent, ou du moins Peglise oil etait enseveli Zena, se trouvait sur «le
tell». Le tell de Hammam al ‘Alii est bien connu, il s’appelle Tell as
Sabt, le tell du samedi.
Puis Phistoire du couvent continue. A travers une rocambolesque
aventure d’eveques voleurs de reliques, on arrive a un chiffre, retenu
par Mgr Barsaume (2): le couvent avait alors 170 moines. Il aurait pu
en nourrir plus, grace au commerce lucratif du goudron et du mercure,
que les caravanes des moines exportaient jusqu’en Syrie.
Un des religieux, nomme Mussa PArabe, se mit un jour a raconter
a voix haute pendant sa messe comment il voyait, par television spiri-
tuelle, un chameau du couvent en train de se casser la patte droite! On
Pexpulsa comme radoteur impie, mais on dut lui faire des excuses et le
rdintegrer quand la caravane rentra et confirma la vision. Malgre la
prosperity de ce temps, Mussa predit la ruine du grand couvent et
demanda la construction d’un plus petit. En fait, 40 ans plus tard, le
grand couvent fut ruine. Il semble que le petit monastere demande par
le voyant ait ete construit, car nous le retrouverons dans la suite.
Quant a la source, elle fut prise par «un roi»; alors le mercure dis-
parut et il ne resta que le goudron. Quand le roi se repentit, le mercure
r^apparut. Il a du disparaitre a nouveau avec le couvent, car aujourd’hui
il n’y a plus que le goudron.
(1) Comme la source de Sarah pres de Mar Behnam, ‘Ain Kibrit a Mossoul,
et tant d’autres sources sulfureuses, son eau gu^rit certaines dermatites.
(2) Aper^u, p. 202, n° 5.
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
639
Le couvent de Mar Zena devait avoir une bibliotheque intdressante,
car le patriarche nestorien Timothee Ier (780/9-823) en demande le
catalogue (1).
Apres le Sabusti (2) plusieurs gdographes ddcrivent le couvent, qui
domine le Tigre et possede une tour, car il parait que «tous les couvents
des Jacobites et des Melchites ont une tour ( qaim ) alors que ceux des
Nestoriens men ont pas».
Parmi les malades cdlebres qui vinrent chercher la gudrison a «la
source de Mar Zdna», il faut noter Nur ad Din Arslan Sail, prince de
Mossoul, qui y vint en 1210. «I1 n'y trouva pas la guerison espdrde, et
mourut sur le chemin du retour» (3).
On est sans nouvelles du couvent apres le XIIIe siecle. Au XYIIIe,
Yasln al ‘Omari (4) pouvait ecrire a propos de Dair al Gayyara: on le
connait aujourd'hui sous le nom de Hammam ‘All. La grande source
et le couvent sont dans le Dar as Sultan, «et il reste un peu de lui» (du
couvent). L’editeur du Muniat al Udaba note qu’«au-dessous de Tell as
Sabt a Hammam al ‘Alii, il y a un grand terrain appele Maison du
Sultan. On ne sait de quel sultan il s’agit. Quant au couvent, il etait
sur le Tell as Sabt».
Vital Cuinet donne confirmation de cela quand il dit, a la fin du
siecle dernier (5) : «Aupres du bain se trouve un tumulus d'ou Ton a vue
sur Mossoul. Des ouvriers trouverent rdcemment au pied de ce tumulus
les ruines d’une dglise.»
3. — Mar Eliya
Le couvent chaldden, hdlas vide, de Mar Eliya, est situd a 45 minutes
de marche au sud de Mossoul. Son fondateur est bien connu, c’est un
moine du VIe siecle, sur lequel on est bien document^ (6).
(1) Lettres , 6d. C.S.C.O veizio cit. p. 86.
(2) P. 196.
(3) B.H., Chron. Syr., p. 426; cf. aussi Yaqut, IV, 164-165 et Masdlek I, p. 30.
(4) Muniat al-Udabd\ p. 148.
(5) La Turquie d’Asie , t. 11/1892, p. 804.
(6) Courte notice de Mgr Sayegh, dans an Nagm, 1/1929, p. 219-220 et VII/
640
ASSYRIE CHRETIENNE
Les sources
Pour ne pas avoir a y revenir, voici une liste des principales sources,
rangees par ordre chronologique: le Chronicon Anonymum , compose vers
680 (1), le Livre des Superieurs , ecrit vers 840 (2), le Livre de la Chastete ,
compose vers 900 (3), la Chronique de Seert, clatant du debut du XIIIe
siecle (4), et enfin une mention dans le Liber Tunis , au debut du XI Ve
siecle (5). Plusieurs de ces textes ont dt e cites par Assdmani (6), et
Labourt y fait egalement allusion (7).
A quelle date faut-il placer le document intitule Qjssat Mar Eliya (8) ?
Son editeur ne s’est pas attaque au probleme, mais seulement a l’etude
des formes linguistiques du texte. Celui-ci est en «garshuni», c’est-a-dire
ecrit en lettres chaldeennes, mais en fait en arabe dialectal des plus
corrompus. La valeur historique de la Qjssat est nulle (son editeur s’en
etait doute) car elle ne fait que reprendre, en les deformant, les sources
anterieures. Sa date de composition est certainement posterieure au IXe
siecle, puisque le Couvent Superieur y est deja devenu le couvent de
Mar Gabriel et Abraham. On sait en effet que, ce fut au debut du IXe
siecle qu’Abraham bar Dasandad, ancien maitre de Timothee Ier a
Ba Sos, vint a l’ecole de Mar Gabriel, a Mossoul, ajoutant ainsi un
nouveau nom a fappellation clu couvent.
1935, p. 132-137, ainsi que dans son Histoire de Mossoul, t. I, p. 275-277 et t. Ill, p. 146-
147. Deja Assemani ( B.O. , III, II, p. 876) en avait donne un resume. Je reprends ici
certains Elements de deux articles du Bulletin du Seminaire Syro-Chaldeen, 1944, p. ISO-
188 et 206-214.
(1) Publie par Guidi, d’abord en 1889 (Un nuovo testo), puis dans le CSCO, Chro¬
nica minora , p. 21.
(2) Bk. II, p. 50 s.
(3) N« 14, 19, 21.
(4) T. II, p. 125-126, 214-216.
(5) Ar. p. 49.
(6) B.O., II, p. 415; III, I, p. 255 et 469, etc.
(7) Le christianisme dans V empire perse (Paris 1904), p. 319 et n. 4.
(8) Publie avec traduction allemande par Hersch Ram, Leipzig 1906 (et plus
tard dans les Leipziger Semitistisher Studien , 1 1/3, 1907), d'apres le cod. Ill de Berlin
(Cat. Sachau, I, p. 388-393).
GOUVENTS DE LA RIVE DROITE
641
En fait, le dialecte de la Qissat est du mossouliote de la plus belle
eau, tel qu’on le parlait encore il n’y a guere plus de trente ans, avant
que la multiplication des ecoles, des journaux et des radios n’aient
rdpandu un arabe plus littdraire, et tel que le parle encore la gdndration
en voie de disparition des ahl al owwal , porteurs de fez et de zebun.
Par ailleurs, la frequence dans le texte des expressions a conson-
nance musulmane [al Awlia\ as Saitdn ar ragim , al kutub al llahlya , etc.) et
le soin que met fauteur a ne pas appeler trop souvent S. Paul ar Rasul ,
titre que les musulmans rdservent a leur prophete (1), indique claire-
ment que le texte dtait destind a la lecture publique. On sait en effet
que beaucoup de gens de toutes religions prenaient part aux fetes des
couvents.
Des lors, le cas est clair, il faut chercher une periode de renaissance
du culte de Mar Eliya dans son couvent de Mossoul; le texte a dtd dcrit
la-bas et a ce moment-la (2). Une restauration s’impose a 1’esprit,
nous la verrons bientot, celle qui fut poursuivie vigoureusement par le
pretre Hormizd al Banna’, a partir de 1657. L’dchantillon que ce pretre
donne de sa langue, dans son testament de 1672 que nous citerons plus
loin, confirme que la Qjssat fut dcrite a Mossoul, vers 1657, par ce pretre
ou par quelqu’un de son entourage direct. Fut-elle dcrite en arabe ou
en garshuni? Cela ne fait aucune diffdrence, car mcme quand il dcrit en
caracteres arabes, le bon chapelain du couvent dmaille son texte de mots
chaldeens, quelquefois meme il dcrit la premiere partie du mot en lettres
arabes et la seconde en lettres chalddennes.
(1) L’auteur appelle S. Paul «al-mu’ayyad, al-muntagab». Pour le nom de
Jesus la vocalisation chaldeenne Iso‘ est preferde a Parabe ‘Issa. Est-ce par concession
ou simplement par inexactitude que l’auteur dit du Christ qu'il dtait «semblable
a Dieu» ?
(2) Ram (preface, p. vm) pensait au dialecte de Babylone; en rdalitd il n’y
avait plus de chretiens dans cette region depuis longtemps, et Mar Eliya n’y a jamais
eu de couvent. — Sachau (Cat. Berlin , p. 389) avait dcvind avec plus de justesse que
le texte provenait «vraisemblablement de Mossoul ou environs».
Rech. 23 — 41
642
ASSYRIE CIIRETIENNE
Le chammas Ya‘qub, ills du pretre Iso‘, fils du M iqdassi ‘Abd an
Nur, qui copia la Qjssat en 1705, etait probablement le sacristain du
couvent a cette dpoque. On devine quo le premier cahier, £crit cinquante
ans plus tot, devait etre us<5 par un long service et demandait a etre
remplac(5. Helas, il n'y cut pas besoin d'un troisieme cahier, car Nadir
Sah ruina le couvent en 1743.
Le fondateur
Des documents ci-dessus, il resulte que Mar Eliya dtait un Arabe,
originaire de HIra. Thomas de Marga dit meme que «ce saint avait le
caractere violent des Arabes». Apres avoir Gudid, peut-etre a Nisibe(?),
il revetit le scapulaire au celebre Grand Monastere du Mont Izla. Mar
Eliya fut le disciple du fondateur, Mar Abraham, et suivit les regies
qu'il avait ^tablies vers 571 (1).
Thomas de Marga nous renseigne abondamment sur les faits et
gestes de Mar Eliya au Grand Monastere. A Abraham de Kaskar (peut-
etre meme avant la mort de eelui-ci), avait succtfde Dadlso4, et a la mort
de ce dernier, Bawai le Grand avait pris la direction du couvent. Ce fut
a ce moment qu'ElIya intervint pour venger la regie offensee et faire
chasser des freres scandaleux. Comment fut-il mis au courant de leur
conduite? Fut-ce par la revelation d'un ange, on simplement en entendant
le bruit de leurs debauches? Thomas ne le sait pas tres bien; toujours
est-il qu'ElIya fit, de sa propre autorite, frapper la simandre pour reunir
la communaute, ce que seul le superieur pouvait normalement faire.
Puis il denonga les coupables et les fit chasser du couvent.
Plus tard, on le voit, «avec sa violence accoutumee» s'cn prendre
au futur fondateur de B. ‘Awd, le saint Mar Ya‘qub, ce que Thomas
ne lui pardonne pas. Accusd d'etre responsable du scandale rdcent, le
pauvre Mar Ya‘qub fut obligd de quitter le Mont Izla, sur l'ordre de
Mar Bawai.
(1) Chabot, Lit. Syr., p. 53.
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
643
Pourquoi Mar Ellya lui-meme quitta-t-il son couvent pour venir k
Mossoul? Les avis sont partagds sur cettc question. Alors quTso‘dnah,
selon son habitude, garde un silence rdservd, la Chronique de Seert n’hdsite
pas a recourir au miracle: quand Mar Ellya dtait au monastere du mont
Izla, dit-elle, «il y servait les cdnobites. Un fou qui se tcnait a la porte
de la communautd lui donna un violent soufhet sur la joue; le saint lui
prdsenta l’autre joue. Le ddmon, ayant vu son humility, se retira de
Phomme, qui fut immddiatement gudri. Ce miracle ayant dtd connu des
freres, Ellya abandonna le couvent et alia dans le pays de Ninive, ou
il se retira sur une montagne, pres du Tigre» (1).
Une sdgita, insdree dans les oeuvres de Narsai, mais qui ne peut
etre de cet auteur, puisque le grand docteur vivait a la fin du Ve siecle
et notre moine au VIe (2), raconte comment Mar Ellya dtant en priere
dans son couvent du Mont Izla (3) Dieu lui envoya un ange pour lui
dire d’aller a Hesna ‘Ebraya, au ddsert des environs du Tigre, qui est
une seconde Thdbaide, et d'y batir un couvent. Evidemment le saint
accueillit cette proposition avec les protestations d’humilitd qui sont de
regie en de telles circonstances.
En rdalitd, la Providence se servit de moyens moins spectaculaires
pour exdcuter ses desseins. Le Chronicon Anonymum et Thomas de Marga
ne laissent pas de doute a ce sujet: Bawai le Grand, supdrieur du Grand
Monastere, lutteur farouche pour la ddfense de forthodoxie, avait les
ddfauts de ses qualitds, «il dtait prdcipitd dans son langage et dur dans
son commandement». Si Ton se souvient que Mar Ellya, d’autre part,
avait lui aussi le caractere violent, on ne s’dtonnera pas que des conflits
aient eclatd entre eux, et que Ton retrouve notre hdros parmi les moines
qui essaimerent bientot du Grand Monastere et se rdpandirent par
POrient pour fonder de nouveaux couvents. Ainsi, dit Thomas de
(1) C’est sur la fin de cet dpisode que commence le texte incomplet de la Qissat.
(2) Homiliae et carmina Narsai , dd. Mingana, Mossoul 1905, t. II, p. 406-411,
avec la remarque sur l’authenticitd de cette piece, t. I, p. 23.
(3) Le ddtail est repris dans la Qissat.
644
ASSYRIE CHRETIENNE
Marga, «par la puissance divine qui les aida, le depart et la dispersion
qui exterieurement apporta la souffrance et le dechirement a leurs
entrailles, tourna a la fin en pacification et en reunion».
La fondation
Ellya ne voyagea pas seul. II etait accompagne de son neveu (le fils
de sa soeur) Hnanisoc, comme lui Ismaeiite d’origine, de la tribu de
Na^an (1). C’est cet Hnanisoc qui, plus tard, fondera un monastere
«au pays de Salah et de Darabad», le Saqlawa actuel. L’oncle et le
neveu se dirig£rent done vers Hesna ‘Ebraya, le bourg precurseur de
Mossoul (2).
Quand le couvent fut-il fonde? D’apres la Chronique de Seert , e’etait
au temps du roi de Perse Hormizd IV, soit entre 579 et 590; d’apres
‘Amr, c’dtait sous le patriarcat dTs6‘yaw I, soit entre 582 et 595. Si
fon prend les deux dates moyennes, on peut placer la fondation entre
582 et 590. II faut noter cependant qu’il est impossible de fixer une date
exacte. Labourt s’est debattu dans les contradictions des differents au¬
teurs, et n’en est pas sorti. Comment en effet mettre avant 590 un eve-
nement qui aurait eu lieu sous Bawai, alors que le predecesseur de celui-ci,
Dadisoc, serait mort en 595/6. Budge, dans son edition de Thomas de
Marga, risque timidement ici ou la quelque date, mais se garde bien
d’essayer de mettre en ordre une chronologic des faits; cette attitude
est sage.
(1) C’est; peut-ctre a cause de cette «parente» qu’on attribue a Hind elle-meme,
fille de Na‘man, la fondation du couvent et de celui de Mansur de Ninive (cf. Mgr
Armalet, in Machriq , XXII/1924, p. 364, avec ref. a Les poetes chretiens apres V Islam,
p. 20-29). En fait, Hnaniso1 2 * 4 qui s’appclait ‘Amr i bn ‘Amr, avait ete simplement soldat
de Na‘man, cf. Ckr. de Seert , II, p. 215.
(2) Dans la Qjssat le mot Hesna est evidemment traduit Qala‘a (fol. 12 b) et
l’auteur, ne sachant plus de quelle forteresse il s’agit, 1’identifie avec le couvent de
Gabriel et Abraham, a savoir le Couvent Superieur. Plus loin, (15 b), les «gens de la
citadelle», e’est-a-dire les moines, seront encourages a lui rendre visite, mais ce seront
les «gens de Ninive», e’est-a-dire les laics, qui batiront le couvent.
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
645
Yaqut (1), parlant de cette fondation dit ceci: «La vdritd, c’est
que trois moines chretiens ont passd par Mossoul plus de cent ans avant
rislam. Us s’y plurent, et chacun batit un monastere qui porte son nom:
Sa‘id, Qennesrin, et Miha’il. Ces trois sont connus et chacun est pres de
l’autre.» En effet, le couvent de Mar Ellya est aussi appcl<5 Dair Sa‘id,
nous verrons plus tard pourquoi. Mais le couvent de Mar Miha’il, s’il
est bien pres de Mar Ellya, ne date pas de la meme dpoque; il est plutot
du lVe siecle. Quant a Qennesrin, il n’y a aucun couvent de ce nom
dans les environs de Mossoul. Le seul du nom est le cdlebre couvent
jacobite fonde en 521 par Jean bar Aphtonius, et situd sur la rive gauche
de l’Euphrate.
Il ne faut pas incriminer Yaqut de ces inexactitudes, mais plutot le
manuscrit utilise par les dditeurs egyptiens. Mgr S. Sayegh cite dans son
Histoire de Alossoul une autre version de Yaqut, plus conforme a la rdalitd.
Le Hamavvi aurait dit: «Eliya, Abraham et R. Bar ‘Eta.» Cette version
est celle d’un manuscrit du Mu" gam al Buldan appartenant a la biblio-
theque du Hag Amin Bek al Galili. Les trois couvents sont en effet dans
la region de Mossoul mais on a vu que les dates de fondation sont un
peu differentes.
Elie et Hnaniso" ne furent pas les seuls a edifier le couvent. Ils re-
trouverent sur place «le b£ni Abba Yohannan Sawa, qui y avait 6t6
envoye par R. Mar Abraham, et tous les trois batirent ce saint monas-
tere» (2).
Qui est ce Yohannan Sawa? Tant le nom que le surnom sont tres
communs. La date de la fondation (fin du VIe s.) ne permet pas de
l’identifier avec Jean Sawa de Daliata, qui vivait a la fin du VIIIe siecle.
Ce co-fondateur de Mar Eliya (3) quitta Izla en meme temps que
Bar ‘Eta, done en 562.
(1) Mu' gam, t. IV, p. 147 (£d. 6gyptienne de 1906).
(2) Bk. of Gov., cit., et Hist, of Bar Idta , II, I, p. 187.
(3) La Qissat, qui ne lui donne pas de nom, fait du vieillard qu’ils retrouvent
un disciple de Mar Awgin. Il avait d’abord habits la-bas pendant 20 ans, durant les-
646
ASSYRIE CHRETIENNE
Quoiqu’il en soit, les trois moines se mirent a l’oeuvre. Leur premier
travail fut cle combattre les betes fdroces qui infestaient la region. «I1 y
avait la une foret pleine de betes fdroces, Mar Ellya les chassa par ses
prieres.» La Qissat brode evidemment sur le theme des animaux dan-
gereux qui interdisaient faeces des cours cfeau de la vallee des joncs et
des roseaux. Lions, loups, onagres pullullent, et autour de chaque roseau
est entoure un serpent. La priere et les jeunes du saint, suivi avec crainte
dans cette jungle par ses disciples, domestique bientot toute cette faune.
Les serpents viendront s’enrouler calinement autour de ses bras, et les
lions lui lecheront les mains.
Faut-il rattacher a ce dernier detail 1’existence, jusqu’a ces temps
derniers, d’une «pierre du lion» (d’autres disent «le tombeau du lion»)
qui dtait situee sur la colline rocailleuse sise au nord du couvent? Ge
lieu-dit a certainement une origine tres ancienne; la tradition de Mossoul
y voit le tombeau du lion qui aida Mar Ellya a batir son couvent en lui
apportant des pierres... Inutile de dire que foret, joncs, roseaux, cours
d’eau, et tous leurs habitants ont aujourd’hui disparu, et Ton chercherait
en vain un seul arbre temoin aux environs du couvent.
Le temps passant, des compagnons vinrent s’installer autour du
fondateur. Parmi eux figure un tailleur juif de «Mossoul» (?) dont le fils
possede avait dtd gueri par Bar ‘Eta (1). Quand la fraternite fut nom-
breuse, Elie batit un temple (2) et un couvent dans lequel il etablit la
regie de Mar Abraham. Le saint fit des miracles «comme ceux des
Apotres»; la Chronique de Seert cite le cas d’un enfant paralyse des mains,
que lui avait envoyd Iso'yaw de Gdala, eveque de Balad, qui fut ensuite
quels il venait deux fois par an mendier a Mossoul, mais, depuis de longues ann^es,
les Freres du Couvent Superieur n’avaient plus de ses nouvelles, ils ignoraient s’il etait
mort ou vivant. Quand Eliya le retrouva, «ils se serrerent la main» (?) (fol. 13b).
On ne se pose evidemment pas la question de savoir comment un moine du VIe siecle
pouvait rencontrer un de ses confreres du IVe.
(1) Hist, of Bar Idta, 1 1,1, p. 261.
(2) D’apres la Qissat, les gens de Ninive vinrent lui batir un «petit» temple.
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
647
catholicos de 628 a 643 (1). Quant a Hnaniso', il discutait avec les
h^rdtiques dans les controverses < du temps de Gabriel de Singar» (done
vers 612) et «leur fermait la bouche» (2).
Lorsque Mar Ellya se vit alTaibli par 1’age, il confia les affaires du
couvent a son neveu, puis alia vers le Seigneur, dtant agd de cent ans
et plus. On l’ensevelit dans le petit martyrion qu’il avait bati. «Que
Dieu sanctifie son ame, et que ses prieres soient sur nous!» Sa fete est
cdlebrde le premier mercredi des semaincs de Moise (3).
Ainsi se termine la premiere page de fhistoire du couvent. D£sor-
mais Ton n’aura plus de lui que de breves mentions, dissdmindes a tra-
vers les siecles.
Dair Sa‘Id
Le couvent de Mar Ellya est souvent appel^ «Dair Sa‘id» (4),
souvent meme les deux noms figurent cote a cote. «Je pensais, dit Ibn
Halllikan (5), que Dair Sa‘Id dtait attribud a Sa‘id fils de Hamdan,
fun des princes hamdanides de Mossoul, jusqu’a ce que j aie vu dans
le Livre des Couvents (6) qu'il dtait attribud a Sa‘id fils de ‘Abd ul Malik,
fOmeyade» (7). Sur cette attribution tout le monde s’accorde, mais les
(1) Dans la Qissat l’enfant a eu le temps de grandir et de devenir un homme.
L’enfant possedd du village de Hl$ah nous intdresserait plus si Ton pouvait identifier
son village et savoir de quelle «ivraie» les habitants dtaient contaminds.
(2) Chr. de Seert, II, p. 215.
(3) Il n’a pas dtd retenu par Mgr A. Scher dans son calendrier chaldden,
puisqu’il appartient nettement a la pdriode nestorienne.
(4) La Qissat esquive la difficultd en appelant plusieurs fois Ellya «l’heureux»
(Sa‘Id) au lieu de «bienheureux» (dans sa langue: at-tubani) comme si c’dtait son
surnom.
(5) Wafiat al-A'idn , t. I, p. 463, citd in Hist, de Mossoul; hauteur a vdcu de 1211
a 1282.
(6) Gelui auquel on se refere ici est probablement celui du mossouliote Sarrl
ar-Rafa’ (m. 972) copid par les Haled!. Cf. H. Zayat, Couvents , p. 4 s.
(7) On ne peut done pas traduire le nom par «le couvent heureux» comme
l’a fait la Chr. de Seert, II, p. 445, n. 2.
648
ASSYRIE CHRETIENNE
explications les plus diverses sont donnees quant a la nature exacte des
rapports entre Sa‘Id et le couvent.
La ‘onita sur R. Hormizd, attribute a Iso'yaw bar Mqaddam (1452),
que Ton a rencontree a Karamlaiss, consacre a Mar Ellya seize vers se
terminant en «ya» et «ve». D’apres elle, le saint guerit Sa‘id d’une ma-
ladie grave, et le prince reconnaissant batit le couvent. Helas, le fait
ressemble trop a fhabituelle captatio benevolentiae vis-a-vis des musulmans
(dont la meme piece offre un deuxieme exemple, dans le cas de R.
Hormizd) pour meriter creance. D’autant plus que le XVe siecle est une
date un peu tardive pour le premier tdmoin d’un evenement qui se serait
passe au VIe. Chronologiquement d’ailleurs, l’histoire semble peu vrai-
semblable. Meme si Elie vecut 100 ans, il ne put guerir Sa‘id, qui regna
de 684/5 a 705. On ne connait pas la date a laquelle Elie prit le scapu-
laire car on ignore l’annee exacte de la mort d’Abraham de Kaskar,
mais a supposer meme qu’ElIya ait fonde son couvent alors qu’il n’avait
que vingt ou trente ans (si la Chroniqne de Seert dit vrai, il servit les ceno-
bites, done n’etait pas encore cenobite lui-meme) il faudrait cependant
lui donner 120 ou 130 ans au temps de Sa‘Id. Et cela poserait encore un
probleme a propos de son neveu Hnanis6‘ qui a eu le temps d’etre soldat
avant de devenir disciple de son oncle, a assiste a la fondation, et devra
vivre suffisamment pour succeder a Ellya, et puis fonder son propre
couvent.
Le poeme attribue a Bar Mqaddam n’apporte done rien a la con-
naissance de Mar Ellya, au contraire la connaissance d’ElIya permet de
prendre le poeme (pour la seconde fois) en flagrant debt de pieux men-
songe: ceci n’ajoute pas a sa valeur historique.
Yaqut se fait l’echo d’une autre histoire, selon laquelle 1’emir Sacid
aurait 6te soign^ par un m^decin chretien qui lui aussi s’appelait Sa‘Id.
Apres sa guerison le prince offrit a son medecin de choisir ce qu’il voulait.
Ce a quoi Sa£Td aurait repondu: «Je veux batir un couvent a cote de
Mossoul, et que vous m’en donniez le terrain. » L’emir y consentit et
batit le couvent. Le Hamawi, suivant en cela le Haledi, reconnait
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
649
lui-meme que le fait est impossible. Tout au plus ces rumeurs rapportdes
par les auteurs musulmans permettent-elles de faire remonter jusqu’au
Xe siecle une histoire de gudrison du prince, que les chrdtiens commen-
gaient a faire circuler pour protdger leur couvent. On a ddja remarqud
que les auteurs chrdtiens anterieurs a bar Mqaddam ne favaient pas
retenue dans la vie d’EHya.
L’historien du XIVe siecle, le Qadi Sahab ad Din, ibn Fadlallah
al ‘Omari (1), semble plus pres de la veritd quand il dit que Dair Sa‘Id
est attribud a l'emir Omeyade, non parce qu'il l’aurait bati, mais parce
qu’il le patronait lorsqu'il dtait prince de Mossoul, pendant le regne de
son pere, le calife ‘Abd ul Malik, et aimait a le visiter. On verra bientot
en effet, que le couvent etait un des lieux de plaisir des princes et des
grands de Mossoul; c'est a ce titre qu'il figure dans les Masalek. Le nom
de Sa‘Id ferait done seulement allusion a un complement des construc¬
tions, plus probablement du cote de la taverne que du cote du cloitre,
peut-etre a l’occasion d'une premiere restauration, l’espace d’environ
cent ans qui separe le regne de ‘Abd ul Malik de la fondation etant en
effet fintervalle ordinaire des restaurations dans ce pays (2).
Ephemerides
A la fin du VIIIe siecle et au debut du IXe, le couvent a pour hote
le futur patriarche Iso’ bar Nun, qui y passa trente ans avant son ele¬
vation au patriarcat (3), soit de 793 a 825. Bar Hebraeus (4) dit meme
que son sejour a Dair Sa‘Id dura 38 ans... Ce fut ce patriarche qui de-
clara le couvent exempt, e’est-a-dire relevant directement de la juridic-
tion patriarcale, sans etre soumis a celle de feveque de Mossoul (5).
(1) Masalek , p. 289.
(2) L’appellation de Dair Sa‘Id est 6galement donnee par certaines versions
du L.C. au couvent de Sahroi (n° 18) en Qardu. L'Abrege rectifie en Sa‘Ir.
(3) Mari, f. 188 b, ‘Amr ar. p. 66.
(4) B.H., II, col. 182. Dans la citation de B.O. , II, p. 135, on va jusqu’a
42 ans.
(5) Cf. la constitution de ‘Awdiso, dans B.O. , 1 1 1,1, p. 344, et Ebedjesus,
Collectio Canonum Synodicorum, tract. VII, cap. VI (Mai, X, p. 133).
650
ASSYRIE CHRETIENNE
Remarquons a ce propos que, si ce privilege etait rarement accorde dans
les premiers siecles, il Fetait plus liberalement dans la suite. Labourt
ne connait que deux cas d’exemption pour la periode qu’il etudie, c’est-
a-dire avant 532 (1), ces deux cas sont en faveur des couvents de Bar
Qaiti et de B. ‘Awe. En fait il y en a plus. La constitution du patriarche
‘AwdIso‘, qui date probablement du XIe siecle, 5numere dix-sept cou¬
vents jouissant du privilege, dont huit sont au Ba Nuhadra (2). Plusieurs
d’entre eux, dont Mar Ellya, ont 5te declares exempts par le patriarche
qui y avait d’abord ete moine.
Plus tarcl, le nom de Dair Sa‘Id se trouve dans un manuscrit du
Pentateuque actuellement a la Bibliotheque Vaticane; il fut copid au
monastere en 929 (3).
Trois ans apres, le Tell Badi‘, situd a cote du couvent (4), est le
temoin d’une bataille oil MiVnis ibn Mussa, revolt^ contre le calife, bat
les Hamdanides dont fun, Daoud, fut tue (5). Des ce temps la aussi
le couvent etait taverne reputee, et le poete Mossouliote SarrI ar Rata’ y
fit pour le Halidi une poesie que citent les Masalek (6).
(1) P. 324 n.
(2) Ce sont, avec leurs dates d’exemption, les monasteres de:
Mar Miha’Il, «ab antiquo ordine».
Dair Abun, sous Mar Aba I, (540-552).
ad-Dair al-A‘la et son ecole, sous Timothee I (780-823) (et non pas le
couvent d’lzla, comme le voulait Assemani).
Mar Eliya, sous Iso‘ bar Nun (823-828).
Mar Yusif de Balad, sous Emmanuel (937-960).
Iso‘yaw de Seze, sous Jean Nazuk (1012-1016).
Apnimaran de Kurkma et R. Hormizd, sous le meme.
— L’attribution de la constitution a ‘Awdlso II ibn al ‘Arid (1075-1090)
est de Chabot {Syn. Or., p. 615, n° 40), elle a et6 adopt6e par Dauvillier, Le droit
chaldeen, Paris, 1939, col. 74.
(3) B.O., I, p. 614, cod. XVII.
(4) Miiniat al-Udaba' , p. 148.
(5) Yaqut, ci t . , et Canard, Hamdanides , I, p. 389. Ce dernier auteur (p. 121),
se basant sur la similitude apparente de noms, localise le couvent pres du Hidr
Elias ( ?).
(6) P. 292; H. Zayat, Couvents , p. 307; G. ‘Awwad, preface a 6d, Sabusti ,
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
651
On con^oit que la charge de superieur ne devait pas etre facile dans
de telles circonstances et les moines furent heureux de trouver un homme
«comp£tent en proces» pour lui donner la superiority : c’etait Mari, fils
de Tuba, qui devait devenir patriarche en 985 (1). Mari dtait originaire
de Mossoul, d’une famille honorable de lcttrds, et avait grandi parmi
les archives. II fut secretaire de la fille d’Ahmad, femme de Naser ad
Dawla. Mais la brouille se mit entre les Hamdanides parce que, sans la
permission de leur mere, les fils de Naser avaient arrete leur pere et leurs
autres freres. Mari resolut alors de quitter sa fonction et de se faire moine.
II re^ut la tonsure au couvent de Sa‘Id et, bientot ordonne pretre, en
fut nomme superieur.
II arriva dans la suite qu’un homme fut trouve assassine dans un
oratoire ( masgad ) pres du couvent. Les moines ayant ete soupgonnes du
meurtre, le superieur et un autre moine nomme Ibn Salama se livrerent
et endurerent les coups et les fers. Mais bientot l’affaire fut jugee et les
moines condamnes a payer une taxe. Peut-etre peut-on identifier cette
amende avec les 300.000 dirham imposes au couvent «en un certain
temps» et dont parlent les Masalek (2). Toujours est-il que la reputation
de Mari commen^a alors a briber, et le patriarche ‘Awdlso* Pinstitua
Visiteur de la region, qu’il ameiiora beaucoup par ses decisions. Sa
renommee parmi les moines lui permit d’instituter dans chaque couvent
un de ses vicaires, et son propre couvent, Mar Ellya devint ainsi, pour
un temps, couvent quasi generalice.
Mari ne devait pas attendre longtemps avant d'etre nomme metro-
polite de Perse. Le Livre de la Tour signalera encore ses talents medi-
caux (3). Etant patriarche, il fabriquera pour Abu 1 Hassan, fils de Malik,
une infusion qui le guerira. Mari, fils de Tuba, mourut en Pan 1000.
p. 24-25; cf. aussi Ahmad Muhammad al-Taqqaf, al-Awraq , Beyrouth 1954, p. 103-
111.
(1) Mari, lat. p. 92.
(2) H. Zayat, Couvents, p. 401.
(3) Mari, f. 216a.
652
ASSYRIE CHRETIENNE
Un autre superieur de Mar Ellya, Abu Sa‘Id, sera un des trois can-
didats au siege patriarcal en 1028, quand sera elu Elie I de Karh Ge-
dan (1). Mari, dans le Liber Tunis , l’appelle ‘Awdis5‘ et dit simplement
qu'il etait moine (2). II deviendra plus tard metropolite de Mossoul,
et Le Quien Tenregistre sous le nom d’Ebedjesus I (3).
Au debut du XI Ie siecle encore, un moine de Mar Ellya deviendra
eveque, c’est Zacharie, consacre pour Anbar et Flit par Elie II (1111-
1132) (4). Les quelques cas connus ne sont probablement pas les seuls,
du moins attestent-ils que la vie reguliere du couvent etait assez floris-
sante et sa renommde spirituelle assez grande pour que les patriarches
penchent a choisir leurs eveques dans les rangs de ses moines.
Enfm, ‘Amr relate, d’apres le pretre SawrIsoc, fils du pretre ZakI
Abi 1 Mahasin, fils de Yahwalaha, de Mossoul, 1’histoire edificante du
miracle de Karamlaiss, que nous avons racontee en son lieu, et dont le
heros finit ses jours sous le scapulaire des moines de Mar Ellya (5).
C’est a un moine de Mar Ellya, en 1186, que l’on doit la copie qui
a etd editee par Chabot de V Histoire de R. Tusif Busnaya , selon le recit
de son disciple Jean bar Kaldun. II Tecrivit un an apres la deuxieme
tentative de Saladin contre Mossoul, au couvent de Mar Ellya, «l’ange
humain, le seraphin charnel, le chdrubin corporel, le saint des saints,
illustre en haut parmi les phalanges des saints» (6).
Descriptions
Nous n’avons pas rencontre jusqu’ici de description du couvent.
C’est que les auteurs chretiens n’avaient pas coutume de faire des pros¬
pectus publicitaires, vantant les charmes des monasteres pour y attirer
les postulants. Les auteurs musulmans au contraire, qui veulent donner
(1) ‘Amr, ar. p. 98 et B.O. , III, I, p. 263-264.
(2) Mari, lat. p. 104.
(3) O.C., II, col. 1216-1220, n° 15; B.O., II, p. 449.
(4) Mari, lat., p. 129; ‘Amr, ar. p. 103; B.O., II, p. 449.
(5) ‘Amr, ar. p. 107 s.
(6) Ed. Chabot, p. 244.
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
653
a leurs lecteurs de qualite un guide des tavernes fameuses, font de Mar
Eliya un eloge dithyrambique. II est beau quant a la construction, dit
Yaqiit, et au printemps revetu de Oeurs tres jolies. Ibn Fadlallah al
‘Omari suit Yaqut. Sarri ar Rafa’ le voit comine un chateau haut-
perche (?) couronne de nuages... Quant a Ibn Hakkak, il n’a vu que la
main du moine qui lui servait a boire, et cela lui suflit pour faire descendre
dans son poeme le soleil, la lune, et tout le firmament (1).
Yaqut et al ‘Omari parlent des nombreux ermitages qui entouraient
le couvent. II n'en subsiste plus actuellement aucune trace.
Du grand couvent lui-meme il ne reste plus qu’une large zone de
ruines, qui s’etale autour du petit couvent moderne, vide de moines. Le
cote nord-sud, qui longe la derivation de la route de Bagdad est le
mieux conserve, il n’a pas moins de 85 metres de longueur. Sur Fautre
cote, orientd est-ouest, les restes du mur sont nets sur une longueur de
50 metres; au-dela, vers best, s’etend encore une zone de ruines aux
contours assez indistincts.
Restauration
Le couvent figure dans la liste de 1607 (2), mais cela ne veut pas
dire qu’il ait encore eu des moines. Il va revivre comme lieu de pele-
rinage, vers le milieu du XVIIe siecle, quand un pretre actif, du nom
de Hormizd al Banna’, probablement originaire d’Alqos, en sera nom-
me desservant.
Un vent de renouvellement souffle alors sur les batiments du cou¬
vent. L’dglise est restaurde en 1657, au tdmoignage de la pierre encore
encastree dans le mur, a gauche de la porte d’entrde (3). Et c’est tres
(1) Podsie de Ibn Hakkak ibn al-Hassan ibn Mahmud al-Hagandl, de Mossoul,
citde par H. Zayat, p. 354, avec rdf. a la Hizana Timuria , IX, p. 301.
(2) Genuinae Relationes, p. 517, n° 23.
(3) Rich n’avait pas pu lire Pinscription lors de sa premiere visite a l'dglise
(. Residence , II, p. 113). Il se la fit copier dans la suite et en donne le texte (p. 118).
Malheureusement, au lieu de transcrire l’annde grecque telle quelle, il fit immddiate-
ment le calcul et nota 1667 (pour 1657). Quand il reprit ses notes pour publication,
654
ASSYRIE CHRETIENNE
probablement a cette epoque aussi que la Qissat Mar Eliya fut redigde
pour etre lue aux foules qui recommcn^aient a frequenter son pelerinage.
On retrouve le pretre Hormizd, fils de Gannum, de la famille al
Banna’, en 1672, dans un Evangeliaire du Patriarcat Chaldeen (1).
Une note de sa main, dans le plus savoureux arabe vulgaire de Mossoul,
mele de mots (ou meme de moities de mots) chaldeens, donne un inven-
taire des livres, ornements et biens immeubles du couvent. Les noms des
donateurs, dont certains se retrouvent dans l’inscription de Rich, four-
nissent des renseignements sur les families chaldeennes notables de Mos¬
soul au XVIIe siecle et leurs tendances onomastiques, comme aussi sur
la faveur dont jouissait le pelerinage de Jerusalem a cette epoque.
Voici ce texte touchant, ou je respecte l’orthographe des noms
propres: «Je declare, moi le pauvre serviteur, meprisable, pecheur vis-
a-vis de Dieu, le pretre Hormiz al Banna, enfant de Gannum, serviteur
du couvent de Mar Eliya qui est pres de Mossoul, que j’ai chez moi,
appartenant au couvent mentionne: un evangile, un livre de l’Apotre,
et un lectionnaire. Et il possede un rituel de la messe et un Breviaire
du debut du temps de l’Annonciation jusqu’a fentree du Jeune, avec
les memoires. Et il a acquis de mon temps une croix de Maqdassi ‘Abd
il oublia que la soustraction avait deja ete faite et retrancha a nouveau 311, obtenant
cette fois (avec une deuxieme erreur) 1316. Il aurait du obtenir 1356, sinon l’ann6e
«grecque» originelle aurait ete 1627, ce que r^tablit tres sthieusement Her-
feld ( Reise , p. 302). Tous ces petits calculs fantaisistes auraient 6t6 inutiles (que ceux
qui ne se sont jamais tromp^s jettent la premiere pierre) si l’on avait remarque que
le titre de Hwaga donne a l’un des promoteurs de la restauration, s’entendait tres bien
au XVI Ie siecle, mais aurait et6 plutot anachronique au XI Ve. De plus, le pretre
Hormizd n’a pas l’architecte de la reconstruction, mais simplement son nom de
famille £tait «le magon)).
(1) Cod. A.S. 16, Mgr Bidawid, n° 1210, de 1588, achet£ de R. Quriaqos
par le maqdassi Daniel, fils de ‘Issa d’Alqos, et Sim‘un, fils du chammas Sultan Safi,
de Mossoul, et donne au couvent de Mar Eliya de Hlra, pres de Mossoul, en 1594.
Une note post^rieure, de l’^criture fine de Joseph II (1696-1712) signale que ce pa-
triarche a £t6 «la cause» du retour du volume au couvent. On ne sait qui Ten avait
distrait.
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
655
ul Hay, enfant de Ghammas Sams ad Dawla, et une croix de Maqdassi
‘Abd ul Galll, enfant de ‘Abd ul Ahad al Wazzan, et une croix de ‘Abd
ul Ahad, enfant du chammas Ganima, et une petite croix, propriety du
couvent, et un ornement de Hwagah Yusif Hindi (qui est un) ornement
jaune; et nous lui avons fait un rideau, propriety du couvent, en couleurs,
travail du Tsadertsi, et il a deux patenes, un calice, deux encensoirs et
des vetements de messe complets. Mes enfants! Si je meurs, remettez les
choses qui sont chez moi aux croyants. Redaction des lettres le jeudi21
juin 1083 de THegire (1672 A.D.). En est tdmoin Dieu et ses anges pour
moi, et (que) ceux qui entendent prient pour celui qui dcrit.»
Puis, sans prdvenir, le pauvre pretre passe a fdnumdration de ses
affaires personnelles entreposdes au couvent ou dispersdes chez des amis.
Ici fecriture devient encore plus mauvaise, et je dois restituer plusieurs
mots par conjecture: «Et il a un rideau tout en images, en bon dtat, et
il a aussi (des buches), et une ecuelle en cuivre jaune could, et un livre
d’Avant et Apres ancien, et une Bible delabrde chez le pretre ‘AwdIso‘
d'Alqos, et un... ancien a Alq5s chez le pretre Isra’Il, on peut fabandon-
ner car il n’appartient pas au couvent. Et il y a au couvent une herse
a dgruger le bid et un chaudron, et il y a une herse a carder au village
de Karamlaiss, qui n’appartiennent pas au couvent. »
Le vieux Qas Hormizd devait etre mort dix ans plus tard, car c’est
le pretre cAbd ul Karim, fils de Marzdna de Mossoul, qui fait exdcuter,
en 1681 et 1682, a Alqos, deux Gazza , aux frais du couvent et par les
aumones des fideles (1).
Decadence
Les moines sont dgalement absents de la description donnde par
Yasin al ‘Omari, au ddbut du XVIIIe siecle. Cet auteur (2) appelle le
couvent ad dair al manque , le couvent ddcord, expression que Ton
(1) Cat. Mgr Bidawid, cod. 3110 et 3113.
(2) Muniat al-Udaba\ p. 148.
656
ASSYRIE CHRETIENNE
retrouve dans Rich (1). Actuellement on fappelle ad dair al hurban , le
couvent ruine (2).
Apres la destruction par les Persans en 1743 (3), le couvent resta
en ruines. C’est dans cet etat qu’il se trouvait quand, en 1821, Rich le
visita (4). Entre autres details que nous utiliserons tout a l’heure, le
voyageur anglais signale «a l’extremite nord d’une galerie, une petite
chambre couverte d'un dome encore existant. Dans cette chambre il y a
une tombe, dans laquelle, au dire des Turcs, est enterre un pretre du
monastere.» Ldiistoire de ce pretre, telle qu’elle est racontee par «les
Turcs» ne manque pas de pittoresque; la voici d’apres Rich: «quand
on vient chercher la tete de ‘All (‘All seul sait comment sa tete vint ici!)
ce pretre coupa la tete de son propre fils pour la substituer a celle de
‘All. Naturellement, apres cela, le pretre se fit musulman, il fut assassine
par les chretiens. Sur sa tombe toutefois sont les restes d’une inscription
chaldeenne, mais tout a fait illisible. » Cette inscription a maintenant
disparu, mais de la position donnee par Rich, on peut penser que la
petite chambre a Pextremite nord du corridor est (on verra bientot
que c’est la qu'est maintenant l’autel) devrait etre le martyrion de la
grande eglise et 1a. tombe devait etre celle de fun cles superieurs, voire
peut-etre de Mar Eliya lui-meme (5).
En 1840 ou 41, Sir Henry Layard visita egalement le couvent et le
trouva encore en ruines. Il ne le decrit pas, mais le cite seulement comme
«un lieu de pelerinage pour les chretiens de Mossoul» (6).
Une autre inscription, celle-la en garshuni, commemore la derniere
(1) En 1821, cf. p. 113.
(2) Note de M. Sa‘id ad-Dewahgi a Muniat al-Udaba\ cit.
(3) Residence , p. 114, t. II.
(4) Residence, t. II, p. 113.
(5) Les collectionneurs de souterrains en trouveront encore un ici. Celui-ci
conduisait, «d’apres les renseignements de quelqu’un qui y avait penetre il y a long-
temps, dans le desert, a une distance considerable; mais il a et6 bouche par les de-
combres» (naturellement!), Rich, II, p. 117. On en signale encore un autre entre
Mar Matta et Mar Abraham!
(6) Nineveh and its Remains , 2e ed., Londres 1849, vol. I, p. 84.
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
657
restauration du couvent, en 1875. Cette pierre a et d mise dans une niche
mentionnee par Rich, et fait pendant a la premiere mentionnee, a droite
de la porte de l’eglise. Malheureusement, cette «restauration» de 1875
a etc une catastrophe pour fancienne dglise. Rien n’a dte laisse debout
de ce qui subsistait de la grande dglise, magnifiquement ornde, que Rich
avait encore aclmiree. Les restes d’un bas-relief representant un ange,
qui decorait alors fun des cotds de V arcade surmontant l’autel, ont tout
a fait disparu. II ne reste plus actuellcment qu’un sanctuaire dtriqud et
sans style, oriente anti-liturgiquement vers le nord. C’est cette faute
d’orientation (faute que les anciens n’auraient jamais commise) qui,
avec quelques ddtails d’architecture et les precisions donnees par Rich,
permet de reconstituer le plan de fancienne dglise.
La grande eglise
Son maitre autel dtait en face de la porte de la chapelle actuelle,
cette chapelle elle-meme ayant dt d fabriquee avec les trois sanctuaires
mis a la file. Le mur exterieur, plus dpais en face de la porte moderne,
indique que la voute qu'il supportait dtait plus haute, ce qui est le fait
habituel des nefs centrales des dglises. La grande nef dtait done correc-
tement orientde vers best, factuel «saint des saints» n’dtant alors qu’une
chapelle laterale gauche, par rapport a l’autel central, contenant pro-
bablement le martyrion de fdglise avec la tombe du saint.
La salle surdlevee qui termine la petite dglise au sud, dtait proba-
blcment le diaconicon.
La grande dglise, non compris le diaconicon et le martyrion, avait
une largeur intdrieure de 14 metres environ, soit 5 metres pour la nef
centrale (peut-etre un peu trop dtroite, dit Rich) 4 m. 50 pour chacune
des nefs laterales. Chacune des trois portes donnant sur le maitre autel
et les chapelles latdrales avait plus de deux metres de large. L’ancien
haikal , ou dglise des fideles, a dte completement ddtruit. Une citerne
qui se trouve dans la cour actuelle, en face de la petite porte de la cha¬
pelle moderne (si elle n’a pas dtd creusde rdeemment), pourrait indiquer
15 m. 50 comme longueur maximum de cette partie ddtruite, ce qui,
Rech. 23 — 42
658
ASSYRIE CHRETIENNE
ajoutd aux 7 metres du sanctuaire, donnerait une longueur totale int£-
rieure d’environ 21 metres.
Mais ce dont les dimensions ne peuvent donner une idee, c’est
l’ornementation de l’eglise, qui avait valu au couvent son nom de
«clecore». Rich nous parle de «niches, petites portes et fenetres, petites
niches sur les cotes de Tautel supportees par des colonnettes jumelees»,
il mentionne des fragments de frises en stuc, «des arabesques et figures
autour de l’autel, en relief, en blanc sur un fond bleu clair».
De quand dataient ces splendeurs? Si Ton remarque que le premier
a qualifier le couvent de manqus , est Yasln al ‘Omari, au ddbut du
XVIIIe siecle, on peut penser que la decoration datait de la restauration
par le pretre Hormizd al Banna’, en 1657.
Quant au petit couvent actuel qui entoure l’avorton d’eglise, il a
ete construit en deux fois: une premiere tranche, datant de 1875, forme
un rectangle de 23 m. 50 pour le cote nord-sud, sur 34 m. pour le cote
est-ouest, toute la partie est, du nord au sud, etant occupee par la
chapelle. La deuxieme tranche a 6te construite apres la guerre de 1915-
1918; on a seulement prolong^ de 14 m. 50 vers le sud les cotes nord-
sud, et referme l’autre cote pour construire des chambres pour les
visiteurs qui venaient y passer les jours de printemps.
L’ouverture du pont metallique de Mossoul, en 1934, a marque
l’abandon definitif de Mar Ellya. Les «estivants» se dirigeront alors vers
Mar Gudrguls, desormais rendu d’un acces plus facile, sur une route
plus frequentee, et mieux pourvu en eau. Ainsi le vieux couvent mutild
retombe-t-il tout cloucement en ruines, sa quietude n’etant plus troublee
que par de rares visiteurs. La messe y est dite une fois par an, pour la
fete du «saint» patron, le mercredi de la premiere des semaines de
Moise, semaines prtxddant la Dddicace. S’il n’y a pas de semaines de
Moi'se, la fete est celebr^e le mercredi de la premiere semaine de la
Dddicace, soit habituellement en fin novembre-d^but decembre.
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
659
Legendes dorees
Avant de terminer, il faut mentionner rapidement quelques legendes
qui, jusqu’a nos jours, aurdolent le couvent. Si Ton ne parle plus des
propridtds curatives de la poussiere de Mar Ellya, rdputde au temps de
Yaqut et de Yasln al ‘Omari pour tuer les scorpions, tout le monde a
Mossoul connait encore la «source de mercure». Cette source, situde a
quelques centaines de metres a Test du couvent, est inscrite sur les cartes
sous le nom de ‘Ain ad Dair. Elle est comptee par nos vieillards parmi les
trois sources prdcieuses de la rdgion de Mossoul. Alors que l’eau de
Hammam al ‘Alii est censde contenir de For, et celie de ‘Ain Kibrit de
1’ argent, l’eau de Mar Ellya contient du mercure. On peut la voir, selon
les saisons de Fannde, «blanche comme le leben , bleue, voire meme noire
comme Feau de summaq». Quant a ses propridtds thdrapeutiques, le
vieux sacristain ‘Abdallah (que Dieu ait son amc!) racontait volontiers
qu’un jour un Americain dtait venu, avait mis quelques cuillerdes de
cette eau dans une bouteille et avait dit: «Si vous prenez une petite
cuiller de ceci et que vous restez trois jours sans manger, vous ne sentez
pas la faim.» Une analyse de cette eau donne seulement de nombreuses
combinaisons sulfureuses, sans aucune trace de produits mercuriels. Leau
est done bonne, comme celle des deux autres sources cities, pour le trai-
tement de diverses maladies de peau.
La pierre du lion a aussi sa ldgende, nous l'avons vu, et probablement
les vieux de Mossoul connaissent-ils encore beaucoup d’autres histoires
a propos du vdndrable couvent. Aucune de ces ldgendes dordes nYgale
la rdalitd, aucune ne redit la splendeur, h£las completement disparue,
meme des textes, que dut avoir le grand monastere quand des centaines
de freres chantaient les louanges du Seigneur; ou meme plus tard, alors
qu’il ^tait vide, quand les foules se pressaient sous la voute dlancde qui
faisait rever Rich a Fare de Chosroes, dans la grande dglise ddcorde du
Qas Hormizd al Banna’, pour entendre lire la Qissat Mar Ellya.
660
ASSYRIE CHRETIENNE
4. — L’angelique Mar Miha’Il
Legende du fondateur
Le moine Mar Miha’Il, dit «l’ang£lique» (1), est peu connu. Sa
Idgende, tout a fait tardive, ne presente que 1’ordinaire tissu de miracles(2)
manquant totalement d’originalite et depourvue de toute garantie d’au-
thenticite (3). Cette legende a ete eclitee en arabe, dans les Suhada al
Masriq (4), d’apres la traduction faite en 1720 par Qas Hidr (5) d’un
manuscrit syriaque ecrit par un certain Qas Yacqub, inconnu par ailleurs.
Le morceau est un panegyrique a lire aux foules pieuses rassemblees
pour le sera, ou fete du saint, qui se celebrait alors au milieu d’octobre (6)
et dont on rattache l’institution a Mar Smuel, successeur de Mar Miha’Il,
selon le procede bien connu des histoires edifiantes, qui ont bien soin de
ne laisser aucun detail inexplique.
Cette composition est certainement tres tardive. La legende en effet
fait mention de R. Yohannan bar Kaldun, disciple de R. Yusif Busnaya,
lequel est mort vers 979 (7). De plus, notre texte donne R. Yusif comme
un des successeurs immediats de Mar Miha’Il en tant que superieur du
couvent. Que la confusion ait pu etre faite prouve que R. Yusif lui-meme
etait mort depuis longtemps.
(1) On l’appelle en arabe «le compagnon» des anges, mais dans le sens de
«£gal des anges», angelique. Ce n’est certainement pas l’archange S. Michel, comme
l’avait cru l’abbe QuRiAqos Mahnup ( Machriq , 1899, p. 263, n. 9) ou le P. Mateos
(Leyla Sapra, p. 6).
(2) M. l’abbe Ephrem Rassam s’est donne la peine d’en faire la liste detaill^e
et num^rotee, dans une brochure de piete publiee r^cemment sous le titre de Histoire
du couvent de Mar Miha'il, Mossoul, 1961.
(3) Je reprends ici certains elements de mon article, Alar Miha’il et son couvent ,
dans Bulletin du Seminaire Syro-Chaldeen, 1952, p. 129-138.
(4) T. II, 1906, p. 101-128.
(5) On connait ce pionnier du catholicisme a Mossoul, cf. Voste, Qas Kheder
de Mossoul , Or. Chr. Per., X/1944, p. 45-90.
(6) Aujourd’hui le 6e dimanche de Caremc.
(7) P. 115.
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
661
Une indication sur la date de sa composition est peut-etre donnde par
la prediction que Ton met sur les levres du saint fondateur a son lit de
mort. On lui fait dire que, apres sa destruction, le couvent sera restaurd
par «un homme pieux de la ville de Mossoul» (alors qu’on a dit plus
haut que Mossoul n’existait pas encore) (1). II semble bien que ce soit
a l’occasion de la restauration par ce pieux mdeene que la ldgende ait
dtd composee, done vers le milieu du XIIIe siecle, peut-etre au temps
de Jean de Mossoul.
Un des points de la ldgende fait de Miha’il non seulement un dis¬
ciple de Mar Awgin (Eugene) TEgyptien (2), mais meme son biogra-
phe (3). On trouve en effet Miha’Il tout a la fin de la liste des douze
nomsde disciples d’Awgin (sans compter ses deuxsoeurs) dans la premiere
notice du Liber Castitatis, mais Iso‘dnah a oublid de lui consacrer une
notice speciale; ou ne serait-ce pas plutot qu'un copiste s’est aper$u de
l’oubli et l’a corrigd en ajoutant notre moine en queue de liste?
Dans son ouvrage, Isd‘dnah mentionne deux fois le couvent de Mar
Miha’Il (4), les deux fois en relation avec la restauration du monastere
par Mar Awgin au VIIIe siecle. Le role joud par cette restauration dans
la rdvision et l’embellissement de l’histoire de Mar Awgin explique suf-
fisamment qu’on ait mis cette ldgende sous le nom de Mar Miha'Il lui-
meme, et qu’on ait jumeld les deux Idgendes. Mais nous n’en sommes
pas encore la au temps ou dcrit Iso‘dnah. Comme nous l’avons remarqud
ailleurs a propos d’Awgin (5), les amorces a toutes sortes de beaux
developpements sont ddja posdes dans le texte d’I§o‘dnah (du moins tel
que nous le possddons actuellement) mais elles ne sont pas encore
(1) Un rdsumd de la ldgende et de l’histoire du couvent a dtd donnd par Mgr
S. Sayegh dans an-Nagm, 1935, p. 258-259 et Histoire de Mossoul , 1 1 1/1956, p. 1 18-122.
(2) La ‘ onita sur R. Hormizd attribute a bar Mqaddam fait assdeher par
Miha’il les eaux du Tigre pour permettre le passage de tout le groupe dont il faisait
partie et qui comprenait 366 personnes.
(3) Prdface du t. II de Suhada ’ al-Masriq , p. (b).
(4) L.C., n° 107 et 108.
(5) Analecta Bollandiana , LXXX/1962, p. 52-81.
662
ASSYRIE CHRETIENNE
exploitees. II est dommage qu’en publiant recemment ce qu’on a appele
une histoire du couvent de Mar Miha il, on n’ait pas profite de tout
le travail de critique historique commence depuis le debut du siecle, ou
au moins des graves reserves faites par le savant archeveque de Seert
dans sa preface k Pedition de ces Ugendes grossierement invraisemblables.
Histoire du couvent
D’apres le texte de la legcnde, le couvent, qui est situe a 6 kilometres
au nord-ouest de Mossoul, fut fond£ vers le milieu du IVe siecle, done
avant la fondation de la ville de Mossoul, dans la terre de Taiman, mais
a egale distance de tous les villages chretiens environnants, de fagon a
eviter les jalousies et les disputes. II aurait eu, des sa fondation, 300
moines, nombre qui s’eleva rapidement a 700.
Quel age avait le fondateur a cette epoque? Si, aux trente ans de
Mar Miha’Il quand il prit le scapulaire, on ajoute les «quarante annees»
passees dans la solitude, puis le «long temps» passe dans les montagnes
de Qardu, on obtient soixante-dix ans bien sonnes comme age du saint
quand il vint habiter au couvent qu’on lui avait bati. S'il y resta environ
douze ans, cela le fait mourir aux environs de 90 ans, soit vers le milieu
du Ve siecle. Son successeur aurait ete, nous favons vu, Mar Smuel,
dont Isoednah ne parle pas.
Quant a la «terre de Taiman» ou le couvent fut fonde, j’aurais
plutot tendance a voir dans ce nom un anachronisme, emprunte aux
habitants arabes du district au temps du rddacteur de la legende, mais
evidemment pas au temps de la fondation.
Puis on n’entend plus parler du couvent jusqu’au VIIIe siecle. Un
des superieurs de ce temps est connu, e’est Mar Isocyaw, neveu du pa-
triarche Sllwa Zha (711-728) (1). On ne sait pas s’il etait, comme son
oncle, originaire de Tirhan, e’est-a-dire de la region situee sur le Tigre
entre Samarra’ et Takrlt.
(1) L.C. n« 108.
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
663
Son disciple, Ruzbihan (1), deviendra plus cdlebre que lui. Ori-
ginaire de Nisibe, il re$ut le scapulaire des mains de Mar Iso£yaw au
monastere de Mar Miha’il. II sera dans la suite superieur du monastere
de Mar Awgin, apres Mar Abraham, qui prddira son arrivde, et enfin
metropolite de Nisibe.
Remarquons en passant qu’Iso£dnah, qui dcrit au IXe s., appelle
notre couvent le «petit couvent» de Mar Miha’il. Est-ce pour le distin-
guer d’un plus grand couvent du mcme nom, dont l’histoire n’aurait pas
garde de traces, ou simplement pour signaler que, a cette epoque, le
couvent avait ddclind et n’abritait plus qu’un petit nombre de moines
dans des batiments rdduits? Cette seconde hypothese semble plus
probable.
Le nom de R. Yusif Busnaya revient aussi dans la legende de Mar
Miha’il, non que le fameux moine soit venu lui-meme au couvent, mais,
sachant ses moines peu nombreux et la discipline relachde, R. Yusif y
aurait envoys deux de ses disciples: Yohannan bar Kaldun et Yohannan
al Hagari. Ce dernier est tout a fait inconnu; son nom ne figure pas
une seule fois parmi les disciples de R. Yusif dont les portraits ont etd
gardes si vivants par bar Kaldun. Celui-ci en efiet n’est autre que hau¬
teur meme de la vie de R. Tusif et l’historien de son couvent de B.
SayyarC Dans cet ouvrage, il fournit le detail de ses propres faits et
gestes jusqu’a la mort de son maitre. On sait par la que Jean bar Kaldun
resta dans le couvent de B. Sayyard jusqu’a la mort de R. Yusif, c'est-a-
dire jusqu’a la fin de 979, ce qui contredit directement la phrase de la
legende ou Ton pretend que ce fut R. Yusif qui envoya son disciple a
Mar Miha’il.
A vrai dire, chaque ddtail de la legende que Ton peut verifier s’avere-
t-il toujours si fantaisiste que Ton est en droit de douter de l'authenticite
de toute cette premiere partie, et d’accuscr hauteur tardif d’avoir accold
des noms fameux a des histoires stereotypees. Notre doute serait confirmd
(1) L.C. n° 107-108.
664
ASSYRIE CHRETIENNE
par le fait qu’aucun des autres documents que Ton possede sur Mar
Yohannan ne mentionne sa venue a Mar Miha’il (1).
La legende met ^galement au compte de Bar Kaldun toutes sortes
de tribulations qui, elles, ont bien fair reelles. Apres avoir restaure le
couvent et y avoir depense les 20.000 dirhams d’argent que son pere lui
avait laisses, le supdrieur voulut se batir une cellule spdciale a Test du
couvent et prolonger j usque la le mur de cloture. Certains moines se
revolterent contre lui et firent courir a Mossoul le bruit qu’il allait batir
un nouveau couvent. D’ou dmeute, la foule fanatique se dirige vers les
constructions, et seul le calme du moine et les restes de l’argent de son
pere, judicieusement distribues «a chacun selon son rang» sauverent les
batiments.
Une deuxieme revoke de moines est censee avoir cause le depart
de Yohannan bar Kaldun et de Yohannan al Hagari. En fait, le com-
pilateur tardif montre ici encore le bout de l’oreille. II fait entrer dans
son recit la « Mosquee Rouge» de Mossoul. Or, cette mosquee ne fut
fondee qu’en 1176 par Mugahid ad Din Qaimaz (2), deux cents ans
apres les personnages dont il parle. Bref, un des moines rebelles serait
venu a Mossoul et aurait affiche, sur la porte de la mosquee, cet appel
a la sedition: «Que Dieu fasse misericorde a Tame des parents de qui-
conque maudit Ibn Kaldun, qui pille la subsistance des gens et batit
avec cet argent des maisons pour grandir son nom dans le monde.»
Devant lYmeute grondant contre lui, le restaurateur s’enfuit avec son
compagnon. D’apres la legende, il ira jusqu’aux environs de Seert, au
couvent de Mar Yacqub le Reclus, ou il passera les deux dernieres annees
de sa vie. Il mourra a Gazlra ibn ‘Omar, d’ou son corps sera ramene
a Mar Miha’il, a cote de celui du fondateur. Yohannan al Hagari y
reviendra egalement, mais vivant. On ne sait s’il y mourut ou s’il alia
(1) Baumstark, Syr. Lit., p. 240; R. Duval, Lit. Syr., p. 212; Chabot, Lit. Syr.,
p. 117; etc.
(2) Sa‘Id ad-Dewah&i, al -Garni1 2 al-Mugahidi fil Mawsil, dans Sumer, Bagdad,
XI/1955, p. 1-12.
GOUVENTS DE LA RIVE DROITE
665
consommer ailleurs une vie ddja bien remplie, et d’ailleurs pas extra¬
ordinaire pour un moine de cette epoque.
Si vraiment Yohannan bar Kaldun est venu a Mar Miha’Il, ou Ton
pretendait possdder sa tombe au XIIIe siecle, ce ne put etre qu’apres la
mort de son maitre Yusif Busnaya, et apres qu’il eut dcrit sa vie. II a
du y rencontrer souvent le vieil ami de R. Yusif, le fameux copiste Mos-
souliote cAbd ul Masih, dont jadis la main droite s’dtait dessdchde et
que R. Yusif avait gudri. Son frere Abu Zakarlya, dgalement copiste,
«un fidele juste et ferme dans la foi», dtait mort avant R. Yusif et done
avant l’arrivde possible de R. Yohannan.
Les memes annees, anndes de troubles s’il en fut, virent encore un
autre incident qui se passa aux environs de Mar Miha’Il et que Bar
Hebraeus raconte (1): «En 970, deux Arabes qui avaient dtd tuds pen¬
dant la nuit furent trouves dans la mosquee qui dtait a cote ( ?) du mo-
nastere. Abu Taglib, fils de Naser ad Dawla, imposa les chrdtiens de
Mossoul, accusds du meurtre, de la somme de 1200 zuze.» II se peut
d’ailleurs que cette histoire ne soit qu'un doublet de celle, contempo-
raine, deja racontde a propos de Mar Ellya.
De cette periode, certainement d’avant 988, date le moine Stdpha-
ne, de Mar Miha’Il, dont Ibn an Nadim (2) recense sept ouvrages de
chimie. La Nomenclature ajoute qu a la mort de l’auteur ses livres com-
mencerent a se repandre a Mossoul. Le Catalogue des manuscrits de Mossoul,
du Dr Daoud al Tsalabi, n’en mentionne plus aucun dans les bibliothe-
ques de la ville.
Enfer et Paradis
Par sa situation a cotd de Mossoul, et son cadre de vignes, de bois
et de parterres fleuris, Mar Miha’Il faisait pour les puissants du jour et
leurs poetes un lieu de promenade privildgid. Son vin gdndreux inspira
(1) Chronography , t. I, p. 173.
(2) Fihrist, dd. du Caire, non datde, p. 519-520.
666
ASSYRIE CHRETIENNE
l’aind des Haledi (ou Sarri ar Rafa’ ?) (1). Probablement les memes
auteurs le clecrivaient-ils dans leurs Livres des Convents , car les geographes
posterieurs les citent.
C’est au Haledi en tout cas que l’auteur des Mcisalek emprunte un
fait divers (2), done antdrieur au XIe siecle. Lorsqu’on creusa le puits
de Mar Miha’il, on trouva un sarcophage de pierre avec son mort bien
conserve, meme les habits. Pres de la tete se trouvait une feuille de cuivre
jaune portant une inscription illisible. Les musulmans voulurent le
prendre, mais les chretiens remirent le sarcophage en terre en effagant
les traces. A1 Haledi dit que Ton croit que e’etait un chretien qui avait
du fuir a cause de sa religion et etait mort la-bas.
Yaqut (3), au debut du XIIIe siecle, ne dit rien de bien interessant.
II nous apprend seulement que le nom du couvent etait prononce parfois
Ba Naha’il, ou Ma Naha’il.
Un poeme de Muwaffaq ad Din, ibn Abi 1 Hadid al Mada’ini
(1190-1257), cite par H. Zayat (4), serait plus important pour nous si
sa date precise etait connue. Probablement sa composition correspondit-
elle a la recrudescence de visiteurs causee par la restauration du couvent.
Sans doute cette occasion valut-elle la mise en perce de quelques vieilles
jarres de vin fameux, saluees de quelques nouvelles stances.
Mais quittant la taverne, «une des plus propres de Mossoul», et ses
chants bachiques, n’oublions pas le centre d’etudes (5), de liturgie, de
piete, qu’etait le couvent a la meme periode.
A Mar Miha’il regut sa premiere formation monastique du vieux
Ydhannan le boiteux (6), «l’ecrivain le plus remarquable du XIe
(1) Cite par Mgr Sayegii, par H. Zayat ( Couuents , p. 299) et par al-Awraq ,
p. 112-117.
(2) P. 294-295.
(3) Mu' gam, IV, p. 125, 169.
(4) P. 361, n. 2.
(5) Cf. G. ‘Awwad, Les anciennes bibliotheques cTIraq , cit., p. 48.
(6) D’apres son Entretien 4, ms. Vat. ar. n° 143, fol. 67 v., 68 r., cite par:
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
667
siecle» (1): Elie de Nisibe ou Elie bar Sinaya, avant qu’il ne devint
eveque du Ba Nuhadra en 1002. Ses oeuvres, notarnment sa Chronologie
sont connues de tous.
Au siecle suivant sort de Mar Miha’Il l’dveque Sawriso‘ du B. Bgas,
sacrd par Elie ibn Muqli qui rdgna de 1111 a 1123 (2).
Un autre Sawriso*, un peu postdrieur au premier, enseigna avec
quelque dclat vers 1188-1189. Ce Sawrls6‘ bar Paulos est connu comme
hymnologue et peut-etre exegete (3). Son nom figure dans un colophon
ajoute ulterieurement aux manuscrits du Ganncit Bussame du Couvent
de N.-D. des Moissons et de fdglise de Batnaya (4).
Vers la meme epoque, le couvent servit d’asile, pendant deux mois,
au nouveau maphrien syrien de Takrlt, Grdgoire Ya‘qub, le propre
neveu du patriarche Michel le Grand. Refusd par certains dldments de
sa communaute soumis a finflucnce de Basile, dveque de Bagdad, le
nouveau prelat devra attendre ici, apres son sacre en 1189, une chance
d’etre agrde (5).
Encore en 1188-1189, Mar Miha’Il a comme qankaya un moine
nommd Abu 1 ‘Izz al Hadirl, qui sera connu dans la littdrature liturgique
sous son nom chaldeen de R. Yaqlra, comme auteur de prieres pour
foflice des dimanches de la Dedicace, et comme l'ordonnateur des lec¬
tures de S. Ephrem et de Narsai pour les Rogations de Ninive. D’une
fa^on gendrale cet ordre est semblable a celui du Couvent Supdrieur des
SS. Gabriel et Abraham (6); cependant un manuscrit de Cambridge (7)
Mgr. E.K. Dally dans La Theologie d'Elie bar Senaya (Rome 1957, Studia Urbaniana, I,
p. 10 et n. 9.
(1) Chabot, Lit. Syr., p. 118; Baumstark, Syr. Lit., p. 287, etc. Son nom arabe
est Abu 1 Farag ‘Abdallah ibn at Tayyib.
(2) Mari, lat. p. 130.
(3) Baumstark, Syr. Lit., p. 290; G. Graf, Gesch. Christ. Ar. Lit. t. II, p. 207.
(4) P. Voste, Le Gannat Boussame, in R.B., 1928, p. 226.
(5) B.H., II, col. 378.
(6) Baumstark, Syr. Lit., p. 289 et 359 (corriger la table, s.v. Jaqqira, qui
donne p. 282).
(7) Add. 1992, p. 388, sans date (cat. Wright).
668
ASSYRIE CHRETIENNE
le donne comme etant «Fusage du couvent de Mar Ellya pres de Mos-
soul». On voit ici que R. Yaqlra etait de Mar Miha’Il.
Le meme Abu 1 ‘Izz est egalement nommd dans le colophon d’un
dvangcliaire sur parchemin, malheureusement incomplet, copie au cou¬
vent, la meme annee, par un paroissien de l’eglise de Meskinta a Mossoul
nomme Praharosaya (?) ibn Kabbata, pour son dglise paroissiale (1).
Le copiste dit avoir travaille «en ces temps de troubles», sans malheu¬
reusement donner de precisions.
Du point de vue liturgique, cet evangdliaire comporte un certain
nombre de commdmoraisons de saints disparues aujourd’hui de la liturgie
chaldeenne et deja publiees par Mgr A. Scher. Mais plus que le sanc-
toral, ce qu’il faudrait etudier est la division, differente de celle d’Isocyaw
III, donnee a P annee liturgique. Comme la premiere page du volume
manque, on ne sait comment s’appelait l’ordre suivi ici. J’ai releve plus
haut Popinion de hauteur du Liber Officiorum sur l’existence d’un cin-
quieme vendredi de la Dedicace, par exemple; les specialistes de la
liturgie chaldeenne trouveraient probablement encore d’autres parti-
cularitds dans le calendrier du temporal de cet evangeliaire precieux.
Au debut du XIIIe siecle, exactement en 1225, on trouve au cou¬
vent un de ses habitants les plus celebres, le moine Yohannan de Mossoul,
auteur de poesies edifiantes, et peut-etre d’une explication de la liturgie
eucharistique (2). Dans un manuscrit de Berlin (3), le copiste, le moine
(1) cat. A.S., cod. 13; Mgr Bidawid, cod. 124; actuellement a l’6veche chal-
d^en de Mossoul. — La pagination arabe du manuscrit n’a pas toujours tenu compte
des feuillets manquants.
(2) Cf. les Lit. Syr.: Baumstark, p. 307; R. Duval, p. 404; Chabot, p. 138;
etc. On retrouve cette attribution dans un ms. de Sapirut Dubare, au Patr. Chald.,
copi£ en 1667 (cat. Mgr Bidawid, cod. 6021).
(3) Cod. 202, fol. 76a et 76b, cat. Sachau, p. 672; Sachau a Pair de croire
que Guorguls est P auteur, en fait il n’est que le copiste. Le manuscrit de Berlin date
du XVe siecle. Ce n’est pas la premiere fois que Pon voit des Jacobites copier des
livres chez les Nestoriens et reciproquement. On se souvient d’un tel exemple de rela¬
tions culturelles» avec Timothee.
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
669
jacobite Guorguls de Hudaida, c’est-a-dirc de Qaraqos, dit avoir trans-
crit cet ouvrage dans le couvent: «chef des couvents, Mar Miha’il, chef
privilegie et compagnon des anges, grand parmi les saints et fameux...
Mar Miha’il de Dara... Ce couvent est situe sur la rive du Tigre qui sort
du nord du Paradis cl’Eden, il est voisin de la ville de Mossoul, capitale...»
Dans le meme style, un autre colophon eclipse peut-etre le prece¬
dent; on le trouve a la fin d’un Nouveau Testament du XIII0 siecle de
la Vaticane (1). Ce volume Tut £crit «in Bethel, ubi situm est gloriosum
et inclytum Coenobium S. Michaelis, Angelorum socii, prope urbem
Arsaciam, sive regiam, quo nomine Urbes, Arsacidarum Regum olim
sedes, Chaldaeis insignire consueverunt, et per Dcum opulentam, Mosul,
seu Niniven».
Ce fut certainement a cette £poque, dans la premiere moitid du
XIIIe siecle, que le couvent fut restaurd et que la ldgende du saint fut
dcrite. Le climat politique s'y pretait et la restauration de Mar Miha’il
s’insere parmi les nombreuses restaurations et embellissements d'dglises,
a la faveur de la paix que Lu’lif, d’abord ministre, puis atabek, fit
rdgner pendant les soixante ans de son gouvernement de fait.
De cette restauration subsiste, dans la batisse actuelle de fdglise,
deux pierres sculptdes se faisant face sur les montants de fare qui separe
le saint des saints de la nef laterale droite. Ces sculptures figurent des
fdlins a tete carrde, typiques de cette pdriode, et dont la propre queue,
recourbde sur le dos, se termine par le petit animal appeld nis , qui
mord le dos du felin (2). Ces pierres datent du temps ou le «pieux
homme de la ville de Mossoul», soi-disant predit par Mar Miha il sur
son lit de mort, rendit au couvent sa splendeur primitive. C’est proba-
blement aussi de la meme periode que date la ‘ onita sur Mar Miha’il,
a lire le jour de la commdmoraison du saint, compos^e par un moine
du couvent nomme ‘Awdls5‘ bar Sa‘ara (3).
(1) Cod. XVI, cat. Assemani, t. 11/1758.
(2) Reproduction dans Histoire de Mossoul, de Mgr Sayegh, t. Ill, p. 119.
(3) Cf. Baumstark, Syr. Lit., p. 238-239 et n. 11; Sachau {cat. Berlin, I, p. 237).
670
ASSYRIE CHRETIENNE
La faveur des Mongols vis-a-vis des chretiens a cette dpoque ap-
parait dans le petit potin scandaleux rapporte par Bar Hebraeus (1)
et survenu en 1274. Pendant le careme de cette annee-la, un moine de
Mar Miha’Il ayant ete surpris en fornication avec unc femme arabe,
abandonna sa foi et se fit musulman. Les moines en refererent a un capi-
taine mongol nommd Tarpashi, qui voulut les venger; mais la foule
arabe prit fait et cause pour le moine renegat, et le capitaine, craignant
l’emeute, dut le relacher. La foule le promena en triomphe dans la ville
de Mossoul.
Desormais le couvent, comme tous les couvents qui ont survecu
jusqu’a Page d’or du XIIIe siecle, va vers son declin. Au XIVe siecle
f auteur des Masalek ne parle plus de ses moines mais seulement de la
fete du couvent, «le sixieme dimanche de leur jeune», c’est-a-dire le jour
des Rameaux, qui y attire les foules en liesse, chretiens et musulmans
meles (2).
Cependant le couvent n’etait pas encore vide, puisque nous retrou-
vons son nom dans la Relation de V eveque de Sidon. Celui-ci, a savoir Leo¬
nard Abel, rencontra ou entendit parler d’un certain «frere ‘Issa, du
monastere de Mar Miha’Il de Mossoul», qu’il range parmi «les plus
lettres» de la nation nestorienne (3). Cela se passait en 1583-1585.
C’est a cette date que le vieux couvent jette ses derniers feux, pour dis-
paraitre ensuite de l’histoire (4). Peut-etre une existence precaire se
prolongea-t-eile jusqu’aux grands ravages de la derniere tentative per-
sane contre l’lraq, la chevauchee sanglante de Tahmasp Kuli Khan, le
terrible Nadir Sail, en 1743? Les armees persanes furent arretdes devant
fait probablement un lapsus quancl il parle de Bar Sa‘ara «du couvent de Mar ‘AwdIso‘» ;
p. 239 il dit correctement : R. ‘AwdIso‘ bar Sa‘ara.
(1) Chronography , t. I, p. 451.
(2) P. 294-298.
(3) Texte in Genuinae Relationes, p. 122; ^galement cit£ par Baron d’Avril,
La Chaldee Chreticnne, Paris, 1892, p. 75.
(4) Il figure dans la liste de 1607 sous le n° 22, et aussi dans la liste de 1610,
mais cela ne prouve pas qu’il ait et6 encore peupl6.
COUVENTS DE LA RIVE DROITE
671
les remparts de Mossoul, mais la campagne environnante fut mise a feu
et a sang. Peut-etre les quelques pauvres heres qui habitaient encore les
restes du vieux monastere furent-ils massacres a ce moment-la. La mort
du couvent jadis cdlebre, est entouree d’autant de mystere que sa
naissance.
Les batiments furent-ils restaurds en 1744-1745 en meme temps que
tant d’autres ddifices eccldsiastiques de la rdgion? II semble que oui,
car les cadres des portes de la facade sont nettement de l’dpoque Oalllie.
Une inscription chalddenne, apposde dans la grande nef de feglise,
vers le milieu, sur le mur de droite, temoigne que fdglise a encore dte
restaurde en 1867.
Le sdminaire syro-chaldeen St-Jean en fit pendant un temps son
lieu d’estivage, jusqu'a ce que quelques cas de typhoide et un accident
ddplorable, la noyade d'un seminariste dans le Tigre voisin, en 1906,
s’ajoutent a d’autre causes pour faire ddcider fabandon du couvent par
les sdminaristes. Vers le ddbut de notre siecle, le waqf de Mar Isa‘ya,
dont le couvent ddpend, fit rebatir les chambres situdes autour de fancien
cloitre, pour les families chrdtiennes de Mossoul qui allaient y passer le
printemps. Dans la suite, la coutume fut abandonnde et les vieux bati¬
ments, sauf Tdglise, servirent de bergerie aux troupeaux du village voisin,
entierement musulman, appeld «KanIsa», c’est-a-dire «fdglise».
Tout rdcemment a eu lieu une restauration des batiments, pour y
encourager l’estivage. Du moins la coquille vide est-elle conservde de ce
qui fut en son temps fun des premiers couvents exempts de TEglise
Syrienne Orientale (1).
5. — Le couvent des Sgeurs du Wadi HlaIla
A quelques kilometres a fouest du couvent de Mar Miha’Il, non
loin du Tigre, se trouve un autre ensemble de ruines, celles-ci informes,
(1) « ab antiquo ordine», constitution de ‘Awdlso* II, cit. (Mai, X, p. 133).
672
ASSYRIE CHRETIENNE
sporadiquement exploitees comme carriere de moellons par les Mos-
souliotes. Le site est connu sous le nom de Sayid Ahmad, du nom du
vdnerable personnage enterre dans un edicule recent, lui-meme en mines,
autour duquel se groupent quelques maisons d’un pauvre hameau.
Quelques-uns des habitants de ce village pratiquent encore un semi-
nomadisme et leurs tentes se dressent, pendant unc partie de l’annee, a
cote des masures de leurs parents sedentaires. Tous appartiennent a la
tribu des Arabes Tai, fraction des BanI Hlal. Au nord des ruines, c’est-
a-dire entre elles et le Tigre, se trouvent les ruines d’un ancien cimetiere
et, plus a Test, lui faisant face de fautre cote du wadi, un lieu dit al
hdn , lui-meme situe en contrebas d’une colline oil Ton a trouve des
vestiges assyriens.
Les ruines, qui s’dtendent sur une assez grande surface, sont d’epoque
musulmane, mais n’ont pas encore ete identifies avec certitude (1).
Certains suggereraient d’y voir un couvent, et lui donnent meme le nom
de Mar Sem‘an, sans dire par ailleurs sur quelles preuves ils se basent.
Les vieux du village, que j’ai interroges plusieurs fois, et a plusieurs
annees d’intervalle, n’en savent pas plus long. Cependant une colline
situee vers le sud du site a attire mon attention. On l’appelle Tell al
‘Abidat, la colline des esclaves, ou des «adoratrices». A ma question:
«Qui dtaient ces £ Abiddt» , un vieillard repondit: «On dit qu’il y avait
en ce temps-la des femmes qui adoraient Dieu. Un jour, les m^chants
sont venus et les ont toutes tuees sur cette colline, d’ou son nom.»
Ceci ne fournirait-il pas un inclice, et ne faudrait-il pas voir dans
les ruines du Wadi Hlaila les restes d’un couvent de religieuses, de ces
«filles du pacte» que nous avons si souvent rencontrdes? Des fouilles
organisees, ou simplement fenlevement des moellons selon un plan me-
thodique, permettraient peut-etre de degager ce qui reste des murs les
plus importants parmi les constructions, et Ton pourrait voir alors si Ton
se trouve en face d'une eglise, et eventuellement d’un couvent. Ce
(1) Dossier du site a la Dir. G£n. des Antiquites de Bagdad.
GOUVENTS DE LA RIVE DROITE
673
premier point obtenu, peut-etre une inscription fournirait-elle une
identification ?
6. — Dair Malki Sawa
L’ouvrage souvent citd , Muniat al Udaba\ de Yasln al ‘Omari, con-
tient une rubrique mysterieuse (1). II y est dit: «Dair Malki Sawa: sur
le Tigre, en amont de Mossoul. Entre le couvent et la ville il y a un
parasange et demi. C'est un petit couvent. »
La situation du couvent est claire, il faut done le chercher sur le
chemin de Mar Miha’Il, en bordure de la plaine basse qui marque l’an-
cien lit du Tigre et s’appelle Hawi al Kanlsa, l’eglise en question dtant
Mar Miha’Il ou le village qui favoisine.
On ne peut savoir par le texte si le couvent existait encore au temps
de l’auteur, e’est-a-dire au XVIIIe siecle. Le nom du titulaire, le vieillard
Malk£, fait plutot penser a un sanctuaire jacobite, si du moins le couvent
etait dedi au grand Malke, neveu de Mar Awgin, car c’est surtout chez
les Jacobites que le culte de ce saint dtait en honneur. Par ailleurs, la
proximite de Mar Miha’Il, centre connu du culte Eugdnien chez les
Nestoriens, peut laisser supposer que ceux-ci dedierent a son neveu un
sanctuaire satellite. Ici encore notre ignorance ne pourrait etre dclairde
que si Ton retrouvait les ruines.
Or les seules ruines non identifies qui se trouvent sur ce parcours
bien connu, sont les restes de murs qui couronnent le Tell al ‘Iqab; mais
alors la distance fournie par al ‘Omari ne coincide pas avec la rdalite,
car nous sommes ici tout au plus a vingt minutes de marche de Mossoul.
Il semble done que le couvent ait disparu parmi les traces de construc¬
tions anonymes qui se rencontrent partout dans cette plaine, enfouies
sous le limon des crues.
On a trouve dans un champ, en 1961, a une profondeur de quelques
dizaines de centimetres, un sceau en terre cuite qui semble indiquer un
site chretien. Ce sceau a la forme d’une pyramide rdguliere a base carrde
(1) P. 149.
Rech. 23 — 43
674
ASSYRIE CHRETIENNE
de 3 cm. 2 de cote, et de 4 cm. 5 de haut. Les deux diagonales de la
face inferieure sont creusees en forme de croix de 6 mm. de profondeur
et de 8 mm. de large, dont les branches egales, de 3 cm. de long, s’ar-
retent par une extremite arrondie a quelques millimetres des angles du
carre. Tout le long des branches, une nervure centrale en relief a ete
laissee. Ge sceau parait avoir et 6 destine a timbrer les poteries. Un
sceau semblable a dte trouve a Abu Maria (1).
Faut-il identifier le petit batiment dont les mines se voient encore
au sommet de Tell al Tqab (2), a une centaine de metres au sud de
fendroit ou a ete trouve le sceau, avec le Dair as Sayyatln, ou couvent
des diables? If opinion a ete avancde parce que le tell est situe a la fin
du Wadi al Tqab qui prend alors le nom de Wadi as Sayyatln (3).
En fait le texte du Sabusti (4) situe clairement le «couvent des
diables» pres de Balad-Eski Mossoul, ou il n’a pas ete retrouve.
II faudrait, a la fin de cette section, ajouter comme a la fin de la
lecture du martyrologe: «et alibi aliorum plurimorum sanctorum», car
on n’a pas fini de decouvrir des couvents et des mines chretiennes, pas
toujours authentiques d’ailleurs. Ainsi presenta-t-on a Rich en 1821, des
mines quelconques situdes «entre Dair al Manqus et Ghizelan» (Gaz-
lani), comme etant «les restes d’un autre couvent». Et l’auteur d’ajouter:
«Les Syriens disent qu'il y avait deux couvents jacobites dans les envi¬
rons, dedies a S. Gabriel et S. Michel» (5). La region est assez riche en
reliques (mais helas, qui dit reliques dit matiere morte) sans qu’il soit
besoin d’en inventer.
(1) G. Reitlinger, Medieval Antiquiti es West of Mosul , dans Iraq , vol. 5 (1938)
p. 147-148 et fig. b, p. 147.
(2) Alu'gam, IV, p. 875, et Masalek, p. 295, s.v. Rabiat al-Iqab.
(3) Note 2, p. 167 de l’editeur de Muniat al-Udaba\
(4) P. 117-120.
(5) Residence , t. II, p. 117, n.
XIX
LES VILLAGES DU BAHADRA
1. — Ma‘alta
Le passage de la partie sud a la partie nord du Ba Nuhadra se fait
a travers un terrain accident^, collines basses et rocailleuses, prolonge-
ment des Knud d’Alqos, s’ouvrant sur le village moderne de Faida (1).
Quelques kilometres plus au nord, un petit ruisseau barre la route. On
le passe pres d’un hameau appeld Aloka.
Aloka fut-il chrdtien? C’est plus que probable. Cependant aucun
des chretiens habitant les environs n’a conserve le souvenir d'une dglise
qui s’y serait trouvde. On ne sait done si c’est a cet Aloka ou a un homo-
nyme hypothdtique qu’il faut attribuer le missel qu’offrit a l’dglise de
St-Georges le martyr, a Alokan, le pretre Awraha, fils du pretre Murgan,
en 1697 (2).
La riviere que Ton traverse a Aloka est plus intdressante que la
localite elle-meme, car en la suivant vers Test on remonte cette valine
que les Anciens avaient appelde Ma‘alta, la Porte. Nous sommes ici aux
portes du Kurdistan; devant nous s’ouvre la route de Dasen et du Bdt
Tur£, de cette rdgion montagneuse dont le centre est ‘Amadia, et ou
toutes les valldes, qu’elles s’appellent Samrah, Sapna, ou autres, sont
pleines de noms si £vocateurs des gloires monastiques et littthaires de
(1) La route ancienne (Route du Roi) passait a Test de Fa'ida (cf. carte de
Kiepert de 1882, en appendice a Sachau, Reise , cit.) ; de la elle gagnait Semmd,
passait a l’ouest de Girfil et de Kawasi, puis a ‘Asl.
(2) Au Patr. Chald., cat. Mgr Bidawid, n° 322.
676
ASSYRIE CHRETIENNE
PEglise Syrienne Orientale. Mais la conjoncture nous force a nous con-
tenter cT explorer le bord de la vallee d’acces de ces Portes prestigieuses,
sans aller plus loin que la petite ville moderne de Dehok.
Ce qui reste de l’ancienne capitale de la vallee, Macalta, et qui en
garde le nom, est situe sur la petite riviere, a environ 3 kilometres a
Pest du pont que Ton vient de traverser. Parmi d’autres petits villages
insignifiants, apparemment aussi insignifiants qu’eux, deux hameaux ont
preserve le nom venerable; Pun est habite par des Kurdes musulmans,
Pautre P^tait par des Chaldeens. Ce dernier, appele Macalta Nasara
(Ma‘alta des chretiens) est aujourd’hui devenu egalement kurde (1).
Le village se trouve entre la route de Dehok, au nord, et la petite
riviere qui longe la montagne, au sud. Beaucoup de visiteurs, orienta-
listes ou touristes cultives, y viennent encore, mais peu soupgonnent
Phistoire chretienne du district. Ce que Pon vient visiter a Macaltaya,
ce sont les grandes frises de sculptures rupestres sur lesquelles tous les
dieux et deesses d’ Assyrie, montes sur leurs animaux symboliques et
armes de leurs foudres, sceptres, batons, cercles et harpes, forment un
formidable rempart, barrant la route du pays du Grand Roi aux esprits
mauvais qui pourraient venir du nord (2).
Ici comme a Hinis et comme a Amasea dans les tombeaux des an-
w
ciens rois du Pont, les anachoretes chretiens sont venus purifier le roc
souille par le ciseau paien biasphcmateur, en creusant des cellules expia-
trices au coeur meme des sculptures abhorrees.
II est difficile de preciser quand Macalta embrassa le christianisme;
on a vu que, malgr£ la difficulte provoquee par la similitude de nom
(1) 5 ou 6 families de Sios y sont retournees il y a peu d’annees.
(2) Tous les manuels d’assyriologie ddcrivent ces bas-reliefs. Voir notamment:
Layard, Nineveh , 2e 6d. 1849, t. I, p. 229-231; Plage, Ninive et V Assyrie , II, p. 153 et
III, pi. 45; F. Thureau-Dangin, Les sculptures rupestres de Maltai, in Revue d'Assyriologie ,
XXI/1924, p. 185-197; W. Bachmann, Felsreliefs in Assyrien, etc. — Le premier Euro-
peen qui y ait relate sa visite est Rouet, charge du consulat de France a Mossoul, qui
les decrit en trois lettres datees d’octobre et novembre 1845, et publiees dans le J.A.,
VI 1/1846, p. 280 s.
VILLAGES DU BAIIADRA
677
avec un eveche d’Adiabene, on peut y trouver des dveques des 410. La
lignde, plus tard nestorienne, se continucra jusqu'en 1265. Le siege jaco-
bite semble s’etre formd a la fin du VIe siecle, et se prolongera jusqu’en
1284.
Le nom de la «petite ville» ( bulaid ) revient souvent dans les auteurs
arabes (1). A1 Maqdassi vante la richesse de la vallee en fruits, viandes
sdchdes, chanvre et charbon. Tous soulignent son importance sur la route
de communications avec les regions des Kurdes de Test (‘Amadia) ou
du nord (al Hassanlya-Zaho, puis Gazira ibn 'Omar). Ibn al Atlr ne
la mentionne pas inoins de huit fois, de 829 a 1049, date a laquelle elle
fut ruinee par Sulaiman ibn Naser ad Dawla, ibn Marwan, et par d’au-
tres Kurdes. II ne semble pas qu elle ait joud un role important par
la suite.
Les manuscrits de Teglise de Mar Zei‘a a Ma‘altaya ayant dtd trans¬
port^ a Dehok, ou ils sont gardds a l’dglise de la Vierge (2), on peut
retracer par leur intermddiaire les deux cents dernieres anndes de l’his-
toire chrdtienne du village, de 1698 aux environs de 1900.
Le fonds Ma‘altaya se compose de onze volumes portant le nom du
village, sans compter ceux dont le colophon a disparu. Le premier est
un magnifique evangdliaire strangudli, du au calame du pretre Gudrguls,
fils du pretre Isra’il, fils du pretre Hormizd, fils du pretre Isra’il, d’Alqos,
date de 1698. Cette annde-la, malgrd les difficultds des temps, voyant leur
dglise tomber en mines, les gens de Ma'altaya se mircnt a l’oeuvre «avec
(1) Ibn Hawqal, p. 146-147; Maqdassi, p. 54, 137, 139, 145-146, 149; Yaqut,
IV, p. 578; Ibn al-AtIr, VII, 231, 251, 321, 326, 327, VIII, 286, 521, IX, 378. Autres
rdferences dans Canard, Hamdanides, I, p. 115, n. 85 et Honigmann, Barsauma , p. 97,
n. 2.
(2) Je remercie M. l’abbd Francis Alichoran, curd de Dehok, qui, voyant Timpos-
sibilitd oil je me trouvais de me rendre chez lui, a bien voulu m’apporter a domicile
toute la bibliotheque de Dehok. M. l’abbd Thomas Hannuna, curd de Mar Yusif k
Mossoul, par sa maitrise de la langue chalddenne et sa connaissance intime des ma¬
nuscrits liturgiques m’a dtd d’un grand secours pour le ddpouillement de cette collection
ainsi que de celle de Tell Kaif.
678
ASSYRIE CHRETIENNE
courage et confiance en Dieu», sous la direction de leur chef Marqos
et de son frere, le chammas Isra’Il, fils du feu ‘AwdTsdc, fils de Karre.
Ils ne laisserent pas pierre sur pierre du vieux batiment et erigerent un
temple «celebre au pays de Nuhadra». L’eglise nouvelle fut dot£e des
livres liturgiques necessaires, cet evangeliaire (1), un hudra (2) et un
recueil d’Abu Halim (3) qui n’est pas mentionne dans ce colophon,
mais fut execute la meme annee par le chammas Yusif, fils du copiste
attitrd
Les imprecations traditionnelles du colophon prouvent encore fin-
certitude de fepoque. Le chef Marqos y fait ecrire: «Etant donne que
ce temps est plein dYvenements, qui arrivent de temps en temps, si ce
livre tombe entre les mains d’une autre eglise, soit par vol soit par achat,
il faut le rendre a son eglise d’origine.» Et il promet toutes les benedic¬
tions a qui le rendrait, alors qu’il menace le receleur des memes peines
que celles infligees par Moise a Pharaon.
Une remarque additionnelle mentionne le nom d’une pieuse femme,
donatrice genereuse que Ton retrouvera ailleurs: la dame vertueuse
Elfdyi, fille du pretre Hormizd, notable d’Alqds, qui paya deux livres or
pour lYcriture des titres des evangiles des fetes du Seigneur «a l’eau
d’or». Priez pour elle.
Helas, les menaces de Marqos n’ont pas empeche l’eau d’or d’Elfeyi
d’exciter la cupidite vandale d’un collectionneur moderne sans scrupules:
les dessins qui ornaient fevangeliaire aux fetes de Paques, de 1’Ascension
et de la Pentecote ont et£ enleves, et la page rcmplacee par une autre
beaucoup plus rtxente, dont fecriture informe contraste douloureuse-
ment avec la belle calligraphie du pretre Guorguls. Seules subsistent les
eniuminures des Rameaux et de S. Thomas mettant la main dans le cote
du Seigneur, ainsi que la croix geometrique pour la fete de la Croix.
(1) N° provisoire, Dehok, cod. 41.
(2) Qui est peut-etre le n° 43 Dehok, dont le d£but et la fin manquent.
(3) Cod. Dehok, n° 4.
VILLAGES DU BAHADRA
679
L/art en est assez grossier et rudimentaire, cela n excuse pas facte de
barbarie qui a ruine le volume.
Quand ce vol fut-il commis? Probablement au ddbut de notre
siecle, car les feuilles de substitution semblent recentes; de plus c’est
apres le transport du livre a Dehok que le fait dut se produire, car un
autre evangeliaire de Dehok (1) a et 6 victime de la meme operation:
ici, rien n’a ete laisse. Ce deuxieme volume fut dcrit en 1681 par le meme
pretre GuorguTs; comme le reste du colophon manque, on ne peut savoir
a quelle dglise il appartenait.
En 1718, Smuni, fille du feu Chammas Gawriel, chef de Semmel,
fait executer en memoire de ses defunts, son mari Safar et sa belle-mere
Dalld, un rituel des morts, £crit par le pretre Yalda, fils du pretre Daniel,
fils du pretre Ellya, d'Alqos (2). Elle le donne aux dglises de Mar Zei‘a
et de Mar ‘Awda, pres de Ma‘altaya. On dtudiera plus loin le couvent
de Mar ‘Awda.
Un Ancien Testament, dcrit en 1731 a Alqos par ie pretre Yusif
(l’ancien chammas de 1698), fils du pretre GuorguTs, a la demande du
Maqdassi Hormizd de Saqlawa, pour l’usage de son fils chdri le cham¬
mas (Is6‘ ?), devient plus tard la propridtd de lYglise de Mar Zei‘a a
Ma‘altaya (3).
Les livres qui suivent sont beaucoup plus r^cents, et done moins
importants. Tel un recueil de prieres du jeune de Ninive dat£ de 1810 (4)
qui passe de la propritkd d’un chammas Francis a celle de lYglise. De
meme un gazza ancien, dont malheureusement les colophons de la fin
et du milieu ont disparu par suite de Tintroduction de feuillets addition-
nels pour les fetes nouvelles de Joseph II. Cette operation, effectude par
le chammas Sim‘un, fils de Potros Asmar de Tell Kaif, habitant alors
(1) N° 40.
(2) No 7.
(3) Cod. Dehok, n° 23.
(4) N° 5.
680
ASSYRIE CHRETIENNE
Alqos, donne la date probable de la conversion de Ma‘altaya au catho-
licisme: 1824. Le pretre du village a cette epoque devait s’appeler
Aramia (Jcrdmie). G'est lui qui commande a Alqds un Nouveau Testa¬
ment pour son eglise en 1825 (1).
En 1842-1844, Badger (2), puis Layard en 1849 (3), passent a
Ma‘altaya. Le premier y avait trouve vingt families. Un jugement a
propos de la propriete d’un calice et d’une patene, en 1844 (4), livre
le nom du chef de ce temps, Zei‘a, et de quelques habitants: Sim‘un,
Malklso1 2 3 4 5, et Paulos ‘Ammii, qui servent de temoins, alors que les con¬
testants appartiennent a «la famille de GuorguIs».
Maintenant, la fin approche. II semble qu’il y ait eu un premier
abandon du village en 1885, car a cette date le P. Rhetore, le mission-
naire poete en soureth que nous avons deja rencontre et qui parcourut
ces regions pendant plus de quarante ans, retrouve le village en ruines:
«il ne restait plus que P eglise, qui servait de refuge aux moutons des
Arabes», dit-il.
Ndanmoins les habitants reviennent au village et, en 1894, ils se
cotisent sous la direction du wakll de Peglise, SinPun fils du feu Hosabo,
et de Home his du feu Sefo, pour faire copier un rituel des defunts (5)
par le chammas ‘Awdiso4, his du feu Elisa4, de Mar Yaqo.
En 1896 enhn, les memes personnes, sauf qu’ici Sim‘un est appeH
chef du village, participent a la copie d’un livre d'Epitres. A eux se joint
le pretre moine Yusif, desservant de Peglise de Mar ZePa.
Quand Ma‘altaya cessa-t-elle d’etre chretienne? Les dates citees
prtxddemment montrent qu’elle survecut aux dragonnades de 'Otrnan
(1) N° 25; c’est a une clonatrice, H<d£ne, fille de Yonan, qu’est du un recueil
de lectures de l’A.T., de 1820 (scribe: Gabriel, fils du pr. Husaba, fils du ch. Yusif
d’Alqos) achet6 de son propri^taire pour lYglise de Alar Zei‘a (cod. Dehok, n° 44).
(2) The Nestorian.s , I, p. 134.
(3) Nineveh, , I, p. 229-232.
(4) Colophon ajoute a l’Ev. n° 41 de Dehok.
(5) Cod. Dehok, n° 20.
VILLAGES DU BAHADRA
681
Pacha (1890-1891) contre les Yezidis. L’exode vers Dehok de ses habi¬
tants et de ses livres fut peut-etre le rdsultat des ravages du Saih Mu¬
hammad de Dehok (1). Rabbi Guorguls de Mar Yaqo placerait fexode
ddfinitif vers 1906-1907. La grande dglise, a nouveau vide, tombe len-
tement en ruines et sert de grange et d’etable au village kurde.
Pres de Ma‘altaya est dit se trouver le village de Sisoh, d’ou dtait
originaire Mar Suhalmaran qui devint supdrieur de B. Qoqa de 693 a
729 (2). II y a jusqu’a nos jours une colline appclee Grd Slso, tout pres
de Dehok, mais le nom est aussi celui d’une famille qui habite la localitd.
2. — Dehok
Suivant la riante vallde, en remontant le cours d eau, on arrive
rapidement a la petite capitale moderne du district, la sous-prefecture
de Dehok, qui compte 9000 habitants, dont 2220 chrdtiens. Le nombre
des habitants originels de la ville a dtd grandement augments par faf-
fluence de refugies «assyriens». La communaute chaldeenne autochtone
compte environ 150 families.
Faut-il considdrer Dehok comme fhdritiere de Ma‘alta? En partie
seulement. De Ma‘alta, Dehok a hdrite le controle de fhinterland kurde,
par la route de Test; mais elle est nettement en dehors de la route du
nord, ce n’est plus un lieu de passage, c'est tout au plus un verrou de
la grande porte ddtruite. Apres la ruine de Ma‘alta en elfet, rien ne lui
avait succedd dans son role historique. On le voit nettement quand, en
1 135, ‘Imad ad Din s’empara des forteresses des Kurdes et les ddmantela:
ni Ma‘alta, ni Dehdk ne sont mentionndes. Et c’est un fait significatif que,
lorsqu’un homme du pays, un moussoliote comme Yasln al ‘Omari com¬
pose, au debut du XVIIIe siecle, le rdpertoire gdographique alphabdtique
qu’il inclut dans son Muniat al Udaba\ il ne mentionne pas une seule fois
l’une ou l’autre localite, alors qu’il fait mdmoire de hameaux minuscules
(1) Mort a Mossoul en 1914 et enterrd dans la cour de la mosqude de NabI
Sit.
(2) B. Qoqa, , p. 249.
682
AQSYRIE CHRETIENNE
dont il n’a rien a dire sinon qu’ils sont a Test ou a l’ouest de ceci ou
de cela. Ce silence en dit long. Pour lui Ma‘alta etait oubliee, et Dehok
ne meritait pas encore une mention.
Pourtant Deh5k ne serait pas une ville neuve. Si Ton en croit les
Actes clc Mar Italaha (et sur ce point on ne voit pas pourquoi il ne
faudrait pas les croire) le village etait deja chretien au temps de Sapor
et s’appelait Dastagard. Le nom d’ailleurs n’engage a rien, car Noldeke
a compte une douzaine de localites qui le portaient (1). De plus, il n’est
pas entierement sur que Dastagard fut Dehok, car il y a, a 11 kilometres
au sud-est, une localite actuellement yezidie appelee Dosteka, qui se
trouve a 5 kilometres de Tell Hisaf, c’est-a-dire un peu en retrait de la
Route du Roi.
L’ecole de Mar Italaha, pres de Dehok, definitivement entree dans
Phistoire au VIe siecle, sera etudi^e avec le couvent du meme nom.
Dehok aurait eu jadis deux eglises. La premiere au nom de S.
Georges, serait devenue la mosquee actuelle. Peut-etre est-ce a cette
eglise qu’a appartenu un evangeliaire ecrit en 1599 a Gazarta (G-azIra
ibn ‘Omar) et donne plus tard «par le pretre Abraham, et par Gawrlya
fils de Slemun a Peglise de S. Georges du village de Dyok» (2). L’or-
thographe de ce dernier nom, deja attestee par le nom chaldeen donne
par le P. Voste et par la lecture de Mgr A. Scher a encore ete verifiee
sur le manuscrit lui-meme. Le nom soureth actuellement employe est
Ettuk.
La seconde eglise, placde sous le vocable de La Sainte Vierge,
existe toujours. Il y a un petit mystere a propos de cette eglise: en 1635
(1) Geschichte der Perser, cit., p. 295 s. et notes. — Le nouvel article Daskara , du
Dr ‘Abd ul ‘Aziz ad Dur! (E.I., 11/1961, p. 171) mentionne 4 localites de ce nom
en Iraq, autres que Dehok. — Aurel Stein ( Geographical Journal , XLV/1915, p. 429)
aurait vu a Dehok un pont romain (?).
(2) Cod. XXII de N.-D. des Moissons, cat. Voste (A.S. 18).
VILLAGES DU BAHADRA
683
elle aurait etc entre les mains des Syriens. A cette date, Teveque de Mar
Matta, Malqi (1), la visita et lui ordonna du clergd (2).
Y avait-il a Dehok des Jacobites et des Nestoriens melangds, restes
des deux dioceses du Nuhadra, disparus a la fin du XIIIe siecle? II ne
semble pas, car ce n'est qu’a la fin du XYIIe siecle et au debut du
XVIIIe que Ton entend parler de Syriens ici et a Semmdl. Dans les deux
cas lYglise mentionnde comme dtant aux mains des Syriens a le meme
vocable que celle qui appartenait auparavant aux Nestoriens et que Ton
retrouve plus tard entre leurs mains. II semble done que ce soit la meme
eglise; ebautant plus qu'on ne trouve pas de manuscrits nestoriens pour
cette epoque. Je crois done que Ton peut penser que les Syriens de
Dehok et de Semmel a cette periode, sont les memes personnes que les
Nestoriens d’avant et d'apres. Dieu sait quelle brouille avec leurs pretres
ou avec leur £veque fut boccasion d’un tel changement de «rite», dont
on a des exemples jusqu’a nos jours. Apres quelques anndes de dissidence,
la plupart des schismatiques revinrent au bercail, seuls quelques irrdduc-
tibles furent forces a bexode vers des villages jacobites. La statisque du
maphrien Lazare IV, en 1730, ne parle plus de Syriens a Dehok; peut-
etre avaient-ils quittd la ville au moment des pillages de 1712 et 1713,
au cours de la lutte entre ‘Otman de ‘Amadia et Zabed de Zaho (3).
Un Hexameron dcrit en 1701 devint plus tard la propridt^ de l’dglise
de Ste Marie a Dehok, avant d’aboutir a Cambridge (4). On ne sait a
quelle date le livre sdjourna a Dehok.
Sur les quelques cinquante volumes manuscrits formant la biblio-
theque de Dehdk, entrepos^e a l’dglise de la Vierge, tres peu de ceux qui
ont garde leurs colophons portent le nom meme de Dehok. Le plus
ancien est un Liber Magnetis de Joseph II, dcrit en 1741 a la demande
(1) Sur lui, cf. Dafaqdt , p. 119, n° 26.
(2) Dafaqdt , p. 191.
(3) Colophon de 1821, public par Mgr A. Scher, dans J.A. , XV/1910, p. ISO-
132.
(4) Add. 1994, cat. Wright, p. 402.
684
ASSYRIE CHRETIENNE
de Hormizd Kassa pour l’eglise de la Vierge de la ville de Deh5k (1).
Suivent un kaskul de 1822 (2), un recueil garshuni de la messe et de
differentes prieres ecrit en collaboration par le fameux scribe de Mar
Isacya de Mossoul, le chammas Romanos, fils du chammas Miha’Il, fils
du pretre Husaba d’Alqos, et par fecolier ‘Issa, fils d’Isa‘ya d'Eqror.
Ce livre a ete commande par le pretre ‘Abdulahad pour Teglise de la
Vierge au village d’Ettuk (3).
Un evangeliaire de 1859, egalement du a la plume feconde de
Romanos, a ete copie a la demande du chammas Potros, fils de Hormizd
le menuisier, PAlqochien, et du chef Ya‘qub «avec les autres chefs de
la communaut6>, Hanna, Mattai, Mlho de la famille Zelfe, Hank5 le
teinturier et Mansur fils de Sawa, pour Peglise de Ste Marie dans leur
village (4).
D’apres Layard, qui y passa en 1840 (5), Deh6k avait eu aupa-
ravant quelque importance, mais elle £tait, lors de sa visite, presque
en ruines.
On ne sait quand eut lieu la conversion des Nestoriens de Dehok
au catholicisme. Une lettre de Mgr Ballyet du 27 decembre 1676 (6)
y mentionne trente families catholiques, avec leur £glise. II ne dit pas a
combien se montait la population chretienne totale, ni si l’autre eglise
etait encore entre les mains des Nestoriens.
3. — Deleb
Revenant sur nos pas, a 4 kilometres au nord-ouest du tell de
Ma‘alta, a peu pres en face du pont sur lequel nous avons traverse la
petite riviere, nous voyons une colline qui force la route a faire un detour
vers Test. Sur cette colline se trouve le village de Deleb.
(1) Cod. Dehok, n° 14.
(2) N° 39.
(3) No 34.
(4) N° 38.
(5) Nineveh, cit., t. I, p. 229.
(6) A Chronicle of the Carmelites in Persia , cit., vol. II, p. 1262.
VILLAGES DU BAHADRA
685
A cote du village se voit un vaste tell entourd de trois cotds par des
ruisseaux, peut-etre d’anciens fossds. Ce tell a 260 metres de long sur 102
de large, et atteint 15 metres de haut a son point le plus dlevd, un cone
qui represente peut-etre une ancienne zigurat? V. Place y fit quelques
fouilles qui lui livrerent de la poterie et un «mur bitume post-Nini-
vite» (1). Un fragment description grecque qu'il retrouva dans une mai-
son du village met immediatement notre imagination en campagne. Nous
sommes ici tout a cote de la Route du Roi. Si Alexandre n'y est pas passd,
ce qui serait peut-etre a revoir, les Dix Mille sont certainement venus
ici, qu'ils aient pris la vallde de Marita comme le pense Place (2) ou
celle de Zah5, selon l’opinion du colonel Boucher (3).
Mais les souvenirs chretiens sont plus importants pour nous que les
reminiscences classiques. C'est ici, quand le village s’appelait ‘Ain Dulbe
(la source des platanes) que, vers fan 400, naquit Mar Narsai, le grand
docteur de TEglise Orientale (4), rival de S. Ephrem en podsie et en
dloquence.
(Test probablement ici aussi qu'il faut chercher la montagne de
«Dalpata» oil l'auteur ascetique Jean de Daliata vdcut pendant un
certain temps, peut-etre en souvenir de Narsai (5), dans la seconde
moitid du VIIIe siecle.
La vieille dglise de S. Christophe, martyr (6), a «Edleb», au Ba
Niihadra, apparait dans plusieurs manuscrits (7), dont un commentaire
(1) Ninive et /’ As syrie, t. II, p. 160.
(2) Ibid., t. II, p. 153.
(3) L’Anabase, cit., p. 166.
(4) Chr. de Seert, II, p. 22 et n. 1 de Mgr A. Scher. Le texte dit «du village de
‘Ain Dulbe dans la region de Ma‘altaya». On se souvient que Ma‘altaya est la forme
arabe du chaldden Ma‘alta.
(5) L.C., n° 127.
(6) Probablement celui cite par le P. Peeters, dans BHO , p. 46, et qui possede
des Actes syriaques. Le martyrologe hidronymien le fete le 25 juillet (cf. Vie des Sts.
et Bx., p. 613-614) et place sa passion «en Syrie, dans la ville de Samon».
(7) Cf. Pierre Cesroy, Les Mss. Or. de Mgr. David , au musee Borgia de Rome ,
ZFA, IX/ 1894, p. 375.
686
ASSYRIE CHRETIENNE
du Nouveau Testament conserve a N.-D. des Moissons et date de
1698 (1).
On ne sait quand les chretiens quitterent ce village. Probablement
en furent-ils chasses par les Yezidis, lors de la derniere phase de leur
expansion, au cours du XVIIIe siecle. II semble que le village ait 6t6
entre leurs mains jusqu’a ce que ‘Otman Pacha le ruinat completement
en 1891. De nos jours, le village est kurde.
On nv avait signale un «couvent» immediatement au nord de
Deleb. On y avait meme «vu» des pierres gravies de croix. Les seules
mines que j’aie pu trouver sont celles d’un khan, et les chrdtiens des
environs confirment mon identification. Leurs traditions parlent encore
de ce khan. Quant aux pierres, elles marquent Pemplacement de Pancien
cimetiere chretien du village.
4. — Semmel et Qasr i-YazdIn
Prenons maintenant la route de Zaho, dont la direction generate est
vers le nord-ouest. Apres Pembranchement ou elle se separe de la route
qui part vers Dehdk, vers Pest, la route de Zaho va d’abord nettement
vers Pouest pendant a peu pres 6 kilometres. On arrive alors au village
de Semmel, qui possede egalement un tell archeologique assez important,
explore par V. Place (2).
Semmel avait jadis, peut-etre jusqu’en 1891, une population chal-
deenne. Certains de leurs descendants vivent actuellement a Sios. Cer¬
tains musulmans de Tell A‘far se disent egalement de la famille de
Sepho que nous allons bientot rencontrer.
Les traces de leur grande eglise deNotre-Dame Marie dtaient encore
visibles au pied du tell jusqu’a la premiere guerre mondiale. Apres cette
guerre, des «Assyriens» vinrent habiter le village, jusqu’au tragique
malentendu de 1933. Les Arabes et les Kurdes occuperent alors le village.
(1) Cod. XLV, cat. Voste (A.S. 24).
(2) Ninive et VAssyrie , t. II, p. 153.
VILLAGES DU BAHADRA
687
Quelques families chalddennes de Sios et de Mar Yaqo sont revenues
rdcemment s’y etablir.
Comme les anciens habitants de Semmdl, certains de ses livres litur-
giques ont trouvd refuge a Sios; d’autres livres sont au Patriarcat Chal-
dden. Quatre manuscrits sont datds de 1708 a 1711. Tous sont dus au
zele du pretre Issevo, fils du chammas Gabriel, fils du chef Sdpho. Le
premier livre est un gazza de 1708 (1). Un autre gazza , de 1710, est
actuellement au patriarcat (2). Les livres des Epitres, de 1710, et celui
des Lemons, de 1711, sont aujourd’hui a Sios.
La presence de Syriens est attestde a Semmdl a la fin du XYIIe
siecle et au debut du XYIIIe (3). Qu’un chammas de Bartelli, nomme
Denha, fils du pretre Mar Behnam, y ait copid en 1677 le livre de gram-
maire de Severe Ya‘qub de Bartelli, ne devrait pas encore nous dmouvoir,
car le copiste aurait pu etre de passage; on a souvent constatd de tels
echanges. Mais ce qui est plus net, c’est quand le maphrien Lazare IV (4)
dans son Statisticon inedit, mentionne les Syriens de Semmdl en 1730,
avec leur dglise de la Yierge.
Les manuscrits temoignent du meme fait. On en possede quatre:
un recueil de Nawajir , actuellement a Mar Matta, copid a Semmel et
pour Semmdl par le moine Guorguls, fils de GunYa, fils de ‘Abd ul
Maslh (5), en 1730, et un fanqit du bapteme, du jeune de Ninive et
(1) Actuellement a Sios. Renseignemcnt communique par Mgr Hanna Paulos,
curd de ce village.
(2) Cat. de Mgr Bidawid, n° 315. — A cote du pretre Issevo apparait ici son
oncle, le chef chammas Hanna. Les frais sont couverts par la fidele Samro.
(3) Dafaqat , p. 191.
(4) Sur ce personnage, qui ne figure pas dans les listes habituelles des maphriens,
cf. Dafaqat, p. 214, n° 7. II fut d’abord superieur puis eveque de Mar Matta (Gregoire
Lazare, n° 28, 1728-1730, ici p. 130) puis maphrien en 1730. II habitait a Mossoul,
l’eglise de Mar Ahudemmeh; jusqu’a ce qu’elle soit changee en mosquee en 1759.
II mourut de la peste l’annee suivante et est enterre a Mar Matta.
(5) Ni ce copiste ni le suivant ne figurent dans les listes de Mgr Barsaume,
( LiVlu\ p. 213-214).
688
ASSYRIE CHRETIENNE
d'une moitie du Careme, du meme copiste, dcrit en 1731, aujourd’hui
a feglise de Tahira de Qaraqos (1).
Mgr Abdal veut bien me signaler un autre manuscrit de la meme
eglise copie a Qaraqos pour feglise de la Mere de Dieu a Semmel en
1734, par le chammas Habas, fils du chammas Gumca, fils de Habas,
fils du pretre Eliya (2). G’est un fanqit de la semaine sainte, premiere
partie.
La-bas aussi feveque martyr Razqallah de Mossoul copia un rituel
de la Passion pour feglise de Bartelli, en 1736.
Le schisme de Semmel avait done dure plus longtemps que celui de
Dehok. Le trou dans les manuscrits chaideens s’etend de 1711 a 1744.
Le debut de cette periode de silence coincide avec la vague de
pillages et de massacres qui devasta le pays de Bahdinan a partir de
1712 (3). Au cours de la lutte entre les deux freres ennemis, ‘Otman
de ‘Amadla et Zabed de Zahd, Mangues, Daoudiya, Araden, Dergueni,
Semmel, Deh5k et Sezez (Sezi) furent saccages, la vallee de la Sapna
fut devastee. Au moment oil allait se derouler la bataille decisive, en
1713, e’etait a Semmel que cantonnaient les forces de Zabed, alors que
celles de son frere etaient a Dehok. On peut done penser que le village
fut deserte a cette epoque. Les Syriens, peut-etre ceux memes qui avaient
quitte Dehok, furent-ils les premiers a reoccuper Semmel, pour le quitter
ensuite pour Bartelli, au retour des proprietaires legitimes? Fut-ce a ce
moment egalement que certains membres de la famille de Sepho se
firent musulmans et allerent habiter Tell ATar?
Une etude attentive des colophons des manuscrits syriens de Semmel
pourrait peut-etre jeter un peu de lumiere sur cette tenebreuse affaire.
(1) N° 34 de Qaraqos; n° 42 du catalogue inedit de Mgr Abdal.
(2) N° 38 id., inedit n° 58.
(3) Colophon de 1821, du pr. Gabriel, fils de Husaba, d’Alqos, a un Harms
et Warda de feglise de Mar Iso‘yaw a Mossoul; publie par Mgr A. Scher dans
J.A., XV/ 1910, p. 130-132.
VILLAGES DU BAHADRA
689
Alors que les manuscrits nestoriens etalent un luxe de details gdndalo-
giques qui lient profondement le volume au terroir, ce que j’ai pu savoir
des manuscrits syriens les montre plus dthdrds, sans noms de donateurs
les rattachant au village. Ainsi en est-il du manuscrit de Qaraqos, sur
lequel Mgr Abdal a bien voulu me communiquer ses prdcieuses notes.
Les noms qu’il porte sont plutot en relation avec le couvent de Mar
Behnam, «couronne des martyrs», ou il a dtd dcrit en 1731, qu’avec
Semmel. Y figurent feveque Iwanis Kards, «supdrieur du couvent de
Mar Behnam, de sa soeur Sarah et de ses XL compagnons», les pretres
Sliwa et Iso4 Zakko (de Qaraqos) et l’intendant ‘Abd5 fils de Pacha.
Quant au manuscrit de Bartelli, il n'est pas a l’eglise de Ste Smuni
des Syriens Orthodoxes, et le curd, Mgr le chordveque Elias Isa‘ya, n’en
a pas entendu parler. Peut-etre le trouvera-t-on dans une collection privde.
Les deux derniers manuscrits chalddens de Semmel sont au patriar-
cat. Un Office des ddfunts date de 1744. Il fut copid a Alqos, comme tous
les autres livres, a la demande du pretre Sim‘un, his du feu chef Isra-
’II (1). Enhn un Ancien Testament de 1823 (2) donne farbre gdndalo-
gique complet de la famille Sdpho, si zdlde pour son dglise; le livre est
copid a la demande du chef Yosipo, his du chammas Safar, his du chef
Sawa, his du chef Isra’il, his du chef Sdpho, du village de Semmdl
au Ba Nuhadra.
On peut done reconstituer ainsi la filiation. L’ancetre, le chef Sdpho
eut (au moins) trois his: le chammas chef Gabriel (mort en 1717), le
chammas chef Hanna (1710) et le chef Isra’Il. Le chammas Gabriel
avait au moins un his, le pretre Issdvo (1708 et 1711) et une hlle, Smuni,
veuve avant 1717 de Safar de Ma‘altaya. Quant au chef Isra'il (mort
avant 1744) il eut deux his: le pretre Simcun (1744) et le chef Sawa. Le
his de ce dernier, le chammas Safar, etait le pere du dernier chef connu,
Ydsipo, en 1823.
(1) Cat. Mgr Bidawid, n° 357.
(2) Id., n° 116.
Rech. 23 — 44
690
ASSYRIE CHRETIENNE
A cinq kilometres au sud-ouest de Semmel, le petit village kurde
de Qasr i-Yazdln offre egalement des traces d'eglise. D'apres un evan-
geliaire de Tell Kaif (1) ecrit a Gazarta en 1587, cette eglise etait dediee
a Ste Smiini. Le pretre du village a cette epoque s'appelait Hosa', le
chef Hanna, et son fils aine Slemun. Le volume semble avoir deja ete
a Tell Kaif au debut du X\TIIe siecle, si vraiment le pretre Gabriel qui
l’y restaura etait le zele fils du chammas Yalda (2).
5. — Sios, Mar Yaqo et environs
Sios, ou en soureth Sezi, apparait sous son nom chaldeen de Seze,
des le XIe siecle, dans la constitution de ‘Awdlso1 2 * 4 II (1075-1090) a
propos de fexemption des couvents.
Cinq livres liturgiques de lYglise de Mar Guorguis de Sezi sont
montes, en 1883, a feglise du couvent des Dominicians de Mar Yaqo,
ou ils furent restaures par le chammas ‘Awdlso* Ellsab Ils sont actuel-
lement en surete en notre couvent de Mossoul. Ce sont, par ordre
chronologique:
1° Un hudra des fetes et commemoraisons (n° 14) date de 1661. Le
colophon final manque, mais on peut savoir par un colophon interme-
diaire que le livre fut ecrit a Alqos par le pretre Hadbsabba, fils du
pretre Isra'Il, fils du pretre Hormizd, fils du pretre Isra’Il, a la demande
du pretre Awraham et du chef Giho.
2° Lm epistolier (n° 10) de 1680, du au calame du chammas H5mo,
fils du pretre Daniel d’Alqos, mentionne le pretre Melchisedech, fils du
pretre Husaba, fils du pretre Gawriel, le chammas Gawriel Kandu,
Gawo et Hormizd Husabo.
(1) N° 58 (37 x 57 cm.) £crit par le pr. ‘Ataya, fils du pr. Farag; fis du ch.
Marqos d’Alqos, alors resident a Gazarta. Je crois que c’est par erreur que le scribe
met «Qasrezdin» au pays des «Dubaye» , au lieu de «Dulbay£», c’est-a-dire dans les
environs de Deleb.
(2) Que Ton trouve de 1695 a 1738. Un autre pretre Gabriel de Tell Kaif se
rencontre a la meme epoque; c’est Gabriel, fils de Nofal, fils de Haidar, copiste d’un
Hymnaire de Hamis en 1725 (volume non num6rote).
VILLAGES DU BAHADRA
691
3° Le lectionnaire correspondant se trouve egalement a Mar Yaqo,
mais a perdu sa derniere page.
4° Un evangeliaire enlumind (n° 1) ecrit a Alqos en 1722 par le
pretre Ellya, fils du pretre Yalda, fils du pretre Daniel, fils du pretre
Ellya, fils du pretre Daniel, par les soins du pretre Is6‘, fils du pretre
Melchisedech deja rencontrd, et du chef Awraha fils de Gawo. A cotd
d’eux figurent Sabo et Rabban Dawld Awraha.
Les enluminurcs de ce manuscrit, assez grossieres, ressemblent de
tres pres a celles d’un livre semblable conserve a Sios, en provenance
probable de Semmel, mais dont le colophon manque. Les chevaux out
le meme corps jaune et la meme tete rouge. Ces peintures naives et
grossieres sont au nombre de trois, illustrant l’entrde a Jerusalem, S.
Thomas (a qui fait pendant S. Pierre) entrant sa main, grace a une
petite fenetre rectanguiaire pratiqu^e dans la robe, dans le cotd de
Jesus, et S. Georges terrassant un dragon.
5° Enfin, un volume tres ddlabrd et dont le ddbut manque, contient
les prieres du qanke (n° C). II a ete copie en 1731 a Alqbs, par le pretre
Hanna fils du pretre Homo, fils du pretre Daniel, pour lYglise de Mar
Guorguls a Sios, par les soins du chef Awraha fils de Gawo, du pretre
Hormizd fils du pretre ‘Awdiso4, fils du chammas Marrogue, et du
pretre Guorguls fils du feu... Le reste manque.
L'histoire e dee village chaldeen n’est pas connue. II partagea le sort
de Semmel en 1712-1713, et il semble qu'une bonne partie de ses habi¬
tants (au nombre de 400 en 1961) soient venus de Semmdl a la fin du
XIXe siecle. Sios en effet est situ^e a Pest de Semmel, au pied de la
montagne, done en dehors des routes normales des pil lards et dcs soudards.
Quelques deserteurs ottomans qui avaient pensd y trouver une proie facile,
lors de la guerre de 1915-1918, ont bien du regretter leur erreur, s’ils
en ont eu le temps.
II semble que ce soit aussi de Sids-Scmmdl que soit montde la colonie
qui vint fonder le petit village de Mar Yaqo apres la ruine du couvent
de Mar Iso£yaw, dit de Mar Ya‘qub, situe dans la montagne a environ
692
ASSYRIE CHRETIENNE
quatre kilometres cle Sios. La premiere evidence de Texistence d’un
village a la place du couvent date de 1 7 10. II y a en effet parmi les tombes
du village un tombeau «sculpte» ( qawra mnuqasta) qui remonte a cette
periode et est celui du fds d’un pretre. S’il y avait un pretre marie, cela
veut dire que le couvent avait clisparu et qu’un village avait pris sa place.
La prospdrite du village fut grandement accrue par la fondation
d’un couvent dominicain en 1847 (1), et commenga a decliner lors de la
fermeture du pensionnat en 1939. Dix ans plus tard, il y avait encore
127 habitants a Mar Yaqo. II n’y avait plus, a Fete 1961, que cinq mai-
sons, representant au maximum 20 personnes, tous vieillards ou jeunes
enfants. Les autres s’etaient disperses dans les villages des environs.
Le nom kurde du village, devenu egalement nom officiel, est Qa-
safer. Ges deux mots sont le debut d'une phrase kurde qui rappelle une
vieille histoire, datant de quand ? Dieu seul le sait.
Un jour des musulmans, parmi lesquels un mulla , se mirent a dis-
cuter religion avec les chrdtiens ou avec les moines, parmi lesquels etait
un pretre. Comme ils n’arrivaient pas a tomber d’accord pour savoir
laquelle de leurs deux religions etait la meilleure, ces gens simples s’en
remirent au jugement de Dieu. Un ravin profond etait la, probablement
celui qu’on appelle actuellement le Dola, infranchissable d'un saut. II
fut decide que les deux hommes de religion, le pretre et le mulla le sau-
teraient, et que celui qui arriverait a l’autre bord serait a coup sur le
representant de la meilleure religion. Aussitot dit, aussitot fait, les deux
s’dlancent ensemble, et Qasd fer , mulla mer , le pretre vola, le mulla
tomba. D’autres disent plus irrespectucusement : mulla der , le molla
creva. Et notez bien que ce sont les Kurdes qui racontent Thistoire.
Le village de Qasafer-Mar Yaqo celebrait la fete de son patron le
vingtieme jour apres Paques. Ce jour-la tous les gens venaient prendre
(1) G’est vers cette ^poque que Mar Yaqo attira des elements du Tiyari (Sared-
pido) et de Thuma.
VILLAGES DU BAHADRA
693
leur repas dans la cour de fancienne eglise; quelquefois une mcsse dtait
dite dans les ruincs de l’ancien sanctuaire du couvent.
A Mar Yaqo a habits a la fin du siecle dernier le chammas ‘Awdiso4,
fils d’Elisa4, fils de ‘Awdiso‘, copiste distingud qui travailla souvent pour
les Dominicains, et aussi pour les dglises des environs (1).
A Ijerke, petit hameau au nord-est de Sios, il y a actuellement
neuf maisons chrdtiennes.
Guermave est un petit village kurde situd pres de Sios. On y a
jadis trouvd une cuve baptismale.
6. - Le GARRE VIDE
Avec Sios et ses satellites se termine la liste des villages «chrdtiens»
du sud de la plaine du Bahadra. II peut encore y avoir ici ou la de
petits groupes d’Assyriens, auxquels se joignent parfois des Ghaldeens,
qui occupent les terres de tel ou tel aga kurde, mais ce ne sont guere plus
que des serfs, a la merci d’une expulsion, du jour au lendemain, si leur
conduite ou leur travail ne correspond pas aux ddsirs de leurs maitres,
et cela veut dire parfois le bon plaisir du propridtaire vis-a-vis d'une
jeune fille chrdtienne qui a attird ses regards. Si les serfs chrdtiens ne
veulent pas se plier a ces caprices ddgradants, il ne leur reste plus alors
qu’a louer leurs bras a un autre maitre, en priant Dieu qu’il ne soit pas
plus despotique.
D’ailleurs, qui sont ces maitres? Les quelques siecles derniers les
ont vu tellement changer, eux et leur clientele, que les traditions du passd
ont dtd presque effacdes. La plaine du nord du Ba Nuhadra est a peu
pres, du point de vue des souvenirs chrdtiens, comme le Garrd Vide que
Ton voit au milieu du ddsert d’Arabie (2). Et pourtant cette rdgion
ddchristianisde, dont le centre administratif moderne se trouve a ‘Asi
(1) Un Rituel des d^funts de 1894 pour Ma‘altaya (cod. Dehok, n° 20) et un
Paradis d’Eden, de 1898 ( id., n° 13).
(2) Il y a bien le village arm£nien de Horesk au milieu de ce carrd; mais c’est
un village d’^migrds sans attaches au terroir.
694
ASSYRIE CHRETIENNE
(Ascke) portc officiellement le nom de Slevani, c’est-a-dire la region de
la Croix, des chretiens (1)!
Un nom subsiste qui, sur la frange est, suscite quclques reminiscences
chretiennes, c’est celui d’ARDAMusT, aujourd’hui Kawasi, pays d’origine
de J ean, futur fondateur de Daliata, et de ses deux freres, egalement
moines, Serge et Theodore. Je ne sais qui a pu dire que leur village
d’origine etait «a quelque distance du Zab»? Comme on voit le jeune
Jean, encore «pieux laic» aller toutes les semaines au monastere d’Apni-
maran, on peut penser que son lieu d’origine n’etait pas tellement loin
de ce couvent. En effet, 22 kilometres seulement les separent, car Arda-
must est a 16 kilometres au sud-est de 1’entree de la gorge de Zaho,
alors que ZaTaran en est a 6 kilometres a l’ouest.
D’ailleurs, toute I’histoire de Jean de Daliata (fin du VIIIe siecle)
est en relation avec le pays de Qardu, soit par le couvent de Mar Yozadaq
ou il prit le scapulaire, soit par le monastere «des treilles» qu’il y fonda(2).
Quant a l’identification d’Arrdamust avec Kawasi, elle est faite par
Yaqut, dans son Mu gam al Buldan , reproduit par les auteurs plus recents,
notamment Yasin al ‘Omari (3), chez lequel on lit: «Kawasi, village
fortifie a 1’est (4) de Mossoul, auquel on ne peut acceder qu’un seul
homme a la fois. II s’appelait Ardamust. II est actuellement (debut du
XVIIIe s.) en mines. Au-dessous de lui se trouve un village a son nom.»
La forteresse d’Ardamust est tristement celebre. C’est la qu’en 965
Abu Taglib enferma son pere Naser ad Dawla, qui y mourut l’annee
suivante (5). Elle fut un des forts des Kurdes Humaydlya dont ‘Imad
ad Din s’empara en 1132 et qu’il demantela.
(1) Sur les Slevanis ou Sleb-Kurdcs , cf. P. Anastase dans la revue Logat al ‘Arab,
vol. 5, p. 474-477, et ibid. vol. 8, p. 575. Sur Les Soleib ou Seleb , ibid. n° 6
(d<fc. 1911), p. 207-209.
(2) L.C., n° 127; B.O., III, I, p. 103, 205; Lit. Syr. Chabot, p. 106; R. Duval,
p. 228-229; Baumstark, p. 225, etc.
(3) Muniat al-Udabad , p. 54 et note de l’£d. n. 2.
(4) En realite au nord/nord-ouest.
(5) Muniat al-Udaba p. 43; Klie de Nisibe, Chronographie , p. 136 (Brooks, trad,
p. 106: Urdumust). H. Zayat ( Logat al- Arab , cit. p. 15) prefererait Ardmust.
VILLAGES DU BAHADRA
695
A 13 kilometres au nord-ouest de Kawasi, a 2 kilometres du centre
de canton de ‘Asi, toujours au pied de la montagne, se trouve le petit
village de Balquz, au nom evidemment chrdtien. La, d’apres les dossiers
de la Direction Generale des Antiquites dTraq (1), se trouvent les ruines
dites Hirbat ad Dair. Je ne puis dire de quel couvent il s’agit, ni si ce
dair n’est pas tout simplement Tancienne dglise du village.
Sur la bordure ouest du carrd, le long du Tigre, on trouve encore
des villages a noms chretiens, tels que Bagluga, situd a peu pres en
face du grand couvent de Dair Ba‘ut, qui a dte dtudid avec le B. ‘Arabayd.
Au sud de Bagluga, egalement sur le Tigre, a peu pres a mi-distance
entre le Habur et la riviere de Dehok, se trouve le village de Iskaft,
dont le nom veut dire grotte. II n’y aurait pas la-bas de traces de couvent
bati, mais seulement deux grandes grottes tailldes a la maniere des
moines et dominant le Tigre.
Vers le milieu du carre, a l'ouest de la route de Mossoul, a peu pres
a la hauteur de ‘Asl, se trouve le hameau de Skafdale ou quelques
chrdtiens sont recemment revenus. Le vieux Yusif Mdskd, jadis fraudeur
celebre et bandit de grand chemin, qui a parcouru toute cette region
et fautre rive du Tigre sur sa jument rapide et se souvient de tous les
deplacements de Miss Bell, Yusif done, maintenant assagi et pieux a
quelque 70 ans et fun de mes plus prdcieux informateurs, voulut un jour
batir les fondations de sa maison sur un mur ancien appartenant a une
ruine dite al MansurIya. Le premier jour, tout alia bien, mais, au matin
du second jour, le ma^on, un Armdnien de Horesk, vint le trouver tout
emu. II lui dit: «Yusif, je prdfere manger son pain plutot que le tien.
Je ne batirai pas sur ses fondations !», et de lui expliquer que, la nuit
pr^cedente, un vieillard barbu habilld de blanc lui dtait apparu et lui
avait enjoint de batir plus loin, mais pas sur le vieux mur. Yusif s’executa,
le mur de sa maison est parallele aux vieilles fondations, mais ne les
touche pas.
(1) N° 1362/35. C’est probablement a ces ruines que fait allusion Sachau. Reise ,
p. 372.
696
ASSYRIE CHRETIENNE
Au nord de Skafdale se trouve le village, aujourd’hui musulman de
Bawarde. On lit dans la vie de Mar Yaret (1) que des habitants de Ba
Warda etaient venus visiter le tombeau de Yaret et de son disciple
Quriaqos (2). Si Ton remarque que le couvent de Mar Yaret se trouvait
au bord du Tigre, a 16 kilometres au sud-est de Gazlra ibn ‘Omar,
pres du village anciennement appele Diarka (actuellement Derik Barav,
en Svrie), nos pelerins avaient eu a marcher une petite journee pour
traverser le Tigre et couvrir les 25 kilometres qui separent Ba Warda
du couvent. Les anciens faisaient facilement plusieurs journees de marche
pour conduire un malade au tombeau d’un saint celebre.
7. — Pesabur
Si maintenant, suivant vers le nord-ouest Fare decrit par la «mon-
tagne du Ba Nuhadra», et depassant sans nous y arreter la trouee de
Zaho, nous longeons le Gabal Behair jusqu’a sa jonction avec le Tigre,
nous trouvons, a 4 kilometres au sud du confluent du Habur et du Tigre,
sur la rive orientale de ce dernier, le gros village chaldeen de Pdsabur.
Au nord du village c’est la Turquie, a l’ouest la Syrie, a Pest ITraq;
le paysage, d'une beaute naturelle si douce par sa verdure, fait rever,
tant ce carrefour est charge d’histoire (3).
Le nom ancien etait «Pir5z Sabur du Ba Nuhadra», ainsi appelee
pour la ciistinguer cl’une autre localite du meme nom, nommee aussi
Anbar, et situee sur la rive orientale de TEuphrate, au sud du canal
Saqlawiya (4).
(1) Suhada\ II, p. 274.
(2) Voir la vie de Mar Yaret d’Alexandrie (fete le 27 oct.) dans Suhada’ II,
p. 265-275, d’apres un ms. de N.-D. des Moissons. Un gazza ecrit pour son couvent
en 1545, en fut voM lors du pillage de 1659 et rachete pour les eglises de Mossoul, avant
d’aboutir au British Museum (cat. R.F. 1838, cod. XXXIV) par l’intermediaire de
C.J. Rich. — On remarquera dans le colophon de 1659 le qualificatif errone de
«martyr» donn£ au saint par l’inadvertance du traducteur. Yaret etait egalement titu-
laire de lYglise de Derb6 (rituel de Mardin, cat. A.S., cod. 18).
(3) Ref. dans Canard, Hamdanides , I, n. 83.
(4) Cf. Mgr Scher, n. 3, p. 143 de Chr. de Seert, II. — Le regrett£ A. Maricq,
VILLAGES DU BAHADRA
697
La Chronique de Seert situe ici un evdnement qui, d’apres son contexte,
a du se passer au debut du VIIe siecle. II y avait alors a P^sabur (1)
«dont les habitants sont des ma^.ons» (2) un £veque isole nommd Ezdchiel,
et un «ecolier» nomine Isaac, qui ne savait pas beaucoup de choses.
Celui-ci quitta son village pour aller dtudier a Harran. Quand il fut de
retour, on le trouva instruit et intelligent et on gouta fort ses discours;
aussi fdtablit-on comme «interprete» a l’dcole du lieu. Hdlas, la cause
de cette science trompeuse n’dtait pas fdtude honnete; le drole devait
son avancement aux demons avec qui il avait commerce. Tout ce que
le diable lui demandait pour le moment, c’dtait de lui sacrifier ses deux
poules, au ddbut du Careme, en signe de reconnaissance de sa vassalitd.
L’homme rechigna. Il voulut proferer devant le peuple une belle homelie
qual avait pr£par£e pour Paques. Son maitre impatient finit par le
frapper a la tete. Isaac tomba a terre en poussant un grand cri. Devant
ses eleves accourus il avoua ses crimes et leur enjoignit de ne pas l'inhu-
mer avec les ceremonies liturgiques, mais de le jeter du haut en bas de
la montagne. Quand il fut mort, ils le traiterent comme il favait demands.
«Que le Dieu Tres Haut nous delivre des ruses du ddmon et nous tire
de ses filets !»
Indtfpendamment de ces «diableries» l’histoire de ce carrefour est
un perpetuel va-et-vient de vagues d'invasions, de rezzous et de fuyards.
dans Recherches sur les Res Gestae Divi Saporis {Acad. Royale de Belgique , Classe des Lettres ,
t. XLVII, 4, 1953) avait deja dtabli la difference entre les deux Piroz Sabur (p. 110-
130). — Il est encore «plus affirmatif» dans ses Complements aux Recherches , dans Classica
et Orientalia, 5, Res Gestae , in Syria , XXXV/ 1958, p. 356. Le nom veut dire « Sapor le
victorieux» sans qu’on sache a quel Sapor et a quelle victoire il fait allusion.
(1) L’arabe officiel moderne est Fai§ Habur. Maricq {Res Gestae, p. 126) l’etudie
dans les sources arabes. Le «pont sur le Habur», cite par L. Dilleman ( Haute Meso-
potamie , p. 161) semble une explication pen probable.
(2) Mgr A. Scher pensait qu’il fallait corriger en «malheureux ses habitants)).
En fait le mot «tunna’)> (pluriel de Tani) est une expression abbasside au sens de
«magon» ; cf. par exemple Naswar al-Muhaddra (communication de M. G. ‘Awwad).
Les habitants de Pesabur se souviennent de leur origine du pays de Baz, renomme pour
ses masons.
698
ASSYRIE CHRETIENNE
Deux faits, qui n'affectent pas directement le village mais se pas-
serent dans ses environs immediats, laissent supposer quel fut, plus d’une
fois, son sort. En 1289, dit Bar Hebraeus (1), 2.000 maraudeurs a cheval
vinrent de Syrie. Ils traverserent la frontiere du Singar et du B. ‘Arabay£
et. passerent une nuit en face de Pesabur. Franchissant le fleuve, ils pil-
lerent Wastaw (2), un grand village de Nestoriens. Une bataille s’en
suivit. Seule les villageois qui s’etaient refugies dans Teglise furent sauves;
les autres et ceux des sept hameaux des alentours furent faits prisonniers.
Au total, il y eut 500 hommes tues et 1000 captures. Les Mongols de
Mossoul, accourus au secours, purent en rattrapper un grand nombre
avant qu'ils n'aient eu le temps de traverser le Habur sur le pont etroit,
et 300 prisonniers furent liberes.
L’autre fait revelateur nous est livre par Thistoire d’un volume des
«Evangiles partages en legon pour toute l’annee selon le rite de Mar
Ya'qub de B. ‘Awe» (3). Ce livre fut acheve en 1572 a Pesabur, au
temps du patriarche Elie VI et de Joseph, metropolite de Gazarta (dont
il dependait a cette epoque ?), pour Teglise de Tell Passne, village situe
sur le bord du Tigre. Jusqu’ici, rien dYxtraordinaire. Plus loin, comme
en passant, un colophon de 1604 nous apprend que le volume fut rachete
a des pillards par un certain Georges; ceci veut dire que, entre 1572 et
1604, Tell Pasne avait ete pille.
A Pesabur meme, pres de feglise actuelle, se voient les ruines de
1’eglise ancienne, au nom de Mar Awraha.
Avant d’entrer au village par les jardins, se trouve un lieu dit Havse
d'Eta, le lieu de Teglise. On pense que cette eglise serait celle, disparue,
qui etait consacree a Mar Sawa (4).
(1) Chronography, t. T, p. 483.
(2) Actuellement Wasta; en Turquie, pres de Tell Qubben.
(3) Seert, cod. 20. — Le livre fut plus tard donne a Peglise de Bagdad. On ne
sait ce qu’il est devenu depuis la disparition de la bibliotheque de Seert et le massacre
du savant eveque qui en avait dresse le catalogue.
(4) Suhadd\ t. II, p. 396.
VILLAGES DU BAHADRA
699
Des mines a 1 km. 500 au sud-ouest du village sont appeldes Mar
Guorguls. Un pelerinage y est fait le 24 avril, et les vieux du village
insistent pour y etre enterres. A Test de Mar Guorguls se trouvent dga-
lement les vestiges d’une eglise de Mar Quriaqos, ou Pon a trouvd na-
guere un encensoir.
L’eglise moderne de Pesabur, dddiee a N.-D. des Moissons, a dtd
construite en 1861.
Pesabur, comme la plupart des villages sur le Tigre, est un centre
de culture de grands roseaux, presque des bambous, que Ton superpose
aux poutres de peuplier pour faire la terrasse des maisons et supporter
les nattes qui maintiennent le revetement de terre battue.
Des traces de pont sur le Tigre sont encore visibles a 500 metres
en aval de Pesabur.
Messara, sur le Tigre, a 8 kilometres au sud de Pesabur, figure
comme siege episcopal ( ?) dans la liste de ‘Awdiso‘ I V Marun en 1 562 ( 1 ) .
La «metropole» ephemere dont il dependait etait Hassan (2), situde a
16 kilometres a Test de Gezlra ibn ‘Omar. L’autre siege sufTragant de
la meme metropole etait «Zuch» (Zaho).
A 5 kilometres a Test de Pesabur se trouve le village de Dair Abun.
Aux Yezidis qui habitaient le village ancien, plus pres de la montagne,
ont succedd des chretiens dmigrds de Turquie apres la guerre de 1915-
1918. Le village actuel est done rdeent et son dglise du Sacrd Coeur n’a
pas d’intdret. On verra plus loin quand on parlera de son couvent, que
le nom de ce village pose beaucoup de questions, et des plus ddlicates.
Au nord-est de Dair Abun est sis le lieu dit de B. Zmare, e’est-a-
dire le lieu des chants, des prieres. II marquerait l’endroit d’une dglise
(1) S. Giamil, Gen. Rel., p. 64-65: Mesciara. G’est un des dvechds omis dans la
copie de cette meme liste donn^e par Biagio Terzi di Laura., dans Siria Sacra, Rome,
1695, p. 311.
(2) Dans S. Giamil : Elchessen. En kurde moderne: HasssanG II y a encore
la-bas, des chretiens, nestoriens, jacobites et protestants melanges, mais sans pretres.
700
ASSYRIE CHRETIENNE
et d’un couvent ancien, sur 1c nom et l’histoire duquel on n’a absolument
aucune donnde. Ce lieu n’est pas l’objet d’un culte organise.
II y aurait encore beaucoup de lieux auxquels s’attache une tra¬
dition chretienne, souvent tres vague. Ainsi, sur le chemin de Ba Ward£
a Afhan£, pres de Skafdale, se trouve un tell artificiel appele Kasroke.
Feu lYveque de Zaho, Mgr Yohannan Nisan, disait que c’etait une
eglise. CYtait certainement un lieu saint car la legende veut que les
Kurdes aient essayd de batir sur ses mines, mais qu’ils en aient ete em-
peches par une force surnaturelle. En d’autres endroits, tels que par
exemple a Avzeruk, le saint anonyme ne s'est pas oppose a ce que son
lieu de culte soit emprunC par un confrere musulman, quitte a appa-
raitre en songe a un fidele pour revendiquer le lieu et prouver sa reven-
dication en faisant trouver une croix enterree.
De meme au lieu dit Ziyarat Kaskane on trouve un arbre pres
d’une source. On y fait jurer les voleurs, chrdtiens aussi bien que musul-
mans, qui en ont tres peur!
Comme on le voit, nos connaissances sont plutot maigres quant a
1’histoire chretienne de cette partie nord du Ba Nuhadra. Ceci tient
surtout a ce que, a la difference du sud, foccupation chretienne en a
disparu depuis de nombreux siecles, sauf sur la peripherie. Seuls les
couvents, constructions isolees en dehors des villages et des routes fre¬
quences, ont garde leur nom et leur personnalite. Encore faut-il souvent
deviner leur histoire a travers celles de collegues plus fortunes, auxquels
des monographies ont ete consacrees par leurs fils enthousiastes. Si de
grands noms comme Apnimaran de Kurkma et Mar Awa de Dair Abun
ont ete celebres en leur temps en vers et en prose, les oeuvres qui les chan-
taient ont disparu, et ce sont a peine des squelettes que nous pouvons
evoquer des rives brumeuses du Ldthe.
XX
LES COUVENTS DU BAHADRA
1. — Le couvent de la rage.
A un kilometre a l'ouest de Ma‘alta, pres d’une source, se trouve
un vieux couvent sur lequel les dossiers de la Direction Gendrale des
Antiquitds (1) n’ont pas grand-chose a dire. Unc reconnaissance sur les
lieux n’en dit guere plus long. Les ruines sont enfouies sous les sediments
de terre accumulde. Seuls les debris d'une construction, probablement
le chceur de l’dglise, Emergent un peu.
Tout ce que peuvent dire les chretiens de l’endroit est que le couvent
est celui de Mar ‘Awda, dont la commdmoraison etait faite jadis le
lundi de Quasimodo (2). Cette date passe-partout ne nous apprend rien,
et aucun texte n’a et£ conserve qui jette une lumiere, meme legendaire,
sur le personnage. Les ‘Awda sont nombreux parmi les fondateurs de
couvents; on ne dit d'aucun d’entre eux qu’il ait transport^ ses pdnates
par ici.
Par contraste avec leur fondateur insaisissable, les moines du cou¬
vent se sont fait, entre le Xe et le XIVe siecle, une reputation que se
repetent a l’envi les auteurs musulmans. Cette reputation, le couvent la
doit, non seulement a la vue agreable qu’offrait ses constructions, avec
les cellules s’etageant les unes au-dessus des autres sur la pente de la
montagne, avec son oliveraie, ses grenadiers, ses myrtes, ses vignes, ses
(1) Dossier 920/35.
(2) Comme ce jour n’est plus chdm£, la solennite exterieure est reportee au
3e dimanche de la Resurrection.
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ASSYRIE CIIRETIENNE
safrans et ses narcisses; non seulement a sa richesse, augmentee encore
par les revenus des champs de cereales que les moines cultivaient dans
la plaine; non seulement a sa fete tres populaire parmi les chrdtiens et
les musulmans, ou a son vin genereux qui y attire la clique ordinaire
des libertins, oisifs et poetes, mais surtout a la speciality qu’ont ses moines,
par un secret transmis de generation en generation et soigncusemcnt
garde, de guerir les gens mordus par les chiens enrages. D'ou son nom
de «couvent de la rage» (1). C’est pourquoi le Maqdassi le mentionne
parmi les «merveilles du pays de Mossoul».
Selon cet auteur (2) le traitement administre par les moines dure
cinquante jours mais, ajoutent cTautres (3), les remedes sont inefficaces
si on a attendu plus de quarante jours entre la date de la morsure et
le commencement du traitement. Yaqut, qui fait deux fois allusion au
(1) « Dair al kalab », cf. Ibn Fadlallah al-‘Omar!, Masalek, p. 504-505,
et G. ‘Awwad, Sabusti, p. 262-263, Appendice 26. — Ahmad Zaki Pacha (ed. des Masalek,
p. 254, n. 1 ; suivi par G. ‘Awwad) retrouvant un Dair al kalab dans le texte de Yaqut
sur « Nahr ad-dahab », pense aussitot qu’il s’agit de notre couvent. En fait, les deux
autres «merveilles du monde» citees avec le Couvent de la rage sont la Riviere d’Or,
et la citadelle d’Alep. Ces deux dernieres £tant toutes deux a Alep, il est £tonnant
de trouver dans le meme groupe une merveille de Mossoul. Malgr£ Fidentite des
trois Editions sur ce point (Wustenfeld, t. VIII, p. 831; ed. du Caire, t. \ II, p. 340;
ed. de Beyrouth, t. V/ 1957, p. 320 b), je crois que le texte imprime de Yaqut est ici
fautif: la troisieme merveille, comme les deux autres, doit etre cherchee a Alep, c’est
d’ailleurs les «gens d’Alep» qui fournissent a Yaqut sa liste.
Le recours aux sources aleppines fournit la solution. Un manuscrit recent de la
B.N. (Ar. 312, fol. 68 r.) mentionne en effet la trilogie, entierement locale: la citadelle,
la riviere d’or et le «gub al-kalab», c’est-a-dire «la fosse de la rage». Et Ibn Saddad
{al A‘laq al hatira, edite par D. Sourdel, Damas, 1953, p. 126-127; repris par l’histoire
d’Alep, ad Durr al muntahab fl tank mamlakat Halab , par Yusif A. Sarkis, Beyrouth, I.C.,
1909, p. 47 et 128) confirme qu’il y a bien pres d’Alep un village en ruines de ce nom,
ou un puits possede des proprietes semblables a celles de la source de notre couvent.
Comment le texte de Yaqiit est-il devenu Dair? Y avait-il d’abord le mot «bi’r» ?
II est difficile de le dire. En tout cas, meme s’il y avait Dair al kalab, ce n’est pas de
notre couvent que le texte a voulu parlcr ici.
(2) Ahsan at taqasim, p. 146.
(3) Sdbusti, p. 196; Muniat al-udaba\ p. 148.
COUVENTS DU BAHADRA
703
couvent (1), transcrit un poeme compost par Abl as Saffah, dont le
frere fut ainsi gueri.
La localisation du couvent est assez imprecise dans la plupart des
auteurs. Yaqut, suivi par Yasln al ‘Omari, le met «dans le voisinage
de Mossoul, entre cette ville et Gazlra ibn ‘Omar, du cotd de Ba‘adra,
un des districts de Mossoul». Le Sabusti, a son habitude encore moins
exact, le place «entre Mossoul et Balad». Heureusement, hauteur des
Masdlek , bien qu'il s’inspire des Haledi, leur ajoute un temoignage qui
rend un son plus personnel. II place le couvent «pres de Ma‘altaya, au
pied de la montagne; le cours d’eau fait un detour dans sa direction. »
Et plus loin: «Sa source se ddverse sur lui d'en haut.»
En fait, ce n’est pas du haut de la montagne que vient l’eau de cette
source, mais du village encore appeld «Ma‘alta d'en haut», situd au
nord de la route moderne, non loin derriere le tell arch^ologique, pres
duquel le petit ruisseau coule avant d’arriver au couvent (2). Tous ces
ddtails topographiques, vdrifids sur place, permettent d 'identifier le
«couvent de la rage» au couvent de Mar ‘Awda.
2. — Mar Italaha de Dastagard
Le titulaire de ce couvent a eu le malheur de tomber sous le scalpel
du P. Peeters, qui n’en a pas laissd grand-chose (3). Mais avant de parler
de sa l^gende, prenons bien soin de distinguer notre hdros d’un autre
personnage du meme nom, soi-disant ex-pretre de la d^esse Sarbel
d’Erbil (4). L'ltalaha du Ba Nuhadra est compagnon de martyre de
(1) Mu1 2 3 4 * * * * gam , II, 690 et IV, 299. Voir aussi H. Zayat, Convents , p. 19, 21, 32,
57, 102.
(2) La source se serait tarie en 1959.
(3) Passionnaire d’Adiabene, XLI 1 1/1925, p. 289-298, n° 10.
(4) Ref. s.v. «Aeithalas et Apsees — on Aithalaha et Haphsai, mm. in IVrside,
354-355 », in BHO, p. 8; AMS ; IV, p. 133 et introd., p. vi, n. 2; Suhada9, I, p. 308;
Pseudo Msiha p. 136-138; note prudente de Nau, DHGE, 1/1912, col. 1226, s.v.
Aitalaha ; celui-ci non plus n’a pas echapp^ a la critique du P. Peeters, Passionnaire ,
cit., p. 277-284, n° 8.
704
ASSYRIE CHRETIENNE
‘Aqewsma, prdtendu eveque de Hnlta et du pretre Joseph. Le trio
aurait souffert sous Sapor II, vers 379 (1). Les conclusions du P. Peeters
sur leurs Actes sont accahlantes: «Comme document historique, la piece
rcsiste mal a Pexamen... Ghronologie diflicilement acceptable... Dans
la trame du recit, les incoherences, voire les impossibility ne manquent
pas... II faut conclure de la que la passion d’ Acepsimas n’a pas ete com-
posee bien pres d’Arbelles, et qif au milieu du VIe siecle, elle y etait
encore ignoree.»
La Chronique de Seert (2) s'inspirant peut-etre d’un detail hagio-
graphique deja raconte a propos d’autres martyrs dans le passionnaire
de Kerkouk (3) ajoute un epilogue au recit: «Un myrte parut a Pen-
droit oil avait ete martyrise Italaha. Les malades du pays de Nuhadra
en prenaient des parcelles et recouvraient a Pinstant la sante. Cinq ans
apres, les Mages en eurent connaissance et le couperent.»
Le myrte se retrouve dans la notice du Lime de la Chastete (4) qui
ajoute: «Apres un temps, les fideles batirent un couvent celebre sous le
nom du Bienheureux», alors que dans le titre de la notice il avait 6tc
parle de Mar Italaha «des ecoles de Nuhadra». C’est qu’en effet il y a
deux choses sous le nom du martyr: une ecole et un couvent.
L’Ecole apparait au VIIe siecle quand ses eleves, apres que R.
Hormizd eut obtenu du ciel un petit tremblement de terre pour detruire
le monastere heretique de Bezqln, vinrent parachever Poeuvre celeste en
pillant les decombres (5). Et quand le meme R. Hormizd eut etabli son
(1) Ref. sur « Acepsimas, Ioseph, Aeithalas », in BHO, p. 6, et s.v. Acepsimas,
in DHGE, 1/1912, col. 288-289 par S. Vailhe; AMS, II, p. 351; Dom Leclercq, Les
Martyrs , III, p. 133, n° 18, 233-245, et concl. 245-247; Suhada\ I, p. 371.
(2) I, p. 198.
(3) AMS, II, p. 286-289. Il s’agit la-bas d’un figuier que fit pousser le sang
de fllles du pacte martyres, et que la jalousie des manich^ens impies arracha, 6gale-
ment apres de nombreuses annees, comme si on avait pu le tenir cache jusque-la.
(4) L.C. n" 8.
(5) History... of R. Hormizd, t. II, I, p. 114.
COUVENTS DU BAHADRA
705
propre couvent, cinquante eleves de l’dcole d’ltalaha y entrerent en
meme temps comme novices (1).
L’illustre Sahdona, dgalement au ddbut du VIIe siecle, fut-il dleve
de l’ecole de Mar Italaha? C’est du moins ce qu’aflirme Iso‘dnah (2).
Cependant, si vraiment le pays natal de Pdvequc de Mahozd est bien
le Halmun qui se trouve a V extreme limite nord du Ba Nuhadra, on
se demande pourquoi fenfant fut envoyd a une dcole si lointaine, qui
n’etait pas plus cdlebre qu'une autre. On comprend mieux qu'il ait dtd
eleve a Nisibe, comme l’indique Thomas de Marga (3), s’appuyant sur
Yhistoire ecclesiastique de Bar ‘Eta.
II semble, d’apres le texte dTso‘dnah, que Tdcole existait encore
au Xe siecle.
Quant au Couvent, il est signald au \TIe siecle, dans la vie dTso*-
yaw, futur fondateur de Mar Yaqo, qui habita tout pres de lui (4).
Sa derniere mention date de 1607, dans le rapport prdsentd a
Paul V (5). On ne peut dire si le monastere avait encore des rcligieux a
cette dpoque, ou s’il dtait, comme aujourd’hui, un batiment vide,
entretenu par la communautd de Dehok.
Autour de sa grande dglise, restauree en 1933 et situde a gauche du
chemin avant d’entrer a la petite ville, on voit encore des traces de murs
qui tdmoignent de l’extension du couvent ancien, et des tombes qui sont
probablement celles de ses moines, melds aux fiddles qui voulurent se
faire enterrer a cote du martyrion; en effet le sanctuaire de Mar Italaha
est plutot un lieu de pelerinage qu'un couvent vdritable. Comme a Mar
Behnam, les moines n’y dtaient qu a titre d’hoteliers des pelerins. On
ne connait le nom d’aucun d’entre eux.
(1) Ibid., p. 116.
(2) L.C., n° 128.
(3) Bk. II, p. 111.
(4) Chr. de Seert , II, p. 196.
(5) Gen. rel ., p. 517, n° 18.
Rech. 23 — 45
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ASSYRIE CHRETIENNE
On raconte que, lors de la derniere restauration, on trouva une
pierre sculptee, au milieu de laquelle se trouvait une croix entre deux
colombes affrontees. On ne sait ce que cette pierre est devenue.
La source du couvent, celebre par ses propridtes curatives, s’est
deplacee. Elle est maintenant a un quart d’heure de marche de Feglise.
Le pelerinage solennel de Mar Italaha est celebre tous les ans le
mercredi de Paques. Un miracle se serait produit dans ce sanctuaire a
une date difficile a preciser, mais probablement pas tres ancienne: un
Kurde qui avait pollue Feglise fut frappe de cecity. II ne fut gueri qu’a-
pres avoir fait amende honorable (1).
3. — Mar Hnania
Le n° 17 de la liste nestorienne de couvents de 1607 porte: Betka-
nania (2). Si Ton remarque que, plusieurs fois, le transcripteur emploie
le k pour Fh (3), et que les moines Hormizd et ‘Osana, auteurs de la
liste, suivent Fordre geographique, descendant du nord vers le sud, on
peut penser que le couvent de B. Hanania se trouve dans la partie nord
du Ba Nuhadra.
En fait, il y aurait, a 6 kilometres au sud-est de Dehok, au village
de Barroske, un couvent de ce nom. Peu de gens le connaissent, mais
ses ruines sont, parait-il, importantes, ce qui est normal si le couvent
etait encore debout au debut du XVIIe siecle.
A part sa position, je n’ai rien trouve sur ce monastere. L'identite
de son fondateur est entierement inconnue, son nom meme est rare dans
Fonomastique nestorienne. II n’y a pas un seul Hnania dans le Liber
Castitatis , et le seul du nom que mentionne Thomas de Marga, est FAbba
Hnania des bouquetins, qui £tait tellement loin de fonder un couvent
(1) Le miracle est consigne par le R.P. Degeorges dans la revue Missions Dorni-
nicaines, 1929, p. 364-365. Le nom du saint est donne comme « Mar A.».
(2) Gen. Rel. , p. 517.
(3) v.g. n° 7 : Aka.
COUVENTS DU BAHADRA
707
qu'il rfavait meme ni porte ni fenetre a la petite grotte de Gdr Kahne,
pres de B. ‘Awd, qui lui servait de cellule (1).
On pourrait dgalement supposer que le couvent dtait bati au nom
d’un martyr; on a en effet un Hnania, laic martyr d’Erbil. II n’y aurait
rien d’dtonnant qu’une de ses reliques soit venue aboutir ici, car les
reliques dtaient aussi vagabondes que les moines. On a vu plus haut que
Teglise du saint a Erbil fut ddtruite au debut du XIVe siecle.
4. — Mar Iso‘yaw qui quitta sa place
Le monastere de Mar I§o‘yaw est situe dans la montagne, a flanc
de coteau, a peu pres au-dessus du village de Sios. Depuis la disparition
des moines, le petit village de Mar Yaqo, ofHciellement connu sous le
nom de Qasafer, s’est ddveloppd a cotd des mines de la vieille dglise.
J’ai ddja dit un mot du village; quant au couvent, c’est certainement un
de ceux dont les restes sont les plus imposants.
Sa grande dglise, laissde sans restauration depuis probablement
environ 600 ans, est encore en grande partie debout et ses dimensions
la placent parmi les plus impressionnantes du pays. Des grottes tres
nombreuses, le plus grand nombre malheureusement en partie effon-
drdes, des citernes souvent £boulees, des tombeaux, le tout tailld dans le
roc, tdmoignent encore de la vitalitd pass^e du couvent, alors que les
pressoirs creusds par les moines se retrouvent encore ici ou la parmi les
vignes, et que le chemin empierrd par eux jusqu’a leur couvent sert
toujours a monter au village.
A cotd de lYglise il y avait un coenobion, c'est-a-dire une «maison
de communautd» distincte des grottes-cellules des anachoretes. II n’en
reste rien; seul, au nord de lYglise, un nom ‘ amrona , le petit couvent,
rappelle la presence de ce couvent. Cette partie dtant situde sous les mai-
sons du village £chappera longtemps a la fouille, alors qu'un peu d’argent
suffirait pour faire d^blayer le cotd sud et retrouver les batiments
entourant la cour de l’dglise.
(1) Bk. II, p. 9 et 266-273.
708
ASSYRIE CHRETIENNE
Si l’archeologie n’a pas encore donne tout ce qu’on pourrait en
attendre, Phistoire permet du moins de retrouver quelques jalons de la
vie du couvent.
Quand nous aurons retrace ce cadre historique, nous pourrons
£tudier les traditions et tout le folklore si interessant qui fait de ce couvent
un couvent type. Cela nous sera d’autant plus facile que j’ai pu faire de
nombreux sejours dans la maison dominicaine moderne qui surplombe
la vieille eglise et inclut meme quelques grottes de l’ancien couvent (1).
Fondation
Bien que le couvent soit appele actuellement du nom de Mar Yac-
qub, le vrai fondateur fut Mar Isocyaw. Gelui-ci, dont la liturgie nes-
torienne faisait la commemoraison le 3e Vendredi d’Elie (2), est connu
surtout par le Liber Castitatis (3) et par la Chronique de Seert (4). Pour le
distinguer de tant d’autres du meme nom, Is6‘dnah le surnomme
«Iso‘yaw qui quitta sa place», comme si ce fait l’eut caracterise parmi
ces milliers de «deambulateurs» qu’etaient les moines anciens, qui ne
se fixaient, et encore, que quand ils avaient fonde un couvent.
Isd‘yaw etait originaire du Ba Nuhadra. II «apparut» a la fin du
VIe-debut du VIIe siecle, sous le patriarcat de Sawriso1 2 3 4 5 Ier (596-604) (5)
ou au temps de Gregoire Ier (605-609). Cette date est celle du debut de
sa vie publique. Si en effet il faut essayer une chronologie (mais le faut-il ?)
on devrait dire qu’il naquit vers 577, on ne sait exactement dans quel
village.
Des son cnfance, pour la premiere fois, il «quitta sa place» et s’en
alia etudier au pays cle Qardu, a fecole de la ville de Tamanun, au pied
(1) Certains elements cle ce chapitre ont paru dans la Bulletin du Seminaire Syro -
Chaldeen de Mossoul , 1951, p. 75-83 et 101-109.
(2) Calendrier de Malabar, 1956 s., oil le couvent est donne comme Sezaz au
lieu de S6zi. Meme graphie dans A. Sciier, J.A., XV/1910, p. 130-132.
(3) N° 139.
(4) II, p. 195-196.
(5) D’apres ‘Amr et Chr. de Seert , cit.
COUVENTS DU BAHADRA
709
du mont Gudi. Ayant terming l’dtude des Livres Saints, Iso‘yaw, «clerc»
mais pas encore moine, revint en Adiabene, et devint maitre de lecture
au couvent de Sliwa Zha, aupres du fameux anachorete Iso4 Zha, le
fondateur connu du couvent de Gassa.
«Apres quelque temps» Mar Zha envoya Iso'yaw aupres de Mar
Bawai de Nisibe, son ancien compagnon, qui dtait revenu au pays
natal et avait restaurd un des vieux couvcnts du Mont Izla. Ce fut la
qu'Is64yaw se ddcida a recevoir le scapulaire des moines. Apres la mort
de Bawai', c’est-a-dire, d’apres la Chronique de Seert (1), apres 628, date
de la mort de Siroi, Iso‘yaw se sentit appeld a «devenir chefde moines».
On dtait encore dans la pdriode de dix anndes qui separa la conquete
romaine de 627 de la conquete arabe de 637.
Revenu au pays natal, notre moine resta quelque temps pres du
couvent du martyr Italaha; puis il chercha un emplacement pour batir
son couvent. II choisit le lieu meme «ou les Kurdes (paiens) ofFraient
des sacrifices au ddmon». L’histoire n a pas conserve le nom de ce demon,
probablement etait-il parent de Yai et de Mam que Ton rencontre dans
les histoires de ce genre et qui habitaient dans un grand arbre, ou meme
etaient personnifies par cet arbre.
Reste-t-il des vestiges de ce culte des demons? Peut-etre faut-il
attribuer aux sacrifices les deux cuves rondes, taill^es dans la pierre, qui
couronnent le sommet voisin appele Tastafsla, haut-lieu classique s’il en
fut; et, a quelques pas du village moderne, comment expliquer cette
«pierre du diable», Kepa d Satana que les villageois ne peuvent d<5-
passer sans la lapider? Personne ne peut donner la raison de ce geste.
II semble bien que Ton se trouve devant un rite magique, antdrieur au
christianisme et a Plslam, rite qui se retrouve en maints lieux, par
exemple a la gamrat al 4 aqaba de Mina, que les pelerins de la Mecque
doivent lapider.
Le folklore de Mar Yaqo a gardd aussi le nom d’un lieu-dit dont
(1) II, p. 553.
710
ASSYRIE CHRETIENNE
on trouve l’explication dans la legende doree, une de ces histoires edi-
fiantes comme on en raconte dans tous les pelerinages. Celle-ci se racon-
tait deja au XI° siecle: «Un jour quc Mar Isocyaw £tait assis, il vit des
demons qui prirent une pierre pour la lui jeter. Par le nom de Dieu il
en arreta la chute et elle resta suspendue comme on la voit encore de
nos jours. » La «pierre de la croix» Kepa de Sllwa est en effet un gros
quartier de roc en equilibre en haut d’une falaise surmontant le chemin
qui conduit au couvent. Le matin, il y a au pied de cette falaise une
ombre ddlicieuse, et le voyageur qui monte de la plaine aime a s’y reposer
avant le dernier raidillon qui le menera au but. L’interpretation du nom
serait done: la pierre (du signe) de la croix.
Evidemment, un sceptique pourrait ne voir en notre pierre qu’une
curiosity naturelle; ou encore objecter que Ton connait deja Phistoire.
On raconte la meme anecdote de Panachorete syrien Paul (1) et, plus
tard, de R. Muse du couvent de B. Sayyare qui, moins heureux, ne s’en
tira pas sans une blessure a la cuisse (2). Mais pourquoi prendre parti?
Dieu en sait plus long!
On ne sYtonnera pas apres cela que R. Yozadaq, lui-meme batis-
seur de couvent dans la montagne de Qardu, rapporte qu’il n’y avait
personne en ce temps-la comme Mar Iso‘yaw pour operer des miracles
et des gudrisons.
Malgre tout, il semble que le fondateur n’avait pas encore trouve
le bonheur dans son couvent, aupres du martyrion qu’il avait bati, au
milieu des nombreux freres qui l’entouraient; il voulut une fois de plus
«quitter sa place». Il fallut toutes les instances du Bx Ishaq, eveque de
Nuhadra, pour le retenir. Pas longtemps d’ailleurs, puisque, cinq ans
apres la fondation, R. Isocyaw mourut «orne de vieillesse», dit la chro-
nique, qui ajoute de fagon inattendue: «a Page de 56 ans» (?) Il fut
inhume dans le martyrion de son couvent. Et le chroniqueur de conclure
devotement: «Que ses prieres nous assistent! Amen.»
(1) Lives of the Eastern Saints, p. 143.
(2) Vie de R.T. Busnaya, p. 130.
COUVENTS DU BAHADRA
711
Avant de le laisser reposer en paix, il faut relater un fait merveilleux
qui se produisit au lit de mort du fondateur. Iso‘yaw allait mourir et
ses freres en pleurs l’entouraient, se lamentant de n’avoir plus personne
a leur tete. «Ne soyez pas dans fembarras, mes freres et mes fils, pour
ma separation d’avec vous, leur dit-il, car voici que Notre-Seigneur met
en mouvement le Bx Ya‘qub, fascete, qui est du couvent de B. ‘ Awd.
II viendra vers vous et sera votre supdrieur».
De semblables predictions sont classiques dans l’hagiographie mo-
nastique: Abraham de Kaskar avait vu ainsi arriver son successeur au
Mont Izla (1) et Abraham de Ma‘arrd annonga la venue de Ruzbi-
han (2), etc. II y eut sans doute bien des raisons naturelles au transfert
de Mar Ya‘qub au couvent de Mar Iso‘yaw, mais qui connait les voies
de la Providence? Rabban Suhfdiso1 2 3 4 5 va bientot nous apprendre, a ses
propres d^pens, a voir les choses d’une fagon plus surnaturelle.
Mar Ya'qub
Quel dtait done cet homme qui venait prendre la succession de R.
Iso‘yaw et allait marquer le couvent au point meme que son nom sup-
planterait (ne s’appelait-il pas Ya‘qub ?) celui du fondateur (3) ?
Is6‘dnah lui consacre la derniere notice de sa liste (4), et Thomas de
Marga lui donne un rang d’honneur parmi les moines de B. ‘Awd au
temps du supdrieur QamIso‘ (5).
Originaire du district de Rdsa, dans la province du B. Garmai,
Yacqub dtudia aux dcoles de Harbat Glal, oil il regut une Education
(1) L.C. n° 38.
(2) L.C. n° 107.
(3) Il semble que ce soit lui qui ait figure dans la s£rie des fondateurs, comm£-
mor^s au 5e vendredi de Moise, car je ne connais pas d’autre Ya‘qub qui ait fondd
au Ba Nuhadra. L’Iso‘yaw qui le precede peut etre le notre, il peut 6tre ^galement
Bar Qusr6, mais ce dernier a sa commemoraison spdciale. — Le nom du titulaire s’^crit
en chaldden et arabe Ya‘qub, en soureth moderne Yaqo.
(4) L.C. , n° 140.
(5) Bk. II, p. 119-121.
712
ASSYRIE CHRETIENNE
soignee. Des sa jeunesse, la reputation de B. ‘Awe l’attira, et il s’y fit
moine.
Si Ton en croit Iso'dnah, Ya'qub «re^ut l’habit monastique des
mains de Mar Abraham, superieur du monastere, du pays de Kaskar,
disciple de Mar Ya'qub fondateur de B. ‘Awe. C’est lui qui fonda un
monastere au pays de Dasen. » Malheureusement cet Abraham, d’apres
Iso'dnah lui-meme qui lui consacre une notice detaillee (1) ne semble
pas avoir ete superieur de B. ‘Awe; a moins qu'on ne fidentifie au supe¬
rieur du couvent de R. Iso' Zha, qui descendit de Dasen sur ses vieux
jours et fut superieur des deux couvents jumeles (2). Mais Thomas ne
dit pas qu’il ait ete eveque de Dasen depuis le temps du patriarche
Georges (661-680/1) comme le veut le Liber Castitatis , et la chronologie
ne peut coincider.
Le vrai maitre de Mar Ya'qub fut Qamlso', superieur de B. ‘Awe
depuis le temps oil Iso'yaw de Quplana etait encore eveque de Ninive,
c’est-a-dire entre 628 et 636 (3). Ya'qub etait novice quand Iso'yaw,
devenu recemment patriarche, c’est-a-dire vers 647 ou 648, vint a B.
‘Awe pour finauguration solennelle du nouveau temple qu’il avait fait
batir pour son ancien couvent. Thomas de Marga raconte comment le
patriarche fit chercher le novice pour qu’il vienne chanter a l’ambon
pendant la ceremonie liturgique, et comment la beaute de sa voix fit
perdre le fil de ses idees a un grand predicateur qui repassait son sermon
en arpentant la galerie exterieure de feglise.
Combien de temps le novice passait-il au coenobion? Cela depen-
dait des couvents (4). En general, le postulant recevait la tonsure et le
scapulaire apres 50 jours, puis faisait environ trois ans de vie commune.
(1) L.C., n° 97.
(2) Bk. II, p. 213-215.
(3) Lettre XIX d’Iso‘yaw, trad. R. Duval ( CSCO ), p. 30-31.
(4) Labourt, Le Christianisme dans /’ empire perse, Paris, Lecoffre, 1904) consacre
son ch. XI (p. 302-304) a l’institution monastique selon la regie d’Abraham (571)
et de Dadiso‘; cf. aussi Vie de R.T. Busnaya, p. 177, 178, 181, 183, 184; Bk. of Gov.,
passim’, etc.
COUVENTS DU BAHADRA
713
Apres cela, trois voies s’ouvraicnt devant lui: la reclusion en cellule,
d’abord partielle pendant un an, couple par l’assistance aux offices et
a lYglise, puis reclusion totale, sauf aux grandes fetes, en silence continu,
avec les services d’un disciple. Ou bien le moine restait au monastere,
partageant son temps entre l’etude, l'enseignement et l’assistance au
choeur. Enfin, il pouvait choisir le travail des champs et des vignes.
A la fin de son noviciat, «quand ce fut le temps», dit Thomas de
Marga, Ya‘qub sortit vers la cellule. Des ce moment il brilla par ses
vertus et mdrites. Dieu lui donna meme la grace de voir les choses eloi-
gn^es et de predire favenir, aussi fut-il appeld par ses contemporains
«Mar Ya‘qub le Voyant». Une de ses predictions fut celle de la future
grandeur de Mar Yohannan, qui sera supdrieur du couvent de Mar
Sawriso4 de B. Qoqa de 675 a 692/3.
Dans sa grotte de B. ‘Awd, Mar Ya4qub eut des disciples, parmi
lesquels on connait le Bx Istipanos (1) qui fut plus tard disciple de Mar
Apnimaran, avant de devenir a son tour pere des moines.
Mais ces grandes qualites et ces dons extraordinaires attirerent a
Ya4qub l’envie des autres moines. «Dieu fit lever contre lui une jalousie
stupide par le moyen de certains», et le Yoyant quitta son monastere
de B. £Awd pour venir s’dtablir dans une grotte au pays de Nuhadra.
Les moines de son couvent opposes aux «certains» qui jalousaient Ya4qub,
essayerent de le faire revenir a B. ‘Awd; «ils se fatiguerent beaucoup et
s’affligerent de son affaire», ils descendirent meme maintes fois vers le
patriarche Hnaniso4 Ier (685/6 a 699/700) et obtinrent de lui des lettres
d’excommunication contre le saint transfuge; celui-ci s'enteta dans sa
decision et resta dans sa grotte. Peut-etre cet dvdnement permet-il
d’ajouter a la liste des qualitds de notre hdros qu'il avait une volontd
forte, au point, on le verra bientot, qu’il r^site au moins trois fois aux
ordres de ses patriarches. Thomas de Marga dit qu il avait une grande
liberte de parole avec Dieu; nous pouvons ajouter: et avec les homines.
(1) L.C., n° 127.
714
ASSYRIE CIIRETIENNE
II ne semble pas cependant que la menace d’excommunication ait
ete suivie d’efifet, puisque Mar Ishaq, eveque du Ba Nuhadra, tenait
Ya'qiib en haute estime; il n’allait pas tarder a le lui prouver. II y avait
trois ans que Mar Ya'qub se trouvait dans sa grotte quand se produi-
sircnt lcs evenements racontes au paragraphe precedent; Mar Iso'yaw
quittant definitivement sa place et predisant Farrivee de son successeur.
Mar Ishaq servit d’intermediaire et fit appel au Voyant pour remplacer
le fondateur defunt. Dieu qui avait prevenu Iso'yaw avait-il aussi averti
Mar Ya'qub de son nouveau destin? En tout cas, cette fois le moine
ne dit pas non a son eveque et prit sans rechigner le chemin du couvent
dont il devait etre le deuxieme superieur. II semble que Mar Ishaq soit
venu en personne, avec quelques fideles, a la grotte du reclus, car Mar
Ya'qub, dit Iso'dnah, alia avec eux, et la petite caravane se dirigea
vers le couvent qui allait desormais porter son nom.
Compagnons et disciples de Mar Ya'qub
Au dire d’Iso'dnah, plus de 300 freres se rdunirent autour de Mar
Ya'qub. Deux d’entre eux seulement sont connus:
Le Bx R. Yusif, compagnon de Mar Ya'qub et son disciple, etait
originaire du pays de Dasen (1). Il regut Fhabit des mains de Ya'qub
quand celui-ci habitait dans sa grotte, c’est-a-dire a B. 'Awe. C’est la
que Yusif «s’exer^a dans la doctrine et travailla un temps». Quel est
le temple admirable qu’il batit? Une des eglises de B. ‘Aw£, ou sa propre
saintete? Toujours est-il qu’il quitta le monastere avec son maitre, et
tous deux vinrent habiter au Ba Nuhadra. C’est ainsi que Ton peut dire
qu’il fonda un couvent dans la montagne; en fait, il resta avec Mar
Ya'qub jusqu’a la fin de ses jours.
Un autre disciple de Mar Ya'qub fut Abba Ahrun (2). Originaire
de Tirhan, aux environs de Samarra’, il regut Fhabit de Mar Ya'qub,
demeura dans son monastere et etudia pres de lui les Livres Saints. Quand
(1) L.C., n« 115
(2) L.C., n° 118.
COUVENTS DU BAHADRA
715
Peveque de Balad, Mar Quriaqos, voulut avoir un nouveau monastere
pres de sa ville episcopale, il fit appel a Abba Ahrun pour le fonder.
Ce fut le monastere «du Bois Adorable de la Croix»; mais cela se passait
apres la mort de Mar Ya'qub.
Le nom de la patrie d’Abba Ahrun attire notre attention sur les
lieux d’origine d’une grande partie des moines qui vont venir peupler
les couvents d’Assyrie. En effet, si la fondation de la plupart de ces
couvents se rattache a la deuxieme grande vague de monachisme, partie
du Mont Izla par l’effet des disciples d’Abraham de Kaskar, cependant
le personnel monastique fut surtout fourni par Pemigration des moines
du sud, fuyant devant les tribus arabes en marche. Ces nouveaux venus
se rattacheraient done a la lignee de R. Sabur (1). Plus tard encore,
au Xe siecle, la mauvaise administration des districts du sud de PIraq
ddterminera un nouveau courant d'emigration vers le nord; la popu¬
lation de Mossoul, par exemple, s'accroitra notablement a cette
epoque (2).
Si nous nous souvenons encore que la patrie d’Abraham est Pac-
tuelle Wasit, entre Bagdad et Basrah, et qu’Abraham avait pratique le
ministere dans la region de Hlra, nous ne nous dtonnerons pas qu’il y
ait une parente marquee entre Part de Mar Ya'qub et celui de Hlra.
Nous verrons les details plus loin.
Fin de la vie de Mar Ya'qub
Plusieurs fois des patriarches tenterent de tirer Ya'qub de son cou-
vent pour le faire dveque: Georges Ier (661-680/1) essaya d’abord, Mar
Ya'qub refusa. Hnanlso' Ier, leBoiteux (685/6-699/700) essaya a son tour,
Ya'qub refusa encore.
Mar Ya'qub s’en alia vers le Seigneur agd de 90 ans. II fut ddposd
dans le martyrion, aux pieds de Mar Iso'yaw.
(1) L.C., no 55, 78, 79, 88, 125.
(2) Ibn Hawqal, in Mez, Die Renaissance des Islam , trad. angl. (Luzac, 1937),
p. 143.
716
ASSYRIE CIIRETIENNE
Pcut-on fixer la date approximative de cette mort? Les chronologies
fournies par les differentes sources semblent inconciliables. Ainsi par
exemple, on voit mal comment Iso'yaw, qui avait fonde son couvent
vers 629, n’y vecut que cinq ans, alors que Mar Ya'qub n’etait pas encore
novice a ce moment? Et comment peut-on dire qu1 2 Iso'yaw mourut
«orne de vieillesse», et en meme temps qu’il iE avait que 56 ans? II semble
que le texte du Liber Castitatis soit, ici encore, a corriger. Si Ton admet
que Ya'qub quitta B. 'Awe au temps de Hnanlso', cela donne au plus
tot l’annee 685; les 56 ans ne seraient-ils pas, non fage d’Iso'yaw, mais
le temps qu'il gouverna son couvent? II serait mort alors a 80 ou 90 ans,
ce qui peut a peine s’appeier la vieillesse pour un moine de tous les temps.
En prenant ainsi une chronologie longue, on peut conjecturer que
Ya'qub, qui avait 20 ans quand il etait novice, en 647 (ce qui cadre avec
la chronologie d’Iso'yaw III et de R. Qamlso') devint superieur de son
couvent en 685 et mourut vers 717. Son premier refus de Eepiscopat
serait a placer pendant son sejour a B. 'Awe.
Ceci cadre-t-il egalement avec la chronologie de Mar Quriaqos,
eveque de Balad? On a vu que ce fut apres la mort de Ya'qub que
celui-ci fit fonder son couvent par Abba Ahrun. Or, tout ce que Ton
sait, e’est que Quriaqos fut sacre eveque au temps du metropolite
Qupriands de Nisibe, lequel mourut «tres age» en 767 (1).
Abba Slemun
Le Bx Abba Slemun, successeur de Mar Ya'qub, etait originaire
d’Adiabene (2). II vint au monastere du Bois Joli, de Mar Sawriso', a
E extreme pointe nord du Ba Nuhadra. «On le for^a et on le fit superieur
du monastere de Mar Iso'yaw. II remplit un temps Toffice de la supd-
riorite et trepassa. II fut depose a cote des pieds de Mar Iso'yaw et de
Mar Ya'qub. » G’est cette derniere phrase qui donne lieu de penser que
Slemun fut le successeur immediat de Mar Ya'qub, et done le troisieme
(1) L.C., n° 103; Bk. II, p. 414-466 et p. 284, n. 1; B.H., II, col. 162, n° 2.
(2) L.C., n° 98.
GOUVENTS DU BAHADRA
717
superieur du couvent, puisqu’on ne mentionne que deux de ses prede-
cesseurs. A moins qu’un superieur intermediate inconnu n’ait et 6
enterre ailleurs?
Abba Sldmun termine la premiere pdriode de l’histoire du couvent.
On ne sait qui furent ses successeurs, et si on dut les «forcer» eux aussi a
accepter la superiority, comme Mar Ishaq avait ddja forcd Mar Ya‘qub.
Puis le monastere entre dans fombre pendant deux siecles.
Rabban Suhaliso ‘, ocean de direction.
Au Xe siecle le couvent de Mar Iso‘yaw revient a la lumiere grace
a un visionnaire, «ocean de sagesse... source de prudence», dont les
«triomphes et la sublimity des oeuvres surpassent la faiblesse de notre
parole», dit son chroniqueur, Jean bar Kaldun (1).
Suhaliso4 avait d’abord y ty disciple et familier de R. Yohannan de
Hlapta au couvent de R. Hormizd. «Apres la mort de R. Yohannan,
le Christ voulut que, par sa migration au couvent de Mar Iso‘yaw, il fit
briber lYclat de la lampe de ses oeuvres divines. »
II est surtout connu par ses lumieres comme directeur de conscience,
ce pour quoi on venait le consulter des couvents les plus lointains. Ainsi
R. Yusif Busnaya vint aupres de lui, deux fois par an, pendant les douze
ans qu’il passa en cellule. II ytait ygalement copiste habile et rapide; on
raconte par exemple qu'il copia d’une seule traite, en une nuit, tout
l’Evangile de S. Jean. On lui attribue aussi des guerisons par apparitions
a distance, Tun des benyficiaires ayant y ty R. Yusif lui-meme.
Mais Thistoire la plus remarquable que Ton raconte a son sujet
montre comment cet «ocyan de direction, cet liomme fameux dans fart
de la solitude, qui connaissait tous les sentiers de ce cliemin admirable»,...
ne sut pas se diriger lui-meme! Notre bon moine, nanti d’une revyiation
divine comme quoi il ne mourrait pas dans son couvent mais bien dans
celui de R. Yusif de Saharzor, situy pres de Balad, se mit en route illico
(1) Vie de R.T. Busnaya , p. 33-35, 110-115.
718
ASSYRIE CHRETIENNE
vers le lieu fixe. II n’etait pas encore arrive qu'il eut des scrupules; la
vision lui avait dit qu'il mourrait la-bas, mais pas de partir tout de suite!
II entra done au martyrion du couvent de R. Yusif pour demander au
Seigneur de plus amples instructions. A f absence de reponse, Suhalisoc
comprit qu'il avait fait une faute en etant si presse. II s’abima done dans
les larmes du repentir et demanda a Dieu de lui faire connaitre sa volonte,
non pas directement, car il en etait indigne, mais par fintermediaire de
la premiere personne qu'il rencontrerait. Suhalisoc sortit de l'eglise et
aperqut un bedouin, monte sur son chameau, se dirigeant vers Balad.
Le moine l'interpella: «Jpai envie de venir demeurer dans ce couvent.
Que me conseilles-tu a ce sujet?» Le bedouin lui repondit: «Ton esprit,
6 vieillard, est-il done si stupide? Retourne a ton couvent. Quand Dieu
voudra d'amener ici, il t'y amenera sans que tu le veuilles, au moment
ou il lui plaira.» Le bienheureux retourna a son couvent, se frappant la
poitrine et disant: «Malheur a toi, Suhaliso4, qui as regu une lecon d'un
bedouin !» Ainsi R. Suhallso4 revint-il au couvent de R. Iso‘yaw.
Au temps voulu, favertissement divin se realisa. «Une violente tem-
pete s’eleva contre le saint»; f envie, grand facteur de la dispersion des
moines et de la fondation de tant de couvents, joua a son tour contre
R. Suhalls6‘, qui quitta sa cellule et partit pour le couvent de R. Yusif.
Il y mourut le soir meme de son arrivee.
Exemption et disparition
Vers 987, le superieur du couvent de Mar Iso'yaw s’appelait Yo-
hannan bar Nazuk, alias Abu fIssa ibn Ibrahim, originaire de Ma'alta.
Ce moine devint eveque de Hira, puis patriarche de 1012 a 1016. Il est
connu sous le nom de Jean VI (1).
Sans entrer dans le detail de ses actions, il faut noter que ce fut lui
qui etendit notablement Y octroi du privilege de l’exemption des couvents.
(1) Cf. Card. Tisserant, DTC', col. 262; B.O., III, I, p. 618, n° 65; B.O. ,
II, p. 446; etc. — On remarquera ce nouveau chainon entre le couvent et Hira, ce
qui pourra expliquer les parentes artistiques.
COUVENTS DU BAHADRA
719
Generalement les couvents dependaient de la juridiction de fdveque dans
le diocese duquel ils dtaient situds. L’exemption, c'est-a-dire le ratta-
chement direct a fautoritd patriarcale, avail dtd d’abord un privilege
tres rare (1). Puis la plupart des patriarches userent de leur droit en
faveur d’un seul couvent, habituellement celui ou eux-memes avaient dtd
moines. Un seul patriarche, Iso‘yaw II (628-644/6) exempta deux cou¬
vents. Maintenant Jean VI, pendant les quatre ans de son regne, en
exempte cinq; le premier etait le couvent d'Iso£yaw de Sdzd, ou il avait
dtd moine et superieur (2).
Le patriarche Bar Nazuk se contenta-t-il de ddclarer le couvent
exempt? Ne pourrait-on pas lui attribuer la restauration (la derniere)
de la grande dglise? Les ddtails architecturaux, forme des trompes de la
voute du sanctuaire par exemple, orientent vers le XIe siecle. L’histoire,
de son cotd, fait connaitre des cas semblables de patriarches restaurant
feglise du couvent ou ils avaient dtd moines: P exemple dls6‘yaw III
pour B. ‘Awe dtant le plus cdlebre. Je crains bien que cette supposition
risque de rester toujours une hypothese, parce que j’ai ddgagd ce que je
crois etre funique inscription trouvee jusqu ici a Mar Ya‘qub, Pinscrip-
tion meme de restauration de feglise, encastrde dans le pilier droit de
la porte d’entree de la nef sud. Or cette inscription, a part la premiere
ligne qui dit: «Au nom du Dieu vivant qui ne meurt pas», est comple-
tement illisible, le temps ayant fait bourgeonner le calcaire tendre de
la montagne.
Quand le couvent fut-il ruind ddfinitivement ? (Test toujours la
meme question qui se pose pour tous les couvents, et c’cst pour bien peu
d’entre eux qu’on peut y rdpondre. II semble bien qu'ici la disparition
soit antdrieure aux ravages des troupes de Nadir Sah, puisque, nous
favons vu, un village avec un pretre marid avait ddja pris la place du
(1) Labourt, cit., p. 324, note. — Ccpendant il y eut plus de deux cas avant
632.
(2) Mai, X. cit., p. 134.
720
ASSYRIE CHRETIENNE
monastere en 1710. Le couvent ne semble pas figurer non plus dans la
liste de 1607, a moins que le mysterieux «Gratos» (n° 16) ne le cache?
A F extreme rigueur, on peut reculer sa disparition jusqu’apres 1705,
date a laquelle un certain Ishaq, fds de Guorguis, et sa fille 'Azlze, ainsi
que la mere de cette derniere, nommee Bagdad (1), originaire d’AlqSs,
demanderent au chammas Guorguis, fils du pretre Daniel, fils du pretre
Ellya, fils du pretre Daniel, d’Alqos, d’ecrire pour le 4 umra de Mar
Ya'qub, pres de Sios, un hudra qui fut termine le samedi 23 fevrier 1705.
Ce breviaire figure encore dans la bibliotheque liturgique de l’eglise du
couvent dominicain de Mar Yaqo (n° 15), mise en surete a Mossoul
apres F abandon du couvent et avant son pillage, a Pautomne 1961.
C’est la seule relique qui nous soit parvenue de Tancien couvent nestorien.
Une remarque curieuse s’impose a propos de ce breviaire: alors que les
saints traditionnels du paradis nestorien du XVIIIe siecle, d’apres la
correction cFAlqos de la liturgie du Couvent Superieur» (2) sont
tous la, y compris Mar Awgin, Mar Ya'qub lui-meme, le patron du lieu
pour lequel fut ecrit le livre, n’y figure pas. On a vu que sa fete etait
celebree le 3e lundi de Paques, le jour ou Ton commemore habituelle-
ment R. Hormizd.
Vestiges
Quand les Dominicains italiens s’etablirent au village de Mar Yaqo,
en 1847, ils voulurent restaurer feglise et batir leur couvent a cote. On
le leur refusa. Le resultat fut a la fois facheux, car la grande eglise s’ef-
fondre d’annee en annee davantage, mais aussi heureux, parce que nous
avons sous les yeux une des rares eglises qui n’ait ete ni restauree depuis
le XIe siecle, ni detruite parce que completement abandonnee. Elle vaut
done une etude de detail. J’ai pu y consacrer plusieurs semaines, aide
(1) Les noms de lieu sont quelquefois donnes comme pr^noms feminins; on
a rencontre ailleurs dcs Stambul, Beyrouth, Suria, etc. — Dans le cas present, pour
£viter toute confusion, le scribe a repete apres Bagdad : la mere de ‘Aziz6.
(2) D’apres une remarque du catalogue des manuscrits de la Mission Ameri-
caine d’Urmia (1898), a propos du cod. 13, un breviaire de 1732.
a droite, la cour de l’eglise avec la fenetre de la simandre.
Pl. H.
Ya‘qub, les
tuaire (xie s.
recent.
COUVENT DE
trompes du
) ; a gauche , 1
Mar
sanc-
'autel
COUVENTS DU BAIIADRA
721
par les gens du village quand il s’agissait de gratter ici ou la, ou d’enlever
quelques pierres ecroulees, aide surtout par celui qui etait Fame de Mar
Yaq5 dominicain pendant sa derniere pdriode d’activite, le fidcle et
savant Rabi GuorguTs, dont la mcmoire sans faille avait gardd le souvenir
de choses qui etaient la il y a quelques decades et qui ont maintenant
disparu.
Ge qui subsiste maintenant est done fdglise avec sa cour, le coeno-
bion etant enfoui sous les maisons du village.
L’eglise est batie sur une plateforme accrochde a mi-cote. Son mur
ouest n’est separe que par un etroit passage de la vallde profonde et abrupte
appelee Dola. La cour est au sud, du cotd de la route d’acces venant
de Sios par la vallee appelee le Galli. Le couvent (maintenant le village)
est au nord. La cour et fdglise couvrent chacune une surface a peu pres
dgale, 25 metres de long sur 20 metres de large. Les constructions qui
bordaient la cour a best (B. Slota, et autres) ont completement disparu.
Dans le mur, a 1 metre du coin sud-ouest, s’ouvrant sur le dola
et ses cellules, est une petite fenetre rectangulaire de 80 cm. de large
sur 1 metre de haut. Le bas de cette fenetre est actuellement a 1 m. 20
au-dessus du sol, probablement dtait-il jadis plus dlevd. J'imaginerais
volontiers que le role de cette ouverture dtait d’y fixer la simandre pour
prevenir de l’heure des Mysteres les solitaires disperses autour du couvent.
De la cour on pendtrait dans lYglise par une seule porte s'ouvrant
exactement au milieu de la facade latdrale sud. Cette porte, dont les
montants sont batis en pierres soigneusement appareilldes, alors que le
reste de l’dglise est en magonnerie «incertaine» de pierre brute et gass ,
a 1 m. 55 de haut sur 1 m. 10 de large. Une des pierres du montant
gauche portait une croix entaillee a branches dgales et simples, avec deux
petits trous creuses sous les extrdmites des bras lateraux, a hauteur du
pied. Un peu plus bas, sur le montant droit, Tune des pierres portait
une inscription de 6 ou 7 lignes, d'une superficie de 35 cm. de large sur
27 cm. de haut. C’est cette inscription qui a 6t6 mentioning plus haut,
et dont la seule premiere ligne est lisible.
Rech. 23 — 46
722
ASSYRIE CIIRETIENNE
Le batiment entier comptait trois nefs. Ayant franchi la porte, on
se trouvait dans la nef laterale sud. Cette nef, aujourd’hui presque
entierement ruinee, est longue de 1 7 m. 50 et large de 5, interieurement.
Sa voute «ogivale» etait a 6 m. 80 du sol. Du cote est, la nef se termine
par un mur perce d’une porte ogivale (haut 1 m. 50, large 0.80) flanquee
de deux petites fenetres, donnant sur une salle de la meme largeur que
la nef et longue de 4 m. 30. Cette salle elle-meme s’ouvre, par un plus
grand arc en ogive (2 m. haut, 2 m. 20 large) sur un petit reduit de
1 m. 55 de profondeur d’ou part, a gauche, un escalier conduisant aux
deux chambres superieures, superposees a celles du bas.
Dans le reduit du haut on voit les ddbris d'un autel primitif, en terre
et pierres non taillees. C’etait le premier autel catholique du village,
alors qiPune partie seulement des habitants avaient etd convertis, pro-
bablement par le P. Campanile, vers 1810. Les Nestoriens d’alors disaient
la messe en dessous.
Ces chambres du haut et du bas formaient jadis la sacristie, d’ou on
pouvait passer au sanctuaire par une porte. On pouvait egalement, a
travers une petite fenetre de 0,80 sur 0,60 donner a quelqu’un qui se
trouvait a Pinterieur, Phuile, les cierges, le vin, dont il pouvait avoir
besoin pour prdparer P autel. Cette fenetre se rencontre dans le B. Diaqon
des vieilles eglises; elle permettait au «sacristain» qui ne pouvait entrer
dans le sanctuaire, par exemple parce qu’il n'dtait pas a jeun, de faire
passer au pretre qankaya tout ce qui etait necessaire a la preparation
du sacrifice.
Le sol de la sacristie ayant 6te bouleverse par des fouilles intem-
pestives (et condamnees d’avance a Pechec) on ne pent rien retrouver
de la place des jarres d’huile qui devaient egalement se trouver la. Les
murs sont munis de nombreuses niches profondes servant d’armoires.
La nef laterale sud communique avec la grande nef centrale par
deux baies ogivales, de deux metres de large, qui devaient servir de portes
des liommes et des femmes, aux jours de solennites exterieures. Dans le
mur ouest de cette nef il y a aussi des traces d’une petite porte donnant
COUVENTS DU BAHADRA
723
directement sur l’exterieur. Une telle porte est liturgiquement incon-
cevable; il n’y a pas, derriere Tedifice, de recul suffisant pour y mettre
une chambre de ces «veilleurs» sur lesquels nous somines si mal
renseignds. Peut-etre la porte n'est-elle simplement qifune de ces ouver-
tures de communication avec Pext^rieur que les magons laissent jusqu’a
la derniere heure de la construction, pour faciliter leurs allies et venues.
La nef principale, longue de 17 m. 50, est dominde par une voute
ogivale de 8 m. de portde et de 9 m. 50 de clef. Le mur ouest n’est percd
que de trois petites fenetres hautes. La cloison est comporte, pas tout a
fait en son milieu (pourquoi?) fare ogival de la porte du sanctuaire
(clef. 4 m. 20, larg. 2,55), flanqud de chaque cote par une grande niche
profonde (haut. 2 m., larg. 1 m. 10, profond. 0,85). Les vantaux de la
porte de bois avaient chacun 3 m. 70 de haut sur 1 m. 10 de large. A
0 m. 80 au-dessus de la clef de voute de fare de la porte, il y a un second
petit arc ogival vide de 1 m. 30 de haut sur 1 m. 60 de large, dont les
dimensions se retrouvent dans les motifs et les trompes du sanctuaire
qu’il eclaire. Cet arc est lui-meme flanque de deux petites ouvertures,
au-dessus des niches latdrales.
Devant la porte de l’autel, du cotd de la nef, se voient les restes
d’un qostrdma-bema rudimentaire, avec ses deux pupitres en ma$on-
nerie, pour les dpitres et les lectures, a 1 metre en avant du mur de la
porte. Il se peut que cette disposition ne date que du temps ou 1’dglise
servait au village.
Le sanctuaire ( qanke ) a pour plan de base un carr£ de 5 m. 50 de
cottq sur chacun des cotds se greffe un rectangle de 3 m. 50 de long sur
0 m. 90 de profondeur, pris dans 1’epaisseur des rriurs, et limits par des
arcs de meme hauteur que celui de la porte. Grace a quatre trompes
en ogive, a six cotes de base triangulaire (1), le carrd du sanctuaire
se raccorde par un octogone a la calotte hemisphdrique de la voute.
(1) Si j’en crois le croquis de Miss Bell ( Amurath , p. 146) certains details archi-
tecturaux du palais d’Ukhaidir ressemblent a ceux de l’eglise de Mar Yaqd, v.g. fig.
90, « great hall », fig. 101, « fluted niche: S.E. angle of court South ».
724
ASSYRIE CHRETIENNE
Au-dessus de fautel, le fond de la grande niche rejoint le carre de base
dela coupole grace a un motif imitant les trompes, mais ici a treize cotes.
Les piliers de la voute sont perces de quatre petites niches profondes,
dont Tune clevait servir de B. Gazza. Je ne decris pas fautel, de terre
et de pierres brutes, car je ne crois pas qu’il soit ancien. Le seul moyen
d’eclairage et d’aeration semble avoir etc une toute petite lucarne don-
nant vers la montagne, a Test.
La nef centrale et la nef laterale gauche communiquent entre elles
par un seul grand arc, de 3 m. 40 de clef sur 2 m. 55 de large, perc£
dans le mur ties epais (1 m. 40), a 3 m. 50 de fextremite ouest de
feglise. Une petite porte, ouvrant dans le mur exterieur nord, en face
de fare, permettait jadis de passer de feglise au couvent.
Cette petite nef sud est certainement le B. Qaddlse de I’eglise, bien
qu'elle soit connue aujourd’hui sous le nom de (nef des) Bne Smuni.
L’etat actuel du sol de la nef, en palliers ascendants vers best, n’est pro-
bablement pas originel. II y a partout des niches comme celles qui
marquent habituellement l’emplacement de reliques, mais surtout dans
la «chapelle» de fextremite ouest, entre fare (ou la petite porte) et le
fond. On sait que selon le plan chaldeen classique, les corps saints sont
enterrds dans cette nef, plutot dans son extremite est. Cette extremite
est sdpar^e du reste de la nef par un mur, perce d’un arc de communi¬
cation (pas au milieu!) de 1 m. 40 de large sur 2 m. 25 de haut. Tout
au bout de la chambre est, une minuscule porte ouvre sur un passage
voute longeant le mur exterieur derriere fautel et ayant probablement
abouti jadis a la cour. Ce passage, aujourd’hui bouche avant sa fin,
est large de 1 m. 35 et haut de 1 m. 60.
Un des Peres de Mar Yaqo avait fouille, vers 1908, la chambre est,
dans fespoir cfy trouver les corps des fondateurs. Cet espoir n’etait pas
vain, car la place est traditionnelle, et de plus e’est la que, de date im-
memoriale, les femmes du village viennent invoquer Mar Ya‘qub. Des
berceaux ex-voto y sont toujours, donnes en reconnaissance efune grace
obtenue pour un enfant, ou, apres le dernier enfant, pour demander au
COUVENTS DU BAHADRA
725
«saint» de le garder. La meme coutume est suivie a peu pres partout;
je l’ai observee a Tell Kaif, Dehok, Qaraqos, etc. Jadis, radministration
de l’dglise avait le droit de revendre les berceaux et d’en tirer quelque
argent. Actuellement, ils restent la a pourrir.
Les fouilles de 1908 ne donnerent pas de resultat, peut-etre parce
qu’elles furent insuflisantes. Seule une tranchde d’environ un metre de
large sur un peu plus d’un metre de profondeur fut ouverte parallele-
ment au mur est (1). Cette profondeur correspondait a peine a la
hauteur de la terre de remblai qui couvre le sol primitif. Peut-etre aussi
la raison de l’dchec des fouilles fut-elle que, par extraordinaire, les corps
pouvaient etre a l’extremitid ouest; les niches n’y sont-elles pas plus
nombreuses et plus ornees? Et de plus, fliistoire du couvent ne dit-elle
pas que le «grand temple» fut construit apres la mort dTs6‘yaw? On
pourrait tres bien imaginer que cette place marquait le martyrion pri¬
mitif, qu’on aurait simplement intdgrd dans l’dglise sans le ddplacer.
En fait j’ai trouvd, courant le long du mur entre la petite porte et
le coin nord-ouest de la chapelle, puis le long du mur ouest, une sorte
de banquette creuse, formde d’une voute ldgere en pierres et gass , au
niveau du sol actuel, haute de 0 m. 80 et large d’environ 1 metre. Une
ouverture voutde, pres du coin nord-ouest, permettait jadis de pdndtrer
sous cette banquette. L'intdrieur se rdvdla rempli de toutes sortes de
choses, terre, jarres pas tres anciennes et os... de mouton. Chose plus
curieuse, on voyait aussi beaucoup de debris en terre cuite, comme ceux
qui proviendraient des cotds d’un sarcophage (2). Je n’ai pu descendre
jusqirau rocher, que Ton rencontre a la profondeur de 1 m. 80/2 m.,
parce que l’ampleur du travail ddpassait la bonne volontd de mes aides
volontaires. Si les tombeaux dtaient bien la, il semble que d'autres les
aient visites avant nous.
(1) Si les fouilles dtaient reprises, la premiere chose que Ton trouverait serait
les os d’un homme du village, nommd Sappo, enterrd la pendant la premiere guerre
mondiale.
(2) Cp. Hist, of Bar ‘Idta, II, I, p. 298.
726
ASSYRIE CHRETIENNE
Ouant aux niches du mur, ne pouvant ouvrir une de celles du fond,
pour ne pas risquer de faire tout tomber, je dus me contenter de faire
d<5foncer ia seconde en direction de Test a partir de la petite porte. La
surface exterieure de cette niche etait a 10 cm. en retrait de la surface
du mur. Son cadre se continuait a finterieur du mur jusqu’a une pro-
fondeur de 40 cm. Puis on rencontrait une deuxieme paroi lisse. Celle-ci
fut egalement ouverte, mais sans resultat.
Avant de quitter feglise par la petite porte des moines, remarquons,
accole au mur de feglise, les restes d’un mur plus ancien et plus epais.
Peut-etre etait-ce le mur nord de feglise avant sa restauration, proba-
blement au XIe siecle.
Au cours des travaux de degagement de la porte sud, en 1950, j’ai
retrouvd un pied (ou un chapiteau?) de colonne. La base en est un carre
d’environ 40 cm. dans lequei s’inscrit un cercle d’environ 38 cm. de
diametre. Deux autres colonnes du meme modele avaient ete trouvees
auparavant par les gens du village. Peut-etre cette colonnade supportait-
elle la galerie longitudinale sud?
Y aurait-il eu une autre eglise au couvent ou au village? Vers 1910
on trouva, a peu pres a mi-chemin entre feglise des moines et le debut
du galli, des petites c.ruches vernissees vertes, ou des traces de depot
rougeatre pouvaient faire supposer qu’elles avaient contenu du vin. On
y trouva aussi deux grandes burettes de meme matiere, a deux anses.
Des restes de fondations furent immediatement baptisees «eglise», et
quelqu’un fappela «Mar Quriaqos», nom qui lui est reste depuis lors.
Les ruines de Mar Yaq5 ne seraient pas tout a fait classiques si des
histoires de tresor ne couraient a leur propos. Le saint lui-meme serait
apparu plusicurs fois, toujours a des femmes, pour leur montrer f endroit
oil il faudrait creuser pour trouver son tresor. Tous les gens du village
vous diront exactement sous quelle pierre, au milieu de la cour de feglise,
le tresor vous attend. Evidcmment, personne, meme les plus fanfarons,
n’a jamais ose verifier f indication.
COUVENTS DU BAHADRA
727
Les tombeaux
Tout le sol du cirque de Mar Yaqo est creusd de tombeaux. On en
a trouvd sur la colline qui sert encore actuellement de cimetiere et qui
est dominee par le mausolee des Dominicains, lieu de repos de Mgr
Emmanuel Asmar, du P. Besson, et de tant d’autres; on en trouve der-
riere cette colline, sur le versant qui regarde la plaine, et aussi au chevet
de la vieille eglise, au bas de la montagne du nord-est, dite Musmussa,
bref, partout.
Beaucoup de ces tombeaux ont dtd ouverts au cours de travaux de
terrassement. L’un d’eux, dventre lors de la plantation des arbres qui
entouraient le tombeau des Peres, contenait un squelette d’une tailie
extraordinaire. Son seul tibia ne mesurait pas moins de 59 cm. Dans
d’autres tombeaux on a trouve de petites jarres vertes et des pieces d’or.
Une tombe a i'ourni une gargoulette sur laquelle etait peint, en caracteres
strangudlis, le nom de son proprietaire: Isra’il.
Deux tombes voisines, sises au pied du Musmussa, livrerent les deux
parties, separees Tune de P autre a la scie et placees sous les tetes de deux
morts, d’une plaque de calcaire blanc de 40 cm. de long sur 14,5 de large,
epaisse de 18 mm., fmement sculptee d’une croix stylisde entouree de
differentes figures gdometriques, le tout rehausse de peinture rouge. Un
trou menage en haut de la croix devait permettre de la fixer au mur
ou au tombeau. Le dessin est exactement le mcme que celui des croix
de Hlra du VIIIe siecle (1).
Au pied de la colline du cimetiere, quelques pierres tombales af-
fleurent du chemin. La coutume de Mar Yaqo veut que, lorsque Ton
porte un mort en terre, on frappe trois fois le brancard sur ces pierres;
puis on le retourne, la tete ddsormais vers le cimetiere, et on monte
Penterrer. Bien qu’on ne voie actuellement que deux petites tombes, le
lieu est appeld «tombes des fils de Smuni», c’est-a-dire des Macchabdes.
(1) Hlra en arabe, par Y. Ghanima, (Bagdad 1936), p. 52 et pi. 10 a., p. 113. Des
croix semblables ddcoraient l’eglise du monastere de File de Kharg. Cf. 7 he Island of
Kharg par G. Ghirshman, Tehran 1960, pi. 13, p. 13.
728
ASSYRIE CHRETIENNE
Un autre tombeau est celui «du magon», ou «du fils du macon»,
qui se serait tue en tombant du mur de Peglise. Gomme une pierre
manque a ce tombeau on dit que c’est la le signe qu’il s’est cassd un pied
dans sa chute. II faut croire que ce magon n’avait pas beaucoup de foi,
car il fut moins heureux que son collegue qui rebatit le couvent d’Inisk.
Ce dernier ayant eu peur au moment de construire la voute, un miracle
de R. cAwdIsoc de Dasen le reconforta, et il n’arriva pas d’accident pen¬
dant la construction (1). L’histoire merveilleuse de Mar Matta signale
egalement trois miracles arrives a Poccasion d’accidents de travail,
pendant la construction du couvent (2).
Parmi les tombeaux de la colline, se trouve le «tombeau sculpte»,
ensemble composite clont Pun des elements est Pepitaphe de «Penfant
Daniel, fils du pretre Marha’il», avec la date de 1710. Les dalles du
sommet portent differentes sculptures lineaires: une gargoulette, un
poignard, un homme a cheval, un homme brandissant un sabre et un
bouclier. La tradition existait encore au debut du siecie de sculpter les
attributs caracteristiques du defunt sur sa dalle mortuaire. On trouve
ainsi dans le clallage du B. Slota de Peglise de Mar Guorguls a Alq5s,
deux dalles reemployees representant Pune, pistolet et poignard comme
symboles d’un homme mur, P autre, une paire de babouches, qui semblent
avoir ete quittees au pied du lit, pour signiher une jeune mariee. Une
des pierres encastrees dans le mur montre la representation fidele de
deux lampes a petrole du plus pur modele 1900, symbole de la lumiere
que repandait le defunt. J’ai signale plus haut des tombeaux du meme
genre a ‘Ainkawa; on en rencontrera encore comme pierres de reemploi
dans les murs de la cour interieure du temple yezidi de Saih ‘Adi (3).
(1) Vie de R.T. Busnaya, p. 138-139.
(2) Dafaqdt , p. 16-17.
(3) Croquis de Badger, The Nestorians , I, p. 106. Les Nestoriens mettaient
egalement les animaux sculpt^s sur les pierres tombales comme symboles du defunt,
un agneau pour un enfant, un lion pour un homme courageux, un boeuf pour un
homme g^nereux, etc. Ces figures etaient quelquefois couvertes descriptions. Le P.
COUVENTS DU BAHADRA
729
Le tombeau sculpte de Mar Yaqo a une utilisation pratique pour
lcs gens du village, il sert de cadran solaire. Lc matin, quand le solcil
montant de derriere la montagne, Claire ces pierres, le tour d’utilisation
de l’eau de la source passe au suivant.
Enfin, Mar Ya‘qub ne serait pas le monastere parfait s’il ne possd-
dait pas une histoire de lion. En effet, au petit col qui prdcede la derniere
partie de la descente rapide vers Sios, on voit a gauche du chemin un
amas de pierres ayant la forme d un carre de 4 m. de cote. Autour de
ce tertre, il y avait naguere des arbrcsj le P. Louis Oheikho, cn 1912,
y vit quatre chenes qui lui formaient une «coupole de verdure» (1).
On lui raconta, comme on raconte encore, fhistoire traditionnelle: un
lion terrible ravageait les troupeaux du monastere. Un jour il mit le
comble a ses forfaits en devorant fane qui tirait la charrue du couvent.
Alors le superieur se facha et fit enjoindre au fauve, au nom de 1 obeis-
sance, de comparaitre devant lui. L’animal se laissa laire, ecouta hum-
blement la semonce et accepta la pdnitence imposee: rester au sei\ice
des moines toute sa vie. Il vdcut longtemps ainsi, rempla^ant le berger
aupres du troupeau et l ane a la charrue, et se montia toujouis plus
doux qu’un agneau. Quand il mourut, les moines lui firent ce tombeau,
e’est le qawra d'aria.
A quelques details pres, la meme histoire se raconte de plusieuis
autres couvents, dont celui de Mar Ellya ou nous avons lencontie un
autre lieu-dit du meme nom. Deux «tombeaux du lion» se voient egale-
ment dans les eglises de Mar Aliha et de Mar Yohannan a Dera, a cote
de Penek et a 9 kilometres de Gazlra ibn ‘Omar, au nord/nord-ouest,
sur la rive gauche du Tigre. Mais ici la legende explique que chacun
des tombeaux contient une moitid du meme lion. L histoire est en relation
avec le sdjour a Mar Ahha de Mar Yaret l’Egyptien (2).
Rhetor^ (Notes manuscrites , 1893, Van II, §22) en signale a Pis et entre Bcrduk et
Kelagom (Albaq), a Khosrowa, a Serai.
(1) Machriq, XV/1912, p. 851; dessin de Mar Yaqo, face p. 836.
(2) Suhada ’, II, p. 270.
730
ASSYRIE CHRETIENNE
Qu’il y ait eu cles betes feroces de toutes sortes en Assyrie depuis
l’antiquite ( 1 ) et encore jusqu’a une periode assez recente, cela ne fait
pas de doute. De temps en temps elles pullulaient tellement qu’on devait
leur faire la guerre (2). Par ailleurs, il n’est pas etonnant que les saints
anachoretes aient ete tres familiers avec elles. Comme on les voit jouer
un role dans les Fioretti des saints de la premiere Thebaide (3), on les
rencontre frequemment aupres des bienheureux de la seconder aigles,
lions, pantheres, serpents et bouquetins obeissent aux saints (4), leur
rendant des services et parfois les defendant contre leurs ennemis (5).
II ne faut pas s’etonner de voir ici un lion servir de pasteur et de bete
de somme (6).
Mais ce n’est pas tous les jours que le lieu de sepulture d’un lion
soit aussi precisement designe que nous l’avons ici. II etait trop tentant
d’y donner quelques coups de pioche. J’ai done, avec un Frere com¬
plaisant, fouille tout le carre, ce qui n’etait pas un gros travail car le
roc vierge etait a quelques decimetres de profondeur. Dans la terre en-
levee nous ne trouvames qu’un petit morceau cle gargoulette ornee. Tout
au plus peut-on voir dans le rocher un vague creux, naturel semble-t-il,
qui ne depasse jamais 50 centimetres.
D'autres avaient-ils, avant nous, fouille la tombe pour y chercher
(1) Cf. E.D. van Buren, The Fauna of Ancient Mesopotamia as Represented in
Art» , Rome 1939.
(2) V.g. en 505 (B.O. , I, p. 281).
(3) Budge, Bk. II, p. 269, n. 1 ; p. 591, n. 2; p. 664, n. 1 donne de nombreuses
ref. aux Vitae Patrum de Rosweyde; de meme: A.J. Festugiere, Les moines d' Orient,
I, p. 53-57.
(4) La plus belle histoire a ce sujet est peut-etre celle de la souris qui rapporta
le collier qu’elle avait vole, et mourut aussitot. Cf. Chr. de Secret , II, p. 39-40.
(5) Cf. Bk. II, p. 267-269, 434, 591, 664; Chr. de Seert , II, p. 586; Vie de R.T.
Busnaya, p. 97, 107, etc.
(6) J.E. Durand, Les animaux dans la vie des saints (Almanac h Catholique Frangais ,
1924, p. 129-134) cite des faits semblables pour la France. Le plus touchant est le cas
de Fours qui garde les quatre brebis de S. Euthyque, qui deperissaient «faute d’un
berger qui les conduisit regulierement au paturage».
GOUVENTS DU BAHADRA
731
un tresor? On pourrait le penser, car la plupart des pierres se trouvaient
rejetees sur un cote du carre. Quant au morceau de gargoulette, sa pre¬
sence peut etre fortuite; mais si Ton a affaire a un tombeau d’homme,
cette presence serait normale car, jusqu’a nos jours, le pretre chaldcen
de Mar Yaqo cassait sur le tombeau une gargoulette pleine d’eau, trois
jours apres l’enterrement.
Qu’est en realite le lieu dit «le tombeau du lion»? Un tombeau
d’homme, peut-etre tres ancien (1), puisque Ton n’est pas loin de grottes
prehistoriques ? Une construction de moines, dont une des citernes est
a 20 metres de la ? Toutes les hypotheses sont permises, meme, pourquoi
pas, qual s’agit vraiment du «tombeau du lion».
Probablement peut-on rattacher aux tombeaux un fragment de
pierre d’origine inconnu, qui est gardd maintenant au Sdminaire S. Jean
a Mossoul, avec les autres objets trouves a Mar Yaqo. La pierre, de cal-
caire jaunatre, devait avoir quand elle etait entiere environ 30 cm. de
long. Elle a 16 cm. de large et 5 cm. d’dpaisseur. Elle est sculptee d’une
croix plus longue que large, dont la fin des branches se divise en forme
de V. Le P. Savignac (2) signale de tres nombreuses croix de ce genre
au cimetiere greco-syrien du Khan as Samra, et date les tombes pro¬
bablement du YIe ou Ve siecle. Une autre croix a peu pres semblable
est sculptee sur le mur de la chapelle sud-est (B, Qaddise ?) de fdglise
du tell 1 1 de Hlra (3). On m’en a signale une autre en provenance du
cimetiere de Mahuz (Mahoze d’Ardwan) sur le Petit Zab. Enfin, en
1959, la Mission Archeologique Frangaise en Iran a decouvert dans file
de Kharg, dans le Golfe Persique, un couvent, probablement jacobite;
le meme genre de croix etait tailld dans le roc au-dessus des tombes (4).
(1) On se rappelle qu’il y a des vestiges semblables pres du couvent des
bousiers.
(2) R.B. 1925, p. 110 et 131; (cp. ibid., p. 580).
(3) Y. Ghanima, cit., p. 53; et Talbot-Rice, JRAS , 1932, p. 254-259; Review
of Archaeology , 1932, p. 276-291; Ars Islamica , vol. I, p. 51-73; T. Rice et Reitlinger,
Oxford Excavations at Hira, 1931.
(4) Communication du R.P. M.J. Steve, o.p., membre de la mission.
732
ASSYRIE CHRETIENNE
II semble done que la croix aux branches bifides, avec ou sans les quatre
points equidistants entre les bras, soit habituellement en relation avec
une tombe (1).
Les grottes
Les grottes de Mar Yaq5 se divisent en deux groupes: grottes de
moines, taillees dans le roc, et grottes naturelles plus ou moins amenagees,
fournissant le temoignage d’une occupation probablement ndolithique.
II est bien difficile de calculer le nombre des grottes de moines. Les
gens du pays, peut-etre influences par le nombre traditionnel des reli-
gieux du couvent, les evaluent a plus de 300. Probablement serait-on
plus pres de la realite en disant une cinquantaine. Beaucoup sont efifon-
drees, la facade ayant ete erodee, et plusieurs sont inaccessibles, le passage
qui y conduisait s’etant eboule.
La plus grande grotte encore existante est situee dans le dola, au-
dessous du milieu du mur de la cour de Peglise. Elle est carree, de 4 m. 75
de cote sur 2 m. 65 de haut. Devant elle on voit les traces d’une autre
grotte effondree. Elle ressemble assez a la grande grotte du couvent de
R. Hormizd dite «le refectoire des moines».
Gertaines grottes ont deux etages; une des grottes situee pres de ce
qui etait naguere la cour du «pensionnat» des Dominicains, a garde, a
gauche au ras du sol, fanneau taille dans la pierre ou le moine tisserand
accrochait ses pieces. La grotte dite «de Mar Ya£qub» se compose de
deux chambres en enfilade, separdes par une porte et se terminant par
un petit reduit.
(1) On trouve de telles croix tombales, au moins du IVe au VIIIe siecle, au
Hauran et en Jordanie, cf. H. Field, North Arabian Desert Archeological Survey , 1925-
1950, dans les Peabody Museum Papers, (Harvard) vol. 14/2 (1960), p. 156-157, avec
references. On ne peut cependant admettre que la croix de Qasr Burqu‘ (en Jorda¬
nie) soit originelle dans un pavilion de chasse d’un fils de calife, et surtout sur un
linteau en dessous duquel les habitants du chateau devaient passer. La croix est
certainement en relation avec des tombes chretiennes. {Ibid. p. 58, 95, 161-163).
COUVENTS DU BAHADRA
733
A la fin de fete 1942 un homme du village nettoya la grotte appelee
skafta d'kepa , la grotte de la pierre, pour y ddposer son fourrage.
Dans les deblais un enfant trouva un ddbris de terre cuite portant un
fragment d’inscription stranguelie: «... trois ... ossements...» Cette grotte
etait ddja connue car le sol en est perc d d'une multitude de trous cylin-
driques communiquant entre eux par le fond. On y avait trouvd un
depot de pieces d’argent, mais d’origine reccnte. Quelques sondages faits
dans la grotte n’ont rien donne, sinon findication de la presence, en
dessous de la premiere, d’une autre grotte. L’acces de celle-ci est bouche
par le cone de dejection des detritus du village.
Plusieurs grottes encore ont des appellations: grotte des chats, grotte
aux pigeons, ou portent le nom de leur propridtaire actuel dont elles
abritent les reserves de branchages de chene nain ( tchelou ) qui sert de
nourriture aux betes en hiver.
Quant aux grottes naturelles, les deux plus importantes sont situees
sur le flanc sud de la colline du cimetiere, dominant la vallde dacces
au couvent. La «grotte des livres» est un magnifique «abri sous roche»,
en face duquel de nombreux silex tailles ont dtd trouves. Le nom de
skafta cTktawe fait allusion a la cachette qu’y chercherent les moines
pour leurs precieux livres, lors de raids de bandes pillardes. Ceci est
d’ailleurs la seule rdf^rence que Ton ait a la bibliotheque du couvent,
dont rien n’a subsists.
La deuxieme, dite skafta dC gabbdre , ou grotte des gdants, doit
son nom a un mur d'dnormes blocs empilds les uns sur les autres et qui
la ferment jusqu'au sommet, ne laissant qu’une petite porte en bas. La
ldgende veut que de petits bergers se soient amusds a faire ce mur. Com¬
ment ont-ils pu manoeuvrer de si grosses pierres? C'est qu’ils dtaient des
geants! D'ou le nom de la grotte.
Depuis la Genese (VI.4) les histoires de gdants courent le monde.
Alors que les exegetes comme S. Ephrem (1) se contentent d'un
(1) In Genesim, trad. R.M. Tonneau, CSCO , t. 153, p. 45.
734
ASSYRIE CHRETIENNE
commentaire reserve de ce passage, les auteurs posterieurs, par exemple
La Grotte aux tresors , le Livre d' Adam, le Kebar JVagast , le Lime d' Enoch, etc.
laissent deborder leur imagination et donnent aux geants la taille d’une
tour, voire 3.000 coudees! Ouant a leur appetit, il etait en proportion
et, toutes autres provisions etant epuisees, ils devenaient vite anthro-
pophages. Les hommes n’auraient jamais pu s’en debarrasser seuls si
d’une part les Sept Sages ne leur avaient enseigne certains arts tels que
la fonte des metaux et la magie et que, d’autre part, les geants eux-memes
n’avaient commence a s’entre-devorer (1).
Bien que, finalement, David ait aneanti la race des Geants (2),
elle semble ressurgir de temps en temps. Gomme le dit le P. Rhetord:
«En beaucoup d’endroits dans les montagnes du Kurdistan on voit sur
les hauteurs, sur des rochers ardus, a V entree des gorges, des tours et des
lieux de defense construits par les hommes des temps primitifs. Ces cons¬
tructions, tres solidement faites avec de grands blocs de pierre, sont appe-
lees par les gens du pays «les constructions du diable», ou «les cons¬
tructions des geants», a cause de la force extraordinaire qu’elles sup-
posent de la part de ceux qui les ont faites» (3).
Thomas de Marga parle des constructions du geant Barzai au pays
de Marga (4); il cite encore les «fiers a bras» de Zarn au B. Bgas (5),
dont le fameux Salman qui n’avait pas d’appetit quand il ne pouvait
(1) The Book of the Cave of Treasures, trad. Budge, London 1927, p. 92-93, et 102.
— D’apres La yard ( Nineveh , I, p. 66-67 et 80), le Coran aurait donne la taille des
geants infideles, dont Nimrud faisait partie, comme depassant la hauteur des grands
palmiers.
(2) M.S., I, p. 61.
(3) Je ne me souviens pas d’avoir vu de monuments megalithiques proprement
dits, comme ceux attribues aux Rephaim (Barrois, Archeol. Bibl., I, p. 18, ou Morgan,
Prehist. Or., 1 1 1/ 1 92 7, UAsie anterieure, p. 188-197). L’ensemble du «haut lieu» de
Tastafsia, avec ses cuves de sacrifices, meriterait une etude. De m^me un tres curieux
ensemble au sommet du Singar, dit «Dera Wuzena», oil c’est tout un «couvent» (?)
megalithique que l’on trouve.
(4) Bk. II, p. 633.
(5) Bk. II, p. 524.
COUVENTS DU BAHADRA
735
se servir comme coussin de la tete d’un mdcrdant qu’il avait occis de ses
propres mains. Malheur aussi aux percepteurs impdriaux qui s’aventu-
raient trop pres de son repaire! Heureusement que le frere de cet Esau
avait la douceur de Jacob: ce fut le Bx Narsai, dveque d’as Sin; on
ne dit pas quelle dtait sa taille.
Denys de Tell Mahrd recueille la tradition d’un peuple «qui monta
de la rdgion inferieure» vers 766/767, «et s’appclait gdant dans la langue
primitive» (1). La Chronique les ddcrit ainsi: «C’dtait des hommcs sans
vetements et sans chaussures, ainsi que leurs femmes et leurs enfants,
car ils ne savaient lien faire. Ils n'apprenaient rien a leurs enfants; leurs
femmes meme ne savaient pas travailler la laine. Tout leur art consistait
a se cacher jour et nuit sur les chemins pour tuer et ddpouiller et pour
couper les routes. Et comme ils habitaient dans les montagnes inacces-
sibles (on a vu plus haut que c’dtait dans la region de la Perse) personne
ne pouvait les dompter. Ils pousserent faudace jusqu'a s’dlever contre
le roi (le calife al Mansur) et a couper la route au tresor du prince des
croyants. Parce qu’ils avaient fait cela, et aussi parce que toute la contree
dtait soulevde par eux, le roi envoya contre eux une forte armde. II les
devasta, les pilla, les enchaina; il les rassembla tous, voulant les faire
pdrir par le glaive. Deja il avait fait crucifier leurs chefs et se disposait
a mettre son projet a exdcution, lorsque des hommes craignant Dieu lui
conseillerent de les envoyer aux frontieres, contre les ennemis, afin qu'ils
demeurassent la ou qu'ils fussent tuds par les Romains. Il mit prompte-
ment a exdcution le conseil qu'il avait requ et les fit monter pour habiter
dans la region agitee, en face de Qamah. Ils dtaient 300.000. Mais ils
s’enfuirent et se repandirent dans toute la region; il n’en resta la qu’un
petit nombre, et comme le pays dtait froid et qu’ils dtaient nus, la plupart
moururent au premier hiver qui les saisit. Mais ceux qui resterent ne
cesserent pas leurs premiers mdfaits.»
Ces geants, du VIIIe siecle ou d’autres dpoques, ont-ils des descen¬
dants? Le P. Rhetord mentionne la taille exceptionnellc des habitants
(1) Chronique , IVe partie, trad. Chabot (1895), p. 95.
736
ASSYR1E CIIRETIENNE
de deux localites du Tur ‘Abdin, Benebil et Warda, qu’il visita en 1915.
La meme annee les deux villages repousserent les attaques des Kurdes
et des Turcs. A Warda les assaillants avaient meme un canon; mais il
faut dire qu’ils ne savaient pas s’en servir.
Pour terminer cet excursus sur les geants, on remarquera que, si la
taille n’est pas precisee dans le texte meme, il est impossible de distinguer
dans le chaldeen gabbdra si Ton a affaire a des geants proprement
dits ou simplcment a des braves. A Mar Yaqo, c’etait de vrais geants
que nous avions, je n’en veux pour preuve que le tibia mentionne
plus haut.
Sur le versant nord de Tastafslya, a cote du chemin dit «des Kurdes»
ou «de Manguds», on voit une espece de niche qui est en realite ce qui
reste d’une citerne dont fautre partie s’est eboulee. Si vous entrez dans
cette niche et que vous frottez votre dos contre la paroi du fond, vous
etes immediatement gueris de tous vos maux de dos. Les Kurdes Pap-
pellent «la pierre du mal de dos» (1). Quant aux chretiens qui, bien
sur, partagent toutes ces croyances, ils y voient en plus le trou ou Mar
Ya‘qub, poursuivi par ses ennemis (?) dut se refugier. Et f on montre
encore, sur le sommet du bloc qui contient cette demi-citerne, la roche
fendue a plusieurs endroits par les coups d’epee des dits ennemis. Ici
Mar Yaq5 rejoint Ronceveaux.
Pas loin de la «pierre du mal de dos», se trouve la «vigne de Mar
Yacqub», abandonnee depuis la premiere guerre. En plus des citernes
qui gardaient Peau, on y voit trois «pressoirs», cuves rectangulaires de
1 metre de long environ avec, sur le cote, une autre cuve plus profonde
et plus petite, le tout taille dans le roc. L’un de ces pressoirs est presque
intact, les deux autres sont deteriores.
Au-dessus de la vigne de Sios se trouvent les grottes dites de Barqa,
et au-dessus d’ljerke la grotte «de la retraite» (al halved) ou un petit
(1) De meme on trouve la force en s’appuyant sur la «pierre du lion» de
Mar Eliya.
GOUVENTS DU BAHADRA
737
bassin est toujours maintenu plein par une source mysterieuse, mais ne
deborde jamais.
Ceci nous rappelle que jusqu'ici nous n’avons pas rencontrd de
source au nom de Mar Ya‘qub. Et pourtant, tout saint qui se respecte
doit avoir une source a son actif: Mar Zdna, Mar Matta a ‘Ain Sarah;
Mar Awgin et tant d’autres ont fait jaillir des sources. Mar Ya‘qub
sera-t-il le parent pauvre qui ne peut pas passer ce dernier test? II
semble qu’il faille s’y rdsigner. La grande source qui alimente le village
a bien un conduit voutd que Ton fait remonter aux moines, mais on ne
dit pas que Mar Ya‘qub fait fait jaillir. Rien non plus a propos de la
petite derivation voisine qui va sourdre au flanc du Musmussa. Serons-
nous done degus? Heureusement non. Dans le premier grand rocher a
droite, au bord de la descente rapide vers Sios, un petit trou d’ou sort
en hiver un mince filet d’eau s’appelle «le doigt de Mar Ya‘qub». Et
Ton nous dit: un jour, Mar Ya‘qub, passant par ici, eut soif; il appuya
son doigt sur la roche et l’eau jaillit.
Ainsi le cycle est complet. Un groupe parfait de legendes est venu
tout expliquer et tout rattacher au saint dponyme, le fondateur restant
un peu dans fombre, comme s’il avait voulu, une fois de plus, quitter
sa place. Les superstitions ancestraies de farriere-plan ont dgalement
trouve des cheminements secrets pour parvenir jusqu’a nous, faisant du
site de Mar Yaqo un des hauts lieux de l’histoire et de la ldgende,
dorde, rose, ou noire.
5. — Mar Pinhas
A quelques metres au sud-ouest du village de Si5s, de vagues lignes
de pierres au ras du sol sont tout ce qui reste du couvent de Mar Pinhas.
Le titulaire est bien connu de l’hagiographie orientale (1). Sa qua-
lite de disciple de Mar Awgin lui vaut d’etre honord dgalement par les
Jacobites qui lui avaient dddid un couvcnt (2) et qui celdbraient sa fete
(1) BHO, p. 217.
(2) Mentionne a la fin du VIIIe s., par M.S., III, p. 452, n° 66.
Rech. 23 — 47
738
ASSYRIE CHRETIENNE
le 20 septembre (1), le 15 octobre (2)?ou le 28 avril (3). Cette derniere
date est cclle de son martyre. Les Chaldeens le commdmorent le deuxieme
vendredi de la Resurrection (4) qui est le jour de sa fete a Sios, ce qui
fixe fidentification.
Sa legende (5) en fait un etranger de Tanaos (ou d’Athenes) qui
devint moine au Mont Izla. Quand il quitta la montagne sainte, il vint
au Kurdistan, au Mont Hvvara, factuel Cabal al abiad, la montagne
blanche, celle meme qui s’etend de Dehok a la vallee de Zaho. Ce serait
done par cette partie de son histoire que le saint se rattacherait a Sios,
oil la tradition locale aurait garde la^trace de son passage. Il vecut ainsi
en ascete pendant 30 ans, vetu|uniquement d’une tunique grossiere de
poils de chevre. Quant a sa residence, si vraiment il vint a Sios, il semble
qu’il ne s’y fixa pas, car on le retrouve au village de Gemboli, qui doit
etre a Pextr^mite nord-ouest de la chaine montagneuse puisque, admi-
nistrativement, il depend du gouverneur de Penek, petite ville situee sur
le Tigre (6). C’est devant ce gouverneur qufil est defere, et par lui que,
apres le dialogue edifiant habituel, il est mis a mort au milieu de supplices
raffines.
Un de ses membres sera encore jtransporte plus a l’ouest, de P autre
cote du Tigre, a Aziah (7) pres de Hawsara (8), oil fut dlevee une
dglise a son nom, transformee plus tard en couvent de religieuses (9).
(1) Nau, Martyrologes Jac., p. 86.
(2) R. Saliba , p. 165.
(3) Ibid., p. 181 et n. 13.
(4) Suhada\ II, p. 44, et Hudra n° 14 de Sios (a Mar Yaqo) s.v. Mar Pinhas
d’Awsar au pays de Gazarta.
(5) AMS , IV, p. 208-217 et introd. p. ix, n° 3 a; Suhada\ II, p. 41-44; en arabe:
Ms. Ar. B.N. 5072, fol. 101 v. - 108 r.
(6) Sur la rive est, a 12 km. au N.-O. de (Sazira ibn ‘Omar.
(7) Azeh est a 21 milles a l’O. de Gazlra.
(8) A 7 milles du meme; cf. Carte du Jebel Tur par le Rev. A. Andrus de P Ame¬
rican Mission, Mardin.
(9) V an Helmond, Mas'oud da Tour ‘Abdin, Louvain 1942, p. 12.
COUVENTS DU BAHADRA
739
La fete de cet ermite martyr du IVe-Ve siecle (1) est encore c6\ 6-
bree a Sios selon les traditions de la sera.
Ce vendredi est un jour chomd. Avant midi chacun prdpare le
repas, habituellement en plein air, sur la colline. Tout le village est la,
avec quelques visiteurs venus participer a la fete. La cdremonie propre-
ment religieuse commence par la lecture, en soureth, de la ldgende du
saint. Puis on rdcite quelques prieres. De nos jours le chapelet a remplacd
les vieilles melopdes chalddennes que les jeunes ne connaissent plus.
Ensuite chaque famille prend son repas sur place avec ses hotes. On ne
retourne chez soi qu’apres avoir danse, de ces rondes ordinairement
lentes, mais quelquefois endiabldes, aux paroles soureth mais plus souvent
kurdes, ou gargons et filles participent, tantot mdlangds, tantot sdpards.
Si une flute et un tambourin kurdes ont eu vent de la fete, ils viennent
Panimer, sinon le chant et le battement des mains forment le seul accom-
pagnement de la danse.
De telles sera , que Budge appelle «church festivals» (2) tendent a
disparaitre. Elies dtaient jadis tres populaires. Notre bonne Mere TEglise
les avait multiplides, surtout en Careme, pour alldger aux croyants le
poids du jeune par la fete du dimanche, sans oublier non plus que le
Careme coincide avec le printemps.
Mossoul connaissait encore, il y a quelques anndes, les «foires» de
Tahra, Mar Guorguls et Mar Miha’Il, cdlebrdes respectivement les 4e,
5e et 6e dimanches de Careme. Tell Kaif commen^ait le 2e dimanche
par une visite a Mar Daniel; puis se succddaient Buh Sahda, Mart
Smuni et Mar Awraha, ou on se rencontrait avec les gens de Batnaya
et des environs; pour se terminer a Mar Yawsip, le dimanche prdcddant
les Rameaux.
Quant aux fetes de Bagdad, depuis longtemps disparues, le Sabusti
(1) A ne pas confondre avec le prototype biblique, le fameux Phin^es (Numb
XXV, 7-8) qui avait bonne reputation chez les auteurs syriaques; cf. Th. de Marga
(. Bk . II, p. 56) qui l’appelle «le z6ie».
(2) Bk. II, p. 438, n. 2 avec ref. a Socin.
740
ASSYRIE CHRETIENNE
en donne la liste (1) pour les dimanches de Careme. A propos de celle
du couvcnt de Samalu, le jour de Paques (2), il ajoute: «il n’y a pas
un chretien (de Bagdad) qui ne s’y rende», accompagnd, bien sur, de
beaucoup de non-chretiens. A la meme epoque, Abu r Rihan al Biruni,
dans sa Chronologie des Peuples Orientaux (3), mentionnait sept couvents
des environs de Bagdad dont les fetes s’etalaient d’aout a decembre, dont
trois en novembre, qui est evidemment avec le printemps le mois le plus
propice aux excursions. Les Bagdadiens gagnaient le couvent d’Abi
Halid le premier vendredi, celui d’al Qadesiya le troisieme, et celui
d’al Kahhal le quatrieme.
Que les fetes d’hier, comme celles d’aujourd’hui, aient ete une occa¬
sion de boire «en abondance, selon la coutume», Thomas de Marga lui-
meme le dit a propos de la fete de Mar Ya‘qub de B. ‘Awe et du miracle
que le sup^rieur Mar Quriaqos dut faire pour que le vin ne manque
pas (4), changeant en vin beau amende d’Estwan dans les outres por-
tees par huit mules.
On aurait pu dire de la plupart des couvents ce que disait, au XIVe
siecle, Ibn Fadlallah al ‘Omari (5) du Couvent de la Rage: «Ce
couvent a sa fete a un certain temps de Pannee. Des foules de chretiens
s’y rendent alors, femmes et hommes, qui vont y demeurer, et des foules
de musulmans qui y vont regarder et s’y promener. Grossiers personnages
et badins s’y donnent rendez-vous, et on y entend les chants et toutes
sortes d’amusements. On y egorge des betes et on y boit du vin.»
(1) Ed. G. ‘Awwad, p. 3.
(2) Ibid., p. 9 (Fed. note egalement, p. 16, fete du Dair at-Ta‘alib, le dernier
samedi de septembre; p. 30, la fete de Dair SmunI, «un des plus grands jours de
Bagdad» ; p. Ill, 112, 121, etc.).
(3) Al-dlar al-baqia ‘an al-quriin al-hdlia (6d. Sachau, Leipzig, 1923, p. 310);
Al-Qalqasandi et Al-MaqrIzi ne parlent que des fetes des Goptes.
(4) Bk. If, p. 437-441.
(5) Masdlek , p. 254-255; de meme Muniat al-Udabd ", p. 147, a propos de Mar
Miha’Il.
COUVENTS DU BAHADRA
741
«De nos jours, dcrivait le P. Rhetord en 1917, les Nestoriens cdle-
brent de meme la commemoraison de Mar Sawa, le grand saint du
Tiyari. Ils arrivent au sanctuaire, non avec le ddsir de se remplir de
graces spirituclles, mais avec de copieuses provisions de vin. C’est a la
(fete de la) Sainte Croix que la reunion a lieu, elle dure, pendant trois
jours. Ces trois journees se passent a boire seul, a donner a boire aux
autres, et a recevoir a boire des autres.»
Les fetes chretiennes etaient-elles foccasion d’exces plus graves?
Le Sabusti (1) mentionne, a propos de la fete du Dair al Hawat, pres
de ‘Okbara, qui se cdlebrait le premier dimanche de Careme, la pratique
de la nuit de mdsds. D’autres auteurs se sont dvidemment rdgales d’un
tel sujet, et de temps en temps des chapitres apparaissent ici ou la sur
«les orgies des couvents». Quel qu’ait etd le ddvergondage de certains
habitues des tavernes des couvents, les articles du P. Anastase (2) et de
H. Zayat (3) ont, je crois, fait justice de cette pretendue nuit de licence.
Cependant, au YIe siecle ddja, Jean de Telia interdisait aux moines
d’assister aux vigiles ou commdmoraisons de martyrs, meme s’ils don-
naient pour prdtexte qu’ils y allaient pour prier (4). Je n’ai pas eu besoin
de cette interdiction pour ne pas prendre part aux «stations de careme»
de Mossoul, qui se pratiquaient jusqu’a ces dernieres anndes, mais j’ai
pu les observer a loisir. La participation de toute la population, aussi
bien chretienne que musulmane, en dtait bien la caractdristique. Ce jour
la, Pagglomdration semblait s’etre vidde de ses habitants; des la sortie
de la ville et tout le long du parcours de Mossoul au couvent, les deux
cotds de la route sur une profondeur d’unc cinquantaine de metres
dtaient noirs des ‘ aba des femmes et bigarrds des robes des hlles. Les
(1) P. 60.
(2) Revue Logat aW Arab , VIII/1930, p. 368-373.
(3) Les couvents , cit., p. 109-112.
(4) B.H., Nomocanon , VII, X (Mai, X, II, p. 58). Michel le Grand, Chroni -
que , II, p. 422, attribue aux debauches des chretiens la punition de Dieu qui fit atta-
quer par les Arabes le couvent de St-Sim6on le Stylite le jour de la fete du saint.
742
ASSYRIE CHRETIENNE
paniers de vic.tuailles etaient Stales sur Pherbe et les theieres fumaient
sur des brasiers de charbon de bois. Les hommes, affales par petits pa-
quets, buvaient de P araq et braillaient des chansons, quelquefois ryth-
mdes au dambuq. Sur la route, au milieu de la police aux abois, les
bicyclettes se croisaient et s’entrecroisaient dans tous les sens, alors que
les taxis et les petits autobus que nous appelions des «cages a poules»,
klaxonnant et freinant bruyamment, ne degorgeaient leurs cargaisons
que pour repartir au plus vite en charger une autre. Avec le coucher
du soleil toute cette foule dense reprenait le chemin de la ville, ou elle
defilait d’un Hot ininterrompu a travers le pont alors unique puis le long
du boulevard de Ninive, tous dans le meme sens, mornes et fourbus,
mais contents d’avoir passe une bonne journee.
6. — Le gouvent du safran
Le couvent dont je vais parler ici n’est pas le grand et celebre Dair
az Za‘faran des Syriens Occidentaux, situe pres de Mardin, mais un
autre couvent du meme nom, nestorien celui-ci.
Ce dernier couvent, dit aussi couvent de Mar Apnimaran, est plac£
au pied de la face sud du Gabal Bdhair, a P extreme nord de la grande
plaine du Ba Nuhadra, a 19 kilometres a Test de Pesabur, et a 5 kilo¬
metres a l’ouest de la trouee conduisant vers Zaho.
Peut-on dire avec Budge (1) que ZaTaran marque la limite nord-
ouest du Ba Nuhadra? Je ne le crois pas, si du moins on accepte la geo¬
graphic (contestable, je Pavoue) d’Is6‘dnah. En effet le Liber Castitatis
place encore en Ba Nuhadra deux autres couvents, celui de Mar Atqen
et celui de Mar SawrIsoc (du Bois Joli) situes tous les deux beaucoup
plus au nord, pres de la frontiere actuelle de PIraq. Quant a la limite
ouest, elle etait formee, on Pa vu, par le Tigre.
J’ai egalement releve plus haut que c’est par confusion avec un autre
(1) Bk. II, p. 123 n. 1, et p. 234 n. 4; Hoffmann, p. 213-215.
COUVENTS DU BAHADRA
743
couvent d’ Apnimaran que Mgr A. Scher met le couvent de ZaTaran
pres de Tell Esqof (1).
Pour clarifier les choses, prdcisons bien que le couvent fondd par
notre Apnimaran (qui, on le verra bientot, est Apnimaran le Grand,
originaire du B. Garmai) est le couvent appel£ en arabe: de ZaTaran,
en chaldeen: de Kurkma, et que j’appelle en fran^ais: du safran, les
trois mots se traduisant les uns les autres.
Prdcisons encore qu’il y a au-dessus du couvent une forteresse dga-
lement appelee Qala‘at az ZaTaran. Je n’ai pas fait de recherches
sptxiales sur l’histoire de cette place forte. Je note simplement au hasard
qu'elle fut prise a Hamdiin le Hamdanide quand l’armee du calife
Mu‘tadid monta dans le pays du Ba Niihadra, en 895. Elie de Nisibe,
qui rapporte le fait (2) d'apres Abu 1 GaTar at Tabari et ‘Obaidallah
ibn Ahmad, note que la forteresse etait «pres du couvent de R. Apni-
paran». Tabari (3) se contentait de la situer «dans la terre de Mossoul».
Ibn al Atlr mentionne la citadelle parmi celles qui ddpendaient de
Gazlra ibn cOmar, et qui furent laiss^es a lTmir de Gazlra apres la
conquete de cette ville par Qutb ad Din Mawdud, en 1158 (4).
Yaqut, qui la situe pres de Gazlra, ne sait s’il doit la placer sur ou
pres du Mont Gudi; il se trompe certainement quand il identifie avec
Ardamust la citadelle qui domine le couvent (5).
Les ruines de la forteresse furent visitees et ddcrites par Miss Bell (6)
et par Herzfeld (7).
Quant au couvent, son fondateur, Apnimaran le Grand, utilisa au
maximum les cent ans de vie que le Seigneur lui donna et dont les anndes
(1) Chr. de Seret , II, p. 139 n. 3.
(2) Opus Chronologicum , trad. Brooks, CSCO , p. 91.
(3) Ed. 6gypt., t. XI, p. 345.
(4) Histoire des Atabecs de Mossoul, p. 201 (dans Historiens des Croisades , Historiens
Occidentaux , t. II, 1876).
(5) Mu' gam, II, p. 141.
(6) Amurath , 1911, p. 286.
(7) Reise , p. 376.
744
ASSYRIE CHRETIENNE
d’activitd s’etalerent du temps dTso‘yaw de Gdala (622-630) (1) a celui
de Georges I (661-680) (2).
Le canevas de sa biographie est fourni par le Liber Castitatis (3).
D’apres Iso‘dnah, ce fut sur le conseil d’Abba Sim‘un, fondateur du
couvent d’as Sin (4), qifil se fit moine a B. ‘Awe. La, il fut le disciple
d’un autre Apnimaran, «de sainte mdmoire» (5) et regut l’habit de
Qamlso1 2 3 4 5 6 7 8 9 (6), qui devait devenir superieur de B. ‘Awe entre 628 et 636.
Apnimaran resta longtemps a B. ‘Awe. «Ayant mene la vie ascd-
tique», c’est-a-dire ayant termine les annees prescrites de «travail» et
de vie en coenobion, «il s’etablit dans la retraite pendant longtemps».
Puis, sans transition, Iso‘dnah ajoute: «et alia au monastere de Zar-
nuqa». Une fois de plus nous sentons que ce bon Iso‘dnah nous cache
quelque chose. Thomas de Marga est plus franc: ce fut une dispute (7)
qui le fit partir. Et il en donne les details. Apnimaran, accuse de Messa-
lianisme, fut enterre symboliquement a fendroit oil Ton fait courir les
anes. On comprend qu’apres un tel affront il n’avait qu’a quitter B.
‘Awe. Bien qu’Apnimaran ait eu trop de vertu pour traduire ses senti¬
ments en mots abusifs (comme le firent d’autres) et appeler le couvent
«une maison de fous», il lui faudra de nombreuses annees pour se remettre
de ce coup et retrouver son ^quilibre. Il traina de monastere en monas¬
tere: trois ans a Zarnuqa, peut-etre un temps a ‘Awa Sapira (8), et
aussi au couvent de Mar Yohannan a Hlahlah au B. Zabdai (9). Bien
(1) Bk. II, p. 653, n. 4.
(2) ‘Amr, ar., p. 57; B.O., II, p. 422.
(3) L.C., n° 94.
(4) L.C., no 68.
(5) Bk. II, p. 121-122. Ce doit etre cet Apnimaran (plutdt que le notre, qui
£tait au maximum novice a cette ^poque) qui est mentionn£ dans la lettre XVIII
d’Iso‘y^w d’Adiabene aux Freres de B. ‘Aw6 a Foccasion de la mort de R. Ya‘qub,
cf. CSCO, trad. R. Duval, p. 27.
(6) Bk. II, p. 108, n. 5.
(7) Bk. II, p. 247.
(8) D’apres L.C., n° 26.
(9) L.C., n« 2.
COUVENTS DU BAHADRA
745
qu’il ait travaille de tout son cocur pour sa nouvelle maison et l’ait ornde
«comme un monastere superbe, il excita l’envie» (cette fois Isocdnah
ose le dire), et s’en alia a nouveau.
II y avait, au pied de la montagne, un lieu ou jadis demeurait un
anachorete du nom de Gawsisoc. G’est la qu’ Apnimaran se fixa ddfini-
tivement. «I1 batit un monastere superbe, et des freres se rassemblerent
autour de lui. Et il quitta la vie temporelle, agd de cent ans; on le ddposa
au martyrion qu’il avait bati.» ‘Amr prdcise bien que ce couvent s’ap-
pelait Dair az ZaTaran, et dtait situe «au pays de Mossoul».
Apnimaran figure dans les Litteratures Syriaques pour divers dcrits,
notamment des vies de saints, qu’on lui a attribues (1).
Piusieurs disciples d’Apnimaran le Grand sont connus: le Bx
Petion (2), de Basom, au B. Garmai, regut de lui l’habit. Il succdda
a Apnimaran comme supdrieur du monastere (3). Avant de mourir,
Petion ordonna que personne n'ecrive sa vie. Ceci prouve-t-il que son
humilite manquait un peu de simplicitd, ou qu'il se ddfiait des pieux
mensonges et des exagdrations des hagiographes ? En tout cas Iso‘dnah
considere cette stipulation comme un peu extraordinaire, a la fois ddi-
fiante et choquante, et il prend la peine de la rapporter. Quand Petion
mourut, son corps fut deposd aux pieds de son maitre.
Abba Dirta (4) avait ddja eu une carriere monastique dans son
pays natal du B. Garmai (encore un moine qui monte vers le nord),
quand il vint a B. ‘Awd, ou il se trouva au moment de la migration
d’Apnimaran. «I1 s’attacha a lui», et vint avec lui dans le monastere
qu’il fonda «dans la montagne du Ba Nuhadra». Il ne semble pas qu'il
(1) B.O., III, I, p. 186-187; Bk. II, p. 83, etc.
(2) L.C., n° 100.
(3) Le texte dit «snp^rieur du petit monastere», mais cela semble avoir dtd
un des noms du couvent. En efTet au n" 112, I§o‘dnah mentionne un autre supdrieur,
Iso‘, qu’il enterre aux pieds d’Apnimaran et de Pdtion, alors qu’entre-temps il aura
enterrd au meme endroit Abba Dirta, qui n’est plus mentionne ici.
(4) L.C., n« 106.
746
ASSYRIE CFIRETIENNE
ait vecu en cellule, car le Liber Castitatis se contente de dire: «il travailla
un temps, et apres ses fatigues s’en alia vers Notre-Seigneur». On sait
en efTet que certains moines se contentaient de la vie ascetique et res-
taient au coenobion, meme apres les annees de probation. II fut dgale-
ment depose aux pieds d’Apnimaran (1).
Le troisieme superieur du couvent, apres le fondateur et R. Petion,
fut Abba Is6‘ (2). Celui-ci, comme son predecesseur, est originaire du
B. Garma'i. Apres avoir dtudie, probablement a Pecole de sa patrie,
Awana de Tirhan, il monta vers le nord, peut-etre sous la pression des
nouveaux envahisseurs qui continuaient a venir du sud, en cette pre¬
miere moitie du VIIIe siecle. II fit un premier sejour a Zacfaran, ou le
fondateur lui donna l’habit. Puis il se transfera au monastere d’Abba
Yusif, en face de Balad. Enfin il revint a son couvent d’origine, dont il
devint superieur apres la mort de Petion. Il fut enterre a cote de ses
deux prddecesseurs.
Faute de connaitre un «couvent de R. Iso‘», on peut peut-etre
placer ici et a cette dpoque le moine Ishaq, auteur d’un traite sur la
Providence, certainement anterieur au Xe siecle (3).
A la premiere generation appartient egalement Maran Zha, dis¬
ciple et collaborateur d’Apnimaran le Grand, a la fin du VIIe-debut
du VIIIe siecle, qui deviendra (apres 741) eveque de Hadita (4).
Mar Atqen «qui s’arrachait la barbe» (5), auteur cVhistoires eccle-
siastiques (6), appartenait d’abord au Grand Monastere du Mont Izla.
Comme Thomas de Marga dit seulement qu’il etait moine du monastere
(1) U Abrege porte ici le nom de Bar Daira, au lieu de Abba Dirta. Je crois
qu’il faut distinguer les deux personnages.
(2) L.C. , n° 112.
(3) Cod. LXX de N.-D. des Moissons (copie de 1884 de ms. du Xe s. ?), cf.
Baumstark, Syr. Lit., p. 224 et n. 4.
(4) Bk. II, p. 273.
(5) A distinguer de son homonyme, fondateur au Ba Nuhadra, cf. L.C., n° 120.
(6) Bk. II, p. 186, 207, 234; Baumstark, Syr. Lit., p. 206.
COUVENTS DU BAHADRA
747
d’Apnimaran (1), Budge pense qu’il commen^a sa vie dans le premier
et la termina dans le second (2).
Bar Daira, un anachorete celebre par ses miracles (3), et par ses
austerites (4), celui-la meme a qui une martre apporta douze glands,
et qui, une autre fois, se nourrit pendant vingt jours de suite d'une sau-
terelle rotie trouvde a sa porte, vint finir ses jours au monastere de
ZaTaran.
Dans la seconde moitid du \TIIIe siecle on transporta au couvent
d’Apnimaran le corps de l’dveque Sl^mun de Hadlta, dont on a vu plus
haut les m^saventures, et qui dtait mort en disgrace au couvent d’Abba
Ahrun, pres de Balad (5).
Pour tout le IXe siecle, les sources manquent. Au Xe, R. Is6‘,
maitre de R. Yusif Busnaya (6), habita pendant de nombreuses annees
dans la montagne de Koumateh ( ?) «une des montagnes du cotd du
nord», au-dessus de R. Hormizd. Quand il fut trop vieux pour habiter
seul, il descendit au couvent de R. Apnimaran, ou il mourut bientot.
La derniere mention chretienne du couvent de R. Apnimaran de
Kurkma est la declaration de son exemption. Celle-ci lui fut conferee
par Jean bar Nazuk (1012-1016) et est enregistrde dans la constitution
de ‘Awdiso1 2 3 4 5 6 7 II (1075-1090) (7).
Au XIIIe siecle, Yaqut signale encore que les moines habitant le
couvent possedent de grandes richesses.
On ne sait quand le monastere fut ruind. Ses vestiges se trouvent
au pied de la montagne, entre le village de Kold et la forteresse de
ZaTaran, qui est situde plus haut sur un £peron rocheux.
(1) Bk. II, p. 234.
(2) Bk. II, p. 186, n. 4, avec rdf. a B.O. , III, I, p. 217.
(3) Bk. II, p. 653.
(4) L.C., n° 116.
(5) Mari, lat., p. 61.
(6) Vie, p. 24 et 106.
(7) Mai, X, p. 133 (Chalcl. p. 296); B.O. , III, I, p. 343-344.
748
ASSYRIE CHRETIENNE
7. — Dair Abun ou Dair Mar Awa ?
Le village moderne de Dair Abun est situe a l’extremite ouest du
Cabal Behair et a 5 kilometres a Test du Tigre, c’est-a-dire dans le coin
nord -ouest de la plaine du Bahadra. Son nom ne peut pas ne pas attirer
1’ attention. Mais y a-t-il la-bas un «couvent de notre Pere»? Une recon¬
naissance sur place montre, a environ trois kilometres a Test du village
actuel des mines informes appelees en kurde: Bane Dere, les batiments
du couvent. Les vieillards de Pdsabur se souviennent encore qu’on l’ap-
pelait jadis aussi Mar Awa, mais n’ont pas idee de Pidentite de ce
personnage.
Or les textes parlent d’un Daira d’Awun, ou Dair Abun. Ceci nous
met des Pabord devant le probleme: le monastere de Mar Awa est-il le
meme que le Daira d’Awun? et le village moderne de Dair Abun a-t-il
quelque relation avec le Dair Abun historique? Essayons done de serier
les questions.
Daira d’Awun
Que sait-on du Daira d’Awun (1) ? Rien que ce qu’en dit la consti¬
tution de ‘Awdiso‘ II (1075-1090): «Mar Aba, catholicos, decreta que
le Daira d’Awun, c’est-a-dire «le couvent de notre Pere» serait exempt
de la juridiction de Nuhadra» (2).
Si Pon aclmet, comme il semble bien que ce soit le cas, que la liste
des dix-sept couvents exempts suive l’ordre chronologique, le couvent
existait deja et avait des raison de meriter le privilege de P exemption
des le patriarcat d’Aba I, entre 540 et 552.
On peut egalement voir dans le texte ci-dessus, que le Daira d’Awun
dtait situe en Ba Nuhadra. Ceci pourrait certainement couvrir le
village de Dair Abun actuel, mais si nous trouvions plus tard un autre
(1) Certains elements de ce § ont paru dans les Anal. Bolland., LXXX/1962,
p. 56-60.
(2) Mai, X, p. 133 (chald. p. 296); B.O., III, I, p. 343-344.
COUVENTS DU BAHADRA
749
Dair Abun plus au nord, il pourrait aussi bien etre dit appartenir au
Ba Nuhadra.
Daira d’Awun aurait-il et d appele Mar Awa du nom du patriarche
qui l’exempta? Ne fut-ce que plus tard quc Awa, un peu passe de mode,
fut transforme en Awun? II est impossible de le savoir.
II est difficile egalement de dire pour quel motif le patriarche Aba
exempta le couvent. Ce ne fut pas parce qu’il y avait commence sa vie
religieuse; ce que Ton sait des ddbuts d’Aba Ier (1) le mettent plutot en
rapport avec le sud de flraq qu’avec le nord.
A supposer que Aba Ier n’ait pas eu de raison personnelle d’exempter
le couvent, se peut-il qu'il ait eu des raisons generates ? Le respect du
au titulaire, appeld «notre Pere» sans qu'on ait besoin de prdciser son
nom, semble indiquer que celui-ci avait une place spdciale parmi tous
les «peres».
Pour un chaldeen moderne, l’interprdtation du nom se fait sans
hdsiter: Awun, c’est Awgin, le «Pere des Moines». Mais 1’equivalence
etait-elle aussi absolue au YIe siecle? En tout cas le couvent n’est jamais
mentionne ailleurs comme un des centres de la ddvotion au «pere des
soixante-dix», pas plus que Ton ne retrouve cette ddvotion (par l’inter-
mddiaire des noms d’eglises) en ses alentours immddiats.
Dair Abun
On trouve un couvent de ce nom dans les auteurs arabes. Yaqut,
au XIIIe siecle (2) parle de Dair Abbuna, ou mieux, dit-il, Abiun, qu’il
situe en Qardu entre Gazlra ibn ‘Omar et le village de Tamanun, pres
de Basorln. C’est un couvent vener^ chez les chrdtiens et contenant de
nombreux moines. On dit qu’il possede le tombeau de Nod, tombeau
taille dans la pierre et abritd par une voute grandiose dont Paspect seul
suffit a attester l’antiquitd.
(1) La meme chose serait vraie de l’autre Aba, Aba II (741-751) a qui Ton pour¬
rait attribuer Pexemption du couvent, ne fut-ce l’ordre chronologique.
(2) Mu1 2 gam, IV, p. 120.
750
ASSYRIE CHRETIENNE
Ceci nous met sur une piste toute autre que celle d’Awgin et des
moines. Nous sommes ici en plein dans le cycle legendaire, arabe et
syriaque, de Noe, cycle gravitant autour du Mont Gudi.
A ce cycle appartient le couvent de F Arche, B. Kdwulla, bati au
sommet meme du mont et marquant Fendroit ou Farche s’etait repo-
sde (1). Ce couvent conservait une planche de Farche, dont Finvention
etait attribute a S. Ephrem ou a Jacques de Nisibe (2). II parait que,
jusqu’a nos jours, on trouve encore autour de son site des clous et des
morceaux de goudron (?).
Sous le nom de Dair al Gudi, le couvent de Farche est mentionnd
par les geographes arabes (3) et Miss Bell le clecrit (4). II avait 6t6
detruit par la foudre en 765/6, le jour meme de la fete de Farche (5).
Du meme cycle releve le site de Tamanun (6) c’est-a-dire des 80,
nombre que les geographes arabes donnent aux rescapes du Deluge (qui
d’ailleurs moururent bientot tous de la peste, sauf Noe) alors que les
sources syriaques (7) parlent plutot des Huit. Remarquons en passant
le dissentiment des auteurs quant au site de ce village (8).
Dans la plaine du Gudi, la plupart des noms sont interprets en
fonction de Farche et de Noe. On cite: Bespin, le lieu de Farche; Gam‘a,
(1) Apres le Coran, tous les auteurs arabes ont recueilli cette tradition, v.g.
Sdbusti, p. 199; YAqurr, Mu' gam, VII, p. 51, s.v. Qardu.
(2) D’apres la legende d’Awgin, citee par Budge, The Monks of Kublai Khan ,
London, 1928, Introd. p. 18, Mar Awgin en fit faire une croix, qu’il pla$a dans sa
cellule.
(3) V.g. Sabusti, p. 199.
(4) Amurath, p. 292-293 et fig. 184, p. 290; cf. aussi Dair as-saflna, dans De Bey¬
routh aux Indes , du P. L. Cheikho, Machriq XV/1912, p. 780-787.
(5) Denys de Tell Mahre, Chronique , trad. fr. Chabot ( Bibl . des Hautes Etudes ,
1 1 2e fasc., Paris 1895), p. 71. Le pseudo-Denys l’appelle «B. Kavila». Autres refe¬
rences dans Labourt, cit. p. 121.
(6) Yaqut, Mu' gam, III, p. 23.
(7) Budge, The Book of the Cave of Treasures, London 1927, p. 116 s.
(8) Haistana, les Huit, est au nord du Gudi. — Discussion dans Amurath, cit.
p. 293 et note 1.
COUVENTS DU BAHADRA
751
le lieu ou Nod et sa famille se reunirent; Dadar, fendroit dont beau du
Deluge jaillit ou, selon d’autres, la ou Nod sortit de Tarche; Sernah,
Nod le superieur; Dornah, la maison de Nod; et surtout la «vigne de
Noe» ou, tous les ans le 14 septembre, se faisait une grande fete (1)
a laquelle toutes les religions participaient.
II n’etait done pas etonnant que la rdgion ait du possdder aussi le
tombeau de Nod. Les sources traditionnelles ont beau le localiser a
Nakhitchevan en Armenie, a Karak dans le pays de Baalbek (2), ou a
Madinat al Halil (Hebron) avec le tombeau d’ Abraham (3), Dair
Abun, compldtant la sdrie de tout ce qu’un pelerin peut souhaiter visiter
se rapportant a Nod dans la rdgion du Gudi, met maintenant sa sepulture
a portde de la main.
Mais peut-on dire que Nod, enterrd la, soit a identifier avec le
Awun, notre Pere, qui valut au couvent Pexemption des le VIe siecle?
Ce n’est pas Phabitude des Chaldeens de donner un tel titre a Nod, mais
seulement a Adam, voire a Abraham; peut-etre se trouve-t-on ici en
face d’un emploi special tres localise et d’ailleurs justifid: Nod n’est-il pas
le second pere de tout le genre humain? Peut-etre ne faut-il pas chercher
en cet Awun un moine, et la celebritd de Nod, le seul prophete enterrd
dans un couvent chaldden (4), aurait sufli a mdriter tous les privileges
a son dernier refuge.
On sait que, selon la tradition de TEglise Orientale (5) «dans les
couvents ou un patriarche ou un catholicos est enterrd, les eveques n'ont
(1) Canon Wigram, The Cradle of Mankind , p. 335.
(2) V.g. al-Harawi, Kitab az-ziydrat , ^d. J. Sourdel Thomine; ar. p. 10, trad,
fr., p. 23 et n. 1. Inscriptions publiees par la meme, in Bulletin d' Etudes Orientates , XIII/
1949-50, p. 71-84 (reproduces dans Repertoire Chronologique d' Epigraphie Arabe, t. XV/
1956, p. 203, n° 5928), Sources arabes sur ce tombeau: ibid., p. 71, n. 4.
(3) Ibid., ar., p. 30 et fr., p. 72.
(4) On a vu que le tombeau de Jonas a Ninive £tait apparu bien apres la dis-
parition du couvent.
(5) Conservee par B.H., Nomocanon, VII, X (in Mai X, II, p. 59).
752
ASSYRIE CHRETIENNE
pas de juridiction, mais seulcrnent le patriarche en Occident et le catho-
licos en Orient». On peut done penser que ce fut Nod qui valut au
couvent son exemption.
Le couvent de Dair Abun ou Daira d Awun (couvent de notre Pere
Noe?) continua a prosperer au cours des siecles. II renfermait au XIIIe
siecle et encore au XI Ve (1), une communaute importante de moines.
Mais la ou le bat nous blesse e’est quand nous remarquons que,
parmi les details geographiques fournis par les auteurs arabes et permet-
tant de localiser le couvent de Dair Abun, certains points pourraient a
la rigueur s’harmoniser avec la position du village moderne de Dair Abun
et de son couvent, alors que d’autres ne le peuvent absolument pas.
Yaqut, on Pa vu, place le couvent de Dair Abun en Qardu, entre
la ville de Gazira ibn 'Omar et le village de Tamanun, pres de Basorin.
Parmi ces donnees, certaines sont conciliables. Ainsi, abstraction
faite du Habur qui les separe, on pourrait dire que le village moderne
de Dair Abun se trouve pres de Basorln (2), qui n’en est distant que
de 10 kilometres au nord-ouest. De meme on pourrait admettre que
le village moderne de Dair Abun ait pu etre compris dans le Qardu des
geographes arabes du XIIIe siecle. Cette province, dont Basbrin etait la
localite principale, semble bien avoir englobe une grande partie du Ba
Nuhadra chretien, au sud du Habur. On voit en effet que, sur l’autre
rive du Tigre, Zummar, pourtant beaucoup plus au sud, est encore
(1) Masalek, p. 255.
(2) Basorln est aujourd’hui en Turquie. C’est l’ancien Burz Mihran (Alu'gam,
II, p. 36 et 123; Canard, Harndanides, I, p. 112; Budge, The Cave, note p. 118). Ce
dernier nom vaudra au couvent son appellation de Dair Mihran dans la poesie ano-
nyme en l’honneur d’une maitresse kurde, citee par YAquT {Mu' gam, IV, p. 120):
« ... mon logis est le Tartar, Hatra est ma derneure,
ton habitat Dair Abun, ou Dair Mihran;
que Dieu repande ses benedictions sur ce couvent a cause de ses habitants,
et de qu’il contient de cellules et de moines. »
Mihran etait le nom d’une des grandes families perses, apparentees aux Sassa-
nides, qui administra la region.
COUVENTS DU BAHADRA
753
compte par Yaqut (1) comme faisant partie de Qardu et Bazab-
da (2).
Mais les points inconciliables entre la position du couvcnt ancicn
et du village moderne de Dair Abun sont plus nombreux et plus impor-
tants. On ne peut certaincment pas dire que le village actucl de Dair
Abun soit situe entre Gazira ibn ‘Omar et Tamanun. Ceci le mettrait
dans la plaine au sud du Gudi, au nord du Habur, alors qu’en fait il
est situe au sud de cette riviere.
On voit mal dgalement comment appliquer a notre Dair Abun un
detail fourni par Ibn Fadlallah al ‘Omari a propos de son couvent du
XIVe siecle. Celui-ci avait un rdservoir d’eau, alimentd, disait-on, par
l’eau du Mont Gudi, qui lui etait amende dans des tuyaux de cuivre
jaune. Or le Dair Abun moderne se trouve a une bonne vingtaine de
kilometres des contreforts les plus proches du Gudi, le Habur coule a
ses pieds, et il a une source importante a sa porte.
Ajoutons que la tradition du village, concernant leur couvent de
Bane Ddrd, n’a gardd aucun souvenir de Nod et de sa tombe, alors que
celle-ci se montre encore au pied du Gudi, pres du village de Hassand,
a Touest de B. Kewulla, et cette tombe ne s’appelle plus Dair Abun!
Il reste done beaucoup de mysteres a elucider. Ce qui parait acquis
est ceci: le couvent qui se trouve a cotd du village moderne de Dair
Abun n’est pas Dair Abun; celui-ci est de l’autre cotd du Habur, beau-
coup plus au nord, au pied du Gudi. Le couvent situd pres de notre
village est bien celui de Mar Awa, dont nous devons avouer que nous
ne savons rien.
Mais alors, pourquoi le village moderne s’appelle-t-il Dair Abun?
Il s’appelait certainement deja ainsi du temps ou il dtait occupd par les
Yezidis, predecesseurs des chrdtiens, et ou ses constructions s’dlevaient
plus a l est que le village actuel. Les Yezidis n'avaient certainement pas
(1) Mu'gam. , VII, p. 264.
(2) Canard, Hamdanides, I, p. 117.
Rech. 23 — 48
754
ASSYRIE CHRETIENNE
inventd le nom. Avaient-ils eu cles predecesseurs chretiens qui avaient
Emigre du Dair Abun originel et transports le nom avec eux?
(Test partout, helas! que Ton se heurte a foubli. Ceci est du en
partie, en grande partie, aux malheurs qui ont souvent chasse les habi¬
tants chretiens de leur terre maternelle, mais aussi en partie a la negli¬
gence des modernes vis-a-vis de leurs tresors ancestraux.
Je ne puis resister a ce propos au plaisir de citer un poeme chaldeen,
en bouts rimes heptametres, que je donne ici en traduction a peine libre,
et poetiquement aussi pauvre que F original. Je le livre comme specimen
de cette poesie facile a laquelle tout lettre chaldeen s’est laisse aller un
jour ou F autre, et aussi a titre de quiz pose aux etudiants en litterature
et histoire ecclesiastique syriaques. L’auteur est le pretre moine Ellya
de Saqlawa (1860-1943) (1).
Voici done les devinettes
O monde, malheur a toi,
Du sublime le souvenir
Tu oublias les docteurs,
Te souviens-tu des canons
Plus personne qui se targuat
combien sont nes a Arbel,
les chefs sortis de Soba,
Quel est celui qui peina
ou qui done fut Maruta?
Ou y a-t-il de ces sages
les sepultures compter
ou citer sans se tromper
dans Fdglise de Kohe?
(1) «Livre des Hymnes du moine Ellya», volume ecrit par lui-meme en 1926.
Hymne 24: « Ecclesiastique, contenant le souvenir de quelques docteurs de TEglise
et d’£v£nements divers». M. l’abb£ Francis Scher, de Saqlawa, a bien voulu me
communiquer ce manuscrit.
du moine Elie:
ou la vanite fait loi.
ton esprit a su fletrir.
tu negligeas les auteurs.
des conciles de renom ?
qu’il connut l’homme de Marga,
ou se trouve Qatarbel,
les hymnes chantes par Prawa.
pour connaitre Res cAina,
Qui erda les Ba‘uta?
qui puissent sans hdsiter
au Dar ar Rum, Ville de Paix,
les patriarches enterres
COUVENTS DU BAHADRA
755
Qui connait Balai d’Alep
et Zenon de Gazarta
Qui done a eu le bonheur
de connaitre ‘Emmanuel,
le couvent de SawrIso‘,
du grand Ya'qub d’Edesse
du subtil Jean de Penek
Bien oublie, Bar Zo‘bi
Par ma foi, nul plus ne sait
ni du Merwien savant
ni ralmanach de Sargis,
De Parbre de Melitene,
ce que dans P Antiochene
Ne trouve-t-on pas des gens
L’Histoire du Gesarden,
PAbeille du Basrden
Combien n’ont pas vu leur face
ou n’ont pas appris, hdlas,
ou le Sage de la Perse,
ou d’Anbar, Mar Ellya?
du Couvent Supdrieur
ou de Mossoul Gawriel?
du Zab baignd par les eaux?
les Interpretations?
maintes compositions?
et la ou le jour il vit.
du Hazzaya les hauts faits,
les dires reconfortants,
ni les poemes de Hamis.
au fruit, qui done a goutd,
les Apotres ont ordonne?
qui n’ont pas lu, enfants,
ou de ceux dont les palais
de son miel n'a pas suerd?
au Miroir du Tell Kaifien,
le comput Saqlawden?
XXI
LE MONT DES MILLIERS
Dominant au nord-est la plaine de Mossoul, le Cabal Maqlub, la
montagne bouleversee, ainsi appelee a cause du chaos de ses strates geo-
logiques (1), est la seule montagne de quelque hauteur qui soit si proche
de la capitale de 1’Assyrie. Son sommet, a qui la carte anglaise donne
une altitude de 3483 pieds, est a 32 kilometres a vol d’oiseau de Ninive.
Ce petit massif, qui n’a guere plus de dix kilometres de long sur
trois ou quatre de large, etait jadis peuple d’un tel nombre de moines
que les chretiens fappelaient le mont «Alpap», c’est-a-dire le Mont
des Milliers.
Pour la plupart, ces milliers sont anonymes. A peine quelques
grottes ont-elles ete dotees de noms connus par ailleurs, tous dans la
tradition jacobite: Mar Matta, Ibn al ‘Ibri, Mar Ishaq, Mar Zakai, etc.
D’autres appellations sont desesperement vagues: le fils du tailleur, le
fils du teinturier (2).
Une cellule dite de Ste Smuni est attribute par Mgr Ignace Ya‘qub
a la «superieure des religieuses qui adoraient dans cette montagne»; la
legende en effet avait amene avec Mar Matta sa mere, qui se retira dans
un couvent de sceurs. Quant a ses deux soeurs «vertueuses» et a son
frere Zacharie, ils «entrerent dans le monde», mais Zacharie eut deux
filles, qui toutes deux devinrent religieuses (3). Comme la tradition ne
(1) Researches , p. 70.
(2) Dafaqdt , p. 188-190.
(3) Dafaqdt , p. 14. — On rencontre de temps en temps des «religieuses» indi-
viduelles dans l’histoire de Mar Matta, v.g. Garlba, soeur de l’eveque Cyrille Denha,
MONT DES MILLIERS
757
fixe pas le lieu de ce couvent de religieuses, nous devons en rester la
sur son compte.
Des ruines parsement dgalement la montagne, sans que la tradition
precise s’il s’agit d’un couvent ou d’un batiment quelconque; ainsi par
exemple les ruines de Kani Mare, au-dessus du Wadi Gahannam, sur
la route de Mar Matta a Galisin, sur le versant nord-est. On signale
aussi (1) au nord, dans le Galli Zardek, une galerie taillde dans le roc,
dite Galerie de l’Ange, a cause d’un ange tenant une couronne a la main,
sculpte, ainsi qu’une croix, en relief dans le roc. En face de cette galerie,
dans un grand roclier, il y a une grotte artificielle avec quatre bancs de
pierre et de petites cavitds dans la paroi pour les lampes.
En plus de ces maigres restes, les donndes archeologiques se reduisent
a trois sites traditionnellement identifies comme couvents:
— le couvent encore debout de Mar Matta, sur le versant sud;
— les ruines du couvent de Mor Abrohom, pres du sommet, en
haut du versant nord;
— le mazar ydzidi au-dessus du village de Muhammad Rdsan, sur
la lace nord, donne comme ancien couvent de Mar Zakai.
Evidemment, toute la montagne meriterait d’etre explore systd-
matiquement; peut-etre la vue des lieux dclairerait-elle les textes. Je suis
obligd de laisser ce soin a d’autres, en d’autres circonstances.
Quant aux textes qui peuvent fournir quelques donndes, ils sont
divisds, helas trop nettement, en textes nestoriens et textes jacobites. Ce
sont les fragments, jadis compldmentaires, de la meme tradition que Ton
retrouve d’un cote et de l’autre; on a fimpression que chaque parti a
garde une moitid de la meme page, ddchirde au milieu. Mais l’usure des
temps, les amputations et les ajoutes (surtout les ajoutes!) plus ou moins
qui est bless^e par des voleurs en 1863 (p. 129) et Hatun Bahodi de Bartelli en 1869
(P- 127).
(1) Lisdn al-Masriq , 1/1948-1949, n° 8-9, p. 9-10, au cours d’un article anonyme
intitule «Sept heures dans le Mont Alfaf», p. 1-13.
758
ASSYRIE CHRETIENNE
de bonne foi, ont fini par produire deux versions completes diametrale-
ment opposees et qui semblent s’exclure Tune 1’autre. On ne peut pas
toujours esperer retrouver la verite a travers ces contradictions, et encore
moins la faire accepter a Tun ou f autre parti.
Car malheureusement il n’est plus possible maintenant de proceder
a des ^changes de vues ireniquement scientifiques. On se heurte imme-
diatement a des declarations offensees, telles que celles que Ton peut
lire dans un ouvrage autorise tres recent: «Le couvent de Mar Matta
etait entre nos mains, nous les Syriens Orthodoxes, avant l’apparition
de la secte de Nestorius, au moment de son apparition, et apres son
apparition. » Inutile d’essayer de suggerer que, si vraiment, comme le
veut sa legende, Mar Matta vecut a la fin du IVe siecle, il est anterieur
aux grands dechirements christologiques qui aboutirent aux Conciles
d’Ephese (431) et de Chalcedoine (451), anterieur meme a fautonomie
de l’Eglise de Perse par rapport au Siege d’Antioche (vers 424) et done
anterieur aux «Syriens Orthodoxes», et n’appartenant ni a fun ni a
l’autre parti; meme avancer cela est deja blesser des susceptibilites.
Et pourtant, s’il est facile de pourfendre les «legendes» nestoriennes,
celles de R. Elormizd et de Bar ‘Eta par exemple, et d’en repousser ne-
gligemment la composition jusqu’au XI Ve siecle, on peut plus diffici-
lement, me semble-t-il, retrancher les documents contemporains, tels que
les lettres d’l36‘yaw d’Adiabene, qui montrent sur le vif la lutte pour le
Mont BouleversC Vraiment celui-ci merite bien son nom, car ce n’est
pas seulement dans ses couches geologiques que regne la confusion,
e’est aussi dans son histoire et sa geographic, bouleversees a qui mieux
mieux par les maitres successifs du lieu. C'est done a une toile de Penelope
que s’attaquerait celui qui voudrait ecrire une histoire complete et im¬
partial de la Montagne des Milliers. Ce que je veux faire ici, au risque
d’amasser des charbons ardents sur ma tete, n’est qu’un timide essai de
deblayage de quelques points. J’espere qu’on me fera la charite de penser
que je n’y mets aucun fanatisme pour ou contre personne, mais que mon
seul but est d ’aider ou de stimuler la recherche ulterieure.
MONT DES MILLIERS
759
1. — Mar Matta
Le seul monastere qui ait subsiste sur le Maqlub est le celebre Mar
Matta, oil Ton montre encore les tombeaux de Zakai, de Bar Sohdo, de
Bar Hebraeus, etc. L’histoire glorieuse et mouvementde de ce couvent
meritait un livre complet. S. Em. Mgr Paulos Behnam l’avait naguere
promis, et il avait public les esquisses de quelques chapitres (1). Feu
Mgr Barsaume avait dgalement travaille le sujet, mais n’avait eu le temps
de publier que la liste des dveques. Aujourd’hui ce livre vient d'etre dcrit,
par le successeur de Mgr Barsaume, le Patriarche Syrien Orthodoxe
d’Antioche et de tout POrient, S.S. Mgr Ignace Ya‘qub III (2); au
meme moment une notice independante plus rdsumee, due a M. Guor-
guls ‘Awwad, paraissait dans Sumer (3).
Tous ces travaux arabes apportent des details prdcieux sur la vie
du couvent au cours des siecles. A part de minuscules rectifications ici
ou la, ils pourraient etre traduits tels quels pour ceux que cela interesse
et qui ne savent pas la langue.
La oil Ton se sent moins a son aise, c’est en ce qui regarde les pre¬
miers siecles de l’histoire de la montagne sainte, de la fin du IVe siecle
au milieu du YIIe, car c’est ici que deux cycles complets, nestorien et
jacobite s’opposent. Les conqudrants ont la coutume de rebaptiser les
villes dans leur propre langue, c’est ce qu’ont fait les Jacobites avec les
couvents qu'ils ont trouves ou qu’ils ont pris, et ils ont organisd toute la
gdographie et l’histoire de la montagne en un cycle coherent, dont le
centre et le heros est Mar Matta.
Au calendrier jacobite, Mar Matta figure sous plusieurs titres:
Matta du Mont Alpap, Matta d’Ator, Matta le solitaire; et sa fete se
(1) Lisan al-Masriq, 1/1948-1949, depuis le n° 1.
(2) Deja citd: Dafaqat at-Tlb fi tank dair al-quddls Alar Matta al-‘agib , Zahld 1961,
339 p.
(3) Researches , cit. p. 80-82.
760
ASSYRIE CHRETIENNE
celebre a plusieurs dates: 24 juillet, 18 septembre, 9 octobre (1). Le ca-
lendrier syrien catholique de Mossoul pour 1877 (2) le fete au 18 sep¬
tembre. Le syncretisme touchant de ce calendrier, qui fait voisiner Matta
avec S. Joseph de Cupertino, accepte aussi la tradition nestorienne qui
range Tanachorete parmi les disciples de Mar Awgin. En plus de la fete
du saint, le meme calendrier commemore egalement sa mort, le 5
juillet (3).
Les orientalistes anciens comptaient Matta parmi les martyrs de
Sapor. La publication des Actes de S. Behnam et de sa sceur Sarah , par le
P. Bedjan en 1891 (4), a dissipe l’equivoque (5), d’autant plus que
Matta est toujours mentionne parmi les ascetes, et non parmi les
martyrs (6).
Legende
La legende de Mar Matta est en general inseree dans celle de Mar
Behnam, c’est probablement pourquoi elle ne figure pas dans la Biblio¬
theca Hagiographica Orientalis du P. Peeters. Cependant, il existe des rema-
niements de la meme legende, oii Matta est devenu le personnage prin¬
cipal, et dont fhistoire de Behnam et Sarah ne forme qu’un chapitre (7).
D’apres le texte, Matta etait ne aux environs d’Amed-Diarbekir,
(1) Nau, Martyrologes , cit. p. 82, 97, 100, 107, 1 1 1 et Martyrologe de R. Saliba,
p. 195.
(2) Calendrier syrien catholique (arabe) pour le diocese syrien de Mossoul , public par
Mgr Cyrille Behnam Benni, Mossoul 1877.
(3) En 1887, sous le patriarche syrien catholique Ignace Georges Salhat, un
autre kalandar , celui-ci «selon le rite de l’Eglise Syrienne d’Antioche» est egalement
imprime a Mossoul, la fete du 5 juillet en a disparu.
(4) AMS, II, p. 397-441 et autres sources cities sur ces martyrs.
(5) Selon la remarque de Chabot, De Isaaci JVinivitae vita, scriptis et doctrina,
Paris, Leroux, 1892, p. 4-5.
(6) Comme le dit Budge dans sa preface a la Chronography, cit., t. II, p. lii-
lxiii ; avec ref.
(7) Une telle legende a ete resumee par Lis an , cit. 1/1949, n° 8-9, p. 52-59,
puis utilisee par Dafaqat. — If identification par Honigmann (Barsauma, cit. p. 98) de
Mar Matta avec Amitta'i, pere de Jonas, semble peu probable.
XXI
LE MONT DES MILLIERS
MONT DES MILLIERS
761
au village d’Abgarsat. Apres une enfance merveilleuse et une jeunesse
studieuse, il se fit moine dans sa province natale. La persecution de Julien
l’Apostat (ca. 361) (1) Ten ayant chassd, il vint au pays d’Ator, oil
bientot sa reputation de saintetd lui attira de nombreux disciples.
Comment se rdalisa le stade suivant, a savoir la fondation attendue
d’un couvent? Le calendrier de 1877 se contente de dire modestement:
«I1 s’y batit un couvent. » La pidtd populaire ne pouvait evidemment
pas se satisfaire d'une explication aussi prosaique. Ce sera tantot Senna¬
cherib, roi de Nimrud, pere converti des deux martyrs Behnam et Sarah,
qui edifiera le couvent du Maqlub, a la demande de l’anachorete, en
meme temps que le tombeau de ses enfants et de leur XL compagnons;
tantot la douce reine Sirin, mere des jeunes princes massacres, qui s’ac-
quitta de ce pieux devoir (2).
On a vu plus haut ce qu'il fallait penser de la Passion hdroique de
Behnam; ceci ne nous rassure guere sur l'historicitd de Matta. L’appa-
ritiondans son histoire de Julien l'Apostat, grand favori des cnjolivements
hagiographiques syriaques, ajoute encore a nos soupgons.
Mais ne nous laissons pas impressionner. Si Ton veut sauver Matta,
et il y a tout lieu de croire qu'on le peut, il faut agir avec decision, et le
couper absolument de Behnam. La liaison des deux legendes n'est que
la projection sur les rapports de deux personnes des rapports de deux
lieux, vus dans Toptique du moyen age, au moment de la redaction
definitive de la legende, c’est-a-dire certainement apres le Xe siecle,
probablement au XIIe, au moment oil un vent de restauration soufllait
sur TEglise Syrienne Occidentale (Jean de Mardin, 1125-1165, plus a
l’ouest; et a Mar Behnam, tombe de 1139 et restauration de 1 164), alors
(1) D’autres disent de Diocldtien, done vers 320. Cf. Kmosko, Liber Graduum ,
P.S. , III/1926, p. cli.
(2) Dans le texte r6sum£ par Budge ( Chronograph}' , cit.), les deux couvents
fondes par Sirin sont donnas comme «B. Gubbe», pour Mar Behnam, ce qui ne fait
pas de difficult^; mais aussi «B. Kuhioto», qui devrait, d’apres les autres textes jaco-
bites, etre Mar Abraham, mais en qui, depuis le texte (ou la glose) de Bar Hcbraeus,
est identifi^ par la plupart a Mar Nlatta.
762
ASSYRIE CHRETIENNE
que Mar Matta avait pris la predominance et qu’on ne pouvait codifier
une histoire sans qu’il y joue le beau role.
D’autres legendes s'etaient probablement formees ailleurs: celle de
Zena-Sarah (dont Ton pourrait relever les contradictions avec celle de
Behnam-Sarah) nous est parvenue, liee plutot au cycle Takrlt-Qaraqos;
mais celle-ci ne put subsister apres le declin de Takrlt et le passage in
partibus des lieux de culte (Dair al Gayyara) autour desquels elle s’etait
cristallisee. Meme un repli du couvent de Sarah du Zab au Hazir ne
la sauvera pas.
La legende de Matta-Behnam au contraire presente une image du
regroupement des restes des forces Jacobites au XIIe siecle; elle est im-
pensable au IVe, quand le prestige de Mar Matta (couvent et homme)
etait loin d’etre encore assez solidement etabli pour atteindre des satellites
aussi lointains. II semble plus logique, etant donne sa situation geogra-
phique, de voir le couvent de Mar Behnam en liaison avec Qaraqos, et
done ne se ralliant comme lui au monophysisme qu’au debut du VIIe
siecle. Son jumelage spirituel avec Mar Matta ne viendra que beaucoup
plus tard, et entrainera alors le jumelage des legendes. Celui-ci sera
d’autant plus facile que les Syriens avaient un modele dans la legende
de Qardag: ce dernier avait eu son ‘Awdiso4, Behnam aura son Matta.
II nous faut done oublier completement l’histoire de la conversion
et du bapteme de Behnam par Matta, et considerer independamment le
reste de V histoire de ce dernier.
Histoire
Le fait principal de la legende est la migration forcee d’un certain
nombre de moines. Leur point de depart est dit etre Diarb^kir; ce detail
peut etre authentique, il pent aussi avoir ete emprunte a Jean d’Asie qui,
dans ses Vies des Saints Orientaux , montre Dada, Habib et Za‘ura quittant
Amed pour fuir la persecution qui sevit entre 521 et 565 (1), et se diri-
ger vers le Mont Izla et le B. ‘Arabaye, e’est-a-dire les environs de
(1) Lives, p. 5-35, 326, 419-420, 460-468, 573 et p. 10, n. 2.
MONT DES MILLIERS
763
Nisibe et de Dara (1). Jean d’Ephese ne les suit pas plus loin, mais
n’est-on pas en droit de penser que ce fut le meme Za‘ura, range ici
parmi les compagnons de Matta, que Ton retrouve avec Sargis et Ba‘ut
comme fondateur du Couvent Suspendu sur le Mont Aride (2) ?
Cependant, ce n’est peut-etre que le point de ddpart, la Sophene,
qui est emprunt^; la migration elle-meme de Matta ne peut etre reculee
jusqu'au VIe siecle. Le serait-elle que Matta deviendrait monophysite,
et on ne le trouverait pas appeld «saint» par les Nestoriens du VII®
siecle, comme on le verra bientot.
II faut done trouver un exode plus ancien. Thomas de Marga semble
le fournir quand il mentionne les «dveques et ascetes», a propos desquels
il a lu dans les «ecrivains anciens» (3) que, pendant le regne de Valens
(364-378), ils vinrent du Pays des Grecs a la Montagne de Rdsa (4),
prdferant fexil et les tribulations au fait de vivre pres des hdrdtiques
ariens (5).
Tel est, je crois, le fonds historique de la ldgende de Mar Matta.
Pour le reste, S.S. Mgr Ignace Ya‘qub lui-meme (6) donne l’exemple
en refusant comme n'ayant «rien a faire avec la vdrite historique» des
points qui «figurent dans le texte de la vie de Mar Matta que nous avons
entre les mains» mais qu'il declare ajoutds par «certains copistes
indiscrets».
Quant aux sources nestoriennes, si elles ont un peu mis en sourdine
la vie de Matta, a cause de ses connexions posterieures avec les mono-
physites, elles n’ont cependant pas renid entierement le saint. Un texte
presque contemporain est ici d’une ties grande valour, d’autant plus
(1) Sur le sens de ‘Arab dans Jean d’Asie, cf. ibid., p. 382, n. 3 et p. 419-420.
(2) Cf. mon article in Anal. Bolland., LXXIX/1961, p. 102-114, avec r<T
(3) V.g. Jacques d’Edesse, Chronica Minora, CSCO , p. 222 et Hist. Eccl. de
Barhadbsabba cArbaya, 1° partie, P.O. , XXII/2, p. 118-119.
(4) On verra plus loin que le Resa est le Maqlub.
(5) Bk. II, p. 577-578.
(6) Dafaqdt, p. 13.
764
ASSYRIE CHRETIENNE
que son authenticity est controlee sur des points d’histoire generate par
les historiens modernes les plus serieux, ce texte est celui de la Chronique
Mineure jadis publiee par Guidi sous le titre de Un nuovo testo siriaco (1).
Dans ce document, Matta est appele clairement: le saint. On y parle de
cette montagne «quem monachi S. Matthaei incolunt».
De moins de valeur, mais cependant basee sur des sources anciennes,
la Vie de Bar ‘ Eta parle egalement cie Mar Matta, le saint (2), ce qui
ne pourrait s’expliquer si Matta etait posterieur au debut du Ve siecle.
La oil les Nestoriens ne sont plus tres bien fixes, c’est quand il s’agit
de dire qui etait ce St. Matta. Pour plus de surete on en fait un disciple
de Mar Awgin, car il est entendu que tout moine qui se respecte doit
avoir ete disciple de Mar Awgin. Mais alors, pourquoi le Liber Castitatis
ne le mentionne-t-il pas dans la liste des fondateurs? Ceci nous rappelle
une fois de plus que nous ne possedons pas l’ouvrage dans son etat originel.
Bien que le texte du Malabar ne mentionne pas Matta non plus, V Abrege
ajoute, apres la notice 118: Mar Matta, fondateur d’un couvent pres de
Mossoul. Au fond, les Nestoriens s’entendent avec les Jacobites: le cou¬
vent fut fonde, par un anachorete «grec», au IVe, ou au plus tard au
debut du Ve siecle.
Ainsi Mar Matta «dont le couvent est sur le Mont Alpap» pourra-t-il
avoir aussi sa fete, le 25 juillet, au calendrier nestorien (3); bien qu’il
faille remarquer que la mention de cette fete soit plutot rare, et que le
saint ne figure pas aux Diptyques nestoriens du XIVe siecle. Ainsi de
meme, la ou les Chaldeens modernes cohabiteront pacifiquement avec
les Syriens, a Karamlaiss et a Mossoul par exemple, ils donneront a leurs
enfants le nom de «Matti».
(1) CSCO, 1 1 I/I V, p. 20. — Guidi (preface p. 12) place la redaction du texte
en 670-680. C’est peut-etre un des premiers textes ou le nom de Mossoul est employe.
(2) Hist, of Bar Idta, II, I, p. 203 et 206.
(3) A. Scher, Suhaddf II, p. 430-435. Parmi les mss. utilises par V auteur, seul
celui du couvent de S. Jacques le Reclus, pres de Seert, semble avoir contenu la
mention.
MONT DES MILLIERS
765
Eveques du couvent
La premiere crise que le couvent ait rencontrde n’est connue que
par les sources syriennes: il fut, comme les couvents de Blzanlta, de
Nardos et de Kuhta, un des centres de la reaction a la nestorianisation,
des le troisieme quart du Ve siecle. Ceci lui valut d’etre bruld par Bar-
saume de Nisibe en 484/485 (1) et de voir son dveque (?) Bar Sahdd
et quelques moines enlevds puis massacres. Comme Kuhta egalement,
Mar Matta passa plus tard ddfinitivement entre les mains des «or-
thodoxes».
Quand ce fait se produisit-il ? D’apres la tradition jacobite, vers 540,
le metropolite armenien Christophore (2) aurait sacrd pour Mar Matta
un eveque, qui lui-meme sacra son successeur, et ainsi pour quatre
dveques a la suite.
L’irr^gularite du proc^de a du avoir des repercussions dans Invo¬
lution des canons sur ce point, qui nous permettront peut-etre de prouver
l’authenticitd du fait. En effet la consecration d'un dveque par un seul
eveque avait ete formellement interdite par le Canon IV du Concile de
Nic^e (3) et l’Eglise Orientale d’avant le schisme avait accept^ cette
decision, en 410, au Synode d’Isaac. Selon celui-ci, «l’eveque institue
par un seul ou par deux ne serait pas iegitime» (4). «Si quelqu’un de
vous, disait le Synode (5), ose etablir un autre eveque, soit pendant sa
vie, soit au moment de sa mort, selon la definition etablie par le grand
et saint synode des 318 eveques, le consacre et le consecrateur doivent
(1) M.S., t. II, p. 417 et 438, qui ne parle pas de Kuhta.
(2) Peut-etre est-ce a cause du role jou6 par les Armdniens dans la resurrec¬
tion du couvent, que Mgr A. Scher (Suhada', cit. p. 305) dit que les «moines qui
echapperent aux Nestoriens tomberent dans l’heresie monotheiite».
(3) Les Canons Arabes de Nicee (can. 5) in Mansi , II, 983, predsent que la
presence de 3 eveques est un minimum, si les autres eveques de la province ne peuvent
venir «ob timorem et innocuum gregis periculum a rapacibus lupis, et necessitas
cogeret...».
(4) Syn. Or ., p. 258.
(5) Syn. Or., p. 263, can. I.
766
ASSYR1E CHRETIENNE
etre rejetes sans pitie de tout le clerge de fEglise.» Le synode de 410
reconnait que le fait s’est produit auparavant, mais on le considere
comme un desordre (1); desormais on defend absolument cette pra¬
tique, car elle n’est pas conforme a la tradition des Peres de Nicee.
Dans fEglise meme d’Antioche, le patriarche Severe (f 538) s’in-
digne d’abus contraires. II dit, dans une lettre aux orthodoxes d’E-
mese (2) : «Comment cela a-t-il pu se produire alors que les saints
canons, une fois pour toutes, stipulent que le sacre des eveques ne doit
pas etre effectue de facon differente ?... Qu’en tout cas il n’y ait pas un
un nombre inferieur a trois...» Et Severe de citer «avec quelque me-
pris» (3) le texte allegue «comme fondement de leur tromperie» par
«trois ou quatre mauvais individus» qui soutiennent le faux eveque Isaie, a
savoir «un canon qui est sans fondement et plein de ridicule, qu’ils attri-
buent encore a Simon le Chananeen (ou le Zelote) et qui n'a jamais ete
re^u dans les saintes Eglises, ni accepte dans les saints conciles, ou on
n’en a meme pas entendu parler». Ce canon, qui se retrouve dans YOcta-
teuque de Clement (4) permettait, «en cas de necessite», «a cause d’une
persecution ou d’un autre motif», que la chirotonie dpiscopale soit con¬
feree par un seul eveque.
Or, ce qui est tout a fait surprenant apres la lettre de Severe, c’est
que les Jacobites aient intdgre ce canon dans leur code, ou on le retrouve
(1) Syn. Or., p. 266, can. XI.
(2) Brooks, The Sixth Book of the Select Letters of Severus, London 1902, vol. I/I,
p. 236-239.
(3) D’apres l’abb£ Nau, dans Le canoniste contemporain, XXXV/1912, p. 370
et n. 4: La version syriaque de V Octateuque de Clement, trad. fr.
(4) Octateuque, VI, 1, Constitution des SS. Apotres, XI, 1 (in Pitra, Iuris Ecclesias-
tici Graecorum IListoria et Monumenta, t. I, 1864, p. 60, avec la note 6, p. 73 ou Fauteur
admet que des clauses soient «recentiora». Egalement cit6 dans: De sacris electionibus
et ordinationibus , de Francois Hallier, Paris 1636, p. 584); Constitutions Apostoliques,
VIII, 27 (in Pitra I, p. 385 et p. 417, n. 1 d.). Ebedjesus de Nisibe le cite dans sa Coll.
Can. Apost., (Mai, X/I, p. 17). Sur ce Livre VIII, cf. DTC, XV, p. 195-200, s.v. Tes¬
tament JVSJC et Dom B. Botte, Les plus anciennes collections canoniques, Orient Syrien, V/
1960, p. 331-350
MONT DES MILLIERS
767
chez Jean de Dara au VIIIe-IXe siecle (1) et chez Bar Hebraeus (2).
Ne serait-ce pas une preuve que, apres la formation de leur hierarchie
en 629 et le «renouvellement», a partir du convent de Mar Matta, de
«funite du siege apostolique d’Antioche», les Jacobites aient senti la
necessite de faire, sans avoir fair d'y toucher, une sanatio in radice aux
sacres de Mar Matta, dont firr^gularite etait flagrante? (3)
Une autre preuve que le premier sacre, de 540, a bien eu lieu, est
encore la reaction nestorienne, qui ne se fait pas attendre. Le synode de
Mar Aba Ier, en 544, rappelle la legislation de Nicee et de Sdleucie-
Ctesiphon selon laquelle «l’£veque dtabli par un ou deux eveques n’est
pas valide, mais seulement celui qui l’a par un plus grand nombre,
ou tout au moins par trois» (4). La clause permissive n'obtiendra droit
de cite dans le droit nestorien qu’avec Timothee le Grand. Dans une
lettre a P eveque Yahwalaha de Dailam, qui n’a pour tout assistant pos¬
sible dans la consecration que le seul dveque Qardag, le patriarche, tout
en rappelant que le droit «exige absolument la presence de trois dveques
pour le sacre» (5), fait usage du pouvoir qui lui a dte donnd par Notre-
Seigneur (le pouvoir des clefs) pour donner dispense, dans le cas unique
de la consecration du premier Eveque; encore faudra-t-il remplacer le
consecrateur manquant, a la droite du consecrateur principal, par le
Livre des Evangiles qui sera pose sur son trone. Pour le second eveque
et les suivants il n’y aura plus de difhculte, puisque le premier consacre
(1) Cite par Hindo, p. 186.
(2) Nomocanon , VII, 3 (Mai, X, 2, p. 44).
(3) Cependant en d’autres cas les auteurs syriens occidentaux louent le
«prudent canon» de Nicee et ceux qui l’appliquent, cf. M.S., II, p. 263, Pseudo
Denys, B.O., II, p. 87, Vie de Jacques Baradee , dans Lives of the Eastern Saints , p. 239.
(4) Can. 19. Syn. Or ., p. 558.
(5) Lettre citee par Thomas de Marga (5.O., III, I, p. 163, et Bk. I, p. 267).
Le texte chaldeen est clair sur la necessite absolue de trois consecrateurs. Budge, dans
sa traduction anglaise (Bk. II, p. 490, suivi par Lettres de Timothee , cit. p. 48, n° 4) s’est
trompe en traduisant la phrase avec une negation, comme si l’obligation N’etait pas
absolue. La traduction latine d’Assemani est exacte.
768
ASSYRIE CHRETIENNE
pourra agir comme consecrateur. Timothee ne fait done pas appel a un
privilege Simonien ou autre, pour lui la loi est absolue, reserve faite de
son pouvoir des clefs.
Si Ton examine le droit, tant jacobite que nestorien, on ne voit done
pas de raison serieuse de douter de Fhistoricite de la hierarchie «ortho-
doxe» de Mar Matta, de 540 a 629. Au contraire, tant le refus unanime
du cote nestorien jusqu’au IXe siecle, que la condescendance du cote
jacobite pour enteriner le fait accompli, confirment fexistence de cette
hierarchie.
La lutte pour le mont
II semble done que les legendes nestoriennes simplifient les faits a
Fexces quand elles retardent foccupation «orthodoxe» de Mar Matta
jusqu’au debut du VIIe siecle, et Fattribuent entierement au «fou
Zakkai» et a «Finfidele Gabriel, medecin du vaillant Ghosroes» (1).
Tout au plus peut-on supposer une reoccupation nestorienne de courte
duree par Isofsawran (2) et trois moines, qui s’empresserent d’ivacuer
le couvent a Favertissement de Bar ‘Eta, soi-disant sous la pression de
Gabriel de Singar.
II n’y a pas lieu de s’arreter au role exagere prete a Farchiatre
Gabriel, traitre de comedie dont F apparition dans une legende en assure
toujours le succes (3) presque autant que celle de son emule, Julien
FApostat dont le nom seul fait fremir Fauditoire d’une horreur delicieuse.
Son role reel a ete suffisamment important par la disorganisation qu’il
causa dans FEglise Nestorienne en persuadant a Chosroes de la laisser
sans chef, sans qu’on ait a lui attribuer Fissue de telle ou telle action
de detail.
Quant a Zaka'i, ce n’est pas lui Fusurpateur du couvent; son role
(1) Hist. of... Bar Idta, p. 204.
(2) Hist. of... Bar Idta , p. 204 et 237.
(3) Un episode a succes des legendes nestoriennes est aussi l’exhumation par
R. Hormizd de l'idole cachee a Mar Matta, cf. Hist. of... R. Hormizd, II, I, p. 118.
MONT DES MILLIERS
769
historique, d’ailleurs considerable, se borna a conduire les troupes
«orthodoxes» au cours de l’offensive finale qui leur valut une victoire
definitive. Zakai sut utiliser les tetes de pont des couvents fideles, dont
le premier etait Mar Matta, pour organiser la conquete des villages et
des autres couvents du Mont.
Les episodes de ce combat sans merci se lisent a travers les textes.
Vers 570 Iso‘yaw bar Qusre doit quitter sa grotte sur le Mont Alpap,
apres avoir ete frappe plusieurs fois par les rebelles (1).
Vers 575 l’anachorete Yaw (2) habite egalement «dans la mon-
tagne du Ba Nuhadra, dans un lieu appeie Resa». Iso‘dnah ne nous dit
pas pourquoi, mais il enchaine immediatement pudiquement: «alors il
vint vers Mar Daniel (3) qui habitait dans la montagne d’Oroh» (4).
On devine que la vie lui etait devenue intenable au Maqlub, et qu'il
chercha ailleurs des cieux plus elements.
La bataille sur la montagne se continuera encore bien plus tard,
car les Nestoriens s’accrocheront au versant nord, nous le verrons bientot
a propos des couvents de Mar Abraham et de Yohannan et Iso‘sawran,
mais le bastion inexpugnable de Mar Matta, orthodoxe des 484, fortifie
par ses eveques a partir de 540, base d’operations de Zakai a la fin du
VIe et au debut du VIIe siecle, resistera meme aux assauts puissants
du preux Yonadab, vers 612.
Desormais definitivement vainqueur de Tennemi nestorien, le cou-
vent de Mar Matta va pouvoir commencer sa glorieuse carriere, retracee
en detail dans les etudes citees plus haut.
Le couvent a-t-il eu, a lui seul, «des milliers de moines», a la mort
de son fondateur, deja a la fin du IVe siecle? L’expression semble
(1) L.C., n° 50.
(2) L.C., n° 40.
(3) Mar Daniel, dit le Penitent, etait un disciple d’Abraham le Grand (L.C.,
n° 14 et 31; Chr. de Seert , II, p. 106).
(4) Cette montagne, mentionnee par Iso‘dnah aux n° 10, 14, 40 et 90, et par la
Chr. de Seert , II, p. 106, etait une partie du Cabal Hamrin, au B. Garmai, cf. Herzfeld,
E.I. , ancienne ed., s.v. Barimrna.
Rech. 23 — 49
770
ASSYRIE CHRETIENNE
s’appliquer plutot a toute cette Montagne des Milliers (1), Athos de
l’Assyrie, rivale de la «Montagne des Adorateurs» (Tur ‘Abdln) dans les
fastes de l’Eglise Syrienne Occidentale. S’il n’a pas eu ses milliers a ce
moment-la, le couvent de Mar Malta les aura au cours des siecles, au
point de disputer a Takrit la preeminence sur Mossoul et sur tout le
nord de ITraa.
JL
Aujourd’hui, le grand couvent reste toujours debout, desormais soli¬
taire sur sa montagne pelee. Mais au lieu des Milliers de jadis, ce ne sont
plus que quelques rares unites, fantomes melancoliques de moines, qui
gardent le grand corps depeuple du dernier des couvents syriens d’lraq.
2. — Le couvent de R. Yohannan, le metropolite grec
On se souvient de R. Mar Yohannan, «qui fit des miracles et des
prodiges comme les Apotres». Le fait qu’il ait opere par ce moyen la
conversion de Qub suffit a certains auteurs pour leur faire placer «non
loin de Qub et pres de ‘Aqra» (2) le lieu oil il avait sa grotte et qui est
appele Neraw Barzai, ou Neraw Barazi.
En fait, Thomas de Marga a donne ailleurs (3) des precisions sur
ce Bx Mar Yohannan et sur la communaute du saint monastere de la
gorge de Barazi. A cette occasion il d^crit la gorge, qu’il a visitee lui-
meme.
La gorge ma qu’une entree; sur tous les autres cotes elle est fortifiee
depuis fantiquite. Les grottes et les citernes ont ete creusees dans les
temps anciens par un homme puissant du nom de Barzai. La gorge fut
evangdlisde par ce Mar Yohannan, qui titait un metropolite venu du
territoire des Grecs Byzantins a la fin du IVe siecle, «le compagnon et
(1) Le superieur Abu Naser de Bartelli, qui vivait en 1290, dit qu’ils etaient
7000 a l’age d’or ( Apergu , cit. p. 221) sans pr^ciser quand etait cet age d’or. Au temps
de Yaqut, vers 1225, il en restait cent ( ibid p. 222).
(2) Bk. II, p. 577 et n. 2. — Budge emprunte sa localisation a Hoffmann. On a
vu que Qub non plus n’etait pas tout pres de ‘Aqra.
(3) Bk. II, p. 632.
MONT DES MILLIERS
771
le collegue des sept dveques qui habitaient ensemble au monastere de
Rdsa pendant toute leur vie».
Le Bx Yohannan vdcut lui-mcme dans une grotte sans lumiere res-
semblant a un tombeau, et dtablit a Barazi une communautd d’ana-
choretes. Lors de son pelerinage sur les lieux, Thomas visita la caverne
dans laquelle ces anachoretes dtaicnt ddposds et put encore lire sur les
sarcophages certains noms qui avaient rdsistd au temps, mais que mal-
heureusement il ne reproduit pas.
Dans la premiere moitid du YIIIR siecle (1) la communautd subsis-
tait encore. Elle comptait quarante membres quand R. Gabriel y vint
en rentrant de Qardfi (2). Les moines de Barazi convainquirent Gabriel
d’accepter de devenir leur supdrieur. II resta avec eux un assez long
temps, pendant lequel il n’habita pas au couvent meme, mais au-dessus
de la cellule du fondateur. Plus tard, le supdrieur quittera ce monastere
pour aller remplacer son frere Paul au couvent de Mar Quprianos. Les
miracles de R. Gabriel n’apportent guere de details gdographiques et
historiques interessants (3).
Il est inutile de rechercher ou se trouve le village pai'en voisin, ap-
peld B. Timai (4), dont les habitants vinrent piller le couvent et battre
les moines. Les bandits dtaient cachds a B. Safwan avec les troupeaux de
boeufs qu’ils avaient enlevds au monastere, quand R. Gabriel tomba sur
eux avec deux lions fdroces qu’il avait pris avec lui en passant dans les
bois. Bien que les pillards aient tout rendu, ils furent annihilds, eux et
leur village, «dont le nom et la mdmoire furent effacds de la face de
la terre».
(1) C’est probablcment ce couvent qui est mentionnd pour cette dpoque par
Bar Hebraeus ( H.E. , II, col. 138) qui le place «dans la rdgion de Mossoul».
(2) Bk. II, p. 636 s.
(3) Simple mention de Telia, Bk. II, p. 663. — Le nom de la foret du monastere
est donnd comme B. Hslh£ (p. 673) mais c’est a peine un nom propre. De toutes famous,
toutes les forets ont disparu.
(4) Bk. II, p. 674.
772
ASSYRIE CHRETIENNE
Ou est situde la Gorge de Barazi, dans laquelie Bawai fonda egale-
ment une ecole (1)? On trouve deux villages de Barazi, le Grand et le
Petit, sur le versant nord-est du Maqlub, pres de la gorge dite actuelle-
ment Galli Zuriir, a six kilometres au nord/nord-ouest de Mar Matta.
Tout ce que Ton sait du site, sa position a la fois dans la region de
Mossoul et dans le Marga du IXe siecle, sa proximite du couvent de
R£sa et de Qub, forme une assez forte probability pour que Ton puisse
chercher \k le couvent du Bx Mar Yohannan, le metropolite grec. Les
circonstances ne m’ont pas permis de faire une verification sur place.
Tout ce que je puis dire, c’est que de nombreuses grottes sont signalees
clans la region.
3. — Le couvent de Kuhta
La plus grande confusion regne dans les sources au sujet de ce
monastere, situe egalement dans le district du Maqlub. Les memes faits
ont regu des interpretations opposees, selon la secte des auteurs.
Selon V Histoire (nestorienne) de Bar ‘Eta, le monastere fut bati par
Yohannan, Tun des 318 Peres du Goncile de Nicee (en 325) qui le nomma
d’apres la grande eglise patriarcale de Kobe, et qui y demeura jusqu’a
son martyre sous Sapor. On a bien dit qu’il y avait sept eveques en reserve
a R^sa, sur le sommet de la meme montagne (2), mais combien d’entre
eux s’appelaient-ils done Yohannan?
Les details de la fondation de Kuhta, d’apres V Histoire de Bar ‘Eta,
semblent copies sur ceux de la fondation de Barazi. Kuhta et Barazi ne
seraient-ils qu’un seul et meme couvent? Gela semble difficile, car
Barazi prosp^rait encore sous une houlette nestorienne dans la premiere
moitie du VIIIe siecle, alors que Kuhta, comme Mar Matta, avait refuse
le nestorianisme des la fin du Ve siecle.
Ici aussi, la valeur de la source, Y Histoire de Bar ‘Eta, devra etre
un jour scrieusement etudiee. A cote de simplifications nettement
(1) Bk. II, p. 296.
(2) Bk. IT, p. 578.
MONT DES MILLIERS
773
anachroniques, notamment sur la prise de Kuhta et de Mar Matta
par les Jacobites (1), on trouve dans le texte des expressions qui pro-
viennent telles quelles du texte original ancien de cette Ilistoire. Les
adjectifs employes sont rdvdlateurs: Zakkai (2) le propagandiste jacobite,
y est traite de fou, et Gabriel le medecin d’infidele. Mais surtout, qu’on
ait pu encore appeler Chosroes «le vaillant» (et qu’on ait dprouvd le
besoin de le faire), semble indiquer que la redaction primitive du texte
de V Histoire de Bar ‘ Eta f'ut faite avant la conquete arabe, done avant
637, et non vers 680, comme le voudrait Budge.
En plus de la date de la prise de possession par les «orthodoxes»,
un autre argument semble jouer en faveur de la distinction de Barazi
et de Kuhta: e’est le silence de Thomas de Marga. Celui-ci parle lon-
guement du couvent de Barazi; n'aurait-il pas mentionnd son change-
ment de propridtaire, si tel avait dte le cas?
Doit-on par ailleurs identifier Kuhta avec Mar Matta, comme Bar
Hebraeus semble l’avoir fait (3), suivi par Assemani (4) et par Mgr
Rahmani (5) ? Ce dernier auteur simplifie au maximum la question en
(1) An-Nagm situe cette appropriation de Kuhta par les Jacobites sous le regne
du patriarche Sawrlso1 2 3 4 5 (596-604). La these ici est que Gabriel fut le spoliateur.
(2) L’orthographe chalddenne connait le rcdoublement, alors qu’il n’est plus
en usage chez les Syriens, d’ou Zakkai ou Zakai.
(3) Je rdpugne a penser que B.H. lui-meme, qui vivait sur place, ait pu faire
une telle confusion. L’incise identifiant les deux couvents peut tres bien avoir dtd ajou-
tee par un copiste pas foredment tres postdrieur, mais gdographiquement plus dloignd
des lieux.
(4) B.O. , II, p. 403-404.
(5) In Documents d'Orient , janv.-fdv. 1928. — Le rassemblement a Mar Matta
des reliques de tous les saints du Maqlub a qui Ton attribuait la fondation des couvents
ddtruits, peut avoir donnd lieu a ce bloquage. On le voit ddja sc prdparer dans un
dvangdliaire de 1220 (cod. Vat. Syr. 559) copid pour «l’autel du saint nom de Mar
Matta, Mar Zaka et Mar Abraham, au Mont Alpap» (cf. Un nouveau Ms. syriaque illus-
tre de la Bibl. Vat., par le P. de Jerphanion, in Or. Christ. Per., V/1939, p. 207-222).
De l’«autel» on passera rapidement au «couvent». De mdme un ms. du XIIIe s.
(B.M., cod. DCCCXXXI, Add. 17, 263, cat. Wright, p. 1079-1080) est dit avoir dtd
774
ASSYRIE CHRETIENNE
voyant en Dair Kuhta, Mar Zaka'i et Mar Abraham differentes appel¬
lations du meme monastere, a savoir celui de Mar Matta, suivant les
noms des successeurs du fondateur.
En fait, la distinction entre Kuhta et Mar Matta est bien nette.
Elle semble avoir etc avancee d’abord par Hoffmann (1) suivi par fab be
Nau (2) et par Mgr Barsaume (3).
On a vu comment ce fut a Kuhta que se refugia le metropolite
«orthodoxe» d’Erbil poursuivi par Barsame (4) et on a deja releve une
autre de ces petites phrases du texte original de 1 "Histone de Bar ‘ Eta
passde dans le texte recent, celle ou YHistoire dit qu’a une certaine epoque
le mdtropolite d’Erbil avait son siege a Kuhta.
En faveur encore de la distinction entre Kuhta et Mar Matta est
le fait que Kuhta est de nouveau mentionne par la suite dans fhistoire
jacobite: un superieur du premier quart du VIIIe siecle, nomme Atnus
(Athanase) est cite comme linguiste fameux dans une lettre de David
de B. Rabban de Knusia, lettre ecrite vers 786 (5). Egalement, un
dveque rebelle, du nom de Jean de Kuhta, est anathematise et deposd
en 809 (6).
La derniere mention du monastere apparait dans YHistoire d’Ahou-
demrneh , ecrite en 936. A cette epoque le couvent est «encore soutenu
par les aumones des fideles» (7). Mar Matta y est signale independam-
ment, a cote de Kuhta, ce qui conhrme une fois de plus la distinction
des deux monasteres.
apport6, a un couvent non specifie, du couvent de «Mar Matta, Zakai, Behnam et
sa soeur Sarah», par un moine nomme Jean de Hudaida.
(1) Ausziige, p. 176.
(2) Hist, de Mar Ahoudemmeh, p. 27, n. 5.
(3) Aperfu, p. 204, n° 22.
(4) Cf. Barsauma, in DHGE , VI/ 1932, col. 950, par M. le Chan. Van
Lantschoot.
(5) Trad. ms. du R.P. Tonneau, ch. X, § III; mention dans LiVlu\ 2e ed.,
p. 391 et dans Researches , p. 82.
(6) M.S., III, p. 23-24.
(7) Ed. Nau, cit. p. 27.
MONT DES MILLIERS
775
Un site possible pour le couvent de Kuhta serait le lieu dit Tell ad
Dair, qui se trouve a la pointe nord-ouest du Maqlub, au pied de la
montagne, a dix minutes de marche au sud du village de Taq Rasso
ou Taq Hama, au nord-est du village de Barazi le Grand. Cette position
pourrait expliquer comment Kuhta et Barazi auraient dtd tous les deux
fondes par le meme eveque Yohannan, le premier au pied de la mon¬
tagne, et le second plus haut, dans la gorge. On a plusieurs cas similaires
de «couvent du haut» et «couvent du bas».
La zone entiere de ruines de Tell ad Dair a 750 metres de pourtour;
au sommet se trouve un batiment carre de 70 metres de cote, ayant son
entree au sud-est. Les tessons recoites par les soins de la Direction Gene-
rale des Antiquites dTraq (1), tdmoignent d'une occupation jusqu’au
XIe siecle; les textes sur Kuhta nous avaient menes jusqu'en 936.
4. — Le couvent de Resa
Si les sources syriennes donnent toujours la preeminence au couvent
de Mar Matta, les sources nestoriennes insistent plutot sur le «couvent
de Resa», ou «couvent du sommet» (2). J’ai demande jusqu’ici au lec-
teur bienveillant de me faire confiance quand je pla^ais ce couvent sur
le Maqlub, il faut maintenant prouver ce point; et comme beaucoup de
questions ulterieures sont liees a cette localisation, il importe de nous y
appliquer avec toute la precision possible. Je dedie ce paragraphe au
souvenir de feu Mgr Stephane Katso, eveque chaldeen de Mossoul
(1947-1953) qui repetait souvent: Qui done pourra me dire ou se trou-
vait le couvent de Resa?
D’apres Iso'dnah (3) le couvent de Resa est situe en Ba Nuhadra.
D’apres Thomas de Marga (4), il est en Marga.
(1) Dossier inedit n° 632/35.
(2) Le nom de Daira d’Resa est presque un nom commun, ainsi ne doit-on pas
s’etonner de trouver d’autres sites du meme nom. On en signale un en Barzan. — Il y a
aussi un village de Resa au B. Garmai ( Bk . II, p. 119). un second en Sapespa, etc.
(3) L.C., no 89, 91, 107.
(4) Bk. II, p. 43.
776
ASSYRIE CHRETIENNE
Malgre cette contradiction apparente, car les deux auteurs dcri-
vent a peu pres en meme temps, la vdrite est facilement explicable.
Thomas est sur place, et au courant des derniers remaniements admi-
nistratifs, Is6‘dnah est a Basrah, et ses hches ne sont plus tout a fait a
jour. En fait la divergence entre les deux auteurs est utile, car elle
montre que le couvent de Resa se trouvait clans un district pouvant
etre rattache administrativement soit au Ba Nuhadra, soit a Marga,
done mitoyen entre les deux districts.
Gomme il doit se trouver sur un «sommet», il n’y a guere le choix
et le Cabal Maqlub s’impose immediatement a l’esprit. Peut-etre meme
le nom de Resa etait-il le nom ancien de la montagne toute entiere, par
ailleurs surnommee Alpap, tant par les Nestoriens que par les Syriens.
Une confirmation de la localisation avancee est fournie par un pas¬
sage de la Vie de R. Tusif Busnaya (1). On y voit R. Ydhannan de
Hlapta, en route du couvent de R. Hormizd vers Marga, passer «au pied
de la montagne sur le sommet de laquelle etait situ£ le couvent ou lui-
meme avait habite auparavant, et ou avait habite, jadis, la troupe benie
des compagnons de R. Ydzadaq et de R. Hormizd». Si la partie de Marga
ou R. Yohannan allait chercher du ble est la riche plaine de Navkur,
le chemin direct longeait en effet le versant nord du Maqlub, avant
d'aller rejoindre le gue situe en aval du confluent du Hazir et du
Gomel.
Il n’y a done pas lieu de retenir la localisation qu’un hatif rappro¬
chement de noms avait suggere a certains, avec ce qu’ils appellent le
«Dair ar Rais», pres de Tena-Daoudia. Ce dernier couvent est nomme
en realite Rds Daqqe, habituellement interpr^td «de la tete coupee»
( daqta ‘ re'se) ; d’ou Bon considere commundment que son titulaire est
S. Jean Baptiste. Independamment de lYloignement de ce couvent par
rapport au Ba Nuhadra et a Marga, on sait que le couvent de Resa
devait se trouver sur une montagne (e’est le couvent du sommet, plutot
(1) P. 96 et 97.
MONT DES MILLIERS
777
que le couvent de la tete, ou du superieur) et done pas dans une plaine
comme la Sapna.
Peut-on encore preciser et dire dans quelle partie du sommet du
Mont Maqlub etait situd le couvent? Un second nom plus complet va
bientot lui etre donne: «le couvent de Mar Abraham de Rdsa» (1). Or
il y a bien en effet des mines de «Mor Abrohom» (nous sommes main-
tenant en pays syrien!) situdes a environ une lieure de marche de Mar
Matta, sur le versant nord-ouest du Maqlub, dans la vallde qui porte
le meme nom. C'est la que se trouve le couvent de Resa.
La fondation du couvent de Rdsa est attribude par Thomas de
Marga aux dveques et anachoretes rdfugids au Pays des Grecs dans la
deuxieme moitie du IVe siecle. «Au ddbut, selon les dires des historiens
des rois et des temps, y vdcurent sept dveques, et encore plus par la
suite» (2).
On retrouve le couvent dans la Vie de Bar 'Eta. Celui-ci, venant de
Nisibe par la Route du Roi, arrive au B. Rustaqa. De la, ii fait un crochet
vers le sud, environ un jour de marche, pour aller se faire bdnir par le
superieur de Rdsa, le Bx Istipanos, qui lui prddira la fondation de son
couvent (3). Ceci se passait peu avant 562.
Ce Bx Istipanos semble bien etre le meme dont parle Thomas de
Marga (4), qui est a court de superlatifs pour le ddcrire; il n’est rien
moins que «grand, cdlebre et fameux dans tout l’Orient».
Un des disciples d’lstipanos est Dadls5£, qui restera a Rdsa pendant
sept ans avant d’aller au Mont Izla rejoindre Abraham le Grand auquel
(1) Tous les textes cit6s ne parlent que du «couvent de r£§a», sans nommer
son titulaire. Seules la notice 107 du L.C. et la vie de R. Hormizd ( Dk . I, p. clx, et Hist.,
II, I, p. 65) lui donnent son nom. complet. L’identitd du «couvent de rdsa» et du cou¬
vent de «Mar Abraham de r<$sa», ressort des histoires de R. Hormizd qui cmploient
les deux noms indiffdremment.
(2) Bk. II, p. 574.
(3) Hist. of... Bar Idta, II, I, p. 191.
(4) Bk. II, p. 43, 574, 633.
778
ASSYRIE CHRETIENNE
il succedera comme superieur de son monastere, a la fin du VIe siecle-
debut du VIIe siecle.
Le couvent de Resa connut-il a ce moment une breve eclipse? II
le semble, car c’cst dans ses alentours, notamment dans la vallee qui en
descend, et non au couvent lui-meme (qui n’est pas mentionne dans leur
histoire) que viennent s’installer, dans la premiere moitie du VIIe siecle,
une pleiade de moines, dont quelques-uns sont des fondateurs celebres:
R. Hormizd, qui avait passe trente-neuf ans au couvent de Bar ‘Eta;
son disciple Abraham, plus tard appele le Mede, qui venait de B. ‘Awe
ou il etait reste treize ans; R. Mar Yozadaq; Yohannan le Persan,
Iso‘sawran, Abba Adona, et R. Sim‘un, serviteur de Yozadaq. Tous
vecurent dans des grottes ou des huttes situees autour de Resa pendant
six ou sept ans. Puis, la source ayant diminue, chacun s’en alia de son
cote, ne laissant sur place que Yohannan et Iso‘sawran, aux besoins
desquels subvenaient les croyants de Marga (1).
Nous sommes alors au plus fort de la lutte contre les envahissants
monophysites. R. Hormizd va continuer, du couvent qunl va fonder, ses
escarmouches avec les moines de Bezqin et les gens d’Arsam, et Resa
nestorien tiendra toujours, au milieu d’un Maqlub qui passe de plus en
plus aux mains des monophysites.
Mais jusqu’ici il n’a ete question que du «couvent de Resa» (2)
«situe sur une haute montagne, dans le pays de Marga», ou d’apres
d’autres au Ba Nuhadra. Voici que maintenant apparait l’Abraham qui
va donner son nom au couvent. Ce n’est pas un fondateur, et Iso‘dnah
ne lui consacre pas de notice. Il est mentionne par hasard a propos d’un
de ses disciples, Abraham de Ma‘arre (3), que Ton peut situer vers la
fin du VIIe siecle, debut du VIIIe (4), et dont on dit: «I1 recpit Phabit
(1) Hist. of... R. Hormizd, 1 1,1, p. 65-77; Bk. I, p. clx; L.C. , n° 89 et 91.
(2) B. Qoqa, p. 260; L.C., n° 89-91 ; Bk. II, p. 43, 574, 633; Bar Idta, II, I, p. 191 ;
R.T. Busnaya , p. 96.
(3) L.C. , n° 107.
(4) Le successeur d’Abraham de Ma‘arre au couvent de Mar Awgin, Ruz-
MONT DES MILLIERS
779
de Mar Abraham, celui qui (re)batit sur le sommet de la montagne du
Ba Nuhadra.» Desormais, on pourra parlcr du «couvent de Mar Abra¬
ham de Resa».
Le couvent de Resa sera encore debout, et nestorien, a la fin du
VIIIe siecle, quand Maran ‘Emmeh, superieur de B. Qoqa, s'y retirera
pendant un certain temps (1). On le retrouve enfin au Xe siecle, quand
Mar Yohannan de Hlapta y passa de longues anndes (2).
Quand les Nestoriens abandonnerent le couvent, les Jacobites ne
semblent pas P avoir habitd. I Is se contenterent de syrianiser son nom en
pronon^ant Mor Abrohom, et de faire entrer son batisseur dans la legende
de Mar Matta. II y devint (3) le sous-prieur de Zakai et Fauxiliaire
de Sirin pour batir le martyrion de son fils Behnam, puis, toujours avec
la reine, le constructeur d’une autre dglise dans 1a. montagne. Le lieu ou
il construisit s’appelait, d’apres la ldgende, «Kuhioto», c’est-a-dire «les
huttes», et se trouvait dans une belle vallde sur la face nord du Mont
Alpap. Les ruines de Feglise et du couvent se voient encore de nos jours.
Les Kurdes l’appellent «Dair Koh».
Qu’etaient ces huttes qui donnercnt leur nom au couvent? II y a
bien des chances que c’ait ete celles de R. Hormizd et de ses compagnons;
il serait au fond assez «gaulois» que la ldgende jacobite ait retenu, sans
le savoir, un detail de l’histoire nestorienne. Pour les auteurs jacobites
modernes (4) le nom n’a plus de sens et ils passent de Kuhioto a Kuhta,
identifiant le couvent de Mor Abrohom avec celui de Kuhta. Malhcu-
reusement Pidentification n’est guere possible. Si en effet les ddbuts de
Phistoire de Kuhta et de Rdsa peuvent se superposer, on voit difficile-
ment comment concilier les dvdnements qui se passent dans les deux
couvents respectivement aux VIIIe, IXe et Xe siecles.
bihan ( L.C. , n° 108) recevra l’habit des mains du neveu du patriarche Slhva Zha
(714-728).
(1) B. Qoqa, p. 260.
(2) R.T. Busnaya, p. 96.
(3) Dqfaqdt, p. 19-20.
(4) Apergu, p. 204, n° 22.
780
ASSYRIE CHRETIENNE
Bref, il semble bien que Ton doive identifier le couvent de R£sa,
plus tard de Mar Abraham de Resa, avec les ruines «jacobites» de Mor
Abrohom. Quant aux autres couvents du Maqlub, il faut les distinguer
les uns des autres (1). Il faudra un jour explorer a loisir la montagne
pour les etudier de pres.
5. — Le couvent de Yohannan et Iso‘sawran
Nous avons laisse Yohannan le Persan et Iso‘sawran, compagnons
de R. Hormizd, aupres de leur source presque tarie. Ceci semble d’im-
portance minime, et cependant les discussions en perspective obligent a
bien preciser ce detail. Soulignons-le, tous les textes s’accordent pour
dire que Yohannan et Isocsawran resterent sur place. La vie inedite en
prose de R. Hormizd ajoute meme que la source dont la diminution
avait provoque la dispersion des moines reprit bientot son debit ante-
rieur, et que Yohannan et Iso‘sawran moururent a Resa.
Qif ils aient plus tard bati un couvent en ce lieu, une onita attribute
a Iso£yaw bar Mqaddam l’affirme (2).
Ceci eclaire peut-etre un texte obscur: aux alentours de 630, le
futur patriarche Iso'yaw III etant alors eveque de Ninive, les moines de
Pun de ses couvents du Maqlub lui causerent bien de Panxiete en ac-
cueillant parmi eux «un de ces diables qui se sont revoltds dans la mon¬
tagne d’Alpap» (3). L’eveque ecrit done aux moines (4). Apres les avoir
incites a la discipline et a la fermete dans la foi, ce qui devra se traduire
par fexpulsion de l’intrus, le prelat, selon un de ses procedes habituels,
fait appel a leur sens de la tradition et a la fidelite a leurs ancetres.
Une petite phrase de cette lettre fait penser que le couvent des
(1) Comme le fait Hoffmann (sur Mar Abraham, p. 19) suivi par l’abbe Nau
{Hist, de Ahoudemmeh, p. 27, n. 5).
(2) ‘ Onita sur R. Hormizd, dans le War da de Karamlaiss. Le texte de ce pas¬
sage sera reproduit et analyst plus loin.
(3) La phrase se trouve dans une autre lettre du meme: n° XLVIII, trad.
R. Duval, p. 71.
(4) Id. Lettre n° XXVI, p. 39.
MONT DES MILLIERS
781
destinataires dtait de fondation recente. Iso‘yaw y dit: «Lisez dans le
livre de vos souvenirs: qui est-ce qui, le premier, a fait apparaitre un
couvent dans ce lieu qui n’en £tait pas? Vous trouverez, car le fait n’est
pas ancien et vous vous le rappelez bien, qu'il dtait de notre bergerie,
et qu’il est mort dans nos rangs; vous tous les connaissiez au temps de
sa mort.» En fait, on ne trouve pas sur le Maqlub de couvent de fonda¬
tion recente en dehors de celui de Yohannan et Iso‘sawran. On peut
done penser que c’est lui qui vacilla dans sa foi au ddbut du VIIe siecle.
II ne semble pas qudl soit passd au monophysisme car, lorsque Bar
Mqaddam, qui dtait nestorien, raconte sa fin, il en parle encore comme
de «notre couvent». On verra d’apres le texte que le couvent devait
encore avoir un rabban dont «notre ennemi» se fit le disciple avant
d’usurper son ‘ umra . Au XIIe siecle, les partisans de Saih ‘Adi, alors pas
encore yezidis mais soufis musulmans orthodoxes, s’en emparerent. et
le Saih y eut probablement une de ses takya.
Le batiment est aujourd'hui encore aux mains des Yezidis et se
trouve au-dessus du village de Muhammad Resan, sur la pente nord-
est du Maqlub.
Evidemment il a etd integre dans le cycle jacobite, ou on fa re¬
baptise couvent de Mar Zakai; on lui a donnd dgalement une origine
dans la ldgende de Mar Matta (1): apres avoir habitd la cellule qu’on
lui attribue, pres de Mar Matta, donnant sur la vallde du Naqut, Zakai
se serait bati «une chambre ou cellule sur la bordure du Mont Alpap,
en face de la fin de la vallee connue aujourd’hui sous le nom de Vallde
de Mar Ibrahim, du cot£ nord de cette montagne. Elle est encore debout,
mais a une date ignore elle est devenue possession des Ydzidis qui s’en
sont fait un mazdr. Nous concluons de la visite que nous lui avons faite,
dit Mgr Ignace Ya‘qub, qu’elle est de la meme date que la construction
de la chambre du martyrion au couvent de Mar Matta, c'est-a-dire que
(1) Dafaqat , p. 18-19. On remarquera que les Jacobites sont ainsi d’accord
(indirectement) avec les Nestoriens pour reconnaitre l’origine monastique du sanc-
tuaire y^zidi.
782
ASSYRIE CHRETIENNE
la date de son construction rcrnonte a la fin du IVe siecle (?). On a
bati a cote d'elle un village appcld Muhammad Resan» (1).
Remarquons en passant ce dernier nom. II ouvre des possibility
infinies a la speculation. A-t-il quelque chose a voir avec Resa? Ou
serait-ce une survivance de Resdna , le Superieur, ce Muhammad ayant
ete d’abord superieur du couvent? La tradition semble nous encourager
a penser ainsi, quand elle le fait opportunement partir en pelerinage a
Jerusalem. Nous aurions ici un cas semblable a celui de Westminster
Abbey, ou Ton voit la tombe de quelqu’un qui fut «le dernier Abbe et
le premier Doyen». Plus prosaiquement, peut-etre faut-il simplement
chercher une explication du nom par le kurde, a partir de res, qui veut
dire noir.
Si vous interrogez a son propos ceux des Yezidis qui connaissent
leur religion et leurs traditions, par exemple les Qawwal de Ba‘siqa qui
font fonction de visiteurs ecclesiastiques de ces villages du Maqlub, ils vous
diront que le nom reel du personnage serait Raswan, par rapport a la
tribu kurde bien connue qui habite encore les environs d’Erbil, de Koi
Sangaq et de Rawanduz. D’apres eux Muhammad Rasvvan etait un
soufi kurde qui vivait en 505 de PHegire ( = 1111). A Parrivee du Saih
‘Adi ibn Musafir, fomeyade syrien, a la montagne de Hakar, Muham¬
mad Raswan crut a sa predication. Pas tout de suite cependant, car a la
premiere annonce de la visite du Saih, il avait refuse de le recevoir, et
c’etait la mere de Muhammad qui etait venue pour faccueillir. D’ou le
nom de «la bonne mere» ( Dake Tsdk ) que lui donna le Saih. Le tom-
beau de cette femme, le mazdr qui nous interesse, porte encore ce nom.
(1) Je corrige ici le texte de Dafaqat qui (probablement par suite d’une faute
d’impression) porte «Rasad». Le nom de Rasan est attest^ par l’unanimite des sources
officielles locales, l'interpretation en Raswan est done ^galement purement arbitraire.
Les Yezidis a qui le village appartient l’appellent quelquefois Muhammad Bagas. Sa
population est musulmane (15 maisons) avec une seule maison y^zidie, celle de l’in-
tendant des proprietes. — Dans quelques notes sur les Yezidis contenues dans un vo¬
lume arabe de Jeremie Sammir, de Mossoul (dat^ de 1883, cod. 133 de Berlin, cat.
Saciiau, I, p. 436), on trouve (fob 39 a) le nom £crit Mam Rasan.
MONT DES MILLIERS
783
La tradition ydzidie, telle que la racontent nos pdriodeutes, fait de
Mar Ibrahim le supdrieur du couvent de Saih Mattan quand Saih ‘Adi
visita la contree. II dtait tres ami de Muhammad Raswan et de Saih 'Adi.
On voit a travers ces legendes une troisieme fa^on d’expliquer la
gdographie et l’histoire de la sainte montagne, scion foptique des nou-
veaux occupants, et encore, selon leur optique actuclle, car je doute de
la grande amitie du couvent et du Saih du vivant de ce dernier.
Notons qu’il y a pres du mazar de Dakd Tsak une source de faible
debit. II y aurait dgalement tout autour du mausolee des traces de bati-
ments disparus.
Les Jacobites attribuent le couvent a Zakai, dont ils font un disciple
de Mar Matta. Nous avons vu que le personnage historique de Zakai
a en fait existe, mais bien plus tard que le IVe siecle. On l’a rencontrd
a la tete des intrdpides propagandistes monophysites qui reussirent a
arracher aux Nestoriens tout ce morceau de leur pays, a la fin du YIe
siecle-debut du VIIe. A ma connaissance, sa vie n'a pas dtd dcrite (1),
bien qu elle le meriterait. De toutes fa^ons on ne dit nulle part qu’il ait
fondd un couvent, pas plus qu’un couvent de Zakai n’apparait dans fliis-
toire avant la confection des legendes «autorisdes». Au contraire, le cou¬
vent de Yohannan et Iso‘sawran resta nestorien jusqu'a la fin. Comme
pour celui de Mar Abraham, ce n’est qu’apres sa disparition, et sans que
les Jacobites y aient jamais habits, qu'il a etd incorpord dans le cycle de
Mar Matta, dans le guide complet, seule ddition oflicielle, revue, corrigee
et augmentde, a l’usage des pelerins du Mont des Milliers.
S’il fallait rdsumer l’histoire de la Montagne Bouleversde, telle que
je crois pouvoir la reconstituer, et la livrer a d’autres comme hypothese
de recherche, je dirais ceci:
(1) Un ms. de Mar Behnam contenait un chapitre au titre prometteur: Histoire
de Mar £akai', helas, ce n’est que la vie et surtout les miracles de S. Nicolas de Myre.
L'histoire du diable qui devint supdrieur de couvent peut etre un bon apologue a propos
de la crise messalienne, mais nous sommes loin de notre Zakai. Je signale la chose ici
pour eviter a d’autres la meme deception.
784
ASSYRIE CHRETIENNE
Quatre couvents: Mar Matta, R6sa, Barazi et Kuhta y sont fondes
au IVe siecle par des ascetes «grecs». Mar Matta et Kuhta refusent le
ncstorianisme, subissent la correction de Barsaume, mais sont dthiniti-
vement fixes dans «Forthodoxie» au milieu du VIe siecle. Ils se rallient
a Antioche monophysite en 629. Kuhta disparaitra au Xe-XIe siecle
(ruines dites de Tell ad Dair), Mar Matta existe encore.
Aux deux autres couvents, devenus nestoriens, s’ajoute au debut du
VIIe siecle un troisieme: celui de Yohannan et Iso‘sawran. Aucun des
trois ne subsiste: le couvent de Barazi disparait apres le VIIIe siecle;
celui de Resa, restaure par Mar Abraham a la fin du VI Ie siecle, est
mentionne pour la derniere fois au Xe. Quant a celui de Yohannan et
Iso£sawran, il est pris par Saih ‘Adi au XIIe siecle, et est encore actuel-
lement sanctuaire yezidi.
Dans la geographie jacobite recente, le nom des ruines de Mar
Abraham a the syrianise en Mor Abrohom, et le mazar yezidi baptise
couvent de Zakai. Abraham, moine nestorien du VIIe siecle, et Zakai,
moine jacobite du VIe-VIIe siecle, sont tous deux transform^s en com-
pagnon de Mar Matta.
Encore une fois, ceci est la reconstitution telle que je me la figure
aujourd’hui. Je suis pret a reviser mon opinion si des arguments sthieux
sont apportds dans un autre sens.
XXII
LE BET RUSTAQA
Le terme rustdqa est un nom commun, qui veut dire simplement
district. Aussi ne doit-on pas s’etonner de le trouver appliqud a plusieurs
regions. On a ddja rencontrd celle des environs cTUsnu, en Adherbaidjan,
dont £tait probablement originaire Denha d’Erbil (1) et ou il se rdfugia
pendant son exil. C’est ce dernier Rustaqa qui fut le siege d’un dvechd,
peut-etre cred par Denha pour honorer son lieu de naissance (2).
Quant au B. Rustaqa dont il est question ici, c’est la rdgion situde
a l’ouest de la plaine de Navkur, sur l’autre rive du Gomel. Son centre
est a peu pres la petite sous-prdfecture moderne de ‘Ain Sifni. Ses limites
sont: au nord et a Test, le Gomel; au sud, le Mont Maqliib. A l'ouest,
malgre quelques enclaves jacobites dans le Ba Busna, tout pres d’Alqos,
(1) ‘Amr, ar. p. 121. — Il ne semble pas qu’il faille retenir la suggestion de la
note de Chabot ( Eloge , cit. p. 125, n. 1) sur la question.
(2) Le ler titulaire connu, Gabriel, accompagna Yahwalaha III a Bagdad en
1283; cf. ‘Amr, ar., p. 124. On retrouve le titre, allid a celui de Sapat portd par le
metropolite du B. Samesdin du XVle au XXe s. Ce metropolite joint toujours
le nom de Hnanlso1 2 * 4 au sien propre. Au XVII Ie s. il sidge k Mar Iso‘, a Test de Siraro.
En 1599 et 1607, on trouve sous ses ordres un dveque de Rustaqa, appeld Yusif, et rdsi-
dant a Urmi. Depuis la guerre de 1915-18 le mdtropolite de Samesdin a quittd sa resi¬
dence, il habite maintenant a Harlr, au N.-O. d’Erbil, cf. Rituel, du Patr. Chald., cat.
Mgr Bidawid, n° 331, de 1599, et liste prdsentde a Paul V en 1607, in S. Giamil,
Gen Rel., p. 514-515, p. 520, et 65, n. 6; Missel pour les fundrailles des enfants, cod.
‘Aqra XL, de 1786, et cod. CLXVIII de N.-D. des Moissons, meme annde et mcme
copiste; Warda de 1744 et Evangeliaire de 1742 a Karamlaiss; Badger, JVestorians, II,
p. 399; etc.
Rech. 23 — 50
786
ASSYRIE CHRETIENNE
la frontiere entre le B. Rustaqa de Marga et le Ba Busna de Ma‘alta se
trouve entre Ba ‘Adre et Berestek.
C'est en effet l’expansion jacobite qui imposa ses limites a ce district
de B. Rustaqa, qu'il coupa de son centre, Ninive. En consequence, ce
noyau nestorien, qui se trouve geographiquement en Ba Nuhadra, sera
rattache a la province eccltsiastique de Marga. La jacobitisation s’ttait
effectuee au debut du VIIe siecle, et en partie deja au VIe, le remanie-
ment administratif ne sera officiellement sanctionne qu’a la fin du
VIIIe siecle.
On voit le transfert en train de s’effectuer au temps du patriarche
Timothee Ier (780-823). Dans une lettre deja citee, le patriarche ac¬
quiesce, bien qu’un peu a contre coeur car c’est pour lui un aveu de
defaite, au passage du village de Marzban de l’obedience du diocese de
Nuhadra a celle de Marga. Pour leur interet spirituel, en fait pour une
expedition plus rapide de leurs affaires par le rattachement a un eveche
devenu plus accessible, le prelat permet le transfert, non sans l’accom-
pagner de reflexions un peu melancoliques: «Bien sur, dit-il, les limites
ont ete institutes par les Peres. Gependant, de meme que nous pouvons
changer les frontieres generates, ainsi pouvons-nous le faire pour les
limites sptciales et particulieres. Et si cela peut se faire pour des raisons
politiques, combien plus pour des raisons morales, pour des causes justes
et pas a la ltgere.»
Deux exemples font saisir ce passage sur le vif. On a vu plus haut
que le couvent de Mar Abraham de Resa, sur le Mont Alpap, est situe
geographiquement en Ba Nuhadra, ou il est encore classe par Is5‘dnah,
dont les fiches sont un peu vieilles, alors que Thomas de Marga, sur place
et au courant des derniers remaniements administratifs, le situe en
Marga (1).
Iso‘dnah fournit un second exemple de son retard quand il place
(1) Ed. Budge, p. 67. Il est exact que, des la fin du VI Ie siecle, Rtsa est dtja
considtre comme ttant en Marga.
BET RUSTAQA
787
encore en Ba Nuhadra le couvent de R. Sllwa (1), qui pourtant etait
passd sous la juridiction de Marga avec tout le B. Rustaqa. Selon fau-
teur du Liber Castitatis il n’y a que trois couvents en Marga: Bar ‘Eta,
Mar Guorguls, et B. ‘Awd, alors qu’en fait la reorganisation de Timothee
y avait inclus plusieurs autres.
Pour les auteurs ultdrieurs, le B. Rustaqa sera done en Marga. Dans
les sources civiles, le district s’appelle d'abord le Hakkar puis, quand s’y
multiplierent les tombeaux vdnerds de Saihs Yezidis, on l’appela le
Saihan.
w
Certains modernes, qui avaient bien vu que les Ydzidis dtaient
appeles Dascni, ou Dasnayd, parce qu'ils etaient originaires du Dasen,
semblent poser l’dquivalence: Saihan = Dasen. En fait le pays de Da
sen (2) se trouve plus a Test et plus au nord que le Saihan (3). Le Dasen
comprenait toute la region a l’est/sud-est de ‘Amadla, et couvrirait assez
bien cette partie de la vallde du Grand Zab appelde aujourd’hui le
Zibar (4) et son prolongement plus au nord. Du point de vue chre-
tien, le diocese de Dasen, auquel on trouve quelquefois adjoint le nom
de B. Turd, e’est-a-dire «la rdgion des montagnes», ddpendait du mdtro-
polite d’Adiabene (5). On connait des dveques de ce diocese du debut
du Ve siecle au ddbut du XIVe.
(1) L.C., n° 102.
(2) Yaqut {Mu' gam IV, p. 26) en dit: «Nom d’une grande montagne au nord
de Mossoul, a Test du Tigre. Elle a une population nombreuse appartenant aux com-
munautes kurdes qu’on appelle Dasiniya. » — En arabc, le mot est quelquefois vocalise:
Dasan.
(3) Cf. par exemple l’article Beth Dasen , in DGHE, t. VIII, col. 1230, par M. le
Chan. Van Lantschoot, avec les r6f., et aussi ikid., t. XIV, col. 92, le doublet Dasana
du P. Janin.
(4) Certains textes chrdtiens du XVe siecle (publids par Nau, et traduits en
arabe par YA‘quB Sarkis, dans son article sur les Yezidis, Revue Logat al- Arab, VII/ 1929,
t. IV, p. 307 s. et Mabahit, 'Iraqlya, Bagdad 1948, t. I, p. 218) font venir les Ydzidis du
Zozan, qui est un district de Dasen.
(5) L' Histoire de Bar ‘ Eta (t. II, I, p. 242) ajoute, pour la fin du VIe s. d<§but du
VIIe, le nom de l’dv£que Mbarah a la liste du DHGE, mais e’est par erreur qu’elle
788
ASSYRIE CHRETIENNE
Quoi qu’il en soit, le fait que le Saihan soit bien en Marga, selon
la terminologie en vigueur depuis le VIIIe siecle, et non en Dasen, est
encore confirme par le nom jadis donne au Saih des Ydzidis, quand il
habitait a Esiyan pres de ‘Ain Sifni; on l’appelait «le vieillard de
Marga » (1).
1. — Les villages
Hinis
w
Le village de Hinis (le Hanusa des anciens Assyriens) sur la rive
ouest du G5mel, a dLx kilometres de ‘Ain Sifni, est resolument placd en
Marga par Thomas, qui mentionne son dcole parmi celles fondees par
Bawai (2). II est aussi signale dans fitineraire du metropolite Maran
‘Emmeh (3), qui de la remonte dans le district de Birta.
Le futur patriarche Georges II (828/30-831), ne Sarzad fils de Mih-
ro'i, serait originaire de ce village (4).
Pour l’archdologue et le voyageur modernes, Hinis est celebre par
les impressionnants bas-reliefs de Sennacherib, marquant fentree de son
magnifique canal de 48 kilometres allant vers Ninive (5). Les photos
de ces sculptures ont fait aussi connaitre au monde les trous beants qui
les defigurent, et qui sont souvent le seul contact des touristes avec les
anachoretes anciens, qu’ils mauclissent pour leur vandalisme.
II semble que nos moines pensaient differemment: ils ne voyaient
dans ces oeuvres d’art que ce que les Assyriens eux-memes y voyaient,
des idoles, et pour eux il fallait les detruire. Pour eux le site etait pollue,
fait de Yonadab, qui le designa, un metropolite de Marga. Marga n’a jamais eu de
metropolite, et Yonadab gouvernait l’Adiabene.
(1) Monte Sinjar , p. 34 et egalement, ibid., p. 58. Les Yezidis ayant quitte
Esiyan, le Baba-Saih reside maintenant a ‘Ain Sifni.
(2) Bk. II, p. 296-297.
(3) Bk. II, p. 323.
(4) Bk. II p. 232-235 et note 2 de Budge, p. 332.
(5) Notices sur le canal et l’aqueduc dans Researches , s.v. Garwan, p. 71 et
Hinis , p. 75 avec ref.
BET RUSTAQA
789
et il fallait le resacraliser. C’est done dans un geste d’expiation qu’ils
trouaient de leurs cellules les plus beaux panneaux assyriens, que ce soit
ici ou a Ma‘alta de Dehok.
Thomas de Marga, qui pourtant sait reconnaitre la beautd quand il la
rencontre dans un temple ou dans un manuscrit, nous fait connaitre un des
habitants de Hinis, sans daigner meme mentionner les sculptures qui lui
servaient de cadre. Il s’agit de fun des exiles du Pays des Grecs, au IVe
siecle, le Bx Hawlsa, dont le nom veut justement dire «le reclus» (1).
Ses os et ceux des saints hommes ses compagnons, furent retrouvds
au temps de Thomas (vers 840) qui y fit un pelerinage. «Ils sont, dit-il,
dans une grotte. Des croix taillees dans le roc vierge tdmoignent de leur
sainted. Les tablettes au-dessus de leurs cercueils sont sculptdes en creux,
et de petits trous ont dtd laissds pour la bonne odeur de leur poussiere.»
Faut-il voir dans la phrase «le roc qui n’avait pas connu le ciseau
auparavant» une allusion aux sculptures assyriennes? Dans ce cas,
Thomas aurait pris soin de distinguer la grotte fundraire des cellules
peredes au milieu des bas-reliefs. Le roc profane par le ciseau paien devait
etre purifid par une habitation drdmetique, mais il dtait indigne de rece-
voir des corps si saints. C’est de cette fagon-la seulement que l’auteur
pouvait regarder les chefs-d’oeuvre de Sennacherib.
L’emplacement du couvent du reclus et de ses compagnons, qui
servit probablement plus tard d’dglise au village, est encore appeld Dera
par les Kurdes qui maintenant habitent la localitd. Il est situd a la limite
des maisons, au sud, dominant la vallde du Gomel. La se trouve une
dtendue de ruines dans la partie sud desquelles on peut distinguer une
zone plus dlevde et orientde ouest-est, qui peut avoir dtd l’dglise. Dans
la portion est de cette zone, trois denivellations circulates se succedent
en direction nord-sud, qui semblent marquer les affaissements de trois
voutes, representant peut-etre le B. Slota, la cour de l’dglise devant se
(1) Bk. II, p. 575-576. Le style des fenetres a colonnes des deux grottes du
haut et de droite est bien syrien. Les grottes de Ma‘alta sont plus frustes.
790
ASSYRIE CHRETIENNE
trouver a Fouest de ces voutes. Des restes de canalisation en briques,
partant de la source du village, semblent prendre la direction du couvent.
Dezze
Dezze est un autre village sur la rive occidentale du Gomel, a en¬
viron dix-huit kilometres au nord-ouest de Hinis. Son eglise, dediee a
S. Ghristophe martyr, fut dotee, en 1720, d’un evangeliaire ecrit a Bibo
ze (1). En 1731, un office pour les laics defunts fut egalement execute a
Alqos pour cette dglise (2). La donatrice, probablement originaire du
village, s’appelle Helene, lille de Nlsan.
C’est un autre Nlsan, un pretre celui-ci, qui fait copier a Alqos en
1807 par le chammas Marqos, fils du pretre cAwdIso‘, neveu du pretre
Yalda fils du pretre Guorguls, un livre des Epitres, naguere a ‘Amadla.
En 1850, au temoignage de Badger, Dezze n’avait plus ni eglise (?)
ni pretre, et comptait vingt families nestoriennes (3).
Un dernier manuscrit de ‘Amadia avait ete ecrit a «Dezze et Bedwil
sur le Gomel» pour Feglise de ‘Essian, oil on Fa deja mentionne. Le
copiste £tait un pretre d’Alqos desservant probablement les deux villages.
Bedwil
A deux kilometres de Dezze, en suivant la rive du G6mel, se trouve
le petit village de Bedwil (carte anglaise: Baidul).
En 1850, Badger y recense vingt families avec une eglise, mais sans
pretre (4). L’annce suivante reside a Bedwil le pretre SinYun a qui Fon
doit un kaskul (5) destine a Feglise de Ste Smuni a Piyoz.
(1) Cod. XXIV de N.-D. des Moissons, cat. Voste, — Biboze est a 7 km de
l’autre cot6 du Gdmcl.
(2) Ibid., cod. CV.
(3) Badger, cit. II, p. 174.
(4) Ibid., p. 174.
(5) Cod. CXXIV de N.-D. des Moissons, cat. Voste.
BET RUSTAQA
791
‘AlN SlFNI
Le centre administratif actuel de ce qui dtait jadis le B. Rustaqa
est la petite ville de cAin Sifni (1). II y a la-bas aujourd’hui une cha-
pelle chaldeenne et 180 fideles (en 1961). J. B. Chabot (2) y reconnait
Feveche de ‘Ain Sappand, dont Fdveque Bar Sahdd est un des signataires
du synode de Mar Ezdchiel, en 576 (3). Cette identification n’est pas
impossible, mais il serait prdmaturd de se prononcer, dtant donnd le
defaut total d’informations complementaires. Une ldgende ydzidie (4),
interpretant le nom comme 6tant ‘Ain as saflna, y voit Fendroit oil Noe
commenga a construire Farche, deux ans avant le Ddluge.
Berestek
A cinq kilometres a Fouest de ‘Ain Sifni, en direction d’Alqos, se
trouve le petit village de Berestek. La parent^ du nom avec B. Rustaqa
est frappante, peut-etre le village fut-il pendant un temps le centre du
district. La aussi se trouvait une ecole de Bawai (5), que Thomas range
parmi les dcoles de Marga.
Bar ‘Eta et ses disciples, allant fonder leur couvent, vers 562, y pas-
serent en venant de Nisibe, apres avoir traverse le Tigre et tout le Ba
Nuhadra; en fait, ils suivaient la Route du Roi. A cette epoque il y avait
a B. Rustaqa une «grande dcole» (6).
Plus tard, probablement a la fin du VIe siecle, le moine Bar Sahde,
chasse par les monophysites de son monastere de Mar Adona, pres de
Bartelli, vint s’y refugier (7). On voit a cette occasion que le village
appartenait au canton d’Ardod, ce qui permet de le rapprocher d’un
autre village du meme district, Harbat Nespa d’Ardod, dans la region
(1) Al-Tazidiya, p. 168, n. 1. — Voir maintcnant Researches , p. 89-90.
(2) Syn. Or., table p. 665
(3) Ibid., p. 368, et DHGE, s.v. Bar Sahde, VI/ 1932, col. 944.
(4) Monte Sinjar, p. 20.
(5) Bk. II, p. 297.
(6) Hist. of... Bar Idta, II, I, p. 191. Egalement cite par Pognon, Inscr. Sem., p. 29.
(7) Bar Idta, p. 245; Bar ‘Eta guerit encore un enfant de ce village, p. 270.
792
ASSYRIE CHRETIENNE
du B. Rustaqa, dont les habitants «se laisserent tromper par l’erreur de
Zakai», c’est-a-dire devinrent jacobites pendant la vie de Bar ‘Eta, done
a la fin du VIe siecle. Bar ‘Eta essaya de les ramener a la foi orthodoxe,
c’est-a-dire au nestorianisme; devant leur refus «il attira sur leurs champs
le feu du ciel et la secheresse» (1).
Un peu plus tard, un eleve celebre de l’dcole de B. Rustaqa sera
R. Sargis (2) qui composera un ouvrage qu’il appellera le destructeur
des puissants. Thomas de Marga nous met l’eau a la bouche quand il
donne un rdsume du livre, qui decrivait les combats spirituels des laics
et des pretres de village au debut du VIIe siecle. Ge cote de fhagiogra-
phie a ete trop souvent neglige, et pas seulement en Orient; malheureu-
sement fouvrage a disparu. Son auteur lui-meme re^ut bientot comme
surnom le titre qual avait donne a son livre et fut appele «R. Sargis,
le destructeur des puissants».
Un des maitres de l’ecole en ce temps etait R. Qamls6‘ de Resa
au B. Garmai (3). II partit plus tard a Seleucie-Ctesiphon, oil il mourut.
On retrouve Ba Rustaq dans les sources arabes. Le Qalciid al Gawd-
hir (4), au VIe siecle de l’Hegire (XIIe s.) le cite comme «un grand
village habite par des musulmans, oil le Saih ‘Adi ibn Musafir (le fa-
meux soufi) avait une mosquee et une zawiya». On sait que son tombeau
se trouve un peu plus au nord, dans ce qui est maintenant le sanctuaire
national yezidi.
En 1744, Yasln al-‘OmarI, qui orthographie le nom Blrastek, ne le
mentionne plus que comme un « petit village a l’ouest de Mossoul».
Apres avoir ete de nouveau habite par des «Assyriens» il y a quel-
ques annees, le village est maintenant mi-kurde mi-yezidi.
( 1 ) Ibid., p. 282. On voit (p. 253) la premiere compagnie grecque qui traverse Marga
en 627 bivouaquer a Ardod, ce qui confirme que les troupes suivaient la Route du Roi.
(2) Bk. II, p. 109.
(3) Budge le distingue bien de QamIso‘, 4e superieur de B. ‘Awe, et cependant
(n. 5, p. 109) ses references renvoient a ce dernier.
(4) P. 87. Cite par M. Sa‘Id ad-D£wahgI, Muniat, cit., p. 134, n. 3.
BET RUSTAQA
793
2. — Les couvents
Dair Salib
Dans la liste des sites arch^ologiques de flraq (1) figure une «kahf
Dair Salib», la grotte du couvent de la Croix. Je n’avais jamais rencon¬
tre de mention d’un Couvent de la Croix dans le nord de flraq, aussi,
quand on me confirma qu’en effet il y avait bien des ruines de ce nom
pres de Berestek, je me demandais d’oii le nom pouvait venir; n’aurait-
on pas plutot affaire au couvent de R. Sliwa? Avant de me rendre au
lieu indique, je relus done les textes du Liber Castitatis concernant ce
fondateur (2).
On y voit que son couvent etait situ<5 dans la montagne de Ba
Nuhadra, au lieu appeld B. Asia. R. Sliwa «batit la-bas un monastere
superbe, et environ cinquante freres se rassemblerent autour de lui».
Plus tard, quand R. Sliwa, alors a g£ de 80 ans, sentit sa fin prochaine,
il designa pour lui succeder R. Quriaqos, qui devait devenir (vers 760)
eveque de Balad. Sous le nouveau superieur, le nombre des moines attei-
gnit cent trente, ce qui necessita probablement de nouvelles construc¬
tions. Le successeur de Quriaqos s'appelait Atqen.
En fait, le soi-disant Couvent de la Croix, s’il est situd a environ
1 km. 5 a fouest de Berestdk, se trouve a peu pres a la meme distance,
en continuant vers fouest, du village d’Esiyan, oil fon reconnait B. Asia
du texte. Le dair est un rectangle de ruines d environ quarante metres
sur trente, ce qui correspond au nombre de cinquante freres fourni par
IsoMnah. A quelques dizaines de metres plus au nord, vers fentrde d’une
petite vallee, il y a une seconde zone de ruines, constituant cette fois un
rectangle de quelque cent metres de cote. Dans ce dernier ensemble, la
portion nord-est semble avoir 6t 6 fdglise.
L’identification ne fait done plus de doute; on se trouve bien enface
du couvent de R. Sliwa, avec le petit monastere bati par le fondateur,
(1) Cit. n° 606, p. 5.
(2) N« 102 et 103.
794
ASSYRIE CHRETIENNE
et le plus grand par son successeur, Quriaqos, dont la ville dpiscopale,
Balad, n’est distante que de 53 kilometres a vol d’oiseau, vers le sud-
ouest.
Dans la petite vallee qui monte doucement se trouve la grotte enre-
gistree par les Antiquites. Elle comporte trois banquettes de pierre d’en-
viron deux metres de long chacune, constituant les trois cotes d’un carre,
dont le quatrieme est occupe par l’ouverture. Cette ouverture meme ne
descendant pas jusqu’au sol fait penser a une grotte de sepulture, plutot
qu’a une grotte d’habitation.
Un trou dans le sol au milieu de la grotte me sembla tout a fait
bizarre. Remarquant que le travail paraissait de fraiche date, je me tour-
nais resolument vers mon guide kurde et lui dis a brule-pourpoint:
«C’est toi qui as fait cela! — Oui, me repondit-il en baissant la tete. —
Je suis sur que tu pensais y trouver un tresor? — Oui.» — Mais le tresor
de R. Sliwa n’etait pas de ce genre.
Ajouterai-je que mes compagnons dans cette expedition n’etaient
pas satisfaits de mon identification. En effet, sur la paroi de la grotte
faisant face a l’entree, est sculptee une croix qui, disaient-ils, avait du
donner son nom au couvent. Un examen plus attentif de cette croix
prouva qu’elle avait ete entaillee tout recemment. «Y a-t-il eu des chre-
tiens dans les parages a une date recente?» demandai-je. «Oui, me dit¬
on, il y avait des Assyriens qui habitaient Berestek il y a quelques annees.»
La cause etait entendue, ces chretiens trouvant un Dair Salib sans croix
en avaient taille une (d’ailleurs tellement differente des croix anciennes)
comme les habitants de Mar Yaqo avaient taille une croix dans le rocher
de Kepa d’SlIwa, parce qu’ils ne savaient plus que ce n’etait pas la
«pierre de la Croix», mais la «pierre du signe de la Croix». Ici le nom
de Dair Salib est une deformation de Dair Rabban Sliwa.
• •
Un disciple celebre de ce monastere, au temps de Mar Quriaqos,
fut l’ecrivain Yusif Hazzaya, qui y «mena la vie ascetique et devint
excellent dans la lecture des psaumes et des Livres Saints» (1).
(1) L.C. , n° 126.
BET RUSTAQA
795
Est-ce de ce couvent que le patriarche Timothee, a la fin du VIIIe
siecle-debut du IXe, demande a R. Sargis de s’occuper? Le texte parle
de «SHwa et des autres hospices». L’edition Braun (1) restitue «le mo-
nastere de Sllwa», et traduit «monasterii Crucis».
Si c’est ce couvent que Yaqut mentionne sous le nom de Dair
Saluba, il etait deja en mines en 1225, puisque le Mu' gam (2) en parle
comme d'un village, disant simplement: «des villages de Mossoul, Dieu
en sait plus long.»
Quant a Yasln al ‘Omari, le laconisme de sa citation prouve qu’il
le trouve mentionne dans les auteurs plus anciens, et ddsire etre complet,
mais qu’il ne sait plus lui-meme oil il se trouve. II se contente de dire:
«Dair Saluba, ancien», ce qui veut dire: en mines (3).
Le monastery de Mar Atqen?
Iso'dnah dit (4) que le Bx Mar Atqen fonda un monastere dans
la montagne de Ba Nuhadra, qui est au voisinage du couvent d’Abba
Sllwa. Il y batit un temple superbe ou, a sa mort, il fut deposd.
L’abbd Nau (5) telescope peut-etre un peu les phrases du texte
quand il dit que Mar Atqen fonda un monastere «pres de celui d’Abba
Sllwa». En fait, on l’a remarque plusieurs fois, Iso‘dnah voit les choses
de loin, et sa geographic du nord de l’lraq n’est pas toujours tres precise.
Venant de parler du monastere de R. Sllwa, situd dans la montagne du
Ba Nuhadra, et trouvant maintenant un couvent de Mar Atqen dans la
meme montagne, il fait le rapprochement, moins nettement cependant
que ne le fait l’Abbd Nau.
En realitd, Mar Atqen fonda plutot son monastere dans les environs
du couvent d'Apnimaran de Za‘faran, oil il v£cut pendant un certain
(1) Lettres de Timothee , CSCO , cit., p. 80 et n. 1; id., Mgr Bidawid, p. 23.
(2) IV, p. 151 {6d. du Caire).
(3) Cit. p. 145.
(4) L.C. n° 120. L ’Abrege intervertit 119 et 120.
(5) In DHGE , V/1931, col. 132, s.v. Atqen.
796
ASSYRIE CHRETIENNE
temps, et qui est situe absolument a Pautre extrtuniffi de la montagne
du Ba Nuhadra, a pres de cent kilometres de R. Sllwa, a vol d’oiseau.
Le monastere de Mar Atqen est encore connu, nous en dirons un
mot parmi les couvents de P extreme nord.
3. — Le temple yezidi de Saih cAdi
On s’^tonnera peut-etre de trouver mention d’un sanctuaire yezidi
dans une etude sur PAssyrie chretienne. Si je le fais figurer ici c’est parce
que d’autres Font introduit su'brepticement dans le sujet et, malgre tous
nos efforts, il sera difficile de Fen eliminer definitivement (1). C’est qu’en
effet un nombre impressionnant d’auteurs (2) tant orientaux qu’orien-
talistes, considerent le temple comme un ancien couvent. Certains se con-
tentent de trouver une «ressemblance frappante» entre Faspect exterieur
du temple et celui d'une eglise; cFautres vont plus loin dans la meme
ligne et s’evertuent a faire coincider meme les details des deux plans;
d’autres encore s’appuient sur des textes, d’Iso‘yaw bar Mqaddam et de
RamIso‘, pour preciser les noms des pretendus fondateurs du couvent et
raconter a son propos une belle histoire d’intendant usurpateur et assassin.
Architecture
Examinons done ces arguments en detail, et d’abord les batiments
de ce temple qui est situe, on le sait, a 9 kilometres au nord-ouest de
cAin Sifni.
(1) Je refonds ici entierement mon article Jean de Dailam, in POC (Jeru¬
salem), 1960, p. 195-211.
(2) Par exemple W. Bachmann, Kirchen und Aloscheen in Armenien und Kurdistan,
Leipzig 1913, p. 8-15 et pi. 15, qui le fait entrer sans hesiter dans les Eglises Nestoriennes.
Certains essaient d’interpreter le nom de ‘Adi et d’y voir une deformation du nom de
Addai, apotre suppose des Chaldeens (v.g. Mgr S. Sayegh, in Machriq, 1933, p. 831)
ou de Thaddee PApotre (A Visit to the Tezidis in 1843 , traduit de Particle russe de
J. Berezin, Appendice A, p. 67-69, in The Anthropology of Iraq, part II, n° 1, par Henry
Field, Harvard 1951. — Parmi les plus recents defenseurs de la these, citons le R. P.
Bois, dans ses remarquables articles sur Les Tezidis ( Machriq , 1961, p. 109-242, et
n. 100) et La religion des Kurdes {POC, 1961, p. 5), et Researches, p. 88-89 et 95.
BET RUSTAQA
797
Son plan a etd vulgarise par plusieurs auteurs (1). Or, ni la medi¬
tation de ce plan, ni plusieurs visites attentives et detaillees au sanctuaire
lui-meme ne sont arrivees a me convaincre de la vdrit 6 de la tradition
«unanime» qui y voit une ancienne dglise, du moins du point de vue
architectural. Je n’osais pas trop exprimer mon opinion, considerde par
certains comme iconoclaste, jusqu’au jour oil je ddcouvrais que le point
de vue avait ddja etd avance, helas sans rdsultat, par le grand specialiste
des Nestoriens et de leurs rites, le Rev. G. P. Badger (2). Celui-ci dcri-
vait en 1852: «Rien dans l'ordonnance interieure du batiment n'est en
faveur de cette theorie» (qui y voit une dglise).
On a pu reprocher a Badger d'etre «a l’origine de maintes erreurs
sur le compte des Ydzidis», et meme de se tromper quand, dans la phrase
qui suit celle qui vient d’etre citee, il met la pretendue orientation est-
ouest du temple au compte d’une adoration du soleil; il n’en reste pas
moins que Badger s’y connait en dglises nestoriennes. Il en a vu, etudie,
et ddcrit assez pour savoir en reconnaitre une, meme si sa destination
a dte changee. S’il s’y refuse, son opinion a du poids.
Mais puisque des reactions rdcentes ont prouvd que la legende a la
vie dure, je suis force de reprendre cette question point par point.
Le batiment principal actuel du sanctuaire se prdsente comme une
grande salle rectangulaire de 30 metres sur 12, coupde dans le sens de
la longueur par une colonnade de 7 arcades. Les deux parties ainsi
formees sont a peu pres d’dgale largeur.
Helas, l’aspect exterieur d’un batiment est ce qui frappe d'abord
l’amateur. Cela produit sur lui une premiere impression dont il lui est
difficile de se degager. Or ici tous les visiteurs chretiens vous disent: cela
ressemble a une dglise (3). En fait je ne vois pas a quoi d’autre cela
(1) Badger, The Nestorians , I, p. 108, et R.H.W. Empson, The cult of the Peacock
Angel , Londres, Witherby, 1928, p. 124. — Le prolongcment est de la colonnade n’est
pas not£ par Empson.
(2) Git., t. II, p. 110.
(3) Ainsi V. Cuinet, La Turquie d'Asie , t. II, p. 828, qui declare: «Pres de la
798
ASSYRIE CHRETIENNE
pourrait ressembler, surtout pour ceux qui n’ont jamais vu l’interieur
dhine vaste mosquee, ni en montagne, ni ailleurs. Le bedouin qui
voyait sa premiere locomotive trouvait que cela ressemblait a un buffle
sans tete !
N’oublions pas, a la dec.harge de nos touristes, que les rnagons de
jadis, chretiens pour la plupart sinon exclusivement, n’avaient ni les
moyens ni le souci de varier leurs procedes de construction. On leur
clemandait de faire une grande salle rectangulaire pour des reunions de
culte, rien d’etonnant qu’elle dut ressembler a une autre salle rectan¬
gulaire destinee aux reunions d’un autre culte. Ce qui y fait voir speci-
fiquement «une eglise» est le prejuge general (et helas inderacinable) de
decider que toute mosquee ou tout lieu cle culte est une ancienne eglise.
Les arguments les plus peremptoires s’emousseront sur une opinion telle-
ment bien ancree qu’un certain auteur ira meme jusqu’a avoir des hal¬
lucinations descriptions chaldeennes stranguelies, evidemment dispa-
rues depuis!
La meme vallee de Saih ‘Adi offre un second exemple du meme
phenomene, cette fois enregistre par l’entremise du dossier 674/35 de la
Direction Generale des Antiquites cle Bagdad.
A gauche de la route conduisant de Lales au temple yezidi, un kilo¬
metre avant d’arriver a ce dernier, se trouve en effet une grande salle
divisee au milieu (comme le temple lui-meme) par une rangee de co-
lonnes, et flanquee au nord par une «nef» separee de la grande salle
par un mur perce d’une baie de communication. Ce batiment etant
oriente ouest-est, le dossier n’hesite pas a le classer officiellement comme
couvent. J’aurai beau repeter que c’est un khan, et rien d'autre, je suis
(‘Ain Sifni) s’eleve une colline sur laquelle est bati un ancien couvent dont les
constructions entourent trois grandes cours. Son nom actuel de Cheikh Adi lui a et6
donne en memoire d'un chef religieux des Y^zidis; mais par la structure de son eglise,
de ses cellules, et par sa position meme, il offre tous les caracteres d’un edifice chretien,
et tout prouve qu’il a autrefois appartenu a ce culte. »
BET RUSTAQA
799
sur qu’on lui trouvera un jour un nom chrdtien, et qu’un autre Ramls6‘
inventera un autre ‘Adi pour expliquer son histoire (1).
Revenons a la pretendue dglise de Saih ‘Adi. En fait son plan differe
dans tous les details de celui d’une veritable eglise.
«La cour avec son reservoir» est le premier point de soi-disant simi¬
litude avanc£ par les partisans de fidentification. En fait, ladite cour est
situee a l’ouest de feglise, ce qui nest jamais le cas dans une eglise syrienne
orientale, ou la cour est au nord ou au sud de feglise.
Quant a finterieur, fdgalitd des deux «nefs» serait deja un fait tres
rare (sinon inexistant) dans les plans d’eglises nestoriennes, mais la deni-
vellation de trois marches d une nef entiere par rapport a fautre ne se
trouve certainement nulle part ailleurs. Invoquer un bema pour ex¬
pliquer cette denivellation est egalement impensable; oil a-t-on vu un
bema qui couvrirait toute la longueur d’une nef?
Par ailleurs, la «nef» sud du temple est parcourue dans toute sa
longueur par un ruisseau. J'ai vu la meme chose dans fancienne syna¬
gogue juive de ‘Aqra, oil un ruisselet traversait une salle d’ablutions,
mais je n’ai jamais rien vu de tel dans une eglise nestorienne. Les grands
batisseurs qu'dtaient nos moines auraient eu vite fait de tracer une cana¬
lisation bien nette a f extdrieur du mur de fdglise, pour liberer le terrain
a batir de cette rigole intempestive.
Quant aux prdtendues «chapelles latdrales a gauche», elles se prd-
sentent de la meme fa^on que n'importe quel mausolee, musulman ou
autre, attach^ a une salle de priere ou de reunion. Le fait qu’on accede
au tombeau du Saih a travers une sorte d'antichambre latdrale constitue
encore une difference avec le martyrion nestorien, s’ouvrant directement
sur la nef.
Et si vraiment le magasin qui complete f enfilade de salles, apres
la chambre du tombeau en continuant toujours vers fouest, dtait un
(1) Dans sa notice de Researches sur Lal£s (p. 95), M.G. ‘Awwad ne retient
pas ce pseudo couvent.
800
ASSYRIE CHRETIENNE
«diaconicon avec sa reserve d’huile», comme on Fa affirmd, nous aurions
bien ici le seul exemple de diaconicon situe au coin sud-ouest d’une
eglise, a l’extremite opposee a celle ou devrait normalement se trouver
Pautel.
Je souligne enfin que la porte unique du temple est situee dans le
coin nord-ouest, ce qui n’a pas son equivalent en topographie nestorienne.
Toutes ces differences devraient suffire; cependant le point le plus
important a preciser est celui de Porientation du batiment. On pretend
qu’il est oriente vers Test, mais de quel droit? Prejuges a part, comment
determine-t-on Fomentation cFun batiment? Si Ton dit qu’une eglise est
orientee vers Test, c’est parce que les fideles se tournent vers l’autel, qui
est dans cette direction; une mosquee est orientee vers la Mecque parce
que les croyants se rangent pour prier face au mihrab qui leur donne la
qibla. Mais dans quelle direction est orientee une salle rectangulaire
quelconque, dont les murs font (a peu pres) face aux quatre points
cardinaux ?
Pour parler d’une orientation du temple de Saih ‘Adi, il faudrait
que Pon ait prouve qu’il s’y tient, soit habituellement soit seulement a
des occasions determinees, telles que les pelerinages, des reunions de
priere. S’il y en a, les fideles yezidis y observent-ils les memes rites que
pour la priere individuelle, se tournant vers Pest a l’aube et vers Pouest
au couchant? Ou, comme le faisaient jadis (1) les membres de la con-
frerie de Saih cAdi, se tournent-ils vers son tombeau pour faire leurs
prieres? Quant au sud, il correspond ici avec la qibla musulmane; les
Yezidis auraient-ils garde de leur origine soufie cette orientation de
priere? Faute de pouvoir repondre a ces questions, ce serait se laisser
impressionner par des idees precon^ues que de preferer un point cardinal
a un autre pour parler d’une orientation du temple.
Si tous les details du plan different, et que Porientation ne peut
(1) E.I., nouvelle ed. frangaise, t. 1/1955, p. 201, article de A.S. Tritton sur
‘Adi b. Aiusafir.
BET RUSTAQA
801
etre determinee, que reste-t-il pour dire que le temple de Saih ‘Adi a
«tout a fait l’aspect d’une dglise chretienne»?
U hymne attribute a Isoyaw bar Mqaddam
La question aurait pu etre close et la thdorie abandonnde si, en
1885, Nicolas Siouffi n’avait fait paraitre au Journal Asiatique une «Notice
sur le Cheikh Adi et la secte des Ydzidis» (1), dans laquelle il citait
quelques lignes d’une hymne attribute a Iso‘yaw bar Mqaddam, md-
tropolite d’Erbil au XVe siecle, hymne qu’il avait ddcouverte dans un
Warda de Karamlaiss.
Grace au competent cliammas Matti Anlsa, j’ai pu consulter ce
manuscrit et meme faire photographier le poeme oil se trouve le passage
intdressant.
Le volume est date de 1744. Son colophon est incomplet, mais suf-
fisant pour qu’on sache qu’il a etd ecrit dans le district de Rustaqa et
Sapat, dont le mdtropolite, appeld traditionnellement Hnanls6‘, residait
alors a Mar Is6‘, a Test de Siraro. Le document dvoque done le groupe
de poetes-calligraphes du B. Samesdin au milieu du XYllIe siecle, a
qui appartient le pretre VVarda fils de Lazare (2), le pretre Safar fils
d’Iso1 2 3 4 5 (3), lui-meme copiste, en 1742, d’un autre manuscrit de Karam¬
laiss (4), et le pretre Tsalabi fils de Hoso (5).
(1) Vllle sdrie, V/1885, p. 82.
(2) Du village de Darbend, au pays de Targavvar, compose en 1754 un office
(paraliturgique) de la commdmoraison de Simon bar Sabba‘d, et meurt en 1757,
frappd par le cholera (N.-D. des Moissons, cod. A.S. 66, Voste 168). — Un psautier
de 1732 (cod. Aqra XLII) vient du mOme village.
(3) Auteur de l’oraison funebre du prdeddent (meme ms.).
(4) Un evangdliaire, copid au village de B. Daiwd en Rustaqa et Sapat.
(5) Gopiste en 1786 de l’office de Simon et de foraison funebre faite par Safar
(auquel il ajoute une poesie de son cru sur la peste de 1759) et, la meme annde, du
cod. Herpa (‘Aqra) XL. — Le ms. de N.-D. des Moissons est arrivd en ce lieu par
l’intermediaire du pr. Hanna de Gazarta, qui le donna au P. Samuel Giamil. Peut-etre
les deux manuscrits de Karamlaiss ont-ils la meme origine?
Rech. 23 — 57
802
ASSYRIE CHRETIENNE
Dans le manuscrit de Karamlaiss, parmi d’autres hymnes, figurent
deux poemes attribues a Is6‘yaw bar Mqaddam, l’un sur Mar Guor-
guls (1) et l’autre, qui nous interesse ici, sur R. Hormizd (2).
II semble que cet exemplaire de rhymne soit presque unique. Tout
au plus en signale-t-on une autre copie a Berlin, encore cette derniere
est-elle beaucoup plus recente (3). Mgr S. Sayegh le citait egalement
quelquefois. D’apres deux lignes qu’il en reproduit a propos de Tell
Kaif (4) on peut s’assurer que c’est bien le meme. Cependant il disait
1’ avoir trouve dans un volume de N.-D. des Moissons, un recueil de
Harms. Or, d’apres le catalogue du P. Voste, le seul volume de cette
bibliotheque contenant a la fois Harms et Bar Mqaddam est le codex
146 (5). Je n’ai trouve dans ce manuscrit qu’une seule hymne de ce
dernier auteur, celle sur Mar Guorguls. Le manuscrit utilise par Mgr
Sayegh a done disparu de la bibliotheque avant la date du catalogue.
On pourrait deja contester l’attribution de rhymne a Bar Mqad¬
dam, et done sa datation du XVe siecle. En effet les attributions du recueil
semblent quelquefois discutables. Par exemple rhymne anonyme sur le
chammas d’Erbil qui se fit musulman y est attribute a Warda, alors
qu’elle ne figure pas dans les Warda «complets», tels que celui de N.-D.
des Moissons. Ici, on pourrait remarquer le ton trop personnel de hau¬
teur («notre» oppresseur, «notre» richesse, «notre» tourmentateur,
«notre» ‘umra, etc.) qui convient mal a un eveque de la lointaine Erbil,
et aussi la date «au jour qui est aujourd'hui» que l’on voit difficilement
dans la bouche d’un auteur du XVe siecle, parlant d’un evdnement du
XIIe. Ii faudrait etudier la piece du point de vue poetique, la comparer
aux autres productions sures de l’eveque; je ne serais pas etonne qu’il
(1) Au 16e cahier.
(2) De la fin du Xe cahier au milieu du XIe, en tout 14 pages de 2 colonnes
chacune, a raison de 30 lignes a la page.
(3) Baumstark, Syr. Lit., p. 330, n. 2.
(4) An-JVagm, IX/1937, p. 276. — Le catalogue Voste est de 1928.
(5) N° 2, cat. Voste, p. 54, A.S. 74.
BET RUSTAQA
803
faille attribuer le morceau a un moine de R. Hormizd et le reporter a
une periode anterieure au XVe, peut-etre meme au XIIe-XIIIe siecle.
Ceci n’en donnerait que plus de valeur a l’hymne, du moins en ce qui
nous concerne ici. Provisoirement je continuerai cependant a considerer
Bar Mqaddam comme son auteur.
Supprimant de rhymne les devcloppemcnts pieux ou purement
litteraires voyons le passage qui nous interesse. L’hymne toute entiere
est divisee, selon les sujets, en strophes indgalcs. Habituellement, le chan-
gement de strophe commande un changement de rime. Ici les compa-
gnons de R. Hormizd, Iso‘sawran et Yohannan fournissent le rime «an»
qui se continue pendant 34 vers heptametres. Yoici une traduction de
ce passage (1) :
1 Et Iso‘sawran et Yohannan
2 sont restes a leur place par ordre du Seigneur.
• • •
7 Us ont bati un ‘ umra , de construction splendide,
8 plein de merveilles et de choses admirables,
• • •
14 comme racontent les histoires.
15 Jusqu’au jour qui est aujourd’hui,
16 oil l’ennemi, notre oppresseur est venu,
17 de la race d’Hagar, la servante de notre mere,
18 celui-la qui nous a rendu les jours penibles.
19 II avait £t£ disciple de Rabban,
20 son nom dtait ‘Adi, un mahomdtan.
21 II a crdd des occasions, avec mdchancetd,
22 et il a pilld nos richesses, et il est devenu notre tourmentateur,
(1) M. l’abb^ Albert Abouna, professeur de syriaque au Sdminaire Syro-
Chald^en, a bien voulu me fournir cette traduction et verifier la lecture du microfilm,
effectuee par plusieurs de nos plus brillants Aleves chaldeens de th<^ologie. Je suis 6ga-
lement redevable a l’abb^ Abouna de multiples verifications.
804
ASSYRIE CHRETIENNE
23 et il a pris notre ‘ umra ,
24 il en a fait le contraire.
25 Et des Ismaelites sans nombre
26 ont et e pour lui obeissants en tous devoirs.
27 Son nom est reste en tout lieu et ville,
28 Saih ‘Adi, jusqu’a notre jour.
Que dit le texte? Les vers 1 a 14 pretendent ne rien apprendre de
nouveau, l’auteur s’en tient a ce que «racontent les histoires» (vers 14).
Le vers 2 est tout a fait explicite, et d’ailleurs en parfait accord avec
tout le reste de la tradition: les deux moines sont restes sur place «par
ordre du Seigneur». Cfest la, sur place, que (vers 7 et 8) ils fondent
un monastere.
Or, oil dtaient-ils? Ils etaient, avec R. Hormizd et leurs autres com-
pagnons, sur la montagne des Milliers. Quand la diminution de la source
causa la dispersion des moines, seuls les deux amis resterent. Plus tard
(toujours selon les histoires) la source reprit un debit meilleur, et les
deux moines purent batir un monastere. On ne dit pas qu’ils aient en-
freint «l’ordre du Seigneur » et quitte leur place pour batir ce monastere;
celui-ci est done situe dans la montagne des Milliers.
Les vers 15 a 24 expliquent l’annexion de ce monastere. «L’oppres-
seur» est ici un nomme ‘Adi, mahometan. Cette derniere qualite Con¬
corde avec ce qu'on sait par ailleurs de celui que les Yezidis revendiquent
comme le fondateur de leur secte; e’etait un saih soufi orthodoxe du
XI Ie siecle. L’hymne ajoute que, bien que ‘Adi ait ete, a un titre ou a
un autre, «disciple de Rabban» (vers 19) e’est-a-dire qu’il ait probable-
ment discute parfois philosophic avec le superieur du couvent (1), il fit
subir aux moines toutes sortes de vexations et Unit par s’emparer du
couvent.
(1) Sur cet emploi du mot Rabban, tout scul, cp. Bk. TI, p. 55.
BET RUSTAQA
805
Qu’en fit-il? «Le contraire» de ce qu’on fait habituellemcnt dans
un monastere. On peut supposer que le Saih y mit une dc ses takya ,
car on sait que les saihs soufis en avaient souvent plusieurs, et ‘Adi
lui-meme en avait ddja une a Berestek. L’enseignement, blasphdmatoire
du point de vue des moines, que cela comportait, ainsi que l1 abomination
que reprdsentait fintroduction de femmes dans l’enceinte du couvent,
est resume d'une fa^on saisissante dans V expression : «il en fit le contraire.»
Les quatre derniers vers citds (de 25 a 28) disent comment ce per-
sonnage de ‘Adi (c’est-a-dire fhomme, car il n'est pas question du temple)
eut bientot des partisans innombrables, et comment ce spoliateur devint
tristement celebre.
En resume, ce que le Saih ‘Adi a pris, c’est le couvent de Yohannan
et Iso‘sawran au Mont des Milliers; le texte de rhymne ne peut rien
signifier d’autre. Lui faire dire que c’est le sanctuaire actuellement connu
sous le nom de Saih ‘Adi qui represente fancien couvent dont il est
question ici, est ignorer la position du couvent du Mont des Milliers.
En fait on a vu que c'est le mazar ydzidi de Diikd Tsak qui a pris la place
du couvent de Mar Ydhannan et que ce mazcir se trouve sur le Maqlub.
Quand ils devinrent propridtaires chrdtiens exclusifs du Mont et rdorga-
serent leurs ldgendes en consdquence, vers le XIIe-XIIIe siecle, les Jaco¬
bites reconnurent son origine monastique et se contentcrent de l'intdgrer
au cycle de Mar Matta en l’attribuant a «son disciple» Zakai.
Contre l’assertion de Bar Mqaddam que Saih ‘Adi s’empara du
couvent de Mar Yohannan et Iso‘sawran, peut-on faire dtat du silence de
Bar Hebraeus? Celui-ci(l) parle, en 1296, soit deux ans apres la mort
du Han Ahmad, des mdsaventures des «fils» du Saih ‘Adi. Il mentionne
leur arriere grand oncle comme quelqu'un «que les Kurdes considerent
comme un prophete», mais ne dit rien de ses exploits supposds.
Ce mutisme peut s’cxpliquer sufiisamment par la prudence, les par¬
tisans du Saih ‘Adi ne sont-ils pas dangercusement proches de Mar
(1) Chronography , t. I, p. 453, 456, 464.
806
ASSYRIE CHRETIENNE
Matta, demeure du maphrien, et de ses villages? Et d’ailleurs, le couvent
spolie etait nestorien, et Pecrivain jacobite; si ami qu’il soit de Denha
d’Erbil, il ne peut s’empecher, au fond de son coeur, d’etre satisfait d’etre
ddbarrasse de voisins indesirables. Tant la prudence que le fait que cela
ne le regardait pas, concouraient a faire taire Bar Hebraeus.
Jusqu’ici, avec Bar Mqaddam, disons au XVe siecle, nous sommes
encore dans les documents historiques, assez proches des evenements
(vers 15) pour offrir des garanties suflisantes d’authenticite. Avec le
texte suivant on entre dans la legende, et meme dans le royaume des
faussaires.
Un maitre brodeur : le pseudo Ramiso‘
L’abb£ Nau a fait connaitre, en 1918, un second texte, dont la for¬
tune est encore tres grande, meme chez les Yezidis modernes, qui en ont
cru les chretiens sur parole, et ne sont nullement genes que leur fondateur
ait pris un couvent (1). Selon ce texte c’est bel et bien le temple de
Saih ‘Adi lui-meme qui est l’ancien couvent de Yohannan, et on ajoute
des details sur l’usurpateur, un intendant, un kurde chef de bergers, qui
est identifie a ‘Adi.
II n’y a pas lieu de s’attarder a l’identification de Nau (2), qui
veut voir en nos deux moines Jean de Dailam et son compagnon, la paire
bien connue, et fait meme du second le disciple du premier. On sait en
effet qu’il y a bien peu de chances pour que Jean de Dailam et son ami
soient revenus dans les parages, leur captivity puis leur activite aposto-
lique se plagant assez loin de la, au sud de la Caspienne puis dans les
alentours du Golfe Persique. S’il y avait un couvent a Saih ‘Adi, les
titulaires seraient Iso‘sawran et Yohannan de Resa, compagnons de
R. Hormizd. Mais y a-t-il jamais eu un couvent?
(1) Recueil de Textes sur les Yezidis, ROC, XX/ 19 18.
(2) Git. p. 57, n. 3 — L'identification est adoptee par Y. Sarkis, Mabahit,
t. I, p. 221. — Voir aussi, abfc>6 J. Leroy, Moines et monasteres du Proche Orient , Paris
1958, p. 253-269, reproduit dans Ecclesia ( Fayard ), n° 153, dec. 1961, p. 112-123.
BET RUSTAQA
807
Avant de discuter le texte, il faut le presenter et en donner un resu¬
me. Cette histoire de Saih ‘Adi se dit dater de 1451. Elle se donne pour
auteur un certain Ramis6‘, moine de B. ‘Awd, et aurait etd dcrite a la
demande de R. Yusif, moine du couvent de Mar Miha’il de Tar‘il.
Voici, en substance, ce qu'aflirme RamlsoL
En 1138, le couvent de Yohannan et Iso‘sawran dtait plein de moi-
nes et possedait de nombreux troupeaux. Le chef des bergers, un kurde
nommd Musafir fils d’ Ahmad, avait un fils, ‘Adi, qui fut 6\cv6 et instruit
au couvent, dont il devint intendant. Ses fils epouserent des femmes
mongoles et se rendirent insupportables aux moines, qui leur retirerent
la garde des troupeaux. ‘Adi rdsolut de se venger et, en 1219, quand le
superieur, nommd Mari, etait parti pour son pelerinage annuel a Jeru¬
salem, au debut du Careme, le berger profita de son absence pour mas-
sacrer tous les moines, sauf un malade nomine Mathias, et s'emparer
du couvent. Mari alia demander justice au Han mongol Batu, qui fit
mettre ‘Adi a mort aux environs de 1223. Apres ‘Adi, son fils Saraf ad
Din fut egalement tu 6. Son autre fils, Sams ad Din, s’enfuit en Syrie et
y pdrit. Yingt ans plus tard, sous le regne cf Ahmad Han (1282-1284),
les petits-fils de ‘Adi se firent donner ofliciellement le couvent. »
Intendant assassin et pelerinage a Jerusalem dveillent ddja un peu
notre mefiance, mais les dates et les noms propres font plus sth'ieux. Que
vaut cette piece, et d’abord quelles sont ses lettres de cr^ance?
Le texte se presente comme ayant composd en 1451. Une «copie»
en aurait dte faite en 1588 par le chammas ‘Osana, fils de Thomas, du
village d’Arena au Zibar, alors qu’il habitait au village de Ba Seprd en
Mazuri. Line seconde copie en fut faite a Alqos en 1880, par Staipho
Reis; elle se trouve actuellemcnt a Alqos cliez Mattika Hagi, de la
famille Haddad. C’est sur ce dernier excmplaire que de nombreuses
copies furent faites, notamment celle utilisde par Nau (1).
Le recit qui nous interesse fait partied’un ensemble tres bien analyse
(1) Et celle du moine Ablahad Tomas, de Mallabarwan, que je remercie ici.
808
ASSYRIE CHRETIENNE
par le R.P. Bois (1), que jc ne puis mieux faire que de citer: «Le texte
publie par Nau comporte plusieurs parties:
1° le recit de roccupation du couvent nestorien de Mar Yohanna
et Icho Sabran (p. 56-64) ;
2° une histoire de Yezid, de qui descendent les Yezidis (p. 63-67);
3° les croyances des Yezidis (p. 70-73); leur nombre (p. 73). »
«De tout cela, dit encore le R.P. Bois, seule la premiere partie est
authentique, car seule elle est annoncee dans le titre de la lettre (p. 64)...
Les parties 2 et 3 sont peut-etre du copiste Stdphane lui-meme.»
Cette derniere phrase met en cause la probite du chammas alqo-
chien. En fait, en dehors de ses travaux de calligraphic (six autres ma-
nuscrits echelonnes de 1883 a 1902, a la bibliotheque de N.-D. des Mois-
sons) (2) on ne lui connait pas de compositions historiques. Seul un
poeme soureth sur Joseph, fils de Jacob, lui est attribue (3).
A part cela, je partage entierement 1'avis du R.P. Bois sur le manque
total de valeur des parties 2 et 3, quel que soit leur auteur; d’ailleurs,
elles ne nous interessent pas ici. Mais faut-il etre plus tendre pour la
premiere partie? Que celle-ci soit «annonc£e dans le titre» n’ajoute
guere a son authenticity, car un titre peut etre ajoute ou change. Rien
que dans notre domaine, les titres donnes aux lettres d’lsd^aw III ou
de Timothee devraient au contraire nous mettre en garde contre un
procede employe par les faussaires de tous les siecles et de toutes les
latitudes.
C’est done le contenu du texte lui-meme qu’il faut examiner. Pour
commencer, le R.P. Bois prend le soi-disant Ramicho en flagrant delit
de mensonges: «Une note (p. 64) indique que ce rdcit a dte composy
d’apres les Histoires Ecclesiastiques qui sont a Maragha dans la Cellule du
(1) Dans Les Yezidis , Machriq , 1961, cit.
(2) Cat. Voste, cod. 204, 38, 20, 316, 235, et 69. Le nom est bien 6tabli, bien
que A. Scher, meme catalogue cod. 160, mette Etienne Raid; cod. 36, ‘Isa, diacre;
et rien pour 114. II ne signale pas les trois autres mss.
(3) Cat. Voste, cod. 130.
BET RUSTAQA
809
patriarche. Mais a 1'cpoque ou ecrivait Ramicho, il y avait bien long-
temps que le patriarche nestorien avait quitte Maragha.»
Au cours du texte lui-meme «l’auteur s’embrouille dans les dates».
Confusions et anachronismes ont etd ddja relevds par Nau; Y. Sarkis (1)
en a fait une liste impressionnante. Comme le dit encore excellemment
le R.P. Bois: «En tous cas, ce rdcit n'est lui-meme qu’une broderie des
textes d’Ibn al-Athir (m. en 1223) sur les paiens Tirahi et de Bar He-
braeus (m. en 1286) sur les fils de Chcikh ‘Adi...»
II faut en effet ddployer des prodiges dhngdniositd pour essayer d’ex-
traire quelque chose d’historique de ce fatras. Ya'qub Sarkis essaie de
s’en tirer en vengeant la memoire de 'Adi ibn Musafir m. 1162), saih
souh orthodoxe et respectable, ni kurde ni chef de bergers de couvent,
et en rejetant la culpability de la spoliation du couvent en 1219 sur un
autre ‘Adi, celui que le R.P. Bois appelle ‘Adi II.
Cette opinion se heurte au texte de l’ouvrage contemporain de ‘Adi I,
le Qalaid al-Gawahir (2) qui fait deja habiter le Saih a Lfilds et fen-
terre dans sa zawiya. Pour pouvoir insdrer le soi-disant tdmoignage de
Ramicho, Y. Sarkis se verra obligd (3) de supposer une premiere occu¬
pation du «couvent» par ‘Adi I, une restitution postdrieure, et une
reprise au temps de ‘Adi II.
Detail par ddtail, on en vient done a abandonner tous les points de
Phistoire. Le titre meme de la lettre est invdrifiable, car, si on le sait
pour B. ‘Awe, on n’a pas de preuves que le couvent de Tar‘11 ait existd
jusqu'en 1451. J'incline de plus en plus a attribuer tout Tcnsemble, pre¬
miere partie aussi bien que le reste, au chammas ‘Osana, a la fin du
XVIe siecle. C'est lui le faussaire qui n'hesite pas a mettre son oeuvre
sous un nom d’emprunt pour lui donner plus de poids. De telles falsifi¬
cations sont monnaie courante en histoire.
(1) Cit. p. 222, 225 et n. 15, 226, etc.
(2) P. 90, citd par Y. SarkIs, p. 223.
(3) Cit. p. 228.
810
ASSYRIE CIIRETIENNE
«On pcut croire, clit encore le R.P. Bois, et e’est tout ce qu’il faut
retenir de la lettre de Rabban Ramicho, que le couvent de Mar Yohan-
nan et Icho Sabran est bien devenu en effet le sanctuaire yezidi de
Cheikh Adi; mais ce dernier (ou Tun de ses successeurs) pour s’y installer
n’a pas du necessairement faire usage de la violence. II a pu trouver le
monastere plus ou moins mine et abandonne.»
Mais justement pourquoi Fid entity du couvent avec le sanctuaire
yezidi serait-elle «tout ce qu'il faut retenir» du factum? Pourquoi isoler
ce point et lui accorder notre creance, alors que nous sommes prets a
sacrifier tous les autres? Or en fait, e’est ici surtout que ‘Osana a deforme
la verite historique. II a franchi le pas qui restait: entendant parler par
un texte perdu qui lui fournit la date de 1138, du couvent de Yoliannan
et Iso‘sawran (de Resa) qui avait ete pris par Saih ‘Adi (‘Adi I) et ne
sachant plus oil etait ce couvent, il identifie le batiment spolie avec le
temple meme du Saih, et il le localise avec une impudeur desarmante,
et convainquante pour beaucoup, «pres de ‘Ain Sifni dans la montagne;
a Test du couvent se trouve le Gomel, pres du village de Hinis, qui est
a trois heures de marche du couvent».
Desormais le mal est fait, une legende est nee (1) et Ton sait com-
bien les legendes ont la vie dure; cette legende est P oeuvre d’un faussaire
malhabile qui n'a fait qu’accumuler les contresens historiques.
Avant de Fabandonner, esperant sans trop d'illusions qu'il retour-
nera a Foubli qu'il merite, pouvons-nous essayer de dater precisement
ce factum? Le seul indice qu'il fournisse est, je crois, Femploi du mot
«emir» pour designer le chef cles Yezidis. Au lieu de faire des tours de
force pour essayer de l'expliquer (2) on pourrait peut-etre rechercher
a partir de quelle date le terme fut employe dans cette acception, cela
fournirait un terminus a quo pour la date extreme de la legende, et nous
rapprocherait probablement plus de 1588, date de la premiere «copie»
connue, que de 1451.
(1) Le Dr Tritton ( E.I . cit) l'appelle deja une legende.
(2) Cf. Y. SarkIs, cit. p. 224, n° 2.
BET RUSTAQA
811
Dans la premiere partie, inddite, des notes du pretre Ishaq de Ba‘slqa
sur les Yezidis, figure une version du milieu du XIXe siecle de la lcgende
du couvent (1). Saih ‘Adi, annoncd par un aveugle «du pays de Marga»
et un petit berger de Bhandawai attache a ses pas, «arrive au couvent»,
qui ici n’est pas nommd. Le supdrieur, qui s’appelle Yohannan, lui fait
bon accueil et lui dit que la place lui etait rdservee depuis toujours. La
dessus il lui laisse le couvent, et s’en va a Jerusalem, ou il reste jusqu a
sa mort.
Le brave pretre Ishaq ne dit pas qu’il ait recueilli ce recit des Ye¬
zidis eux-memes, il a du moins la pudeur de cloturer sa section par une
phrase ou il ddgage sa responsabilite quant a la crddibilite des billevesdes
qu’il rapporte au sujet de son hdros, qu’il appellera familierement plus
loin ‘Adlko.
Faut-il condamner le chammas ‘Osana sans autre forme de proces?
Au fond, sa reaction n’est que le produit d’une Equivoque, basde sur un
prejuge. Lisant dans Bar Mqaddam ou ailleurs que ‘Adi avait pris un
couvent, il ne soup^onne pas une minute que ce couvent puisse etre en
un autre lieu que le sanctuaire actuel de la secte du Saih ‘Adi; a fin-
verse du dicton «il prend le Piree pour un homme», il voit tout de suite
en Saih ‘Adi un temple, alors que l’hymne ne parle que d’un homme.
Cette Equivoque range ‘Osana parmi les innombrables victimes du pre-
jugd toujours si vivace, que les historiens auront a combattre jusqu’au
jugement dernier, de voir en tout lieu de culte un ancien couvent.
Combien d’orientalistes modernes, par ailleurs fort distingues, n’ont-
ils pas succombe a ce raisonnemcnt. Combien n’ont-ils pas dcrit des
phrases comme celle-ci, par exemple: «Au Sindjar, plusieurs de ces an-
ciens couvents servent de sanctuaires aux Ydzidis.» Or, j’ai fait deux
sejours au Singar, a la recherche justement des anciens couvents; ce que
j’ai pu constater, tout au plus, c’est que les mines de certains anciens
monasteres etaient hantees par quelques miserables Ydzidis Tchdlka,
(1) Ms. Mattika Haddad, fol. 39 r.
812
ASSYRIE CHRETIENNE
emigres de Turquie. Ce qui prouve que les «traditions locales chretiennes
unanimes» peuvent aussi etre fausses, memc si elles ont dte naguere ap-
puydes par quelques «dignitaires c,haldeens», heureusement de plus en
plus rares a partager des opinions peu critiques.
Un convent dans la vallee de Lades?
Fonde par Yohannan ou un autre, pris par Saih ‘Adi ou non,
a-t-on des preuves quhl y ait eu un couvent quelconque dans la vallee
de Lales, avant le temps de Saih ‘Adi? Les tenants de Fopinion tradi-
tionnelle recourent a un raisonnement simpliste qui peut se reduire au
syllogisme suivant: toutes les takya situees dans des vallees sont d’anciens
couvents, or la takya du Saih ‘Adi est situee dans une vallee, done la
takya de Saih ‘Adi est un ancien couvent.
Je ne prdtends pas connaitre toutes les vallees du nord de Flraq et
toutes les takya qui peuvent s’y trouver, mais la majeure [salva reverentia )
du syllogisme me semble un peu rapide. II est exact que, la plupart du
temps et dans tous les pays, les religions se sont succedees dans Foccu-
pation des memes sites, par esprit de re-secration, ou simplement parce
que les meilleurs emplacements etaient deja pris. Gependant il n’est pas
exclus que des sanctuaires recents soient venus s’installer dans des lieux
qui n’avaient connu aucune occupation religieuse anterieure: le cas du
sanctuaire du Saih ‘Abd ul ‘Aziz al Gailani, pres de ‘Aqra, en est un
exemple.
Et de plus, meme si Fon pouvait prouver Fexistence dans notre
vallee d’un groupement monastique plus ou moins nombreux, cela
voudrait-il dire forcement quhl y avait aussi un couvent et une eglise?
Les exemples des moines de Bar Qaiti, au Singar (1), et des ascetes du
Mont Zlnai, rencontres precedemment, semblent prouver le contraire,
et le synode de Gregoire I, en 605, mentionne expressement, en plus des
couvents, les «congregations» (Knusla) isolees de moines (2).
(1) On n’a pas jusqu’ici retronve de traces de l’eglise qui aurait desservi les
moines de la colonie dite actuellement de Dair ‘Asl, au Singar.
(2) Syn. Or., p. 477 (1. 6 et 7) chald. p. 212.
BET RUSTAQA
813
Dans i’etat actuel de nos connaissances, c’est au maximum une oc¬
cupation monastique de ce genre, individuelle et dispersde, que Ton peut
prouver dans la vallee de Lales. Dcs noms en temoigncnt peut-etre en¬
core: ici c’est une tombe, situee pres du temple, qui serait celle de
«Hanna», ou meme de «Mar Hanna» (1). Ailleurs c’est Andrlsi, Pir
Husaba, Mar Guorguls, Isibia, etc. (2). Et encore, ces gens dtaient-ils
des moines, plus tard intdgrds dans les legendes ydzidies, ou n’dtaient-ils
pas vraiment, comme les Yezidis le disent eux-memes, des chrdtiens qui
travaillaient comme «secretaires» aupres du Saih? Ainsi, d’apres eux,
Mar Hanan l’Alqochien dtait un des familiers de Saih ‘Adi; ce fut son
neveu, Hanna, qui, en tant que secretaire du Saih, dcrivit le livre sacre
ydzidi appeld Galwa.
Meme s’il etait prouvd que les noms de lieux-dits entourant le temple
(compte non tenu du mythique Hidr Elias) tdmoignent d’une occupation
chrdtienne prd-ydzidie, il n’y aurait pas lieu de s’dtonner. Lalds dtait un
village chretien, or combien de villages chretiens sont-ils ainsi entoures
de petits temples dedies a toutes sortes de saints personnages? II ne serait
meme pas impossible qu’on y trouve, un jour ou Y autre, un fragment
d’inscription chaldeenne, mais il faudrait voir le texte avant de crier
au couvent.
Un passage de Thomas de Marga (3) prouve encore qu’il n’y avait
pas de couvent, mais permet par contre d’ajouter un nom a la liste des
habitants chretiens de la vallde. C’est le Bx Mar Italaha, qui passa
«toute sa vie dans la perfection de Part et des actes ascdtiques, dans un
petit trou dans le roc, au-dessus du village de Lalds». On peut verifier
sur place la precision habituelle de Thomas, car il n’y a en fait aucune
(1) Monte Sinjar, cit. p. 36. — Si ce Hanna £tait le prdtcndu fondateur Yo-
hannan, il ne serait pas enterr6 en dehors de son couvent.
(2) J’emprunte ces noms a Isma‘Il Beg Ghol ( al-Yazidiya qadiman wa haditan ,
Beirut, American Press, 1934, p. 107-108) par l’intrermddiaire du R.P. Bois, cit6,
p. 230, n. 100.
(3) Bk. II, p. 575.
814
ASSYRIE CHRETIENNE
grotte cligne de ce nom dans la pente montagneuse qui domine le village.
Mais ce qui est important, est que P auteur campe son personnage par
rapport a un tout petit village inconnu; ne Paurait-il pas situe en relation
avec le couvent, s’il y avait eu un si fameux couvent a cote, car Lalds
(qui vient d’etre rebati apres avoir ete longtemps en ruines) est situe a
moins de deux kilometres du temple de Saih ‘Adi.
II n’y a done pour le moment aucune preuve, ni ecrite, ni archeo-
logique qu’il y ait eu la-bas un couvent dont l’eglise aurait pu devenir
temple yezidi.
Et si ce n est pas line eglise ?
Puisqu’il ne semble pas que c’ait ete une eglise, qu’etait done le
batiment de la vallee de Lalds avant de devenir temple yezidi?
J’ai pose la question a mon ami, M. Sa‘id ad-Dewahgi, directeur
du Musee de Mossoul, dont les travaux d’histoire musulmane locale sont
bien connus; d’autant plus que cet erudit etudie depuis longtemps les
Yezidis, sur lesquels il prepare un ouvrage, et qu’il est tres vers 6 en
soufisme.
Pour ce qui est du temple de Saih ‘Adi, le savant islamisant est
categorique: le batiment est une ancienne mosqude, bade comme telle
des Porigine. La construction longitudinale avec porte a l’extrdmite est
typique des mosquees de la montagne kurde, telles que celle de Bamarne,
alors que les mosquees de la plaine ont plutot leurs portes dans le mur
oppose a la qibla. Cette derniere est correctement donnee ici par le mur
sud (1), dans lequel on voit encore trois mihrab. Les fideles qui font face
a ces mihrab tournent le dos au tombeau, ce qui satisfait le precepte qu’au-
cun tombeau ne doit etre interpose entre celui qui prie et la qibla. Le
ruisseau et les bassins s’expliquent egalement par les ablutions rituelles mu-
sulmanes, on en trouve de semblables a Bamarne. Quant au tombeau, les
textes prouvent qudl marque le lieu meme de Pancienne zawiya du Saih (2) .
(1) A Mossoul la qibla est exactement 12°30 sud-ouest.
(2) Quand, de 1892 a 1904, le temple fut reconverti en une ecole de religion
BET RUSTAQA
815
Ainsi done, tout sc trouve expliqud, sans qu'on ait besoin de recourir
a la supposition d'une ancienne eglise.
Et d’ailleurs, quand on y reflechit, n’est-ce pas dans la ligne de la
these principale du R.P. Bois sur les Yezidis qu il en soit ainsi? L'auteur
aurait du etre aussi radical ici que dans le reste de son article. Son rejet
pour la secte des «origines soi-disant chrdtiennes» devait s’appliquer
aussi a leur temple et il n’aurait pas du se laisser impressionner par de
pretendues traditions chretiennes, si unanimes qikelles paraissent. II avait
prouve abondamment le manque total de valeur du texte dit de Ramicho,
il ne fallait meme pas penser qudl recouvrit une vdritd de base, du moins
pour ici. L’dminent kurdologue dtait done encore plus dans le vrai qu’il
ne le pensait lui-meme quand il parlait des «batisses reconnues comme
mosquees ou tdkies musulmanes des l,origine».
musulmane, on n’eut rien besoin de changer dans la disposition de la salle de priere.
Cf. Daoud al-Tsalabi, Manuscrits de Mossoul, Bagdad, 1927, p. 252.
XXIII
LES COUVENTS DE L’EXTREME NORD
Une etude complete du Ba Nuhadra voudrait que Ton ajoute encore
deux chapitres. L'un serait consacre a la region montagneuse situee au
nord-nord-est de Dehok en direction de Halmun. La se trouvait la fron-
tiere entre le Ba Nuhadra et la province de Dasen et B. Ture, la region des
montagnes. L1 autre devrait envisager la plaine au milieu de laquelle coule
le Habur, plaine situee derriere le Mont Behair, limitee a Test par le
massif du Han Tur, et se perdant au nord, dans des montagnes de plus
en plus hautes, au-dela de la frontiere entre l’lraq et la Turquie. Helas,
ces deux regions sont interdites aux etrangers, et je n’ai pu y faire que
de rares et breves visites.
La vallee du Habur, notamment, divisee dans sa partie iraquienne
en Gulli a Test et Sindi a l’ouest, comprend la petite ville de Zah5 et
ses environs, centre d’un diocese, ou il y a encore de nombreux Chre¬
tiens, et ou la plupart des villages kurdes conservent des vestiges ou des
souvenirs de choses chretiennes.
Laissant a mes confreres du clergd chaldeen qui habitent ces districts
le soin de nous les faire mieux connaitre, je me contente ici de breves
notices sur deux couvents de fextreme nord de Tlraq que le Liber Cas -
titatis met encore au Ba Nuhadra: le couvent de Mar Atqen, et le couvent
de Mar SawrIso‘, dit de ‘Awa Saplra, c’est-a-dire du Bois Joli.
1. — Mar Atqen
J’ai deja releve a propos du couvent de R. Sliwa comment la notice
d’Isohinah sur Mar Atqen (1) pouvait induire en erreur. II y est dit:
(1) L.C., n° 120.
COUVENTS DE l/EXTREME NORD
817
«I1 alia a la Montagne du Ba Nuhadra, qui est au voisinage du monas-
tere d’Abba Sliwa, et demeura la. II batit un temple superbe et il reunit
des freres autour de lui.» D’ou il dtait tout naturel de conclure (1):
«I1 fonda un monastere pres de celui d’Abba Sliwa. »
En rdalite, Iso‘dnah voit les choses de Basrah, et pour lui tout ce
qui est dans «la montagne du Ba Nuhadra» se touche. En fait, il y a
pres de cent kilometres a vol d’oiseau entre les deux couvents, puisque
le couvent de R. Sliwa, l’actuel Dair Sallb, est pres de ‘Ain Sifni, alors
que Mar Atqen est dans le Sindi.
Sa position exacte est donnee par une note manuscrite du P. Rhetord
disant: «Le monastere de Mar Atqen subsiste encore, dans le pays de
Sindi, au-dessus de Zaho. A cotd se trouve un petit village chaldeen ap-
peld ‘Umra (le monastere). Ce lieu se trouve dans le voisinage de Yarda,
et plus loin se trouve le village chrdtien d’Esnah (en arabe: Sanat). En
1877, voyageant dans ces parages, j’ai visitd le vieux monastere de Mar
Atqen, qui dtait alors assez bien conserve. » En fait le village de ‘Umra
est quelquefois aussi appele Dair Sis.
Faut-il identifier le fondateur avec le Mar Atqen «qui se tirait les
poils de la barbe», qui dcrivit des Histoires Ecclesiastiques (2), des Merits
asedtiques, des lettres, etc. ? Baumstark (3) pense quhl doit y avoir deux
ecrivains du meme nom, ce qui n’est pas impossible.
Atqen serait un des nombreux chrdtiens months du B. Garmai vers
le nord au ddbut du YIIIe siecle.
Apres s’etre initid a la vie monastique au Grand Monastere d’Abra-
ham, au Mont Izla, il revint au Ba Nuhadra et habita au couvent de
R. Sliwa, dont il devint le troisieme supdrieur. En effet, R. Qiiriaqos
ayant ete nommd dveque de Balad, Atqen lui succeda (4). C’est a cette
(1) F. Nau, in DHGE, V/1931, col. 132, s.v. Atqen.
(2) Bk. II, p. 186, 207-234; cf. B.O. Ill, I, p. 217.
(3) Syr. Lit., p. 206.
(4) L.C., n« 103.
Rech. 23 — 52
818
ASSYRIE CHRETIENNE
periode a R. Sllwa que remonte l’amitie d’Atqen avec Yusif Hazzaya,
comme lui disciple de Quriaqos.
Combien de temps resta-t-il superieur, et pourquoi quitta-t-il sa
charge? L’histoire ne le dit pas, mais nous le retrouvons bientot en mou-
vement. Est-ce a ce moment-la qudl passa un certain temps au monas-
tere d’Apnimaran, ou le sejour qual fit la-bas (1) date-t-il de son retour
de Nisibe; dans les deux cas le couvent du safran etait sur sa route ou
n’en etait pas loin. Mais cette fois Atqen s’enfonqa dans la montagne du
nord. CTest la qu’il fonda son propre couvent, «et il trepassa, et il fut
depose dans son monastere».
Peut-etre avant sa mort, le vieux Yusif Hazzaya, degoute des con-
troverses et des incomprehensions, avait quitte la superiority de son cou¬
vent de Margana, en Adiabene, pour monter dans Fisolement des mon-
tagnes se reposer aupres de son ancien ami des premieres annees. On ne
sait quand Mar Yusif vint au couvent de Mar Atqen, mais c’est la qu’il
mourut (2).
Il semble que le couvent ait ete deserte avant le XVIIe siecle, car
la liste de 1607 ne contient aucun nom qui, de pres ou de loin, ressemble
au sien.
Le couvent de Mar Atqen est encore fobjet d’un pelerinage annuel,
le jour de la fete du saint, le premier dimanche de janvier (3). Des gue-
risons de fous et de femmes steriles lui sont attribuees.
2. — Le couvent du bois joli
Nous avons deja rencontre le texte du lectionnaire de 1075, au cin-
quieme vendredi de Moise (4), «Commemoraison de Mar Sawriso1 2 3 4,
Iso‘yaw, Ya‘qub, Adona, Sllwa, Apnimaran et leurs compagnons, fon-
dateurs de couvents dans la region du B. Nuhadra».
(1) Bk. II, p. 234.
(2) L.C., n° 126.
(3) Calendrier d’Urmi 1894, ou il est appeie Mar Atqen de §Is.
(4) Au B.M., cat. Wright, Add. 17,923, fol. 159 a.
COUVENTS DE L’EXTREME NORD
819
Tous ces fondateurs, Fun apres F autre, sont passes dcvant nous;
nous avons essayd de les replacer dans le lieu et le temps, et, quand
c’dtait possible, de leur donner quelques traits vivants. Le premier de la
liste est celui dont Fdtude vient en dernier, car il est alld percher son
couvent a Fextreme nord clu Bii Nuhadra, en fait un peu au-dela de la
frontiere moderne, done en territoire turc.
Le village voisin s appelle Mar SawrIso‘; bien que beaucoup de ses
habitants aient emigrd en Iraq, et se trouvent notamment a Mossoul,
il y reste encore des chrdtiens.
Ne au pays de Ninive (1), et eleve a Fdcole d’Erbil, Sawrls5‘ fut
attire au Mont Izla par la renommde d’Abraham le Grand. Il demeura
longtemps aupres de son maitre (2), et fut Tun des membres de la glo-
rieuse cohorte de ce temps, parmi lesquels on comptait le futur martyr
Guorguls (3).
«Alors, la grace Fappela a aller batir un monastere. » Nous avons
souvent rencontre de ces formules ddulcordes d’Isd'dnah, virtuose de ce
que les Anglais appellent les understatements. La vdritd est bien connue
sur les causes de la dispersion des Freres du Grand Monastere (4).
Sawnso‘ fut un de ceux qui partirent. Il vint habiter au «Bois joli» et
bientot la cristallisation habituelle groupa autour de lui des Freres, qui
s’organiserent en monastere.
Parmi les premiers freres, Fun a vu son nom mutild dans les textes;
la seule chose sure est que la premiere syllabe en est «su». Les diffdrents
dditeurs du Liber Castitatis ont compldtd le nom en Suhalmaran, avec
reference au personnage de ce nom rencontrd dans le meme' ouvrage (5).
(1) L.C., n° 26.
(2) L.C. , n° 14.
(3) Cette phrase du L.C. 26 a bien l’air d’etre une glose, ou une ligne oublide
plus haut que le copiste r^introduit ici.
(4) Bk. II, p. 67; citd par B.O., III, I, p. 255 et 469, puis Budge, Hist . of... Bar
Idta, II, I, p. 233, n.
(5) L.C., n° 64.
820
ASSYRIE CHRETIENNE
Cette identification ne me semble pas convaincante, car le Suhalmaran
qu’on trouve la-bas est le successeur de Mar Yohannan (1) au monas¬
tere d’un autre Sawrlso1 2 3 4, connu sous le nom de B. Qoqa, que nous avons
etudie en Adiabene. Les suppositions restent done ouvertes quant a l’iden-
titd du «su» qui fut un des premiers disciples du Bois Joli, et «fit voir
ses beautes dans la maison de Mar Sawrlso4 ».
Pendant que nous en sommes aux erreurs engendrees par l’homo-
nymie des couvents des deux Sawrlso4, je renvoie au passage sur Maran
‘Emmeh de Zlnai, dans le chapitre sur B. Qoqa, pour la correction de
l’erreur de Mingana (2) qui fait venir Maran ‘Emmeh au couvent de
Mar Sawrlso4 de Ba Nuhadra, e’est-a-dire a 4Awa Sapira, alors qu’en
fait il vint au couvent de Mar Sawrlso4 d'Adiabene, e’est-a-dire a B.
Qoqa.
Un autre membre du premier groupe, qui «feconda le monastere
de toutes les vertus», est Apnimaran, fondateur de Za'faran.
Peu de temps apres la fondation, un novice d’Adiabene (encore un
cas de montee vers le nord) vint au monastere. En son temps «on le
for^a et on le fit superieur du monastere de Mar Iso4yaw». On aura
reconnu Abba Slemun, successeur de Ya4qub Hazzaya a Mar Ya'qub (3).
De la deuxieme generation est Mar Zahe, qui vint de Qardu, du
monastere de R. Basslma, au monastere de 4Awa Sapira, oil il fut le
disciple d’Apnimaran le Grand (4). Zahe deviendra eveque de Hadita
du Tigre au milieu du VIIIe siecle.
Les textes ne couvrent done qifune centaine d’annees de l’existence
du couvent. Il fut certainement restaure dans la suite, mais on ignore a
partir de quelle epoque il fut vide de moines. On ne le retrouve ni dans
les constitutions d’exemption, ni dans les listes de 1607.
(1) L.C., n° 63.
(2) B. Ooqa , p. 261, n. 2.
(3) L.C., n(J 98.
(4) L.C., n° 109.
CONCLUSION
LE MONACHISME ASSYRIEN
Dans son grand ouvrage pas encore remplacd, intitule Oriens Chris -
tianus , le P. Le Quien donne (1) la reproduction d’une carte du Patriar-
cat d’Antioche. Cette carte est datde de 1732 et a pour auteur fillustre
d’Anville, geographe royal. A cotd de localisations dtonamment exactes,
telles que celles de Gaugamela et de «Ninus», on y trouve des details
candidement audacieux. Par exemple, Ur est placde rdsolument au milieu
de la Mdsopotamie, a mi-distance entre Ninus et Singara. Et la ou Ton
peut difficilement rdprimer un sourire, c'est quand, se trouvant malgrd
tout en face de mysteres irrdductibles, le pauvre gdographe royal reserve
un coin de sa carte a une liste de quelques ignoti situs.
Mais ne nous hatons pas de nous gausser et de nous croire supe-
rieurs. Plus de deux siecles apres les gdants qu'dtaient Le Quien et surtout
Joseph Simon Assdmani, nos connaissances ont a peine avancd. Nous
avons beau etre armds de cartes ddtailldes et exactes, d dditions critiques
et de traductions accessibles de la plupart des textes anciens, la gdogra-
phie et Thistoire du monachisme et du christianisme assyriens restent
encore pleines d'inconnues. L’ambition de ce travail dtait d’apporter sa
modeste contribution, en essayant de fixer quelques points et de dissiper
quelques confusions. Espdrons qu'il n’a pas trop ajoutd de nouvelles
erreurs !
Avant de fermer ce volume, vais-je me laisser tenter, et risquer moi
aussi un de ces rdsumds dangereux contre lesquels je me ddfendais en
(1) Face aux col. 669-670.
822
ASSYRIE CHRETIENNE
commen^ant? Ge sera un mocleste tableau synoptique que, je crois, on
peut esquisser, de l’histoire monastique locale.
Maintenant qu’a ete reconstitue ce qui peut Tetre de la mosaique
des convents du Ba Nuhadra, de Marga et d’Adiabene, il est possible
de tenter une organisation des renseignements epars sur les moines assy-
riens, afin de preparer le travail a qui voudrait essayer une synthese de
l’histoire du monachisme oriental.
Les donnees concernant les debuts semblent trop fragmentaires pour
etayer une reconstitution serieuse. On peut s’appuyer sur deux passages
de S. Jerome, ecrivant a la fin du IVe siecle, pour confirmer ce que
disent nos sources, a savoir Inexistence du monachisme en «Perse» (1) a
cette epoque. De meme les martyrologes ou les Actes des martyrs men-
tionnent souvent la qualite de «fils» ou «fille du pacte» de tel ou tel
d’entre eux. Rien que le martyrologe de Kerkouk (2) donne, pour la
persecution de Sapor II, les noins d’un fils du pacte et de neuf filles du
pacte. Mais rien ne permet de rattacher ces «voues» a des couvents
etablis.
Notre etude nous a permis de preciser les points suivants:
IVe-Ve SIEGLES
Aucune trace ne subsiste de fondation anterieure a la seconde moitie
du IVe siecle (3). Les plus anciens phylums de couvents dates peuvent
etre repartis en quatre groupes:
1° Les couvents fondes sur le Mont Maqlub par les metropolites
(1) Lettre LX a Helioclore (P.L. XXII, col. 592) «l’Indien, le Perse, le Goth
et l’Ethiopien philosophent», et lettre CVII a Laeta (P.L. XXII, col. 870) : «de l’lnde,
de la Perse, de l’Egypte nous vient chaque jour a Bethleem une foule de moines. » —
Pour Equivalence entre «philosophie» et «vie monastique», cf. A.J. Festugiere,
Antioche, cit. p. 296, n. 1.
(2) AMS , II, p. 286-289; dans sa traduction de ce document ( B.O. , I, p. 188-189)
Assemani traduit par «clericus» et «virgo».
(3) Assemani ( B.O. , III, II, p. 885) releve l’apparition des vocables de «monas-
tere» et de «superieur de monastere» a la fin du IVe s. -debut Ve.
CONCLUSION
823
et ascetes «grecs» exiles sous Valens (364-378), et sur lesquels on possede
le temoignage de Thomas de Marga (1) «selon ce que les dcrivains an-
ciens (helas perdus!) disent a leur propos». On ne peut savoir si ces
Grecs fonderent des couvents en dehors de Marga et de la bande fron-
tiere du Nuhadra, car il est possible que Thomas s’en soit tenu a leurs
fondations dans la region qu’il dtudiait. Ce premier groupe montre done
une influence de la Syrie romaine, sans que Ton puisse prdciser la rdgion
d’origine des exiles. Ils formeront un noyau solide de resistance a la
nestorianisation.
2° Les couvents fondes par des disciples de Mar Awgin ou appa-
rentes, certains attestes par Iso‘dnah ou son remanieur, d'autres par des
sources encore plus tardives. Parmi les derniers, les noms fournis par la
tradition jacobite sont les plus contestables, puisqu’on a affaire a un
«replatrage» qui veut masquer les terribles ruptures que Ton a vues.
Quant aux legendes nestoriennes, a cote d’un fatras sans aucune valeur
historique, on y trouve des petits details qui auraient pu difhcilement
etre inventes plus tard. Avec beaucoup de prudence dans l’adoption des
details, je penche pour la veracite et Pauthenticite du fond.
Ce deuxieme groupe se presente comme issu d’Egypte (2). Si, comme
je le crois, cette filiation n’est qu’un placage tardif, elle peut recouvrir
une souche autochtone de monachisme, produit normal d’une conjonc-
ture chretienne tres semblable a celle qui avait fait edore la Thcbaidc.
La «nouvelle Thebaide» aura pour centre la montagne de Nisibe (cou-
vent d’Eugene?), elle n’est done pas non plus originaire du nord de
l’lraq, au sens propre du mot.
Quant a sa ligne de propagation, alors que les Grecs avaient suivi
la Route du Roi, les Eugeniens se deplaceront plus au nord, en Qardu
et B. Zabdai, descendant plus tard vers le Nuhadra, qu’ils ne semblent
(1) Bk. II, p. 574, 578.
(2) Cf. mon article sur Awgin, in Anal. Bolland ., LXXX/1962, p. 52-81. —
M. Voobus pense que ce maquignonnage pouvait cacher une influence manich^enne
sur leur origine.
824
ASSYRIE CHRETIENNE
pas avoir depasse. De toutes fa^ons, comme etape routiere ou centre de
cristallisation, Nisibe joue le role de lieu d’origine du monachisme du
nord de l’lraq.
3° On peut a la rigueur appeler couvents les sanctuaires, martyria,
tombes, «m£moires», dont Photellerie £tait confiee a la direction des
moines (1). Si Ton n’en trouve pas en Marga, on en rencontre en Ba
Nuhadra (Mar Italaha et Mar Behnam) et surtout en Adiabene, ou
par ailleurs on n’a pas de trace de couvent antique proprement dit.
Encore une fois, nos moyens dhnformation sont trop limites pour que
Ton puisse conclure de la que le monachisme adiabenien est posterieur
a celui de Marga et du Ba Nuhadra. Cependant, la situation geographique
de P Adiabene a Test des autres territoires, la met egalement en deuxieme
position pour ce qui est de 1’expansion d’un monachisme venant de
l’ouest.
4° Enfin, il reste un certain nombre de couvents «tres anciens»,
tels que ceux de Nard5s, de Zarag, «du pont», ou de Hadwahduht, dont
Taffiliation n’est pas precise. Une generation spontanee locale n’est pas
exclue pour certains couvents hors serie.
Parmi tous ces couvents du nord, le privilege de l’exemption sanc-
tionne la place a part occupee par deux d’entre eux: Mar Miha’il, pres
de Mossoul, exempte ex antiquo or dine, et le Daira d’Awun, exempte au
milieu du VIe siecle, probablement parce qu’il etait cense abriter la
tombe de Noe.
VIe ET VIIe SIEGLES
Au VIe siecle se produisent deux phenomenes contraires. D'une
part un relachement, prenant la forme surtout des abus qui se couvrent
du nom de Messalianisme. Une de ses repercussions sera la predomi¬
nance de plus en plus forte du monophysisme, avec les dechirements que
(1) Cf. Voobus, History of Asceticism , CSCO, Subsidia , t. 14, 1/1958, p. 298-302,
CONCLUSION
825
cela entrainera. Le synode d’Iso‘yaw I, en 585, le constatait amere-
ment (1), ce premier ensemble de facteurs faisait reculer s^rieusement
le monachisme.
Mais d’autre part la reforme d’Abraham le Grand, le «pere des
moines d’Assyrie», partie dgalement du Mont Izla, pres de Nisibe, com-
men^ait deja a faire sentir son influence bienfaisante. Le choryphde local
en fut R. Bar ‘Eta, «raind des disciples», dont la fondation date de 561/
562. Sa chaine de couvents, s’dtalant sur nos trois districts, sera un des
facteurs efflcaces de la lutte, quelquefois violente, contre Ther^sie.
Au VIe siecle encore, des ascetes nestoriens isoles preparent sans le
savoir de futures fondations. Ainsi GawsIso‘ et Nlha, sur les cellules des
quels seront fondes respectivement Za‘faran et Margana.
Une deuxieme sdrie de fondations eut son origine dans les luttes
intestines au sein du Grand Monastere d’lzla. Les essaimages limitds,
par exemple celui d'ElIya et de ses compagnons entre 582 et 590, furent
bientot suivis de l’exode massif des disciples d’Abraham le Grand, en
disaccord avec son successeur Bawai le Grand. Le plus cdlebre d’entre
eux sera Ya‘qub, qui fondera B. ‘Aw£ en 595. La reaction en chaine va
se continuer au cours des trois premieres ddcades du VI Ie siecle, pendant
lesquelles les fondations sont trop nombreuses pour pouvoir etre rappeldes
ici. On ne peut suflisamment souligner le role preponderant joue par ces
couvents de la fin du VIe et du debut du VI Ie siecle dans la preserva¬
tion du nestorianisme en Assyrie.
Les moines jouerent egalement un role decisif dans la propagation
du monophysisme; Zakai et son disciple Nana sont les plus ceiebres.
Ils purent s’etablir definitivement dans plusieurs couvents, ceux surtout
ou sYtait fait sentir, des la fin du Ve siecle, la resistance a la nestoriani-
sation et que n’avait pu forcer a fheresie la repression de Barsaume.
Un appoint exterieur important sera fourni au monophysisme par
l’arrivee, au moins jusqu’au B. ‘Arabaye et peut-ctre meme plus loin,
(1) Syn. Or., p. 408, can. I.
826
ASSYRIE CHRETIENNE
cbascetes d’Amed fuyant la persecution de 521-565, puis par le retour au
pays du soldat-stvlite Ninivite Miha’il, disciple de Mar Ahha de Nisibe,
qui fonda son couvent en 598.
627, 637, ET APRES
Les effets de la conquete romaine, en 627, ne se font guere sentir,
d’abord parce que l’aide qu’elle aurait pu apporter au parti monophysite
lui avait ete deja fournie par Gabriel de Singar, et ensuite parce que
Inoccupation romaine ne dura que dix ans. Tout au plus aidera-t-elle a
fixer le centre de la nouvelle hierarchie Jacobite de 629 a Takrit, residence
du gouverneur romain du nord.
La conquete musulmane de 637 devait avoir des resultats plus pro-
fonds et plus durables, bien qu’ils ne se soient pas manifestos immediate-
ment. A part un reflux vers le nord de moines refugies des couvents du sud
et du B. Garmai, tel que toute armee en marche en pousse devant soi, le
changement de maitres n’aflecta pas tout de suite la plupart des couvents.
Gependant peu a peu, la montee des tribus arabes du sud et le gri-
gnotement des terres des couvents et des villages pour leur etablissement,
Tislamisation progressive produite par le durcissement de la position of-
ficielle, mettra le sceau au developpement du monachisme. II y a bien
encore des fondations isolees (R. Sliwa BohtIso‘ et ‘Anan Iso‘ au VIIIe s.),
mais la plupart des nouveaux couvents ne sont que des positions de repli,
telles qu’on en trouve tout au long de l’histoire, de Dair Abl Yusif en
720 a Notre-Dame des Moissons en 1858, en passant par tous les cou¬
vents dedoubles.
En meme temps, Tun apres fautre, les vieux couvents disparaissent,
brutalement comme ceux qui succomberent au raid sanglant de Ya‘le
ibn Himran, vers 800, ou par etiolement et asphyxie lente, comme le
B. Qata que Timothee faisait demenager a la fin du VIIIe siecle. II y
eut des repits, il y eut des eclaircies, mais des le XIe siecle Elie de Nisibe
le soulignait deja (1), «les monasteres et les coenobia sont tres diminues».
(1) Opus Chronol. , CSCO, 93*, p. 36.
CONCLUSION
827
Le role des Mongols dans ces destructions, du moins avant 1261, semble
avoir etd minime.
Apres une longue pdriode ou les couvents disparaissent en silence
fun apres Tautre, la liste de 1607 ne comprend plus que 35 noms en tout
pour les Syriens Orientaux, encore tous ces couvents ne sont-ils pas ha-
bites. Neuf au maximum subsistaient alors dans les districts dtudids ici.
Vers la meme epoque les Chaldeens de Rome, dans la relation de ‘Abdul
Masih, procureur du patriarche Elie (1), ddnombraient dgalement «au
moins trente couvents»; mais peut-etre faisaient-ils preuve d’un petit peu
trop d’optimisme quand, dans chacun de ces couvents, ils mettaient 15
ou 20 moines.
Le rapport d’Elie VIII a Paul V (2) est encore plus clair. En 1610,
sur trente couvents en tout, il n’en enumere que huit qui soient dans les
limites de ce travail: quatre sont dans la region d’Ator-Ninive (Mar
Eliya, Mar Miha il, Mar Awraha, R. Hormizd), trois sont dans le Hak-
kari (Mar ‘AwdIso‘, Iasdit(P), B. ‘Awd) et un sur le territoire d'Erbil
(Mar Sawris6‘).
Quant aux couvents de Soeurs, les pelerins chaldeens venus de Lhassa
avaient affirme a Rome leur existence (3), «avec les memes exercices de
choeur que ceux de nos moniales» avait notd le secretaire italien. Les
listes contemporaines ne font pas mention de tcls couvents de femmes.
II reste actuellement dans le nord de l’lraq trois couvents chalddens
et un couvent jacobite qui ont encore des moines. Les batiments vides
de deux couvents chalddens et d'un couvent syrien sont entretenus. Tous
sont dans les environs de Mossoul. Faut-il y voir le dernier refuge du
monachisme assyrien, ou sa pdpiniere pour une restauration qui comple-
tera le renouveau du christianisme iraquien? Cfest ce que favenir dira.
(1) In Thomas de Jesus (f 1609) De unione schismaticorum... procuranda, Migne,
Cursus Theol., col. 542.
(2) Gen. Rel. p. 108, 115.
(3) Gen. Rel. p. 105. On a rencontr^ plus haut des «benoites» isol^es; on
trouve une «Marie, religieuse d’Erbil» en 1542 (cod. n° 17 de N.D. Sem., catal.
A. Scher).
INDEX DES PERSONNES
— A —
Aba (Awa) :
— I, pat. (540-552) 48, 54, 59, 650,
748, 749, 767.
— II, pat. (741-751) 66, 145, 163,
399, 749.
Aba'i de Qullet 205.
Abaka, han mongol, 84.
‘Abd Allah:
— b. ‘Abda, de Bartelli, ntedecin (1345)
425.
— s. M. Ellya, 659.
— 6mir, v. Potros Asmar.
— b. Hoso, chef Bartelli (1260) 423.
‘Abd al-Ahad MPmarbasi, chor^v. ar-
chitecte de Mossoul (1912) 367, 533.
‘Abd al-‘Az!z, 6v. jac. Mossoul (1811)
446.
‘Abd al-Malik b. Marwan 104, 146,
499, 649.
‘Abd al-MasIh:
— b. Hanna, de Karamlaiss (f 1726)
411.*
— procureur chakteen a Rome (1610)
827.
— ev. Sin et Bawazlg (ca. 1080) 120-
121.
‘Abd al-Nur, s. p. syrien (1580) 586.
‘Abd al-Qadir al-Gailanl (Saih) 465.
‘Abd al-Rahman Pacha Baban 185.
‘Abdo:
— p. sup. M. Avvraha (1719) 532.
— b. Pacha, intendant M. Behnam
(1731) 587, 689.
Abel (Leonard), 6v. Sidon, (ca. 1585)
359, 586, 587, 670.
Ablahad:
— p. Ba‘siqa (1893) 467.
— p. Dehok (1887) 466.
Abraham (Avvraha, Ibrahim) :
— (A.T.) 375, 630, 751.
— II, de Marga, pat. (837-850) 111-
112, 231, 232.
— Ill, Abraza, pat. (905-936) 72,233.
— m. disciple d’Abraham le Gd. Vient
en Dasen 308.
— Athanase, maph. 92.
— m., sup. M. Awgin (VIIIe s.) 663,
711.
— m., sup. Ba ‘Arbln (YIIe s.) 636.
— conf. (d£but VII® s.) 62.
— b. Dasandad 175, 257, 259, 501,
640.
— de Gaplta (= Abraham Saba, du
DHGE), m. 128, 142-143, 305.
— £v. Erbil, ma. (345) 44, 47, 49, 219.
— £v. Erbil (fin VI® s.) 54.
— ^v. Erbil 87,91.
— de Gunduk, 6v. M. ‘Awdlso (XIXes.)
234.
— de B. Hal£, m. 102.
— b. Iso‘, gouv. Takrit 433.
— le Grand, de Kaskar, m., fond. Mt,
Izla 16, 25, 159, 160, 161, 193, 271,
308, 642, 646, 648, 711, 715, 769,
777, 819, 825.
— de Kaskar, m., disciple Ya‘qub de
B. ‘Aw£, fond. Dasen 712.
— de Ma‘arrd 778.
— ev. B. Mada>te (486) 531.
— de B. Madayd (Avvraha), m. 377,
384, 531-533, 534, 537, 538, 645,
778.
830
ASSYRIE CHRETIENNE
— b. Malka, m. Hadita, (apres 540)
104.
— m. sous prieur de M. Matta ( ?) 567,
574, 601, 616.
— s. Miskleg 221.
— ev. Mossoul (ca. 740) 347.
— ev. Mossoul (XIVe s.) 349.
— de Natpar, m., fond. Adianene 16,
158-159, 160, 161.
— de B. Rabban (509-569) 59, 308.
— m., sup. B. Rabban (VIIe s.) 308.
— m., eponyme de Resa (fin VIIe-
deb. VIIIe s.) 778-779.
— b. Yohannan b. Yalda, de Salmat
(1272)* 261.
— Zabaya, p., 6crivain 270.
— ev. Zabe 219.
— m., sous prieur de Zakai (?) 779,
783, 784.
Abu ‘All b. Tahir, ev. Sin et Bawazlg
(ca. 1090)’ 121.
Abu Darah (v. Yahwalaha, ev. Assyrie).
Abu Fadl s. M. Behnam (1164) 591,
598. ’
Abu ’l-Fadl:
— donateur ( ?) 605.
— sculpteur 605.
Abu ’l-Farag ‘Abd Allah b. al-Tayyib
(v. Elie de Nisibe).
Abu ’1-Fath b. Abl ’1-Barakat, ou Ibn
Toma 605.
Abu Firas 632.
Abu Halim (v. Elie III).
Abu ’l-Hassan b. Malik 651.
Abu Hussain Muhammad b. Ma’mun
153.
Abu ’l-Tzz al-Hadirl (R. Yaqlra) 667,
668.
Abu Mansur Gawali 603.
Abu Nasr:
— Habbo Ganni, de Bartelli, m. de
M. Matta 423,426,591,598,599,
770.
— b. Halaf (ca. 1250) = Habbo Ganni?
592, 599.
Abu Nuh al-Anbarl 257.
Abu Sa‘Id, v. ‘Awdiso b. Bahriz.
Abu Salem, m., sculpteur (ca. 1250)
591, 592, 593, 596, 597, 598, 600,
601.
Abu Taglib b. Naser al-Dawla 503,
543, 665, 694.
‘Abusta, 6v. Erbil 53-54, 58, 222.
Acace, pat. (485-495/6) 18, 52, 328,
329, 475.
Adam :
— (A.T.) 408, 751.
— laic (1551) 94.
— de ‘Aqra, ecrivain (XVIe s.) 205.
Adarmahan, marzban 622.
Addai :
— disciple 41, 323, 414, 796.
— ascete grec, fond. Billa (IVe s.) 290.
‘AdI :
— b. Musafir (Saih) 247, 407, 465,
472, 580, 781, 782, 783, 784, 792,
796-815.
— II (?) (tue ca. 1223) 807, 809.
Adona :
— ev. Elam, ma., 493.
— ev. Erbil 51.
— m. compagnon de R. Hormizd a
Resa 537, 778.
— m. fond. Ba Nuhadra 16, 493, 818.
Adonis 576.
Adorhormizd ma. 540.
Adorsawor ma. 47.
V
‘Adud al-Dawla abu Suga‘ Fanna
Hosraw 543.
Agga'i, disciple 41, 324.
Aharon de Segestan, ev. jac. 105.
Ah ha :
— disciple 323.
— ma. 47.
— m. grec 222.
— m. egyptien 621, 729.
— de Nisibe, m. (VIe-VIIe s.) 621-
624, 826.
— d’Awah, £v. Erbil (ca. 741-751)
66-67, 68, 108, 212, 260, 314.
Aiimad :
— gouv. Erbil (1310) 88.
— b. ‘Arab Sah, de Damas 509, 510.
INDEX DES PERSONNES
831
— Han (1282-1284) 805, 807.
— Mslhaye, de Sos 258.
Ahrun :
— m. fond. Bois de la Croix 714-715,
716.
— m. B. Qoqa, 6v. Razeq 152.
Ahudemmeh :
— 6v. Ninive (554) 324, 345, 499.
— £v. Takrlt (559) 329, 330.
‘Ala’ al-DIn :
— frere de Malik Salih Isma‘Il 423.
— ‘Ata Malik GwainI, gouv. Bagdad
(1271) 82.
‘Ala’ al-Mulk b. Malik Salih Isma‘Il
(1260) 423.
Albu Hamad 438.
Alexandre 40, 181, 416, 615, 685.
‘AlI :
— 656.
— «gouv. » (VIIe s.) 538.
— b. Abl Taleb 538.
— pacha de Bagdad 185.
— Diz (1863) 469.
Alqon, d£port6 juif (?) 387, 398.
Altyn, dame turque 184.
Amittal, pere de Jonas 760.
Ammonius, m. 128.
‘Amruna, mere Y. Busnaya 541.
Amschaspands 566.
Anania (v. Hnania).
‘Ananlso, 6crivain, m. B. ‘Aw£ (ca. 710)
66.
Anasmus, fille p. ‘Awdlso* de Ba‘wlra
(XVIe s.) 525.
Anastase, le P., o.c.d. 505.
* Anazdye (les 'Anaza ) 146, 147.
Antoine l’Egyptien, m. 497, 602.
Antun, b. p. David de Barzan£ 171,
294.
Anuqet, d^esse ^gyptienne 496.
d’Anville 82 1 .
Aon£s, m. 497, 515.
Aphrahat (le Sage persan) 755.
Apnimaran :
— de B. ‘Aw£, maitre d’Apnimaran
le Gd. 31, 384, 744.
— le Grand, du B. Garmai, m. (VI Ie s.)
fond. Za‘faran 16, 31, 108, 144,
384, 700, 713, 743-746, 818, 820.
— m. fond. Tell Esqof (= de Gidron,
X* s.?) 254, 384, 385, 543.
Apotres 245.
Aram (Aprem, Afram, Ephrem) :
— m. fond. Marga 16, 271, 288, 300.
‘Aqwalaha, 6v. Ramonln (410) 208
‘Aqewsma (Acepsimas) :
— ma. (378), £v. Hnita (?) 45, 210,
211, 220, 704.
— m. Syrie 211.
Araddye (= Aratlyn?) 146, 147.
ArdasIr :
— I, b. Babak (224-241) 166.
— II, b. Sapor (379-383) 46, 566.
— conf. (ddbut VI Ie s.) 62.
Ar^tas (Aristus) roi de Damas 57.
Aristote 615.
Argun, han mongol 85, 433, 504.
Amieniens 86, 89, 410, 524, 607.
Artfaye 222.
As‘ad Aga de Ra’s al-‘A'in 251.
‘Askar b. Kujkuj, p. Erbil (1677) 95.
Assarhaddon 496, 497.
Assurbanipal 496.
Assur Uballit 9.
‘Ataba (‘Utba) b. Farqad al-Salmi,
gouv. Mossoul (637) 214, 538.
Athanase :
— I, le chamelier, pat. Antioche (595-
631) 230, 333.
— VIII, b. Qutreh, pat. Antioche
(1138-1166) 339.
— Ibrahim II, maph. (1365) 409-
410, 411, 425.
— b. Summan, £v. jac. Ba Nuhadra
(1265-1279) 353, 424.
Atnus de Kuhta, m. 774.
Atqen :
— m. sup. B<5rest£k 793.
— « qui s’^pilait » 746, 747, 817.
— de Sis, fond. Ba Nuhadra 746, 795-
796, 816-818.
832
ASSYRIE CIIRETIENNE
Avva :
— m. de Dair Abun 700.
— ev. Ninive (585) 325, 345.
— m. fond. B. Sati 295.
‘Avvda :
— l’ancien, m. fond Ma‘arre 192.
— le jeune, b. Hanif, m. 192.
— m. a Dehok ' 192, 254, 384, 701.
‘Awdiso4 :
— I, pat. (963-986) 120, 525, 651.
— II, b. al-‘Arid, pat. (1075-1090)
114, 120, 121, 200, 650, 671, 690,
747, 748.
— Ill, b. Muqli, pat. (1139-1148)
114, 201.
— IV, Marun, pat. (1555-1571) 94,
168, 187, 201, 359, 390, 406, 699.
— V. Hayyat, pat. (1895-1899) 317.
— Abu Sa‘id, sup. M. Ellya (1028)
652.
— m. fond. Adiabene 16, 223.
— p. Alqos 655.
— b. ‘Aqre, ev. Ba Nuhadra (961)
214, 326, 343.
— b. Bahrlz, ev. Assyrie (ca. 1030) 73,
652.
— m. compagnon de Bawai de Nisibe
186
— de Dasen, m. (Xe s.), 19, 728.
— ev. Erbil 51.
— ev. Erbil (IXe s.) 71.
— Gawun, docteur du Couvent Supe-
rieur (Xe s.) 542.
— p. B. Gurbaq (VIe s.) 478.
— ev. Hadita (ca. 900) 113.
— ev. Hadita (1092) 114.
— m. de Hira 253-254.
— <$v. Hnlta (1310) 88, 212-213.
— m. fond. Izla 16.
— de Kartaw, reclus de B. Qoqa
(VIIIe s.) 152, 217.
— ev. Ma‘alta du Zab (1265) 343.
— £v. Marga (790) 231.
— ev. Marga (1218) 233, 318.
— b. Mas‘ud, ev. Tell et Berberi (ca.
1296) 234, 289, 406-407.
— £v. Mossoul (1257) 349.
— m. a Naseriya 254, 384.
— m. fond, (ou restaur.) Nerem 253-
254.
ev. Ba Nuhadra (ca. 640) 342, 389.
— m. convertit Qardag 672.
— b. Sa‘ara, ecrivain 669.
— m. frere de Yusif, Hazzaya (VIIIe s.)
124.
Awgin, m. 11, 15, 23, 25, 387, 388,
552, 559, 601, 645, 661, 673, 720,
737, 749, 750, 760, 764, 823.
Awraha (Abraham) :
— de Gunduk, 6v. Zibar et Mazuri
(ca. 1850) 254.
Aytaylaha (v. Italaha).
Ayyas al-Saibarii 181, 280, 281-283,
561.
Azad, s. ma. (371) 220.
‘Aziz, m. Bartelli (1180) 419.
— B —
Babowa'i, pat. (457-484) 110.
Bacchus, ev. intrus de M. Matta (avt.
750) 351.
Bahiya, femme de Muqaddar (ca. 1250)
591, 592, 596, 597.
Bahnam 566.
Bahram :
— V, roi persan (420-438) 46.
— pacha Bahdinan, de ‘Amadia (1740)
392.
Baidu, han mongol 86, 584, 585, 592,
598, 608.
Bakos :
— m. B. ‘Awe 241.
— sup. M. Behnam (1589) 453.
Bakr Bek (1833) 173.
Balai d’Alep 755.
Balas, roi persan (484-488) 475.
Ballyet (Mgr) (1767) 362, 390, 684.
Baniqaye 38, 186, 223.
banu Azd 104, 146.
banu Hldl 672.
banu Pustadar ( Balbusnaye ) 365.
banu Saibdn 463.
banu Paiman 337.
banu ‘Urfiwa 617.
INDEX DES PERSONNES
833
Bar Aba, archidiacre d’Erbil (585) 54.
Bar Bahlul 559.
Bar Butela (v. Bar Kutela) .
Bar Daira :
— m. Bar ‘Eta (VIe s.) 281.
— m. ZaTaran 746, 747.
Bar ‘Eta :
— m. fond. Marga (562) 16, 26, 54,
167, 182, 207, 230, 270-283, 293,
331, 332, 412, 413, 471, 478, 492,
645, 646, 758, 768, 777, 791, 792,
825.
— m. de R. Sllwa sur le Tigre (ca. 690)
271, 417.’
Bar Habblwa, m. p. d’Adiabene 44.
Bar Hadbsabba :
— s. ma. (355) 44.
— 6v. Erbil 51.
— 6v. jac. Gomel (818) 231.
— m. fond. Marga 16, 255-256, 271.
Bar Hebraeus (v. Gregoire Abu’l-Farag).
Bar Kutela, 6v. M. Matta (1142) 352,
418, 419, 439.
Bar Nasiha, 6v. intrus M. Matta (ca.
890) 351.
Bar Qinaya (v. Dioscore).
Bar Sabta :
— £v. Ma‘alta (du Zab?) (ca. 580)
214, 216. '
— 6v. Sahrqard 216.
— 6v. §us 216.
— £v. B. Zabdai (273-291 ?) 216.
— m. fond. Ma‘alta 186, 211, 215,
216.
Bar Sahda (ou Sahde, Sohdo), 6v. Ni-
nive (?) (485) 327, 344, 350, 601,
759, 765.
Bar Sahde :
— m. de M. Adona (d£but VI Ie s.)
417, 791.
— 6v. ‘Ain Sappan6 (576) 791.
— dv. Erbil (554) 54.
Bar Wahlb 618.
Bar Yak (Murad b. Ya"qub) 359, 382,
391, 544.
Bar Yunis de Ba‘slqa (Sams al-Din
Muhammad) (1260) 423, 465.
Barad^e (Jacques) 49, 106.
Barbara (Ste Barbe) 412.
Barsaba, p. m. d’Adiabene 44.
Bar§aume :
— I, pat. (1134-1136) 201.
— 6v. Hewton (1134?) 201.
dv. Nisibe 52, 53, 327, 328, 330,
344, 350, 431, 468, 475-476, 627,
628, 631, 765, 774, 784, 825.
Safi, maph. (1288-1303) 340.
Barzai, g£ant 734, 770.
Darzani (Kurdes) 253, 258.
Basile :
— St. 569.
— ‘Abd al-MasIh, maph. Tur ‘Abdin
(1655-1662) 460.
— Asmar, 6v. Diarb^kir (1828-1842)
375.
— ‘Aziz, maph. (1471-1487) 447,
585-586.
— ^v. jac. Bagdad (1189) 667.
— Barsaume, maph. (1422-1455) 585.
— Bisara, maph. (ca. 1900) 341.
— Ellya Karmo, maph. (1825-1837)
588.
— Habib, maph. (de Mossoul?) (1658)
460.
— Habib II, maph. Tur ‘Abdin (1665-
1674) 460.
— Ibrahim, maph. (1496-1508) 447-
448, 586.
— Ibrahim, £v. B. Taksur et B. Say-
yad£ (1277) 80, 352-353.
— pat. Mardin (1361) 409.
— Matta b. Iso‘, dv. jac. Bagdad (1 189)
484.
— Pilate, maph. (1576-1591) 453,586,
587.
<§v. Tabriz (f 1271/2) 352.
— Yalda, maph. (ca. 1678) 461.
Bassima, m. 128.
Bastam b. Dugar 391.
Bastohmag 164, 182, 183.
Batta, 6v. Erbil 52.
Batii, han mongol 807.
Ba‘ut, compagnon de M. Matta 763.
Rech. 23 — S3
834
ASSYRIE CHRETIENNE
Bawai :
— pat. (497-502/3) 53, 475.
— ev. Erbil (debut VIe s.) 54.
— de Gwilta, le musicien (fond. £coles)
67, 143, "l 75, 251, 257, 260, 265, 267,
281, 285, 288, 292, 293, 295, 297,
299, 300, 301, 772, 788, 791.
— le Grand, m. sup. Izla 16, 175, 216,
642, 643, 644, 825.
— le Petit, de Nisibe, m. 107, 162, 163,
175, 186, 192-194, 709.
— le Scribe, des grottes, m. 23, 175.
Bay at 146.
Bayazid; £mir de Karamlaiss (1365)
410.
Beaudoin d’Edesse 603.
Bechir, emir du Liban 372, 374, 375.
Behnam :
— St. ma. 205, 206, 466, 538, 565-
578, 599, 600, 603, 604, 608, 617,
760, 761, 762, 779.
— ma. (v. Vahunam).
— ev. Ba Nuhadra (1265) 484.
— Habbo Ganni de Bartelli, s. mede-
cin 426, 591, 598, 599.
— al-Hadli, maph. (1404-1412) 426.
— Yalda, maph. (1678) 609.
Benjamin de Tudele 397, 398.
Benoit XV 533.
Benson (Dr.) Archev. Canterbury 364
Besson (le P., o.p.) 727.
Bina Hatun — Marie Paleologue, mere
d’Argun 433.
Bisara Ahtal (Gvrille Behnam), ev. M.
Behnam (1790) 341, 588.
Bohtiso4 :
— m. 47.
— m. fond. Margana (ca. 720) 123,
128, 184, 186, 571 .
— b. Gibra’Il, medecin (850) 113.
Bohtiyar, emir Buyide 543.
Bohtizad, conf. (debut VIIe s.) 62.
Boka, 6mir mongol, 85.
Bbran, reine 56.
Bouya Soura, ma. de ‘Ainkawa (1833)
173.
Brihiso4 :
— 6v. Bawazig (1265) 121.
— Busnaya, m. R. Hormizd (Xe s.) 541.
— ev. Ba Nuhadra (IXe s.) 343.
— b. Skap£, m. B. Qoqa 155.
Burzlso, 6v. Ninive ( ?) (ca. 600) 344.
Busbeck (Auger) 398.
— C —
Campanile (le P., o.p.) (ca. 1810) 722.
Campion (Jeremiah) 373.
Candu (Kandu) famille de T. Kaif 357
Caraculus 40.
Chosroes :
— I, Anosirwan (531) 160, 330, 622,
— II, Parwez (590-628) 46-47, 55,
56, 60, 107, 138, 144, 148, 271, 331,
573, 630, 659, *768, 773.
Christophore :
— £v. armtmien (540) 329, 330, 765.
— ev. M. Matta (628/9) 351.
— II, Serge, ev. M. Matta (914) 351.
Church Missionary Society 374.
Clement d’Alexandrie 766.
Codeleoncini (le P. Domenico, o.p.)
( t 1753) 528,529.
Copistes, v. apres la lettre C.
Coupperie, Mgr 404, 497, 515, 516.
Cvprien, m. fond. Birta (VIIe s.) 26,
289, 296-300.
Cyriaque :
— pat. Antioche (793-817) 231.
— 6v. M. Matta (834) 351.
Cyrille Georges Dallal, ev. Mossoul
(f 1951) 427, 446, 579, 589.
CO PISTES
‘Abdallah b. Barsaume de Bartelli
(f 1345) 434.
‘Abd al-MasIh de Mossoul (Xe s.) 665.
Ablahad Thomas de Mallabarwan,
m. N.-D. Moissons (XXe s.) 807.
Abraham :
— b. Bad‘a, s. T. Esqof (1583) 386.
— b. chef Mansur, b. Joseph, s. B. Bore
(1224) 471.
INDEX DES PERSONNES
835
— b. Marb^na, p. T. Esqof (1793/1796)
386.
— b. Marisan, p. T. Esqof (1688) 386.
Abu Farag d’Amed (XII* s.) 598.
Abu ’1-Farag de Ba Sabrina (XIIIe s.)
598.
Abu ’l-Hassan :
— de Mardin (XIIIe s.) 598.
— du Segestan (XIIIe s.) 598.
Abu Nasr b. Salman b. Salem de Ba
Busna (1306) 398, 506.
Abu Zakariya de Mossoul (Xc s.) 665.
‘Ataya b. p. Farag A laqdassi, b. s. Mar-
qos d’AIqos, p. de Gazarta (1568/
1590) 365, 392, 690.
‘AwdIs6‘ :
— b. Duso, p. m. de Telia (Birta) (1843)
288.
— b. Ellsa‘, b. ‘AwdIso‘, &. M. Yaqo
(1879/1898) 394, 680, 690, 693.
— b. Hadaya de Batnaya (1702) 386.
— b. p. Hormizd, b. p. Isra’Il, p. Alqos
(1664) 359.
— b. Mas‘ud, 6v. Marga (1295) 406-
407.
Awraha :
— s. M. Awraha (1680) 532.
— b. Sim‘un, b. Awraha, B. Daniel,
de la famille du p. Isra’Il, qui est la
maison du chef Hanna ou Sekwana,
p. Alqos (ca. 1882) 315.
Bahrln, p. Ba Mismis (1741) 305.
Bakos b. Matta b. Moi'se b. Isaie, m.
de Qaraqos, a Edesse puis Th^balde
(1229-1250/1) 444, 461.
Behnam b. p. ‘ Issa, m. de Mossoul ( 1 565)
437.
DadIso‘ Naggar de T. Kaif, p. m. (XXe
s.) 22/
Daniel p. m. R. Hormizd (1208/1211)
544.
Daniel b. Yusif b. Sarkis, p. Ba Sahra
(ca. 1220) 481.
David de Barzand 169-171, 172, 251,
252, 294, 302, 303.
Denha :
— b. p. Marbehnam, s. Bartelli (1677)
687.
— b. p. Ellya, b. p. Yalda (1753/1755)
313, 317.
Elie b. Gum‘a, b. §a‘ya, b. p. Homo,
b. p. Hanna, b. p. Homo, b. p. Daniel,
d’AIqos (agd de 13 ans en 1869) 394.
ElIya :
— dit ‘Ala’ al-Dln, b. Fahr al-Dln,
surnomm^ Bar Sephaya, p. Mossoul
(1499) 386.
— b. §. Guorguls d’AIqos (1716) 302.
— b. p. Yalda, b. p. Daniel, b. p. Ellya,
b. p. Daniel d’AIqos, s. (1713/1716),
p. (1722) 293, 301, 312, 691.
Emmanuel p. Borb (1526) 76.
Gabriel :
— b. p. Husaba, p. Alqo§ (1509) 392.
— b. p. Husaba, b. s. Yusif, d’AIqos
(1820/1821) 680, 688.
— b. Nolal b. Haidar, p. T. Kaif ( 1 725)
690.
GuorguIs :
— s. Alqos (1695) 302.
— b. p. Daniel, b. p. Ellya, b. p. Daniel;
s. Alqos (1705) 720.
— b. 6um‘a, b. ‘Abd al-MasIh, §.
syrien Scmmd, m. M. Behnam
(1730/1731) 587, 687, 688.
— de Hudaida (XVe s.) 668, 669.
— b. Hu§aba, m. Qaraqos (1578) 457.
— b. p. Isra’Il, b. p. Flormizd, b. p. Is¬
ra’Il, p. Alqos (1681/1723), 365,
677, 679, 315.
Habas b. Gum‘a, b. Haba§, b. p. Ellya,
§. QaraqoS (ca. 1740) 445, 448,
613, 688.
Hadbsabba b. p. Isra’Il, b. p. Hormizd,
b. p. Isra’Il, p. Alqo§ (1661) 690.
Hanna :
— b. Ellya b. Hassan Sakaklnl, p. 94.
— b. p. Homo, b. p. Daniel, p. Alqos
(1731/1755) 287, 306, 311, 366,
412, 691.
836
ASSYRIE CHRETIENNE
Hindi b. Ablahad Maqdassi , b. Tomane
de Gazarta (1590) 474.
Hnania b. Potros, in. Adeh (1883) 303.
Homo :
— I, b. p. Daniel, b. p. Eliya, d’Alqos.
5. (1680/1688), p. (1700/1701) 311,
316, 555, 690.
— II, b. p. Hanna, b. p. Homo, b. p.
Daniel, d’Alqos (1773) 365.
Hormizd :
— b. 4Abd Allah de Karamlaiss (1567)
406.
— b. p. Isra’il, p. Alqos (1670) 407.
Ibrahim :
— p. m. Biboze 318.
— b. Mas'ud, b. Barsaume, b. Ishaq,
p. Qaluq (1636) 441.
Isa‘ya, m. M. Malta (1171) 443.
Ishaq :
— Gaddo, p. Alqo§ (1899) 154, 371,
393, 402.
— b. Hanna Halmoga, p. Alqos (1852)
312’
— Razqallah (1791) 438.
Isra’il, b. p. Sim'un, b. p. Isra’il; s.
Alqo§ (1766) 305.
‘Issa :
— s. (d’Adeh ?) (1871) 302.
— b. Isa‘ya, b. Quriaqos, d’Eqror,
ecolier en 1822 (1888) 315, 684.
— b. Ishaq, p. Hakkari, a Batnaya
(1474) 379.
Iso4, b. Brahlm d’Artun (1755) 306.
Joseph, b. p. Sim4un, b. s. Sa4ya, b. p.
Hormizd, p. (1873) 265.
Kasrun d’Edesse, miniaturiste (f 1139)
583, 598.
Mahbub, p. Basblta (1220) 479.
Marbena b. Joseph, b. Malkis, b. Tho¬
mas de Ba Sahra ( 1 1 77) 481.
Marqos, b. p. ‘Awdlso4, neveu p. Yalda,
b. p. Guorguls, s. Alqos ( 1807) 790.
Matt a :
— b. Hadaya de Qaraqos (ca. 1811)
446.
— de B. Hudaida ; en Egypte (1585)
444.
Matti b. Maqdassi Yusif, s. Mossoul
(1759) 437.
Mattlka Haddad, s. Alqos (1958) 393,
466.
Mubarak b. Daoud b. Sallba, b. Ya‘qub,
miniaturiste de M. Matta (1220)
427.
Nicolas deT. Kaif, m. R. Hormizd (1888)
319.
‘Osana b. Thomas, s. Ar^na (1588)
807, 809, 810, 811.
Paulos Qasa, s. Alqos (XXe s.) 301,
394, 552.
Potros b. Yohannan, p. B. Sayyade
'(1267) 173.
Praharosaya b. Kabbata (1188) 668.
Raffo b. s. Ya'qub Saka de Bartelli
(1914) 431.
Razqallah, ev. syrien Mossoul (1736)
688.
Romanos, b. s. Miha’Il, b. p. Husaba
d’Alqos, s. M. Isa'ya Mossoul
(1822/1859) 684.
Safar b. Iso4, p. B. Dai'we (1742) 407,
801.
Sawr (Iso4), m. B. Qoqa (768) 152.
Sim'un :
— p. Bedwil (1851) 790.
— b. Isra’il, s. Alqos (1731) 311.
— b. Potros Asmar, s. T. Kaif (1824)
679.
— b. Smuni, p. Mossoul (1549) 525.
— de Takrit, p. Bartelli (1246/1280).
473.
Slivva Zha, m. Dair Yusif (894) 562.
Staipho Reis, s. Alqos (1880/1902) 807,
808.
Stephane Marrogue, m. Baqofa (1888)
380.
Sulaiman p. T. Esqof (1558) 386.
Thomas b. Nlsan, m. T. Esqof (1819)
386.
Tsalabi b. Hoso, p. (1786) 801.
Warda b. Lazare, p. Darband (f 1757)
801.
Yahwalaha, m. B . ‘Awe (1218) 233,
247.
INDEX DES PERSONNES
837
Yalda :
— b. p. Daniel, b. p. £lie, b. p. Daniel,
d’Alqos, s. (1656), p. (1695/1723)
289, 291, 293, 300, 302, 366, 679.
— pere d’ElIya, p. Alqos (1713) 293.
Yaq5 b. Sawmo de Piyoz (1878/1888)
312, 314, 315.
Ya‘qub :
— Habas, p. Qaraqos (1888) 443.
— b. p. Iso‘, b. Maqdassi ‘Abd al-Nur
(1705) 642.
— Sako, p. Bartelli (1903) 479.
Yoanls, b. s. Potros, b. KamunaKattula,
m. R. Hormizd (1722) 547.
Yusif :
— b. Guorguis, b. p. Isra’Il, d’Alqos, s.
(1698), p. (1727/1731) 411, 678,
679.
— b. Harms de Singar, p. Bartelli (1269)
435.
Zei‘a b. Hormizd, d’Artun Sanaya
(1885) 306.
— D —
Dada 762.
DadI§o‘ pat. (421-456) 52.
DadIso‘ m. sup. Izla 16, 642, 644, 777.
Dahqdn (les) 150.
Dall6, mere de Safar de Ma‘alta 679.
Dalqandi (Hag) d’Erbil (1310) " 88, 89,
90.
Damianos p. poete, R. Hormizd 392.
Daniel :
— m. fond cvt Bousiers 19, 601, 616.
— I, 6v. Erbil 51.
— II, 6v. Erbil 52
— Ill,, £v. Erbil 52
— Dr. Erbil (ca. 625) 60.
— m. 23.
— ma. (ca. 424) 552.
— b. p. Marha’Il, enfant de M. Yaqo
(1710) 728.
— ev. M. Matta (817) 351.
— le mddecin, m. 324, 552-554.
— dv. jac. Ba Nuhadra (629) 334, 353.
— le penitent 769.
Daoud (David, Dawld).
— b. Hamdan 650.
— Kora 474.
— al-Surl (pat.?) (1615) 95, 526.
Darius III 40, 181.
David :
— (A.T.) 375, 734.
— b. Barsaha, ev. Hrbat Glal (ca.l 140)
114.
— de Barzand, p. 169-171, 172, 249,
251, 252, 294, 306.
— Eskolaya, de Kafar ‘Uzail 176.
— £v. (?) Hadita (1075) 113-114.
— ( ?) 6v. Hadita/B. Garmal (ca. 1140)
114.
— ev. Hewton et Hnita (790) 199-
200, 212.
— £v. B. Kartwayd (VIIIe s.) 153,
217, 258, 30(».
— b. Paulos de B. Rabban 308, 463,
499, 774.
— reclus (1310) 88, 89.
Dawld, p. Herpa (1868) 249.
Denha :
— I, pat. (1265-1281) 77-83, 87, 121,
154, 155, 166, 173, 174, 176, 343.
— II, pat. (1332-1364) 51, 89, 92,
406, 409, 410, 785.
— Subha, pat. (?) (1380) 526.
— « prince » de B. Daniel (VIe s.) 483.
— chef de Herpa (XXe s.) 239.
— b. Semraita, prince d’Adiabene 160.
— sup. Tar‘il (1310) 88, 179.
Denys :
— de T. Mahr£, pat. Antioche (818-
845) 231.
— de la Couronne d Ypines (le P., o.c.d.)
(1654) 359-360.
— Joseph, 6/. Tabriz (1277-1290) 352.
— Moise, maph. (1112-1142) 418,
480.
Saliba II, maph. (1222-1231) 421.
Desgranges Ain6 375.
Dindowai, 6v. Hnita et Ma‘alta (ca.720)
211-212, 214.
Diocl^tien 577, 761.
Diogene 615.
838
ASSYRIE CHRETIENNE
Dioscore :
— Belinam II, maph. (1415-1417)
443, 585.
— b. Qinaya, maph. intrus (1360)
409, 425, 435.
Dirta m. disciple de Sim‘un de Sin 272.
Dirta sup. Za‘faran 745-746.
Dix AliLle (v. Xenophon).
Dnah Maran, ev. Hewton (ca. 800)
141, 200.
Dokuz Hatun 79, 81.
Donateurs, v. apres ia let ire D.
Dorothee (Pseudo) 495.
Diibais, de Ba Sahra (1289) 482.
Ducloux (M^ 372, 376.
DONATEURS ET DONAT RICES
( surtout de livres)
‘Abd Allah b. Doso de T. Hes (1688)
555.
‘Abd Allah p. Karamlaiss (1295) 406.
Ablahad p. in. Adeh (1871) 302.
‘Abd al-Ahad b. s. Ganima, de Mossoul
(XVII® s.) 655
‘Abd al-Ahad, p. Dehok (1822) 684.
‘Abd al-Galll b. ‘Abd al-Ahad al-
Wazzan, maqdassi de Mossoul (XVIIe
s.) 655.
‘Abd al-Hai, b. s. Sams al-Dawla, de
Mossoul (XVIIe s.) 655
‘Abd al-Karim b. Marzena de Mossoul
(1681/1682) 655.
Abraham p. Dehok (XVIIe s.) 682.
Aramia (J6remie), p. Ma‘alta (1824)
680.
‘Askar b. ‘Abdes, p. T. Esqof (1702)
386.
‘Askar s. Kaniafalhan (1713) 293.
‘Avvd!s6‘ p. jac. Karamlaiss 411.
‘Awdiso‘ de Sanaya (1696) 306.
‘AwdIso‘ b. Sultan $ah, b. Garib Sah,
b. chef Zain al-Dawla, p. BaSvira
(1549) 525.
‘Awdiso‘ b. Yonan, chef Ba Sapr^
(fin XVIIe s.) 291.
Awraha b. Gavvo, chef.^ios (1722) 691.
Awraha b. Murgan, p. Alokan (1687)
675.
Awraham p. Sios (1661) 690.
Awro p. ‘Essan (1715) 312.
Ayyar b. ‘Abdal p. T. Kaif (1719/1743)
362, 365, 366.
Ayyar b. p. Nlsan, b. Denha, b. Husabo,
p. Tallanlta (1731/1745) 311.
‘Azlze, fille Ishaq, M. Yaqo (1705) 720.
Bado b. Patto, chef Biboz£ (1720) 318.
Bagdad femme d’Ishaq, M. Yaqo (1705)
720.
Baza de Kaniafalhan (1713) 293.
Brahlm b. Hormizd, p. Argen (1753)
313.
Daniel b. Issa, maqadassi d’Alqos (1594)
654.
Dawda b. Iskander, chef Hard6s (1715)
251.
Dawld b. AwdIso‘, apolropa d’Adeh
(1371) 302.
'w
Dawld Awraha, rabban de Sios (1722)
691.
Dawld b. Kanun de ‘Atus (1745) 311.
Denha b. Husabo de Tallanlta (ca.
1700) 311.
Duso b. Gawriel, p. Adeh (ca. 1695)
302.
Elfcyi, fille p. Hormizd d’Alqos (ca.
1700) 678.
Elfeyi, fille Yagmur de T. Kaif (1773)
365.
Eliya, neveu p. Hormizd de Salmat 262.
Francis s. Ma‘alta 679.
Gabriel b. s. Yalda, p. T. Kaif (XVIIIe
s.) 365, 690.
Gamal al-Din, p. T. Hes (1688) 555.
Gawriel Kandu Gawo s. Sios (1680)
690.
Gawriel maqdassi b. Denha, s. Harmas6
300.
Gawriel (ou Gawro) qankdya Hardes
(1715) 251.
Gawrlya b. Slemun de Dehok (X\TIIe
s.?) 682.
Gawro b. Hawsab, p. Nerem 253.
Georges, rachete livre de pillards (1604)
698.
Gibo, chef de Sios (1661) 690.
Gulwo b. Paulos b. Nlsan, chef M£z£
(1882/1888) 314, 315.
6um‘a de Karamlaiss (1726) 411.
INDEX DES PERSONNES
839
Guorguis p. Sios (1731) 691.
Guorguis b. Zahia, b. chef Thomas,
chef Salmat (1787) 262.
Han£, fille cle Maqsud de Karamlaiss
(1726) 411.
Hanko de Dehok (1859) 684.
Hanna b. ‘Abd Allah de Karamlaiss
(1726) 411.
Hanna de Dehok (1859) 684.
Hanna, chef de Qasr i-Yazdin (1587)
690.
Hanna, s. chef Semmel (1710) 687,
689.
Hann6, croyante de Salmat (1723) 261.
Hatun, fille de Settd, fille p. Ellya (de
T. Kaif?) (1710) 527.
Helene, fille de Nlsan (de Dezz£ ?) (1731)
790.
Helene, fille de Yonan de Ma‘alta( 1820)
680.
Hom6 b. S£fo de Ma‘alta (1894/1896)
680.
Hormizd b. p. ‘Awdlso*, b. p. Marrogu6,
p. Sios (1731) 691.
Hormizd Husabo de Sios (1680) 690.
Hormizd de Karamlaiss (1726) 411.
Hormizd Kassa de Dehok (1741) 684.
Hormizd, b. Marqos de Telia, de Ba
Sapr£ (fin XVIIe s.) 291.
Hormizd, p. Salmat (1678) 261.
Hormizd, maqdassi de Saqlawa (1731)
679.
Hormizd, b. p. Thomas, p. Salmat 262.
Hosa’, p. Qasr i-Yazdin (1587) 690.
Husaba b. Hanna, p. Bartelli (1578)
457.
Ishaq, b. Guorguis, M. Yaqo (1705)
’ 720.
Iso‘, p. Birta (1743) 287.
Iso‘, b. Ibrahim (Ganlma?) (1670) 407.
Is6‘, b. p. Melchisedech, p. Sios (1722)
691.
‘Issa, b. chefHassan, p. T. Esqof (1499)
386.
‘Issa de Karamlaiss (1726) 411.
Iss6vo b. s. Gabriel, b. chef Sdpho
(1708/1711) 687, 689.
Jean, reclus de M. Matta (1209) 419.
Kammo, croyante de Salmat (1723)
261.
KandG fille p. Yalda (d’Alqos?) (1756)
527.
Kanun de Karamlaiss (1726) 411.
Kanun b. p. Matta, p. Bhandawa'i ( 1 722)
551.
Mansur b. Sawa, de Dehok (1859) 684.
Marhay6, b. p. Sim‘un, p. ‘Essan (1852)
312.
Mariam, fille p. Daoud de T. Kaif(1751)
365.
Mariam de Salmat (1723) 262.
Marqos b. Hormizd de Billa (1656) 289.
Mattai de Dehok (1859) 684.
Melchisedech, b. p. Husaba, b. p. Gaw-
riel, p. Sios (1680) 690.
Merot, fille Hormizd de Salmat (1740)
262.
Mlho, de la famille Zelfe de Dehok
~( 1859) 684.
Mu§6 de Kaniafalhan (1713) 293.
Naz^, croyante de Gaplta (?) (1766)
305.
Nlsan, p. Dezz£ (1807) 790.
Nlsan, b. Marhay^, p. Hatar£ (1716)
301.
Potros b. p. Guorguis, §. Adeh (1871)
’302.
Potros b. Hormizd, d’Alqo§, s. a Dehc5k
‘(1859) 684.
Quriaqos b. ‘Awdlso1, p. T. Kaif (1743)
366.
Quriaqos m. R. Hormizd (1868) 319.
Rabban b. Sabo d’Adeh (ca. 1695) 302.
Sabo de Si5s (1722)’ 691.
Sabo, p. T. Hes (1688) 555.
Sahzo, fille de Gum‘a de T. Kaif (1738)
366.
Samro, croyante de Semmd (1710)
687.
Sayida, rcligieuse de Qaraqos (1575)
612.
Sara, croyante de Salmat (1723) 262.
Sawa, b. p. Hormizd, p. Salmat (1678)
261.
Sim‘un, b. p. Gum‘a, s. chef T. Kaif
(1743) 366.
Sim‘un b. Hosabo, wakll , chef Ma‘alta
(1894/1896) 680.
Sim‘un b. Hudada, chef N^rem 253.
840
ASSYRIE CHRETIENNE
Simkun b. chef Isra’il, p. Semmel(1744)
689.
Sim‘un b. s. Sultan 5ah, de Mossoul
(1594) 654.
§16mun b. Hanna de Qasr i-Yazdln
(1587) 690.
Sllwa de ‘Essan (1715) 312.
Slivva b. Hudada, p. Ba Sapre (1685)
291.
Smuni, fille s. Gawriel, chef Semmel
(1718) 679, 689.
Smuni, fille Nazar de Telia (Birta)
(1701) 287.
Yalda, chef ‘Atus (ca. 1850) 312.
Yalda b. Guorguls, s. Adeh (1871) 302.
Yalda, p. T. Hes (1688) 555.
Yalda, s. T. Kaif (XVIIR s.) 365.
Yaqo b. Marqos de Telia, p. Ba Sapr£
(1685) 291.
Ya‘qub, chef Dehok (1859) 684.
Yohannan b. Slivva, p. Ba Sapre (1685)
291.
Yosipo b. s. Safar, b. chef Savva, b. chef
Isra’il, b. chef Sepho, chef Semmel
(1823) 689.
Yusif b. Gawriel, p. Hordepne (1755)
317.
Yusif Hindi, hwagah de Mossoul (XVIIe
s.) 655. '
Yusif b. s. Hormizd, p. Hordepn^
(1682/1716) 316.
Yusif, p. m. Ma‘alta (1896) 680.
Yusif b. Matta, de Hardes (1698) 251.
Yusif, m. Qaraqos (1575) 612.
Yzdlya, fille de Safar d’Alqos (1728)
527.
— E —
Eleazar (A.T.) 451.
Elie (Elias, Ellya) :
— (A.T.) al-Hidr 576, 578.
— I, de Karh Gedan, pat. (1028-1049)
120, 200, 652.
— II, b. Muqli, pat. (1111-1 132) 667.
— Ill, Abu Halim, pat. (1176-1190)
74, 75, 1 05* 121, 154.
— Os‘ana, pat. (?) (1480) 526.
— VI, pat. (1558-1576) 390, 698.
— VIII, pat. (1591-1617) 9, 95, 156,
157, 247, 254, 283, 391, 527, 532,
827.
— IX Simon, pat. (1617-1660) 360,
545.
— X Marawgin, pat. (1660-1700) 465.
— XI Marawgin, pat. (1700-1722) 545.
— XII Denha, pat. (1722-1778) 365,
390.
— IV ‘Abbolyonan, pat. (1879-1894)
414, 533.
— ev. Assyrie (1020/1029) 73.
— m. R. Hormizd (1012) 544.
— ev. Mticjan, (ca. 790) 70, 231, 281
— m. p. Saqlawa (1860-1943) 171,
754, 755.
— b. Sinaya, €v. Ba Nuhadra/Nisibe
343, 667, 826.
— 6v. jac. Singar (et Mossoul?) (758)
351.
Elisa4, sup. m. chald. 547, 549.
Elisee :
— de B. ‘Awe, 6v. Bawazlg (ca. 750?)
120-121.
— de Quzbu 227.
ElIya :
— ‘Abdoka, ma. (1831) 172.
— d’Anbar 755.
— de Hlra, m. fond. Mossoul 16,639-
649* 825.
— maph. (1583/1589) 586.
- — £v. Mossoul (ca. 1350) 349.
— £v. Narsibad (834) 452.
— Safar, £v. ‘Aqra (f 1854) 249.
— b. p. Thomas, de T. Kaif (1719) 362.
Emmanuel :
— I, pat. (937-960) 72, 562, 650.
— II Thomas, pat. (1900-1947) 367.
— Asmar, ev. Zaho (1859-1875) 341,
727.
— p. Ba Sos (d£but IXe s.) 261.
— Dr. Couvent Sup^rieur 755.
Enos I, pat. (877-884) 72.
Ephrem (Aprem, Afram) :
— le Syrien 39, 435, 685, 733, 750.
— 6v. Mossoul (ca. 720) 347, 471.
INDEX DES PERSONNES
841
Epiphane (pseudo) 495.
Esau (A.T.) 735.
Etienne :
— St. 368.
— de Ba Sabrina, ev. M. Matta (1495)
353.
— 6v. Sin et Bawazlg (ca. 1070) 120.
Eudoxios pat. 436.
Eugene (v. Awgin)
Eusebe de C6sar£e 755.
Euthyque (St) 730.
Eveque chamelier 108, 126, 128.
Ezechiel :
— pat. (567-581) 54, 106, 211, 345,
498, 791.
— £v. a P^sabur (VIe s.) 697.
— F —
Fadlallah, p. m. M. Behnam (ca. 1250)
591, 598.
Fathallah al-Qadri 364.
Feruhan, roi persan 46.
— G —
Gabba Iso‘, m. Zawyia (VIe s.) 278.
Gabriel :
— 6v. Assyrie (1012) 73.
— de Babuza, m. R. Hormizd (Xe s.)
472, 542.
— Busnaya, m. R. Hormizd (Xe s.)
541.
— sup. cvt Cyprien (VIIIes.) 26,221,
222, 228, 264, 288, 297-298, 299,
771.
— Dambo 393, 394, 396, 546, 548,
549.
— Dg^bara, p. Damas 375.
— m. Bar ‘Eta (ca. 1000) 277.
— 6v. Gondisapor (905) 233.
— €v. Hewton (1257) 201.
— sup. R. Hormizd (1722) 546.
— b. Kanun Kandu, s. T. Kaif 361.
— de Kaskar, m. fond. 23.
— m. fond. Mossoul 16, 501, 755.
— (de B. Qala?) 6v. Salah (ca. 800)
151.
— Qamsa, 6v. Mossoul 85, 154.
— b. Rakwa, £v. Assyrie (1064) 73.
— ev. B. Rustaqa (1283) 785.
— S^pho, s. chef Semmel (ca. 1717)
689.
— Seprona 245.
— de Singar 331,332,417,483,488,
646, 768, 773, 826.
Gabrona, m. 17.
Ga‘far b. al-Mu‘tasim (v. al-Muta-
wakkil).
Ga’In, fond, lai'c 17.
Galal al-Dln Ibrahim al-Hatanl 508,
513.
Gamal al-DIn :
— p. m^decin d’Erbil (1359) 93.
— gouv. Mossoul (1162) 603.
— = Nlsan, £mir (de Bartelli ?) (1285)
434.
Gamila, fille de Na§er al-Dawla 503,
505.
Ganlma (famille) 407.
Garlba, religieuse 756-757.
Garma'i, ev. M. Matta 329, 330, 350,
499.
Gawriel :
— ev. Gazarta (1590) 474.
— £v. Mossoul (fin XIIIe s.) 349.
Gawsi, m. Nardos 629.
GawsIso‘ :
— £v. Ba Nuhadra (585) 325, 342.
— m. Za‘faran 745, 825.
— m. Zina i (fin VIIe s.) 144.
G&ase (495) 568.
Genois a Erbil (1290) 85.
Georges (Guorguls).
— St. 388-389, 436, 449, 472, 514,
568, 575, 577, 601, 604, 608, 691,
802.
— I, de Kafra, pat. (661 -680/1) 63-64,
119, 143, 198, 345-346, 712, 715,
744.
842
ASSYRIE CHRETIENNE
— II, (Sarzad b. Mihro'i) pat. (828/
30-831) 788.
— de B. ‘Awe, ev. Bawazig (ca. 800)
120.
— ev. Basrah (ca. 1080) 121.
— • b. Goga, ev. Zaho (1875) 363.
— Joseph Kiat 375.
- ev. Ma‘alta (1283) 215.
— ev. M. Matta (1495) 353.
— de Menyanls 207.
— de Nesra (Bar Sayyade), sup. B.
‘Awe 245.
— b. Tobi (Georges d’Erbil) (fin Xe s.)
72.
Gibra’Il (Gabriel) :
— s. M. Behnam (1164) 591, 598.
— b. Sabroi 463.
— b. p. Yohannan, architecte (f 1300)
433.
Goddes Liancourt 373.
V
GorgIs :
— maph. Mossoul (ca. 1670) 460.
— b. Saba Yusif, sculpteur 380.
Gregoire :
— XIII 586.
— XVI 372.
— I, pat. (605-609) 13, 55, 331, 708,
812.
— m. (IVe s.) fond. Billa 290.
— sup. B. ‘Awe, ma. (XVIe s.) 248,
252.
— Barsaume al-Safi b. Hebraeus, maph.
(1288-1308) 424. 429, 618.
— ascete grec a Billa 290, 314.
— Dr Erbil (ca. 600) 60.
— abu 4-Farag b. Hebraeus, maph.
(1204-1286) 20-27, 78, 423-424,
433, 434, 457, 484, 583, 598, 759,
767.
— Jean, ev. M. Matta (ca. 1250) 352.
— Matta Hanno de Bartelli, maph.
(1317-1 345) 1 74, 409, 424-425, 429,
482.
— ev. B. Rimman (629) 123.
— Ya‘qub II, maph. (1189-1215) 178,
420, 429, 568, 667.
— Yohannan, 6v. M. Matta (1241-
1269) 423.
Gregorios (les fils de), ma. Karamlaiss
415.
Grey, baronet Sir George 374.
Gufrasnasp ma. 205.
Guhisthazad ma. (341) 44, 45.
Guiorgue, de Qur, m. 197, 272.
Guorguis (Guiwarguls) :
— m. M. Behnam (1660) 609.
— m. contemporain Bar ‘Eta, fond.
Adiab. et Birta 207-208, 230, 287,
413.
— m. disciple Bar ‘Eta, fond. Karam¬
laiss 207, 274, 412-413.
— p. poete Alqos (XVIR s.) 394.
— m. ma. (VIIe s.)
— famille de Ma‘alta (1844) 680.
— ev. Mossoul (fin XIIIe s.) 349.
Gurla de Kafar ‘Uzail 176.
— H —
Habas, famille Takrlt/Qaraqos 443.
al-Habbaz 101.
Habblwa, ev. Erbil 52.
Habib :
— m. Amed (521/565) 762.
— Dr Hadita (ca. 800) 105.
— l’hydropique, m. B. Qoqa 152.
— d’al-Sin, m. B. Qoqa 153.
— ascete Zinai 128.
Habbo Ganni, famille Bartelli 426, 481.
Haddad, famille Alqos 807.
Hagar (A.T.) 803.
Haitam, roi armenien 86.
Hakkari ( Kurdes ) 543.
Hamdun le Hamdanide 743.
Harms b. Qardali^ 78, 755.
Elana Iso‘, soeur Bar ‘Eta 275, 278,
492.
Hanan d’Alqos 813.
Hanna (Jean, Yohannan):
— fond, cvt (?) 813.
— d'Alqds 813.
— p. Gazarta 801.
INDEX DES PERSONNES
843
— sup. R. Hormizcl (1824) 547-548.
— Qorio, dv. ‘Amadla 414.
— s. T. Kaif (1719) 362.
Hapsai ma. 44.
Harun al-RasId 501.
Hassan :
— frere, M. Behnam (1164) 591, 598.
— frere de Matta, dmir Karamlaiss
(1358/1361) 51, 409, 425.
— * Pacha (1723) 184.
— b. Sawrlso4 166.
Hassassins {habitants de Hassasa) 420.
Hatem b. Saleh 147, 176.
Hatun Bahodi, religieuse 757.
Hawll, dv. Adiabene (183-190) (?)
188, 219-220.
Hawisa, reclus de Hinis (IVe s.) 789.
Hazqidl (Ezechiel) m. fond. 23.
Heder (ou Hidr), p. Mossoul (1719)
361, 362, 532, 660.
Helene, religieuse (VI Ic s.) 273.
Heliodore 822.
Henna (ou Hand) al-Nabiya, de T.
Kaif 371-372.
Henri VIII 331.
Heraclius 56, 332.
Hermes, dieu grec 496.
Hes, roi 552-554.
al-Hidr al-Ahdar, 358, 472,538, 575-
578, 583, 585, 586, 608.
Hidra, d’Ascalon 576
Hilmi Pacha de Mossoul 496.
Hind 17, 664.
Hiob (= Job), m. fond. Adiabene 16.
Hiram, dv. Adiabene (225-258) ( ?)
210.
Hnana :
— d’Adiabene 54.
— dv. Erbil (ca. 511) (?) 219.
— I, dv. Erbil (544) 54, 59.
— II, dv. Erbil (562-576) 54.
— m. 47.
Hnania :
— des bouquetins, m. B. ‘Awd 706-
707.
— sup. cvt. pont (ca. 562) 182.
— ma. Erbil (345) 44, 707.
Hnaniso4 :
— I, le boiteux, pat. (685/6-699/700)
64, 65, 66, 346, 499-500, 506-507,
508, 511, 514, 515, 713, 715, 716.
— II, pat. (773-780) 68.
— d'Adiabene, m. fond, cvt Pisd
(VII® s.) (= ‘Ananiso4?) 100, 272.
— dv. tud a Alqos (1832) 393.
— (‘Amr b. 4Amr), neveu M. Ellya
644, 645, 647, 648.
— dv. Mossoul (ca. 800) 347.
— dv. Mossoul (fin XIIIe, ddbut
XIV® s.) 349.
— sup. B. Qoqa (663-675) 143, 182.
— nom commun des metropolites de
Sapat et B. Samesdin 785.
Homo (Hormizd), famille d’Alqos, v.
Copistes 317, 393-394.
Honai'n le mortifid, m. B. Qoqa 152.
Hormizd :
— IV, roi persan (579-590) 644.
— pat. (?) (1570) 526.
— p. ‘Ainkawa (925) 168.
— l’aramden, m. (ca. 620) 138, 139.
— dv. Assyrie (1085) (= pat. Mak-
kiha I ?).
— b. Cannum al-Banna’, p. M. Ellya
641, 653-655. 658, 659.
— b. p. Hairallah, s. sculpteur 605.
— m. (1607) 706.
— b. Miha’Il 525.
— b. Nur al-Dln, p. Batnaya, sup.
M. Awraha (ca. 1650) 532.
— (Rabban), le Persan 26, 31, 239,
240, 265, 270, 272, 273, 358, 407,
476, 531, 533-540, 580, 648, 704,
720, 758, 768, 776, 778, 780, 802,
803, 804.
— p. Salmat (1723) 261.
— b. p. Sawrlso, b. p. Asad, p. T. Kaif
(1680) 532.
— m. Zlnai 128.
H0§o, b. s. Mhanna, de Karamlaiss 407.
Hubert, St. 572.
HudahwI :
— de Baqofa 380.
— dv. Hadlta (VIII® s.) 108.
— m. 23.
844
ASSYRIE GHRETIENNE
— m. Zlnai 128.
Hugair, laic 242.
Hulagu, han mongol 83, 180.
Humaidi , Kurdes 258.
Husaba d’Alqos (1753) 528.
Husaba, p. T. Kaif (ca. 1585) 359.
Husalaha, ev. 348.
Hussain :
— b. ‘Abd Allah b. Hamdan (932) 501 .
— b. Hussain (XIVe s.) 509.
— al-Gallli (1743) 445, 514.
Hu war a b. Theodoros 624.
Huznahlr de Sos (ca. 800) 258.
Hzairan, p. Barzane 169.
— I —
Ibn Halliqan 74.
Ibn Naslha 525.
Ibn Salama m. (Xe s.) 651.
Ibrahim :
— b. al-kAdl, 6v. Hira (ca. 990) 498.
— al-Astar 277.
— al-Garrahi 504.
— m^decin (VIIIe s.) 110.
— m. sculpteur (ca. 1250) 591, 592,
593.
— b. Nuh d’Anbar, medecin (850) 1 13.
— b. Slemun, ev. Adiabene (ca. 1 50-
165) (?) 485.
— b. Yahia, gouv. Hadlta 109.
Ignace :
— Antoine Samheri, pat. Antioche
(1852-1864) 467.
— David §ah, pat. Antioche (1576-
1591) 586.
— Ephrem II Rahmani, pat. Antioche
(1898-1929) 589.
— Jean Sillah, pat. Antioche (1484-
1494) 426.
— Matta Ta‘lab, pat. Antioche (1782-
1812/19") 588.
— Michel III Garwe, pat. Antioche
(1782-1800) 588.
— Na‘mat Allah, pat. Antioche (1557-
1576) 586.
— Simon Hindi Zora, pat. Antioche
(1814-1818) 588.
— de Bartelli, 6v. M. Matta et Adher-
baidjan (1269) 352.
Ill Daoud, maph. (1215-1222) 420,
421, 455.
— Lazare, maph. (1143-1164) 338,
419, 429, 440, 450, 483, 603.
— Sallba III, maph. (1253-1258) 422.
— ev. Urmi (ca. 1190) 340.
T lisa.4 (Elysde) maitre de Job le Persan
160-161.
‘Imad al-DIn :
— Sah in Sah, atabek Singar 486.
— Zengui, atabek Mossoul 486, 681,
694.
Ingik 494.
Innocent :
— IV 422.
— X 234.
Isaac (Ishaq):
— pat. (399-410) 48, 52, 119, 208,
211, 324, 765.
— de Ninive 346.
— ev. Ba Nuhadra (410) 324, 342.
— ev. Ba Nuhadra (fin VIIe s.) 342,
710, 714, 717.
— le Persan, marchand (IVe s.) 580,
590, 607.
— ^colier a P^sabur (VIe s) 697.
Isai'e, faux 6v. 766.
Isa‘ya (Isaie):
— m. maitre de Job le Persan 160, 161
— m. Mqurtaya (1718-1743) 612.
Ishaq, (Isaac) :
— ev. Erbil (IV s.) 71.
— Gaddo, p. Alqos 393.
— m. R. Is6‘ 746.
— al-Qalali (l’Egyptien) 613.
— p. Ba Sahra (1364) 480.
— m. a Telia (Birta) 287, 288.
— b. Yusif, p. Ba‘slqa (ca. 1857) 465
466,811.
Isidore de Seville 462.
INDEX DES PERSONNES
845
Isma‘Il :
— p. Piyoz (1738) 474.
— Bek, de ‘Amadia (1842) 393, 547,
548.
— m. disciple d’Apni Maran, sup.
Za‘faran 272, 745-746.
— d'Awana (VIIIe s.) 562.
— de Koumateh (Xe s.) 542, 747.
— b. Nun, pat. (823-829) 71, 257,
347, 485, 649, 650.
— b. Nun, pseudo gouv. Mossoul 132,
137.
— b. Nun, m. R. Hormid (Xe s.) 542.
— Zakko, p. Qaraqos (1731) 587,689.
Iso‘dad :
— m. B. ‘Aw6 31, 239, 240.
— de Merw, 6v. Hadita (837) 112,
113, 755.
Iso‘ emmeh, m. cvt Pise 101, 148.
Iso‘sawran :
— m. ma. Erbil 43, 46-47, 55, 67,
132, 137, 139, 189, 196-197, 332,
414, 415, 442.
— compagnon de Jean de Dailam 272.
— b. Mamai, ev. Ninive (VIIIC s.) 275,
283, 347.
— sup. M. Matta (?) 768.
— 6v. (de Mossoul?) 88, 89, 92.
— de Resa, co. de R. Hormizd (VIIe s.)
272, 407, 537, 778, 780, 803-805,
806.
Iso‘yaw :
— I, d’Arzun, pat. (582-595) 18, 54,
106, 107, 211, 217, 295, 325, 328,
377, 413, 644, 825.
— II, de Gidal, pat. (628-644/6) 56,
60, 61, 107, 139, 377, 531, 534, 646,
719, 744.
— Ill, d’Adibene, pat. (647/50-657/8)
16, 46, 55, 56, 60-63, 68, 118, 139,
140, 157, 164, 166, 182, 197, 243,
245, 296, 326, 331, 335, 344, 345,
346, 636, 668, 712, 716, 719, 744,
758, 780, 781, 808.
— V, pat. (1149-1175) 408.
— m. B. ‘Aw£ (ca. 710) 66.
— b. p. Awraha, b. p. Husaba, fr. pat.
Ellya, 6v. (1751) 365.
— de Barzan£, m. (VIe s.) 276.
— d’Erbil, ev. Assyrie (Xe s.) 73, 1 13.
— le long, m. B. ‘Aw£ 241.
— b. Mama, £v. Erbil (v. Simon VII).
— de Marga, 6v. Erbil (ca. 780) 68-
70, 115, 186, 199, 212, 222, 243,
244, 245, 257, 287-288, 347.
— b. Mqaddam, £v. Erbil (XVe s.) 93,
358, 407, 796, 801, 802, 803, 805,
811.
— 6v. Ba Nuhadra (1257) 343.
— « qui quitta sa place », fond. Ba
Nuhadra 16, 705, 708-711, 714,
715, 716, 725, 818.
— b. Qusr<£, fond. Mossoul (570) 16,
161, 325, 330, 474, 711, 769.
— sup. M. Miha’il (ca. 720) 662, 663.
— £v. Telia et*Bar Billa (1318) 234.
I§o‘zha :
— l’ennuque, fond. Adiabene 16, 192,
194-196, 206, 709.
— co. d’Iso‘savvran 46.
— <§v. M. Matta (VP s.) 351.
— m. B. Qoqa (768) 152.
Isra’Il :
— l’ain£, p. Alqo§ 390, 394, 545.
— le jeune, p. Alqos 392, 394, 474.
— p. Alqo§ (1672) 655.
— 6v. Assyrie (ca. 940) 72.
— b. ‘AwdI§o‘, b. Karr6, s. Ma‘alta
(1698) 678.
— £v. Erbil (1600) (?) 95.
— p. R. Hormizd (1666) 545.
— Sepho, chef Semmd 689.
— m. M. Yaqo 727.
‘Issa :
— p.m. M. Bchnam (ca. 1250) 591,
598.
— graveur 380.
— al-Humaidi 258.
— m. M. Miha’il (1583/1585) 670.
— al-Nattafa, sculpteur 606.
— b. Sahlupa, m^decin (VIIIe s.) 109,
110.
846
ASSYRIE CHRETIENNE
Istipanos :
— 6v. Dasen (VIIIe s.) 304.
— ev. Erbil (ca. 700) 64.
— m. (VP s.) 186, 196, 777.
— m. disciple Ya‘qub Hazzaya 713.
Italaha :
— ma. de Dastagard 44, 45, 682, 703-
704.
— ev. Gomel (629) 230.
— de Lal^s 813.
— ev. Ninive ( ?) (660) 346.
Itamar, p. ma. Adiabene 44.
IwanIs :
— Iso‘, ev. M. Behnam et Qaraqos
(1566-1576) 341.
— Kar6s Yagmur, ev. M. Behnam et
Qaraqos 445, 447, 448, 453, 458,
459, 587, 612, 613, 689.
— ev. M. Matta (1290) 353.
— ev. M. Matta (ca. 1300) 340.
— 6v. Ba Rimman (1166) 123.
Ivyu (Job, 6v. Erbil 53.
‘Izz al-Dln Mas‘ud, b. Mawdud, b.
Zengui, b. Aq Sonqor 484.
— j —
Jacob (A.T.) 735.
Jacques (Ya‘qub, Yaqo) :
— II, pat. (754-773) 67, 109, 150, 175.
— b. ;Abdi, de Mardin (1729) 362.
— Baradee 328, 329.
— d’Edesse 286, 451, 755.
— roi de Medie (b. Uzun Hassan) 557.
— de Nisibe 750.
— p. ma (347) 44, 45, 218, 229.
— p. ma. (371) (?) 220.
— le ZHote p. ma. (344) 220.
Jean (Yohannan, IwanIs):
— XVI, pat. Antioche (1215-1220) 455.
— Ill, b. Narsai, pat. (893-899) 72.
— IV, b. Abgar, pat. (900-905) 113.
— VI, b. Nazuk, pat. (1012-1016) 73,
113, 544, 650, 718, 719, 747.
— b. Aphtonius 645.
— ev. Athel, ma. (1572) 156.
— Baptiste (St) 368, 776.
— de Dailam 105, 305, 306, 313, 441,
442, 458, 580, 609-611, 806.
— de Dara 437, 767.
— de Dasen, pat. intrus 64, 499-500.
— b. Denha, p. B. Daniel (ca. 1350)
484.
— b. Denha, p. Karamlaiss (1360) 409.
— ev. Erbil, ma. (ca. 343) 44, 47, 49.
— archidiacre Erbil (ca. 630) 61.
— PEvangeliste (St) 57.
— de Gazarta, ev. ma. (ca. 1570) 156.
— Hormizd, 6v. chaldeen (1838) 254,
273, 395.
— de Hudaida, m. (XIIIe s.) 461,774.
— Job, ev. jac. Ba Nuhadra (1284) 353.
— b. Kaldun 26, 543, 660, 663, 664,
665.
— de Kuhta, ev. 774.
— b. Ma‘aani, maph. ( 1232-1253) 422.
— deux eveques de M. Matta (752)
334.
— II, ev. M. Matta (752) 351.
— ev. Mardin (1125-1165) 567, 579,
761.
— b. Mariam, ma. (344) 220.
— de Mossoul, m. ecrivain 386, 661,
668, 669.
— le Mossouliote, ev. Hammadan
(XIIe s.) 74.
— de Nahla 306.
— ev. Ba Nuhadra (605) 342.
— ev. jac. Ba Nuhadra (1166) 353.
— de Penek 755.
— le Persan, m. co. P^. Hormizd 537.
— de B. Rabban 308.
— IV, de Sarug, maph. (1165-1188)
419, 443, 448.
— Savva de Daliata 645, 685, 694.
— ev. Tai'man (ca. 823) 336.
— le vieillard, ev. M. Matta (685) 351.
— £v. Zabe 219.
— b. Zu‘bi, m. B. Qoqa (XIIe s.) 154,
349, 755.
Jeremie :
— m. fond Mt. Izla 16.
— Samir, traducteur de Sachau 393.
INDEX DES PERSONNES
847
— Timoth£e Maqdassi, 6v. Zaho (1892-
1929) 465, 466.
Jerome (St) 397, 495, 822.
Job le Persan, m. 160-161.
Jonas (Yonan) :
— (A.T.) 29, 32, 494-524.
— £v. jac. Ba Nuhadra (773) 353.
Joseph (Yusif, Yawsip):
— (A.T.) 808.
— pat. (551-566/7) 18, 54, 328.
— II, Ma‘ruf, pat. (1695-1712) 360-
361, 365, 412, 679, 683, 755.
— Ill, pat. (1713-1757) 362.
— VI Audo, pat. (1848-1878) 170,
236, 362-363, 370, 376, 413, 529,
549.
— de ‘Ainkawa, p. ^crivain (1795/1807)
169.
— p. poete d’Alqos 394.
— 6v. d’Ator et Mossoul (1188) 75,
349.
— p. m. M. Behnam (1164) 591.
— de Cupertino (St) 760.
— 6v. Erbil (497) 53-54, 704.
— ev. Erbil 51.
— ma. Erbil (1202) 75.
— 6v. Gazarta (1572) 698.
— ma. 45.
— <§v. a M. Matta (752) 334.
— 6v. Mossoul/Erbil (v. Timoth^e II).
— de Mossoul, tdmoin (1851) 375.
— p. maronite 375.
— d’al-Sin, m. B. Qoqa 153.
Josselin de Courtenay 603.
Jovinien 622.
Juifs, 199, 257, 259.
Julien l’aspostat 436, 569, 761, 768.
Justin II 622.
Justinien 622.
— K —
Kanun, p. T. Kaif (1717/8) 361.
Kar£s, £v. Singar ( ?) 329.
Karim b. Masih, maph. intrus (1189)
178, 420.
Katso (St^phane), 6v. chald. Mossoul
(1947-1953) 378, 510, 775.
Kattula, famille de T. Kaif 363, 546.
Khawar Nahid (v. Huznahir).
Kl!lis6‘ :
— 6v. B. Kartway^ (585) 217.
£v. Ma‘alta (du Zab ?) (605) 214.
— ev. Ninive (VI Ie s.) 346.
Krim abu Halhal b. Imam Mussa ( ?)
34.
Kutlu Bek 77, 482.
— L —
Laeta 822.
Lanza (le P., o.p.) 405, 587.
Layoloh 261.
Lazare, m. ma. 628. 631.
Lazare IV, maph. (1730) 683, 687.
Leontius, « abbesse », m. 128.
Lion (Mgr) (1883) 548.
Luc, 6v. Assyrie (ca. 935) 72.
Lu’lu’, Badr al-Dln 76, 77, 420. 421,
422, 428, 481, 486, 591, 596, 604,
669.
— M —
Ma:ad 147.
Ma‘anyo (ou Man‘yo), la « sainte fille
de » 58.
Macaire (St) 602.
Maged Isma‘Il, pat. Antioche (1333-
1366) 409.
Mahanus (v. Iso‘sawran, ma.).
Mahbub, a M. Behnam (ca. 1250) 591,
598.
al-Mahdi, calife 104.
Mahmud I, sultan ottoman (1743)
445.
MakkIha :
— I, pat. (1092-1110) 73, 114, 200.
— II, pat. (1257-1265) 78, 79, 80, 81,
83, 114, 121, 201.
— Suhaya, pat. (?) (1610) 526.
— (§v. Erbil (630-637) 56.
Malama, £v. Ma‘alta (de Dehok ?)
(1062) 215.
848
ASSYRIE CHRETIENNE
Malbad, laic 16, 299.
Malik Salih Isma'Il 77, 423, 465, 481,
596.
Malke, m. 673.
Malkisdeiq (v. Malklso4, m.).
Malkiso4 :
— m. fond cvt Neuf, en Elam 103.
— m. R. Hormizd (Xe s.) 542.
— ev. Ma'alta et Bahadra (1265) 336,
343.
— de Ma‘alta (1844) 680.
Malqi, ev. M. Matta (1635) 683.
Mam, d£mon 610, 709.
Mansur :
— m. fond. (ca. 590) 295.
— calife 102, 109, 110, 735.
— donateur ( ?) 605.
Maran ‘Emmeh :
— d’Awah, ev. Erbil (VIIIe s.) 67-68,
100, 101, 111, 147, 150, 175, 176,
188, 197, 260, 267, 268, 285, 286,
288, 301, 304, 308, 314, 318, 347,
487, 788.
— de ZInai, sup. B. Qoqa (VIIIe s.)
101, 124, 126, 128, 130, 142, 148-
150, 173, 179, 188, 562, 779, 820.
Maran Zha :
— ev. Marga (IXe s. ?) 232.
— m. R. Hormizd (Xe s.) 541.
— 6v. Mossoul (ca. 800) 347.
— (v. Zahe).
Marc, ev. Hewton/Damas (1075) 200.
Marcianus 62 1 .
Mar'emmeh d’Arzun, pat. (644/7-647/
50) 56, 61, 62, 103, 140, 296, 346.
Mardan Sah (1369) 410.
Marha’Il, p. M. Yaqo (1710) 728.
Mari :
— disciple 17, 41, 42, 323.
— II, pat. (987-999) 73, 113, 120,
200, 498, 544, 651.
— de Hadita (XIe s.) 105.
— auteur liturgique 412.
— (ou Mara) ev. Ninive (ca. 625) 61,
345.
— (v. Tubana).
— sup. cvt Yohannan et Iso'sawran
(1219) 807. ’
Mariam, f. chorev. Yalda, de Qaraqos
(1843) 459.
Marie :
— rel. Erbil (1542) 827.
— rel. ma. (347) 44, 45, 218, 229.
— Thdrese Asmar de Kaif 372-376.
Marignolli (Giovanni de) (o.f.m.)
507-508.
Marcos :
— b. ‘Awdlso4, b. Karre, chef Ma‘alta
(1698) 678.
— b. Hormizd, p. Telia (Birta) (1720)
287.
— m. (v. Yahwalaha III).
Maro'i, solitaire 209.
Marrogue (Mar Awgin) 312.
Marsan, p. ma. Adiabene 44.
Maruta de Takrit 131, 230, 331, 333,
339, 433, 488, 625, 628, 629, 630,
631, 754.
Marwan, calife 104.
Marzban (ca. 800) 786.
Masius (Andre) 398.
Mas‘ud :
— b. Adam al-Din Ya'qub, de Bar
Qawta (1275/1289) 84, 85, 188,
482.
— Bek, b. ‘Amr, £mir de Karamlaiss
(1317) 408, 409.
— prince de B. Daniel (ca. 1350) 484.
— b. Ya'qub, b. Mubarak, b. Nazik
de Bartelli (1300) 607.
— b. Yusif, carrier (1300) 607.
Mathias, m. cvt Yohannan et Iso'saw-
ran (1219) 807. ‘
Matios, de Ninive 515.
Matta :
— m. Bar ‘Eta (VIe s.) 281.
— b. s. Gabriel Kandu, de T. Kaif 361.
— emir Karamlaiss (1358?) tu6 408,
(409 ?).
— emir Karamlaiss (1358 ?) mort na-
turellement 409.
INDEX DES PERSONNES
849
— (Mar) m. fond. 514, 567, 572, 574,
575, 581, 599, 601, 602, 605, 607,
616, 617, 728, 737, 756, 758, 759-
764, 779, 781, 783, 805.
— pat. (?) (1600)_ 95.
Matthieu, m. B. ‘Awe (IXe s.) 232.
Mazina (v. Mar Zena).
Mbarah, ev. Dasen (VIe-VIIe s.) 787.
Me Garthy (D.) 375.
Mehemet Pacha (1834) 515.
Meho, p. T. Kaif (1719) 362.
Melchisedech, m. sup. B. Qpqa (768)
152.
Menez^s 22, 24, 25.
Mesawha (v. Bar Sahd6, 6v. Erbil).
Mesk^na, m. Nardos 629.
Mezzofondi, card. 373.
Michel :
— Archange 660.
— le Grand, pat. Antioche (1166-
1199) 178, 420, 667.
Miha de Nuhadra, m. Alqos (IVe s. ?)
387-388.
Miha’Il :
— Agostin Ofi, p. chald. a Rome(1837)
373. ’
— (Mar) l’Angdlique (de Dara ?)
16, 336, 553, 554, 645, 660-662.
— Muhlis, 6v. Ba Rimman (1272) 123.
— sculpteur 606.
— le soldat-stylite, m. fond. 285, 332,
621-625, 826.
— m. fond. Tar‘Il, 141-142, 179.
Mihran, famille perse 752.
Mihrkust 442
Miles :
— de Suse, ma. (ca. 424) 552.
— de T. Hes, ler 6v. Ba Nuhadra?
324, 552-554.
Mir Kor = Muhammad pacha de Ra-
wanduz (1832) 172-173, 185, 392,
546.
Moise (Muse, Mussa) :
— (A.T.) 678.
— p. R. Hormizd (1842) 547.
— b. Kipha, 6v. Ba Rimman 123, 351.
— 6v. M. Matta (ca. 650) 351.
— ev. Ninive (650) 346, 347.
— 6v. Ba Nuhadra (1111) 343.
— 6v. Ta'imana (790) 336.
Msiha Rahmeh, m. (Ve s. ?) 222.
Msiha Zha 195.
Mufiih 127.
Mugahid al-Din Qaimaz 664.
Muhammad :
b. Ahmad al-flussaini (Syd) 405.
— al-‘Asi 178.
saih de Dehok (1914) 681.
— gouv. Erbil (1310) 88.
— b. Hassan (1789) 428.
— b. Marwan, b. al-Hakam 104.
— R6san 782.
Mu’nis b. Mussa 650.
Murad :
— IV, sultan ottoman 184.
— b. Ya‘qub (v. Bar Yak)
Mus£ (Moise) :
— 6v. Erbil (1283) 85.
— (ou M£so) p. Herpa (1868) 249.
— £v. Ninive (ca. 560) 345.
— p. chald. (1846) 170.
— m. B. Sayyard 153, 385, 710.
Mussa :
— l’Arabe, m. M. Z£na 638.
— Hadi, calife 104.
al-Mustansir, calife 76.
al-Mustarsid, calife 258.
al-Mu‘tadid billah, calife 501, 503,
743.
al-Mutawakkil, calife 113, 194, 196,
501.
Muwaffaq al-Din, b. abi ’l-Hadid
al-Mada’ini 666.
Muzaflar al-Din Kukburi, prince Erbil
(1190-1232) 74, 76, 420, 481.
— N —
Nabun 622.
Nadir Sah (1743) 364, 366, 378, 382,
392, 403, 428, 444-445, 448, 514,
533, 546, 613, 642, 670, 719.
Rech. 23 — 54
850
ASSYRIE CHRET1ENNE
Nagm al-Din, emir Karamlaiss 409.
Naggara, sahrig de Hetra 264.
Nahum (A.T.) 387, 396-400.
Nakkiha de T. Niaha 219.
Na‘man, de Hira 195, 644.
Nana, m. 281, 332, 488, 825.
Narsai :
— £crivain 308, 643, 685.
— ev. Bawazlg (ca. 1225) 121.
— ev. ill^gitime (ca. 635) 56.
— 6v. Mossoul (VIIIe s.) 347.
— ev. d’al-Sin (ca. 800) 1 19, 161, 238,
240, 735.
Naser :
— b. Ahrun, seer, de Karamlaiss 409.
— fr. de Dalqandi (1310) 88, 90, 91,
96.
— al-Dawla 104, 503, 543, 651, 694.
— al-Dln, £mir de Karamlaiss (1358)
409.
— al-Dln Mahmud, atabek 421, 486.
— al-Dln, ‘Obaidullah abu’l-Mahmud
(1388) 510.
Nathanael (Natniel) :
— Apotre 439.
— m. sup. B. ‘Awe 245.
— ev. ma. (?), 24, 47, 148.
— m. sup. B. Qoqa (?) 24, 147-148.
Nawruz, 6mir mongol (1296) 86, 234.
Nemrod (Nimrud) b. Koush, b. Cham
39.
Nestorus (Nestorius):
— pat. Const. 286, 529.
— 6v. Erbil (ca. 790) 70, 151, 200,
231, 501.
— de Dasen, m. fond. Adiabene (ca.
600) 162-163, 209.
— £v. Ba Nuhadra (790) 343.
— Sahseh, 6v. Na'manlya (XIe s.) 105.
— neveu de Yohannan de Hazza 162.
— p. du evt de Yozadaq (790) 200,
231.
Nic£phore Phocas 16.
Nicolas :
— de Myre (St) 783.
— Zei‘a, pat. (1840-1847) 529.
Niha, m. 123, 825.
Nimrud, g^ant 734.
Ninus, fils de Bel 39, 515.
Nisan, m. M. Miha’U 485.
NIsanaya :
— conf. (VI^ s.) 62.
— m. disciple Bar ‘Eta (VIe s.) 207.
Noe (A.T.) 749, 750, 751, 752, 753,
824.
Nur al-Din :
— Arslan Sah 639.
— emir de Qaraqos (1364) 444.
— Zengui 258.
— O —
‘Obaid Aga al-Gallli 405.
‘Obaidullah b. Ziad 277.
Odescalchi, card. 373, 393.
‘Omar :
— II, b. ‘Abd al-‘Aziz 571.
— b. al-Hattab 571.
‘Osana, m. (1607) 706.
Osiris 576.
‘Otman :
— Aga, de ‘Amadla (1712/1713) 683,
688.
— Aga (1863) 252.
— Pacha (1890/1891) 680-681, 686.
Othoniel 495.
— P —
Pacome (St) 602.
Palmerston, Vicomte G. 374.
Papa :
— p. ma. Adiabene 44.
— pat. (310-317) 47.
Paqida, ev. Adiabene (?) 41.
Parmentier 437.
Paul :
— (St) 641.
INDEX DES PERSONNES
851
— V. 156, 248, 254, 526, 527, 532,
555, 705, 785, 827.
— 6v. Adiabene (630) 56.
— m. sup. R. Cyprien (VIII0 s.) 275,
297-298, 299, 771.
— p. ren^gat, de Kasaz 220 .
— Dr Nisibe et Erbil (?) 59.
— anachorete syrien 710.
Paulos :
— ‘Ammu, de Ma‘alta (1844) 680.
— p. Hargawa (1947) 239.
— de T. Esqof, chordv. ‘Aqra (1918)
250.
Pejion :
— pat. (731-740) 107, 119.
— m. disciple Apni Maran 272.
— de Basom, m. successeur Apni Ma¬
ran 745, 746.
— m. R. Cyprien (VIII* s.) 222.
— Dr Sos/cvt Sup^rieur (ca. 780)
258, 298.
Phaloth (Beth) famille de T. Kaif 357.
Pharaon 678.
Philoxene de Mabbug 52.
Pie :
— IV 168, 201, 359.
— IX 363.
Pierre :
— St 530, 691.
— m. B. Qoqa 153.
Pinhas (Phin£6s) :
— le Z&6 (A.T.) 739.
— m. ma. 737-739.
— m. M. Adona (VIIe s.) 417.
Plr Mama, £mir Singar 410.
Piroz 628.
Place (Victor) 496.
Planchet (Mgr) (1853) 529, 549.
Platon 615.
Pol, g£n£ral d’Ar^tas 57.
Potros :
— Asmar, p. T. Kaif 372, 373, 374,
375.
— Garmo, s. poete, T. Kaif (1943) 362.
— Kattula, chor^v. T. Kaif (ca. 1858)
363.
Pranc6, m. sup. B. Qoqa (729-748/51)
130, 134, 145-146, 157, 161, 163,
166, 188.
Prawa 754.
— Q. —
Qa’id al-Buzi (Saih) 472.
QamIso‘ :
— m. fond. Marga 16, 271.
— de Qub, m. sup. B. ‘Aw£, fond.
Hewton 144, 198, 206-207, 245,
293, 711, 712, 716, 744, 792.
— de R6sa, Dr de B. Rustaqa 792.
Qamsa (v. Gabriel).
Qaqra, fond, laic 17.
Qardao :
— 6v. Gllan et Dailam 250, 767.
— m. parent de Bawa'i le Grand 211,
216.
— ma. 45, 69, 205-206, 223, 553, 568,
762.
— maudit (VIIIe s.) 109.
Qasim al-Dawla Aq Sonqor 486.
Qassisa (ou Qasa), 6v. Erbil (VIe s.)
54.
Qaynaya (l’orfevre), famille de Ba‘wlra
188.
Qazan, han mongol 83, 86, 87, 99.
Qennesrin, m. ( ?) 645.
Qnobaya, m. sup. B. Qoqa (750) 147,
282.
Qoqa, 6ponyme de cvt 17, 131, 136,
140, 141.
Quarante :
— Compagnons de Mar Behnam 573,
579, 761.
— Martyrs persans 434.
— Martyrs de S^baste 579, 601.
Qufra b. Sawriso* de N£ram, m. R.
Cyprien (VIIIe s.) 299.
Quni, croyante 17.
Quprianos, 6v. Nisibe (767) 716.
852
ASSYRIE CHRETIENNE
Quriaqos :
— m. sup. B. ‘Awe 740.
— de Dura ‘Arbaya, 6v. Balad (VIIIe
s.) Ill, 571, 793-794, 817, 818.
— de Gwilta, ev. Balad (ca. 800) 176,
238, 240, 561, 716.
— Hanna al-Hakim, de T. Kaif, p.
(ca. 1850) 362.
— £v. Ma‘alta (1092) 215.
Qurillos :
— Denha, £v. M. Matta (1869) 430,
756. *
— Elias Qiidso, ev. M. Matta (1872-
1921) ^293, 429, 467.
Yusif III, maph. (1458-1470) 425.
Qutb al-DTn Mawdud 743.
Qutbuga, gouv. Erbil 82.
— R —
Radi al-DTn Papa, gouv. Mossoul 84.
Rahlma, ev. Erbil (?) 52.
Rama :
— 147.
— p. Salmat (IXe s.) 260.
Ramiso‘ :
— m. B. SW (1452) (?) 247, 796,
799, 806-812.
— b. Sabroi 463.
Ramoi, fond, laic 17.
Rassam :
— Hormizd 496, 513.
— Nimrud 50, 540.
Rephaim 734.
Rhetor^ (le P. Jacques, o.p.) (Ya‘qub
Nuhraya) 474, 680.
Rochefoucauld, Due de la 374.
Royal Asiatic Society 375.
Rufa’U, p. m. Herpa (1868) 249.
Rustam, £v. Hnlta 69, 102, 111, 212
Ruzbihan, ev. Nisibe (VIIIe s.) 663,
711, 779.
— S —
Saba Ishaq Hannuna Sabti Gallo, §.
Bartelli (ca. 1914) 452.
Sabroi (ca. 630) 463, 499.
Sabti Gallo, famille de Bartelli 452,
613.
Sabur, m. fond, sud Iraq 715.
Safar :
— de Ma‘alta (ca. 1710) 679, 689.
— s. Semmd 689.
Sahab al-Din de Bar Qawta 482.
Sahdona, 6v. Mahoze d’Ar^wan 63,
117-118, 206, 271, 273, 323, 705.
Sahln ma. 47.
Sahlupa, ev. Adiabene (258-273) (?)
219.
Sahrigdn (les) 147, 149, 150, 176, 199,
222.
Sahroi m. fond. Qardu 649.
Saibln (ou Saiban) b. ‘Ataba b. Farqad
358.
Sa‘!d :
— b. ‘Abd al-Malik 647, 648, 649.
— donateur ? 605.
— b. Hamdan 647.
— m. (?) 645.
Saif al-Dawla 635.
Saka, famille de Bartelli 431.
Sakaklnl, famille d’Erbil 94.
Salah al-Din (Saladin) 74, 652.
Saliba :
— ev. M. Matta et Adherbaidjan( 1 1 89-
1212) 352, 484.
— p. Qaraqos (1731) 587.
SallIta :
— m. 559.
— m. fond. Zabdicene 559-560, 610.
Salman de Zarn, geant 734.
Salmanasar 497.
Salomon :
— de Basrah 755.
— (ou Samuel), 6v. Ba Nuhadra (497)
342.
INDEX DES PERSONNES
853
Sama :
— de Nesra, m. sup. B. ‘Aw£ 245.
— « la sceur de » 58.
Samli, m. 155.
Sammin, ma. 47.
Sams al-Dln b. ‘Adi 807.
Samta b. Yazdln 46.
Samuel :
— mdtrop. de l’Orient (614-624) 453,
614.
— b. Cyriaque, m. nest, relieur-stylite
(ca. 1089) 285.
— Giamil, m. T. Kaif 22, 370, 466,
541, 549, 801.
— le montagnard 627, 628.
— de B. Murdani 627.
Sanatruq, roi de Hatra 39.
Sandagu, £mir mongol 465.
Sapor II 43, 44, 157, 228, 569, 622,
682, 772, 822.
Saraf al-D!n :
— b. ‘Adi 807.
— deYezd 509,510.
Sarah :
— f. d’Abraham (A.T.) 572.
— soeur M. Behnam 565-578, 599,
601, 605, 760, 761, 762.
— sceur Nahum 396, 399, 572.
— sceur Yohannan, b. Nagard 432-
433, 435, 572.
— sceur M. Z£na 20, 451-453, 572,
613-615, 762.
— rel. Th^bai'de 572.
Sarbel :
— d^esse 703.
— 6v. Narsibad (ca. 780) 452.
Sar6Is (Sargis, Serge) :
— conf. (VIIe s.) 62.
— 6v. Erbil (VIIe s.) 64.
— £v. Hnita et Ma‘alta (ca. 750) 212,
214.’
— de Hnita, m. fond. Adiabene 16.
— b. Malka, m. Hadlta (ca. 540) 104.
— b. Matta, m. Qaraqos a Edesse (ca.
1230) 444.
— co. M. Matta, fond. Mt Aride 763.
— auteur d’almanach 755.
— « le destructeur des puissants », m.
B. Rustaqa 792.
Sawa :
— Gusniazdad, m. 288-289, 741.
— de Karamlaiss 415.
— 6v. Mahoz6 d’Ar^wan (650) 118.
— Pirgusnasp ma. 289, 633.
— S6pho, chef Semmdl 689.
Sawma, m. (XIII®-XIV® s.) 85, 180.
Sawor :
— m. 210.
chef B. ‘Edr£ (Vllie s.) 261.
Saworan, sahrig de Qub (IX® s.) 293.
Sawriso‘ :
— I, pat. (596-604) 106, 186, 193,
195, 216, 230, 271, 331, 708, 773.
— Ill Zambur, pat. (1064-1072) 105,
120.
— IV, b. Qayyuma, pat. (1222-1224)
75.
— V, b. al-Maslhi, pat. (1226-1256)
544.
— de ‘Aw6 Saplra, m. fond. Ba Nu-
hadra 16, 59, 131, 716, 818-819.
— d’Awana, m. fond. Adiabene (B.
Qoqa) 16, 17, 26. 130, 131, 137-
140, 141, 142, 143, 144, 145, 148,
150, 152, 153, 155, 156, 157, 179,
229, 559, 820.
— £v. Bawazig (ca. 990) 120.
— 6v. B. Bga§ (ca. 1100) 667.
— m. sup. Bar ‘£ta (VII® s.) 272.
— pere de Hassan, gouv. Adiabene et
Ator 165.
— £v. Hewton (1092) 200.
— b. Isra’Il, m. sup. B. Qoqa (ca. 800)
151.
— Kafifa (VIIIe s.) 152.
— £v. Kerkouk (ca. 644) 140, 498.
— b. Nahwar, m£c£ne Tar‘Il 17, 177,
179.
— £v. Ninive (VIIe s.) 346.
— ^v. Ba Nuhadra (avt 1222) 343.
— b. Paulos (XII® s.) 667.
— Rustam, m. B. Qoqa 145, 152, 195.
854
ASSYRIE CHRETIENNE
— gendre Sabroi 463.
— b. p. Zaki abu’l-Mahasin, b. Yah-
walaha, p. Mossoul 652.
Sawta, 6v. Erbil (VIe s.) 54.
Sawur de Qaraqos (ca. 615) 441-442.
Sa‘ya, disciple de R. Cyprien 298.
Sembaiteh :
— 6v. Erbil 52.
— ev. Ninive (VIIe s.) 346.
Semiramis 372.
Sem Iso‘, ev. ilRgitime (ca. 635) 56.
Sennacherib :
— roi d’Assyrie 496, 788.
— roi de Nimrud (IVe s. A.D.) (?)
568, 573, 574, 607, 761.
Sepho, famille de Semmel 686, 688,
689.
Serge :
— ma. 459.
— Dr Erbil 59.
— d’Ardamust, m. 694.
— ev. Elam (VIIIe s.) 471, 500-501,
556, 795.
— Dr cvt Sup£rieur (Xe s.) 542.
Severe :
— d’Antioche 442, 766.
— Iso‘ (Tlta), ev. M. Matta et Adher¬
baidjan 352.
— Josu£, £v. Adherbaidjan (1266) 352.
— 6v. M. Matta et Adherbaidjan (1271-
1277) 352.
— Saboht (667) 346. _
— Ya‘qub Sabo ( ou Sakko) de Bar-
telli, £v. M. Matta et Adherb.( 1232-
1241) 339, 352, 422, 687.
Shakespeare (John) 375.
Shamo (Beth), famille de T. Kaif 357.
Sidani, m. R. Hormizd (987) 544.
Sidi al-Rais (1553) 513.
Sidoura, notaire (497) 53-54.
Simeon (Simon, Sim‘un).
— de B. Arsam (V<* s.) 328, 390, 475.
— de Saqlawa 154, 755.
Simon :
— II, pat. (1364) 51.
— VII, b. Mama, pat. (1538-1551) 94.
— VIII, Denha, pat. (1551-1558) 526.
— VIII, Sulaqa, pat. (1551-1555) 94,
156, 390, 391, 398, 526, 545.
X, pat. (1600-1625/38) 95, 391.
— XI, pat. (1638-1656) 234.
— XIII, Denha (1662-1700) 526.
— XVII, Abraham (1820-1861) 254.
— le Chananeen 766, 768.
Sim‘un :
— chef Bartelli 76, 421, 427.
— 6v. Bawazlg (1257) 121.
— 6v. B. Bgas 260.
— ev. Erbil (VIe s.) 54.
— 6v. Mossoul/Erbil (714) 65, 346.
— ev. Erbil (1607) (?) 95.
— p. m. B. Gurbaq 478.
— m. disciple Iso‘sawran (VIIe s.) 273.
— b. ‘Issa, p. Gazna (1796) 187.
— £v. M. Matta (VIIe s.) 351.
— ev. Ma‘alta (554) 215.
— de Ma‘alta (1844) 680.
— le montagnard (ca. 515) 14, 34.
— ev. Mossoul (1265/6) 349.
— p. (1846) 170.
— b. Sabba‘e, pat. ma. (339) 228, 801.
— m. sup. B. Sakuh (VIIe s.) 189.
m. fond al-Sin ilO, 144, 272, 744.
— Tektek Singari (Hieronymos), ev.
Sena 370, 380, 530.
— 6v. Tell et Berberi (1265) 233.
— m. serviteur de Yozadaq 537, 778.
Siouffi (Nicolas) (1879) 414.
Sirin :
— f. Chosro<5s II 17, 573.
— f. Sennacherib (?) 573, 581, 607,
761, 779.
Siroi, roi persan 46, 56, 107, 709.
Sleiman, p. Qub (1889) 293.
Slemun (Salomon, Sleiman).
— succede Ya‘qub Hazzaya 716-717,
820.
— le pleureur, 6v. Hadita 69, 102,
103, 108-111, 747.’
— de Prat. Maisan 121.
— m. R. Hormizd (Xe s.) 542.
Slevanis (les) ou Sleb Kurdes 694.
INDEX DES PERSONNES
855
Sllha le thaumaturge, m. B. Qoqa 153.
Sllmut (ou Salimot), 6v. Erbil 51.
SlIwa :
— m. sup. B. ‘Aw£ 245.
— m. fond. Ba Nuhadra 16, 793, 818.
— p. Qaraqos (1731) 689.
SlIwa Zha, pat. (714-728) 64-65, 66,
108, 123, 145, 163, 175, 282, 561,
662, 779.
Smona, fond, cvt 17.
Smuel (Samuel) :
— 6v. Erbil (ca. 700) 64.
— m. M. Miha’Il 660, 662.
SmunI :
— (A.T.) Mere des Macchab6es 430-
431, 450, 451 (v. Eglises de).
— rel. au Maqlub (?) 756.
Societe Asiatique 373.
Sohdo, 6v. M. Matta (ca. 600) 351.
Soldini (le P. Leopoldo, o.p.) 522.
St^phane le chimiste, m. M. Ellya
(Xe s. ?) 665.
Suhalalaha, ev. Ninive (VIIe s.) 346.
5uhalIso‘ :
— m. 47.
— « oc£an de direction » 542, 563,
711, 717-718.
SuHALMARAN ;
— d’Awah 260, 314.
— Busnaya, m. R. Hormizd (Xe s.)
541.
— m. sup. B. Qoqa (693-729) 144-
145, 153, 163, 681, 820.
SULAIMAN :
— b. Naser al-Dawla b. Marwan (1049)
677.
— 6v. Ba Nuhadra (?) (424) 330, 353.
SULAQA :
— pat. (v. Simon VIII).
— m. B. Qoqa (1281) 155.
Sultan Sah de Karamlaiss (1358) 409,
411.
Surin, pat. (754) 67.
Suti, £mir mongol 88, 89.
Suzanne, soeur Yohannan, b. Nagar£
(v. Sarah).
— T —
Ta'aleb 147.
Tag al-DJn Muhtas, ^mir Erbil (1261/
1289) 79, 80, 85.
Taharqa, pharaon 497.
I'aimur :
— Leng (Tamerlan) 508-511, 544.
— orfevre (1300) 607.
Takin le Siradite 104.
Tammo, de Mossoul 532, 533.
Tammouz 576.
Tani d’Erbil (ca. 630) 61.
Tarpashi, capitaine mongol (1274) 670.
Tavernier 512, 513.
Thadd^e, Apotre 796.
Th^cla de Kasaz ma. 220.
Thecle et co., rel. ma. (347) 44, 45.
Theodore :
— (St) 435-437, 455.
— d’Ardamust m. 694.
Th^odose I, pat. (852-858) 48, 113,
232.
Thomas :
— Apotre 323, 678, 691.
— Audo, £v. Urmi (1855-1915) 395.
— a M. Behnam (ca. 1250) 591, 598.
— 6v. Erbil (XVe s.) 93.
— b. s. Gabriel Kandu, T. Kaif 361.
— Hanna, p. m. poete Karamlaiss
(1930) 403.
— de J6sus (o.c.d.) 545.
— de Marga (ca. 850) 232.
— Marqos Maqdassi, s. Alqos (1837)
373, 394-395.
— Tektek Singari de B. Qasa, poete
T. Kaif 371, 393.
Timothee :
— I, pat. (780/9-823) 68, 69, 70, 102,
105, 109, 111, 115, 153, 167, 212
856
ASSYRIE CHRETIENNE
217, 225, 231, 257, 298, 323, 347,
471, 500, 526, 556, 571, 631, 639,
640, 650, 668, 767, 768, 786, 787,
795, 808, 826.
— II, pat. (1318-1332) 87, 91-92,
122, 174, 180, 213, 234.
— 6v. Adherba'idjan (1166) 339, 352.
— Sogdi, 6v. M. Matta (1075-1120)
352, 417, 480.
Tirahi 809.
TIttos :
— 6v. Assyrie (ca. 1180) 74, 75, 154,
349.
— 6v. Hadita (595) 106-107.
Tomarsa, pat. (IVe s.) 110, 534.
Tsadertsi, tisserand (XVIIe s.) 655.
Tsalabi, Dr Daoud al- 510, 665.
Tsoban, grand emir mongol (1310) 90.
Tsolo Bek b. Badag Bek, emir y£zidi
(1789) 428.
Tsona :
— de Herpa (1868) 249.
— s. T. Esqof, poete (1913) 387.
Tubana (ou Mari), ev. M. Matta 350.
Turcs ( Grand Roi des) 156.
— U —
Ukama, m. fond. 23.
Ulgaitu, han mongol 88, 89.
‘Umran b. Muhammad al-Azdi 250,
258, 263, 264, 283, 294, 299, 318.
‘Uqba b. Muhammad al-Haza‘i, gouv.
Mossoul (886) 538.
— V —
Valens (364-378) 222, 313, 763, 823.
Wly, ambassadeur turc 376.
Verarane II (?) 539.
Victoria, reine 373.
— W —
al-Walld, calife 295.
Warda (Georges) 72, 78, 221.
Wilfrid (St) 578.
— X —
Xenophon 99, 357, 685.
— Y —
Yahia, gouv. Erbil (1369) 92.
Yahwalaha :
— II, pat. (1190-1222) 75.
— Ill, pat. (1283-1317) 83, 85-91,
155, 174, 179-180, 233, 234, 785.
— pat. (?) (1408) 525.
— V, pat. (1578-1581) 396.
— ev. Assyrie (1064-1085) 73.
— ev. Dailam et Gllan 250, 767.
— ev. Ma‘alta et Bahadra (ca. 990)
214, 326, 343.
— ev. Ma‘alta (1062) 215, 343.
— ev. Ba Nuhadra (avt. 1190) 343.
Ya'i, demon 610, 709.
Yalda :
— p. poete Alqos 394.
— m. M. Behnam (1660) 609.
— chef Salmat (1723) 261.
— b. Sargis, chef Ba Sapr6 (XVIIe s.)
291.
Ya‘16 b. Himran 115, 124, 151, 161,
162, 826.
Yaqlra (v. Abu’l-‘Izz).
YAqo :
— b. Sawmo, p. Piy5z 473-474, 475.
— p. Telia d’Arios 624. ^
Ya‘qub :
— pat. (?) (1400) 526.
— de B. ‘Awe 16, 143, 164, 182, 183,
245, 255, 256, 257, 271, 642, 744,
825. m i
— sup. M. Behnam (1295) 578, 583,
584-585, 592.
— Benjamin 361.
— b. Daoud Maqdassi Ilo (1910) 572.
INDEX DES PERSONNES
857
— 6v. Hadlta (VIIe s.) 107.
— Hazzaya (Yaqo) 16, 111, 144, 711-
716, 717, 720, 724, 736, 737, 818,
820.
— de Kafar Zamr£ (VI Ie s.) 272.
— Manna, ev. Van (1867-1924) 381.
— &v. Marga (ca. 800) 231.
— medecin (VIIIe s.) 110.
— p. ecrivain 660.
— A‘lam al-Dln de Bar Qawta 188.
— Severios b. Sabo 154.
Yaret 686, 729.
Yaw m. (ca. 575) 769.
Yazd Han (ou Yazdanna) (VI Ie s.) 60.
Yazdanduht, f. ma. Erbil 45.
Yazdegerd :
— I, (399-420) 46.
— II, (438-457) 46.
Yazdepnah (ou Yazdpanah):
— ev. Ma‘alta (554/576) 215, 326,
342, 345.
— 6v. Ninive (576) 345.
Yazdln de Kerkouk 46, 60, 103, 107.
Yazlzhost ma. 47.
Y^zld 808.
Yezidis 229-230.
Yohana, ma. Karamlaiss 415.
Yohannan (Jean, Hanna) :
— Aderma 308.
— 6v. (?) a ‘A'inkawa 172.
— 6v. Bawazlg (ca. 1318) 122.
— b. Bohtiso, €v. Assyrie (900) 72,
113, 233.
— Ie boiteux, m. M. Miha’Il (Xe s.)
666.
— Busnaya, m. 455-458.
— Ie chimiste, 6v. Bawazlg (ca. 735)
119.
— m. Ecrivain (XIII6 s.) 78, 81.
— Denha, b. Hamza, 6v. Adherbai'd-
jan (1265) 173, 352.
— b. Ellya, m. Mqurtaya (ca. 1740)
613.
— ev. Erbil (ca. 720) 65-66, 145, 163,
211, 347, 471.
— (?) (v. dveque chamelier).
— de Galmu (= Jean, 6v. ma. Erbil?)
44.
— p. m. B. Ourbaq 478.
— b. al-Haddad, 6v. Assyrie (1134/
1139) *74.
— 6v. Hadlta (ca. 800) 111.
— £v. Hadlta (VII Ie s.) 107.
— de Hadlta, 6v. Egypte (XIe s.) 105.
— al-Hagari 663, 664.
— de Hazza, sup. B. Qoqa (675-692/3)
128,* 136, 144, 162, 167, 713, 820.
— de Hlra (?) 100.
— de Hlapta 263,472,541,542,717,
776, 779.
— m. fond. Mt. Izla 16.
— 6v. grec, fond. Kuhta (IVe s.) 772,
775.
— ev. Ma‘alta (ca. 1080) 215.
— 6v. Ma‘alta (du Zab?) (497) 214.
— Ie medecin, £v. Bawazlg (ca. 670)
119.
— b. Nagar£, ma. Bartelli 20, 430,
431-435.
— Nlsan (Mgr) ^v. Zaho 700.
— ^v. Nisibe (ca. 820) 71.
— Ie Pcrsan, fond. R6sa (VIe-VIIe s.)
270, 273, 407, 778, 780, 803-805,
806.
— m. Qaraqos (1521) 447.
— dv. grec, fond. Barazi (IV® s.) 292,
293, 770-772, 775.
— de Samrah, m. (VIIe s.) 272.
— Sawa, co. M. Ellya 645.
— sup. cvt (?) (XIe s.) 811.
b. Yak, £v. Erbil (XV® s.) 93.
— Zawdiqaya, sup. B. Qoqa (VIII® s.)
150-151.
Yonadab, ^v. Erbil (VII® s.) 55-56,
77, 107, 230, 331, 332, 769, 788.
Yonan (Jonas) :
— ‘Awda, m. fond. Adiabene 32,
192-194.
— £v. Erbil (VII® s.) 64.
— m. R. Hormizd (X® s.) 542.
— de Karamlaiss, disciple Bar ‘Eta
274, 411.
Yozadaq :
— m. fond. Qardu (VI Ie s.) 16, 272,
487, 537, 710, 776, 778.
858
ASSYRIE CHRETIENNE
— m. B. Qoqa, ecrivain 153.
Yunis Aga (1727) 546.
Yusif (Joseph, Yawsip) :
— ‘Abaya, p. Alqos, poete 393.
— ‘All Kutsuk (1184) 484.
— Busnaya, m. (Xe s.) 26, 31, 263,
385, 455, 472, 476, 541-542, 563,
660, 663, 665, 717, 747.
— de Dahya 196, 238, 240.
— de Dasen 714.
— b. Gamal al-Dln (Gemdani) p. T.
Kaif (1654) 360.
— de Gaplta, m. 128, 142-143, 305.
— Hazzaya, m. ecrivain (VIIIes.) 123,
124, 128, 167, 570, 571, 755, 794,
818.
— m. fond. Inisk 19, 31.
— Marrogue, p. Ba‘slqa (1926) 466.
— m. fond. Ba Nuhadra 16.
— Rais, s. poete Alqos (1949) 362.
— £v. Rustaqa (1599/1607) 785.
— de Sahrzor, m. fond. Wana (VIIIe s.)
281-283, 561. ^
— m. maitre de Samli 155.
— m. Tar‘il en 1452 (?) 180, 807.
— p. « Dr » T. Kaif (1664) 359.
— p. qankaya T. Kaif (1664) 359.
— fr. M. Yohana, a Karamlaiss 415.
— m. Zawyia (VIe s.) 278.
— Z —
Zabed Aga de Zaho (1712/3) 683, 688.
Zacharie :
— m. M. Elfya (1120) 672.
— fr. M. Matta 756.
— ev. M. Matta (752) 334.
Zachee (Zaka'i, Zakkai, Zakka) 6v.
intrus M. Matta (ca. 1112) 352.
Zaddlqa (ou Zaroqa?) 312.
Zahe (ou Zha) ( = Maran Zha?) 6v.
Hadlta (VIIIe s.) 108-126, 128,
272, 746, 820.
Zain al-Din :
— ‘All Kutsuk Baktakln (1167) 74.
— Yusif (1190) 74.
Zakai (ou Zakkai) :
— ev. Ba Nuhadra (593-605 ?) 330-
331, 332, 353, 488, 629, 631, 768-
769, 773, 783, 792, 825.
— successur de M. Matta ( ?) 567,
574, 601, 759, 781, 783, 784, 805.
Zaki, gouv. Erbil (1264) 84.
Zakkai, m. Bar ‘Eta (VIe s.) 167.
Za‘ura, m. 762, 763.
Zawdai, proprietaire 288.
Zedqoi de Prat 281.
Zelfe, famille de Dehok (1859) 684.
Zena (Mar) 20, 123, 210, 451-453,
570, 613-615, 637, 638, 737, 762.
Zenon de Gazarta 755.
Zey‘a (ou Z6i‘a, soureth: Zeia) :
— m. 210, 259.
— p. Herpa (1868) 249.
— ler ev. Ma‘alta de Dehok 324.
— chef Ma‘alta (1844) 680.
— ev. Ninive (?) 345, 498.
Zha Iso* :
— m. fond. B. Rabban 195, 308.
— ev. Hnita (183) (?) 210.
Zibari ( Kurdes ) 249, 294.
Zlnai, m. fond. (VIe-VIIe s.) 186, 196,
216.
Zwanarse, m. B. Qoqa 152.
INDEX DES LIEUX
— A —
Abgarsat 761.
al-Abiad (Gabal) (mt. Hwara) 322
325, 738.
Abu Maria 674.
Abu Sita 99.
Abzaq 615.
Achtamar 607.
Adeh 171, 301, 302-303.
Adherbaidjan (province et diocese) 56,
82, 92, 133, 159, 173, 180, 191, 339,
340, 352-353, 422, 423, 566, 583, 785.
Adiabene (syr. : Hdeyaw, ar. : Hadiab)
passim, surtout 37-224.
Adrama 308.
Afhane 700.
al-Ahwaz 355.
‘Ain Baqr£ (ou Baqra) 281.
‘Ain Barq£ 281.
‘Ain Dibis 110.
‘Ain Dulb6 (Deleb, Edleb) 155, 684-
686, 690.
‘Ain Kibrit 638, 659.
Ain al-Mugamma‘a 32.
‘Ain al-Qar (‘Ain Qira) 637.
‘Ain al-Safra (Mt) (Mt. de Mar Daniel)
80, 322, 477, 479, 483, 616.
‘Ain Sappane (= ‘Ain Sifni ?) 791.
‘Ain Sifni (locality, district et Mt) 254,
280, 291, 296, 312, 317, 322, 332,
381, 455, 473, 475, 476, 550, 627,
785. 788, 791, 797, 798, 810, 817.
‘Ain Zalah 126, 272.
‘Aina d’Kuza 245.
‘Aina Srita (Dara, Dera Besbermag)
(= T.Dara?) 135, 137, 141, 147,
218, 229.
‘A'inkawa 69, 90, 91, 94, 95, 96, 133,
146, 165, 166, 167-172, 173, 183,
187, 188, 207, 294, 401, 558, 728.
‘Ainqawa 168.
Albaq 729.
Alep 422, 486, 507, 524, 702.
Alexandrette 516.
Aloka 556, 675.
Alqos, passim, surtout 387-400, 533-
551.
Altyn Kiiprii 116, 164, 183-185, 186.
‘Amada 307.
‘Amadla 31, 45, 153, 170, 171, 194,
199, 206, 235, 249, 288, 289, 293,
300, 301, 302, 305, 306, 311, 312,
313, 314, 315, 316, 317, 323, 325,
362, 363, 392, 393, 474, 477, 546,
547, 548, 627, 675, 677, 683, 688,
787, 790.
‘Amara 355.
Amasea 436, 676.
Amed (Diarlx kn 89, 156, 180, 317,
360, 373, 375, 391, 463, 560, 598,
611, 616, 760, 762, 826.
‘Amk Abad, ‘Amkawa, ‘Amko (v. ‘Ain-
kawa).
‘Ammiq6 300.
‘Ana 37.
Anbar (Piroz Sabur) 64, 498, 696, 755.
Ancawa, ‘Ankawa (v. ‘Ainkawa).
Angamal6 539.
Antioche 245, 328, 581, 622, 758, 767,
821.
Antiochene 755.
Apam£e 623.
‘Aqra (= ‘Eqra ?) 10, 66, 199, 206,
225, 227, 235, 237, 238, 239, 240,
244, 246, 247, 248, 249, 253, 254,
258, 262, 264-267, 269, 284, 304,
306, 403, 474, 770, 799, 812.
860
ASSYRIE GHRETIENNE
Araa d’Qas6 240.
Araden 688.
‘Arayr 34, 333, 625.
Arbailu (v. Erbil).
Arbira (v. Erbil).
Arbun 277.
Ardabll 340.
Ardamust 675, 694, 743.
Ardisai 660.
Ardod 417, 791-792.
Arena 807.
Arewan 1 64.
Arewan de ‘Abra 164.
Argan (Arhan, Arradjan) du Fars 313,
610, 611.
Argen de Talana 311, 313.
Armani e 751.
Armuslya 486.
Armuta 567.
Arsam 389, 390, 778.
Artun 306.
Arzun 73.
‘Asi 675, 693, 694, 695.
Athos 770.
Ator = Assyrie, ou Mossoul (570, 638),
ou (tardif) Nimrud (584).
al-‘Asa’ir al-Sab‘a 279, 280.
Asgar 193.
Aslta (‘Aslta) 314, 323, 556.
Aspargalta 220.
Assyrie, syr. : Ator, ar. : Atur passim.
Athel 156.
Athenes 738.
Atrus 300-317.
Atti (ou Bati) 193.
‘Atus 311-312, 313, 314, 317.
Avzeruk 700.
Awah ( = Avok£) 67, 260, 314.
Awana (= Wana) de Balad 559, 562,
630.
Awana de Tirhan 116, 131, 137, 559,
562, 746.
Awena 137, 559.
Aw6na Dag (v. Han, Mt du).
Awrabt* 258.
Azeh (ou Aziah) 426, 738.
— B —
Ba‘adar (ou Ba‘adra ‘Arab) 477.
Ba ‘Adr^ (B. ‘Ed~r£, B. ‘Edrai) 335,
342, 455, 472, 475-477, 531, 550,
627, 703, 786.
Ba Agre (B. Akr6, differentes graphics)
20, 433.
Baalbek 751.
Bab al-Tillism 449.
Babnlt 490.
Ba Busna 455, 476-477, 785, 786.
Babuza (Biboz, Bozan) 471-472, 542.
Babylone 98, 391, 641.
Babvlonie 9.
al-Badia 489.
Ba Fahari 490.
Bagdad, passim.
Baghtchi Bogaz 1 9 1
Bagluga 695.
Bahadra (Bahudra), ar. : nord du Ba
Nuhadra 335, 336, 343, 354, 470,
477, 675-755.
Bahdinan 688.
Ba Hetma 555-556, 558.
Bahirka 165.
Bahrain 122.
Bahzani 80, 276, 468-469.
Baibuh 490.
Bai Hassan 163.
Bainata (B. ‘Ainata) de Sos 259-260.
Bairqot (v. Bar Qawta).
Baisan 490.
Ba Kalba 490.
Bakerman (v. B. Hurnlya).
Balaban 165.
Balad (Eski Mossoul) 14, 111, 137,
148, 149, 151, 176, 238, 283, 337,
488, 492, 502, 516, 523, 558-564,
610, 617, 625, 630, 634, 646, 674,
717, 718, 746, 747, 817.
Balquz 695.
Ba Mismis 305-306.
Baniqdye (pays des) 38, 69, 186.
Ba Nuhadra (B. Nuhadran, B. Nuhadre)
passim, surtout 321-820.
listes episcopales: 342-343.
Ba Nuhadra (Ma‘alta) £vech£ jacobite
330, 332, 334-336, 353, 424, 484,
488, 677.
INDEX DES LIEUX
861
Banure 249.
Baqaq (v. B. Qpqi).
Baqirta 165.
Baqofa 336, 370, 379-381.
Bar Qawta 84, 188, 482.
Barata 277.
Barblta (v. B. ‘Arbata).
Barda Hester 207.
Bardaras 181, 280.
Bardbur 165.
Barhis 49.
Barlma 490.
Ba Rimma (Ba Rimman) 116, 121,
122, 123, 127, 451, 453, 634, 637.
Ba Riqna (Ba Reqqa) 17, 68, 100.
Barlswa 277.
Barqa‘id 117.
Barrak6 269.
Barramank6 3 1 4.
al-Barrlya 489, 617.
Barrosk^ 706.
Bartalla (Batalli, Batalli) (v. Bartelli).
Bartelli 20, 76, 99, 293, 330, 332, 339,
352, 401, 403, 404, 416-439, 440,
443, 446, 450, 452, 457, 461, 462,
465, 466, 473, 479, 481, 482, 483,
486, 488, 492, 493, 599, 607, 609,
613, 620, 687, 688, 757, 770, 791.
Barzah^ 181, 278.
Barzan 775.
Barzand (= Sahar Sa‘ar) 276, 468.
Barzan^ (du Zibar) 169, 170.
Ba Sabrina 578.
Ba Sahra (Ba Sahray6, Ba Sahra) 77,
416, 431, 479-482, 618.
Basalim 490.
Ba Sapr£ (Basafr6) 286, 291, 482, 548,
807.
Basatlla 490.
Basblta 404, 416, 435, 479, 486.
Ba‘siqa 279, 292, 293, 322, 423, 461-
468, 469, 478, 520, 52 b 782.
Basom 745.
Basorin (Burz Mihran) 749, 752.
Ba Sos (Sos) 16, 236, 242, 248, 253,
257-260, 298, 501, 640.
Bas Qal 267.
Basrah 85, 104, 121, 146, 355, 391,
501, 588, 715, 776, 817.
Ba Sumnaya 487.
Batas 96, 190.
Batnaya (B. Maday6) 146, 336, 369,
*376-379, 382," 383, 384, 530, 531,
538, 667, 739.
Batnaya (Sarug) 377.
Bawarde (Ba Warda) 696, 700.
Bawazlg al-Malik (B. YVazIq) 38, 100,
115-123, 452.
Bawazlg de Babylone 117.
Ba‘vvlra (Ba‘wlr£) 188, 524-531.
Ba‘wlza 490.
Bawta 278, 280.
Baz 253.
Ba Zgertan 619.
Bazgira 490.
Bdigar 220.
Bedwil 312, 474, 790.
Begil (v. B. Thunai).
Behair (Cabal) 322, 696, 742, 748,
'816.
Beit al-Dln 372.
B£lkev (B. Kalw^) 317.
Benebil 736.
B£n6 Slawa (= B. Sayyadd ?) 173.
Beq‘a (du Liban) 295.
Be Rberri (en Gawar) 290.
Berduk 729.
Bdrestek (dilf^rentes graphies) 335,
417, 786, 791-792, 793, 805.
Bdria 617.
Bcrvvari J^r 310, 311.
Bespln 750.
Bestora 191.
B£t :
— ‘Ainata (du B. Zabda'i) 259.
— Apray6 216.
— ‘Arabay£ 9, 149, 227, 315, 322,
323, 333, 492, 558, 630, 634, 635,
695, 698, 762, 825.
— Aramay6 138, 308, 475.
— ‘Arbata (ou B. ‘Arbavd) (= Barblta)
277, 280.
— ‘Aro‘£ 69, 222-223.
— Arsam 538.
— Bani (Baiban) 330, 332, 389, 472,
488, 489.
— Bar Sira 277.
— Bar Telli (ou B. Tarlai) (v. Bartelli).
862
ASSYRIE CHRETIENNE
— Bgas 48, 66, 69, 92, 150, 192, 206,
207, 208, 213, 217, 260, 297, 501,
734.
— Bihqart (v. B. Mahqart).
— Bo‘ai 146.
— Bore (Babira) 332, 347, 471.
— Bdzai (= Biboze) 314, 315, 317,
318-319, 790.
— B6zi 233, 247, 264.
— Daiiwe 407, 801.
— Daniel (Badana) 332, 419, 483-
484, 493.
— Daniel (de Marga) 483.
— Daraya 105.
— Damn 48-49.
— ‘Edrai (v. Ba ‘Adre).
— ‘Edre 260-261.
— Gabbare 484-486.
— Gammala 193.
— Garmai 9, 52, 64, 67, 100, 106,
110, 114, 115, 116, 118, 120, 137,
138, 181, 186, 191, 206, 218, 232,
271, 278, 289, 297, 452, 498, 559,
711, 743, 745, 746, 769, 775, 817,
826.
— Gasai 146.
— Gurba 488.
— Gurbaq (Ba Garbu‘a, Abu Garbu‘)
332, 478.
— Habba (Habba) 241.
— Hale (de Hira) 23.
— Handawaye (v. Bhandawai).
— Hnlq (= Sama Dibis ?) 134, 136,
139, 140.
— Horlna (v. B. Hurnlya).
— Hsih6 771.
— Hurnlya (— Bakerman ?) 276,277,
279.
— Huzay^ 537, 553.
— Kalita (ou B. Taklita) 419, 433.
— Kartway^ (v. Kartaw).
— Kola (Kale) 474.
— Ksaye 281.
— Kusta 281.
— Lapat 475, 553, 554.
— Laspar 289.
— Maday6 (Ba Mazai, Ba Mada) (v.
Batnaya).
— Maday6 (d’Adiabene ?) 146.
— Madaye (la M6die) 377.
— Mahqart (= Marga ?) 48-49, 229,
Malud (= Faida ?) 334, 335, 470,
492, 551, 629, 630, 631, 675.
— Mariam (a Karamlaiss) 414.
— Mariam (pres Alqos) 550.
— - Marut 181, 182, 278.
— Mguse (en Birta) 296.
— Mguse (= Mangu^s) 296, 688.
— Murdani (pres ‘Ain Sifni) 627.
— Murdani (= Bamarn£) 627, 814.
— Musay6 280-281.
— Naggare 220.
— Narqos (de Marga) 281.
— Narqos (du B. Aramaye) 281.
— Natpar (ou Naptar) (= Guwair ?)
98, '99, 128, 157-158, 160.
— Qaddise 261.
— Qadsaye 261.
— Qaita 553.
— Qardag (Qardagia) 285-287.
— Qasre 146.
— Qpqi (— Baqaq) 131, 264, 330,
332, 470-471, 472, 488, 491.
— Qwaz 221.
— Rustaqa (v. Berestek).
— Rustaqa (district pres ‘Ain Sifni)
227, 231, 323, 335, 336, 342, 477,
777, 785-815. ^
— Rustaqa (B. Samesdin) 407, 785,
801.
— Rwai 146, 150, 188.
— Safvvan 771.
— Sahaq (v. Ba‘siqa).
— Sahare (= Besare) 290, 291.
— Samesdin 407, 785, 801.
— Samina 487.
— Sati (ou B. Z^ata) (= B6sate) 295.
— Sayida (v. B. Sayyade).
— Sayyade 79, 80, 86, 89, 90, 91,
150, 165, 173-174, 175, 353, 488.
— Sayyar£ (v. B. Sayyade).
— §iunay£ 487.
— Slota 187.
— Tabaha 220.
— Taksbar (v. B. Taksur).
— Taksur 80, 173, 353, 487-488.
— Tannura 305.
— Tartar 487.
— Thuna'i (= Begil ?) 267.
— Timai 771.
INDEX DES LIEUX
863
— Turd 675, 787, 816.
— Warda 67.
— Warda (moulin) 242.
— Zabdai (Zabdicene) 149, 216, 289,
406, 526, 559, 560, 744, 753, 823.
— Zaitd (ou Zaitun) 208, 287.
— Zakka'i 146.
— Zawayd (= Bazawaya) 332, 478-
479.
— Zlwa (= Basawa) 183, 242, 269.
— Zmar d 699-700.
Bethleem 822.
Beyrouth 516.
Bhandawai 391, 550-551, 553, 811.
Bidaro 170, 633.
Bidarun (v. B. Darun).
Billa (ou Bar Billa, Berbli) (= Billan)
229, 233, 234, 287, 288-290, 291,
292, 300, 313.
Bl’r Benno 356.
Bird (v. Birta).
Birdgik 524.
Birta (= Marga ouest) 208, 227, 229,
233, 252, 256, 264, 284-303, 310,
318, 788.
Birta ( = Bir6) 208, 227, 230, 264,
284-285, 286, 287, 291, 292.
Birta (en Marga est) 268.
Blaspar 67.
Bohtan 560.
Borb 76.
Borsippa (v. Nimrud, Birs).
Bozan 550.
Bud Ardasir (v. Hazza).
Busta Nini 515.
Butman (Cabal) 194, 333, 489, 618.
— C —
Cassin (Mt) 495.
Chafton (v. Hewton).
Chalcddoine 327, 758.
Chemin du sultan 98.
Cheptian (= T. Kaif) 201-204, 359.
Chiraz 537.
Cilicie 516.
Citadelle d’Alep 702.
Constantinople 362, 623.
COUVENTS
Abraham de Rdsa (Mor Abrohom, B.
Kuhiata, Dair Koh) 149, 298, 537,
574^ 616, 757, 761, 769, 771, 772,
773, 774, 775-780, 783, 784, 786.
Abraham le Grand (Mt. Izla) 160,
207, 255, 307, 308, 642, 643, 650,
817, 819, 825.
Abraham de Natpar et Job le Persan
145, 157-162."
Abraham le Penitent (v. B. Sayyard).
Abraham de Samrah 272.
Abu Halid (a Bagdad) 740.
Adiabene (v. (Jas$).
Adona (en Ninive) 332, 417, 493, 791.
Ahha (pres Nisibe) 624.
Ahrun (= Bois Adorable de la Croix)
k Balad ) 111, 151, 747.
‘Anan Iso‘ (a Daira Hatra) 301.
Apni Maran (a T. Esqof ) 384-385,
492.
Apni Maran de Kurkma (v. Za‘faran).
Apram (a Harmas6) 300.
Arche (B. K^wulla, Dair al-Gudi, Dair
al-Saflna) 750, 753.
‘Asl (au Singar) 35, 812.
Astun (v. Colonne).
Atqen 742, 795-796, 816-818.
Awa (a Besatd ?) 295.
Awa (= Band Ddrd, a Dair Abun) 700,
748-754.
‘Awda (pres Dehok) 192, 679, 701-
703, 740.
‘Awda (pres Gazna) 187, 192.
‘Awda l’Ancien (a Ma‘arrd) 192.
‘Awdiso‘ (en Adiabene) 223.
‘AwdIso‘ (a D6r6) 206.
‘AwdIso‘ (au Hakkari?) 234, 827.
*AwdI56‘ i a Gunduk) (= M. lkujbsab-
ba?) 234, 253-256, 550.
‘Awdiso‘ (a Tal) 578.
Awgin (v. Eugene).
Awraha le medecin (a Adeh) 302.
Awraha d’Bdt Madayd (a Batnaya)
13, 146, 527, 531-533, 739, 827.
Awun (Dair Abun, Dair Mihran) 650,
748-754, 824.
Ba ‘Arba (= Ba ‘Arbln?) 634, 635-
637.
864
ASSYRIE CHRETIENNE
Bahma (deux) 268.
al-Banat (a Bahzani) 469.
Baquqa (v. B. Qoqa).
Bar ‘Eta 182, 269-283, 401, 417, 468,
527, 531, 537, 561, 778, 787.
Bar ‘Eta (pseudo) 492-493.
Bar Hadbsabba (= M. ‘Awdiso‘ de
Gunduk?) 255-256.
Bar Qaiti 650, 812.
Bar Sabta 215-216.
Bar d ura 35.
Barazi (M. Yohannan) 221, 292, 299,
770-772, 773, 775, 784.
Barqana (ou Ba Reqqa, Barqa, Ba
Raiqana) (v. Pise).
Bassima 820.
Ba‘ut 695.
Bazka Dere 295.
Behnam (couvent de la fosse) 13,
298, 332, 340-341, 410, 425, 426,
441, 443, 444, 445, 446, 447, 448,
456, 458, 459, 461, 488, 490, 565-
609, 612, 617, 638, 689, 705, 761,
774, 824.
Beraalti (v. Bar ‘Eta).
B. ‘Awe, passim, surtout 236-248.
B. ‘Ebre (Soeurs, a Takrit) 433.
B. Hale (Hira) 102, 138.
B. Hale (Dair al-Tin) (v. Pise).
B. Qaita (Daniel le medecin) 501, 527,
551-558, 631, 632, 826.
B. Qoqa 17, 26, 74, 78, 83, 101, 124,
125, 126, 128, 130-157, 161, 163,
167, 173, 177, 179, 180, 182, 183,
217, 218, 282, 305, 382, 562, 693,
713, 755, 820, 827.
B. Rabban (v. Grand Monastere).
B. Sakuh (ou B. Shuh) 189.
B. Sayyixe 153, 477, 542, 543, 663,
710.
B. Thunai (Soeurs) 267.
Betkanania (v. Hnania).
Bezqin 389, 538, 704, 778.
al-Bint (v. Sarah).
Bi Qlma (Soeurs) 550.
Bizanlta (a Bahzani ?) 468, 765.
Bn£ El (pres Nisibe) 624.
Bois Joli (‘Awa Sapira) (v. Sawriso‘).
Bousiers (des) (= Daniel) 19, 480, 481,
502, 615-620.
Brihlso4 (?) 527.
Colonne 285, 322, 620-625.
Golonnes (a Raqqa) 620.
Cratos ( ?) 526, 720.
Groix (Bois de la) 715.
Cyprien (Hirbat al-Dair ?) 222, 228,
233, 275, 278, 296,-300, 771.
Daira Hatra (v. ‘Anan Iso‘).
Daira Hedata 551.
Daliata 694.
Daniel (v. Bousiers).
Daniel le medecin (v. Bar Qaita).
Daniel (sous Mardin) 617.
Daniel Inferieur (Soeurs) (v. Gabbola).
Diables (Dair al-sayyatin) 562, 632,
674.
Dirrlne 296.
Eliya (Dair Sa‘Id, pres Mossoul) 13,
73, 361, 408, 527, 634, 637, 639-
659, 674, 729, 736, 827.
Eugene 526, 553, 663, 778, 823.
Ezechiel 9, 131, 145.
Febronia (v. Pambronrya).
Freres de la Sapespa 206-207.
Gabbola (Soeurs) 619-620.
Gabriel, cvt jac. a Mossoul (?) 674.
Gabriel de Qartamln 134-135.
Gabrona (v. Srnona).
Ga’in 17.
Gass (ou Gassa, de M. Iso‘ Zha) 194-
196, 206,' 238, 709.
Giorgi (deux) (?) 526, 527.
Goudron (Dair al-Gayyara) 634, 635,
637-639, 762.
Grand Monastere d’lzla (v. Abraham
le Grand).
Grand Monastere (de B. Rabban, de
Zha Iso‘) 195, 304, 307-309, 746.
Gregoire 289, 290.
Gugnik (Dera) (Soeurs) 272.
Gundi (v. Nardos).
Guorguls (pres Mossoul) 13, 371, 524-
531, 658, 739.
Guorguls (Mt. Adiab.) 207-208.
Guorguls (B. Zait£) 208, 287, 787.
Guorguls (Karamlaiss) 274, 413, 492.
Habib 128.
Hadita (v. Pis6).
Hadwahdiiht (Soeurs) 824.
INDEX DES LIEUX
865
Handaq 419.
Hatra 264.
al-Hawat 741.
Hind 17.
Hirbat al-Dair (Balquz) 695.
Hirbet al-Dair (v. Gyprien).
Hnania (pres Dehok) 527, 706-707.
Hnania (sud Gudi) 526.
Hnaniso* (v. ‘Umr Hannum).
Hormizd, passim, surtout 533-548.
Hugair Abad 16, 242.
Iasdit (?) 827.
I so* 746.
Iso‘sawran 196-198.
Iso‘yaw de §£zi (v. Yaqo).
Iso‘yaw bar Qusr£ 326, 634.
Iso* Zha (v. Cj ass).
Italahi 703-706, 709, 824.
Jacques le Reclus 51, 526, 664, 764.
Jean de Dailam (sur le Zab? v. Ayyas).
Jean de Dailam (Qaraqos) (v. Mqurta-
ya).
Jean l’Egyptien 526.
Jean l’Evang^liste (v. Pis£).
Jean de Kamul 526.
Job (v. Abraham de Natpar).
Jonas (a Ninive) 29, 32, 192, 380, 493-
524, 751.
Kalidair (v. Qala‘at al-Dair).
Kharg 727, 731.
Knusia (Dair al-Magma‘) 32, 774.
Kuhta (= T. al-Dair) 53, 327, 631,
765, 772-775, 779, 784.
Malbad 299.
Malki Sawa 634, 673-674.
Mansur (en Birta) 295.
Mansur (en Ninive) 644.
Maraga 180.
Margana 123-124, 128, 149, 151, 162,
184, 227, 571, 818, 825, 826.
Mari 17.
Marie Deipara (£desse) 444.
Marie Deipara (figypte) 419, 444.
Matta (Saih Matti) passim, surtout 759-
770, listes episcopales 349-353.
Matta (pseudo cvt en Adherbaidjan)
339.
Michel (cvt jac. a Mossoul ?) 674.
Miha’il le Stylite (v. Colonne).
Mlha’Il l’Angtdique (pres Mossoul) 14,
31, 126, 178, 298, 527, 634, 650,
660-671, 673, 739, 740, 824, 827.
Miha’il de Tar‘Il (= Kilissa?) 17, 31,
83, 88, 89, 91, 141, 155, 165, 175,
176-180, 492, 807, 809.
Miha’il de T. ‘Ada 179.
Mil 6s 551-558.
Mqurtaya (Jean de Dailam) 14, 404,
459, 460, 609-613.
al-Mu‘allaq (v. Serge sur Mt Aride).
Nardos (deux) (= Dair Gundi) 332,
470, 551-558, 628-632, 765, 824.
Nestorus 145, 162-163.
Neuf (cvt en Elam) 103.
Notre-Dame des Moissons 13, 303, 318,
358, 361, 370, 380, 386, 406, 547,
548-549, 556, 667, 696, 826.
‘Omar (v. Gabriel de Qartamin).
‘Omar Hamman (v. ‘Umr Hennun).
Pacome 553.
Pambronia (F6bronia) (= Dirrin Bot?)
278-279, 280, 492.
Paulos 269.
P6tion 35, 561-562.
Pinhas 737 (jac.)
Pinhas (Soeurs) 738.
Pinhas (a §ios) 737-742.
Pis6 (Barqana, etc.) 69, 100-103, 110,
111, 126, 148, 149, 150, 188, 826.
Pont 182, 824.
al-Qadesiya 740.
Qala‘at al-Dair 269.
Qaqra 17.
Qardag 189, 205-206.
Qartamin 426.
Qata (= B. Qaita ?) 556-557.
Qennesrin 645.
Quarante Martyrs 425, 428, 435, 492.
Quni 17.
Qurai 267.
Quriaqos (a Galat^) 268.
Quriaqos (a Qaraqos) 460, 492, 611.
Quriaqos (a Zargel) 526.
Rage (Dair al-Kalab) (v. ‘Awda de
Dehok).
Rama 290.
Ramo'i 17.
R£s Daqq^ 776.
R6sa (v. Abraham).
Rech. 23 — 55
866
ASSYRIE CHRETIENNE
Resa (en Barzan) 775.
Romanlya 526.
Saba 632-633.
Sabuht 35.
Sahroi (cvt de Sa‘Id, ou Sa‘Ir) 649.
Sa‘Id (v. Ellya).
Sallb (v. R. Sliwa).
Sallba 17.
Sallita (a Wana) 34, 559-561.
Salllta (a Mawlll) 560.
Saluba 795.
Samalu 740.
Samuel le Montagnard 333, 488, 625-
627, 630, 631.
Sarah (Soeur de Zena) (deux) 20, 613-
615, 637, 762.
Sawrlso4 (4Awa Saplra, Bois Joli) 130,
131, 716, 742, 744, 816, 818-820.
Sawrlso4 (v. B. Qoqa).
Sawrlso4 (a Lasom) 131.
Serge, anachorete (al-Dair al-Mu‘allaq)
31, 194, 333, 488, 618, 625, 630, 763.
Serge, megalomartyr (Qasr Sereg) 31.
Simeon le Stylite 741.
Simeon le Montagnard 34.
Sim‘un (a al-Sin) 110, 144, 272, 744.
Sim‘un al-Zaituni 35.
Sim‘un bar Sabba‘e 194.
Sirin 17, 630.
Sliwa (pres Berestek) 35, 793-796, 816,
817, 818, 826.
Sliwa (sur Serser) 110, 271.
Smona 17, 149.
Smuni 740.
Sceurs (au Maqlub) 756-757.
Soeurs (a Qaraqos) 460, 611.
Superieur (al-Dair al-A‘la, Gabriel et
Abraham) 16, 233, 257, 258, 293,
314, 398, 400, 471, 500-501, 506,
525, 542, 556, 634, 640, 644, 650,
667, 755.
al-Ta‘alib 740.
Tahmazgard 527.
Tar4Il (v. Miha’Il).
al-Tln (figypte) 102.
Tsinar6 (des platanes) 186.
‘Umarka 315.
‘Umr Atra’Il (v. Miha’Il de Tar‘il).
‘Umr Hennun (Hnanlso4) 135, 644.
Wadi Hlaila (Soeurs) 634, 671-673.
Wuz^na 19, 33, 35, 734.
Yaqo (ou Ya4qub) 14, 19, 170, 171,
372, 526, 542, 563, 618, 650, 691,
705, 707-737, 820.
Ya‘qub le reclus (v. Jacques).
Yaret 696.
Yohannan bar Nagare 20, 423, 428,
431-435, 457, 458, 492.
Yohannan Busnaya 545-548, 492.
Yohannan, 6v. grec 770-772.
Yohannan et Iso‘sawran (= M. Zaka'i,
= Dake Tsak, Saih 4Adi) 757, 769,
774, 780-784, 803-805.
Yohannan (a Hlahlah) 744.
Yohannan Nahlaya 526.
Yonan (v. Jonas).
Yonan ‘Awda 32, 192-194.
Yozadaq 200, 694.
Yunis (a Anbar) 498.
Yunis (a Damas) 498.
Yusif (face Balad) 148, 283, 561-564,
650, 717, 718, 746, 826.
Yusif (a Inisk) 19, 728.
Yusif (Soeurs) 563.
Za4faran (pres Mardln) 31, 588, 742.
Za‘faran (Apni Maran) 31, 108, 111,
384, 542, 561, 562, 650, 694, 742-
747, 820, 825.
Zakai (v. Yohannan et Iso4sawran).
Zarag 178, 824.
Zarnuqa 744.
Zawlya 278.
Z6gk£ 35.
Zinal (Abba) 186.
— D —
Dabarinos (= B. Dariin ?) 48.
Dadar 751.
Dahkan (Mt) 475.
Dahya 196, 240.
Dailam 70, 212.
Dair Abun (village) 699, 700, 748-754.
Dair Gundi (village) 551, 554-558.
Dair Sis (v. ‘Urnra).
Daira Hatra (ou Htara, ou Hatare)
(= Hetr£) 301.*
Daira Hedata (village) 551.
INDEX DES LIEUX
867
Dairamtuta (Gu^ramtuta) 560-561.
Dalpata (Mt) 685.
Damas 32, 40, 57, 200, 375, 409.
Damir Dag 125, 134, 135.
Damlamaga (v. Source de Jonas).
Daoudlya 209, 688, 677.
Daquqa (Daquq) (= Tauq) 131, 145.
Dar al-Rum 105, 121, 754.
Dar al-Sultan 639.
Dara (v. ‘Aina Srita).
Dara 107, 285, 76_3.
Darabad 644.
al-Darb al-Sultani 404.
Darbend 154, 801.
Darhayl 491.
Darsap 162, 209.
Darsiv (v. Nahla d’Malka).
Dasen 16, 48, 92, 162, 213, 227, 255,
256, 271, 304, 308, 310, 311, 318,
543, 675, 712, 787, 816.
Dast Kandinawa (v. Valine d’Entre-
Deux).
Dastagard 682.
Dawlat al-Gamar 625.
Dehok (Dyok, Ettuk) 144, 155, 170,
192, 325, 384, 466, 527, 553, 554,
556, 630, 631, 676, 677, 679, 681-
684, 688, 695, 705, 725, 738, 789,
816.
Deleb (v. ‘Ain Dulb£).
D^ra (en Qardu) 729.
D£ra Besbermag (v. ‘Aina Srita).
Derb6 696.
D£r6 45, 206.
Dergudni 688.
Derka 187.
Derk£ Arian 163, 185.
Derk£ Gird 163.
Derkd Kitk^ 163, 185.
D£sara 615.
Desta S£lep£ 526.
Detroit 355.
T)6zz6 312, 318, 790.
Diamper 22, 25, 50, 539-540.
Diarb^kir (v. Amed).
Diarka (Ddrik Barav) 696.
Dinarta 268.
Dodi inf<6rieur 307.
Dodi le grand 306.
Dola 692, 721.
Dola‘Iya 337, 404.
Dornah 751.
Dost^ka 682.
al-Douair (= D£r6, ou al-Dair) 560,
561.
Dra 218.
Dubardan 627.
Du Gird Han 129, 165.
Du P^r^ 307.
Durd (= Devriyd) 305, 306.
Dur<5 (de B. Tannura) 305.
— E —
fidesse 39,74,323,328,444,571,583.
Edr^ d’Balas 242.
Egypte 419, 444, 461, 553, 579, 584,
596, 822, 823.
Elam 500, 501.
Elcesi (= Alqo§ ?) 397.
Elqadan 176, 207.
Emese 766.
Ephese 758.
Eqror 315, 684.
Erbil, passim, surtout 39-97.
bataille: v. Gaugameles.
Esiyan (B. Asia) 788, 793.
Eski Kelek, 99, 133, 134, 183, 188,
189-190.
Eski Mossoul (v. Balad).
‘Essan (ou ‘Ession) (= Syan) 311,
312-313, 790.
Estreniya 115.
Estwan (= Mandawa ?) 183, 740.
£thiopie 579.
Euchaita 436.
EG LIS ES
(Le nom dn titulaire est suivi du nom des
lieux ou se trouvent des eglises de ce nom.)
AddaI :
— Kafar ‘Ozail 175.
— Karamlaiss 414.
Ah ha :
— Kaniafalhan 172, 293.
— D£ra 729.
868
ASSYRIE CHRETIENNE
Ahha (d’Awah) :
— Salmat 67, 260-263, 298.
Ahudemmeh :
— Bartelli 428, 429-430, 435.
— Mossoul (M. Hudeni) 597, 687.
Andre :
— Qaraqos 454.
Apre :
— pres Ba Mi§mis 306.
‘Awda :
— B. Kola 474.
‘AwdIs6‘ :
— Kalwaka 291.
— Naseriya 550.
Awraha :
— Pesabur 698.
Bar ‘Eta :
— B. Gurbaq 478.
Barbara :
— Batnaya (nef) 378.
— Karamlaiss 405, 411-412.
Behnam :
— Erbil 80, 92, 93.
Christophe (ma.):
— Dezz£ 318, 790.
— Delep 685-686.
Guorguis (ma. ?)
— Erbil (?) 96.
— ‘Ainkawa 168, 171, 172.
— ‘Aqra 265-266.
— Qub 293.
— Adeh 302.
— Artun 306.
— Sanaya 306.
— ‘Xtus 312.
— Argen 313.
— Barramank6 314.
— Baqofa 380.
— T. Esqof 383, 386.
— Alqos 388, 395, 728.
— Qaraqos 403, 435, 445, 451, 458.
— Bartelli (deux) 428, 429, 430, 435,
437.'
— Ba‘slqa 467.
— Bahzani 469.
— Baiban (?) 472.
— Bhandawai 551.
— Alokan 675.
— Dehok 682.
— §ezi 690-691.
— Pesabur 699.
Guorguis (co. Bar ‘Eta) :
— Zaitun 208, 287.
GuorguIs (disciple Bar ‘Eta) :
— Karamlaiss 405,411,412-413,414.
Hnania :
— Erbil (?) 57, 707.
Hadbsabba :
— Ba Sahra 481.
Isaac :
— Erbil 57, 951 (ev.).
— Telia 287, 288.
Isa‘ya (Iso‘yaw bar Qusre) :
— Mossoul 348, 392, 530, 671, 688.
Iso‘SAWRAN :
— Erbil 47, 56-57, 89, 95.
Jacques l’intercis :
— T. Esqof 382, 383.
— Qaraqos 445, 454, 459.
— Magara 469.
Joseph :
— Hargawa 269.
— T . Kaif 368, 739.
— Mossoul 677.
Juliette (v. Quriaqos) :
Ma'anyo
— Erbil 58, 89.
INDEX DES LIEUX
869
Marche du Mardi (Bagdad) 83.
Marie, la Ste Vierge (surtout al-Td-
hira).
— pres ‘Ainkawa 172.
— Erbil 89, 93, 96.
— Sirawa 187.
— Herpa 250.
— Hardys 251-252.
— ‘Aqra 265.
— Hargawa 269.
— Barrake 269.
— Telia 287.
— Guppa 305.
— Ba Mismis 305.
— Hordepn£ 315-318.
— T . Kaif 367, 368.
— Batnaya 379.
— Alqo§ 396.
— Karamlaiss 407, 411, 413-414.
— Bartelli (Sepna Sed£) 428, 429.
— Mossoul 430, 514, 529, 739.
— Qaraqos (deux) 427, 434, 435,
443, 446-449, 473, 586, 688.
— Ba‘slqa (deux) 465, 466, 467.
— Dehok 677, 682-684.
— Semmel 686-689.
— P^sabur (N.-D. des Moissons) 699.
Meskinta :
— Mossoul 348, 668.
Michel et Gabriel (Archanges) :
— R. Hormizd 548.
Miha :
— Alqo§ 396, 399, 546.
Miles :
— T. H6s 555.
NIha :
— Saqlawa 123.
Nuh (6v.) :
— Erbil 57.
Pierre et Paul :
— T. Kaif 368, 376.
PlNHAS :
— Hawsara 738.
Qardag :
— DM 206.
— AlqoS 206, 396.
Quarante Martyrs :
— Karamlaiss 410-411.
— Bdza! 472.
Quatre Evangelistes :
— R. Hormizd 548.
Quriaqos :
— Gazna 187.
— Tallanlta 311.
— ‘Essan 312.
— T. Kaif 362, 365, 367-368.
— Batnaya 378-379.
— P^sabur 699.
— M. Yaqo 726.
Sacre Cceur :
— T. Kaif (v. Quriaqos).
— Dair Abun 699.
^ADAD (OU Sadda) :
— Guppa 305.
Sainte Famille :
— Batnaya 379.
SallIta :
— Erbil (?) 96.
— Tawsip 292.
SarkIs et Bakos :
— Qaraqo§ 458-460.
Sawa :
— Salmat (?) 259, 262.
— Billa (moine) 288.
— Dodi le grand 306.
— Gue?sa 306.
— Karamlaiss 415.
— Bidaro (martyr) 633.
— Taqya’ (martyr) 633.
— P^sabur 698.
— Tiyari (moine) 741.
870
ASSYRIE CHRETIENNE
5im‘un al-Safa’ :
— Mossoul 532.
Smuni :
— pres ‘Ainkawa 172.
— Hardes 251.
— Birta 295.
— Hatare 301.
— Dure 306.
— 314.
— Biboze 318-319.
— T. Kaif 368-369.
— Bartelli 428, 430-431, 435, 689.
— QaraqoS (deux) 449-451, 450, 610.
— Ba‘slqa 466, 467.
— Piyoz 473, 474, 790.
— Qasr i-Yazdln 690.
— M. Yaqo (nef) 724.
SnIqa (= Saddlqa ?)
— Derka 187.
Tahmasgard :
— Kerkouk 9, 527.
Theodoros :
— pr£s Bartelli (Fidaros) 435-437,
455, 479.
— Mossoul 437.
Trinite :
— R. Hormizd 547-548.
Yaret :
— Derb£ 696.
Yohannan :
— Karamlaiss (Yohana) 411,414-415.
— Herpa (chapelle sur grotte) 250.
— Ba Sapre 291.
— Kani Maz£ 314.
— T. Kaif 369.
— T. Esq of (nef) 383.
— D£ra (l’Egyptien) 729.
Yonan (moine) :
— Karamlaiss 411.
Zakai :
— Merg6 469.
Zei‘a :
— Bagdad 312.
— Ma‘alta 324, 677-680.
Zena :
— Mossoul 421, 427, 452.
— Qaraqos 451-453, 459, 637.
— F —
Faida (v. B. Malud ?).
Fars 160, 537, 610, 611.
Fatha 110, 134.
Florence 507.
Forieresse (= sommet) pres B. ‘Awe.
— Grande 239.
— Petite 239, 240, 244.
— G —
Gabilta (v. Gwilta).
Gaif 491.
Gaini (v. Qainai).
Galate 267-268.
Galisin 757.
Galli (M. Yaqo) 721, 726.
Galli Daira 300.
Galli Guermav 295.
Galli Pir Havan 292.
Galli Zardek 757.
Galli Zurur 772.
Gama‘a 750.
Gamlawlohe 100.
Ganzak (v. Tabriz).
Gaplta (= Guppa) 128, 142, 246, 305.
Gar Kani (v. Ger Kahne).
Gara (Mt) 235, 259, 310, 311, 314,
315.
Garicha ( ?) 489.
Gassa (au Butman) 194.
Gassa (Guessa) en Nahla 194, 306.
Gassa (en Thuma) 194.
Gaugameles (et Bataille d'Erbil ) 40, 99,
180-183, 401, 821.
Gawar 289, 290, 494.
Gayyara 108, 227.
INDEX DES LIEUX
871
Gazarta (v. Gazlra ibn ‘Omar).
Gazlra (province arabe) 71, 146, 588.
Gazlra ibn ‘Omar 94, 95, 122, 149,
156, 172, 181, 365, 392, 406, 433,
474, 526, 560, 588, 664, 677, 682,
690, 696, 699, 703, 729, 738, 743,
749, 752, 753, 755, 801.
Gazna 183, 187.
Gazlani 674.
Gazzak 566, 788.
Gayyara 637.
Geb6 (= Gube ?) 292.
Gelisin 261.
Gemboli 738.
Ger Kahnd (= Se Gerkan6?) 240,
241, 244, 245, 707.
Gerbis 142, 307.
Gerwan 356, 788.
Gerzangel 294.
Geth Hepher 494.
Gidron (Mt) (= Kind ?) 385, 543.
Gila 486.
Gilu 194, 253, 310.
Gird ‘Abd al-‘Az!z 166.
Gird Gom£ 163.
Gird Mamik (v. Pont du Roi).
Gird Mumin 136.
Girfil 675.
Gog et Magog (pays de) 41, 324.
Gogemal (v. Qantarat al-Gomel).
Gomel (district) 288.
Gona 267.
Gondisapor 61.
Gon^slya 32, 404.
Gr£ Gome 240.
Gre Siso 681.
Gub al-Kalab 702.
Giib£ (v. G£b6).
Gudi (Mt) 526, 709, 743, 750, 751, 753.
Guermave 693.
Guhaina 227, 337.
Gu’ Kummet 450.
Gulamerk 391.
Gulli 816.
Gunduk (v. Nerem).
Guppa (v. Capita).
Gurdi Sarawa (v. B. Slota).
Guske 307.
Guwair (v. B. Natpar).
Gwilta 175.
— H —
Habbusta 259.
Hadet (Cilicie) 105.
Hadet (Liban) 104.
Hadlta de l’Euphrate 104.
Hadlta de Mossoul 17, 38, 67, 73, 92,
100, 102, 103-114, 115, 123, 125,
126, 127, 146, 149, 150, 183, 188,
193, 229, 230, 231, 243, 272, 327,
331, 337, 746, 747, 820.
Hadl 426.
Hadqabad 452.
Haistana 750.
Haj Yusif Agatcheh 191.
Hakkari (Hakkar, Hakar) 234, 254,
311, 391, 782, 787, 827.
Halhul 506.
Halmun 118, 323, 705, 816.
Halwan (ou Hulwan) 67, 71.
Hamadan 90.
Hammam al-‘Alil 103, 635, 637, 638,
’ 639, 659.
Hamra 615.
Hamrln (Mt) 110, 127, 134.
Han Tur (pres Zaho) 129, 130, 149,
816.
Han Tura (Aw6na Dag) 38, 125, 129-
130, 145, 150, 151, 157, 177.
Hanaga 267.
Hancawa (v. Ainkawa).
Hanigar (= Tuz Hurmatu) 72.
Haniqin 67.
Harabat Kilissa 165.
Harabat Sultan 98.
Harbat Glal 711.
Harbat Nespa 792.
Harbat Sapl^ 145.
Harbat Snonita 276.
Harda’ 489.
Hardys 170, 237, 248, 251-252, 263,
546.
Hargawa 199, 238, 268, 269.
Harlr 96, 199, 785.
Harmas6 (ou Naharmasd) 264, 288,
300, 301.
Harran 39, 74, 285, 622, 687.
Harwa 389.
Hassan Kaif 315.
Hassan §ami 273, 274, 492.
872
ASSYRIE CHRETIENNE
Hassan6 (Hassan, Elchessen) 699, 753.
Hassasa (ou al-Hassa) 49.
Hassuniya 630.
Hatra (al-Hadr) 39, 752.
Hatre (en Tirhan) 301.
Hauran 732.
Hawi’l-Kanisa 673.
Hawsara (ou Awsar) 738.
Haygala (ou Hagla Omed) 110. 145,
452.
Hazna 469.
Hazza (ville et district) 38, 55, 60, 65,
70, 75, 78, 92, 107, 144, 165, 166-
167, 174, 229, 234, 336, 553.
Hdod 255, 256.
Hellanlya 245.
Heracl^e 436.
Herat 557.
Herpa 170, 198, 236, 237, 238, 239,
240, 241, 242, 243, 244, 245, 246,
247, 248, 249-250.
Herpa (pres ‘Amadia) 249.
Hesna ‘Ebraya 553, 643, 644.
Herza (?) 166.
Hest^ka 307.
Hetra (Htara) 264.
Hewton (ou Hefton, Hibtun) 38, 67,
69, 78, 92,' 141, 186, 192, 198-201,
206, 207, 208, 212, 213, 243, 246,
297.
Hibtun (v. Hewton).
Hilla 95.
Hinis 33, 285, 288, 301, 676, 788-790,
810.
HIra (Hirta) 23, 102, 106, 138, 192,
195, 254, 498, 582, 642, 715, 718,
727, 731.
Hirbat Garnus 630, 631.
Hirbat Munayra 636.
Hirbat Saleh 488.
Hirdiz (v. Hardys).
Hisah 647.
Hit 138.
Hlahlah 744.
Hlapta (ou Hilibta, B. Hlape) (= H£-
laft) 246, 248, 250, 263-264, 276,
279, 294.
Hnita (ou Hnaita, al-Hanaya) 16, 38,
49, 92, i 62, 163, 192, 199, 208-213,
215, 216, 326, 704.
Hodon (v. Hewton).
Homs 425.
Horazan 550.
Hordepn^ 315-318.
Horesk 693, 695.
Horsabad 452.
Hota (deux puits a T. Kaif) 356.
Hrdn (= T. al-Hiam?) 130, 145, 152,
157, 158, 163.
Htara (deux villages) 264, 301, 392.
Huftyian i-Surhab 201.
Hunya Sabur (v. Bawazl§).
Hurtiyan 201.
Hwaira 188.
Hwais 637.
_ i _
Ibbian 505.
IWrie 603.
Ijerk^ 693, 736.
Ikoniya (v. Bawazig).
Inde ' 615, 822.
Irbil (v. Erbil).
Isma‘imya 116.
Ispahan 93.
Isla (Mt) 16, 271, 307, 526, 642, 643,
650, 709, 711, 715, 738, 746, 762,
777, 817, 819, 825.
- j -
Jerusalem 147, 361, 678, 691.
Jordanie 732.
— K —
Kabak (ou Kerra) 516.
Kafar Kenna 494-495.
Kafar Nahum 397.
Kafar Tuta 128.
Kafar ‘Ozail (ou K. ‘Azza, K. ‘Azzi)
(= Sorbash ‘Aziz) 17, 59, 67, 69,
141, 149, 165, 166, 174-176, 177,
229, 493.
Kafar Zamr£ 272.
Kafar Zummar 126, 149, 272, 752.
Kafra (= Kifri) 63.
Kafrasor 292, 299.
Kaleh (v. Nimrud).
INDEX DES LIEUX
873
Kalwaka 291.
Kamed 295.
Kania 291.
Kaniafalhan (Kanifalla) 171, 172,249,
293-294, 295, 302.
Kanisa
671,
673.
Karak
751.
Karamlaiss 50, 51
,58,
89, 92, 98,
154,
178,
181,
204,
221,
234,
273,
274,
275,
277,
279,
283,
332,
335,
359,
382,
390,
400-
415,
434,
435,
446,
462,
492,
493,
540,
607,
619,
648,
652,
764,
801, 802.
Karh 6ddan 652.
Karka d’Bdt Sloh (v. Kerkouk).
Karkdmis 37.
Karma 34, 49.
Kartaw (ou B. Kartway^) 152, 153,
195, 216-217, 258, 309.
Kasaz 220.
Kaskar 157, 219, 308.
Kaskawa 307.
Kawasi (v. Ardamust).
Kawkab 149.
Kawraban 133.
Kelagom 729.
Kelek (Kelek Yasin Aga, Kelek al-
Dawasina) (v. Eski Kelek).
Kelek Misk (?) (v. MiSkl^g).
Kerkouk 46, 76, 118, 125, 128, 140,
145, 169, 171, 179, 181, 183, 288,
377, 438, 446, 527, 566, 704, 822.
Kezyon 389.
Khan al-Samra 731.
Khosrowa 729.
Khuzistan (v. B. Huzay£).
Kilissa (v. cvt Miha’il de Tar‘il).
Kirruru (v. Qur).
Kiza Parka 163.
Koh6 (figlise de, a Mada'in) 412, 754,
772. '
Koi Sangaq 38, 96, 141, 191, 401, 560,
567, 782.
K616 747.
Koumateh (Mt) 747.
Kufa 506.
Kuragun 255.
Kurtka 307.
Kusaf 99, 100.
Kut 355.
— L —
Lal£s 798, 799, 809, 812, 813, 814.
Lasom 131.
Laurent (cvt a Rome) 372.
Lhassa 545, 827.
Liban 372, 521, 579.
Livourne 373.
Londres 374, 375.
Louvain 513.
LIEUX S ACRES
( Oratoires , grottes , sources , synagogues ,
mosquees, temples yezidis.)
‘Abd Allah b. al-Hassan b. al-Mutni
(Ibn al-Haddad) tombe 467.
‘Abd al-‘Aziz al-Gailani, a ‘Aqra 812.
‘Abdias, syn. Mossoul 397, 523.
‘Ain al-Saflna (source de l’Arche) 791.
‘Ain Sarah 573, 600, 638, 737.
‘Ain al-Zi’baq (‘Ain al-Dair) (M. Ellya)
637, 659.
Ambusk (grotte) 255.
Andrisi 813.
Ange (Galerie de 1’) 757.
‘Arbini (Les XL) 369.
Ard al-Minara 463.
‘Awn al-Din ( maqam a Mossoul) 594,
595, 497.
Awraha (rocher a Argen) 313.
Ayyas ( Mazar , Sayyid) 282.
al-Bahir ( marqad a Mossoul) 595.
Bana D6*a (cvt au Singar) 35.
Bar£ Harrata 286-287.
Bar£ Q.a§a 285.
Bilal al-Haba§i {mazar) 491.
Buh Sada (S. Etienne) 369, 739.
Daira d’Neqsa (grotte) 276.
Dak6 T§ak {mazar y^zidi) (v. cvt Yo-
hannan et I§o‘sawran).
Daniel (a T. Kaif) 369, 739.
Daniel (a §6s) 259.
David (Kahf Daoud) 294.
Dawid (grotte) 315.
Daws ‘Ali (Karamlaiss) 411.
Doigt de Mar Ya‘qub (source) 737
Elias (syn. Mossoul) 523, 576.
Galli Rabana 468.
874
ASSYRIE CHRETIENNE
Gamrat al-‘Aqaba 709.
Geppa d’Koriake 240.
Gorgis (mosquee Nabi, a Mossoul) 355
509, 577.
Gregoire (grotte) 313.
Guorguis (a S. ‘Adi) 813.
Hallal (tombeau, Mossoul) 42 1 .
Hanna (Mar, a S. ‘Adi) 813.
Havse d’Eta 698.
Hi dr Elias (a S. ‘Adi) 813.
Ibnal-Hassan (mazar) (v. ‘Awnal-Din).
Ibn al-‘Ibri (grotte) 756.
Ibrahim (vallee de Mar) 781.
Ishaq (grotte) 756.
Ishtar (temple Erbil) 40, 75.
Isibia (a S. ‘Adi) 813.
Iskaft (deux grottes) 695.
Jonas (tombeau, v. cvt).
Jonas (syn. Mossoul) (?) 397.
Joseph (a Batnaya) 379.
Kani Bare 287.
Kani Mare 757.
Kani Maze 314.
Kani Qasa 252.
Kani Zarke 307.
Kasroke 700.
K6pa d’Satana 709.
Kepa d’Siiwa 710, 794.
Layl Fattah (tombe) 479.
al-Mansuriya 695.
Mar ‘Agla (ou ‘Agl) 370.
Matta (grotte) 756.
Mawqa‘ Saliba 259.
Melik Mairan 521.
Mosquee Rouge (al-ahmar) a Mossoul
576, 664.
al-Musalla (Bartelli) 427.
Nahum (a Alqos) 396-400, 523.
Na‘maniya (mosquee, a Mossoul) 519.
Pangah ‘Ali 595.
Pios (oratoire, Hargawa) 269.
Plr Halan (v. Kani Maze)
Pir Husaba (a S. ‘Adi) 813.
Poldo (tombe du P. Soldini) 522.
Puits des Solitaires (T. Esqof) 384.
Sagarat al-Yaqtin 520.
Saih ‘Adi (mosquee, puis temple yezidi)
301, 536, 728, 796-815.
Saih Muhammad (a Gazna) 187.
Saih Muhammad al-Radani 463.
Saih Piramus 577.
Sahdona (oratoires) T. Esqof 383, Al¬
qos 396.
Sahld (Sos) 259.
Sahswar (= Hidr) 472.
Sayyid Ahmad (Wadi Hlaila) 672.
Sim‘un (oratoire Alqos) 396.
Sit (mosquee de Nabi, a Mossoul) 681.
Skaft£ Mazun 252.
Smuni (tombes, M. Yaqo) 727 (ora¬
toires) T. Kaif 369, 739, Batnaya
379, Baqofa 381, T. Esqof 383,
Alq5s 396, (cellule) 756.
Source d’Afka 52 1 .
Source de Mar Daniel 558.
Souce de Jonas (a Ninive) 506, 516-
523, (a Balad) 523.
Source de la Vierge (v. Kani Zarke).
Source de Rabban (Ya‘qub) 241.
Source de M. Z£na 639.
Sultan ‘Abd Allah (v. Pise, cvt) et 103.
Synagogue de ‘Aqra 799.
Tailleur (grotte du fils du) 756.
Tastafsiya 709, 734.
Teinturier (grotte du fils du) 756.
Vigne de Noe 751.
Welada 606.
Yahia abu’l-Qasim ( marqad , Mossoul)
594, 606.
Yawsip (arbre a Ba Mismis) 305.
Yazdanduht (chapelle a Erbil) 97.
Yohannan (grotte a Gunduk) 255
(grotte a Salmat) 262.
Yohannan (oratoire, Alqos) 396.
Yunis (mosquee de Nabi, a Mossoul)
(v. Jonas, cvt).
Yolin£ (Julienne) (tombe a Karamlaiss)
412.
Yusif (oratoire, Alqos) 396.
Zaddiqa (oratoire, Alqos) 396; (lieu-
dit, ‘Essan) 312.
Zahra Hatun 491.
Zakal (grotte) 756.
Zei‘a (source, Sos) 259.
Ziyarat Kaskan^ 700.
— M —
Ma‘alla (v. Ma‘alta).
Ma‘alta (Ma‘altaya, Ma‘altai) de De-
INDEX DES LIEUX
875
hok (localite et EvechE) 58, 131,
144, 213, 214, 215, 325-326, 335,
341, 345, 477, 553, 675-681, 682,
684, 685, 686, 689, 701, 703, 786,
789; (listes episcopales) 342-343.
Ma‘alta, EvechE jac. (= Ba Nuhadra).
Ma‘alta, du Grand Zab 38, 192, 208,
209, 211, 212, 213-215, 216, 326,
342, 343.
Ma‘alta (non spEcifiE) 73, 144, 214,
215.
Ma‘arrE (de Hlra) 23, 192.
Mabbug 351.
Mada’in (ou MahozE, SEleucie-CtEsi-
phon) 67, 116, 219, 321-324, 328,
412, 476, 581, 582, 767, 792.
Madinat al-Halll (Hebron) 751.
Magara 469.
Magas 418.
Mahmur (v. Zina'i).
Mahmur al-Qadima 127.
MahozE d’ArEwam (= Mahuz) 116,
i 17, 118, 163, 164, 705, 731.
Makhul (Mt) 110, 134, 634.
Malabar 22, 25, 50, 461, 539-540.
Malatia (MElitene) 429, 755.
Malkosan (= Malklso*?) 292, 299,
301.
Mallabarwan 261, 293, 807.
Malqi (v. Qardag, cvt).
Mam (Mt) 610.
Mandawa (v. Estwan).
ManguEs 736.
Manquba (v. Ma‘ruba).
Maqlub (Mt) (v. Milliers).
Maqqawa (ou Maqqawta) 297.
Mar Iso‘ 785, 801.
Mar Sawrlso4 819.
Mar Yaqo (Qasafer) 680, 681, 687,
690, 691-693, 707, 794.
Maraga 82, 91, 227, 340, 583, 808, 809.
MardE 100.
Mardin 32, 128, 159, 179, 362, 426,
524, 525, 567, 579, 588, 598, 617,
742.
Mareiba 292, 293.
Marg6 227.
Marqos (Palais du roi) 295.
Ma‘ruba 280.
Marg Guhaina 227.
Marg al-Mawsil (ou Abl ‘Ubaida) (v.
Marga).
Marga, passim, surtout 225-318.
Marga, district kurde 227.
Marga, district du B. ‘Arabay6 227.
Marga, village pres Zaho 227.
Marga Sawra 227.
Mawaran Qasra 146.
Mawill (ou Ba Mawll^) 560.
Maynis (ou Manis) 207.
Mayya Qarlr£ 288.
Mazringan 307.
Mazuri 227, 235, 254, 300, 807.
Mecque (la) 503, 709, 800.
Mell6 Suka (v. Suq al-Ahad).
Membarr6 307.
Menyani§ 207.
Mer morte 600.
Merg£ 227, 293, 469.
Mersida 294, 295, 301.
Meshed 494.
Mespulai (= Ninive) 357.
Messara (Mesciara) 699.
M6z6 314-315.
Milliers ( Mt des, Tura d'Alpap )
(= R^sa) (= Maqlub) 15, 24, 53,
161, 230, 261, 298, 322, 323, 327,
329, 330, 331, 332, 488, 531, 537,
582, 616, 617, 627, 756-784, 786,
803-805, 822-823.
Mina 709.
MiskMg (graphics diverses) 220-221.
Mitkd 299.
Mossoul, passim. Listes Episcopales nes-
toriennes: 343-349; jacobites: 349-
353.
Mughita (v. Ma‘alta du Zab).
al-Mugilla (v. Ma‘alta du Zab).
Muhammad RE§an (ou Bagas) 757,
781, 782.
Mulla ‘Omar 134, 135, 136.
Muqan 70, 231, 281.
MuSahada 137.
MusEka (v. B. MusayE).
MusEkan (v. B. MusayE).
Musmussa (Mt) 727.
Mutran 615.
Muzaffarla 96.
876
ASSYRIE CHRETIENNE
— N —
Nagaflya 615.
Nagir Ekalli 198.
Nahar Bahlul 135, 183.
Nahla du Hazir 277.
Nahla d’Malka 142, 171, 194, 227, 268,
304-309, 310.
Nahla d’Nahra 300, 304.
Nahrawan 406.
Nahsirwan 143.
Nakhitchevan 751.
Na‘na‘a 100.
Naples 495.
Naqut 781.
Narsibad 452.
Naserlya 254, 384, 550.
Natpar (= Guwair) 16, 126, 188, 229,
337, 559, 615.
Navkur 181, 279, 776, 785.
Naw Ardaslr 325.
Naw Gird (v. Hadita).
Negeb 398.
N£rem ( = Gunduk) 235, 248, 252-
253, 256, 258, 550.
Nerwa 268.
Nic6e 42, 44, 119, 765, 767, 772.
Nicomedie 577.
NifFar 105.
Nil (£vech£) 105.
Nimrud (Kaleh) 39, 101, 497, 568,
569, 570, 574, 584.
Nimrud (Birs) 167, 571.
Nimrud Dag 571.
Ninive, passim, surtout 325-354; listes
^piscopales nestoriennes : 343-349,
jacobites: 349-353.
Ninus 821.
Niphates (Mt) 238.
Niram (v. N£rem).
Niram d’Ra‘awata 252, 297, 298-299.
Nisibe (Soba) 39, 54, 59, 60, 65, 71,
111, 149, 181, 206, 256, 285, 308,
327, 476, 499, 524, 559, 563, 622,
624, 627, 634, 642, 663, 667, 705,
754, 763, 777, 823, 824, 825, 826.
Nocera 495.
Nor Sirakan (v. Adiabene).
Nuhawa 269.
al-Nuhail 506.
Nu‘maniya (£veche) 105.
— O —
‘Obaid 130.
‘Okbara 137, 544, 741.
‘Omar Mindan 248, 280.
Oroh (Mt) 769.
— P —
Paredon (Mt) (= Qara Tsoh de Syrie)
149.
Paris 373, 374, 375, 376.
Paroh Abad (Farug) 193.
Penek 729, 738, 755.
P^sabur (Fais Habur) 696-699, 742,
748.
Plr Mamme 307.
Piramus Zawlta 153, 477, 577.
Pirawiy6 299.
Pirmum (Mt) 38.
Piroz Sabur (v. Pesabur).
Piroz Sabur (v. Anbar).
Pis 729.
Piyoz (ou Piyos) 403, 473-475, 790.
Plasa 66.
Pont du Roi 98-99, 143, 180-183, 278.
Prat 281.
Prat Maisan 121.
-Q-
al-Qa’im (Qaima) 369-370, 490.
Qainai (Gaini) 143, 188.
Qala‘at al-Bint 110.
Qala‘at Sawris 165, 177.
Qalunta (Qal‘unta) (= Birta de Marga
est).
Qaluq 441.
Qamah 735.
Qandll (Mt) 138.
Qantarat al-Gomel, pont (v. Pont du
Roi); village: 230-231.
Qantarat al-Zab (v. Altyn Kiiprii).
Qaplan (v. Quplana).
Qara Quyunli Sufli 338.
Qara Sarai 604.
Qara Tsoh Dag (v. Zinai, mt.) (Syrie,
v. Paredon).
INDEX DES LIEUX
877
Qaraqos (B. Hudaida) 98, 293, 322,
340-341, 367, 401, 403, 404, 419,
420, 427, 428, 434, 435, 439-461,
473, 481, 482, 483, 492, 583, 585,
586, 587, 588, 603, 609, 610, 611,
612, 613, 637, 669, 688, 689, 725,
762.
Qardag (Bet Mar.) 69, 96, 189, 205.
Qardu 487, 526, 694, 708, 710, 749,
752, 753, 771, 820, 823.
Qasr Burqu 732.
Qasr al-Gass 543.
Qasr Rast 467.
Qasr Ruyyan 467.
Qasr Sirin 67.
Qasr i-Yazdin 690.
Qasrok£ 146.
Qatar 64.
Qatarbel 754.
Qessiyeh 397.
Qiz Fahri 490.
Qopan 279, 292.
Qora Marge 293.
Qos T£p6 165.
Qtarta d’Zawa (v. Altyn Kiiprii).
Qub 228, 279, 288, 292-293, 416, 770,
772.
al-Qubba 120.
Qudsanes 95.
Quplana 59, 60, 63, 164.
Quq (= B. Qoqa ?) 147.
QQr 189, 197.
— R —
Ra‘ban 105.
Rabarin Hesn (v. Dabarinos).
Rabbd Blya (= Bawai ?) 558.
Radani 210.
Rahta (= Rahtawa) 188.
Rai 105, 152.
Ramonln (= Rassonin ? = Rumini?)
48, 208.
Raqqa 620.
Ramstasir 463.
Ra‘ola d’Demma 313.
Ra’sal-‘AindeSapespa (v. R£sad‘Ai'na).
Ra’s al-‘Ain de Syrie 39, 524, 622, 754.
Rassonin (v. Ramonln).
Rawanduz 151, 172, 197, 310, 392,
546, 782.
Razeq (Raghes) 152.
Rehobot 39.
Rehobot-Ir (= Erbil?) 39, 169, 423.
R6sa (v. Milliers, Mt).
Resa, de B. Garma'i 71 1, 775, 792.
R£sa d‘Aina 241, 242, 246, 248, 250-
251, 775.
Resen 39, 440.
Ripon 578.
Risa (en Adiab.?) 222.
Riwarda§Ir 160.
Robarka 311.
Rome 94, 372, 373, 393, 394, 398,
526, 545, 586, 587, 827.
Ronceveaux 736.
Route du Roi 67, 98, 99, 117, ISO-
183, 187, 188, 278, 280, 282, 324,
325, 476, 550, 554, 630, 631, 675,
682, 685, 777, 791. 823.
Rumini 48, 207-208.
Rusafa 271.
— S —
Safin (Mt) 38.
Sahrqard 185, 216.
Sahrzur 561.
Saihan 227, 428, 475, 787-788.
Salah 37, 49, 67, 96, 151, 191, 198,
212, 644.
Salah al-Din 38, 197, 220.
Salmas 234.
Salmat (Sarmen) 16, 67, 236, 242,
248, 254, 255, 259, 260-263, 285,
288, 310, 311, 314.
Sama Dibis (v. B. Hniq).
Sam‘an (Cabal) 521.
Samargan (Mt) 500.
Samarra’ 64, 1 10, 1 37, 543, 598, 662, 714.
Samon 685.
Samosate 74.
Samrah 272, 675.
Sanaya 171, 306.
Sapat 204, 407, 785, 801.
Sapespa (ou Sapsapa) 170, 206, 227,
248-264, 267, 279, 301, 310, 311,
318, 550.
878
ASSYRIE CHRETIENNE
Saphi (= Sfaiya ?) 222.
Sapna 209, 253, 577, 675, 688, 777.
Saqlawa ( — Dar Abaci) 96, 123, 135,
146, 191, 520, 644, 679, 754, 755.
Saqlawiya 696.
Sarafan 292.
Sarawa (v. Sirawa).
Sardariya 269.
Saredpido 692.
Sargawe 66.
Sarmala (v. Salmat).
Sarmen (v. Salmat).
al-Sawr 441.
Sawra de Birta 16, 297, 299.
Sawra du Robarka 313.
S^baste 579.
Sedara 312.
Seert (Se‘erd) 51, 76, 390, 526, 560,
698.
Seffarieh 494.
Segestan 598.
Seida 375.
Seif al-Dln 370.
Sedan 259.
Seleucie-Ctesiphon (v. Mada’in).
Sellamiya 103, 441, 464.
Semkan 208, 264, 292.
Semmel 416, 587, 675, 679, 683, 686-
690, 691.
Sena 363, 370, 530.
Senaar 499.
Serai 729.
Strata 307
Serkafe 294.
Serkandel 307.
Sernah 751.
Sero Malakta 551.
Serser 17, 110.
Sfaiya 99, 222.
Sibanipa (v. T. Billa).
Sikon (Tsinekko) 242, 250.
Simurrun (v. Altyn Kiiprii).
al-Sin 100, 110, 115, 116, 117, 120,
121, 153, 161, 162, 634, 735.
Sindi 315, 323, 354, 816, 817.
Singar (Mt et ville) 99, 127, 149, 323,
329, 333, 351, 410, 420, 435, 450,
465, 486, 521, 571, 606, 698, 734,
811, 812, 821.
Sios (S6zi, Sezaz, S^zez, Sez6) 676, 686,
687, 688, 690-692, 693, 707, 708,
719, 720, 721, 736, 737, 738, 739.
Siraro 785, 801.
Sirawa 94, 187.
Sirwan 49.
Sisoh 144, 681.
Sitteih 99.
Siwar^s 183, 207.
Skafdal6 695, 696, 700.
Slevani 694.
Sllhan 490.
Sm^tcha 137.
So (ou Saba, Mt) 560.
Sopet Sultana 404.
Sophene 763.
Sos (v. Ba Sos).
Sose 314.
Sqer^ (v. Th^baide).
Srlda 506.
Sulemaniya 227.
Sulimanava (= Suliman Abad) 167.
Sultan ‘Obaid (v. ‘Obaid).
Suq al-Ahad 229, 290-291, 298.
Surtsi 190, 269.
Surzaq 488-489.
Sus (Suse et Susiane) 216, 553, 554.
Syrie 423, 424, 579, 638, 685, 696,
698, 823.
— T —
Tabriz 82, 180. 340, 425, 557, 566.
Tahl (ou Tahalj 49, 52.
Taimana 92, 336-338, 662.
Taira (Gabal) 489, 559.
Takrit (Tagrit) 34, 49, 64, 110, 131,
137, 175, 178, 230, 329, 330, 333,
337, 338, 339, 352, 416, 418, 420,
421, 429, 433, 438, 439, 443, 452,
453, 473, 484, 488, 559, 598, 614,
630, 662, 667, 762, 770, 826.
Tal 254, 578.
Talana de Gllu 310.
Talana de Marga 227, 260, 304, 310-
319.
Talana, pres Rawanduz 310.
Tallanita (ou Tannlta) (= Dewik) 311.
Tamanun 708, 749, 750, 752, 753.
Tanaos 738.
INDEX DES LIEUX
879
Tangut 155.
Taq Rasso (ou Taq Hama) 488, 775.
Taqya’ 633.
Targilla 178, 273, 274, 275, 402, 483,
492, 493.
Tauq (v. Daquqa).
Tawsip 292.
Tchorum (v. Euchaita).
Tehran 152.
Tell et Berberi (v. Telia et Billa).
Tell al-‘Abidat 672.
Tell ‘Adds 264.
Tell A‘far 404, 686, 688.
Tell ‘All 116.
Tell Aswad 615.
Tell Badi‘ 650.
Tell Billa 462.
Tell al-Dahab 379.
Tell al-Dair 775.
Tell Dara (= ‘Aina Srita?) 218, 229.
Tell Esqof 336, 381-387, 394, 492, 530,
743.
Tell al-Uanem 401.
Tell Gomel (v. Gaugameles).
Tell Hes (ou Has) (= T. Hisaf) 324,
365, 553-555, 682.
Tell al-Tqab 126, 673, 674.
Tell Kaif 169, 201-204, 291, 319, 336,
355-376, 378, 382, 385, 387, 390,
394, 406, 440, 490, 527, 529, 530,
532, 545, 546, 555, 677, 679, 690,
725, 802.
Tell Kilissa 165.
Tell al-Midan 559.
Tell Ngdga 559.
Tell Niaha 219.
Tell Nimrud (pres Bagdad) 571.
Tell Parslr 278.
Tell Passnd 698.
Tell Qubben 698.
Tell Quyungik 462, 494.
Tell al-Sabt 638, 639.
Tell al-Sa‘Ir 103.
Tell Salila 44, 218.
Tell Salma 489.
Tell Slna 165.
Tell al-Sultan 452, 614.
Tell al-Tawba (v. Jonas, cvt).
Tell Yalda 188.
Tell Yamta 369.
Telia, du B. ‘Arabayd 149.
Telia, de Birta (Tillan) 227, 229, 233,
234, 284, 287-288, 300, 771.
Telia, sur Serser 17, 110, 288.
Telia d’Arios ' 624.
Telia d’Zald 242.
Telia Torqlya 624.
Tdna 153, 477, 776.
Tdpd Gawra 462.
Terbaspi 620.
Tergawer 154, 801.
Thdbaide 11, 434, 444, 461, 572, 730,
823.
Thuma 38, 94, 194, 254, 692.
Tirhan 49, 64, 73, 116, 137, 301, 553
562, 662, 714, 746.
Tiyari 38, 207, 692, 741.
Tripoli 516, 579.
Tsall 310.
T§amdsdnd 307.
TSdmankd 314.
TSiya (Gabal al-Hair) 284, 295,
310.
Tsopank (Mt) 292.
Tunisie 522.
Tur ‘Abdin 323, 422, 426, 621, 736,
768.
Turquie 579, 633, 696, 698, 699, 816,
Tuwagna (ou Tuwagna) 337.
Tuz Hurmatu (v. Hanigar).
— U —
Ukhaidir 723.
‘Umra 817.
‘Umraniya 294.
Ur 821.
Urfa 524.
Urmi (ou Urmia) 82, 136, 340, 365,
395, 560, 720, 785.
Usnu (= Ushnuiyeh) 82, 785.
Usqof 490, 620.
— V —
Vallee d’Entre-Deux 38, 125-164.
Van (lac de) 340, 607.
Venise 495, 557, 596.
880
ASSYRIE CHRETIENNE
— w —
Wadi Gahannam (pres Targilla) 274.
Wadi Gahannam (au Maqlub) 757.
Wadi Hlaila 672.
Wadi’l-‘Iqab 674.
Wadi Nardos 292, 296.
Wadi al-Sayyatin 674.
Wana 137, 283.
Warda (au Tur ‘Abdin) 736.
Warda (B. Garma'i) 67.
al-Wasit (Kaskar) 120, 715.
Wastavv (= Wasta) 698.
Westminster Abbey 782.
— Y —
Yararnga 486, 514.
Yarda 817.
Y£men 337.
— Z —
Zabe (al-Zawabi) 219.
Za‘faran (Qala‘at al-) 743, 747.
Zaho (ou B. Zaho) 129, 131, 170, 181,
227, 235, 261, 264, 315, 323, 332,
335, 341, 354, 363, 406, 465, 522,
524, 526, 551, 556, 558, 620, 633,
677, 683, 685, 686, 688, 694, 696,
699, 700, 738, 742, 816, 817.
Zahra Hatun 404, 615.
Zaira (= Ziarta ?) 219-220.
Zamar (Wadi) 126.
Zamir (Mt, v. Zinai).
Zangana 416.
Zanta 267, 269, 304.
Zargel 526.
Zarn 734.
Zawa 404.
Zibar 169, 170, 171, 235, 254, 787, 807.
Zinai, village (= Mahmur ?) 123,
124, 128, 148, 149, 150.
Zinai (ou Zina) (Mt, = Qara Tsoh)
38, 123, 125-128, 143, 144, 149,
151, 162, 305, 812.
Zozan 787.
Zummara 126.
NOTES DE LITTERATURE SYRIAQUE
Remarques ou jugemcnts de valeurs sur certaines sources
Abrcge du Livre de la Chastete 103, 148, 207, 764.
Alqos (Peste de 1828) poeme d’lsRA’lL le Jeune 392.
Alqos (Attaque de 1832) poeme de Damianos 392-393.
Alqos (Attaque de 1832) poeme de Yusif ‘Abaya 393.
Alqos (Famine de 1842) poeme d’IsHAQ Gaddo 393.
Bar-Idta ( Histories of...) 53, 270, 758, 772-773, 774.
Chastete ( Livre de la) 22, 24. 142, 148, 276, 282, 345, 661, 705, 775-776, 786, 787, 817.
Chronique d’Erbil 41, 47.
Couvents ( Liste de 1607) 526.
David de Barzane, Complaintes 171.
Denha ( Eloge de) 83.
Denys de T. Mahre (Pseudo), Chronique 147.
Diptyques de Karamlaiss 50-51, 142, 147, 348, 407-408.
Ecclesiastique , Poeme d’EuE de Saqlayva (1926) 754-755.
Ellya ( Qissat Mar) 640-659.
Henna al-NabIya, poemes de 371-372.
Hormizd, Biographies de R. 535-537.
Hormizd, Poeme d’Iso‘YA\v Bar Mqaddam (?) sur R... et ses disciples 407, 648,
661, 801-806.
Isra’il l’Aine, Poemes 394.
Ivrognes (contre les), poeme de Tsona de T. Esqof 387.
Iso‘sawrdn ( Histoire du martyr) 46, 442.
Iso‘yaw III, Lettres 60, 118, 758.
Joseph fils de Jacob, poeme de Staipho Rais 808.
Julien l’apostat, lettre a S. Basile 568-569.
Letlre n° 12, de l’Ad. 10.967 du British Museum 445-446.
Liber Tunis 27.
Miha’Il ( Legende de Mar.) 660-669.
Miha’il. poeme sur Mar. par ‘Awdiso‘ b. Sa‘ara 669.
Mille cinq cent quarante-sept (En Pan), poeme (de Warda ?) 76, 154, 382, 402.
Mille cinq cent quarante-sept (En Pan), complainte someth de Thomas Hanna
(1930) 403.
Mille huit cent soixante-huit (Ev^nements de Pan), complainte anonyme, 250.
Miskleg, poeme sue le sammas de 220-221, 802.
Monasteres ( Livres des) 21.
Nuovo Testo ( Un ) 764.
Qoqa ( Histoire du cvt de B.) 132.
al-Rahawi al-Maghul 568-569.
Rech. 23 — 56
882
ASSYRIE CHRETIENNE
Ramicho 180, 806-810.
Sabusti 703.
Samli ( Vie de Mar), poeme de Bar Skape 155.
Sawrls6‘, poeme de Qamsa sur Mar. 132-133.
Seert ( Chronique de) 27, 118, 537.
Statistique Inedite 525-526.
Superieurs ( Livre des) de Thomas de Marga 25-26, 232, 296, 705.
Tell Kaif (La noyade de, 1949), Complaintes 362.
Thomas Tektek, poemes 371, 393.
Tahwaiaha, ( Histoire de) 83.
Yezidis ( Histoire des) 465-466.
SUjETS DIVERS
Alchimie 119.
Arbres sacres et chiffons 520-523.
Ba'uta (Jeune de Ninive) 345, 498-499, 754.
Berceaux ex-votos 724-725.
Betes feroces 646, 730.
Bousiers 615-616.
Burgul 436.
Castration 119.
Clous 518-519, 577.
Couronne du martyre 600-601.
Couvents, identification 34-35.
Croises a Mossoul 603-604.
Croix, style de Hira 727.
Croix de tombeau 731-732.
Croix (Sainte) 623.
Croix (lavage de) 257.
Cures 315, 521, 558, 571, 577, 578, 702, 736.
Dragons 209-210, 637.
Eglises d^crites 262-263, 265-266, 721-726.
Eglises (Maisons baties sur) 251, 314, 315, 695, 700.
Enluminures 678-679, 691.
Envie disperse moines 500, 713, 718, 744-745.
Etapes de la vie monastique 712-713.
Etymologies 381-382, 400, 417, 462.
Exemptions de couvents 649-650, 719.
Fetes de saints (sera) 739-742.
Grants 733-736.
Grottes de sepulture 794.
Hasisi (Brouet de M. Behnam) 573.
Hnana (galette) 160, 281.
Idoles 242, 292, 433, 610, 709.
Jerusalem (pelerinage a) 83, 159, 297, 443, 537, 580, 782, 807, 811.
Lions 274, 618, 629, 646, 659, 729-731, 736, 771.
Liturgie d’Alqos 720.
Liturgie de Mar Ellya 668.
Livre de Vie, embleme du martyr 600-601.
Manuscrits (prix des) 314.
Masos (nuit de) 741.
Mercenaires chr^tiens 83, 91.
Monuments funeraires 298.
Nls 669.
884
ASSYRIE CHRETIEN NE
Noms feminins = villes 720.
Norcl (montee des moines vers le) 715, 745, 746, 820, 828.
Orphelins 197-198.
Plantes medicinales 464.
Ponies 424.
Pretres (nombre des) 314, 359-360, 392, 393.
Prieres exauc^es 268, 577-578.
Quatorzieme siecle 585.
Recoltes 424, 463-464.
Religieuses 13, 44, 96, 385, 433, 460, 469, 550, 563, 611, 612, 613-615, 619, 672,
738, 741, 756-757, 824, 827.
Sacre d’eveques 765-768.
Sahrigan 69.
Satan (tentations) 15, 697.
Sceaux 370, 673-674.
Sculptures antiques 255, 300, 551, 676, 788-789.
Sculptures tombales 728-729.
Simandre 721.
Stucs ciseles 604-606.
Stylites 285-287, 621, 624.
Tableaux 368, 383.
Tunnels, souterrains et kahrlz 574, 619, 656.
VOCABULAIRE
‘ Arab 763.
... awa 167.
Berna 529.
Bet 3 1 .
Couvent, monastere 11, 822.
Dasnaye 787.
Hazzaya 167.
Maqdassi 300, 365, 394, 437, 465, 474, 572, 642, 654, 655, 679.
Moine, solitaire, etc. 11-13.
iOmar=iUmr 134-135, 280.
Qa’im (tour) 639.
Rabban 31, 308, 804.
Rustdqa 785.
Saba 632.
Sahda (= t^moin, martyr ou confesseur) 539, 696.
Sam ( Bildd al-, Ahl al- ) 40.
TABLE DES MATIERES
DU VOLUME II
Troisieme Partie
BA NUHADRA
XII. Le demembrement du Ba Nuhadra
1 — Lcs avatars des dioceses de la plaine de Ninive . 321
2 — Listes episcopates . 342
XIII. Les villages ciialdeens de Ninive . 354
1 — Tell Kaif . 355
2 — Batnaya . 376
3 — Baqofa . 379
4 — Tell Esqof . 381
5 — Alqos . 387
6 — Karamlaiss . 400
XIV. Villages syriens et jacobites de Ninive
1 — Bartelli . 416
2 — Qaraqos . 439
3 — Ba‘siqa . 461
4 — Bahzani . 468
5 — Magara et Mergd . 469
XV. Villages a.nciennement chretiens de Ninive
1 — Villages localises .
470
888
ASSYRIE CHRETIENNE
2 — Villages non localises . 486
3 — Villages a noms chretiens . 489
XVI. CoUVENTS NESTORIENS ET CHALDEENS DE NlNIVE
1 — Le pseudo Bar ‘Eta . 492
2 — Le couvent de Jonas . 493
3 — Mar Guorguls . 524
4 — Mar Awraha de B. Madaye . 531
5 — Rabban Hormizd le Persan . 533
6 — Notre-Dame des Moissons . 548
7 — Environs d’Alqos . • • . 550
8 — Les trois couvents de Daniel le Meclecin, et le couvent
de Mar Miles . 551
9 — En face de Balad . 558
XVII. Les couvents syriens de Ninive
1 — Mar Behnam . 565
2 — Mqurtaya . 609
3 — Les deux Dair Sarah . 613
4 — Le couvent des bousiers . 615
5 — Le couvent de la colonne . 620
6 — Mar Samuel le Montagnard . 625
7 — Dair Nardos . 628
8 — Dair Saba . 632
XVIII. Les couvents de la rive droite . 634
1 — Dair Ba ‘Arba . 635
2 — Le couvent du goudron . 637
3 — Mar Ellya . 639
4 — L’angelique Mar Miha il . 660
5 — Le couvent des Soeurs du Wadi Hlaila . 671
6 — Dair Malki Sawa . 673
TABLE DES MATIERES
889
XIX. Les villages du Bahadra
1 — Ma‘alta . 675
2 — Dehok . 681
3 _ Deleb . 684
4 — Semmel, et Qasr i-Yazdln . 686
5 — Sios, Mar Y aqo et environs . 690
6 — Le carre vide . 693
7 — Pdsabur . 696
XX. Les gouvents du Bahadra
1 — Le couvent de la rage . 701
2 — Mar Italaha de Dastagard . 703
3 — Mar Hanania . 706
4 — Mar Iso‘yaw qui quitta sa place . 707
5 — Mar Pinhas ....** . 737
6 — Le couvent du safran . 742
7 — Dair Abun ou Dair Mar Awa . 748
XXL Le Mont des Milliers . 756
1 — Mar Matta . 759
2 — Le couvent de Mar Yohannan, le metropolite grec . . 770
3 — Le couvent de Kuhta . 772
w
4 — Le couvent de Rdsa . 775
5 — Le couvent de Yohannan et Iso‘sawran . 780
XXII. Le Bet Rustaqa . 785
1 — Les villages . 788
2 — Les couvents . 793
3 — Le temple y^zidi de Saih ‘Adi . 796
XXIII. Les couvents de l’extreme nord . 816
1 — Mar Atqen . 816
2 — Le couvent du Bois Joli . 818
890
ASSYRIE CHRETIENNE
Conclusion
Le monachisme assvrien . 821
j
Index des personnes . 829
Index des lieux . 859
Notes de litterature syriaque . 881
SujETS DIVERS . 883
VOCABULAIRE . 885
achev£ d’imprimer
SUR LES PRESSES
DE l’imprimerie CATHOLIQUE
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LE VINGT OCTOBRE
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